La Congrégation de la Mission de Périgueux

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Transcription:

La Congrégation de la Mission de Périgueux ou Une Communauté diocésaine périgourdine au XVIIe et XVIIIe siècles 1646 1792 Étude documentaire 2 ème édition Félix CONTASSOT cm 1959

A V A N T P R O P O S ---------- L'histoire de la Congrégation de la Mission de Périgueux n'a jamais été écrite (1). C'est, pour l'histoire locale, une lacune. Sans cesse, en effet, il est fait mention de cet Institut dans la période de l'histoire du Périgord, qui va du milieu du XVIIème siècle à la Révolution. Les Missionnaires sillonnent le diocèse et l'évangélisent. À partir de 1672, ils deviennent les formateurs du Clergé diocésain, d'abord au grand séminaire (Grande Mission), puis aux petits séminaires de Bergerac et de Périgueux (Petite Mission). Ils publièrent une théologie, dite la Théologie de Périgueux, qui eut une certaine notoriété. Ils tinrent le Collège de Périgueux pendant huit ans, et ils furent les directeurs attitrés de plusieurs communautés religieuses féminines. Bref, il semble que pendant toute la durée de leur existence, les Missionnaires aient joué un rôle de premier plan dans l'histoire du diocèse de Périgueux. Ces pages que nous leur consacrons, n'ont pas la prétention d'être définitives ; ce n'est qu'un essai de reconstitution de leur histoire, essai qui sera nécessairement incomplet. "Nous n'avons à peu près rien sur l'histoire de cette Congrégation des Missionnaires, qui a travaillé pendant plus de 150 ans dans le diocèse et parmi lesquels il y eut des prêtres remarquables", écrivait en 1943 l'ancien Président de la Société historique et archéologique du Périgord, le chanoine Joseph Roux (2). Cette histoire était difficile à écrire en raison de la rareté des documents. Aucune trace ne subsiste des archives de cette ------------------------ 1) L'abbé Carles, à qui l'on doit plusieurs travaux d'histoire locale, écrivait en 1869 dans un opuscule intitulé : "Une chapelle dominicaine à Périgueux" : "La Mission de Périgueux était aussi, avant la Révolution, un institut diocésain composé des prédicateurs et des professeurs. Elle avait trois maisons, la grande et la petite Mission de Périgueux et la Mission de Bergerac. Nous possédons à ce sujet des NOTES que nous publierons plus tard. (Fondation - Règlement - Missions - Bref de Clément XIV - Études - Ouvrages - Anciens missionnaires - La Révolution - Nouveaux missionnaires - Mgr George Nouvelle Mission)." (p. 56, n. 43). Cet auteur avait-il l'intention de composer un ouvrage sur ce thème, ou bien, faute de documentation et de temps, y a-t-il renoncé? Deux ans plus tard, quelques-unes de ces notes paraissaient dans sa Monographie de Saint-Front, éditée par Cassard, en 1871. Les documents recueillis par l'abbé Carles disparurent probablement dans l'incendie du grand séminaire de Périgueux, en 1886. 2) Tricentenaire de la Congrégation de Sainte-Marthe de Périgueux, (p.44). [2] Congrégation. Malgré de minutieuses recherches, il n'a même pas été possible de retrouver un seul exemplaire de ses constitutions ou statuts, sauf un fragment relatif aux frères servants.

Aussi, en composant ce travail, avons-nous trouvé justifié ce qu'écrivait jadis le P. Leydet : "Le Périgord est une des provinces de France la plus dépourvue de manuscrits, de monuments particuliers, qui puissent fournir une histoire suivie. Les faits qu'ils contiennent sont répandus dans un grand nombre de pièces et il n'y a qu'un intérêt de patrie qui puisse soutenir le courage de celui qui voudrait les réunir" (3). Cette carence de documents s'explique pour de multiples raisons. Ce furent d'abord les destructions et les pillages des guerres de religion et de la Fronde. L'enquêteur de la Gallia Christiana, dom Jacques Boyer, de passage à Périgueux, le 29 avril 1713, notait dans son journal de voyage qu'à l'évêché de Périgueux, il n'avait trouvé " presqu'aucun mémoire, non plus qu'à Saint-Front. Les gens de la religion ont tout pillé", dit-il (4). Ce fut ensuite l'acte monstrueux de l'ex-chanceladais Prunis, devenu le premier archiviste de la Dordogne, qui, cédant à la folie révolutionnaire et aux injonctions d'un décret de la Convention, se venta d'avoir brûlé plus de 30.000 documents, le 10 novembre 1793, sur la place de la Pelouse, l'actuelle place Michel-Montaigne. Il racheta par la suite son geste malheureux en recueillant de nombreuses archives (5). On sait en outre que de nombreux documents ecclésiastiques patiemment collectionnés au grand séminaire, établi jadis rue Victor-Hugo, furent détruits dans le tragique incendie du 24 octobre 1886 (6). Il a donc fallu se contenter, pour composer cette histoire, des renseignements épars dans les ouvrages d'histoire locale, en les contrôlant, non sans raison parfois, par ceux qu'ont pu nous livrer les archives, notamment les archives départementales. Le dernier mot de cette histoire n'est certes pas dit. Des découvertes postérieures permettront assurément de compléter nos informations, peut-être même de les modifier partiellement. Cet essai aura l'avantage, du moins nous l'espérons, de faire revivre un Institut, dont le souvenir mérite bien d'être conservé en Périgord. Et, à l'heure où, dans le Clergé, se dessine nettement une tendance à la vie communautaire, exigée par les nécessités actuelles de l'apostolat, l'exemple de ces zélés Missionnaires d'autrefois ne pourra que soutenir cet élan. L'histoire, dit-on, est un perpétuel recommencement! ----------------------------- Félix CONTASSOT cm

3) Cité par B.H.A.P., 1892, p. 74 4) Journal de voyage, p. 303 5) B.H.A.P., 1910, p. 520 6) B.H.A.P., 1886, pp. 444-445

LIVRE PREMIER ORIGINE ET CONSTITUTION DE LA MISSION Chapitre Premier LES ORIGINES DE LA MISSION 1. - Ses origines lointaines Dans un Mémoire adressé au chancelier d'aguesseau, en 1747, Mgr Machéco de Premeaux écrivait que la Congrégation de la Mission de Périgueux était unique dans son espèce. Ce n'était guère exact! Quand, vers 1646, l'archiprêtre de Chantérac, Jean de la Cropte, conçut le dessein d'organiser une Société de prêtres, qui aurait pour tâche l'évangélisation du peuple et le rétablissement de la discipline ecclésiastique, il ne faisait qu'adopter une idée déjà répandue, et même réalisée, en de nombreux diocèses. La fondation de la Congrégation de la Mission de Périgueux, en effet, s'insère dans un vaste mouvement de réforme et d'esprit missionnaire, déclenché, en ce début du XVI1eme siècle, sur tous les points du territoire français, par un certain nombre d'hommes apostoliques, désireux de remédier à l'état lamentable de l'église, conséquence de la Réforme et des guerres de religion (7). Une armée de missionnaires, au zèle intrépide, parcourt les campagnes et les villes, et se recrute non seulement dans les anciens ordres religieux, mais encore dans de nouvelles sociétés religieuses ou séculières, fondées principalement à cette intention. Les RR. PP. Jésuites évangélisent les Cévennes, le Velay et le Vivarais, entraînés par saint François-Régis, l'apôtre de ces régions, et qui meurt, à 44 ans, le 31 décembre 1640, épuisé par ses labeurs. Ailleurs, se dévouent les PP. Jacques Saliari, Gaspard de Séguiran, Jean et Nicolas Faget, etc. Le Père Joseph, de l'ordre des Capucins, organise, en 1617, les missions de l'ouest, tandis que son confrère, le Père Marcelin, appelé l'apôtre du Dauphiné, meurt à Grenoble, en 1623. La Bretagne est le théâtre des exploits missionnaires de Michel Le Nobletz, qui entraîne à sa suite de nombreux prêtres et religieux, dont le célèbre P. Julien Maunoir, Jésuite, récemment béatifié, qui devint son successeur et digne émule, et le P. Vincent Huby. ------------------------------ 7) Mgr Prunel, La renaissance catholique en France au XVIIème siècle. - Henrion, Tableau des congrégations religieuses fondées en France depuis le XVIIème siècle (Paris,I83I) - Hélyot,

Dictionnaire des ordres religieux ou Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires. (Migne, 1848) - Coste, Monsieur Vincent, (3 vol., 1932), et la Correspondance du saint (14 vol.) - Grandet, Les saints prêtres français du XVIIème siècle, par G.Letourneau, (3 vol., 1897). [4] Antoine Roussier évangélise, dès 1620, le Lyonnais, le Forez, le Velay et l'auvergne, et meurt d'épuisement, à 43 ans, le 26 mars 1639. Vers ce même temps, des congrégations se constituent avec les missions populaires pour principal objectif. Ce furent d'abord les Oratoriens, fondés en 1611 par le Père de Bérulle, plus tard cardinal. Le P. Bourgoing composa pour eux un ouvrage intitulé : "Direction pour les missions qui se font par la Congrégation de l'oratoire". L'illustre Père Lejeune, mort en 1672, évangélisa le Limousin pendant plus de vingt ans. Les Lazaristes (8) ou Prêtres de la Mission, fondés en 1625 par saint Vincent de Paul, prêchent des missions à la campagne, aux environs de Paris, puis en plusieurs provinces, et même à l'armée, où, en 1636, Monsieur Vincent les envoie. Du vivant de leur Fondateur, les Lazaristes donnèrent près d'un millier de missions, tant en France qu'à l'étranger : Italie, Corde, Pologne, Irlande et même Madagascar. La Société de Jésus et de Marie, ou des Eudistes, fondée par saint Jean Eudes, en 1643, se signale également par ses missions à partir de 1663. A côté de ces Instituts, de nombreuses autres communautés de prêtres missionnaires s'établissent un peu partout en France. Saint Vincent de Paul écrivait, le 1er juin 1657, à l'un de ses prêtres : "Nous sommes dans un temps où les ecclésiastiques se lient pour former de nouvelles communautés et s'appliquer à de bonnes œuvres" (9). En 1632, Christophe d'authier de Sisgau (1609-1667) fondait la Congrégation des Missionnaires du Saint-Sacrement, qui prit d'abord le nom de "Missionnaires du Clergé", et même celui de "Prêtres de la Mission", ce à quoi s'opposa saint Vincent (10). Ces missionnaires travaillèrent surtout en Dauphiné et dans le midi de la France : Brignoles, Marseille et Valence. A Bordeaux, un ami de saint Vincent, le chanoine Jean de Fonteneil, établissait en 1636 la Congrégation des Missionnaires du Clergé, approuvée en 1643 par l'archevêque Henri de Sourdis, et en 1650 par Henri de Béthune (11). Confirmé par lettres patentes royales en décembre 1650, le nouvel Institut jouit des libéralités d'olive de Lestonnac, veuve du premier président au Parlement, Marc-Antoine de Gourgue. En 1667, il prit la direction du séminaire fondé à Bordeaux par Henri de Béthune, et où ils furent remplacés par les Lazaristes, en 1682. Dans son ordonnance du 15 octobre 1682, l'archevêque, Mgr de Bourlemont, déclarait que la Congrégation des Prêtres du Clergé avait été formée "à l'instar et selon les règlements" de la Congrégation de Monsieur Vincent, dont elle était "une espèce d'émanation" (12). -------------------------------------

8) Ainsi appelés parce que saint Vincent établit sa communauté dans l'ancien prieuré de Saint-Lazare, à Paris. 9) Coste, Correspondance de saint Vincent, VI,307. 10) Coste, Correspondance, V1,498-502) 11) Jean de Fonteneil fut en relations très suivies avec saint Vincent. Il rendit de nombreux services aux Lazaristes et aux Filles de la Charité, voire aux parents du saint. Ce dernier avait en haute estime l'institut fondé par Fonteneil (Coste, Corresp., II, 44-45). [5] Les Missionnaires du Clergé dirigèrent également le séminaire d'aire, de 1661 à 1682, et celui de Sarlat, de 1668 à 1681, dans lequel ils furent remplacés de même par les Lazaristes en 1683. La Congrégation s'éteignit en 1682, faute de sujets (13). Le 21 février 1648, Mgr de Noailles, évêque de Rodez, approuva la communauté des Prêtres de la Visitation Sainte-Marie, fondée à Villefranche-du-Rouergue par l'abbé Raymond Bonal (1600-1653). Cette communauté travailla à la réorganisation du ministère paroissial, aux missions populaires et à la formation du clergé. Le 2 novembre 1647, Banal institua un séminaire à Villefranche, auprès de la chapelle de Notre-Dame des Treize-Pierres, qui lui avait été cédée à perpétuité (14), et à Toulouse, en 1649, le séminaire de Caraman. La communauté fut approuvée en 1665 par Alexandre VII. Au cours du XVIIIème siècle, la plupart des maisons bonalistes s'agrégèrent à la Congrégation de la Mission (15). En 1657, quelques gentilshommes suscitaient la Compagnie des Missionnaires du Forez. C'est à leur occasion que saint Vincent disait un jour : " Je prie Notre-Seigneur que non seulement il bénisse les intentions et les œuvres de ces nouveaux missionnaires et de tous les autres, mais encore que, s'il voit qu'ils soient pour faire mieux que nous, il nous détruise et les élève" (16). Le séminaire et la mission de Limoges virent le jour, en 1659, à l'instigation du prêtre Martial de Maledent de Savignac (17). En 1666, c'est, à Lyon, la fondation par Jacques Cretenet, des Missionnaires de Saint- Joseph, ou Joséphistes, ou encore les Cartenistes. A Lyon, encore, fut instituée la Société des missionnaires de Mgr l'archevêque, appelés communément Missionnaires de Saint- Michel, à cause d'une cure qui leur avait été unie ; cette dernière communauté s'unit à la Congrégation de la Mission en 1669. Citons encore les Missionnaires de Besançon, établis en Franche-Comté, en 1680 par l'abbé Vuillemenot ; les Missionnaires de Sainte-Garde fondés à Avignon par Laurent- Dominique Bertet (1671-1739), et à Nantes, les Missionnaires de Saint-Clément, etc Si, parmi ces communautés, plusieurs s'appliquèrent exclusivement ou à peu près aux missions, d'autres s'employèrent également à la, réforme du Clergé par les retraites aux Ordinands et par la direction de séminaires. Ce fut le cas, notamment, de l'oratoire ; de la Communauté de Saint-Nicolas-du- Chardonnet, établie en 1612 par Bourdoise, et d'autres communautés sacerdotales semblables établies à Orléans, Arles, Lyon, Angers, Paris, Beauvais et Chartres ; de la

Congrégation de la Mission ou des Lazaristes ; de la Société de Saint-Sulpice, établie en 1642 par M. Olier (1608-1659), qui prit auparavant une part très -------------------------------- 12) Bertrand, Histoire des séminaires de Bordeaux et de Bazas, t. I, 282 13) Bertrand, op.cit., I, 218 ; Degert, Histoire des séminaires français jusqu'à la Révolution, t. I, 285. 14) Degert, op.cit., 211. 15) R. Chalumeau, art. Bonal, dans Catholicisme, col. 120. 16) Coste, Corresp., VI, 400. 17) Grandet-Etourneau, op.cit. 219 ss. ; Pacaud, Histoire au grand séminaire de Limoges, p. 61. [6] active aux missions ; de la Congrégation des Prêtres de la Doctrine Chrétienne, fondée en 1592 par César de Bus (1544-1607), et qui s'occupa surtout de collèges et de séminaires ; enfin, de la Société de Jésus et de Marie, de saint Jean Eudes, qui, comme Bérulle et Bourgoing, Vincent de Paul et Olier, n'avait que deux objectifs : les séminaires et les missions. Il fallait donc, a-t-on justement écrit, que le besoin de telles congrégations fût bien grand, puisque le Saint-Esprit qui assiste l'église inspirait aux fondateurs de les instituer toutes sur le même modèle! (18). Mais l'esprit-saint se sert des causes secondes, des hommes qu'il suscite à son heure pour déclencher et diriger les mouvements de restauration de son Église. Sans rien enlever au mérite des autres, il semble bien qu'on puisse attribuer un rôle principal dans la rénovation spirituelle du XVIIème siècle au saint génial, qu'on a pu appeler" le grand saint du grand siècle", saint Vincent de Paul. Ses œuvres, peut-on dire, ont fait choc ; elles arrivaient à point pour remédier à des détresses très actuelles et trop réelles ; aussi, donnèrent-elles une impulsion, qui se poursuivit longtemps après leur auteur. La figure de saint Vincent de Paul, écrit Marc-Bonnet, domine l'essor religieux du XVIIe s., comme celle de saint Ignace de Loyola domine l'époque de la Contre-Réforme. Pendant les soixante années qui séparent son ordination en 1600 de sa mort en 1660, il est peu de domaines où ne se fassent sentir le rayonnement et l'inlassable activité poursuivie sans hâte et sans bruit, avec une ténacité paysanne, par un homme qui ne veut pas" enjamber sur la Providence" ; c'est sa personnalité, partout présente, qui constitue le seul élément d'unité d'un siècle complexe, où les mouvements religieux se morcellent plus qu'ils ne l'ont encore jamais fait " (19). L'humble saint constatait lui-même : " Nos petites fonctions ont paru si belles et si utiles qu'elles ont donné de l'émulation à d'autres pour s'appliquer, comme nous et avec plus de grâce que nous, non seulement au fait des missions, mais encore des séminaires, qui se multiplient beaucoup en France " (20). Cette influence de saint Vincent de Paul s'exerça en partie par l'intermédiaire des

Conférences du mardi, tenues à Saint-Lazare, et que fréquentèrent un nombre imposant d'ecclésiastiques de Paris et d'ailleurs, et non des moindres. Vingt-deux évêques furent choisis parmi eux, et plus grand encore fut le nombre des membres de ces Conférences qui, soit seuls, comme M. Olier, soit en compagnie des Lazaristes, participèrent à des missions, dont certaines eurent un succès retentissant (21). Bien plus, des Conférences semblables s'établirent en province et se multiplièrent. Du vivant de saint Vincent, il en existait dans le Dauphiné, le Languedoc, à Saintes, Marseille, Alet, Metz, Angers, Bordeaux, au Puy, à Noyon, Pontoise et Angoulême (22). --------------------------------- 18) Mgr Prutel, op.cit., 71. Histoire des ordres religieux (Collection : Que sais-je? Presses universitaires de France), 1949, p.89. 19) Coste, Corresp., VIII, 510. 20) Coste, Monsieur Vincent, II, 313 ss. 21) Abelly, La vie de Vincent de Paul, II, 343 ss. ; Collet, La vie de saint Vincent de Paul, I, 191 ss. ; Coste, M. Vincent, II, 332-334. [7] Périgueux eut aussi la sienne, établie en 1649 sous forme de "congrégations", par Mgr de Brandon, l'un des évêques sortis du sein des Conférences du mardi, et dont saint Vincent est nettement l'inspirateur (23). Le fut-il aussi de la Société fondée par Jean de la Cropte et que Mgr de Brandon érigea canoniquement en 1651?. * * * Il est malaisé d'établir les origines précises de la Congrégation de la Mission de Périgueux. "Dès avant 1643, écrivait le chanoine Joseph Roux, il y avait à Périgueux un groupe d'ecclésiastiques qui se préparaient à fonder une Congrégation de missionnaires diocésains. A leur tête étaient deux saints prêtres, Jean de la Cropte, archiprêtre de Chanteyrac, et Pierre de Mèredieu, chanoine. "Il est vrai que les missionnaires ne commencèrent qu'en 1646 la construction des bâtiments destinés à leur nouvelle fondation, mais ils existaient déjà comme Communauté, puisque le chapitre cathédral de Saint-Étienne faisait ses offices dans leur chapelle. "Quelques indications nous font soupçonner que, s'ils attendirent après la mort de Monseigneur de la Béraudière pour commencer leurs nouvelles constructions, c'est parce que celui-ci ne les voyait pas de bon œil. Cet évêque avait été toujours très personnel, et, en 1643, il avait 87 ans" (24). Cette opinion du chanoine Roux n'est nullement fondée. En effet, dans les lettres d'approbation de la Congrégation, données en 1651, Mgr de Brandon déclare : Nous avons eu la consolation "à notre avènement en ce diocèse (1648),

d'y trouver une maison commencée par deux vertueux ecclésiastiques", et "depuis peu, nous avons vu clairement l'usage que (la Providence) en voulait faire, par la société qu'elle y a établie d'un plus grand nombre d'ecclésiastiques...". Ces paroles supposent une ébauche de la Mission non encore dans sa forme définitive. Bien plus, la chapelle de la Mission ne fut construite qu'en 1649, et, d'après les registres paroissiaux de la Cité, les offices ne furent faits dans cette chapelle que de janvier à août 1652 seulement. Enfin, en s'en tenant aux textes officiels eux-mêmes, c'est de 1646 seulement que date la Mission. Dans le livre des définiteurs de l'hôpital Sainte-Marthe, il est dit à la date du 30 décembre 1646 : "Sur ce qui a été présenté que mon sieur Messire Jean de la Cropte, docteur en théologie, archiprêtre de Saint-Pierre de Chantérac, désirait pour le bien de ce diocèse établir une congrégation de prêtres missionnaires etc". La fondation de la congrégation n'était donc alors qu'en projet. Et, dans le texte des lettres patentes de Louis XIV, délivrées en mai 1651, il est expressément déclaré : "Nos chers et bien aimés Jean de la Cropte, Pierre Mèredieu, Poncet Cluniat, Jean Reynier, Denis de Labrouche, et Jacques Devaux, prêtres, nous ont très humblement fait remontrer que dès l'année mil six cent quarante-six, ledit de la Cropte a eu dessein de procurer l'établissement en notre --------------------------------- 23) Mayjonade, Les anciens synodes des églises de Périgueux et de Sarlat, p. 11 ; Bernaret, Souvenirs historiques sur la collégiale Saint-Front, p. 35. 24) Tricentenaire de la Congrégation de Sainte-Marthe, pp. 42-43. [8] ville de Périgueux d'une congrégation d'ecclésiastiques " Nous avons dit que la fondation de la Mission de Périgueux s'insérait dans un vaste mouvement de rénovation spirituelle, qui s'étendait à la France entière et au-delà. Sous auelle influence Jean de la Cropte en vint-il à réunir autour de lui quelques prêtres pour collaborer, en Périgord, à cet effort de redressement? On a soupçonné l'intervention de saint Vincent de Paul ou de ses disciples. "En 1640, écrivait le chanoine Entraygues, une mission donnée en Angoumois par les premiers disciples de saint Vincent de Paul, mit ce dernier en rapport avec Mgr de la Béraudière. Celui-là suggéra-t-il à celui-ci l'idée de fonder dans son diocèse un établissement de missionnaires chargés à la fois d'évangéliser les campagnes et de donner aux clercs une formation vraiment ecclésiastique? On ne sait" (25). Cette hypothèse n'est guère plausible. Au moment où Jean de la Cropte groupait ses premiers confrères, Mgr de la Béraudière était parvenu à un âge trop avancé (26) pour faire figure de réformateur, et, d'ailleurs, faute d'une main ferme, son diocèse s'en allait à la dérive.

L'Évêque de Cahors, Alain de Solminihac, écrivait à saint Vincent, le 3 mai 1643 : "Le diocèse de Périgueux est dans une grande désolation et il y a apparence qu'il ne demeure pas longtemps à vaquer, le diocèse est fort ruiné" (27). En outre, ni dans l'histoire de saint Vincent, ni dans sa volumineuse correspondance, on ne trouve trace de ses relations avec Mgr de la Béraudière. D'autres ont pensé à une intervention directe de saint Vincent, en raison de liens d'amitié qui l'auraient uni à Jean de la Cropte. Les historiens locaux, en effet, prétendent que saint Vincent et le fondateur de la Mission de Périgueux étaient en grandes relations (28) ; bien mieux, qu'ils étaient amis, si bien que le chanoine Joseph Roux s'en va jusqu'à écrire : " Les deux principaux fondateurs de la Mission étaient de grands amis du saint, et c'est à l'instar des Lazaristes que Jean de la Cropte et Pierre de Mèredieu fondèrent leurs missionnaires" (29) ---------------------------------- 25) Mgr Daniel de Francheville, p. 64. Les Lazaristes donnèrent deux missions en Angoumois, en 1640, au bourg de Saint-Amand, et, en 1643, à Blanzac (Abelly, op.cit., II, 67-68). 26) Mgr de la Béraudière avait 84 ans, en 1640, et mourut le 14-5-46 27) Coste, Coresp., II, 389. 28) Affirmation de Saint-Allais, cité par Tamizey de Larroque, Livre-journal de Pierre de Bessot, p. 52 n. I. Cf B.H.A.P., 1942, 365. Les abbés Petit et Granger, qui ont écrit sur l'ordination sacerdotale de St Vincent à Château-l'Évêque, et bien d'autres encore : Roux, Mayjonade, Entraygues, etc., pensent de même. Dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, t. XIII, à propos de Mgr Charles de la Cropte de Chantérac, il est également dit : "Il était de cette pieuse famille dont l'un des membres Jean de la Cropte, avait mérité l'estime et l'affection de saint Vincent de Paul" (cité par B.H.A.P., 1893, 202). 29) Tricentenaire p. 44. - De même, dans la vie de Guillaume-Joseph Chaminade, le P. Simler affirme que la Mission de Périgueux est "née sous l'influence de saint Vincent de Paul" (p. 13). [9] Certes, il nous serait très agréable que telle fût la vérité. Malheureusement, rien ne nous autorise à admettre le bien fondé de ces affirmations réitérées, bien plus, certains indices nous amènent au contraire à en dénier toute valeur. Alors que saint Vincent est en correspondance suivie avec Jean de Fonteneil, le fondateur de la congrégation bordelaise des Missionnaires du Clergé, nulle trace ne subsiste des relations qu'il aurait eues avec Jean de la Cropte. Et il paraît même certain, pour les raisons que nous dirons plus tard à propos du nom canonique emprunté par les Missionnaires de Périgueux, que saint Vincent n'a eu connaissance ni de Jean de la Cropte, ni de son Institut. Ce qui ne veut pas dire pour autant que Jean de la Cropte ait ignoré les œuvres du saint et qu'il n'ait pas voulu les imiter ; mais, nous ne savons ni quand ni comment il en eut connaissance. Ne serait-ce pas par la renommée publique, et avec plus de précision par l'intermédiaire de Mgr de Brandon, qui avait fréquenté personnellement Monsieur Vincent? (30)

L'imagination, aidée quelque peu de l'histoire, pourrait à la rigueur émettre d'autres hypothèses. A défaut de relations personnelles entre saint Vincent et Jean de la Cropte, il est loisible de penser qu'étant donné les fréquents rapports administratifs et judiciaires du Périgord avec Bordeaux, le fondateur de la Mission de Périgueux a pu entrer en contact, directement ou indirectement, avec Jean de Fonteneil et sa congrégation, ce qui lui auaait donné la pensée d'en établir une semblable à Périgueux. Bref, restons-en là! Mieux vaut avouer son ignorance que de solliciter l'histoire comme on l'a fait dans le passé II. - Les Fondateurs de la Mission Quoi qu'il en soit des origines lointaines de la Mission de Périgueux, l'honneur de lui avoir donné le jour revient sans contestation possible aux deux saints prêtres déjà nommés : Jean de la Cropte, archiprêtre de Chantérac, et le chanoine Pierre Mèredieu. Dans la lettre d'érection de leur congrégation, Mgr de Brandon leur Fend cet hommage : " La Providence de Dieu... nous a donné cette consolation, à notre avènement en ce diocèse, d'y trouver une maison commencée par deux vertueux ecclésiastiques, pour y former, sous la conduite de sa divine Majesté, et dans sa dépendance, ceux que sa bonté infinie y adressait... " Les premiers Missionnaires qui s'adjoignirent aux deux précédents furent Poncet Cluniat, Jean Reynier, Denis Labrouhe et Jacques Devaux. ---------------------------------- 30) Non seulement Jean de la Cropte a emprunté à saint Vincent le nom même de sa Congrégation, mais dans les quelques lettres qu'on a de lui, on retrouve certaines ressemblances de doctrine et même d'expressions. Une de ses lettres à un garçon-servant de la Mission porte l'en-tête si habituelle au saint : " La grâce de N.S. soit avec vous pour jamais! " ; en d'autres, au dessous de sa signature, il emploie les abréviations : "i.d.l.c ; p.d.l.m." (indigne de la Congrégation, prêtre de la Mission), comme avait coutume de faire saint Vincent. [10] Jean de la Cropte Le fondateur principal de la Mission appartenait à la branche de Chantérac de l'illustre famille des de la Cropte. Cette famille se rattache à un repaire noble d'ajat. Elle forme plusieurs rameaux: à Chantérac, à Lanquais, à Bourzac, à la Meynardie, à Beauséjour, à Saint-Abre, au Tranchard de Cherval, etc A l'occasion de la mort de Marie-Joseph-Audoin de la Cropte, marquis de Chantérac, décédé le 21 février 1904, le président de la Société de l'histoire de France déclarait : "La maison de la Cropte appartient à l'ancienne chevalerie du Périgord ; elle a toujours marqué par ses services et ses alliances, et son nom figure dans la salle des Croisades, à Versailles. Elle a fourni des chevaliers de Malte, des maréchaux de camp et des

lieutenants généraux des armées du Roi... La famille de la Cropte ne tarda pas à se fractionner en plusieurs branches : celles de Lanquais, Bourzac et Saint-Abre sont éteintes ; celle de Chantéraci qui s'est constituée au XVème siècle, subsiste encore aujourd'hui... " (31). Plusieurs membres de cette famille furent titulaires d'évêchés et de charges ecclésiastiques : Bertrand de la Cropte de Lanquais, évêque de Sarlat de 1416 à 1446 ; François de la Cropte, sieur de Salleboeuf, curé de Cumont, vers 1660 ; Jean-François de la Cropte de Bourzac, abbé de S.Mar±ail de Limoges, en 1729, puis évêque-comte de Noyon, pair de France, le 28 août 1733, sacré le 7 novembre 1734 et décédé en 1766 ; Charles de la Cropte de Chantérac, dernier évêque d'alet-sur-aude, en 1763, mort en Espagne en 1796 ; Jean de la Cropte de Chantérac, archiprêtre de Chantérac, et son neveu et filleul Gabriel de la Cropte de Chantérac, chanoine et archidiacre de Cambrai, ami et grand vicaire de Fénelon. Le fondateur de la Mission était fils de Charles, chevalier, seigneur de l'hôpital, Puy- Imbert, Landry, Chantérac, etc., qui épousa le 29 avril 1600 Isabeau d'auzaneau (32). De ce mariage naquirent dix enfants : Louis-Joseph, marié en 1627 avec Marthe de Raimond, et mort en 1667 ; Jean, archiprêtre de Chantérac ; Alain, sieur de Carmosat, marié en 1627 avec Marguerite d'aydie ; Charles, sieur de Mauzie ; François-Paul, lieutenant-général marié en 1653 avec Charlotte de Martel. Leur fille Uranie, née en 1656, épousa Louis-Thomas de Savoie, comte de Soissons, frère du prince Eugène ; Catherine, mariée en 1631 avec Alain de Belcier ; Marie, autre Catherine et Jeanne, qui entrèrent toutes les trois en religion ; enfin, Madeleine. Jean de la Cropte naquit en 1605. Il devint prieur commandataire de St-Seurin de Pavaucelles, au diocèse de Périgueux (33), et archiprêtre de l'église St-Pierre-es-liens de Chantérac (34), d'où le nom de "Monsieur de Saint-Pierre qui lui était communément donné. ------------------------------------ 31) B.H.A.P., 1904,230. 32) Charles de la Cropte mourut entre 1637 et 1640. Son père Armand, écuyer, seigneur de Chantérac, épousa en 1574 Marie Massin, et mourut vers 1587. 33) Le 16 août 1662, il résigna ce prieuré en faveur de son confrère Poncet Cluniat (acte Maigne). 34) Chantérac fut le siège d'un des 16 archiprêtrés du diocèse de Périgueux,comprenant une douzaine de paroisses : Chantérac, St-Aquilin, St-Astier, Beauronne, Douzillac,St-Étienne de Puycorbier, St- Germain de Salembre, St-Jean d'ataux, St-Méard de Dronne, St-Pardoux de Dronne, Segonzac de Montagrier, Tocane, et les anciennes paroisses de Boiset et Faye. [11] Une fois la Congrégation de la Mission fondée, l'activité de Jean de la Cropte fut surtout consacrée aux missions. Le 20 janvier 1651, il fut un des membres de l'assemblée des ecclésiastiques, constituée par Mgr de Brandon pour juger l'authenticité de trois guérisons opérées à la Visitation de Périgueux et attribuées à l'intercession de S.François de Sales. Dans le document qui

se réfère à cette affaire, il est ainsi présenté : " Jean De La Cropte, prieur de Chantérac, docteur en théologie, premier et plus ancien prêtre de la congrégation et communauté des Ecclésiastiques de notre diocèse en la présente ville.. "Quelque temps auparavant, il avait été appelé par l'évêque à visiter les trois religieuses miraculeusement guéries (35). En 1657, il signa avec ses confrères Labrouhe et Cluniat une pétition des sœurs de Sainte-Marthe, demandant de pouvoir enterrer leurs défuntes dans leur chapelle (36). Le 9 mai 1658, par devant maître Paillet, notaire à Périgueux, il rédigea le testament suivant : "Au nom de la Très Sainte Trinité, Amen. Le neuvième mai mil six cent cinquante-huit, en la maison de la Mission les Périgueux par devant moi notaire royal soussigné et témoins bas nommés, a été présent en sa personne Jean de la Cropte, prêtre, supérieur de ladite Mission, lequel étant au lit malade a fait son testament comme s'ensuit, après avoir déclaré que pour sa sépulture il s'en remet à ses chers et bien aimés frères messieurs les prêtres de la dite Mission, les suppliant néanmoins instamment qu'il soit mis dans le vestibule qui est leur cimetière ordinaire. Pour d'autres aumônes, il n'en ordonne point ayant par la miséricorde de Dieu conféré tout son bien et sa personne pour le service de Sa Majesté, il y a plus de dix ans, et afin que son désir ait l'effet qu'il se propose, il a donné et légué, donne et lègue par ces présentes tous et uns chacuns ses biens présents et futurs à ladite congrégation et communauté de la Mission, l'instituant à ces fins son héritière universelle de tout ce qu'il peut disposer en ce monde, et en cas que pour quelque raison imaginable ou à imaginer, ladite congrégation ne peut jouir du fruit du pérsent testament, audit cas, il a institué son héritier universel Messire Poncet Cluniac, plus ancien prêtre de ladite congrégation, et à son défaut Messire Denis Labrouhe, et au défaut d'icelui Messire François La Faye et ainsi jusqu'au dernier des prêtres par leur rang d'antiquité, déclarant qu'il a révoqué et révoque par ces présentes tous autres testaments, donations, ou codiciles, veut et entend que celui-ci soit le sien dernier et sa dernière volonté, et qu'il ait valeur par forme de testament, codicile ou donation à cause de mort, ou autre meilleure forme que faire et valoir pourra " Vers 1661, Jean de la Cropte contribua avec Poncet Cluniat à la rédaction des Règles des Dames ou Sœurs de la Foi, établies à Sarlat, en 1660, sous l'évêque François de Salignac de la Mothe-Fénelon (37). -------------------------------- 35) Archives de la Visitation de Périgueux : Circulaires, t. II, p. 390. 36) Joseph Roux, Tricentenaire..., p.43. 37) Bernaret, Tournées pastorales de Mgr Dabert, p. 21. [12] D'après sa correspondance, on peut suivre quelques unes de ses activités. Le 21 mars et le 11 juillet 1659, il est à Bordeaux, sans doute pour les affaires de sa Congrégation. Le 14 septembre, il donne une mission à Saint-Astier. Le 24 août 1660, il est de nouveau à Bordeaux.

Les 19 et 30 janvier 1661, et le 29 mars, il se trouve dans sa maison de Périgueux, de même que le 20 avril 1662. Les 13 et 28 octobre 1663, il missionne à Beaumont, et, le 4 novembre 1664, à Neuvic. A l'occasion probablement d'un procès, auquel il fait allusion dans sa lettre, il est à Bordeaux, le 12 mai 1665, de même que le 9 juillet : "J'attends à demain, écrit-il, jour arrêté pour l'assemblée de nos arbitres". Le 25 octobre 1665, il est à Chantérac ; le 28, à Saint-Seurin-de-Prats, où il commence une mission, interrompue par sa mort, sans doute inopinée, survenue le 2 novembre, à quatre heures du soir (38). La réputation de sainteté de Jean de la Cropte était bien établie dans le diocèse, si on en croit ce fait rapporté par le P. Léonard Roche, religieux chanceladais, dans la Vie du Père Garat : "M. de la Mothe Fénélon parlant un jour des (manières du P. Garat) de porter les gens à la pratique du bien, dit avec quelque sorte d'étonnement à M. de Saint-Pierre de Chanteyrac, premier Supérieur de la Mission de Périgueux, que "Monsieur l'abbé de Chancellade n'avait jamais que la gloire de Dieu en bouche, pour obliger les personnes à faire leur devoir : comme si tout le monde était capable de se conduire pour cette unique vue". Ce Monsieur, dont la piété est en si bonne odeur dans tout ce Diocèse, lui répondit en même temps : "Que vouidriez-vous faire là, Monsieur? Le R.P. Abbé de Chancellade trouve ce motif si puissant sur son esprit, qu'il ne croit pas qu'il y ait personne qui puisse résister à ses impressions" (39) La correspondance du fondateur de la Mission révèle un prêtre fort zélé et tout entier au service de Dieu, service dans lequel il voyait un honneur. "Une fois qu'on s'est donné, écrit-il, il ne faut pas se reprendre" (40). La pensée du jugement de Dieu inspirait ses conseils ; il s'efforçait d'en pénétrer ses correspondants en des termes d'une telle vigueur, que les "oreilles pies" de nos jours auraient peine à les ----------------------------------------- 38) B.H.A.P.,1942, 365. - Un fragment des Statuts des garçons-ser vants porte : "Le 2 de novembre 1665, monsieur de Saint-Pierre mourut à Saint-Seurin, environ les 4 heures du soir, faisant mission" (Arch. du Sem.). C'est donc à tort que Tamizey de Larroque le fait mourir dans un âge très avancé, le 20 août 1715 (Livre-journal de Pierre de Bessot, p.52, n.i). 39) Le portrait fidèle des Abbés ou autres supérieurs réguliers et de leurs religieux dans la vie du révérend Père Jean Garat, abbé de Chancelade, par un chanoine régulier de l'abbaye de Notre Dame de Chancellade (p. 385). 40) Le fragment des Statuts des garçons servants comporte deux appendices : "Lettres spirtuelles de M. de Sainct-Pierre fondateur et Supérieur de la congrégation des prestres missionnaires de Périgueux, envoyées aux garçons servants à la mission". Il y a 31 lettres ou fragments de lettres, dont quelquesunes adressées "à un des messieurs de le communauté". Le second appendice comprend huit lettres envoyées à un garçon "qui avait demeuré dans la maison". [13] supporter. Il écrit ainsi à un garçon servant :

"Mon fils, je te prie que si toi et ta santé et ta vie sont à Jésus-Christ, il les faut conserver pour son service, sinon je le prie de te changer ou de t'ôter du monde. Mais, j'espère, mon fils, que tu veux être tout à lui sans réserve et commencer tout de bon à le servir, à quitter et détruire tout ce qui s'oppose à sa sainte volonté, qui n'est pas moindre que de te faire saint. Qu'est-ce donc qui t'empêchera ce bonheur? Sera-ce une fantaisie, une humeur, une vanité, une colère, un dépit ou bien la paresse, la lâcheté, la Sensualité de cette chair, de cette bête brute et de cette charogne qui n'est qu'ordure, pâture aux vers. Hélas, mon fils, un jour, après la mort, notre âme regardant cette carcasse pourrie, sale et défigurée, hélas, dira-t-elle, est-ce donc pour contenter cette voirie que j ai quitté mon Dieu, mon Paradis, ou du moins tant de degré de gloire que je pouvais avoir, que Dieu me présentait, et que j'ai vendu lâchement pour épargner cette carcasse ou pour lui plaire un moment. O malheureux moment! Non, mon fils, ne nous exposons pas à ce repentir et faisons mourir pour l'amour de Jésus-Christ et avec sa grâce cette sensualité, l'amour-propre, afin de commencer d'être vrais serviteurs de Dieu." (41). C'est avec la même outrance de paroles que Jean de la Cropte essaie de mettre en garde ses jeunes correspondants contre les dangers du monde, d'un monde pour lequel il affiche le plus souverain mépris. "Mes chers enfants et mes petits frères, leur écrit-il, vous êtes d'un côté bienheureux d'ignorer les grands dangers, les péchés et les malheurs du monde, mais d'ailleurs je voudrais que vous en fussiez bien convaincus pour remercier à jamais la grande miséricorde que Dieu vous a faite de vous en garantir, et vous choisir entre tant de milliers pour vous mettre à couvert et en réserve pour être tous siens. O Dieu, quel bonheur, quelle miséricorde! N'y pensez-vous point tous les jours? Si vous aviez vu comme moi depuis trois jours des prédicateurs, des docteurs, des religieux tombés dans le précipice et condamnés par la justice à être brûlés tous vifs, peut-être que vous auriez peur du monde et que prosternés par terre vous connaîtriez la grande miséricorde de Dieu sur vos âmes et sur de pauvres petits enfants tels que vous êtes. Aimons donc ce bon Dieu qui préfère ces petits idiots à tant de grands du monde, et qui nous donne le paradis à si bon marché." (42). Et, dans une autre lettre : "Mes très chers petits frères, et encore plus chers enfants, ne prenez pas conseil du monde, je vous prie, ne vous amusez pas à ses faux discours et à ses mortelles maximes Hélas! qu'on souffre mille fois plus pour le monde et l'enfer au bout. En vérité, mes enfants, nous ne voyons que malheurs, que divisions, que querelles entre les pères et les enfants, les femmes et les maris, les frères et les parents, que pauvres veuves misérables, que pauvres mangés et persécutés par les riches, par les seigneurs, par la justice, par les sergents, les fusiliers, les tailles, les rentes, les commissions, les procès ; que faussetés, que fourbes, que meurtres et rapines entre les riches et les paysans, qui se mangent, se déchirent, ------------------------------- 41) Orthographe modernisée pour faciliter la lecture. Nous ferons de même pour les autres documents.

42) De Bordeaux, le 21 mars 1659. 43) De Beaumont, le 28 octobre 1663. [14] d'inimitiés immortelles, que blasphèmes, qu'impuretés, que larcins et tromperies en tous états de marchands, d'artisans, de paysans, de gens de justice, etc. Si bien que souvent dans cette vue, je remercie notre bon Dieu de nous tenir petits et humbles, et je dis bienheureux les petits frères de la Mission que Notre-Seigneur exempte de ce déluge de maux et de dangers " (43). Avec la même énergie, le supérieur de la Mission insiste sur la pureté, sur le devoir du bon exemple, sur la nécessité du renoncement, sur la pratique de l'indifférence, sur le bon emploi du temps. L'austérité de langage de Jean de la Cropte ne doit pas cependant faire illusion sur son vrai caractère. Il a par ailleurs de ces effusions de cœur, qui dénotent une nature très sensible, où domine nettement le sentiment de sa paternité spirituelle à l'égard de ses enfants. Un garçon l'ayant quitté pour rentrer dans sa famille, à Montignac, il entretient avec lui une correspondance suivie pour le maintenir dans le droit chemin. Il lui écrit : "Mon très cher enfant, que je porte toujours dans le cœur. D'autre affaire, je ne me soucie guère, c'est mon petit N que je désire, que j'aime, que je cherche ; c'est cette chère âme avec laquelle je veux avoir une amitié éternelle dans le ciel. Mais, mon fils, mon cher fils, pourquoi fuis-tu, dit-on, (ton) père ; pourquoi te caches-tu de lui? " Et, une autre fois : "J'espère, si tu viens, que nous parlerons à cœur ouvert. Aime toujours ton bon pp. qui est tout à toi et qui en vérité t'a toujours aimé, tu le sais bien, mon fils, et que même les petites rigueurs qu'il faut nécessairement témoigner aux enfants et qui t'ont parfois mortifié n'étaient en vérité dans le cœur qu'amour et tendresse. Si tu y prends garde à cette heure, tu le connaîtras bien ; une de tes petites larmes d'enfant était capable de me faire faire tout ce que tu voulais et c'était pour ton bien et avec regret que j'étais obligé de te faire un peu le sévère " Pierre Mèredieu Le premier collaborateur de Jean de la Cropte, Pierre Mèredieu, appartenait à une famille, qui donna à la magistrature et à l'église des sujets remarquables. Cette famille a reçu des lettres de noblesse en novembre 1699 dans la personne d'elie de Mèredieu, écuyer, sieur de la Mothe, conseiller du Roi au Présidial de Périgueux (44) Pierre Mèredieu était fils de Jean, conseiller au Présidial de Périgueux et enquêteur, et de Jeanne Simon (45). Il eut un frère, Eymeric, sieur d'ambois et de la Gouderie, qui fut également chanoine de Périgueux, et devint même, en 1638, doyen du chapitre de Saint-Front (46). Il était

docteur en théologie (47). En 1629, il était déjà chanoine (48). On sait peu de choses sur son activité. Il prit part à la fondation des Sœurs de Sainte-Marthe ; le contrat de fondation de cette communauté, en date du 27 avril ------------------------------------- 43) De Beaumont, le 28 octobre 1663. 44) de Froidefond, Armorial, I, 346. 45) Tamizey de Larroque, Livre-journal de P. de Bessot, p. 22, n. 3. 46) Tamizey de Larroque, l.c. 47) Entraygues, Mgr Daniel de Francheville, p.64. 48) B.H.A.P., 1876, 318. [15] 1643, porte sa signature (49). Avec une petite pointe d'exagération, le chanoine Joseph Roux l'a appelé" le grand saint de Périgueux, dans la première partie du XVIIème siècle" (50). Il est vrai, cependant, que les contemporains de Pierre Mèredieu le tenaient pour un saint homme. Le livre mémorial du XVIIème siècle, des archives municipales, appelé Livre vert, rapporte ainsi sa fin : "Le 21 octobre 1654. : Dans la maison de Messieurs les Prêtres de la mission, près la Cité de la présente ville, mourut Monsœeur Mèredieu, prêtre, fils aîné du sieur Mèredieu, Enquesteur et fust enterré le 22 au matin dans l'église de la Mission. Ayant vécu comme un saint et mort aussi dans la réputation très grande de sainteté. On estime que c'est par ses prières et vertus que cette ville se sauva des malheurs de la guerre où elle s'estait engagée pendant les mouvements" (de la Fronde) (51). Poncet Cluniac Poncet Cluniac, docteur en théologie, dirigea le grand séminaire de 1651 à 1665, et fut le premier successeur de Jean de la Cropte à la tête de la Mission, qu'il gouverna de 1665 à 1686. Il intervint en faveur des Sœurs de Sainte-Marthe, en 1657, sollicitant la permission de faire les sépultures de leurs défuntes dans leur chapelle (52), et, en 1661, il rédigea avec Jean de la Cropte les Règles des Sœurs de la Foi, fondées à Sarlat, et qui venaient de s'établir à Bergerac, le 22 avril (53). En 1662, il reçut du Fondateur de la Mission le prieuré commendataire de St-Seurin de Pavaucelles, qu'il résigna, le II octobre 1665, en faveur de son confrère Jacques La Serre. Il fut également curé ou vicaire perpétuel de St-Romain de la Valade, du diocèse de Périgueux et de la sénéchaussée d'angoumois ; il résigna ce bénéfice, le 28 février 1688, en faveur de Maître Dacour, doyen de Ronsenac, doyenné de St-Benoît, dépendant de

l'abbaye de Cluny. Le 4 avril 1680, Jacques de Grandsaigne, prieur de St-Angel et de son annexe de Quinsac, résigna en sa feveur son bénéfice. Cluniac était alors vicaire de la chapellenie de St-Antoine, à Saint-Front de Périgueux. Supérieur de la Mission, il fut envoyé à Bergerac, en 1682, par Mgr Le Boux, pour y établir le petit séminaire. Il n'était pas un inconnu pour cette ville : il y avait prêché l'avent et le Carême des années 1673 et 1674. Ce même ministère lui fut encore confié en 1684-1685, et il s'employa alors à la conversion des calvinistes. Gravement malade, il rédigea son testament le 26 octobre 1688 ; il mourut probablement peu de temps après. Autres missionnaires Des trois autres premiers Missionnaires, nous ignorons à peu près tout. Denis Labrouhe est mentionné, en 1657, pour avoir signé la --------------------------- 49) J. Roux, Tricentenaire, p. 43. 50) J. Roux, op.cit.,p.35. 51) A.C., BB 15 ; Livre vert, I, 306 52) J. Roux, op.cit., p. 43 53) Bernaret, Tournées pastorales,p. 21 [16] pétition des Sœurs de Sainte-Marthe, dont il a été question plus haut. Jean Reynier et Jacques Devaux moururent probablement peu après la fondation de la Mission, puisque Jean de la Cropte ne les fait pas figurer dans son testament du 9 mai 1658, mais mentionne seulement Cluniac et Labrouhe. On ne saurait s'arrêter à l'hypothèse qu'à ce moment-là Reynier et Devaux avaient cessé de faire partie de la Mission ; leur adhésion à cette entreprise de réforme spirituelle témoigne en faveur de leur générosité. Chapitre Deuxième [17] LA FONDATION DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION ------- I. - Érection et approbation

Une Institution qui poursuit un but religieux, ne peut avoir une existence légale ni jouir des privilèges de l'église, sans avoir été approuvée. Il fallait de plus, dans l'ancien Régime, que cette Institution ait obtenu du Roi des lettres patentes, entérinées au Parlement, pour qu'elle fût officiellement reconnue, avec toutes les conséquences de droit. En 1651, les fondateurs de la Mission estimèrent venu le moment favorable de donner à leur petite Société un Statut organique définitif, et de solliciter la reconnaissance officielle des autorités ecclésiastiques et civiles. Le siège épiscopal de, Périgueux était alors occupé par Mgr de Brandon, prélat actif et zélé, dont les initiatives apostoliques avaient imprimé au diocèse une impulsion digne de tout éloge (54). En l'espace de deux ans, cet évêque avait restauré et renforcé la discipline ecclésiastique, en prenant de sages mesures au cours du synode d'avril 1649 pour la sanctification et la culture intellectuelle du Clergé ; il avait organisé les conférences ou congrégations ecclésiastiques, et établi un séminaire d'ordinands ; enfin, le 15 mars 1650, il avait approuvé les constitutions de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Marthe (55). ----------------------------- 54) Dans les Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement, rédigées par le comte René de Voyer d'argenson et publiées par dom Beauchet-Filleau, on disait de Mgr de Brandon : " Le 22ème de ce mois de juillet, la Compagnie fut avertie de prier pour l'âme de feu M. Brandon, évêque de Périgueux. C'était un personnage de grand mérite et d'une piété singulière ; il avait donné de merveilleux exemples de vertu pendant qu'il avait fréquenté la Compagnie où il avait été plusieurs fois supérieur et qu'il n'avait quittée que pour aller résider dans son diocèse où il en établit une et où il finit ses jours saintement. Sa mémoire est en grande vénération, c'est lui qui a donné commencement à tous les pieux établissements qui se sont faits dans les derniers temps à Périgueux" (p. 129). Pour dire vrai, ce fut Alain de Solminihac, alors évêque de Cahors, qui établit la Compagnie du St- Sacrement à Périgueux, le 11 septembre 1640. Les Statuts de la Compagnie lui furent adressés, pour le groupe de Périgueux, par le Comité central de Paris. La nouvelle Compagnie du Périgord procéda aux élections, dès le la septembre, et la première assemblée se tint à Chancelade, sous la présidence même de Mgr de Solminihac. Le dossier de cette fondation se trouvait aux archives de l'évêché de Cahors (liasse V,I, n 7). Cf Sol, Le vénérable Alain de Solminihac (p. 20b) ; Alain de S., Lettres et documents, (p. 237). 55) Saint Vincent écrivait le 4 septembre 1649 à l'official de Cahors : "Vous m'avez fort obligé, Monsieur, de m'envoyer ses ordonnances synodales. Je les ai trouvées dignes de leur auteur et d'un grand présage de bénédiction sur son diocèse. Sa piété et son zèle incomparables ont toujours fait espérer des actions semblables. Dieu le conserve à l'église un siècle tout entier! " (Coste, III, 480) [18] Pour ce qui est de la Congrégation de la Mission de Périgueux, l'initiative de son érection en revint certainement au frère de l'évêque et son vicaire général, M. de Bassancourt. Ce dernier, hanté par la formule de M. Olier, avait fait échouer l'entreprise du séminaire commencé par les Lazaristes, à la fin de l'année 1650, et avait même exigé de Monsieur Vincent leur rappel à Paris, au début de 1651. Les Missionnaires de Périgueux semblaient tout désignés pour succéder aux Lazaristes, mais il fallait au préalable les

constituer en Société canoniquement organisée ; ce qui fut fait. Le 29 avril 1651, Mgr de Brandon érigeait la nouvelle Société en congrégation cléricale séculière (56), et lui délivrait les lettres d'approbation suivantes : "Philibert, par la grâce de Dieu, et l'autorité du Saint-Siège apostolique, évêque de Périgueux et conseiller ordinaire du roi en ses conseils d'état et privés, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salut. "La Providence de Dieu, par un pur effet de sa miséricorde, nous ayant appelé au ministère de son Église, nous a donné cette consolation, à notre avènement en ce diocèse, d'y trouver une maison commencée par deux vertueux ecclésiastiques, pour y former, sous la conduite de sa divine Majesté, et dans sa dépendance, ceux que sa bonté infinie y adressait. Et comme les grands édifices que la Providence veut élever pour sa gloire ont des fondements bien bas et bien petits, on ne s'est presque pas aperçu de la grandeur de ses desseins jusques à ce que, depuis peu, nous avons vu clairement l'usage qu'elle en voulait faire, par la société qu'elle y a établie d'un plus grand nombre d'ecclésiastiques, dans lesquels nous avons vu reluire, avec les principales vertus chrétiennes, l'esprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la ferveur de son zèle. Leur conduite et leurs emplois ont été accompagnés de tant de bénédictions, que nous nous sommes sentis profondément obligés à sa divine Majesté. Notre cœur a été dilaté de joie de voir en nos jours une telle magnificence de sa divine libéralité, qui, parmi les épines et les travaux de notre sollicitude pastorale, nous a donné un secours si avantageux pour réparer les ruines de l'impiété et resserrer la boucle de la discipline ecclésiastique entièrement relâchée, ce qui nous a fait espérer d'y voir bientôt le règne de N.S.J.C. rétabli, les lois de son Église en vigueur, et les vérités et les maximes de son Évangile en crédit et estime parmi les peuples. "C'est pourquoi, désirant de tout notre cœur contribuer à l'avancement d'un si saint œuvre, nous avons reçu les très humbles supplications de nos très chers et bien aimés Jean de Lacropte, ----------------------------------- 56) "En congrégation cléricale séculière", disons-nous, et non pas en congrégation religieuse, comme le disent improprement les historiens locaux, tels Mayjonade, Brugière, et d'autres. Les Missionnaires n'étaient nullement religieux ; ils ne faisaient pas de vœux, même privés. Les documents du temps les appellent communément les "Messieurs de la Mission" ; plus rarement les "Pères de la Mission", comme, par exemple, dans A.C.,GG II. La copie manuscrite des lettres d'approbation a été découverte fortuitement à Bordeaux parmi de vieux papiers, et publiée dans la Sem. Rel. de Périgueux, en 1896, pp. 670 et 749. [19] Pierre Mèredieu, Poncet Cluniac, Jean Reynier, Denis de Labrouhe, et de Jacques Devaux, prêtres, tendant à ce qu'il nous plût de les unir par l'érection d'une congrégation d'ecclésiastiques qui, vacant à leur perfection et s'appliquant à toutes les fonctions propres aux clercs, eussent pour fin particulière d'être dans notre seule dépendance et de nos successeurs évêques, de s'appliquer au service spirituel des

ecclésiastiques, de travailler avec zèle au rétablissement de la religion et du respect envers Dieu et les choses saintes, de servir le prochain, principalement aux œuvres délaissées, par un soin spécial, de procurer l'instruction, le salut et la sainteté des pauvres, des enfants et du bas peuple, aux champs et à la ville, par catéchismes, missions, conférences, et autres fonctions du ministère. "Et comme nous sommes parfaitement informés de leur esprit et de leur conduite intérieure et extérieure, et qu'il a plu à Dieu de nous faire voir, par beaucoup d'expériences en divers emplois où nous les avons appliqués pour le salut de nos peuples, les fruits de la grâce que sa divine bonté à répandus sur leurs missions, Nous ne saurions rien souhaiter de plus utile pour l'avancement de la gloire de sa divine Majesté et la conversion des âmes qu'elle nous a commises. Sentant d'ailleurs dans notre cœur une telle correspondance à leurs desseins, et un tel attrait aux lumières que Dieu leur a communiquées, que nous connaissons que c'est le véritable esprit de Jésus-Christ qui les anime pour le renouvellement entier de tout notre diocèse, désirant rendre ce secours constant et perpétuel à l'avenir. "Nous, de l'autorité et puissance épiscopale que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a donnée, avons érigé, établi et approuvé, érigeons, établissons et approuvons par ces présentes l'assemblée des susdits prêtres en corps d'institut et congrégation perpétuelle d'ecclésiastiques qui nous seront entièrement soumis pour s'appliquer aux susdites fonctions. A ces fins, nous leur donnons pouvoir d'élire en temps et lieu leurs supérieurs, syndics et autres officiers accoutumés et nécessaires dans les communautés, de faire aussi des statuts et règlements propres à les maintenir et perfectionner dans leur dessein, qui seront confirmés de nous, de recevoir ceux qui seront appelés à ladite congrégation, avec tous les legs pies et donations, et généralement d'user et jouir de tous les droits et facultés dont jouissent en pareil cas les communautés approuvées et fondées de revenus. Et afin que ladite congrégation soit appuyée de l'autorité nécessaire pour la pleine liberté de toutes ses fonctions, nous supplions très humblement Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'évêque et le souverain pasteur des âmes de ce diocèse de la prendre en la protection de sa divine et royale Majesté, lui accordant sous son bon plaisir les assurances de la nôtre avec tous les témoignages de notre affection, bonté et cordialité paternelle. Et, afin que ces vertueux ecclésiastiques puissent plus utilement correspondre à la sainteté de leur vocation, et que la bonne odeur de leurs actions se répande tellement dans les autres diocèses que Dieu y suscite dans la maison de nos Seigneurs les Évêques nos confrères, un pareil secours d'ouvriers adonnés à toutes sortes de fonctions pour le service de leurs peuples, nous leur souhaitons de tout notre coeur la bénédiction de Notre-Seigneur Jésus-Christ. "Donné à Périgueux, dans notre palais épiscopal, le vingt-neuvième jour d'avril l'an mil six cent cinquante-un. Par le commandement de Monseigneur, Roche, secrétaire Philibert, Évêque de Périgueux

[20] Après l'approbation épiscopale, restait ensuite à obtenir celle du Roi, pour obtenir tous les effets civils de cette érection et les privilèges accordés aux instituts ecclésiastiques. Cette approbation royale était d'autant plus nécessaire que les Missionnaires allaient être appelés à la direction des séminaires (57). Le dossier fut don& transmis sans retard à la Cour. Il comprenait une supplique des Missionnaires, une copie des lettres d'approbation de l'évêque avec un mot de recommandation ; une copie, homologuée par la sénéchaussée de Périgueux, des contrats, avec pièces à l'appui, passés entre Jean de la Cropte et les définiteurs de l'hôpital de La Cueilhe, dans lequel s'était installée la nouvelle Société. Un mois après, en mai 1651, le roi Louis XIV délivrait les lettres patentes suivantes : Louis par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, Salut. Nos chers et bien aimés Jean de la Cropte, Pierre Mèredieu, Poncet Cluniac, Jean Reynier, Denis de Labrouhhe, et Jacques Devaux, prêtres, nous ont très humblement fait remontrer que dès l'année mil six cent quarante-six, ledit de la Cropte ayant eu dessein de procurer l'établissement en notre ville de Périgueux d'une congrégation d'ecclésiastiques pour rechercher la perfection de cette vocation, et s'appliquer aux exercices convenables à leur profession, à l'édification et instruction du public particulièrement du menu peuple, des enfants et des pauvres, tant à la ville qu'aux champs, par catéchismes, missions, conférences et autres fonctions du ministère, ils auraient pris et acquis à vente des syndics de l'hôpital de Ste Marthe de la dite ville de Périgueux un lieu nommé l'hôpital de la Cueilhe, dépendant du dit hôpital de Sainte- Marthe, situé proche de la cité de la ville de Périgueux avec les dépendances de l'hôpital. Par le contrat passé entre M e Jean Dubreuil, syndic du dit hôpital et ledit de la Cropte, par devant le notaire royal de ladite ville de Périgueux, le vingt-cinquième janvier mil six cent quarante-sept, en conséquence des délibérations des définiteurs au dit hôpital, des vingt-troisième et trentième décembre mil six cent quarante-six, homologuées par devant le sénéchal de Périgueux le 6ème janvier au dit an mil six cent quarante-sept, et ensuite les dits exposants auraient le vingt-neuf avril dernier obtenu de notre aimé et féal conseiller en nos conseils, Philibert évêque de Périgueux, ses lettres d'approbation pour l'érection de la dite congrégation, nous suppliant très humblement vouloir leur en accorder la permission, et d'acquérir les héritages et autres choses dont ils auront besoin, et dès à présent leur amortir le dit lieu de la Cueille acquis par le ------------------------------- 57) On lit dans les Mémoires du Clergé de France :... " il est d'usage d'obtenir des lettres patentes du Roi pour établir des séminaires : on estime même que cette précaution est très sage, d'autant plus qu'elles sont presque toujours nécessaires, suivant les maximes du royaume, pour assurer la voie qu'on se propose pour leur dotation" (II, col. 593). [21] dit de Lacropte pour servir de logement aux prêtres qui s'uniront à la dite Congrégation. Et d'autant que l'établissement ne peut être qu'à la plus grande gloire de

Dieu, à l'exaltation de la Sainte Église catholique, apostolique et romaine, et à l'édification et à l'instruction de nos sujets, et que notre intention est non seulement de contribuer à un si bon dessein, mais de rechercher tout ce qui peut y donner de l'accroissement, A ces causes, De l'avis de notre conseil et de notre science certaine, pleine puissance et autorité royale, Nous avons par ces présentes, signées de notre main, permis, accordé et octroyé, permettons, accordons et octroyons l'érection et établissement de ladite congrégation d'ecclésiastiques en notre ville de Périgueux, suivant et conformément aux lettres pour ce expédiées par l'évêque de ladite ville le vingt-neuvième avril dernier, cy attachées sous le contre-sceau de notre chancellerie, avec les conditions qui y sont contenues. Nous permettons aux dits de la Cropte, Mèredieu, Cluniac, Reynier, de Labrouhe et Devaut, ensemble à tous les prêtres et ecclésiastiques qui voudront dorénavant se joindre et unir à ladite congrégation, suivant ladite constitution, de faire construire et bâtir les églises, maisons et lieux nécessaires pour ledit établissement et convenables à leur exercice et profession, demeure et habitation, et d'acquérir et posséder les héritages, ventes et autres biens dont ils auront besoin, même d'accepter les donations et legs qui pourront leur être faits~ de quelque nature qu'ils soient, et dès à présent, Nous leur avons amorti, et à Dieu dédié, amortissons et à Dieu dédions le susdit lieu de la Cueille, avec toutes ses dépendances, ainsi qu'il est exprimé par le contrat de bail à vente qui en a été fait audit de la Cropte par le susdit contrat du seizième janvier mil six cent quarante-sept, dont copie et homologation d'icelle du sénéchal de Périgueux des vingttroisième et trentième décembre mil six cent quarante-six et septième janvier mil six cent quarante-sept, sont semblablement cy attachés sous notre contre-sceau, sans que lesdits exposants ni leurs successeurs puissent être contraints de les mettre hors de leurs mains pour quelque cause que ce soit ; ni tenus ci-après pour raison desdits héritages payer à Nous ou à nos successeurs rois de France aucuns droits ou devoirs, ni payer à l'avenir aucun droit de nouveaux acquêts, dont Nous les avons affranchis, quittés et exemptés, affranchissons, quittons et exemptons, sans qu'ils soient tenus nous payer pour raison dudit amortissement aucune finance ou indemnité, laquelle, telle qu'elle soit et à quelque somme qu'elle puisse monter, nous avons donné et quitté, donnons et quittons, auxdits exposants par ces dites lettres patentes, sauf l'intérêt des seigneurs féodaux ou censiers, desquels lesdits héritages sont tenus et mouvants. "Ainsi, donnons en mandement à nos aimés et féaux conseillers les gens tenant notre cour de Parlement de Bordeaux, et tous autres justiciers et officiers et à chacun d'eux, ainsi qu'il appartiendra que ces présentes ils fassent enregistrer, et du contenu en icelles jouir et user lesdits exposants pleinement, paisiblement et perpétuellement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements contraires, car tel est notre bon plaisir, nonobstant les ordonnances, statuts et constitutions de notre royaume par lesquels les monastères, couvents, communautés et semblables gens de mainmorte ne peuvent tenir ni posséder aucuns héritages, s'ils ne leur sont par nous ou nos prédécesseurs dûment amortis et quelconques autres

[22] ordonnances, restrictions, mandements et défenses contraires, auxquels nous avons pour ce dérogé et dérogeons par ces présentes. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre sceau à ces dites présentes, sauf en autre chose notre droit, et l'autrui en toutes. "Donné au mois de mai l'an de grâce mil six cent cinquante et un de notre règne le neuvième, Par le roi, de Loménie Louis Ces lettres patentes furent enregistrées au Parlement de Guienne, séant à La Réole, le 13 mars 1654 (58). II. - Le nom et le titre canonique Il semble que les Missionnaires n'aient pas eu de titre bien défini pour dénommer leur Congrégation. Ils s'intitulent tantôt Congrégation des Prêtres Missionnaires de Périgueux, tantôt Congrégation de la Mission de Périgueux. Ce dernier titre a prévalu, alors que le premier leur était plus personnel et comme leur titre canonique. C'est celui qui leur est donné dans les documents officiels venant de Rome, comme, par exemple, dans le texte d'un indult, qui leur fut concédé, en 1771, par Clément XIV, et où on lit : "presbyteri Communitatis Presbyterorum saecularium seu Missionariorum nuncupatorum" (59). En adaoptant le titre de Congrégation de la Mission, les Missionnaires de Périgueux commettaient, du moins à leur insu, une véritable usurpation. Ce titre, en effet, appartenait en propre et canoniquement à la Congrégation des prêtres séculiers, fondée en 1625 par saint Vincent de Paul, et il lui a été toujours réservé dans les pièces officielles émanant de Rome (60). Cette usurpation, qui ne rencontra jamais d'opposition, nous paraît prouver péremptoirement que saint Vincent de Paul ignorait la Société constituée par Jean de la Cropte. On sait, en effet, que vers la fin de sa vie, le saint était devenu très ombrageux relativement au nom de Missionnaires, ou de Prêtres de la Mission, que se donnaient volontiers les nouvelles congrégations qui, un peu partout, s'établissaient. Monsieur Vincent intervint plusieurs fois pour s'y opposer, en raison des graves inconvénients, qui pouvaient résulter de la confusion des noms. Lorsque, par exemple, Christophe d'authier de Sisgau, le fondateur de la Congrégation du Saint-Sacrement, fut tenté d'appeler d'abord son Institut : Congrégation des Clercs de la Mission, puis même simplement Congrégation des Missionnaires du Clergé : Saint Vincent s'émut et pria son confrère de Rome, M. Alméras, d'y veiller, -------------------------------

58) A.D., Gironde, I B 27, f 47 ; A. de Froidefond, Armorial de la noblesse du Périgord, II, 193, n. 12. 59) Carles, Monographie de St-Front, p. 79. 60) Une Bulle d'urbain VIII, du 12 janvier 1633, a érigé la Compagnie fondée par Saint Vincent, sous le titre de Congrégation de la Mission, ou des Prêtres de la Mission. C'est ce nom qui distingue cette communauté de toutes les autres, du moins officiellement. Les Prêtres du Clergé, fondés à Bordeaux par Jean Fonteneil, s attribuaient aussi le qualificatif de Prêtres de la Mission [Voir Monographie sur le Séminaire de Bordeaux et Montuzet] [23] bien que, de son propre aveu, il ne voyait point comment s'y opposer. D'ailleurs, lui écrivait-il, que ferons-nous? Voilà que quasi tous ceux qui entreprennent de deçà des emplois rapportant aux nôtres, prennent qualité de missionnaires, et cela, pour ce que la miséricorde de Dieu, nous ayant appelés à cette profession, a eu agréable de donner quelque réputation à ce nom. M. Olier même, qui, du commencement, semblait affecter le nom de prêtres de la communauté de Saint-Sulpice, m'a témoigné désirer qu'on les appelât de la Mission, comme on fait, jusque-là qu'ayant établi deux ou trois séminaires, ce n'a été que sous ce nom. Si c'est un mal, il semble être nécessaire à notre égard, qui ne pouvons l'éviter, car de nous y opposer, ce serait vainement (61). Le saint ne devait pas tarder à changer d'avis. Des incidents regrettables, dus à la confusion des noms, l'amenèrent ensuite à s'opposer formellement, autant qu'il le pouvait, à ce que d'autres Instituts prissent le nom propre de sa Communauté. Qu'on nous permette de citer ici la longue lettre que, le 5 octobre 1657, il adressait à ce sujet à un vicaire général de Lyon, et où il exprimait sans ambigüité le fond de sa pensée : La bonté que N.S. vous a donnée pour nous, écrit-il, me fait prendre la confiance de vous donner avis d'une difficulté qui se rencontre en la poursuite que fait ici M. N pour obtenir des lettres patentes sur l'érection de la compagnie que Monseigneur l'archevêque de Lyon a érigée en son diocèse, pour l'employer sous le nom de Prêtres de la Mission. Et pource que notre chétive compagnie porte aussi le même nom de la Mission et que cette ressemblance de noms est sujette à beaucoup de fâcheux inconvénients, j'ai fait représenter à Monsieur le chancelier mes petites difficultés sur cela, en attendant que j'eusse l'honneur de vous en écrire, étant assuré que Monseigneur l'archevêque n'a pas dessein de faire un bon œuvre pour nuire à un autre. Voici deux ou trois inconvénients qui sont déjà arrivés avec une autre compagnie qui porte le même nom, et qui pourront arriver ici. Mgr l'évêque de Bethleem ayant établi une pareille compagnie 12 ou 15 ans après la nôtre, qu'il nomma du commencement Prêtres du Clergé, et, l'ayant fait approuver depuis à Rome sous le nom de Societas Presbyterorum Sanctissimi Sacramenti ad Missiones, il l'a fait appeler de la Mission. Et ensuite, ayant obtenu le don du Pape de deux collèges en Avignon, de la fondation de quelques Savoyards, et qui étaient pour des écoliers du même pays, il arriva que, les Savoyards voyant que ces collèges leur étaient enlevés par des missionnaires, qu'ils croyaient être de notre corps, les habitants d'annecy en furent si transportés de colère qu'ils s'attroupèrent plusieurs fois pour aller jeter dans le lac nos prêtres établis en cette

ville-là, qui, pour cette raison, demeurèrent longtemps cachés, sans oser paraître ; et le sénat de Chambéry n'a jamais voulu vérifier notre établissement en Savoie pour cette raison-là, nonobstant les diverses jussions de son Altesse Royale. "Un autre inconvénient qui est arrivé, Monsieur, est qu'un bourgeois de Marseille, où cette compagnie-là a une maison et nous une autre, ayant donné par son testament aux Prêtres de la Mission quelque bien, et étant mort ensuite sans déclarer à quels Prêtres de la ------------------------------- 61) Coste, Corresp., I V, 56-57 ; M. Vincent, III, 299 ss. [24] Mission, nous voilà sur le point d'entrer en procès pour faire dire à quelle des deux maisons le legs appartient. Outre ces deux inconvénients arrivés par cette compagnie-là, en voici un troisième, venu d'un particulier qui avait travaillé quelque temps, à Toulouse, à des missions que feu Mgr l'archevêque fit faire, et qui prenait le nom de Missionnaire. Celui-ci, passant à Lyon, visita l'hôpital des malades, et, ne le trouvant pas en bon ordre à son gré, il écrivit une grande lettre à feu Mgr le cardinal de Lyon, par laquelle il lui représentait les dérèglements qu'il pensait avoir trouvés en cet hôpital, et l'exhorta d'y mettre ordre, ou, s'il ne le faisait pas, qu'il l'appelait au jugement de Dieu, et signa cette lettre de son nom : Barry, prêtre de la Mission. Ce bon seigneur, qui se trouva pour lors à Paris, indigné de cette hardiesse, se plaignit hautement de notre compagnie, croyant que ce prêtre en fût, qui n'en était pas, et fit feu et flamme contre nous ; en sorte que, quoique je fisse assurer par nos amis et que je l'assurasse moi-même que cet homme nous était inconnu, il a toujours témoigné son mécontentement en tous les rencontres où il se parlait de nous. Voilà, Monsieur, quelques raisons, entre plusieurs autres, pour lesquelles nous avons cru devoir représenter à Mgr le chancelier les inconvénients qui sont à craindre ci-après, si cette compagnie de Monseigneur de Lyon porte le nom de la Mission. Nous ne trouvons rien à dire aux règles que ce digne prélat leur a prescrites, qui sont toutes bonnes et saintes, ni qu'il se trouve des prélats qui érigent de pareilles compagnies ; ni de bons ecclésiastiques qui entreprennent les fonctions que nous pratiquons. Au contraire, Monsieur, nous prions Dieu tous les jours à la sainte Messe qu'il envoie de tels ouvriers à son Église. Certes, je crois qu'il faudrait renoncer au christianisme pour avoir d'autres sentiments. La difficulté va donc, Monsieur, à la confusion des noms, qui fait qu'on impute souvent les faits d'une compagnie à une autre du même nom et qui en a à souffrir, et qu'il en arrive beaucoup d'autres inconvénients. C'est pour cela que Dieu a mis des différences dans les genres, les espèces et les individus. Un ciron a ses différences avec toutes les autres créatures, en sorte que nulle peut être dite ciron, sinon le même ciron, tant il est vrai que la sagesse du souverain Créateur a pris soin de mettre telle distinction entre les choses, que l'une ne soit pas l'autre.

Cela posé, Monsieur, il semble que, s'il plaisait à Monseigneur l'archevêque de donner un autre nom à ces Messieurs que de Prêtres de la Mission, comme, par exemple, de Prêtres de Monseigneur l'archevêque, du clergé ou du diocèse de Lyon, ce nom conviendrait bien à la chose, puisqu'ils se dévouent à faire toutes les choses ecclésiastiques que mon dit seigneur leur ordonnera. De dire qu'on leur peut donner le nom de Prêtres de mondit seigneur l'archevêgue et ajouter : pour être employés aux missions de son diocèse, cela n'empêcherait pas, Monsieur, que les inconvénients qui sont arrivés avec les prêtres du Saint-Sacrement, à cause de la clause ad Missiones, dont j'ai parlé, n'arrivassent entre ces deux compagnies ici, le nom de Mission s'y rencontrant. Et partant il semble que ce sera une chose digne de sagesse de mondit seigneur, de remédier en ce commencement à ces inconvénients et autres semblables ; ce qui sera facile en faisant prendre un autre nom à sadite [25] compagnie, lui laissant néanmoins tous les exercices qui se font à la mission. Que si mondit seigneur n'agrée pas cette proposition, très volontiers nous changerons notre nom de Missionnaires en un autre, si mondit seigneur l'ordonne ainsi, et que cela se puisse en suite de 40 ans et plus qu'il y a que cette chétive compagnie a commencé à travailler, et a été érigée par feu Mgr l'archevêque de Paris, confirmée par bulles d'urbain VIII et du Pape d'aujourd'hui, et par lettres patentes du roi, enregistrées au parlement " (62). À la lecture de cette lettre de Monsieur Vincent, il n'est personne qui ne voit ce qu'aurait été sa réaction, s'il avait su qu'à Périgueux existait une Société de prêtres missionnaires, qui portait absolument le même nom que sa compagnie. Nul doute qu'il se serait empressé d'en écrire à Mgr de Brandon, qu'il connaissait particulièrement, ou à son successeur Mgr Cyr de Villers de Lafaye, et que les Missionnaires de Périgueux se seraient empressés de lui donner satisfaction, reprenant leur première dénomination. Le fait que les Missionnaires de Périgueux ont toujours conservé pacifiquement le titre de Prêtres de la Mission, et de même le silence absolu du saint, puisqu'on ne trouve aucune trace d'opposition de sa part, laissent suffisamment entendre que Monsieur Vincent ignorait tout de l'existence de la Congrégation de la Mission de Périgueux, ou du moins de sa dénomination. Peut-on, dès lors, comme on l'a fait, soutenir qu'il a pris part à son érection? ------------------------------- 62) Coste, Corresp., VI, 498-502 ; Collet, Vie de saint Vincent de Paul, II,31 ss. ; Abelly, op.cit., I, 133. Chapitre Troisième [26]

LES CONSTITUTIONS ET LES RÉGLES Les écrivains locaux ont prétendu que les règlements de la Mission avaient été rédigés par Pierre Mèredieu à l'instar de ceux des Lazaristes. Bernaret soutient même que les Règles de la Mission "étaient à peu près les mêmes que celles des Lazaristes, avec lesquels, dit-il, (les Missionnaires) étaient en relation depuis saint Vincent de Paul" (63). Rien de tout cela n'est exact. Il paraît difficile que Pierre Mèredieu ait pu s'inspirer des Règles des Lazaristes ; celles-ci ne furent définitivement imprimées qu'en 1658 ; or, Pierre Mèredieu est mort en 1654, et par ailleurs ses rapports avec les Missionnaires de saint Vincent de Paul demeurent très problématiques. En outre, la Mission de Périgueux n'avait constitutivement rien de commun avec la famille de saint Vincent. Cette dernière est une congrégation séculière, mais dont les membres émettent des vœux privés, c'est à dire non reçus par l'église, en quoi ils ne sont pas religieux. Au contraire, comme dit Bernaret, les Missionnaires de Périgueux" n'avaient d'autres vœux que ceux de tous les prêtres" (64). Enfin, la Congrégation de Périgueux dépendait uniquement de l'évêque du diocèse et demeurait en son entière dépendance ; celle des Lazaristes est une congrégation cléricale exempte de la juridiction des évêques, et gouvernée par un supérieur général autonome. Le reste des Règles de la Congrégation de la Mission de saint Vincent est emprunté à la pratique de la perfection, telle qu'elle était couramment observée en de nombreux ordres religieux, et plus particulièrement dans la Compagnie de Jésus, à laquelle saint Vincent a beaucoup emprunté. Il n'est donc point étonnant que la Congrégation de Périgueux se soit rencontrée sur ces points avec celle des Lazaristes. D'ailleurs, il paraît certain que, lorsque les fondateurs de la Mission de Périgueux conçurent le dessein de former une nouvelle Société, ils cherchèrent conseil et appui auprès des RR.PP. Jésuites, qui tenaient alors le collège de la ville. C'est ce que démontre cette lettre du 3 octobre 1652, adressée de Limoges aux Missionnaires de Périgueux par le R.P. Jérôme Bayole, de la Compagnie de Jésus : Messieurs et mes bien chers confrères, car c'est ainsi que je vous nomme, et que je vous unis tous dans mon esprit par une lettre, pour vous témoigner la sincère et cordiale affection qu'il a plu à Dieu me donner pour votre petite sainte communauté. Je suis le même à Limoges que j'étais à Périgueux, envers vous tous et envers Jésus notre commun père et maître, et le veux être durant --------------------------- 63) Mayjonade, Sem. Rel., 1896, 671 ; J. Roux, Tricentenaire, 42 ; Bernaret, Tournées-pastorale, 21. 64) Sem. Rel., 1872, 876.

[27] toute l'éternité, et je ne doute point que vous ne soyez dans une semblable disposition envers moi, et que vous cultiviez l'amitié des PP. JJ~ pour l'avancement de sa gloire, comme vous avez fait jusques ici par le moyen des visites et entretiens réciproques " (65). Enfin, quant au but poursuivi par les deux Instituts, la Congrégation de Périgueux et celle de Paris, il est sensiblement le même, mais, nous l'avons vu, bien d'autres communautés nouvellement établies au XVIIème siècle, avaient pris modèle sur Saint- Lazare. Quelles étaient les Constitutions de la Congrégation de la Mission de Périgueux? Nous n'avons pu jusqu'à présent en retrouver le texte ; cependant, d'après les renseignements que nous possédons, il est loisible d'en reconstituer les grandes lignes, sans crainte de se beaucoup tromper. Nature de la Congrégation Placée sous le patronage de saint Charles Borromée (66), la Congrégation de la Mission de Périgueux était un Institut purement séculier, dépendant directement de l'évêque du diocèse, qui en était comme le Supérieur général ou du moins le principal responsable (67). Dans un mémoire, rédigé en 1698, Louis Bazin de Bezons, intendant de la Généralité de Bordeaux, écrivait : Il y a plusieurs séminaires Celui de Périgueux est tenu par des prêtres séculiers, qui sont sous un supérieur de la même manière que ceux de Limoges ; ils vivent comme Messieurs de Saint-Sulpice et vont en mission dans le diocèse ; il est très bien établi (68). De même, dans un mémoire adressé au chancelier d'aguesseau, en 1747, Mgr de Premeaux déclarait que la Mission de Périgueux était une congrégation de prêtres séculiers, autorisée depuis plus d'un siècle, et, ajoutait-il, cette congrégation, unique dans son espèce, ne dépend que de l'évêque et ne s'étend point hors du diocèse (69). ----------------------------------- 65) Cette lettre se trouve dans le fragment des Statuts des garçons servants à la Mission. Le P. Bajole était très apprécié en Périgord, à cette époque. Il fut le directeur de conscience d'alain de Solminihac pendant plusieurs années (Cf Vie d'alain de Solminihac, par le P. Chastenet, ed. 1817, p. II, 189,569). D'après cet auteur, le P. Bajole avait composé un petit traité pour conduire les âmes à l'étroite union avec Dieu, qui fut imprimé par les soins d'alain de Solminihac, en l'an 1645, à l'insu et même contre le gré de son auteur (p.534). Le P. Bajole assista Mme de Fonpitou à son lit de mort, le 30 octobre 1642 (Cf Les origines du culte public du Sacré-Cœur, en Périgord, par l'abbé Abdon, p. 31). Le P. Bajole revint à Périgueux, en novembre 1653, pour y mourir, à peine arrivé, d'une rétention de la vessie, qui l'emporta en quatre jours (Cf Sol, Alain de Solminihac, Lettres et documents, p. 549, 552). 66) Simler, Guillaume-Joseph Chaminade, p. 13. 67) Lettre d'approbation de Mgr de Brandon.

68) B.H.A.P., 1903, 367. 69) A.D., Gironde, C. 3290. Fin de la Congrégation La fin spéciale ou le but poursuivi par les membres de cet Institut, a été définie par Mgr de Brandon dans ses lettres d'approbation. C'était : 1 de travailler à sa propre perfection ; 2 d'être à l'entière disposition de l'évêque ; 3 de s'appliquer au service spirituel des ecclésiastiques ; 4 de contribuer à la restauration de la religion et des mœurs par diverses fonctions du saint ministère, plus particulièrement auprès des enfants, des pauvres et du bas peuple. [28] Membres de la Congrégation La Congrégation de la Mission de Périgueux était composée de prêtres et de laïcs. Les prêtres s'adonnaient aux fonctions du ministère, et principalement à l'enseignement dans les séminaires et aux missions. Les laïcs, appelés garçons servants, vaquaient à l'intérieur des maisons aux divers offices manuels de la communauté, cuisine, jardin, etc. ; ils prêtaient même leur concours aux travaux des missions. Nous ne savons quelles étaient les conditions d'admission dans la Société ; c'étaient probablement les mêmes que pour l'entrée dans les autres communautés séculières ou religieuses. Il n'y avait pas de noviciat, ni même apparemment de temps de probation. Une fois admis dans la Société par décision prise au Conseil de la communauté, les nouveaux agrégés faisaient sans doute une retraite spirituelle et étaient mis au courant des règlements, des us et coutumes auxquels ils s'engageaient à se soumettre. Les clercs pouvaient être admis, même avant le sacerdoce (70). Les Prêtres Les prêtres n'émettaient aucun vœu, ni ne s'engageaient par promesse à demeurer toute leur vie dans l'institut. On en voit en effet plusieurs qui, après avoir passé quelques années à la Mission, occupent ensuite dans le diocèse des postes de curé ou de vicaire dans des paroisses qui n'étaient pas confiées ni unies à la Congrégation. Rien ne distinguait les Missionnaires des autres prêtres du diocèse. Ils n'avaient pas de costume spécial et étaient soumis comme les autres à l'autorité de l'ordinaire. L'abbé Carles prétend que les missionnaires portaient un crucifix sur la poitrine (71). Affirmation purement gratuite, semble-t-il, car nous n'avons pas trouvé ailleurs ce détail, et les divers portraits de missionnaires, que nous avons pu voir, soit à Bergerac

(Petite Mission), soit à Périgueux, ne présentent rien de semblable. À l'intérieur de la Mission, les prêtres dépendaient pour leurs travaux de leurs supérieurs respectifs. La Mission leur fournissait le vivre et le couvert ; pour le reste, les Missionnaires devaient pourvoir eux-mêmes à leur entretien, et recevaient à cet effet 150 livres par an. La plupart d'ailleurs, ------------------------- 70) Jean Drivet fut agrégé n'étant encore que diacre (Bertrand, op.cit., II, 31). Le diacre Dumas fut employé à la mission de Brantôme, en 1747. 71) Monographie de St-Front, p. 75, n. 4. [29] sinon tous, étaient pourvus de bénéfices, dont ils percevaient les revenus ; ils résignaient volontiers ces bénéfices les uns en faveur des autres pour en maintenir la possession dans la Société. A la Grande Mission, les professeurs et les missionnaires proprement dits prenaient leurs repas au même réfectoire que les élèves, et ils étaient servis à peu près comme eux. Les Missionnaires ne pouvaient accepter d'invitations à dîner, hors du séminaire, excepté chez l'évêque (72). Une certaine communauté de biens existait donc entre les Missionnaires ; ces biens appartenaient à la Société. Elie de Froidefond réclamant à Étienne Arnaut, supérieur de la Mission, un inventaire des effets et papiers laissés par son parent défunt Louis de Froidefond, curé de Bergerac, Arnaut lui fit répondre qu'il n'était point de son intérêt ni de la congrégation de la Mission de faire un inventaire, puisque le défunt n'étant que simple administrateur, le tout appartenait à la dite Communauté" (73) Cette réponse laisse croire que, comme dans les autres communautés religieuses et séculières, il avait été réglé que les objets personnels, d'utilisation commune et laissés par les missionnaires défunts, demeuraient la propriété de la communauté, même s'ils avaient été achetés avec de l'argent personnel. Mais, cette règle pouvait prêter à des difficultés entre la communauté et les héritiers des missionnaires défunts. Et c'est sans doute pour y obvier, que d'aucuns prenaient la précaution de rédiger leur testament de manière à exclure toute mainmise des héritiers. Ainsi, par exemple, dans son testament du 6 avril 1745, reçu par maître Roubert, le missionnaire Bernard de la Salle écrit : Je déclare que je n'ai rien dans la chambre que j'habite à la Mission qui soit à moi, et que tous les meubles, effets et autres choses de quelque nature qu'elles puissent être, appartiennent à la Communauté, et que mon héritier bas-nommé ne peut rien en demander sous quel prétexte qu'il soit (74).

Les garçons servants Les garçons servants avaient le même règlement que les prêtres. Cependant, en raison sans doute de leur condition plus modeste, qui rendait leur persévérance plus difficile, la Mission exigeait d'eux une sorte de serment de fidélité. On en trouve trace dans les actes notariés. Nous en citerons volontiers un spécimen, où nous trouverons d'ailleurs des renseignements utiles sur la vie qui était faite aux garçons servants à la Mission. Ce jour d'hui, vingtième du mois de février mil six cent septante et deux, à la maison de Messieurs les prêtres de la Mission, près la Cité de Périgueux, par devant le notaire soussigné et présents les témoins bas-nommés, ont été présents en leurs personnes Jean Bedereys, fils de Jean Bedereys et Péronne de Brançon, de la paroisse de St-André de Double, et Jean Moisson, fils de Martin Moisson ---------------------------------- 72) Arch. du Sem. de Périgueux, Ms. 73) Notaire Guy, 11 mars 1749. 74) A.D., notaire Giry, 28 mars 1749, ouverture du testament. [30] et Izabeau Bodenot de la paroisse de Basillac, le tout en Périgord, iceux habitant quant à présent dans ladite maison de la Mission depuis plusieurs années, servants auxdits prêtres missionnaires, tant dans l'intérieur qu'extérieur de la dite maison, ils auraient reconnu le grand avantage qu'ils pourraient recevoir pour le bien de leurs âmes et pour leur établissement, en continuant de passer le reste de leurs jours en ladite maison, éloignés des dangers du siècle, ce qui les aurait obligés de prier à diverses fois, comme ils supplient présentement M. M e Poncet Cluniac, prêtre, supérieur et habitant de ladite Mission et présent, de les vouloir recevoir pour véritables frères et sujets de ladite congrégation et communauté de la Mission, au bien et service de laquelle ils désirent se consacrer pour le reste de leur vie, promettant de continuer en cette qualité de s'acquitter fidèlement et avec soumission des emplois auxquels il plaira audit sieur Cluniac et autres ses successeurs de les appliquer, et d'observer les règlements qui leur ont été déjà donnés pour la bonne et sainte conduite de leur vie, lesquels règlements ont été lus et donnés à entendre aux susdits suppliants et inscrits dans un original du présent contrat, signé des parties et de moi, et laissé entre les mains dudit smeur supérieur, et lesdits suppliants ne prétendront à raison de leurs services autres gages ou récompenses que leur nourriture et entretien, conformément aux susdits règlements. A quoi inclinant, ledit sieur Cluniac, supérieur, après en avoir communiqué aux prêtres de ladite Mission, a reçu et reçoit présentement, tant en son nom qu'en celui de ladite Communauté, lesdits Jean Bedereys et Jean Moisson, pour passer toute leur vie au service de ladite maison, et pour y être tenus comme véritables frères et sujets de ladite congrégation et communauté, laquelle s'oblige de sa part de les nourrir et entretenir de toutes les choses nécessaires à leur dit état et condition, même en cas de maladie, vieillesse ou autre incommodité, sans qu'on puisse les renvoyer non plus que les prêtres de la maison, sinon pour les mêmes causes qui permettent de chasser les frères de

Religion scandaleux ou incorrigibles, ce que lesdits suppliants espèrent avec la grâce de Dieu éloigner toujours de leur conduite, servant et travaillant fidèlement selon leur pouvoir ladite Communauté avec d'autant plus d'affection qu'elle leur aura fait grâce de les recevoir en son corps en ladite qualité, de quoi lesdites parties ont convenu et se sont obligées respectivement les unes envers les autres. Et de leur vouloir et consentement, moyennant leur serment par eux fait et prêté, s'y sont condamnés sous le scel royal, en présence de M e Gérat des Ages, diacre, demeurant à présent dans le séminaire, et Mo Pierre Chassaignat aussi diacre, demeurant dans la Cité, témoins qui ont signé avec les parties en deux originaux». (75). On remarquera dans ce texte que les frères étaient employés comme domestiques de la Mission, avant d'être agrégés à elle par cette sorte de serment, reçu au nom de la Communauté par le supérieur. Il y avait là comme un genre de postulat préalable, qui pouvait durer plusieurs années. Noter aussi l'allusion aux cas de renvoi, qui s'appliquaient tant aux prêtres qu'aux frères. ------------------------------- 75) A.D., notaire Rousseau, 20 février 1672. [31] Gouvernement de la Congrégation Le principal organe d'administration était le Conseil de la Communauté, présidé ordinairement par le supérieur de la Mission. Vraisemblablement, tous les Missionnaires étaient membres de droit de ce Conseil. On voit, en effet, la plupart des actes capitulaires porter la signature des Missionnaires présents, et même celles des Missionnaires qui ne figurent pas dans le corps même de l'acte ; on devait donc leur faire approuver les décisions prises. Il revenait au Conseil : 1 d'établir les Statuts et Règlements de la Société ; ceux-ci devaient ensuite être soumis à l'approbation de l'évêque. 2 de se prononcer sur l'admission des prêtres et des frères, et, de même, sur les renvois pour causes graves. 3 d'élire les supérieurs, les syndics ou économes, ainsi que les autres officiers nécessaires, tels que le secrétaire de la congrégation (76). A Périgueux, les Missionnaires des grand et petit séminaires se réunissaient à cet effet en assemblée capitulaire (77). Il ne semble pas que ceux de la Petite Mission de Bergerac y aient été convoqués. 4 de traiter toutes les affaires de quelque importance, comme les donations, les fondations et legs, etc. Dans les archives notariales, on trouve de nombreux actes de ces assemblées

capitulaires. Il sera utile d'en citer quelques-uns des plus importants à titre de spécimen. Un document nous apprend que le supérieur de la Mission était élu en principe pour trois ans ; son mandat pouvait être renouvelé pour un nouveau triennat, lequel achevé, on devait procéder à son remplacement (78). A vrai dire, et vraisemblablement faute de sujets idoines, ce règlement ne fut guère observé que de 1687 à 1758. Les élections avaient lieu généralement en octobre, avant la reprise des cours dans les séminaires. Le supérieur de la Mission était de droit vicaire général du diocèse (79), et il le demeurait même lorsqu'il n'était plus en charge. Les syndics étaient élus tantôt pour une période indéterminée, tantôt pour un temps restreint, parfois pour une affaire en particulier. On leur établissait une procuration par devant notaire. Ce syndic était généralement l'économe du grand séminaire, ou bien, éventuellement un autre missionnaire plus spécialement qualifié. Voici maintenant quelques exemples de ces délibérations capitulaires : Le vingt-deuxième du mois de janvier mil six cent soixante neuf, en la maison de la Mission de Périgueux, située près la Cité, ont été présents Messieurs Poncet Cluniac, supérieur de ladite Mission, Jacques Chabanier, directeur du séminaire, Elie Destissanas, Pierre Reynier, Philippe de Lestoile, tous prêtres de ladite Mission, -------------------------------- 76) Cf les lettres d'approbation de Mgr de Brandon. 77) A.D., Cf. les notaires Parade, 4 août 1728 ; Lavavé, 19 novembre 1741. 78) Arch. du Sem. de Périgueux, Ms. 79) Arch. du Sem.de Périgueux. Ms. [32] lesquels tenant leur assemblée, communauté et congrégation, tant pour eux que pour les autres absents de la même communauté, et traitant des affaires d'icelle, ont élu, nommé et constitué pour syndic ou procureur général de ladite congrégation pour le temps et espace d'un an le susdit Maître Pierre Reynier, lui donnant tout pouvoir de faire tous actes et fonctions des autres syndics ou procureurs des autres communautés, et par exprès pour et au nom de ladite congrégation accepter, faire, insinuer la donation que désire faire Messire Guilhem Delage, curé de St-Méard de Mussidan et prêtre de ladite congrégation et Mission. Ensemble le présent acte, si besoin est, duquel à ces fins sera expédiée copie par le secrétaire de ladite assemblée, et remise à leur dit syndic ou procureur, promettant tous lesdits sieurs aux susdits noms, entretenir et approuver tout ce que par lui sera fait et négocié audit affaire et autres de ladite congrégation. En témoignage de quoi lesdits sieurs ont signé le présent acte fait, scellé du sceau de ladite congrégation, et signé par le secrétaire commis par ladite assemblée, fait au lieu, jour et an que dessus (80). Le 29 mars 1680, devant Maître Rousseau, notaire à Périgueux, était dressé le procès-

verbal suivant : Ce jourd'hui vingt neuvième mars mil six cent huictante dans la maison de Messieurs les Prêtres de la Mission de la ville de Périgueux, paroisse de la Cité, par devant le notaire royal soussigné présents les témoins bas nommés, après midi, ont été présents en leurs personnes Messieurs M e Poncet Cluniac, prêtre, docteur en théologie, supérieur de ladite mission, Pierre Renier, Jean Carier, Jacques Laserre et Jean de Simon de Logerie, tous prêtres de ladite congrégation et y habitant, lesquels nous ont dit que Monsieur M e Philippe de Lestoile, prêtre de la mission et syndic d'icelle étant décédé, le jour d'hier, désirant afin que les affaires de ladite communauté ne demeurent en souffrance de pourvoir d'un syndic et à cet effet avoir fait sonner la cloche de ladite communauté pour faire assembler tous les prêtres d'icelle communauté ; lesquels après s'être tous assemblés dans le lieu qu'on a accoutumé, ont d'une commune voix nommé et attesté pour syndic de ladite communauté Monsieur M e Agapit Martin, prêtre de ladite congrégation et habitant de la présente maison, y présent et acceptant ladite charge, lesquels susdits sieurs cy-dessus nommés, promettent avoir et tenir pour agréable tout ce que par ledit sieur Martin sera fait pour ladite communauté en ladite qualité de syndic de tous les affaires en général de quelle nature et condition qu'ils puissent être et le tout tenir et entretenir, dont et du tout ont requis acte que leur a été concédé sous le scel royal (81). L'acte suivant montrera avec quelle minutie étaient traitées les questions à l'ordre du jour : Le douzième jour de janvier de l'année mil sept cent trente cinq, Nous Étienne Arnaut, supérieur de la Mission de Périgueux, Joseph Souffron, Grégoire Roche, Antoine Debort, Étienne Murat, Gabriel Lalande, Pierre Demarton, François Lavergne, Pierre Roux, -------------------------------- 80) A.D., notaire Rousseau, 22 janvier 1669. 81) A.D., IV G 1. [33] Pierre Sabouroux, Jacques Laborie, tous prêtres de la congrégation de la Mission de Périgueux, capitulairement assemblés de la manière ordinaire et traitant de nos affaires, vu la requête ci-dessus et des autres parts et en bas de ladite requête l'ordonnance de Monseigneur l'évêque de Périgueux au sujet de la mission à faire dans la paroisse de St- Germain des Prés, archiprêtré de Thiviers au présent diocèse, par laquelle ordonnance les prêtres de notre congrégation sont désignés pour faire à l'avenir ladite mission et en recevoir à présent la fondation, après une mûre délibération et d'une commune voix avons accepté et acceptons de faire dans la suite ladite mission dans les termes qui seront déterminés et fixés par Sa Grandeur, le suppliant humblement d'avoir égard dans ladite détermination et fondation aux dépenses considérables que les missions entraînent nécessairement avec elles, et en conséquence avons choisi M. Antoine Debort, prêtre missionnaire, notre syndic, auquel par la présente délibération nous avons donné et donnons procuration de recevoir des mains de M. Bernard La Salle, prêtre

missionnaire, la somme de douze cent livres, portée par ladite requête et qui doit servir de fond pour ladite mission. Et parce qu'il est de l'intérêt de cette bonne œuvre que ladite somme soit bientôt placée en fond, n'ayant pour le présent de meilleure occasion, nous donnons aussi procuration audit sieur Debort, prêtre missionnaire, de placer cette somme en vente constituée entre les mains du sieur Pierre Boisseau, fils, bourgeois et négociant en cette ville, notre présente acceptation et procuration donnée aux conditions que ladite somme ne sera placée que de l'avis et du consentement de Monseigneur l'évêque, et qu'au cas qu'elle soit remboursée et dans la suite placée en d'autres mains à rente constituée ou autrement en fond, le tout sera fait de l'autorité et du consentement de Monseigneur l'évêque ou de ses successeurs, et qu'enfin ledit emploi ou établissement de fond ainsi fait à présent ou à l'avenir par l'autorité ou du consentement de Sa Grandeur, cas arrivant ou sans aucune faute de notre part ledit fond ou les revenus dudit fond souffriraient quelque diminution à raison de droits de lods et ventes, indemnités, remboursements, diminution de rente ou d'espèces, ou autrement, et même que pour quelque évènement à venir de quelque nature qu'il puisse être ledit fond vint à dépérir entièrement ou en partie, notre congrégation demeure déchargée de l'obligation de faire ladite mission, ou ne sera obligée de la faire qu'au prorata du revenu que produira le fond de ladite mission. Fait à la Mission de Périgueux, le même jour et an que dessus (82). On aura certainement remarqué dans ce dernier document l'étroite dépendance de la Mission vis à vis de l'évêque, si bien qu'aucune décision importante ne pouvait être prise sans le consentement ou l'avis de ce dernier. Telles nous apparaissent, d'après les documents, les lignes essentielles des constitutions de la Congrégation de la Mission de Périgueux. ---------------------------- 82) A.D., notaire Chinours, 12 janvier 1735. [34] Quand, en 1849, Mgr George, évêque de Périgueux, eut le dessein de reconstituer la Mission, il fit rédiger un projet de Constitutions, qui paraît bien s'être fortement inspiré de celles de la Mission d'avant la Révolution (83). Il est très vraisemblable qu'on disposait alors de documents que nous n'avons plus. En tout cas, le dernier survivant de l'ancienne Mission, Jean-Baptiste Lasserre, qui fut employé longtemps dans l'administration du diocèse, venait à peine de disparaître ; il mourut le 13 mai 1848. Il était à même de fournir tous les renseignements nécessaires à l'élaboration du projet, et peut-être même en fût-il l'inspirateur. --------------------------- 83) Voir le dernier chapitre de cette étude.

Chapitre Quatrième [35] LES MEMBRES DE LA CONGRÉGATION La Congrégation de la Mission de Périgueux, nous venons de le dire, était composée de prêtres et de frères ou plus exactement de garçons servants à la Mission. Les Prêtres Les prêtres étaient principalement appliqués à l'enseignement dans les grand et petit séminaires, et aux missions paroissiales ; quelques-uns gouvernaient les paroisses unies ou confiées à la Mission ; d'autres servaient d'aumôniers aux communautés religieuses, notamment à Sainte-Marthe. Le recrutement des prêtres missionnaires se faisait surtout parmi les prêtres et les clercs diocésains ; il y en eut aussi, mais très peu nombreux, venus de diocèses voisins. La Congrégation s'est maintenue jusqu'à la Révolution dans un état de prospérité très relative, surtout à partir du milieu du XVIIIeme siècle ; elle eut juste le nombre de membres suffisant pour assurer les divers ministères, qui lui étaient confiés. La liste de Missionnaires la plus nombreuse, relevée dans l'acte de fondation d'alexandre de Loiseleur, du 28 juin 1701, contient seulement seize noms. Il ne semble pas que les Missionnaires aient jamais dépassé la vingtaine en aucune époque de leur existence. C'était loin des espérances que laissait entrevoir Mgr de Brandon dans ses lettres d'approbation de la Congrégation! Un sensible déclin s'amorça même à partir de 1760 environ. Les Missionnaires avaient pris la direction du Collège de Périgueux en 1762, en remplacement des Jésuites. ; en raison de leur impossibilité de fournir un nombre suffisant de professeurs, Mgr de Premeaux dut leur substituer les Doctrinaires. De la fondation à la suppression de la Congrégation (1646-1792), le nombre total des Missionnaires que nous avons pu identifier, s'élève à peine à 150 environ, alors que la Congrégation de la Mission fondée par saint Vincent de Paul avait recruté, en France seulement, et pour le même laps de temps, près de 5.000 membres. Il y aurait intérêt à connaître la liste des supérieurs, qui ont gouverné la Mission de Périgueux. Aucun document ne nous renseigne à ce sujet. La liste que nous donnons ciaprès, a été établie d'après les renseignements que nous ont fournis les actes des archives notariales, avec plus ou moins de précision. Nous la donnons sous toutes réserves, du moins quant aux dates attribuées à chaque supérieur. 1 1646-1665 Jean de la Cropte 2 1665-1686 Poncet Cluniac 3 1686-1692 Pierre Reynier

4 1692-1696 Jacques La Serre 5 1696-1698 Pierre Reynier (2eme fois) 6 1698-1704 Jean Carrier 7 1704-1710 Jacques La Serre (2eme fois) [36] 8 1710-1713 Pierre Reynier (3eme fois) 9 1713-1719 Joseph Soufron 10 1719-1724 Jean Fargeot 11 1724-1730 Joseph Soufron (2eme fois) 12 1730-1739 Étienne Arnaut 13 1739-1742 Joseph Soufron (3eme fois) 14 1742-1749 Étienne Arnaut (2eme fois) 15 1749-1755 Étienne Murat 16 1755-1770 Gabriel Gontier de Lalande 17 1770-1779 Joseph Joufre Desrivières 18 1779-1792 Léonard Linarès Les principaux procureurs généraux ou syndics furent : Philippe de Lestoile (1665 à 1680) ; Agapit Martin (1680-1683) ; David-Estève de Souvillé (1683-1693) ; Nicolas de Latour (1693-1699). A partir de 1699, les syndics sont plus fréquemment changés et occupent ces fonctions pendant des durées très variables. Ce furent successivement : Martin Boche, Joseph Soufron, François Desfarges, Bernard de la Salle, et surtout Antoine Debort, qui fut en exercice de 1718 à 1762. Il eut pour successeurs : Guillaume Gintrat, Pierre Desmarton, Léonard Linarès, et, enfin, Jean-Baptiste Lasserre, le dernier survivant de la Mission, mort en 1848. Parmi les personnalités les plus remarquables, qui ont appartenu à la Mission, on peut nommer Jacques La Serre, l'auteur de la Théologie dite de Périgueux, et Mgr Daniel- André Beaupoil de Saint-Aulaire, qui occupa le siège épiscopal de Tulle, le 18 avril 1702, démissionna en 1720 pour terminer ses jours à la Mission. Les garçons servants Les garçons servants étaient une sorte de frères coadjuteurs, tels qu'on en voit dans la plupart des congrégations cléricales religieuses et séculières. Leur existence semble avoir été ignorée des historiens locaux. Un compte rendu du Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, de 1882, nous fit d'abord soupçonner leur présence à la Mission. Il y était dit qu'un acte notarié, en date du 11 décembre 1682, relate la réception du sieur Jean Durous, maître apothicaire de la ville de Thiviers, en qualité d'apothicaire de la congrégation de la Mission de Périgueux avec le titre de véritable frère. Le sieur Duroux "sera tenu de porter du premier jour dans ladite communauté sa boutique, les drogues et meubles qui la composent (84).

Cet acte avait été reçu par le notaire Rousseau, et, ce jour-là, Jean Duroux, âgé de 32 ans, faisait serment de rester toute sa vie attaché à la Mission. C'était un acte notarié du genre de celui que nous avons cité plus haut. Il est probable que cet apothicaire avait déjà passé quelque temps à la Mission, avant d'y être agrégé définitivement. Des recherches ultérieures nous firent découvrir aux archives du grand séminaire de Périgueux un manuscrit incomplet malheureusement, sans titre, le premier feuillet manquant, et qui contient ---------------------------- 84) B.H.A.P.,1882,436. [37] la plus grande partie des Statuts des garçons servants, du paragraphe 8 au paragraphe 33 et dernier (85). Comme cela se passe généralement dans les congrégations religieuses et séculières, le recrutement dei ces coadjuteurs des Missionnaires se fit avec une certaine difficulté et sans pourvoir à tous les besoins. Nous n'avons pu relever l'existence que de quelquesuns. En 1656, prit part à la mission de Sainte-Aulaye un bon garçon, simple et dévot, qui servait lesdits missionnaires depuis cinq à six ans". Il s'appelait Jalage ; c'était probablement un frère. D'après une lettre de Jean de la Cropte, adressée de Chantérac, le 25 octobre 1665, à nos frères de la Mission, ceux-ci n'étaient que trois : "Notre petit Moisson, qui sait lire ma lettre, écrit de la Cropte, lira celle-ci pour les trois petits frères". Outre ledit Moisson, il y avait Gabriel et Body, desquels il n'est plus jamais question par la suite. Quant à Moisson, il fut agrégé à la Mission, le 20 février 1672, avec Jean Bedereys. Ce texte appelle deux observations. Jean Moisson ne fut reçu dans la Congrégation, comme frère, qu'après au moins sept ans passés à la Mission ; il devait être très jeune quand il était entré au service des Missionnaires. On remarquera en outre que des trois petits frères, seul Moisson savait lire ; indication intéressante sur le recrutement des frères, voués surtout aux travaux matériels. Furent également incorporés à la Communauté : Le 7 octobre 1674, Jean Barbesou, fils de Jean et de Marguerite Merle, du village de Chaussanau, paroisse de Savignac-les-Églises, demeurant depuis trois ans à la Mission comme garçon servant, et travaillant au jardin et à d'autres emplois. Et, ce même jour, Guillaume Goursat, fils de Thomas et de Philippe Montagnac, de la paroisse de Saint-Orse, servant à la Mission depuis plusieurs mois. Le 5 mai 1676, Antoine Gaillard, fils d'antoine et de Françoise Fongaufié, de la paroisse de Drayaux, habitant la Mission depuis plusieurs années, comme garçon servant.

Le 11 décembre 1682, l'apothicaire de Thiviers, Jean Duroux, dont nous avons déjà parlé. Dans un acte reçu Rousseau, du 30 août 1701, avec les noms de Guillaume Goursat et d'antoine Gaillard, se trouve celui de Jean Dubuisson (86). ----------------------------- 85) Ce manuscrit contient ensuite dans l'ordre : une lettre du P.Bajole,Jésuite, aux "prestres de la congrégation de la mission de Périgueux", datée du 3 octobre 1652 ; quelques avis moraux sur certaines vertus et sur les exercices de piété ; des extraits des "Lettres spirituelles de monsieur de Sainct Pierre fondateur et supérieur de la congrégation des prestres missionnaires de Périgueux, envoyées aux garçons servants à la Mission'' ; une autre série de "Lettres spirituelles" du même, "envoyées à un garçon qui aurait demeuré dans la maison" ; enfin, un texte des "Prières que les garçons de la mission doivent faire tous ensemble", matin et soir. Ces Statuts furent rédigés après la mort de Jean de la Cropte. 86) Tous les actes précédents ont été reçus par le notaire Rousseau, de Périgueux. [38] Antoine Gaillard fit son testament devant maître Parade, notaire à Périgueux, le 24 février 1728. Furent témoins de l'acte : Étienne Monribot, cuisinier, originaire de Mauzens, et Pierre Boudier, servant à la dépense, originaire de Couprain, diocèse du Mans, tous les deux habitant à la Grande Mission (87). Il s'agit ici plus probablement de deux domestiques, et non de frères ; cependant, au moins plus tard, Pierre Boudier fut agrégé à la Mission. Dans un acte Lavavé, du 10 août 1705, signent Antoine Gaillard et Jean Clausure, habitant tous deux à la Mission ; et, dans d'autres d9s 26 mai 1761 et 28 mai 1763, signent Pierre Boulier, "frère laïc", et François Vincent, maître-tailleur d'habits, habitant à la Mission. Le 10 février 1710, Léonard Trapy, domestique au petit séminaire, se reconnait débiteur de la somme de 99 livres 10 sols envers Antoine Teulet, également domestique de la même maison (88). Ceux-ci étaient-ils frères ou simples domestiques? Il n'est pas facile de le savoir, car parfois ces dénominations sont employées l'une pour l'autre. Ainsi, dans un acte Rousseau, du 25 août 1709, Antoine Gaillard, qui était certainement frère, est qualifié de "domestique à la Mission". Qu'il y eut des domestiques à la Mission, faute de frères en nombre suffisant, c'est absolument certain. Ainsi, Jean Conangle qui, en 1746, était jardinier à la Mission, se maria, le 24 juin, avec Catherine Gesty (89). Le Règlement des garçons servants nous est plus connu que celui des prêtres. Dans la pensée de Jean de la Cropte, les garçons servants faisaient réellement partie de la communauté, même lorsqu'ils n'y étaient pas encore incorporés. Le fondateur de la Mission leur écrivait, un jour : Souvenez-vous, mes enfants, que nous travaillons tous pour un même maître et à mêmes gages ; tenez bien votre parti, car pour nous il y a de la besogne par dessus la tête ; vous savez bien que vous y avez part, puisqu'étant tous d'une même communauté, nous ne sommes qu'un même corps : vous êtes les bars, les mains, etc., et les prêtres sont les yeux, la langue, le cœur

C'est pourquoi, d'après les Statuts, les garçons servants étaient assistés pour leur entretien avec charité dans la santé et dans la maladie comme frères des ecclésiastiques de cette congrégation et membres du même corps. Les divers offices manuels de la communauté étaient leur partage : cuisine, dépense, jardin, couture, achats, etc. ( 17). Ils devaient fourbir la vaisselle tous les derniers jours de chaque mois, les cuillers, fourchettes et couteaux, le lundi ou jeudi de chaque semaine ou autre jour plus commode ( 24). Leur habillement et leur tenue extérieure comportaient des habits gris ou d'autre couleur fort simple, un chapeau noir, les cheveux courts ( 20). Leurs Statuts estiment que cet extérieur commun et qui n'a rien de particulier est un moyen de vivre cachés et inconnus et méprisés du monde, pour ne plaire qu'à Dieu" ( 7). ------------------------------------- 87) A.D., notaire Parade, 24 février 1728. Devant le même notaire, Gaillard révoqua ce testament et lui en substitua un autre, le 28 octobre. 88) A.D., notaire Rousseau. 89) E. Roux, Les Ursulines de Périgueux, II, 140, n. 1. [39] Les garçons servants étaient tenus au même règlement général que les prêtres. On lit au 32 de leurs Statuts : "Outre la direction extérieure contenue en ces présents règlements, chacun d'eux aura un soin et dévotion particulière de garder les Règles générales faites pour les prêtres de céans en tout ce qu'elles peuvent s'accommoder à leur état et condition pour prendre par ce moyen l'esprit de l'institut et de la maison contenu dans les dites Règles". Voici maintenant le règlement de vie, que les garçons servants avaient à suivre : Lever à la cloche, prière et messe. Petit déjeuner entre 8 et 9 heures. Ils se contenteront de pain et de boire chacun une fois", exceptés ceux qui font voyage ou travaillent à quelque besogne pénible, ou pour quelque autre nécessité. Ensuite, travaux divers. Diner. "Ils auront au repas chacun leur portion qui est de quatre onces ; en temps de chair et les grandes fêtes qu'on fera de l'extraordinaire, ils pourront prendre une entrée de plus et aussi plus de fruit qu'à l'ordinaire. Chacun d'eux aura sa chopine à la mesure des messieurs et observeront de mettre du moins la moitié d'eau, sinon qu'il y en eut quelqu'un de vieux ou incommodé. En carême, ceux qui jeûneront auront par dessus leur demi-portion une entrée et faute d'entrée une portion entière" ( 22). Visite au Saint-Sacrement, et travaux. Le reste du temps, ils se retireront dans leur chambre ou office pour prier, lire, écrire ou

travailler à quelque chose. Souper, prière et coucher. Les exercices de piété, recommandés ou imposés aux garçons servants, comprenaient : 1 un quart d'heure de prière, le matin. Ceux seulement à qui on aura ordonné de faire oraison, pourront la faire après la prière ou au cours de la sainte Messe ( 8) ; 2 Messe quotidienne, autant que possible, pendant laquelle ils diront le chapelet "sans s'émouvoir n'y faire bruit ou cracher trop haut, et avec le manteau sur les épaules autant qu'ils pourront commodément" ( 9), 3 confession et communion hebdomadaire, mais avec faculté de communier plus souvent ( 14) ; 4 direction spirituelle mensuelle ( 15) ; 5 instruction et catéchisme, les fêtes et dimanches ( 16) ; 6 visite au Saint-Sacrement ; 7 lecture spirituelle d'une demi-heure chaque jour, pendant laquelle les autres seront attentifs, bien qu'ils puissent s'appliquer à coudre ou autre exercice qui ne les détournera pas ( 16). Les Statuts ajoutaient : "C'est une bonne chose de les porter à dire leurs prières vocales avec pause, et comme s'ils parlaient à Dieu avec repos, et pour cet effet d'en dire moins, mais mieux". Les pratiques plus spécialement recommandées étaient : la chasteté, l'honnêteté dans les paroles, actions et habits, le silence, la modestie dans le langage et la démarche, la politesse, l'humilité et la douceur. [40] Le Fondateur de la Mission semble avoir porté aux garçons servants un intérêt particulier. Il leur écrivait pendant ses absences des lettres collectives et en des termes très affectueux : Priez Dieu pour moi, qui vous aime chèrement et qui donnerait de bon cœur mon propre sang pour vous principalement pour votre âme à Dieu. Dites à tous nos petits frères que je me souviens toujours d'eux, et vous conjure tous d'être fidèles à notre bon Dieu. Il leur rappelait sans cesse la pratique des vertus de leur état, l'humilité, la paix entre eux, la nécessité de ne pas se laisser prendre par l'esprit du monde, la mortification, etc. Il le faisait parfois avec véhémence. Ainsi, par exemple, il écrivait à un garçon : Nous sommes trop à notre aise, les pauvres estimeraient bonheur ce que nous croyons mortification, que n'endure-t-on à la guerre, sur la mer, dans les prisons, les pèlerins, les malades. Et nous osons épargner notre chair après cela, assurez-vous, mon fils, que c'est une vraie marque de réprouvé, car tous ceux qui sont à Jésus-Christ savent mortifier

leur chair, c'est lui qui l'a dit : voyez à qui vous voulez être. En vérité, vous me faites grand peur voyant que vous devenez tous les jours lâche et animal sujet à votre charogne, mais sauvez-la donc de l'enfer! Jean de la Cropte s'attarde parfois à parler de leurs petits travaux. Il écrit, un jour : " Je vous prie, mes chers frères, que je trouve la maison en bon ordre, bien propre, et toutes choses en leur place. Dieu a ainsi disposé sa grande maison qui est le monde et veut la même chose dans ces petites maisons". Il les invitait à s'unir aux missions données par les prêtres : Joignez-vous bien de cœur à nous pour cette mission et offrez vous cent fois le jour en sacrifice sans réserve prêts à tout faire, à tout souffrir et à demeurer perdu, méprisé, inconnu, oublié jusqu' à la mort au fond d'un cachot. Et pour les encourager à supporter leurs petites épreuves, il les priait de considérer le sort de ceux qui étaient plus malheureux qu'eux : "Et mille fois bienheureux ceux que Dieu honore tant de les appeler à son service. Dites donc avec ce saint à cause des biens que j'attends, les travaux me sont passe-temps, bien qu'en vérité nous ne souffrons rien à l'égal des mondains pour se damner. Les pauvres paysans, les soldats, les marchands sur la mer au bout du monde, tant de malades, de pauvres, et ceux qui vont au Japon, au Canada, si nous y pensions, et à la vie des saints, nous n'aurions jamais le courage de nous plaindre. Nous avons dit ailleurs comme Jean de la Cropte insistait auprès d'eux sur les dangers du monde. Il écrivait, une fois : Ayez soin de Gabriel, dites lui toujours de bonnes choses, qu' il s'accoutume à la présence de Dieu, à offrir toutes ses œuvres, à penser souvent à la passion de Notre- Seigneur, à la mort, au jugement, à l'enfer, au paradis, au bonheur de servir Dieu, et d'être à couvert des dangers du monde, qui est un déluge de tous péchés, une mer de dangers pour les jeunes gens qui s'y damnent quasi tous, etc. A Dieu, mon cher petit frère, mon enfant, Dieu te bénisse mille fois.

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Chapitre Cinquième LA MAISON-MERE DE LA MISSION Première installation Lorsqu'en 1646, Jean de la Cropte eût formé le dessein de grouper quelques prêtres du diocèse en congrégation, il se trouva tout naturellement amené à chercher pour la nouvelle Société un berceau, c'est à dire une maison appropriée, qui en serait la Maison- Mère. Aux confins de la ville de Périgueux, non loin de la tour de Vésone, se trouvait un vieil hôpital, dit de la Cueilhe (90), et qui servait alors d'annexe à l'hôpital Sainte-Marthe ; il était utilisé dans les cas d'affluence des malades et en période d'épidémies. Cet hôpital, situé sur la paroisse de la Cité, confrontait avec le grand cimetière de Saint- Pierre. Il comprenait une maison d'habitation, un jardin, une vigne, des treilles et quelques dépendances, le tout d'un seul tenant. L'enclos était aussi contigu au chemin qui allait de la tour de Vésonne au pont de la Cité, d'une part, et de l'autre, au chemin qui allait du grand cimetière à la porte de la Cité, appelée la Baurelle ; il touchait par un autre côté aux terres de la maison de Barrière. Le fondateur de la Mission jeta les yeux sur cet établissement, bien qu'il fût en très mauvais état, et il résolut de s'en rendre acquéreur. A cet effet, il entama des démarches auprès des définiteurs de l'hôpital Sainte-Marthe, pour qu'ils lui en fissent la cession. Après délibération du 26 décembre 1646, les définiteurs décidèrent d'abandonner à Jean de la Cropte l'emplacement convoité, à la double condition de payer une rente annuelle de 25 livres à l'hôpital Sainte-Marthe, et de rebâtir une autre annexe. Jean de la Cropte proposa de construire cette annexe sur les ruines d'une ancienne chapelle, dédiée à Sainte-Anne, et qui se trouvait non loin de là (91). ------------------------- 90) On écrivait encore La Cueille ou La Coeuille. L'hôpital tirait son nom d'un de ses bienfaiteurs, Jean de la Cueilhe, de Montanceix ; non pas, comme le dit Tamizey de Larroque, parce que sans doute il le restaura" (Livre-journal de P. de Bessot, p. 52, n. 2), mais parce qu'il en fut effectivement le fondateur. Possédant un clos, jardin et maison, joignant le cimetière de Saint-Pierre, Jean de la Cueilhe en fit don, en 1587, à l'hôpital Sainte-Marthe, en vue de l'établissement d'un hôpital de secours durant les épidémies (A.C., BB 17). Après l'installation des Missionnaires et la disparition de l'hôpital primitif, l'emplacement continua longtemps encore d'être appelé : "le lieu de la Cueilhe", ainsi qu'on le constate dans les actes notariés, par exemple : Paillet, 20 août 1665 ; Parade, 18 novembre 1729, etc. 91) Les travaux d'aménagement de la nouvelle annexe de l'hôpital Sainte-Marthe furent entrepris en 1649. Le 27 septembre, un prix-fait était passé avec Nicolas Peyssard et Elie Taillandier, maîtresmaçons, et, le 8 octobre, Jean de la Cropte en faisait un autre avec Pierre Fayart et Léonard Claviéras pour la pose du plancher de l'hôpital (actes Maigne). De leur côté, les définiteurs de l'hôpital députèrent le notaire Préat pour mesurer l'emplacement et faire un procès-verbal des lieux (26 octobre 1649). La nouvelle bâtisse, située au grand cimetière de Saint-Pierre, prit le nom de d'hôpital Sainte- Anne.

Par l'acte du 30 décembre 1646, les définiteurs, ayant laissé le futur hôpital Sainte-Anne à la disposition des Missionnaires, sauf réquisition en cas d'épidémie ou d'affluence, ou nécessité d'y loger "les pauvres attaqués de maladie populaire et autres occurrences, comme on avait accoustumé de se servir dudit lieu de la Cueilhe", il y a lieu de croire que les Missionnaires ne furent guère troublés dans leur jouissance des lieux, car cet hôpital Sainte-Anne n'est quasi jamais nommé dans les documents (B.H.A.P., 1922, 221). [42] Cette proposition ayant été acceptée par les définiteurs (acte du 30 décembre 1646), le contrat de cession de l'hôpital de la Cueilhe fut passé le 15 janvier suivant. Il donnait à Jean de la Cropte le droit de jouir, user et disposer de cet hôpital, comme de sa chose propre sous le devoir toutefois de 25 livres tournois de rente foncière et directe de fondalité et directité, payable annuellement, perpétuellement par ledit Jean de la Cropte ou de luy ayant droits, audit hôpital de Sainte-Martoe, ou ceux qui auront le gouvernement et direction d'iceluy en la ville de Périgueux à chacune feste de Pâques" (92). Un bourgeois de Périgueux, Pierre de Bessat, relatait ainsi le fait dans son livre-journal : 1647. Au mois d'octobre environ, Mr de Saint-Pierre, de la maison de Chanteirac, après avoir passé contrat avec messieurs les définiteurs de l'hospital et tous aultres qui y pouvaient être intéressés, arenta à perpétuité l'hospital de la Cueilhe, joignant le cimetière de la Cité, faisant la condition meilleure de l'hospital, le tout pour le commencement de la fondation des missionnaires en ce diocèse et pour l'hospital susdict destiné pour la commodité des pauvres. Il a faict accommoder pour le mesme usage des églises désertes dans le mesme cimetière (93). Le fondateur de la Mission n'entreprit cependant les travaux d'aménagement de l'hôpital de la Cueilhe que plus d'un an après le contrat de cession. Ces travaux furent confiés à Nicolas Peyssard et à Taillandier, maîtres-maçons, ainsi qu'à Pierre Fayart et Léonard Claviéras, maîtres-charpentiers. ---------------------------- 92) Notaire Maigne ; B.H.A.P.,1922, 219. 93) Livre-journal.., p.52. [43] Le 7 juin 1648, on procédait à la descente de la toiture et de la vieille charpente ; les murailles furent réparées et la nouvelle couverture devait être livrée le 8 septembre. Jean de la Cropte entreprit aussitôt la construction ou l'aménagement d'une chapelle, probablement achevée en 1649, puisque, d'après un acte Maigne du 27 septembre, il est question de la construction d'un grand portail à son entrée. La chapelle fut dédiée à Saint-Front et à St-François-Xavier (94). Au cours de l'année 1652, et jusqu'au 15 août, les offices de la paroisse de la Cité eurent lieu presque tous dans cette chapelle(95). Hardy pensait que c'était probablement à cause de travaux effectués dans l'église cathédrale de Saint-Étienne (96) ; ne serait-ce pas plutôt en raison de l'occupation de Saint-Étienne par les Frondeurs?

D'autres travaux, dont on ignore la nature, furent encore effectués à la Mission, en 1652, puisque Jean de la Cropte passait un prix-fait avec Decobras, le 5 mars de cette année (97). Deuxième installation Tandis que la Mission s'organisait à l'hôpital de la Cueilhe, un évènement inopiné et important vint ouvrir à Jean de la Cropte de nouvelles perspectives. En 1651, sous la pression de M. de Bassancourt, frère de Mgr de Brandon et son vicaire général, les Lazaristes avaient dû se retirer du grand séminaire de Périgueux, dont ils venaient à peine d'assumer la direction (décembre 1650). Il paraît hors de doute que M. de Bassancourt avait résolu de leur substituer les Missionnaires de Périgueux, qui seraient sous l'entière dépendance de l'évêque. Fit-il formellement cette proposition au Supérieur de la Mission et l'engagea-t-il à construire un séminaire diocésain qui serait à la fois le siège central de la Congrégation de la Mission de Périgueux? Aucun document ne permet de l'affirmer en toute certitude, mais t'est dans la logique des faits. En effet, dès le départ des Lazaristes, Mgr de Brandon confia, en 1651, à l'un des principaux et plus anciens Missionnaires, Poncet Cluniac, la direction du séminaire, en attendant sans doute que la Mission pût prendre à sa charge l'administration totale du séminaire. Mais, les évènements se montrèrent défavorables à ce projet. M. de Bassancourt se retira à Paris, en 1651, où il mourut le 12 mars 1652, précédant dans la tombe son frère, l'évêque, mort le 11 juillet suivant. Les difficultés rencontrées par Poncet Cluniac durant le pontificat du successeur de Mgr de Brandon, Mgr Cyr de Villers de Lafaye (1653-1667) autorisent à penser que le projet de confier officiellement le séminaire à la Mission ne fut pas pris en considération, au contraire, et ce ne sera que vingt ans plus tard que Mgr le Boux le réalisera. Quoi qu'il en soit, le fait est que Jean de la Cropte se sentit à l'étroit sur l'emplacement de l'ancien hôpital de la Cueilhe. ----------------------------- 94) Dans la lettre du P. Bayole aux Missionnaires, en date du 3 octobre 1652, on lit : "Les deux grands apôtres St-Front et St-Xavier patrons de votre chapelle de la Cueilhe" (Arch. du Sem. de Périgueux). ' 95) A.C., GG II. 96) Inventaire des archives..,p. 310, 2ème col. 97) Ce document manque dans la liasse détenue par les A.D. [44] résolut de chercher un nouvel emplacement, si possible pas trop loin de l'ancien, pour y établir la Mission, et susceptible d'agrandissements, si, un jour, la question s'en posait.

A cet effet, Jean de la Cropte entreprit des négociations avec les autorités de la ville, et, en 1654 et 1655, obtint du maire et des consuls la concession de nouveaux terrains, situés au Nord de la Cueilhe. Ce fut là l'origine de l'hommage annuel rendu par la Mission à la ville de Périgueux, dont nous allons parler dès maintenant pour n'y plus revenir dans la suite. Donc, chaque année, à une date fixée par les autorités civiles de Périgueux, généralement le 28 octobre, les Missionnaires rendaient hommage aux maire et consuls (98), et, comme le dit un document, pour raison de la concession du passage (emplacement) des jardin, maison et église, consenti en faveur dudit séminaire (99), concession faite par actes du consulat en date des 7 novembre 1654 et 30 janvier 1655. Cet hommage consistait en la célébration d'une messe, à laquelle assistaient le maire et les consuls, suivant un cérémonial qui devint traditionnel. La cérémonie s'accomplissait dans la chapelle de la Mission aux intentions des autorités et des habitants de la ville. A titre d'exemple, et en raison des renseignements qu'on y trouve, reproduisons les procès-verbaux d'un ou deux de ces hommages. Ce jourd'hui, huitième novembre mil six cent septante neuf, par devant moi, notaire royal soussigné et témoins bas nommés, Mrs les maire et consuls, seigneurs comtes de la ville, Cité, banlieue et juridiction de Périgueux, ayant donné ce jour à Mrs les prêtres de la Mission de ce diocèse pour la célébration de la messe que lesdits sieurs missionnaires sont tenus de dire annuellement pour la prospérité desdits seigneurs maire, consuls et habitants pour raison de la concession faite aux dits sieurs missionnaires, par l'acte de septième novembre 1654, homologué en la Cour de parlement de Bordeaux et premier mars 1655, enregistré au greffe de la présente sénéchaussée le onze janvier 1655 ; et lesdits seigneurs maire et consuls étant en l'église des dits sieurs missionnaires sur les huit heures du matin, où les dits sieurs missionnaires avaient préparé un prie-dieu couvert d'un tapis avec un carreau pour ledit seigneur maire et un banc aussi couvert d'un tapis pour messieurs les consuls avec un cierge de cire blanche orné de fleurs et des armes de la ville, allumé devant le prie-dieu de Monsieur le maire, Odet Lelong, écuyer, seigneur de la Meyfrenie, conseiller du Roi au siège présidial de ladite ville de Périgueux, et maire d'icelle, assistants Messieurs messire Sicaire Fournier, docteur en médecine, Charles Reynaud, sieur de la Vidalie, et Hélie du Chassein, sieur de Taratin, tous bourgeois et consuls de la dite ville et Cité ; et la dite messe ayant été célébrée par les sieurs missionnaires à la dite intention, dont tant Messire Jehan Gros, avocat en la Cour et syndic de la communauté de la dite ville, que Mr Messire Poncet Cluniac, prêtre, docteur en théologie et supérieur de la dite Mission, m'ont requis acte, que leur a été concédé sous le scel royal, -------------------------- 98) Livre vert, 11, 379, 381, 405, 447, 474 ; A.D., BB 16, 22, 26, 28, 29, 36, 38, etc. ; A.C., D 4. 99) A.D., BB 22, f 66.

[45] en présence de Jéhan Robert, écolier, et Pierre Bazinette, praticien, habitants de la dite ville de Périgueux, qui ont signé avec lesdits seigneurs maire et consuls et sieur Cluniac. Fait dans la dite Mission, le jour, mois et an que dessus. Ainsi signé à l'original des présentes : Lelong, maire ; Fournier, consul, Reynaud, consul, et du Chassein, consul ; Cluniac, Gros, syndic ; Bazinette, présent ; Robert, présent, et moi Robert, notaire royal (100). Citons encore le procès-verbal de l'hommage du 28 octobre 1724, qui complète en partie les renseignements donnés dans le précédent. Les maire et consuls Seigneurs, comtes, barons, hauts justiciers, juges civils, criminels et de police des Ville, cité, banlieue et juridiction de Périgueux, ayant été avertis et priés lei vingt septième octobre de la présente année mil sept cent vingt quatre par M e Léonard Bugeaud, prêtre de la Mission, de la part de la communauté de Messieurs les prêtres missionnaires de ce diocèse, résidant à La Coeuille, de vouloir assister le jour de demain à la messe qu'ils sont obligés de dire annuellement pour l'hommage qu'ils doivent pour raison et en conséquence de la permission à eux accordée par les actes du consulat des septième novembre mil six cent cinquante quatre et le trente janvier mil six cent cinquante cinq, lesd. actes homologués en la présente Sénéchaussée par appointement du cinquième janvier mil six cent cinquante cinq et ensuite par arrêt de la cour de parlement du premier mars mil six cent cinquante cinq, et led. arrêt d'homologation confirmé par autre arrêt donné en l'audience du troisième août mil six cent cinquante cinq, le tout exhibé et présenté, Nous étant transportés, attendu lad. prière, à lad. église, le vingt huitième du mois d'octobre, sur les huit heures du matin, avec la livrée et accompagnés de nos sergents, nous aurions trouvé un banc préparé et tapissé et un cierge de cire blanche allumé durant la sainte masse, qui a été célébrée par monsieur Souffron, prêtre et directeur dud. Séminaire en action de grâces de la réduction de lad. ville de Périgueux au service de Sa Majesté et pour la prospérité de messieurs les maire et consuls, le tout en conformité et au désir desd. actes de jurades, dont et du tout nous avons dressé notre présent procès-verbal pour servir à telles fins que de raison, le tout fait en présence et par devant le notaire soussigné et présents les témoins ci-après nommés...,etc. (101). Revenons maintenant à l'histoire de l'installation de la Mission en son nouveau domaine. Comme nous allons le voir, les travaux s'échelonnèrent sur une période de près de vingt années, et probablement pour deux raisons, d'abord, le manque de ressources financières la Congrégation étant encore à ses débuts et ne disposant pas de capitaux et fondations, et puis surtout, à notre avis, en raison des dispositions peu favorables à la Mission de la part du successeur de Mgr Brandon sur le siège épiscopal de Périgueux. Cependant, Jean de la Cropte et son successeur à la tête de la Mission ne laissèrent pas de poursuivre patiemment leur œuvre en vue de préparer l'avenir. Les faits leur

donnèrent raison. ------------------------------- 100) Livre vert, II, 474-475. 101) A.D., IV E Périgueux, 2. [46] Le 1er août 1655, devant maître Maigne, Jean de la Cropte passait contrat avec Pierre Fayart et Robert Laurens, pour l'aménagement de quelques chambres dans la maison nouvellement acquise. Le 12 mai 1662, il confiait au maître-maçon Tempoure l'érection d'un portail en pierre de taille en voûte, de neuf pieds de long et de onze de haut ; une porte devait être ouverte à côté de ce portail, aussi de pierre de taille en voûte, de trois pieds de large et de sept de haut, à chaux et à sable, et ce audit lieu de la Mission, et joignant le chemin qui va de ladite mission vers le pont de la Cité, plus une muraille depuis le dernier jambage dudit portail tirant vers le couchant le long dudit chemin, de deux pieds et demi d'épaisseur dans le fondement et à la cime de deux pieds, de la hauteur de deux brasses hors de terre, ladite muraille bâtie de mortier batard fait de chaux et terre de maçonnerie avec des piles à telle distance que ledit sieur verra à faire, faites de carrelage broché et au bout de la dite muraille un coin aussi de pierre de taille portant des attentes du côté du clos dudit lieu de la Mission Notons que ce portail subsiste encore aujourd'hui. Le 4 juin 1662, Jean de la Cropte passe un contrat, reçu Maigne, avec Pierre Fayart, Robert Laurens et Jean Peyssard, maîtres-charpentiers, pour l'établissement d'appentis tout le long de la muraille nouvellement construite. Les travaux devaient être terminés pour le 24 juin. Cette clause du contrat ne fut pas exécutée. Aussi, le missionnaire Elie Destissanas, agissant au nom de Jean de la Cropte, adressait-il une remontrance à Pierre Fayart "et à ses consorts", le 17 septembre, par maître Paillet, leur reprochant de n'avoir pas observé les clauses convenues, n'ayant encore achevé ladite besogne, ce qui est un grand dommage, en raison de la saison avancée et des pluies fréquentes et ordinaires dans cette saison, au préjudice des murailles et bâtiments. Il leur fait grief, en outre, de n'avoir pas employé des bois de la grosseur convenue. Après ces travaux préliminaires, qui tendaient à clôturer la Mission et à mettre la propriété en bon ordre, vers 1663, Jean de la Cropte entreprit la construction d'un corps de logis. Le 18 mars 1664, devant maître Maigne, il signe un prix-fait avec les maîtrescharpentiers Pierre Fayart et Léonard Clavièras pour la charpente, boisement et autres besognes à faire en la maison et bâtiment que l'on a fait audit lieu de la mission. La charpente aura quatre lucarnes ou plus pour donner du jour de la même forme que celles du nouveau logis des Pères Récollets, à rendre achevée dans les six mois ou plus tôt, si les murailles sont faites. Les nouvelles bâtisses avaient été confiées à Michel Tempoure, maître-maçon. Celui-ci

paraissant n8 pas se hâter de mener l'œuvre à bonne fin, se voit l'objet de plusieurs sommations de la part de Jean de la Cropte (102). Il fait répondre, le 22 avril 1665, par maître Roubert, que le ralentissement des travaux était dû au fait qu'on ne lui versait pas suffisamment d'argent. ------------------------------- 102) Ces sommations sont mentionnées au Répertoire des minutes de maître Roubert, mais presque toutes les pièces de ce notaire, qui concernent la Mission, ont été enlevées des dossiers. Il semble que Tempoure entreprenait plus de travaux qu'il n'en pouvait mener à terme dans les délais prévus, car, à la même époque, il avait ouvert d'autres chantiers, et de tous côtés des remontrances ou sommations lui étaient adressées. [47] Le 26 juin 1665, Poncet Cluniac, étant en la place de Jean de la Cropte, déclare devant maître Paillet, que ledit messire de la Cropte aurait donné à prix-fait la bâtisse d'une maison, joignant celle qui y est à présent, à Michel Tempoure, maçon, et dans la convention dudit prix-fait ledit Tempoure se serait obligé à conserver toutes les pierres qui lui seraient mises entre les mains et de s'en servir en bon père de famille. Sur quoi, ledit Tempoure ayant envoyé ce matin Léonard..., maître-charpentier, comme il a déclaré, pour couper les cintres qui se doivent poser dans le bout de la cour de ladite mission, dit en a coupé ou fait couper deux de ceux qu'il a trouvés dans le bout de ladite cour, sans en avoir donné avis audit sieur Cluniac, qui avait averti ledit sieur Tempoure avant le passement des présentes qu'il n'était pas besoin de couper lesdits cintres et qu'en le faisant il lui en reviendrait un grand désavantage. Aussi, Cluniac proteste-t-il maintenant contre le dommage causé. Sur ces entrefaites, Jean de la Cropte décéda en novembre 1665. Son successeur à la tête de la Mission, Poncet Cluniac, poursuivit les travaux en chantier. Le 17 avril 1666, il convenait, devant maître Préat, d'un prix-fait avec Michel Tempoure, pour la continuation des bâtiments de la Mission : savoir que ledit Michel Tempoure continuera de faire le logis déjà commencé et y ajoutera tirant vers le midi l'espace et la valeur de cinq à six chambres, qui achèveront tout le logis. Il est question dans ce document du troisième étage du grand logis déjà bâti. En outre, ledit Tempoure fera un logis de deux étages en forme d'offices tirant d'un degré vers le couchant et d'environ 40 ou 50 pieds de longueur ; il pourra, à cet effet, utiliser la taille qui se trouvera dans la partie du vieux logis de la Mission, qui va jusqu'aux chambres fermées de parpaing, que ledit Michel sera tenu de démolir quand ledit Cluniac voudra faire creuser les fondements pour continuer le grand logis. Enfin, Tempoure se chargeait de continuer les offices autour de la basse-cour. Il résulte de tous ces faits, que la Mission s'était déjà installée dans une partie des nouveaux bâtiments, et que la maison primitive était en démolition, puisqu'on prévoyait l'emploi des matériaux issus de la démolition. Par ailleurs, les constructions nouvelles s'accomplissaient progressivement suivant un plan préétabli et étaient appelées à prendre une certaine extension, plus grande qu'il n'aurait suffi pour loger la seule

Mission, dont les effectifs en personnel étaient minimes. Nul doute que Jean de la Cropte et Poncet Cluniac avaient en vue l'installation du Séminaire diocésain. Les différents travaux exécutés aux extrémités du clos de la Mission amenèrent Poncet Cluniac à s'entendre avec les propriétaires voisins. Un acte fut fait, le 18 septembre 1667, entre dame d'abzac de la Douze et le supérieur de la Mission, par devant maître Durouchail, à l'occasion des constructions situées près du château Barrière. L'édification du pavillon de la Mission et les autres travaux ne se faisaient pas assez vite au gré des Missionnaires. Leur syndic, Philippe de Lestoile, ne cesse de harceler de ses sommations les maîtres-maçons et charpentiers, les 7, 12, 16, 28 octobre 1668, et le 16 juillet 1669. [48] Une des raisons de cette impatience de voir pousser les travaux est que Mgr Cyr de Villers de Lafaye était décédé en 1667. Son successeur Mgr Guillaume Le Boux se montrait plus favorable aux Missionnaires, et les travaux exécutés à la Mission, où le grand séminaire pourrait trouver, un jour, un logement tout à fait approprié, ne pouvaient que favoriser son plan de réorganisation religieuse du diocèse. Effectivement, cinq ans après son avènement sur le siège épiscopal de Périgueux, Mgr Le Boux confiait à perpétuité à la Mission de Périgueux, le 24 septembre 1672, la direction du séminaire diocésain, et, désormais, cet établissement se confondit avec la Mission elle-même, en prenant le titre de Grande Mission. Nul doute que dans l'intervalle, Mgr Le Boux n'ait excité de ses encouragements la poursuite des travaux et n'ait manifesté son désir d'en voir promptement l'achèvement ; d'où les Missionnaires de stimuler l'activité de leurs entrepreneurs. Une horloge avait été prévue pour le pavillon principal, puisqu'en janvier 1669, devant maître Roubert, une convention fut passée avec un horloger. Par devant maître Rousseau, le syndic de la Mission, Philippe de Lestoile, s'entendit avec le sieur de Barrière, le 26 juin 1669, pour l'alignement des murailles de clôture de l'enclos. Ledit sieur, syndic de la Mission, (déclare) qu'il avait commencé à faire bâtir une muraille près celle du sieur abbé de Peyrouse jusques au fond de l'enclos de ladite Mission et joignant l'enclos du sieur de Barrière, et étant ledit syndic dans le dessein de la continuer à droite ligne, il se serait rencontré que la haie qui fermait l'enclos de ladite Mission n'allait pas à droite ligne, et Que pour conduire ladite muraille, il fallait entrer par le bas dans l'enclos dudit sieur de Barrière et y faire une encoignure de deux pieds de Roi, ce Que ledit sieur syndic n'aurait voulu faire entreprendre sans l'avis et consente ment dudit sieur, auxquelles fins ledit sieur syndic l'aurait prié de se vouloir porter sur le lieu, où étant, ledit sieur syndic lui aurait fait voir son dessein d'achever de bâtir à droite ligne ladite muraille et ensuite aurait prié ledit sieur de leur vouloir octroyer cette grâce que de vouloir consentir à ce que ledit sieur syndic continuât à bâtir à droite ligne ladite muraille, ce que ledit sieur de Barrière lui aurait gratuitement accordé, et, de fait,

aurait fait en sa présence aligner ladite muraille au cordeau et lui-même planté un piquet où sera le coin de ladite muraille ; ensemble aurait concédé ledit sieur au sieur syndic qu'il fit courir ladite muraille qui est à faire à même proportion que celle qui est faite. Le tout sans tirer à conséquence au respect de ses autres voisins auxquels il ne prétend donner aucun des avantages à raison de ladite encoignure ainsi se les réserve contre eux tous tels qu'il les possédait avant ladite concession, dont de laquelle permission et concession lesdites parties m'ont requis acte que leur ai concédé sous le scel royal... Le 10 février 1670, devant maître Rousseau, Philippe de Lestoile passe une cinvention avec Léonard et Jean Clavièras, Pierre Combré et François Deschamps, maîtrescharpentiers, pour faire la charpente des offices ou granges, dont les murailles étaient déjà en partie faites au delà du pavillon de la Mission, tirant du côté du Nord. [49] La construction du corps principal de logis fut reprise en 1676. Devant maître Rousseau, Philippe de lestoile convenait à cet effet d'un prix-fait avec le maître-maçon Antoine Montastier (103). Ledit Montastier continuera le grand corps de logis de la Miss sion, tirant du nord au midi, de même façon et fabrique qu'il a été déjà fait, en observant les mêmes distances des fenêtres, portes, armoires, cheminées, piles et largeur des murailles, comme il a été fait dans la partie, qui est déjà bâtie du côté du nord. Dans ce même contrat, il est aussi arrêté que, "si ledit sieur de Lestoile juge à propos d'élever d'un étage ledit corps de logis, ledit Antoine sera tenu de lever ladite partie qu'il entreprend à cette hauteur..., il fera les arcades nécessaires des caves pour porter des plafonds de la même manière qu'il a été fait dans l'appartement du séminaire... De plus, comme il y a beaucoup de quartiers taillés, provenant de la démolition du vieux corps de logis ou autres, ledit Montastier pourra les utiliser. L'édification de l'église fut entreprise, quelques années plus tard, aux anvirobs de 1687, par le même Montastier. D'après un acte du 5 juin 1688, passé devant maître Rousseau, le syndic de la Mission, David de Souvillé, fait une remontrance à Martial Séguy, maître-recouvreur, et remontre que le 15 novembre 1687, il lui aurait donné à recouvrir l'église qui a été construite, ce qu'il devait faire incontinent que la charpente serait montée, sans aucun délai, et lui Séguy, en ayant couvert une partie en diverses fois, il a laissé la moitié qui est encore à recouvrir. Le syndic le somme donc d'activer les travaux suivant les conventions. La nouvelle église fut dédiée à Saint-Pierre (104), comme le séminaire lui-même, probablement parce que la Mission était établie près du cimetière de Saint-Pierre, où il y avait une chapelle déjà dédiée à ce saint (105). Tant de travaux importants occasionnaient des frais considérables. Les Missionnaires durent s'ingénier à trouver les ressources nécessaires pour y faire

face. C'est ce qui explique, en partie, la lenteur des constructions. Des âmes généreuses contribuèrent pour leur part à ce bon œuvre. C'est ainsi que par son testament en date du 6 juillet 1675, confirmé par un codicille du 12 septembre 1678, feue dame Catherine d'aguesseau, darne de Javerhac, donna 3.000 livres pour les frais d'entretien d'un séminariste et le paiement des bâtiments que l'on ----------------------------- 103) Antoine Montastier avait un frère architecte, Martin, et un autre, Mathurin Biziou de Montastier, Jésuite et professeur au collège de Périgueux. 104) Carles, Les titulaires et les patrons, pp. 24 et 27. 105) Si l'on en croit un acte du notaire Paillet, il semblerait qu'une chapellenie avait été érigée dans l'église du séminaire. En 1674, Nicolas Dumazeau, ancien supérieur du séminaire et curé de la paroisse de St-Pierre de Montrem, était chapelain sans charge d'âmes et sans résidence de la chapellenie de Saint-Pierre du grand séminaire (Paillet, 5 novembre 1674). De fait, cette chapellenie était située dans le grand cimetière de la Cité, et elle était possédée, en 1681, par Jean Dumazeau, probablement neveu du précédent (Rousseau, 18 septembre 1681). [50] faisait faire à la Mission (106). Cette somme, déclare maître Rousseau, le 19 février 1688, a été employée à payer Antoine et Martin Montastier, maîtres-maçons, de même que Pierre Bouletran, maîtrechantier, habitant la ville de La Valette en Angoumois, pour raison de la bâtisse faite par lesdits Montastier d'un corps de logis et église de la Mission, qui leur avaient été donnés à bâtir, et pour la charpente de ces bâtiments. Ces maîtres-artisans promirent de ne plus rien demander au syndic de la Mission et de continuer ledit bâtiment et ladite charpente jusqu'à l'entière perfection de l'œuvre. Le 31 décembre 1688, maître Rousseau délivrait à David de Souvillé, syndic de la Mission, une dernière quittance de paiement d'antoine et Martin Montastier. Pour l'ensemble de l'établissement de la Mission, un aveu de dénombrement de 1680 donne l'orientation suivante : Plus l'enclos des prestres de la Mission, situé dans la paroisse de la Cité, consiste en maison, bastimens, offices, basse-cour, chapelle et jardin, confronte du costé de l'orient à l'enclos du sieur abbé de Peyrouse, du costé du couchant avec la terre dudit sieur de Barrière, du costé du septentrion aux appartenances dudit sieur de Barrière, et du costé du midy au grand chemin par lequel on va du grand cimetière vers le pont de la Cité (107). En 1728, le missionnaire Étienne Arnaut, vicaire général, se rendit acquéreur d'un terrain voisin pour agrandir le jardin du séminaire. Il s'agissait d'une parcelle de jardin, dépendant de la maison de M. La Brousse de Verteillac, acquise par la communauté de Périgueux pour y établir les casrnes ; ladite vente fut faite pour le prix de 2.500 livres, le 11 août 1728. (108).

Nous savons par un document du 3 septembre 1733 quel était alors l'état de la Mission dans son ensemble. Ce jour-là, le syndic de la Mission Antoine Debort louait au maître-couvreur Jean Chevalerie un appartement de la maison, appartenant à la Mission, situé dans la Cité, celui qui est près du portail de la cour à main droite en entrant et va jusqu'à la tour. Le bail était conclu pour huit ans à raison de 25 livres par an. En vertu du contrat, pour s'acquitter, le maître-couvreur promet et s'engage de tenir tous les bâtiments dépendant de la Mission, couverts, pendant le présent bail, lesquels consistent en l'église, corps de logis, pavillons, offices et les murailles des jardins de la présente maison, tous les appartements de la maison de la Cité et offices d'icelle, et les murailles du jardin qui en dépend, et généralement tous lesdits bâtiments sans aucune exception ni réserve (109). ----------------------------- 106) Rousseau, 19 février 1688. - Mgr de Premeaux fait allusion à ces libéralités, lorsqu'il écrit au chancelier d'aguesseau, en 1747, pour solliciter l'agrégation du séminaire à l'université de Bordeaux. 107) Livre vert, II, 516 ; B.H.A.P., 1922, 516. 108) A.C., BB 24 et DD 16 ; Lavavé, 11 août 1728. 109) A.D., notaire Chinours, 3 septembre 1733. Nouveaux agrandissements Vers le milieu du XVIIIème siècle, en raison sans doute de l'affluence toujours de plus en plus grande des élèves à la Grande Mission, les Missionnaires agrandirent de nouveau leur maison et ses dépendances. C'est ce qui a induit en erreur les historiens locaux qui, à la suite d'audierne, font remonter la construction du séminaire à l'an 1754 (110). Même le commentateur du Journal de voyage du chevalier de Lagrange-Chancel s' y est laissé tromper. Or, pourtant, le chevalier, mort en 1745, écrit dans la relation de son voyage en Périgord, accompli en 1730 : Le superbe grand séminaire est bâti à neuf, en dehors de la Cité, capable de loger la maison d'un prince (111). Le narrateur parle évidemment du séminaire en l'état où il se trouvait avant la reprise des travaux, qui eut lieu, en 1745. On lit dans un acte Lavavé, du 28 mars 1747 : Les Missionnaires ayant fait élever dans le cours de l'année 1745 un corps de logis, dont le mur de derrière est bâti sur partie de la longueur des fondements d'une muraille, qui sépare les appartenances de Messieurs les Missionnaires de l'enclos dépendant des maisons de Barrière, appartenant à la Dame Dupuy, celle-ci assigna les Missionnaires pour les contraindre de reculer leur bâtisse, et de faire fermer les vues ou croisées, etc Ce conflit fut réglé par la médiation de Messire Pierre-Joseph Chevalier de Capblanc, et [51]

uns transaction eut lieu entre les Missionnaires d'une part, et les Seigneurs de Beaufort et Dame Dupuy de Barrière, d'autre part. Le syndic de la Mission, Bernard de la Salle, acheta à Jean Bourgoin, bourgeois de Périgueux, le 4 mars 1748, un jardin entouré d' une muraille à basse hauteur, situé près de la maison de la Mission, qui confronte du midi au chemin par lequel on va de ladite maison de la Mission au pont de la Cité ; du couchant et nord, aux terres appelées de Barrière ; et du Levant, aux appartenances de ladite Mission ; la présente vente ainsi faite moyennant le prix et somme de mil huit cent cinquante livres, écrit le notaire Chaminade. Les Missionnaires agrandirent encore leur enclos, en 1751. Le missionnaire Gabriel Gontier de Lalande, maître-école de la Cathédrale, demeurant alors au petit séminaire, acheta à Jeanne Chauvin, un jardin clos dans lequel sur la droite en entrant, il y a une petite chambre avec une chaussée couverte à tuiles creuses, au dessous le grand cimetière de la Cité à certaine distance de l'entrée de l'église de Messires les Prêtres Missionnaires, confrontant du levant à un chemin qui part d'autre chemin et conduit à la fontaine Laurière, passant au dessous ledit cimetière, duquel côté est l'entrée dudit enclos, fermé de murailles ; du midi au jardin de M. Bellet, curé de Genestet, où il y a des bornes plantées ; du couchant, aux terres dépendantes de l'enclos des héritiers de Martin Archer ; du nord, à autre chemin qui conduit de la maison de Messieurs les ------------------------------- 110) Parlant de la caserne Bugeaud, Audierne écrit : "Cet établissement était anciennement le séminaire diocésain. Sa fondation ne remonte qu'à 1754..." (Le Périgord illustré, p. 407). Dans le B.H.A.P., 1916, 299 n. 3, 1921, 95, on retrouve la même erreur. 111) Le chevalier de Lagrange-Chancel, son voyage en Périgord par Dujarric-Descombes, p. 38 et n. 3. [52] Prêtres Missionnaires au pont de la Cité, duquel côté ledit enclos est aussi fermé de murailles, et avec ses autres confrontations, entrées, issues, etc L'acte de vente fut passé à l'étude de maître Levavé. Par acte reçu Guy, en date du 16 février 1756, Jean Bellet, curé de St-Méard-de-Gurçon, vendit au missionnaire Pierre Desmarton, et pour la somme de 480 livres, un bien consistant en un lopin de jardin de la contenance de quatre vingt dix huit escats ou environ, à lui appartenant..., situé dans la paroisse de St-Jean de la Cité, prés le grand cimetière de ladite paroisse..., ledit lopin fermé de murailles du côté du levant et du midi seulement, confrontant au levant et midi au chemin de service qui va du grand séminaire à la fon Laurière et moulin du Rousseau ; au couchant au jardin de feu sieur Martin, cavalier de la maréchaussée, et du nord au restant dudit jardin ayant appartenu audit sieur, et dans lequel dit lopin de jardin, il y a quelques arbres fruitiers et des treillages de raisins... Cependant, les travaux de construction entrepris à la Grande Mission en 1745, se poursuivaient encore, en 1751, si l'on en croit une dissertation sur les anciens monuments de la ville de Périgueux, faite en 1759 par Jourdain de Lafayardie.

Ce dernier écrivait : Il est encore à remarquer que messieurs du grand séminaire, qui est fondé dans l'ancienne ville, voulant faire creuser les fondements d'un des corps de logis, trouvèrent, en 1751, une grande pierre en parallélogramme qui est figurée cidessous, et tout près une fontaine qui avait deux branches qui coulaient de l'orient vers l'occident, qui, selon toutes les apparences, fournissaient non seulement à la ville, mais aux bains publics. (112) L'inscription de cette pierre était la suivante : L " MARRULLUS "L" MARULLI ARABI FILIIS QUIRS EATERNUS II VIR" AQUAS EARUMQUE DUCTUM "D" S " D " Cette pierre a son histoire, que nous allons rapporter, puisqu' elle a trait au grand séminaire. Voici les faits tels que les narre Chambon, le 17 germinal de l'an II de la République (1793), au livre des délibérations du Conseil général de la commune de Périgueux : Nous venons de faire une perte. Une fameuse inscription, qui était dans la cour du grand séminaire, dont vous parliez avec emphase en 1775 dans l'histoire du Périgord, et que vous présentiez à la tête de vos Mémoires pour intéresser dans le procès relatif aux ci-devants privilèges, cette fameuse inscription des temps les plus reculés vient d'être détruite par une méprise la plus fâcheuse. Le représentant Roux-Fazillac avait ordonné d'enlever du grand séminaire les clefs de Saint-Pierre, sculptées sur différentes portes et beaucoup d'armoiries papales : l'ignorance des ouvriers leur a fait confondre cette inscription avec le reste, et elle n'existe plus. La pierre avait été martelée (113). ------------------------------ 112) Le Chroniqueur du Périgord, 1854, 80. 113) A.C., B p. 465-466 ; B.H.A.P., 1874,145 ; 1918, 161-162. Voir Massoubre, Quelques notes sur l'inscription de Marullius, p. 8. [53] D'autres inscriptions ou fragments antiques, découverts sur place, avaient été groupés et réunis en une sorte de musée, dans la cour du séminaire, du temps de Mgr de Premeaux. En 1783, au cours des travaux d'agrandissement de la maison de leur petit jardin, les Missionnaires avaient fait la découverte d un lot de pièces importantes (114). La Mission était établie sur un emplacement qui, comme on le sait, était riche en monuments antiques. On a accusé les Missionnaires d'avoir détruit, à l'occasion de leurs diverses constructions, tout ce qui restait d'antique, jusque dans les fondements (115), particulièrement d'avoir provoqué l'effondrement de la Porte Romaine du mur d'enceinte de Périgueux (116) ; d'avoir dévasté une partie du mur gallo-romain de la Cité, et même d'avoir vendu à la toise les pierres qu'ils n'avaient pu utiliser (117).

L'historien local Eugène Roux s'est efforcé de blanchir les Missionnaires contre ces accusations (118). À la suppression du culte catholique, en 1793, les bâtiments de la Mission ne furent point vendus, mais servirent de logement à des pauvres, écrit Audierne (119). En fait, en juillet 1792, les premiers volontaires nationaux furent logés aux grand et petit séminaires, et l'affectation de la Grande Mission en caserne se précisa en frimaire, an II, sous l'impulsion du représentant Lakanal (120). En 1808, le maire de Périgueux fit savoir au préfet que les bâtiments, très vastes, pouvaient recevoir 3.000 hommes (121). L'ancienne Mission, agrandie encore et transformée, devint définitivement une caserne, la caserne Bugeaud, bien connue des Périgourdins. Après la guerre de 1939, les services de la Cité administrative s'installèrent dans cette caserne. On voit encore à l'extérieur, les fenêtres cintrées de la chapelle principale, et les cloîtres. L'ancien réfectoire, précédé d'une belle fontaine, et près des cuisines est conservé dans le sous-sol. L'autel de la chapelle du séminaire est devenu l'autel du Sacré-Cœur, en l'église de la Cité. Ce sont les derniers vestiges de la Grande Mission de Périgueux. ------------------------------------- 114) A la B.N., fonds Périgord, t. 71, p. 304, on relève "les suscriptions qui se trouvent sur des pierres placées dans la cour du grand séminaire, près la tour de Vésonne à Périgueux, découvertes en 1783". 115) de Taillefer, Antiquités de Vésonne, II, 153. 116) Barrière, Vesunna Petrocoriorum, p. 173. 117) Durand, Fouilles de Vésonne, compte rendu de 1912-1913, p. 17, 22 ss. ; de Taillefer, op.cit.,i I, 153 ss. 118) Liberté du Sud-Ouest, ed. Dordogne, 8, 19, 24, 27 novembre 1920 ; 1, 8, 14, 21 décembre 1920. 119) Le Périgord illustré, p. 407. 120) A.D., L 672. 121) A.C., D 17. Chapitre Sixième [54] LES BIENS DE LA MISSION A partir de 1672, l'histoire de la Mission se confondit pratiquement avec celle des séminaires du diocèse. Si, auparavant, la Congrégation de la Mission eut ses biens propres, pour assurer la subsistance de ses membres et l'entretien de ses œuvres, dès que les séminaires lui furent confiés, les biens de ces établissements se fusionnèrent avec ceux de la Mission,

gérés les uns et les autres par les mêmes syndics. Pour lors, donner au séminaire, c'était équivalemment donner à la Mission, et vice versa. Nous allons maintenant faire un relevé des ressources de la Mission, et plus particuli~rement des différents biens qui lui ont appartenu à un moment donné de son existence. 1. - Propriétés à Périgueux Au moment de sa fondation, la Mission débuta avec l'hôpital de la Cueilhe et ses dépendances, dont nous avons vu précédemment les aménagements successifs. Plus tard, elle se transporta un peu au Sud-Est, près du château Barrière, et c'est là que fut établi le grand séminaire diocésain, à partir de 1672. La Mission posséda en outre quelques autres biens sur le territoire de la ville ou dans sa banlieue, notamment un jardin et une maison située dans la Cité ; un pré, près du moulin des Rousseaux également près de la Cité ; un petit jardin non loin du séminaire. Le 20 juillet 1732, le syndic de la Mission, Debort, afferme une chambre d'un des corps de logis de la maison appartenant au siminaire, située dans la Cité près la porte Nouvelle, et de celui qui est à main gauche en entrant dans la cour (122). Le 18 juillet 1734, le même économe afferme un jardin en son entier, appartenant à la Mission, avec un appartement de la maison y contigu consistant en deux chambres, et galetas qui est dessus, une étable et la chambre qui est dans la cour, qui prend son entrée du côté du jardin, le tout situé près de la porte de ladite Cité, du côté de la tour de la Vézune (123). Le syndic Léonard Linarès afferme à M e Montagut, archiprêtre de la Cité, le 18 juillet 1775, une maison et un jardin appartenant à la Mission, confrontant du nord au jardin de M. Guindon, du couchant, à la porte romaine (124). 2. - Paroisses annexées à la Mission Les bénéfices ecclésiastiques entraient pour une bonne part dans l'entretien et subsistance des établissements religieux. Lorsque les Missionnaires assumèrent la direction du grand séminaire, ils entrèrent en jouissance des revenus de la cure de Coulaures, qui, en 1623, avaient été affectés par arrêt du parlement à la fondation d'un séminaire à Périgueux (125). Les registres de catholicité de cette paroisse mentionnent un certain nombre de missionnaires, ---------------------------- 122) A.D., Q 931 ; notaire Chinours, 20 juillet 1732. 123) A.D., notaire Chinours, 18 juillet 1734. 124) A.D., notaire Lavavé, 18 juillet 1775. 125) A.C., BB 15.

[55] qui l'ont desservie comme curés ou vicaires ; ceux qui n'avaient pas cette qualité furent probablement à la nomination du supérieur de la Mission. Plusieurs autres paroisses furent postérieurement annexées encore à la Mission. Quand la prévôté de Paunat lui fut unie, la Mission eut alors la présentation pour les paroisses de La Rouquette, St-Pierre-d'Eyraud, Pezul, Paunat, Le Fleix (126). Plus tard, les paroisses de Beauregard, près Brassac, et de Douchapt, lui furent également unies (127). Ces paroisses donnaient, en 1760, les revenus suivants : Coulaures, 3.050 livres ; La Rouquette, 1.020 livres ; St-Pierre-d'Eyraud, 1.100 livres ; Pezul, 800 livres ; Le Fleix, 1.445 livres (128). Le prieuré de Saint-Martin de Bergerac et la cure de Saint-Jacques de cette même ville, furent unis à la Mission en 1672, et celle-ci en obtenait la vicairerie perpétuelle, en 1682 (129) Mgr Mayjonade a eu entre les mains la minute authentique du contrat d'union du prieuré Saint-Martin è. Saint Jacques de Bergerac à un Séminaire ecclésiastique gouverné par quatre prestres de la mission de Périgueux". Cet acte portait la date du 7 décembre 1672, fut passé en l'étude de maître Roubert, et était signé par Mgr Le Boux, M. Dufaux, prieur de St-Martin et St-Jacques, M. Cluniac, supérieur de la Mission, et treize Missionnaires. Par ce contrat, le prieur acceptait l'union dudit prieuré de St-Martin à un séminaire ecclésiastique gouverné par des prêtres de la Mission de Périgueux, qui résideraient actuellement sur les lieux, s'occuperaient à former les jeunes prêtres du diocèse dans l'exercice des fonctions curiales, et travailleraient conjointement avec le sieur prieur et son vicaire perpétuel à la conversion des âmes, l'instruction du peuple et à l'augmentation de la gloire de Dieu (130). L'union de la cure de Saint-Martin de Bergerac à la Mission eut son épilogue, le 21 août 1703. Ce jour-là, devant maître Rousseau, fut présent M. Messire Philippe Debernard, prêtre, docteur en théologie, curé de St-Martin de Bergerac et ses annexes, y habitant, lequel de son bon gré a constitué son procurateur général et spécial Antoine Gaillard, praticien, auquel il donne plein pouvoir de en son nom signer et démettre purement et simplement entre les mains de Mgr l'illustrissime et Révérendissime évêque de Périgueux sa dite cure de St-Martin de Bergerac et ses annexes pour pourvoir à icelle conformément au décret ----------------------------- 126) Bernaret, Souvenirs historiques.., p. 37 ; Brugière, Livre d'or, p. XXII. 127) Bernaret, Tournées pastorales.., p. 61 ; Carles, Titulaires, p. 257. 128) B.H.A.P., 1903, 152.

129) Annales historigues de la ville de Bergerac, p. 206, 214 ; Carles Monographie de St-Front, p. 75 n.4 ; Laplace, Le Collège de Bergerac, p. 87 ; du Rieu de Maynadier, L'Église St-Jacques de Bergerac, pp. 13, 50, 90. A la B.N., fonds Périgord, t. 48, f 399, existe une copie d'un mémoire signé par M. Dufau, dernier prieur de Bergerac. 130) Sem. Rel. de Périgueux, 1909, 347. La minute du notaire Roubert ne se trouve plus aux archives. [57] l'état des lieux, au cours duquel il fut constaté que l'église de Paunat avait été recouverte à neuf aux frais et dépens de défunt Jacques de la Serre, dernier prévôt. La prévôté de Paunat possédait les tènements de Pagenol, Larougeyrie, etc., situés sur les paroisses de Tayac et Campagne (137). Elle fournissait, en 1755, 1.800 livres de revenus (138). Le 22 septembre 1789, est signé un arrentement perpétuel par M e J.B. Lasserre, prêtre de la congrégation de la Mission, y demeurant, paroisse St-Jean de la Cité, en qualité de syndic de la congrégation, à M. Pierre Gorsse, prêtre, curé de Ponac, d'une pièce de terre labourable, jardin, pré et pradasque, dans laquelle pièce de terre il y a une maison située au bourg de Ponac, pour la rente annuelle de trois quintaux de foin, poids de marc, et sous la réserve de l'habitation de lad. maison pour Mrs de la Congrégation, lorsqu'ils seront obligés de se rendre à Ponac pour leurs affaires de leurs maisons, et le droi1 de prendre le jardinage qui leur sera nécessaire pendant leur séjour, les objets évalués annuellement 4 livres la sous, faisant un capital de 80 livres, led. arrentement fait moyennant 1.200 livres d'entrée, total 1.280 livres. Autre arrentement par le même ci-dessus aussi annuel à M. Léonard Linarès Ducluzeau, licencié en droit, habitant du Repaire d'hurtevain, paroisse de Ponac, d'une pi~ce de terre partie labourable et partie en pré et pradasque de la contenance de 8 quartonnées, située entre les deux bourgs de Ponac, appelé le pré de St-Martial, led. arrentement sous le cens et rente annuelle de 15 quintaux de foin, poids de marc ; 2 une petite maison avec une cour et jardin, située au bourg haut de Paunat. L'arrentement de ce dernier objet est fait sous le cens et rente annuelle p.f. et D. de 12 deniers et fait le tout moyennant 1.800 livres d'entrée, le foin, et rente évaluée annuellement à 15 livres, faisant un capital au denier onze livres vingt de 300 livres. Total 2.100 livres. (139) 4. - Prieuré de Saint-Euparche de Palueau avec son annexe de Montignac-le-Coq. Jacques-Denis de Crevoiseret, neveu de Mgr Clément, archiprêtre de Pillac (Charente), grand vicaire et official de Périgueux, prieur de Saint-Euparche de Palueau, résolut d'unir son prieuré à la Mission de Périgueux (140). Le 21 août 1710, devant maître Rousseau, en présence de Jacques La Serre, supérieur de la Mission, il a été dit que le diocèse de Périgueux a été très endommagé et pour ainsi dire ruiné par le froid excessif arrivé il y a près de deux ans, qu'il fallait faire des dépenses considérables pour disposer à parvenir à l'ordre de la prêtrise, que ceux qui aspiraient à un état de perfection n'étaient pas en état de pouvoir se procurer une éducation qui les instruise des

-------------------------------- 137) A.D., notaire Lavavé, 19 février 1769. 138) B.H.A.P.,1903,I94. 139) A.D., II C 2495, notaire Gaussen. 140) Un de ses prédécesseurs au prieuré, Alexandre de Loiseleur, fit une fondation de 3.000 livres en faveur des missionnaires de Périgueux, le 28 juin 1701, pour faire donner des missions dans les paroisses, qui en dépendaient. [58] devoirs attachés au sacerdoce n'ayant pas pour la plus grande partie des biens suffisants pour cela. Aussi, Denis de Crevoiseret désirait il unir son prieuré de Saint- Euparche de Palueau à la communauté des Prêtres de la Mission de Périgueux. Il fut décidé cependant que l'union ne commencerait à avoir son effet qu'un an après la mort dudit sieur prieur de Palueau. Quant aux revenus, dit le contrat : Voici l'application qu'on en pourra faire pour le séminaire qui fournira deux prêtres pour l'instructin des jeunes clercs du petit séminaire, quatre cents livres ; pour lesdits élèves, trois cents livres ; pour les séminaristes ordinands, cent livres ; pour le supplément de la dépense des retraites de messieurs les curés dans le séminaire, cent cinquante livres ; pour les réparations, cent livres ; pour les écoles, deux cent cinquante livres ; pour les petites dépenses imprévues, cent livres. Le contrat procède ensuite à un ensemble de considérations sur le recrutement des séminaristes. Après quoi, le sieur de Crevoiseret, du consentement de Messire Joseph de Dreux de Nanceray, patron dudit prieuré, consent à ce que ce prieuré soit uni dès à présent à perpétuité et à jamais par ledit Seigneur Évêque de Périgueux à ladite communauté des prêtres missionnaires de Périgueux. En attenant que l'union définitive soit faite après son décès, Denis de Crevoiseret s'engageait à donner six cents livres par an pour élever des clercs, aider de pauvres ecclésiastiques à faire leur séminaire, mais il se réservait tous les autres revenus, honneurs droits et privilèges, qui lui pouvaient appartenir en qualité de prieur. L'union du prieuré à la Mission ne fut effectivement réalisée que le 1er juillet 1739. L'ordonnance de Mgr de Premeaux qui, à cette date, la consacra, fut confirmée par lettres patentes données à Versailles en juin 1750, et enregistrées à Périgueux, après contestation authentique, dans des actes retenus les 5 et 6 juillet 1739 par maître Lavavé, de l'assentiment de toutes les parties intéressées, c'est à dire de l'évêque, des Missionnaires et enfin de Denis de Crevoiseret (141). Le 5 août 1750, Mgr de Premeaux, rappelant le consentement donné par lui le 1er juillet 1739, signa par devant maître Lavavé un nouveau consentement au décret d'union, ratifié à nouveau des 5 et 6 août par les Missionnaires et Denis de Crevoiseret, et, le 8 août, par l'abbé de Saint-Cybard d'angoulême (142). Jacques-Denis de Crevoiseret décéda à Périgueux, le 20 mai 1769 (143), à l'âge de 84 ans ; comme on le constate dans les actes notariés, il exhiba jusqu'à la fin son titre de prieur

de Palueau, et en exerça les droits (144). Les Missionnaires ne prirent possession du prieuré que le 14 juin 1769, par acte reçu Valette (145). La paroisse de Palueau assurait, en 1755, 400 livres de revenus, et celle de Montignac-le- Coq 370 livres (146). --------------------------------- 141) Bug. Roux, B.H.A.P., 1913, 78 ; Les Ursulines de Périgueux, II, 123, 142) Pouillé d'angoulême, t. III, 492, par l'abbé Nanglard. 143) A.C., GG 105. 144) Voir, p. ex. Giry, notaire, actes des 12 avril et 8 juil. 1763. 145) A.D., notaire Lavavé, 9 juillet 1772. 146) B.H.A.P., 1903, 194. 5. - Prieuré de La Faye (de Jumilhac) Lors de la suppression de l'ordre de Grandmont, les biens de la mense conventuelle du prieuré de La Faye furent unis, en 1771, au séminaire de Périgueux, union confirmée par lettres royaux de janvier 1773 (147). Le 6 juin 1772, par devant maître Lavavé, une procuration est donnée par Joseph Joufre Desrivières, supérieur de la Mission, pour faire la procédure et l'instruction nécessaires et accoutumées en conséquence des lettres patentes de Sa Majesté datées de Compiègne, le 26 juillet 1771, qui autorisent mondit Seigneur l'évêque à procéder à la translation du titre prieural de La Faye sur l'église ou chapelle de l'ancien monastère de Plaignes, et ensuite à l'extinction et suppression dudit prieuré de La Faye et à l'union des biens en dépendant désignés par lesdites lettres patentes audit séminaire de Périgueux pour être employés en pensions ou portions de pensions à la nomination dudit seigneur évêque et de ses successeurs au profit des jeunes ecclésiastiques qui se destinent aux saints ordres. [59] 6. - Biens divers Au cours de son existence, la Mission de Périgueux reçut ou acquit d'autres biens, d'importance diverse, parmi lesquels nous avons pu relever les suivants : 1 Sur les paroisses d'antonne et Sarliac, le domaine de la Brossancie. Le missionnaire Étienne Arnaut l'avait acheté au seigneur de Boreau, le 15 avril 1726. Il en fit don à la Mission, le 8 mai 1'747, par acte reçu Lavavé, où l'on trouve les précisions suivantes : "le domaine noble, fief et rentes de la Brossancie, relevant en suzeraineté de l'évêché de Périgueux, à raison de la baronnie d'auberoche, qui dépend dudit évêché, le tout situé dans les paroisses d'antonne et de Sarliac, consistant en deux corps de métairies, maison et autres bâtiments de réserve pour le maître, pré clôturé, maisons pour les métayers, granges, chai, étables, bergeries et autres bâtiments, terres labourables, vignes, prés, bois

de haute futaie, taillis, etc (148). 2 Sur la paroisse de St-Crépin d'auberoche, la métairie du Pinier avec ses dépendances, ainsi qu'un borderage, appelé de Milhac, vendus, le 18 mai 1736, par M. Bertin de Leybardie à Antoine Debort, syndic du grand séminaire (149). 3 Sur la paroisse de Brut-de-Grignols, le grand séminaire possédait le fief appelé de Bellet (150), et plusieurs ténements, situés dans la paroisse de Neuvic, mais dépendant du fief précédent (151) ; la métairie des Gauteries (152) ; le borderage appelé de Tousvents (153) --------------------------------- 147) A. D., Gironde, 1 B 52, f078. - A ne pas confondre avec le prieuré de La Faye de Léguilhac d'auberoche. 148) A.D., not. Lavavé, 15 avril 1726 ; 5 juin 1727 ; 8 mai 1747. 149) A.D., Lavavé, 18 mai 1736. - Ces biens furent vendus en 1742 (Lavavé, 24 août 1742). 150) A.D., B L 194, f 50, Chaminade, 26 décembre 1748. 151) A.D., not. Giry, 1 octobre 1756, et Dossier Huard. 152) A.D., not. Chaminade, 11 novembre 1741. 153) A.D., not. Chaminade, 18 décembre 1741. [60] Antoine Debort, économe, acheta au sieur Gueydon, pour 80 livres, une pièce de champfroid, où il y avait quelques châtaigniers, de la contenance d'environ deux journaux (154). 4 Sur la paroisse de St-Germain-des-Prés, proche d'excideuil, deux maisons et jardins contigus, dont le missionnaire Jacques Chabanier fit don à la Mission, le 25 février 1673, par acte reçu Rousseau. 5 Sur la paroisse de Douchapt, la métairie appelée des Farges Basses, située au lieu des Farges (155), et la métairie Haute des Farges (156). 6 Sur la paroisse de Coursac, la métairie des Valades (157) ou de Valladeix (158), et la métairie de la Sarlandie (159). 7 Sur la paroisse de St-Martin de Ribérac, le domaine des Bidoux. Il fut acheté, le 17 octobre 1729, au nom de la Mission par François Desfarges, ancien syndic, aux sieurs François-Louis de Bardon de Segonzac, et Marc de Bardon, sieur de Plazac, son fils, pour la somme de 6.480 livres. Ce domaine contenait 50 journaux et quelques brasses (160) ; il rapportait, en 1767, 220 livres de revenus annuels (161). 8 Sur la paroisse de Maurens, le ténement des Gaillardets (162), relevant du prieuré de St-Martin. 9 Enfin, les tènements de Pénétie, Sorts et Lamarzelle (163), et celui des Saladiers (164). 7. - Moulins et forges

La Mission possédait deux moulins : celui du Rousseau, sur la paroisse de St-Jean de la Cité (165), et celui de Bellet moulin à deux meules tournantes, sur la paroisse de Brutde-Grignols (166). ------------------------------ 154) A.D., not. Chinours, 4 juin 1733. 155) A.D., not. Chaminade, 27 août 1741. 156) A.D., not. Giry, 4 février 1750. 157) A.D., not. Chaminade, la juillet 1747. 158) A.D., not. Lavavé, 12 septembre 1778. 159) A.D., not. Chaminade, 22 septembre 1751. 160) A.D., not. Parade, 17 octobre 1729 ; Chaminade, 3 juin 1754 ; Lavavé, 24 mars 1761. 161) A.D., not. Lavavé, 28 décembre 1767. 162 A.D., B 2108. 163) A.D., B 823, f05. 164) A.D., B 295. 165) A.D., not. Chaminade, 12 juillet 1751. A.D., not. Chaminade, 25 juin 1741, et 7 juin 1747. [61] Elle avait également la forge de La Faye, située sur la paroisse de Chalusset, commune de Jumilhac-le-Grand (167). 8. - Seigneuries et droits de justice En 1785, le missionnaire Huguet Linards est admis à déposer en une affaire concernant la seigneurie de Paussac, appartenant à la Grande Mission (168). Aux environs de 1752, les provisions de juge de Saint-Privat et de Saint-Antoine étaient accordées par le supérieur du séminaire de Périgueux, au moins jusqu'en 1769. A cette date est possesseur de ce droit Pierre Bernard Cuet, avocat au parlement de Paris, et vicaire général de Troyes (169). Les biens de la Mission à la Révolution Au moment de la Révolution, les biens de la Mission furent considérés comme biens nationaux. La municipalité de Périgueux se proposa d'en acheter un certain nombre. Dans la liste de ces biens figuraient : "Le grand séminaire avec beaucoup de bâtiments construits en moellons et pierres de taille, cour, parterre et jardin d'une moyenne étendue, le tout occupé et joui par ledit séminaire. Un autre jardin séparé, de l'étendue d'un journal ou environ, situé près de la Cité de Périgueux, joui par les prêtres de la Mission. Une maison nouvellement bâtie et jardin y attenant, le tout situé près de la Cité et en

ferme pour la somme de 300 livres. Le domaine de la Brouchausie avec ses appartenances, maisons, grange, jardin, terres labourables, vignes, bois, taillis, prés, etc divisé en trois pièces dont la première comprend 221 journaux de fonds noble, le restant roturier, le tout situé dans les paroisses d'antonne, Sarliac et Trigonant. Il dépend de ce domaine 4 picotins froment de rente sur l'étranger ; il est joui par les prêtres de la Mission et est situé dans un terrain sec et aride et de très peu de valeur (170). Comme d'abord l'aliénation de ce genre de biens avait été réservée, elle ne put s'accomplir qu'après quelque temps (171). Mais, au préalable, le 20 juin 1791, fut dressé un état estimatif de ces biens ; on y relève : Le domaine de la Brouchausie, dans les paroisses d'antonne, Sarliac et Trigonant, est estimé 14.740 l. Un pré, près ledit séminaire, dans la paroisse de la Cité, estimé 5.500 l. Jardin et maison, situés à la Cité, estimés 6.600 l. Les propriétés de Belet, paroisse de Brut-de-Grignols, estimées 52.200 l. (172). ---------------------------- 167) B.H.A.P., 1912, 251. 168) A.D., B 770, f 57. 169) A.D., B 1055-1056. 170) A.D., Q III, N 8, 9 ; B.H.A.P., 1906, 252-253. 171) B.H.A.P.,1906, 341. 172) B.H.A.P., 1906, 337, 340. [62] L'estimation de la maison appelée grand séminaire, faite le 10 janvier 1791, se monte à 3.591 L., 10 sols (173). Les revenus libres du séminaire, en 1790, s'élevaient à 6.534 l., 12 sols (174). L'Assemblée nationale avait pris un décret, le 3 mars 1791, ordonnant de verser à la Monnaie l'argenterie qui serait jugée inutile au culte. L'an 1er de la République (1792), et le 3 octobre, les sieurs Pierre Sudrie, administrateur du directoire du district de Périgueux, et Antoine Courtey, officier municipal, faisant l'inventaire de l'église de la ci-devant Grande Mission, pour faire le transport de l'argenterie portée au procès-verbal du 4 janvier 1791, constatent avec amertume qu'ils n'ont rien trouvé dans le tabernacle, dont ils ont dû faire sauter la serrure. L'ouverture des placards n'offrit pas plus de succès ; dans l'un, ils n'ont rien trouvé qu'un vieil amict et une grosse pelote", dans un autre, ils n'ont" rien trouvé qu'une vieille chappe fond blanc à fleurs", et dans tous les autres, aucune espèce d'argenterie, que de vieux ornements de peu de valeur, quelques missels en mauvais état, et quelques vieux chandeliers (175).

On sait cependant, d'après un état du 29 janvier 1793, que furent enlevés à la Grande Mission : quatre calices avec leurs patènes ; un encensoir avec sa navette ; deux burettes ; un plat ; une boite aux saintes huiles ; un rayon ; deux grands chandeliers ; une croix ; deux bougeoirs ; un ciboire ; le tout d'argent (176). ------------------------------- 173) A.D., Q 927. 174) A.D., L 2, Crédot, Pierre Pontard, 430 n. 175) A.D., Q 927 ; procès-verbal du 3 octobre 1792 ; au dossier est joint un inventaire détaillé des objets de culte de la Mission. 176) B.N., F 19, 612, cité par B.H.A.P., 1933, 106-107.

LIVRE DEUXIÈME [63] LES ŒUVRES DE LA MISSION Conformément aux fins de leur Institut, les Missionnaires de Périgueux s'appliquèrent, dès le début, à la restauration de la religion et des mœurs, en s'employant d'abord aux fonctions du saint ministère, et particulièrement aux missions. En 1672, à ces œuvres primitives ils ajoutèrent la direction du grand séminaire de Périgueux, que leur confia Mgr Le Boux. Cette même année, utilisant les ressources qu'ils tiraient du prieuré de Saint-Martin et de l'église Saint-Jacques, ils essayèrent d'ouvrir un collège-séminaire à Bergerac ; cette œuvre ne put être réalisée qu'en 1682. A partir de cette seconde fondation et deuxième maison de la congrégation, la Mission se divisa en deux groupes distincts : la Grande Mission et la Petite Mission. Parmi les membres de la Grande Mission, résidant au grand séminaire de Périgueux, les uns étaient professeurs au séminaire, les autres se livraient au ministère de la prédication et des missions ; quelques-uns, dirigeaient les paroisses unies à la Mission. La Petite Mission de Bergerac, sorte de succursale de la Grande Mission, mais en étroite dépendance avec elle, puisque les Missionnaires passaient facilement de l'une à l'autre, s'occupait d'œuvres semblables au collège-séminaire et dans la paroisse Saint-Jacques. Vers 1700, naissait la Petite Mission de Périgueux avec la fondation d'un petit séminaire diocésain dans la ville même, près de la Cathédrale Saint-Front, Ce furent les seules maisons de la Mission. Dans son testament du 24 janvier 1762, le supérieur Gabriel Gontier de Lalande, lègue des honoraires de messes à ses confrères de nos trois maisons (1). Ce ne fut que pour ainsi dire en passant, que les Missionnaires assumèrent la direction du Collège de Périgueux, après la suppression des Jésuites ; ils n'y demeurèrent que de 1762 à 1770. Telle se présente, en raccourci, l'histoire des œuvres de la Congrégation de la Mission de Périgueux jusqu'à la Révolution. Chapitre Premier L'EVANGÉLISATION DU DIOCÈSE

1. - Ministères divers Non seulement les Missionnaires exercèrent le ministère pastoral dans les paroisses, qui avaient été unies à la Mission, mais aussi, ----------------------------- 1) A.D., not. Lavavé, 21 juillet 1780. [64] Surtout au début, ils prêtèrent volontiers leur concours aux autres prêtres du ministère. Lors de la fondation de la Manufacture de Périgueux par Christophe Raymond de Saint- Paul de Salegourde, il fut stipulé par acte du 23 juin 1663 : Secondement, que pour le bien spirituel desdits pauvres, il y aura un aumônier prêtre pris de la communauté de la Mission dudit Périgueux, et choisi d'icelle alternativement par le supérieur d'icelle pour l'instruction continuelle des pauvres et administration des sacrements, sépultures et nécessités spirituelles (2). Établis près de l'église de la Ci té, les Missionnaires devenaient naturellement pour le clergé de cette paroisse des auxiliaires utiles et précieux. Dans un procès-verbal de la visite canonique faite, le 2 janvier 1689, en l'église Notre- Dame de la Cité, on lit : Le sieur Messire Simon Courgeau (lire : Courgent), vicaire perpétuel et archiprêtre de la Quinte.., a dit avoir donné à la Mission 1.500 livres pour faire le catéchisme pendant dix mois et autres 1.500 livres pour lui aider à confesser ses paroissiens les dimanches et fêtes et temps paschal, et 1.000 livres pour faire 150 livres à un vicaire, le chapitre ne donnant que 100 livres et ce à la décharge du chapitre (3). Un nouvel arrangement fut conclu, le 9 juin 1705. Après accord entre le chanoine Coignet, vicaire général, M. Cœuille, archiprêtre de la Quinte, et Soufron Joseph, agissant au nom de la Mission, au sujet de l'héritage de N. Courgent, ancien archiprêtre de la Cité, les Missionnaires s'engagent à fournir annuellement la somme de 50 livres pour aider à l'entretien d'un vicaire à la Cité. De plus, ils promettent de faire le catéchisme depuis le premier dimanche de l'avent jusqu'au dimanche de Quasimodo, de fournir un confesseur les fêtes et les dimanches, hors le temps qu'ils vaqueront aux missions. Ils s'obligent, enfin, à donner annuellement et perpétuellement trois sermons aux fêtes de Noël et quatre aux fêtes de Pâques, savoir la Passion du Vendredi Saint et le dimanche, lundi et mardi de Pâques (4). 2. - Les missions Au temps de la désorganisation religieuse, qui marqua le XVIème siècle et le début du XVIIème, alors que les villes étaient abondamment pourvues de prêtres, les campagnes

étaient quasi laissées à l'abandon. L'ignorance des vérités de la foi et l'abstention des pratiques religieuses s'aggravaient de jour en jour. C'est ce qui avait suscité ce mouvement missionnaire, dont nous avons parlé au début de cette étude. Les évêques soucieux de ramener leurs ouailles à l'église, s'ingénièrent à leur procurer le bienfait des missions. ------------------------------- 2) B.H.A.P., 1915, 100. 3) Jos. Roux, Visite canonique du diocèse de Périgueux en 1688, p. 16. Dans ce texte, il faut lire : Simon Courgent, qui prit possession de la cure en 1654. 4) A.D., not. Rousseau, 9 juin 1705. [65] Les Missionnaires de Périgueux avaient été institués surtout dans ce but. Aussi, la prédication des missions fut-elle une de leurs principales activités. Les missions duraient environ quatre semaines ; suivant l'importance des localités, plusieurs prêtres y participaient, parfois quatre ou cinq, et même des diacres ou de simples théologiens (5). Nous citerons volontiers le document suivant, comme un exemple typique de ce qu'était alors une mission et du travail qui y était demandé aux missionnaires. Le 11 mai 1697, par acte reçu Rousseau, Messire Bernard Paché, curé de St-Sicaire de Lèches, fonde une mission à perpétuité de trois en trois ans dans l'église paroissiale, qui sera donnée par deux ou trois missionnaires. Lesdits sieurs missionnaires, dit le curé, seront tenus de la commencer tous les trois ans à perpétuité dans le temps du carême et le dimanche de la Passion, et (elle) ne pourra être finie gue le mardi de Pâques durant lequel temps les dits missionnaires aideront au curé pour les confessions, visites des malades, prêcheront au moins une fois le jour, et feront aussi une fois tous les jours le catéchisme le plus populaire qu'on pourra. Les dits missionnaires arboreront la croix à chacune des missions, s'ils le jugent à propos dans l'endroit convenable de ladite paroisse, après quoi on retiendra un acte public dans la paroisse tant des aumônes qui y seront faites, que de l'accomplissement de ladite Mission, comme aussi seront tenus lesdits missionnaires une des trois fêtes de Pâques de chaque mission de distribuer à la porte de l'église, à l'issue des vêpres ou de la bénédiction du Très Saint Sacrement la somme de trente livres aux familles les plus nécessiteuses de ladite paroisse et à telles personnes qui leur seront indiquées par le sieur curé qui y sera pour lors et par quatre paroissiens dignes de foi nommés par lesdits sieurs missionnaires de ladite paroisse sans qu'on puisse distribuer lesdites aumônes qu'aux pauvres de ladite paroisse... Si ledit sieur curé avec les quatre autres personnes de ladite paroisse nommées par lesdits sieurs missionnaires le jugent plus à propos ladite somme de trente livres ou partie d'icelle sera donnée par lesdits sieurs missionnaires pour aider à établir un pauvre garçon de la paroisse en métier ou une pauvre fille de la paroisse en mariage, etc.

Comme la précédente, la plupart des missions étaient l'objet d'une fondation en bonne et due forme. En voici encore quelques exemples, que nous avons pu retrouver : Par son testament du 21 juillet 1674, Léonard Coulon, curé du Vieux-Cérier, diocèse d'angoulême, fonde une mission de trois semaines à donner dans l'église et paroisse de St-Martial-de-Rivière (6). Le 15 mars 1696 était fondée une mission à perpétuité qui devait être donnée de dix en dix ans dans la paroisse de Vieux-Mareuil. Pierre Urgel, archiprêtre de Pillac et official du diocèse, fonde une mission par contrat du 8 août 1708, avec Gabriel Larivière, syndic de la Mission. Cette mission sera donnée dans les paroisses de Marsaneix et de la Cropte, puis de six en six ans à Pillac ou dans une des paroisses dépendantes du chapitre de l'église cathédrale, ----------------------------- 5) Le diacre Dumas participe à la mission de Brantôme, en 1747, (B.H.A.P., 1924, 209). 6) A.D., not. Rousseau, 28 août 1677. Les trois missions suivantes sont également enregistrées par Rousseau. [66] au gré de l'évêque. La mission durera suivant la coutume pendant quatre semaines. Marie-Thérèse d'hautefort, veuve de Messire Jean-François Duchesne chevalier, seigneur comte de Montréal, Montaud, Le Petit Change et autres lieux, donne 1.000 livres, le 20 août 1712, pour une mission à faire de cinq en cinq ans et à perpétuité dans les paroisses d'issac, Montagnac-la-Crempse et St-Georges de Périgueux. Une mission fut fondée à Saint-Romain, en 1715, par le chanoine Cadiot, pour être donnée tous les sept ans (7), et, une autre, par le missionnaire Bernard de la Salle, le 12 janvier 1735, en faveur de la paroisse St-Germain-des-Pres, de l'archiprêtré de Thiviers (8). Le fait que nous n'avons plus trouvé de missions fondées à perpétuité, à partir de cette époque, et les objections faites par le Conseil des Missionnaires à l'occasion de la fondation de Bernard de la Salle (9), nous inclinent à penser que les missionnaires préféraient s'engager de préférence à faire des missions sur la demande des paroisses intéressées, et au prorata des fonds dont ils disposaient. Les dévaluations successives de la monnaie et les fluctuations économiques de l'époque expliquent fort bien cette attitude, comme on le constate en d'autres communautés du temps. Nous allons donner maintenant une liste de missions prêchées par les missionnaires de Périgueux, celles que nous avons pu voir mentionnées dans les documents. Cette liste est assurément loin d'être complète ; les documents en laissent soupçonner de nombreuses autres. En septembre 1656, les premiers collaborateurs de Jean de la Cropte, et probablement sous sa conduite, donnèrent la mission à Sainte-Aulaye. Cette mission a été rendue célèbre par un fait qui s'y serait passé, et que l'illustre Père Lejeune, de l'oratoire, alors

missionnaire à Limoges, a conté dans un de ses sermons. Ecoutons-le lui-même : Le 7 septembre de l'année 1656, les missionnaires de Périgueux faisant la mission à Sainte-Aulaye, ville de Saintonge, mais du diocèse de Périgueux, sur les dix heures du soir, le feu se prit en une maison, qui faisant un grand incendie, obligea la plus grande partie du peuple à y courir. Un bon ecclésiastique de la mission s'étant souvenu qu'il y avait environ vingt ans, un grand incendie fut éteint immédiatement par un scapulaire, à Périgueux, dont fut fait un procès-verbal et authentique par le magistrat de la ville, appela un bon garçon, simple et dévot qui servait lesdits missionnaires depuis cinq ou six ans et lui dit : Jalage, prenez votre scapulaire, et allez le jeter à l'endroit le plus grand de l'incendie ; il s'éteindra assurément par la vertu de la sainte Vierge. Ce jeune homme obéit promptement avec tant de foi que, fendant la presse, il disait : Priez Dieu et la sainte Vierge, je m'en vais éteindre le feu". Puis, il jeta son scapulaire au plus fort de l'incendie, et en même temps qu'il tomba dans le feu, il s'éleva un tourbillon de flammes de trois ou quatre piques, et tout d'un coup, les flammes s'amortirent, en sorte qu'il n'en parut plus, et le lendemain, on trouva ------------------------------------------ 7) B.H.A.P., 1927, 272. 8) A.D., not. Chinours. 9) Voir p. 33. [67] ledit scapulaire au milieu des débris de la maison sans aucune lésion, mais qui sentait extrêmement le brûlé. Plusieurs calvinistes qui ont là un temple, se trouvant présents à cette action, disaient entre eux, à basse voix : ce garçon-là est un sorcier. Mais les catholiques louaient Dieu et admiraient la vertu du saint scapulaire. Ce sont mot à mot les paroles de l'attestation que m'en ont donné les révérends prêtres de la Mission de Périgueux. Le même fait arriva ces dernières années à Sainte-Fortunade, auprès de Tulle (10). Sous la conduite de Jean de la Cropte, les missionnaires donnèrent la mission à Saint- Astier, en septembre 1659 ; à Beaumont, en octobre 1663 ; à Neuvic, au début de novembre 1664 ; à St-Seurin-de-Prats, en octobre 1665. C'est au cours de cette dernière mission que mourut inopinément Jean de la Cropte, le 2 novembre. Parmi les autres missions données en Périgord par les missionnaires, nous avons pu relever : En 1674, une mission à Lisle (11) ; En 1702, à Grignols, une mission qui dure da 3 au 29 septembre (12) ; et, une autre à Montravel, dirigée par Jean Carrier, supérieur de la Mission (13). Le 1er février 1726, commence la mission de Brantôme, donnée par MM. Roche, Monmarson et deux autres. M. Étienne Arnaut devait les rejoindre huit jours après (14). Du 30 avril au 26 mai 1738, mission de Ménestérol, dirigée par Étienne Arnaut,

supérieur de la Mission, vicaire général et docteur en Sorbonne (15). Raymond La Courbe, curé de Villac, légua 300 livres pour une mission qui fut donnée en 1743, du 26 mai au 24 juin. Elle fut prêchée par M. Arnaut, supérieur du séminaire de Périgueux, assisté de quatre prêtres (16). Du 15 janvier au 14 février 1747, nouvelle mission à Brantôme, sous la conduite de M. Arnaut, assisté de MM. de Lavergne, Dussel, Sabouroux, Boucheton et Dumas, diacre. Le notaire Devillard écrit dans son livre-journal : Ces messieurs ont donné des marques éclatantes de leur science, de leurs bonnes mœurs, et de leur salut. Dieu nous fasse la grâce d'en avoir bien profité! (17). Une mission avait été fondée en faveur de la paroisse de Sorges par son curé M. Parjadis. Quatre cents livres de fonds, qui étaient censées rapporter vingt livres de revenus annuels, avaient été versées dans cette intention aux Missionnaires, et il avait été stipulé que la mission se donnerait à Sorges tous les 19 ans. Trois cents livres avaient été ajoutées à la première fondation par Jean Bost, afin que la mission ait lieu plus souvent. Il appartenait au curé de Sorges avec l'évêque de régler la date des missions. Une mission fut -------------------------------- 10) Œuvres du Père Lejeune, Sermon CX VIIIème. 11) Farnier, Histoire de Lisle, p. 166 ; Escande, Histoire du Périgord, II, p. 234. 12) A.D., E supp. 377, GG 1. 13) Entraygues, Mgr Daniel de Francheville, p. 103. 14) Livre-journal de Sicaire Devillard, notaire (B.H.A.P., 1924, 198) 15) Bernaret, Tournées pastorales.., Menesplet, p. 6. 16) Brugière, Ancien et nouveau Périgord, Villac, p. 347. 17) B.H.A.P., 1924, 209, [68] donnée en novembre 1771, au cours de laquelle le missionnaire Jean Linarès, âgé d'environ 46 ans, mourut subitement, le 4 décembre ; il fut enseveli dans l'église (18). Cette même année, les Missionnaires obtinrent du Pape Clément XIV un indult leur concédant une indulgence plénière ainsi qu'aux fidèles qui participeraient aux exercices de la mission (19). Au mois d'août 1776, et à l'occasion du Jubilé universel, fut prêchée à St-Jacques de 3ergerac, sous la conduite de Joseph-Joufre Desrivières, la première mission, qui aurait du être donnée le 27 janvier 1774, 11 en exécution de la fondation portée par le codicille clos, de feu Messire Jean de Lansade, écuyer, prêtre et curé de cette ville et paroisse, du 15 novembre 1767, et remis au dép8t de martre Courtine, notaire royal de cette ville", et où il était stipulé que la mission serait donnée tous les six ans dans l'église St-Jacques, à l'occasion de cette première mission, les missionnaires érigèrent une croix de pierre, au coin du jardin des Carmes, près du pont Bourbarraud ; elle fut bénite le vendredi 13 septembre "à la suite d'un concours prodigieux du monde (20). Cette mission se clôtura

le 15 septembre. Une mission est donnée à Thiviers, du 24 janvier au 23 février 1779 (21). Du 13 janvier au 12 février 1782, MM. Sabouroux, Cubaynes, Dugoure et Devaux donnent la mission à Sainte-Eulalie-d'Ans (22). Autre mission à Lisle, du 29 janvier au 1er mars 1786. A cette occasion, le curé de la paroisse, de Brossard, écrit dans son registre paroissial : L'an de grâce 1786, depuis le 28 janvier jusqu'au 1er mars, jour des Cendres, MM. les Missionnaires des Séminaires de Périgueux ont donné une mission célèbre dans notre église. Cette paroisse leur doit une reconnaissance sans bornes parce que ces zélés prédicateurs pouvaient la donner à d'autres peuples qui peut-être en eussent mieux profité. Elle n'était pas fondée en particulier pour la ville de Lisle, ny par aucune âme charitable de cette paroisse. Maître Cubayne, ancien curé de Raillac en Quercy, M. Dugont, ancien curé de Lisle en Albigeois, M. Gorse, curé de St-Pardoux-la-Rivière, M. Lacroix et M. Brugière, prêtres missionnaires, sont les noms dei ces hommes vrayment apostoliques dont les deux premiers ont quitté leurs bénéfices pour s'agréger à la mission, vivant in annos plurimos ad propagandam magis et magis gloriam Crucis Christi in salutem animarum. M. Penchenat, chanoine régulier, curé primitif de la ville et paroisse de Lisle, abbé de Chancelade, a fait la bénédiction de la belle Croix de pierre fine plantée au haut du marché. Cette bénédiction s'est faite solennellement et pontificalement le 27 février, présents et assistants une multitude de gens ou de cette paroisse ou des paroisses voisines. Brossard, ancien curé d'espagnac et curé ------------------------------------- 18) A.D., E supp., 629 ; Farnier, Autour de l'abbaye de Ligueux, II, 65. 19) Carles, Monosraphie de St-Front, p. 79 n. 20) Annales historigues.. de Bergerac, p. 313 ; Bernaret, Tournées pastorales.. Bergerac, p. 20 ; du Rieu de Maynadier, L'église St-Jacgues de Bergerac, p. 56 n. 1. 21) A.D., E suppl. 1221. 22) A.D., E suppl. 312. [69] de Lisle en Périgord" (23). Ce petit compte rendu est riche de renseignements. Il nous montre la manière dont se faisaient les missions, et comment se faisait le recrutement des missionnaires, d'aucuns appartenant par leur origine à des diocèses voisins ; on y constate en outre que les missionnaires venaient à la fois des deux séminaires de Périgueux, et qu'ils acceptaient les services d'autres prêtres que les missionnaires pour les aider. Le diocèse de Périgueux était trop étendu, et les missionnaires trop peu nombreux, pour qu'ils pussent faire face à eux seuls à tout le travail d'évangélisation, qui s'imposait. D'autres missionnaires, appartenant à des Ordres religieux et même à d'autres diocèses

voisins, prêtèrent leur concours pour donner des missions. Une mission fut prêchée, à Périgueux même, en 1680, par deux Pères Capucins (24). Fameuse dans ses résultats, fut la mission donnée encore à Périgueux, de mai à juin 1687, par dix-huit Capucins, sous la conduite du Père Honoré (25). Les RR. PP. Jésuites étaient aussi les prédicateurs attitrés du diocèse. Du 22 août au 12 septembre 1717, ils évangélisèrent Coursac, et y revinrent en 1728, du 9 au 30 mai (26). Dans le contrat d'union à la Mssion du prieuré St-Euparche de Palueau, il était stipulé que Il les missions se feront dans les endroits marqués par le seigneur évêque et suivant l'usage qu'observent communément les susdits prêtres missionnaires, en laissant autant que faire se pourra le Montravel aux Pères Jésuites. (27). Les missionnaires de Limoges donnèrent une mission à St-Martial d'augignac, du 12 février au 12 mars 1759 (28). Dans une lettre circulaire en date du 1er janvier 1759 ; M. de Bras supérieur général des Lazaristes, rapporte que ses confrères de la maison de Saintes, firent, en 1758, une mission des plus ferventes au diocèse de Périgueux, au cours de laquelle il y eut des conversions sensationnelles de protestants. Les Lazaristes de Sarlat missionnèrent à Cendrieux, du 19 novembre au 18 décembre 1786. Cette mission avait été fondée dans la paroisse par le seigneur du lieu, M. de Langlade (29). Les Pères Récollets donnèrent la mission de St-Jacques de Bergerac, de fin août au 15 septembre 1786. La croix de mission fut plantée au-delà du portail Saint-Jean, en un carrefour appelé les Gironnettes (30). ------------------------------------ 23) Farnier, Histoire de Lisle, p. 187. 24) A.C., BB 25. 25) A.C., BB 16. 26) A.D., E suppl. 368, 369. 27) A.D., not. Rousseau, 21 août 1710. 28) A.D., E suppl. 813. 29) A.D., E suppl. 728. 30) Annales historiques.. de bergerac, p. 335 ; Bernaret, Tournées.. pastorales.., Bergerac, p. 20. [70] Il arriva cependant que les Missionnaires de Périgueux furent appelés dans les diocèses voisins du Périgord pour y donner des missions. La Mère Françoise-Angélique Brulart, sœur du premier président au parlement de Dijon, devenue supérieure du monastère de la Visitation de Périgueux, écrivait ainsi ses impressions sur sa nouvelle résidence, dans une lettre, datée du 10 mai 1692, adressée à son Institut :

L'on doit rendre cette justice à la ville de Périgueux qu'elle est abondante en bons et beaux esprits et, par conséquent, en secours spirituels, y ayant un très beau clergé, composé d'un célèbre et fameux Chapitre, rempli de personnes illustres en science et en piété ; d'une Congrégation de Prêtres missionnaires, dont la vertu et la réputation est non seulement répandue dans le Diocèse, mais encore dans les provinces voisines, qui les fait rechercher de Messeigneurs les Prélats pour l'utilité de leurs peuples, par les missions qu'ils y font de temps à autre, ayant encore la direction et l'éducation d'un grand séminaire (31). Parmi les Missionnaires, dont la réputation était répandue en dehors du diocèse par ses travaux apostoliques, il faut compter assurément M. Étienne Arnaut auquel, à l'occasion de sa mort, Mgr de Premeaux rendait cet hommage dans une lettre adressée à son Clergé : Que dirai-je de son zèle dont l'étendue a eu pour objet la sanctification de tant de personnes de tout âge et de toute condition, non seulement dans ce diocèse et dans la plupart de ceux de cette métropole, mais encore dans plusieurs autres très éloignés, et même dans la capitale du Royaume. Les fruits des Missions qu'il a faites en tant de lieux, ceux des Retraites qu'il a données en tant d'endroits différents, soit au Clergé et aux communautés religieuses, soit aux fidèles de l'un et l'autre sexe, etc., etc., ne sont-ce pas des titres bien légitimes de la grande considération que mes Prédécesseurs et moi avons toujours eu pour lui, et pareillement tout ce qu'il y avait de distingué en tout gente là où il était connu?. (Lettre du 19 mai 1749). A part l'exception de quelque missionnaire plus spécialement qualifié, comme le fut M. Étienne Arnaut, la Congrégation de la mission de Périgueux paraît n'avoir été que rarement sollicitée de donner des missions à l'extérieur du diocèse, puisqu'ils pouvaient à peine suffire à leur tâche dans le diocèse et qu'ils étaient relativement peu nombreux. Les missions extérieures furent généralement imposées par des clauses de fondations. C'est ainsi que le 28 juin 1701, en l'étude de Boucher, l'aîné, notaire à Paris, est passé un contrat de donation " par t'1essire Alexandre de Loiseleur, prêtre, docteur de la faculté de Paris, chambrier de l'abbaye de St-Cybard-les-Angoulême, et en cette qualité curé primitif de la paroisse de Triac Lartige, proche l'abbaye de Bassac, diocèse de Saintes, prieur de Saint-Cybardeau, diocèse d'angoulême ; de Palueau et de Montignacle-Coq annexe dudit Palueau, diocèse de Périgueux, aux prêtres missionnaires de la ville de Périgueux dont les noms suivent : M res Jean Carrier, Pierre Reynier, ----------------------------- 31) Entraygues, Mgr Daniel de Francheville, p. 70. Ajout : MM. Cabanne, Bournazel, Lasserre, Brugère, Lacroix, Clavierac, donnent un mission du 20 mars au 17 avril 1785 dans la paroisse d Angeac (Charente) avec beaucoup de zèle et d édification Reg. Par. voir notes sur Angoulême. [71] Hélie Destissanas, Jacques Lasserre, Daniel de Saint-Aulaire, Jean Fargeot, François Truphy, François Desfarges, David Souvillé, Martin Coeuilhe, Pierre Labroue, Joseph

Soufron, Martin Bosche, Joseph Deschamps, Joseph Dubreuilh et Gabriel Jacques, de la somme de trois mille livres, dont les arrérages au denier vingt devront servir tous les trois ans à missionner chacune des six paroisses sus-indiquées de manière qu'au bout de dix-huit ans et tous les dix-huit ans toutes ces paroisses soient missionnées, et partie pour les églises et les pauvres desdites paroisses. Messire Nicolas Dalesme, prêtre, chanoine archidiacre de l'église cathédrale de Périgueux, a été choisi comme modérateur des missions qui doivent se faire dans le même ordre (32). De même, en cédant à la Mission son domaine de la Brossancie, Étienne Arnaut avait imposé l'obligation d'une mission d'un mois à donner, tous les dix ans, à Chateauneuf, diocèse d'angoulême, en exécution des pieuses intentions de Messire de la Vigerie, prêtre, docteur en théologie, abbé commendataire de l'abbaye de Bassac, diocèse de Saintes (33). Signalons encore la mission donnée en 1759, à Etouars, alors du diocèse de Limoges. Le curé, Léonard de Létang, écrit dans le registre paroissial de cette année : Le 8 septembre 1759 la mission a commencé dans cette paroisse et a duré un mois ; c'est les missionnaires de Périgueux qui l'ont donnée, qui s'appellent Messieurs Desmarton, Lavergne, Peix, Vergnas, Gontier, avec un acolyte destiné à faire le catéchisme, deux fois le jour, chanter les cantiques et la prière à la première messe, tous ecclésiastiques d'un mérite distingué et saints prêtres ; il y avait six exercices par jour, un de grand matin, fini avant le soleil levé, Saint-Estèphe, Le Bourdeix, Saint-Martin, Javerlhac, Teyac et Bussière sont venus en procession, aussi bien que Soudac. Marie Léonard, veuve de Pierre Redon du bourg d'augignac a fourni l'argent pour cette mission ; il a communié mille personnes dans tout le cours de la mission, François Bonitout dit les Roupailles a fourni gratis l'arbre pour faire la croix. Tous les frais ont monté plus de six cent livres. On n'a jamais su qu'il y en ait eu d'autre dans cette paroisse (34). Retraites spirituelles Un des principaux moyens de réforme religieuse consiste dans la pratique des exercices spirituels, appelés retraites. On sait l'importance que leur accordaient Saint Ignace de Loyola et ses fils spirituels, les Jésuites, maîtres en la matière. Saint Vincent de Paul, lui aussi, ouvrit toutes grandes les portes de sa maison de Saint- Lazare pour accueillir en retraite non seulement les Ordinands, qui se préparaient à recevoir les saints ordres, mais aussi tous ceux, et ils étaient nombreux, qui désiraient mettre leur conscience en règle par une bonne confession générale, ou bien étaient en quête de leur vocation ou d'un plus grand progrès spirituel. ------------------------------ 32) Société archéologique et historique de la Charente, 1919. 33) A.D., not. Lavavé, 8 mai 1747. 34) A.D., E suppl. 895 ; GG 3.

[72] Les Missionnaires de Périgueux ne pouvaient négliger ce ministère si important. Nous avons vu plus haut le zèle qui déployait M. Étienne Arnaut, et auquel son évêque se plaisait à rendre hommage. L'œuvre des retraites, systématiquement organisées, fut probablement l'une des initiatives de Mgr Le Boux, qui s'assura, à cet effet, le concours des Missionnaires et des autres religieux du diocèse. Dans son synode du 8 novembre 1667, Mgr Le Boux avait exhorté les ecclésiastiques à participer aux retraites spirituelles, sans cependant en faire un commandement rigoureux. Les doctrines et pratiques de notre Sauveur et des saints, avec les continuelles expériences des âmes les plus dévotes, disait l'évêque, nous donnent tant de connaissance des grands biens qu'on trouve dans les Retraites spirituelles, que nous ne pouvons nous empêcher d'en procurer autant qu'il nous sera possible l'utilité à tout notre Clergé ; c'est pourquoi, nous l y invitons et exhortons de tout notre cœur, et si nous ne les ordonnons pas à tous les Ecclésiastiques, auxquels nous les pourrions commander, c'est parce que nous les voulons rendre plus utiles en les rendant plus volontaires et plus libres à un chacun ; mais nous déclarons à tous qu'une des plus grandes consolations qu ils nous pourraient donner, sera celle qu'ils nous apporteront en nous venant communiquer du lieu, et des moyens pour les faire le plus saintement. (35). Nous ignorons quels furent les effets de cette exhortation, mais il y a lieu de croire qu'elle ne resta pas lettre morte. Mgr Daniel de Francheville se signala particulièrement par son zèle pour les retraites spirituelles. Sous son inspiration, Jacques La Serre, l'éminent professeur de morale du grand séminaire, composa un livre spécial intitulé : "Discours et méditations composés par ordre de Mgr l'évêque de Périgueux, pour l'usage des retraites de son diocèse" ; ce livre fut publié à Paris, chez Cuérin, en 1699. Si l'on en croit les documents, les retraites ecclésiastiques devinrent une institution régulière pendant ce pontificat. Le curé de Coursac, Chéreau, écrit à la date du 26 mai 1702, dans ses registres paroissiaux : J'ai vu chez feu Mgr, deux cent cinquante prêtres en retraite en même temps pendant huit jours et, un mois après, deux cent cinquante gentilshommes ; les Pères Jésuites donnèrent la retraite à ces derniers ; les Missionnaires et les Pères Jésuites aux curés ; le tout se faisait à la Cité, dans la maison de Messieurs de la Brousse (36). Plus tard, les retraites ecclésiastiques se firent à la Mission. Le 9 mai 1707, Mgr Pierre Clément y était en retraite avec ses prêtres (37). Dans son contrat d'union du prieuré St-Euparche de Palueau à la Mission, Denis de

Crevoiseret allouait 150 livres pour le supplément de la dépense des retraites de messœeurs les curés dans le séminaire (38). ---------------------------- 35) Recueil des Ordonnance..., p. 152-153. 36) A.D., registre de Conrsac, 26 mai 1702. 37) Registre II des Pénitents bleus, p. 280. 38) A.D., not. Rousseau, 21 août 1710. [73] En 1749, M. Étienne Arnaut prêcha la retraite ecclésiastique, au séminaire (9). C'est au cours d'une retraite au grand séminaire que, le 15 mai 1775, Pierre de Sallaton, curé de Milhac-de-Nontron, rédigea son testament en faveur de son neveu, le missionnaire Gratien Pasquet de Gastaudias ; ce testament fut signé par plusieurs curés en retraite (40) Il a été fait allusion plus haut à des retraites données à des gentilshommes. Le chanoine Entraygues nous en a conservé le programme. Voici l'ordre du jour, qui fut suivi, en 1700, pour une retraite de ce genre : A 6 heures, le levée. A l'évêché : à 6 heures et demie, la prière ; à 6 heures trois quarts, la méditation ; A la mission : à 8 heures un quart, la messe ; A l'évêché : le déjeuner ; à 9 heures un quart, la conférence ; à 10 heures et demie, le service des pauvres ; à 11 heures, le dîner. Depuis midi jusqu'à une heure, la récréation ; A une heure, on se retire dans sa chambre pour faire une lecture spirituelle ou pour préparer sa confession ; A la mission : à 2 heures, la seconde conférence ; à 3 heures, vêpres et le chapelet. Ensuite, on se retire dans sa chambre pour réfléchir sur les vérités dont au aura été le plus touché. A la mission : à 5 heures, une exhortation ; à 6 heures, la bénédiction du St-Sacrement ; A l'évêché : à 6 heures et demie, le souper ; à 7 heures et demie, la récréation ; à 8 heures un quart, la prière ; Ensuite, on se retire en grand silence pour se coucher (41)

Pour le peuple, Mgr de Francheville avait organisé au cours des trois carêmes des années 1700 à 1703, comme des sortes de retraites paroissiales, petites missions de huit jours, qui furent données à la fois dans presque tout le diocèse, et auxquelles concoururent bon nombre de curés (42). --------------------------- 39) Lettre de Mgr de Premeaux, 19 mai 1749. 40) A.D., not. Jaly, octobre 1789. 41) Entraygues, Mgr de Francheville, p. 96-97. 42) Entraygues, op.cit., p. 96-97. Chapitre Deuxième [74] LA GRANDE MISSION Le grand séminaire avant les Missionnaires Lorsque, le 24 septembre 1672, le grand séminaire de Périgueux fut uni à la Mission par Mgr Le Boux, cet établissement avait déjà un peu plus de vingt ans d'existence. (43). Il ne saurait être question d'en faire remonter l'origine à l'essai de séminaire tenté en 1628 par Mgr de la Béraudière, et qui est rappelé par le Père Dupuy, dans son histoire de l'estat de l'église du Périgord (44). Ce séminaire disparut vraisemblablement avec son fondateur, en 1646 pour le moins, car son successeur, Mgr de Brandon, dans sa bulle de nomination, délivrée en 1648, reçut de Rome, entre autres consignes, celle d'ériger un séminaire dans sa ville épiscopale, conformément aux prescriptions du Concile de Trente. D'ailleurs, Pierre de Bessot écrit dans son livre-journal, que lei frère du nouvel évêque et son vicaire général, M. de Bassancourt, "avait pris de très grands soins au rétablissement du séminaire", ce qui suppose que le séminaire n'existait plus. (45). Le véritable fondateur du séminaire fut Mgr de Brandon, et comme son entreprise intéresse par certains côtés l'histoire même de la Mission, il paraît indispensable de dire plus au long ce que fut l'œuvre de cet excellent évêque, disparu trop tôt du diocèse. Mgr de Brandon et le séminaire (1648-1652) Le séminaire établi par Mgr de la Béraudière, n'avait été qu'un essai hésitant, qui, conformément aux indications du Concile de Trente, voulait s'appliquer à former les clercs, dès leur plus jeune âge. Comme les essais semblables, tentés alors en d'autres diocèses, il n'aboutit pas. La formule des petits séminaires n'était pas encore au point.

Venu de Paris, où il avait vécu dans l'entourage de Monsieur Vincent et des autres grands fondateurs d'ordres et de séminaires, Mgr de Brandon rompit avec l'ancienne formule, et apporta dans son diocèse les nouvelles conceptions, qu'on s'efforçait, un peu partout, en France, de réaliser. Un mois à peine après avoir pris possession de son siège, Mgr de Brandon convoqua, en avril 1649, un synode diocésain. Ses ordonnances nous éclairent sur la manière dont, à cette époque, les clercs accédaient aux ordres (46). ----------------------------------- 43) Dans la première rédaction de cette étude (1951), nous avions fait l'histoire du séminaire depuis ses toutes premières origines. Nous préférons laisser présentement de côté tout ce qui n'intéresse pas la Mission proprement dite. 44) L'Estat de l'église du Périgord, II, 227. 45) Livre-journal de P. de Bessot, p. l05. 46) Recueil des ordonnances, p. 80 ss. [75] La tonsure était conférée à 14 ans au moins ; les ordres mineurs, aux clercs, âgés de 16 ans accomplis, qui sauront exactement le Catéchisme, qui expliqueront du moins médiocrement le latin, qui rendront compte de la fondation des ordres où ils aspirent, etc. Les sous-diacres devaient être avancés en science, répondre facilement en latin de la différence et de la fonction de tous les saints ordres et donner des preuves de leur pratique de la vertu. Pour être ordonnés, ils devaient apporter leur extrait de baptême, avoir atteint l'âge de 22 ans, présenter un titre clérical. Le sous-diacre, pour être ordonné diacre, devait avoir exercé son ordre, avoir fréquenté les sacrements, être âgé de 23 ans, et avoir subi avec succès les examens prescrits. Pour recevoir la prêtrise, ceux qui s'y préparaient devaient (comme les sous-diacres et diacres) faire proclamer les bans, apporter l'attestation de l'exercice qu'ils ont fait de leur ordre de diaconat, avec un extrait de baptême, qui fasse foi qu'ils ont l'âge de 25 ans. " Et comme le prêtre doit être le dépositaire de la doctrine divine, il est obligé de savoir particulièrement ce que c'est que le sacrifice de la sainte Messe, ses effets, ses parties, les mystères qu'il représente, et les manquements qui y peuvent survenir. De plus sa profession demande qu'il sache la nature et l'administration des sacrements, leur différence et leur efficace, qu'il entende bien le chant de l'église, et qu'il soit versé aux cas de conscience comme on le voit, la préparation des clercs au sacerdoce était assez rudimentaire, et leur présence au séminaire pas encore obligatoire. Les clercs devaient simplement porter l'fiabit ecclésiastique et la tonsure, et fréquenter assidûment l'église à laquelle ils étaient attachés. Pour être ordonné, le strict nécessaire était requis : la vertu, des notions de liturgie et de chant, un peu de théologie morale et sacramentaire, et, en fait de dogme, une

connaissance un peu plus approfondie du catéchisme. Mgr de Brandon sentit la nécessité de remédier à certaines lacunes. Il commença par organiser les exercices des Ordinands, tels qu'il les avait vus pratiquer à Saint-Lazare, par Monsieur Vincent. En son synode d'avril 1649, il porta cet édit : Et afin que personne ne puisse prétendre qu'il n'a pas la commodité de s'instruire des choses nécessaires à un si saint état, nous témoignerons à tous cette affection paternelle, de leur faire enseigner un sommaire de ce qui concerne leur dignité, et nous destinons à cela dix jours devant le samedi des quatre-temps, durant lesquels nous aurons le soin de les nourrir et de leur procurer tous les saints et agréables entretiens qui conviennent à leur profession. C'est pourquoi nous exhortons de tout notre cœur par l amour du sacerdoce de Notre- Seigneur Jésus-Christ tous ceux de ce Diocèse qui aspirent aux saints Ordres, et néanmoins nous leur enjoignons comme à des enfants d'obéissance, de se présenter à l'examen au jour qui leur sera marqué par nos mandements, afin qu'étant trouvés capables, ils ayent cet honneur et cette grâce d'être reçus aux saints exercices. Faute de quoi ils nous donneront sujet de croire [76] qu'ils ne font pas assez état ni des saints ordres ni de notre affection paternelle, et nous obligeront de les rejeter (quoique avec douleur) comme n'ayant pas les marques de la docilité, la soumission, et le zèle que nous estimons nécessaires à l'esprit du Clergé. Et pour ceux qui auront le bonheur d'avoir entrée aux saincts exercices nous désirons qu'ils y viennent avec la soutane, le surplis et le bonnet ecclésiastique. Les exercices des Ordinands étaient donc rendus obligatoires. Mais, il fallait pour cela un séminaire, destiné à recevoir les exercitants. Ce séminaire existait-il déjà à Périgueux ou n'était-il qu'en projet? Il est vraisemblable que le rétablissement du séminaire par M. de Bassancourt, dont parle Pierre de Bessot, avait eu lieu au moins dès 1649, car dans ses ordonnances synodales de cette année, Mgr de Brandon déclare pouvoir admettre les sous-diacres pauvres à demeurer quelque temps dans son séminaire. En-outre, quelques mois plus tard, en octobre 1649, plusieurs évêques, dont ceux de Périgueux et de Sarlat, réunis au château de Mercuès auprès d'alain de Solminihac, qui eut une influence prépondérante sur tous les diocèses circonvoisins de Cahors, émirent le vœu que les clercs demeureraient au séminaire " un an entier avant de prendre l'ordre du sous-diaconat. Où se trouvait alors ce séminaire? Comme cette question est quelque peu liée avec celle de la Mission, nous en parlerons à propos du transfert du séminaire à la Mission. Le séminaire des Ordinands organisé, il fallait penser à en confier la direction à des prêtres compétents et spécialisés. Mgr de Brandon s'en préoccupa.

En rendant compte à Monsieur Vincent de la réunion épiscopale d'octobre 1649, tenue à Mercuès, Alain de Solminihac lui écrivait, le 15 décembre 1649 : Nous demeurâmes aussi d'accord qu'il fallait établir un Collège ou Maison pour y recevoir les personnes qui se dédieront au service de Dieu, pour être élevés à la piété et dans l'esprit de l'église pendant leurs études, et ce fut pour lors que je dis qu'il en fallait donner la conduite aux Vôtres, et apportai plusieurs raisons pour cela, aussi fut-ce une proposition agréée de toute la Compagnie (47) Aussi, conformément à cette suggestion de l'évêque de Cahors, Mgr de Brandon songea tout de suite à faire appel aux fils de Monsieur Vincent pour prendre la conduite de son séminaire des Ordinands. Il connaissait les Lazaristes, et il pouvait les voir à l'œuvre à Cahors même ; où depuis 1643, ils dirigeaient le séminaire (48). ---------------------------------- 47) Sol, Alain de Solminihac, Lettres et documents, p. 391-392 ; Coste, Corresp., III, 521. 48) Les prêtres de la Mission ou Lazaristes avaient pris possession du séminaire de Cahors, le 12 juin 1643. En 1647, il y avait trente élèves ; en 1649, ils étaient environ cinquante ou soixante. Quelques mois avant sa mort, Alain de Solminihac pouvait écrire à Monsieur Vincent, que "son clergé avait changé de face et que c'était grâce à son séminaire ". [77] Par l intermédiaire de l'official de Cahors, M. des Vergnes, en résidence à Paris, Mgr de Brandon pressentit d'abord Monsieur Vincent, qui se montra favorable à l'envoi de ses missionnaires ; s'adressant ensuite directement à lui, il le pria de lui envoyer deux de ses prêtres. Monsieur Vincent lui en proposa quatre : deux pour le séminaire et deux pour les missions, comme il avait coutume de faire pour les fondations de ce genre. Sur les instances d'alain de Solminihac, et en attendant que l'accord se fit sur ce différend, qui ne paraissait pas devoir retarder davantage la fondation, Monsieur Vincent envoya trois de ses prêtres à Périgueux : MM. Bernard Codoing, alors supérieur de la maison de La Rochelle (49), Charles Bayart et Denis Laudin ; en décembre 1650, ces missionnaires étaient à leur poste. Entre temps, désireux d'organiser son séminaire sur le modèle de celui de Cahors, Mgr de Brandon avait prié Alain de Solminihac de lui envoyer les copies de l'établissement de son propre séminaire. L'évêque de Cahors les lui transmit aussitôt avec la copie des lettres patentes du roi (50). Les choses en étaient là, lorsque le 1er avril 1651, Monsieur Vincent rappela ses confrères à Saint-Lazare, après s'être excusé auprès de Mgr de Brandon d'avoir été contraint d'agir de la sorte (51) Que s'était-il passé? La raison de ce rappel des Lazaristes est une énigme pour les biographes de saint Vincent. Il semble pourtant que ce n'est pas un mystère et qu'on peut, sans aucune témérité, attribuer cet évènement aux agissements du frère de l'évêque, M. de Bassancourt.

Ce dernier, en effet, avait ses vues personnelles sur la direction des séminaires, vues qu'il avait empruntées à M. Olier, son ancien maître et supérieur, de Saint-Sulpice, et qui veanait justement de publier un traité sur ce sujet (52). ----------------------------------- 49) Bernard Codoing, un des premiers disciples de saint Vincent, et qui avait déjà rempli plusieurs postes importants, devint le supérieur de la nouvelle fondation. - Aux archives de la Visitation de Périgueux, dans la copie d'un procès-verbal d'une assemblée d'ecclésiastiques, composée par Mgr de Brandon pour juger l'authenticité de trois guérisons miraculeuses opérées par l'intercession de saint François de Sales, on relève les noms de Jean de la Cropte et de Codoin, prestre, docteur en théologie, de la congrégation des Pères missionnaires de Saint-Lazare et de présent supérieur de notre séminaire.. ' Cette assemblée se tint le 20 janvier 1651 (t.ii des Circulaires, p. 390). 50) Sol, op.cit. 528 ; Chastenet, Vie de Alain de Solminihac, p. 286 ; Coste, Corresp., IV, 130. 51) Coste, Corresp., IV, 166-167. 52) Ce traité était intitulé : "Project de l'establissement d'un séminaire dans un diocèse, par un prestre du clergé". On le trouvera dans Faillon, Vie de M. Olier (t. 2, p. 411). Si M. de Bassancourt n'a pas eu entre les mains le traité lui-même, daté de 1651, du moins en connaissait-il les tendances et les lignes générales, ayant longtemps vécu lui-même auprès de M. Olier, et ayant même collaboré avec lui pendant plusieurs années. [78] En outre, M. de Bassancourt pouvait justement considérer le séminaire de Périgueux comme son œuvre ; il avait présidé à son rétablissement et l'avait aménagé. Enfin, la petite Société de prêtres que Jean de la Cropte essayait de constituer, et que son frère l'évêque pourrait ériger canoniquement en congrégation de prêtres séculiers, lui offrait précisément la possibilité de confier la direction du séminaire, conformément au traité de M. Olier, à des prêtres du diocèse, qui présenteraient l'avantage de demeurer sous la dépendance exclusive de l'évêque. Une lettre d'alain de Solminihac, adressée à Monsieur Vincent, le 26 avril 1651, au sujet de cette affaire et où il attribue la responsabilité du départ des Lazaristes à M. de Bassancourt ; l'érection de la Congrégation de la Mission de Périgueux, le 29 avril 1651, et la nomination du missionnaire Poncet Cluniac, en 1651, comme supérieur du sémiiaire, ne nous laissent aucun doute sur le bien-fondé de ces suppositions (53). Quelque temps après ces évènements, M. de Bassancourt se retirait à Paris, et rejoignait à l'oratoire son maître et ami Denis Amelote, qui avait été aussi pendant deux ans le grand vicaire de Mgr de Brandon. Il mourut le 12 mars 1652, précédant dans la tombe son frère l'évêque, décédé le 11 juillet suivant. La disparition presque simultanée de Mgr de Brandon et de M. de Bassancourt fut douloureusement ressentie par les missionnaires, qui perdaient en eux leurs bienfaiteurs et leurs plus fermes appuis, alors que leur communauté n'avait pas eu encore le temps de faire ses preuves et de se développer. L'avènement de Mgr Cyr de Villers de Lafaye sur le siège épiscopal de Périgueux, en 1653, n'était pas de nature à les rassurer sur l'avenir de la Mission, comme on le vit bientôt, en suite du désintérêt qu'il parut afficher à l'égard du séminaire.

Mgr Cyr de Villers et le séminaire (1653-1667) Ce que fut l'attitude du nouvel évêque relativement au séminaire, nous le devinons aisément à la lecture d'une remontrance que Poncet Cluniac, peu après avoir abandonné direction de l'établissement, adressait, le 13 août 1665, à Élie de Juge, Vicaire général, et dont voici la teneur : Messire Poncet Cluniac, ci-devant supérieur du séminaire, habitant le lieu de la Cueille, écrit le notaire Paillet, nous a dit et remontré qu'ayant dirigé le séminaire de ladite ville pendant plusieurs années et eu même divers et longs procès pour retirer la rente dudit séminaire et pourvoir à son entretien et des autres personnes ou choses nécessaires à une telle maison, dans lesquels procès, parmi les autres peines que lui ont causé sans sujet les oppositions du sieur syndic général du Clergé, il a été contraint de donner des cautions pour les dernières sommes qu'il a reçues, qui demeurent responsables de tout ce que ledit remontrant aurait reçu au-delà des susdits entretiens, justes salaires, frais et réparations, faites par lui audit séminaire, et quoiqu'il ait fait tous ses efforts ---------------------------------------- 53) Voir notre étude sur Saint Vincent de Paul et le Périgord (Annales de la Congrégation de la Mission, 1950, 187-191) ; Coste, Corresp., IV, 184-185). [79] pour pouvoir rendre compte de son administration et qu'il se soit adressé pendant plusieurs années et à diverses fois à Monseigneur l'évêque du présent diocèse pour le prier avec toutes les soumissions possibles de lui vouloir donner des auditeurs de comptes, et lui taxer sa pension honnête, entretien et salaire, celui d'un prêtre son coadjuteur, en ladite direction, ceux de trois valets et autres choses nécessaires pour faire subsister l'ordre dudit séminaire. Cependant Monseigneur l'évêque a toujours remis ledit remontrant de temps à autre, et le respect qu'il doit à Sa Grandeur l'ayant longtemps empêché de lui faire porter des actes par un notaire, et Elle pendant ledit temps d'étant transportée à Paris pour pourvoir à des importantes affaires, ledit remontrant s'est vu contraint de s'adresser audit sieur vicaire général : Premièrement, par de très humbles et verbales requêtes, le suppliant souvent durant plusieurs mois de lui donner moyen, vue l'absence de mondit Seigneur, de rendre ses comptes, et du moins de lui faire ou obtenir de Sa Grandeur les taxes des susdits entretiens et salaires sur lesquels il pourrait dresser nettement ses comptes, ce qu'il a longtemps attendu avec espérance de quelque fruit, fondée sur les paroles et ordres d'attendre donnés par mondit sieur vicaire général ; Secondement, afin d'arrêter plus efficacement les plaintes et menaces que les susdites cautions font audit remontrant de l'actionner pour l'obliger de travailler à leur décharge, il s'est adressé par requêtes et instances judicielles à la Chambre du Petit Bureau, président mondit sieur vicaire général pour y obtenir, vue l'absence de mondit seigneur l'évêque la même audition de ses comptes et taxe susdits, nécessaire pour les dresser, ce qui ne lui a pu encore obtenir aucun effet, et oblige ledit remontrant pour n'omettre aucune voie à lui

possible et n'être en demeure de s'adresser extra judiciellement audit sieur vicaire général pour le supplier comme il fait par ces présentes de lui vouloir taxer les entretiens et salaires que dessus, attendu l'absence dudit Seigneur Évêque, aux fins qu'il puisse dresser ses comptes et puis les rendre devant lui ou tels auditeurs qu'il lui plafra de lui donner, comme il le supplie par les mêmes présentes, et de considérer que ledit remontrant ayant été mis hors du séminaire depuis plusieurs mois sans aucune valable décharge ayant des comptes de quinze années à rendre, dont les mémoires et preuves se peuvent perdre, étant pressé par des cautions qui sont prêts à l'actionner pour le contraindre de pourvoir au plus tôt à leur décharge, il ne peut demeurer plus longtemps en cet état, et que, quand il voudrait risquer ses propres intérêts, il ne peut sans blesser la fidélité et la justice laisser en danger ceux de ses cautions, et partant supplie instamment mondit sieur vicaire général de lui accorder les susdites taxes et auditions, et en tant que besoin serait, il le somme par ces présentes, et, en son refus, proteste de se pourvoir par les remèdes du droit et autrement, ainsi qu'il verra bon être à faire, et de tous ses dépens, dommages et intérêts desquels il proteste par exprès, dont et de tout ce que dessus ledit sieur Cluniac m'a requis acte que lui ai concédé sous le scel royal et de le vouloir notifier audit sieur Juge, vicaire général, ce qui lui a été pareillement accordé. Cette remontrance resta sans réponse, puisque le 20 août suivant, Poncet Cluniac la renouvelait au vicaire général, et en des termes identiques. Nous en ignorons le résultat. [80] Grâce à ces documents, il est loisible, ce semble, de suppléer aux lacunes de l'histoire du séminaire et par contrecoup à celle de la Mission. On peut en inférer d'abord, qu'après un beau départ pendant l'épiscopat de Mgr de Brandon, le séminaire tomba, les années suivantes, dans un état bien précaire. Le personnel dirigeant suffisait à peine à sa tâche ; Poncet Cluniac remplissait à la fois les fonctions de supérieur et d'économe, secondé par un seul collaborateur, et, pour l'entretien matériel, par trois domestiques. Un Bureau avait été constitué, chargé en principe de l'administration du temporel, mais il ne prit pas son rôle au sérieux. Le plus grave peut-être fut que Mgr Cyr de Villers de Lafaye ne parut pas visiblement soucieux de la prospérité de cet établissement pourtant si indispensable pour la formation de son clergé. La nature des doléances exprimées par Poncet Cluniac, et le fait que l'anarchie dans l'administration remontait à une quinzaine d'années, le démontreraient à l'évidence. On remarquera d'ailleurs que l'évêque tint un synode en juillet 1654, et publia deux ordonnances en 1656 et 1659 ; or, à l'encontre de ce que fit son prédécesseur, il n'y est pas fait la moindre allusion au séminaire. L'avait-il vraiment à cœur? Cette indifférence ou désaffection de Mgr de Villers à l'égard de son séminaire, il semble bien qu'il l'ait reporté sur le supérieur lui-même et par contrecoup sur la Mission à laquelle Cluniac appartenait et dont il était l'un des membres principaux, puisque, à la

fin de cette même année 1665, il allait en prendre la direction, après la mort de Jean de la Cropte. Nous ne savons pour quelles raisons précises Poncet Cluniac dut résilier ses fonctions de supérieur de séminaire au début de 1665 (54) Fût-ce par découragement et de son plein gré, ou sur injonction de Mgr de Villers, fatigué des justes et nombreuses réclamations du supérieur, et qui lui étaient comme un reproche? La seconde hypothèse paraît plus vraisemblable ; c'est ce qu'insinuent les termes de la précédente remontrance, où on lit : ledit remontrant ayant été mis hors du séminaire depuis plusieurs mois... De plus, pour remplacer Cluniac dans la direction du séminaire, au lieu de faire appel à un autre membre de la Congrégation de la Mission, l'évêque choisit un prêtre du diocèse, Nicolas Dumazeau, curé ou vicaire perpétuel de Montrem (55). Ce dernier resta en fonction jusqu'à l'arrivée de Mgr Guillaume Le Boux, qui, en 1667, succéda à Mgr de Villers. ------------------------------ 54) Au début de 1665, Cluniac exerçait encore ses fonctions de supérieur (Cf Répertoire des minutes de Roubert), et Jean de la Cropte, à qui il devait succéder comme supérieur de la Mission, était encore en vie. 55) Nicolas Dumazeau dirigea le séminaire en 1666-1667 (Cf Rousseau, 18 mai 1666 ; Maigne, 3 sept.1666). Le 7 mai 1667, il prêcha le 5ème jour de l'octave des fêtes de la canonisation de St François de Sales, comme supérieur (Arch. de la Visitation, Circulaires, I, 179). Le 5 nov. 1674, Nicolas de Labrousse, abbé de Peyrouse, résigna en sa faveur la dignité de chantre de la Cathédrale. Dumazeau était alors chapelain de la chapellenie de St-Pierre du grand séminaire (Paillet, 5 nov. 1674). En 1675, il résigna sa cure de Montrem, résignation qu'il révoqua peu après. Cette cure était possédée, en 1681, par François Dumazeau, clerc tonsuré (B.H.A.P.,1889,337). Nicolas Dumazeau mourut le 15 janv.169i, et fut enterré le lendemain au chapitre (A.D., E supp. 5 ;.C., GG 77). Mgr Guillaume Le Boux et la Mission Mgr Le Boux fut l'un des prélats qui contribuèrent le plus à la réorganisation du diocèse. L'année même de son arrivée dans sa ville épiscopale, il réunit un synode diocésain, le 8 novembre 1667, où il s'en prit de suite aux abus les plus criants et les plus urgents. La question du séminaire et du recrutement de son clergé fut l'une de ses premières préoccupations. Il pouvait parler d'expérience, car il appartenait à cette Congrégation de l'oratoire, qui, dès les débuts de la réforme religieuse du XVIIème siècle, s'était appliquée concurremment avec les Instituts de Monsieur Vincent, de Monsieur Olier, et d'autres encore, à la fondation des séminaires et à leur organisation. Dès lé début de son épiscopat, il manifesta clairement son intention de s'appuyer sur la jeune Congrégation de la Mission de Périgueux pour la formation et éducation du Clergé diocésain. Une de ses premières mesures fut de remplacer, en 1668, le supérieur du séminaire, Nicolas Dumazeau, par un membre de la Congrégation de la Mission, Jacques Chabanier, sans doute présenté par Poncet Cluniac, supérieur de la Mission. [81]

Et, lorsque les travaux exécutés à la Mission, furent assez avancés pour que le séminaire diocésain pat être transféré dans les locaux nouvellement bâtis, il décida ce transfert, et, par acte du 24 septembre 1672, il confia officiellement à la Congrégation de la Mission la direction à perpétuité du grand séminaire. (56) Une nouvelle phase de son histoire s'ouvrait pour la Mission. Le séminaire s'appela désormais la Mission, ou encore La Grande Mission, quand furent fondés les petits séminaires de Bergerac et de Périgueux, connus sous le nom de Petite Mission. Cependant, il fut désigné encore parfois sous le nom de séminaire de la Cueilhe (57) Donner le titre de Mission aux séminaires et même aux collèges n'avait rien de surprenant. Ainsi, lorsque fut établi le collège de Périgueux, le 9 octobre 1592, le nom de collège remplaça celui de Mission, qui figure encore dans les Lettres annales de 1591-1592 ; le supérieur de la mission s'appela désormais le recteur du collège (58). A Limoges, l'évêque François de la Fayette tenta de fonder, en 1657, avec l'aide du prêtre Martial de Maledent de Savignac, un séminaire dit de la Mission (59). Ce séminaire garda longtemps cette ------------------------------- 56) La seule trace que nous ayons trouvée de cette union, en dehors des affirmations des historiens locaux, est dans le "Mémoire pour M e Grégoire Roche.., syndic de la mission et séminaire de Périgueux" où on lit : "La congrégation des ecclésiastiques missionnaires fut établie en la ville de Périgueux par monsieur l'évesque du diocèse, confirmée par lettre patente du mois de may 1651, et en 1672 le successeur dud. évesque les chargea de la direction de son séminaire" (B.N., N. acq. fr. 22296, f 61). 57) A.C., BB 38. 58) B.H.A.P., 1927, 85. 59) Degert, op.cit., I, 272. [82] dénomination. Quand, en 1759, les missionnaires de Limoges donnèrent une mission à St-Martial d'augignac, le curé Roussel notait dans son registre paroissial : "Il y eut une mission dans cette paroisse donnée gratis par feu M. de Servientis, supérieur du séminaire de la Mission de Limoges.. " (60). La question du transfert du séminaire à la Mission nous amène à nous demander à quel endroit précis se trouvait établi le séminaire des Ordinands aménagé par Mgr de Brandon, et dont Cluniac avait longtemps exercé la direction? Un fait paraît certain : ce séminaire ne se trouvait pas situé dans les dépendances immédiates de la Mission, mais en un lieu distinct. On lit, en effet, dans un acte reçu Maigne, en date du 16 août 1662 : "Au lieu de la Mission ont été présents Messire Jean de la Cropte habitant dudit lieu de la Mission, et Messire Poncet Cluniac, supérieur du séminaire dudit Périgueux et y habitant. " (61). Par ailleurs, avant l'union du séminaire à la Mission, des travaux sont effectués dans les

locaux du séminaire, sans que les documents qui les mentionnent, comme ils le feront plus tard, fassent aucune allusion à la Mission. Ainsi, le 12 juin 1662, le supérieur Poncet Cluniac paie au maçon Tempoure les réparations effectuées aux murailles du jardin du séminaire (62). Le successeur de Cluniac, Nicolas Dumazeau, passe un acte, devant maître Maigne, en la ville de Périgueux, maison du séminaire de ladite ville (63). Le séminaire était donc distinct de la Mission. Quant à situer exactement le lieu où il se trouvait, nous croirions volontiers, faute de documents explicites, que c'était dans l'ancienne maison abbatiale, auprès de la Cathédrale Saint-Front. C'est là, en effet, que Mgr de la Béraudière avait installé le premier séminaire de 1628. Et c'est sans doute ce même établissement qu'au dire de Pierre de Bessot, M. de Bassancourt avait rétabli et restauré ; on ne voit pas d'autre bâtiment, qui ait pu servir à cet usage. Le transfert du séminaire à la Mission dut s'effectuer en 1672 ou peu après. En 1676, c'était chose faite, car, dans un acte reçu Rousseau, du 13 décembre 1676, il est spécifié que le maçon Antoine Montastier continuera la construction de la Mission de la même manière qu'il a fait dans l'appartement du séminaire. Ce qui nous apprend également, que les Missionnaires avaient interrompu les travaux destinés à la Mission pour faire effectuer d'abord ceux du séminaire. Histoire succincte de la Grande Mission L'histoire de la Grande Mission se confondant désormais avec celle du grand séminaire de Périgueux, il ne paraît pas utile de répéter ---------------------------------- 60) A.D., E suppl. 813. 61) A.D., not. Maigne, 16 août 1662. 62) A.D., not. Maigne, 12 juin 1662. 63) A.D., not. Maigne, 3 juillet 1666. [83] ici ce que nous avons écrit dans l'histoire (manuscrite) du grand séminaire de Périgueux. Tout au plus dirons-nous succinctement ce qui intéresse plus directement la Mission. A la Grande Mission, sous la direction du supérieur de la Mission, qui était souvent distinct du directeur du séminaire, vivaient en communauté les professeurs chargés de l'enseignement au séminaire, et leurs confrères, une dizaine environ, affectés aux missions dans le diocèse. Supérieurs du séminaire

Au chapitre quatrième du premier livre de cette histoire, nous avons donné la liste des Supérieurs de la Mission. Après que le séminaire eût été confié à la Mission, le supérieur du séminaire était généralement celui de la Mission, parfois aussi l'un de ses confrères, qui prenait le titre de vice-supérieur. En nous basant sur de nombreuses pièces d'archives, on peut établir cette liste des supérieurs du séminaire, comme suit : 1 1650-1651 Bernard Codoing, lazariste 2 1651-1665 Poncet Cluniac, missionnaire 3 1665-1668 Nicolas Dumazeau, prêtre diocésain, 4 1668-1669 Jacques Chabanier, missionnaire 5 1669-1686 Poncet Cluniac ; Pierre Reynier, vice-supérieur 6 1686-1692 Pierre Reynier 7 1692-1695 Jacques La Serre 8 1695-1698 Pierre Reynier 9 1698-1704 Jean Carrier ; Pierre Heynier, vice-sup. 10 1704-1710 Jacques La Serre 11 1710-1713 Pierre Reynier 12 1713-1719 Joseph Soufron 13 1719-1724 Jean Fargeot 14 1724-1730 Joseph Soufron 15 1730-1739 Étienne Arnaut 16 1739-1741 Joseph Soufron ; Murat, vice-sup. 17 1741-1749 Étienne Arnaut ; Murat, vice-sup. 18 1749-1750 Étienne Murat 19 1756-1770 Gabriel Gontiir de Lalande 20 1770-1779 Joseph Joufre Desrivières 21 1779-1791 Léonard Linarès Les professeurs Jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, les professeurs n étaient pas nombreux, deux ou trois tout au plus, les études n'étant pas alors bien organisées. Dans le temps qui précéda la Révolution, le corps directorial comprenait avec le supérieur, deux professeurs de morale, un professeur d'ecriture-sainte, un maître des cérémonies et l'économe (64). Les maîtres préposés à l'enseignement des séminaristes semblent avoir été à la hauteur de leur tâche. Leurs cours, dont il reste de --------------------------- 64) Arch. du Sem. de Périgueux, Ms.

[84] nombreuses copies d'élèves dans les archives et les bibliothèques locales, témoignent d'une vaste culture, d'une science toujours au point et d'une doctrine sûre. Ce n'était pas sans mérite, quand on se reporte aux querelles théologiques et aux divers courants d'opinions du temps. Les professeurs de la Mission auraient pu tous contresigner ces dispositions testamentaires de l'un d'entre eux, Étienne Arnaut, supérieur de la Mission : Je déclare en premier lieu vouloir vivre et mourir dans la foi de la sainte Église catholique, apostolique et romaine, hors laquelle il n'y a point de salut, ayant toujours été soumis d'esprit, de cœur et de langage à toutes les constitutions des Souverains Pontifes, uni de sentiment au Corps de messeigneurs les évêques et, en particulier, à la Constitution Unigenitus, Dieu m'ayant fait la grâce d'avoir toujours été très opposé non seulement à la doctrine de Baïus, de Jansenius, de Quesnel et de leurs adhérents, mais encore aux autres nouveautés de ces derniers temps, lesquelles pendant tout le temps de ma vie je n'ai cessé de combattre et d'en éloigner les ecclésiastiques et les laïques, soit en public soit en particulier, et c'est pour moi une consolation bien grande de voir tous mes confrères dans les mêmes sentiments et les mêmes dispositions (65). De fait, on peut le constater dans les cours manuscrits, qui nous sont parvenus, les professeurs de théologie faisaient de la Constitution Unigenitus l'objet d'un long commentaire, où l'on sent la plus parfaite adhésion aux doctrines traditionnelles et aux directives du Saint-Siège. Rien donc d'étonnant qu'en 1747, dans une adresse au chancelier d'aguesseau, Mgr de Premeaux ait pu rendre ce témoignage au clergé formé par les missionnaires à Périgueux, qu'il se distinguait "surtout par une pureté de doctrine qui n'a jamais eu un instant d'altération" ; ce qui valut d'ailleurs au prélat et aux missionnaires les attaques les plus passionnées des Jansénistes (66). Les missionnaires de Périgueux ne déçurent jamais la confiance des évêques du diocèse. Ils donnèrent toujours les meilleures preuves de leur science, de leur piété, de leur savoir-faire, et ils marquèrent d'une forte empreinte le Clergé périgourdin de l'ancien Régime. Ils connurent cependant des détracteurs, non seulement les Jansénistes, mais d'autres encore. Mais quel est l'institut, qui n'en rencontre point à un moment ou l'autre de son histoire! Un certain abbé Durocher, curé de Bonnée en Orléanais, qui avait été au service de Mgr de Francheville, à Périgueux, écrivait, le 25 juillet 1721, à l'abbé de Mèredieu, official : Je n'ai pas lieu de croire que le sieur Coignet revienne en place ; au contraire, je crois qu'on fera à Périgueux comme on a fait ici, savoir que le séminaire ne sera composé que de Sulpiciens. Je compte d'apprendre qu'on aura balayé tout le Séminaire appelé la Mission. Et comme Mgr d'argouges, l'évêque nommé, qui a été vicaire général à Orléans, attend ses bulles, l'abbé Durocher se fait fort de lui donner à son départ une idée du Périgord

(67). -------------------------------- 65) A.D., not. Lavavé, 30 juillet 1749. 66) Nouvelles ecclésiastiques, 26 juin 1763. 67) Arch. de l'évêché de Périgueux : Documents du chan. Entraygues sur Mgr de Francheville. [85] Il faut croire que Mgr d'argouges ne se laissa guère impressionner par ce qu'on put lui dire, et que sur place il jugea mieux de l'inanité des critiques portées contre les missionnaires, car rien ne fut changé au séminaire de Périgueux, et la Mission mérita le confiance du nouvel évêque, comme elle avait mérité celle de ses prédécesseurs. Ouvrages publiés par la Mission Les nécessités de l'enseignement et du ministère amenèrent les Missionnaires à composer un certain nombre d'ouvrages, soit à l'usage de leurs séminaires ou du clergé, soit pour le ministère des missions paroissiales. Les plus connus de ces ouvrages sont la série des Conférences ecclésiastiques, et la Théologie dite de Périgueux. Les Conférences L'Assemblée générale du Clergé, tenue à Mantes, le 12 avril 1641, avait invité les prélats à faire concerter les conclusions certaines de la théologie morale, afin que les résolutions qui seront formées par les docteurs commis pour cet ouvrage, soient après recueillies en un corps de théologie morale, et publiées en latin par quelqu'un d'entre eux, avec l'approbation des prélats (68). Retenant cette idée, en de nombreux diocèses l'usage s'introduisit de traiter de sujets de sciences ecclésiastiques dans des réunions périodiques de clercs, appelées Conférences ou encore Congrégations. Les Conférences du mardi, à Saint-Lazare, en usaient de la sorte, du vivant de Monsieur Vincent, et bien des prélats, qui y avaient participé, comme Mgr de Brandon, introduisirent cette coutume dans leurs diocèses (69). Les Missionnaires de Périgueux publièrent, de 1683 à 1697, cinq volumes des conférences, qui s'étaient tenues en Périgord, et dont voici les titres : 1er vol. - Conférences ecclésiastiques du diocèse de Périgueux, sur l'usage des sacrements. 1ere partie. (publiées à Paris, chez François Muguet, an M.DC.LXXXIII). - Ce volume contient six conférences. 2ème vol. - Même titre ; Seconde partie ; même date. Ce volume va de la 7ème à la 12ème conférence. 3ème vol. - Continuation des conférences ecclésiastiques du diocèse de Périgueux sur la

piété chrétienne, avec des remarques et quelques questions qu'on a omises dans la première partie. - Troisième partie. (Paris, Muguet, M.DC.LXXXIV). Ce volume contient sept conférences. Ces trois volumes, dont les deux premiers sont attribués au missionnaire Jacques La Serre, furent publiés par ordre de Mgr Le Boux. Son successeur, Mgr de Francheville, jugea opportun de poursuivre la publication de ces conférences, pour suppléer à ce qui manquait ------------------------- 68) Mémoires du Clergé de France, I, col. 636, 637 ; XIV, col. 214-215. 69) Voir les Ordonnances de Mgr de Brandon, p.25 ; Riboulet, Etude historique sur Mgr Guillaume Le Boux, p. 38. Ce genre de conférences existait depuis longtemps déjà à Bordeaux. Cf. Abelly, La vie de St Vincent de Paul, II, 325. [86] aux autres. Ces deux petits volumes que nous vous présentons, écrit le prélat dans la préface du quatrième volume, étant joints à ceux que notre digne prédécesseur avait publiés, vous fourniront un corps de Morale, qui vous réunira tous dans cette uniformité de sentiments, qui est si nécessaire pour travailler avec succès. Nous espérons de votre zèle que vous les recevrez avec la même ardeur que les précédents : vous êtes sars d'y trouver la même pureté dans la doctrine, la même solidité dans les raisons qui l'appuyent, et la même clarté dans la méthode. Tout y est fondé sur l'écriture-sainte, sur la tradition, sur l'autorité des Pères et des canons de l'église. Ces deux nouveaux volumes avaient pour titre : 4ème vol. - Conférences ecclésiastiques du diocèse de Périgueux sur la morale chrétienne, divisé en trois parties, qui sont marquées par les paroles de St Paul : "Ut sobrie, juste, et pie vivamus" (Tit. 2). - Chez Louis Guérin, Paris, M.DC.XCVII. 5ème vol. - Même titre ; même année ; même libraire. Ce volume contient la 2ème et 3ème partie (70). La Théologie de Périgueux Cette Théologie, dont la rédaction est attribuée au missionnaire Jacques La Serre (71), comprend six volumes : quatre de morale, et deux de dogme. La morale fut publiée par ordre de l'1gr Le Boux, et la dogmatique par ordre de Mgr de Francheville. Les quatre volumes de morale furent édités à Paris, chez Louis Guérin. La Iere édition est de 1693. L'ouvrage fut réimprimé en 1720 ; à ce moment-là, les deux premiers volumes en étaient à la troisième édition, les deux derniers à la seconde. Ces quatre volumes portaient comme titre : Theologia moralis, jussu et authori tate Illustrissimi ac Reverendissimi Episcopi Petrocorensis,

ad usum sui Seminarii édita. Tome 1. - De legibus, de censuris, de actibus humanis et de virtutibus theologicis in particulari. Tome 2. - De virtutibus, vitiis et peccatis. Tome 3. - De sacramentis in genere, de baptismo, de confirmatione et de Eucharistia. Tome 4. - De sacramentis poenitentiae, extremae unctionis, ordinis et matrimonii, una cum tractatu de beneficiis et sanctificatione festorum. " Les deux volumes de dogme étaient ainsi libellés : "Theologia speculativa et dogmatica, jussu et authoritate lllustrissimi ac Reverendissimi Episcopi Petrocorensis ad usum sui Seminarii edita. -------------------------------- 70) Cet ouvrage parait assez rare ; on en trouve difficilement des exemplaires ; il en existe un aux archives départementales de la Dordogne, fonds de Valbrune (M. I, 4). 71) Le moraliste P. Collet, lazariste, semble connaitre le nom de l'auteur qu'il appelle de Serres (Vie de St Vincent de Paul, I, p.ix, n.k) [87] Tome 1. - De Deo uno, De visione Dei, De scientia et voluntate Dei, fie Trintate. Tome 2. - De incarnatione Verbi divini, De gratia, De angelis, De homine. Ces deux volumes furent également édités à Paris, chez Louis Guérin, en l'an 1700. L'impression fut terminée le 29 août 1699 ; l'approbation est du 3 juillet 1698, signée en Sorbonne par C. de Precelles ; la lettre d'introduction est du 21 mars 1699. Cette Théologie de Périgueux ne semble pas avoir eu toute l'importance que les écrivains locaux lui attribuent volontiers (72). Elle ne fut guère utilisée qu'au seul séminaire de Périgueux, et encore vraisemblablement pour peu de temps ; même après sa publication, les professeurs du séminaire continuèrent à rédiger et à dicter leurs propres cours, au moins à partir de 1733, date du plus ancien manuscrit de cours que nous avons pu trouvé (73). Autres ouvrages Eliminons d'abord deux ouvrages, qui ont été attribués à tort aux Missionnaires, et qui sont l'œuvre de Denis Amelote, le célèbre Oratorien ; il les composa pendant son séjour à Périgueux, à la demande de Mgr de Brandon. Ce sont les deux suivants : 1 "Avertissement aux Confesseurs, dressé par le commandement de Monseigneur l'evesque de Périgueux pour tous les prestres de son Diocèze" (Périgueux, Pierre Dal vy, 1650). Une seconde édition en fut faite par ordre de Mgr Le Boux, en 1679, sous ce titre : "Avertissement aux confesseurs, par le commandement de Mgr l'illustrissime et Révérendissime Guillaume Le Boux, évêque de Périgueux..., pour servir de règle à tous les prêtres, tant séculiers que réguliers de son diocèse, pour la direction des consciences" (Périgueux, P. Dalvy, 1679).

2 "Avertissement aux Prédicateurs tiré des SS. Conciles et des Pères principalement des Instructions du grand saint Charles de Boromée par le commandement de Monseigneur Philibert Brandon, Evesque de Périgueux" (Périgueux, P. Dalvy, 1650). Parmi les autres ouvrages, que l'on attribue communément aux missionnaires, on peut citer : 1 "Discours et méditations composées par ordre de Mgr l'évêque de Périgueux pour l'usage des retraites de son diocèse (2 vol., Paris, chez Louis Guérin, 1699). Cet ouvrage attribué à Jacques La Serre, et le suivant, furent publiés par ordre de Mgr Daniel de Francheville, qui, on le sait, développa l'œuvre des retraites spirituelles dans son diocèse. Le Journal des Savants pour l'an M.DC.XCIX en a ainsi rendu compte : Un des soins que Mgr l'évêque de Périgueux a pris pour la conduite de son diocèse a été d'instituer les retraites pour les fidèles ------------------------ 72) Cf. Degert, op.cit., II, 215 n. 6. St Alphonse de Liguori, dit-on, aurait cité plusieurs fois cette théologie. Nous avons dit que Collet la connaissait. 73) A la bibliothèque de la ville de Périgueux, Ms 113. [88] de toutes conditions et de tous états. Un grand nombre de gentilshommes et de Juges sont entrés dans ce dessein, et se sont enfermés dans le Palais de l'évêché, pour chercher Dieu dans la solitude et le silence et pour s'y instruire de leurs devoirs. M. l'évêque de Périgueux voulant introduire ce saint usage dans les Paroisses de la campagne, a ordonné que les Archiprêtres s'assembleraient au temps de Carême pour présider à ces retraites pendant trois semaines, et a prescrit l'ordre qui y serait observé. Il a fait composer des discours contenus dans ces deux volumes, dont les Archiprêtres se pourront servir pour expliquer les vérités de la religion à ceux qui seront en retraite, et leur a marqué les lectures que ces derniers y pourront faire. Il y en a quatre pour chaque jour, une de l'ancien Testament, une du Nouveau, une du livre de l'imitation de J.C. et une du Guide des pécheurs de Grenade (74). 2 "Sermons ou entretiens sur les plus importantes vérités de la morale à l'usage des missions et des retraites, composés par l'ordre de Mgr l'évêque de Périgueux, avec un abrégé de chaque discours en forme de méditation (2 vol., Paris, chez Jean Guilletat, 1701). 3 "Instructions en forme de catéchisme sur les Indulgences et sur le Jubilé, imprimées par ordre de Mgr l'lllustrissime et Révérendissime Jean-Chrétien de Macheco de Premeaux, évêque de Périgueux, à l'usage de son diocèse". La deuxième édition fut imprimée à Périgueux, chez Pierre Dalvy, en 1751 ; la lettre préface de l'évêque est du 16 octobre 1745. 4 "Instruction en forme de catéchisme sur l'obligation et la manière de sanctifier les jours du dimanche et de fêtes, et les différents temps de l'année selon l'esprit de l'église, publiée et

imprimée par l'ordre de Mgr l'évêque de Périgueux, à l'usage de son diocèse" (Périgueux, P. Dalvy, 1760). 5 "Cantiques spirituels sur divers sujets importants de la morale et de la religion chrétienne, avec des Noëls, et les prières du matin et du soir, tant à l'usage des missions, des retraites et des catéchismes". Ce petit volume, sans date, fut publié à Périgueux, chez la Veuve Dubreuilh. Un exemplaire, à la bibliothèque du grand séminaire de Périgueux, nous donne une table manuscrite des airs des cantiques, où l'on voit que nos braves missionnaires, comme ceux de leur temps, n'étaient pas trop chatouilleux sur ce point. Qu'en en juge par ces quelques airs proposés : Charmante Gabrielle - C'est la fille à la Simonette - Dans ma cabane obscure - Sans un jardin, Colette - Des folies d'espagne - La bergère que je sers - L'amant frivole et volage Qu'aimez-vous, cœur insensible - Réveillez-vous, belle endormie - Riez sans cesse - Si tu voulais, Lisette - Tu croyais en aimant. etc. C'est probablement à cause de cela que dans la Congrégation de la Mission de Paris, ou des Lazaristes, le chant des cantiques pendant les missions fut longtemps proscrit ; on ne pouvait chanter que les commandements de Dieu, les litanies ou des chants latins. Vers le milieu du XVIIIème siècle, ils durent, sur les instances des curés et des évêques, céder à la mode, mais non à contrecœur. ---------------------------------- 74) Tome vingt et septième, Amsterdam, M.DC.XCIX, p. 756. [89] 6 "Cantiques spirituels sur plusieurs points de la religion et de la morale chrétienne avec des Noëls et l'exercice du chrétien, à l'usage des missions de Périgueux". Cet opuscule fut publié à Avignon, chez Antoine Nilon, en 1761. Les airs proposés pour le chant des paroles sont du même genre que les précédents : Jeunesse qui dans vos beaux ans - Charmant ruisseau - Vogue la galère - Réveillez-vous, belle endormie - Laissez paître vos bête, etc. On y voit même un acte de contrition se chanter sur un air de trompette". 7 "Prières à l'usage du petit séminaire de Périgueux (Limoges, Dalesme, 1789, in-32). 8 Après la Révolution, Jean-Baptiste Lasserre publia : Le philosophe chrétien ou Catéchisme philosophique de la religion, par L, prêtre du diocèse de Périgueux" (Agen, Currius, 1801). Comme on le voit, la plupart de ces ouvrages furent inspirés par les besoins du ministère. A part ceux de La Serre, ils n'étaient pas de nature à faire progresser la science ecclésiastique. Chapitre Troisième [90]

LA PETITE MISSION DE BERGERA Sa fondation En 1672, l'année même où les Missionnaires de Périgueux avaient été appelés par Mgr Le Boux à la direction du grand séminaire, les bénéfices de l'ancien prieuré de Saint- Martin et la cure de Saint-Jacques de Bergerac avaient été unis à la Mission. Fidèle à son dessein de s'appuyer sur la Congrégation de la Mission pour la formation de son clergé, Mgr Le Boux pria les Missionnaires de se rendre à Bergerac pour y étudier le projet de fondation d'un petit séminaire, le diocèse n'en ayant pas encore. Les Missionnaires s'empressèrent d'obéir, mais des difficultés surgirent qui ne facilitaient pas les négociations de la future fondation. Pour une affaire de privilège, les rapports entre l'évêque et les autorités civiles de Bergerac étaient devenus fort tendus. En août 1673, le prélat avait imposé pour les prédications de l'avent et du Carême un prédicateur de son choix, le missionnaire Poncet Cluniac, refusant d'approuver celui que, conformément à la coutume, les maire et consuls de Bergerac avaient élu. Devant ce refus de l'évêque, les autorités civiles avaient décidé de se pourvoir pour conserver le privilège et le droit de la communauté, et (elles) refusèrent de payer au prédicateur qui leur avait été imposé les 200 livres qu'on lui payait habituellement (75). Aussi, lorsqu'en mars 1674, il fut question que, d'après les instructions de l'évêque, les Missionnaires établiraient un séminaire de prestres dans la présent ville, et, cette fois encore, sans prendre le consentement de la communauté et la participation desdits sieurs maire et consuls, ce qui est contraire à l'usage des autres lieux où se font de pareils establissements (76), les consuls firent-ils une remontrance, et, à la majorité des voix, décidèrent-ils d'agir ainsi qu'ils verront estre affaire pour la conservation des droits de la communauté, et que les frais qu'il conviendra faire pour raison de ce soient alloués au compte dudit sieur recepveur (77). Cette petite guerre entre l évêque et les autorités civiles de Bergerac se prolongea plusieurs années durant. Elle se manifesta encore le 13 novembre 1674 et le 9 novembre 1675, toujours à l'occasion de la nomination du prédicateur (78). Finalement, sur l'intervention de M. de Sève, martre des requêtes et intendant de la province, il fut réglé, en 1678, que les maire et consuls seraient maintenus à nommer les prédicateurs de l'avent et du Carême, ce que l'évêque de Périgueux avait contesté depuis sept ou huit années, et que la rétribution des prédicateurs serait portée à 150 francs chaque année. -------------------------- 75) Les jurades de la ville de Bergerac, X, 69. 76) C'était aussi contraire à l'édit royal de 1666. 77) Jurades, X, 78.

78) Jurades, X, 103-104 ; 156. [91] A dater de cette époque, l'évêque donna son approbation au choix du prédicateur présenté par les maire et consuls (79), et le missionnaire Jean Carrier fut même choisi pour ce ministère, le 2 novembre 1681 (80). Profitant des meilleures dispositions des autorités civiles, Mgr Le Boux fit reprendre les négociations pour l'établissement d'un séminaire, et il put enfin conclure l'affaire, en 1682. Par lettres du 10 mai 1682, il érigeait un séminaire à Bergerac, près l'église St-Jacques, sous le nom de Petite Mission, en la dépendance de celui de Périgueux, uni à la même Congrégation, avec cette condition que les nouveaux prêtres du diocèse y pourraient être perfectionnés aux fonctions de leur ministère (81). Cette même année 1682, la vicairie perpétuelle des deux paroisses de St-Martin et de St- Jacques fut également unie à la Grande Mission. Les Missionnaires prirent ainsi possession de l'église St-Jacques, et c'est dans ses dépendances qu'ils établirent leur communauté, le curé en étant le supérieur (82). Le 11 novembre 1682, le supérieur de la Mission, Poncet Cluniac, déjà connu des Bergeracois, fit le sermon sur l'exaltation de la Croix, érigée sur les ruines du temple de la R.P.R. (Religion prétendue réformée), démoli en exécution de l'arrêt du parlement de Toulouse, du 9 septembre 1682 (83). Un des premiers soins des Missionnaires fut de rebâtir l'église de St-Jacques qui, avec celle de St-Martin, avait été complètement détruite jusques aux fondemens, pendant les guerres de religion, vers 1561 (84). Mais, les choses n'allèrent pas sans de grosses difficultés. Dans un registre mémorial des RR. PP. Récollets de Bergerac, il est écrit à la date da février 1686 : Notre église a servi de paroisse à la ville. (En 1685), MM. de la Mission ayant obtenu du roi 4.000 livres, pour les aider à bâtir l'église Saint-Jacques qui est la paroisse de la ville, n'y ayant pas d'autres à présent, ces messieurs furent obligés d'en chercher une pour faire leurs fonctions. Ils empruntèrent la nôtre. Ils commencèrent à s'en servir le 2 juillet 1685. Leur église étant presque --------------------------- 79) Jurades, X, 222 ; Annales historigues.., p. 209-210. 80) Jurades, X, 265. 81) Jurades, X, 305. La Petite Mission de Bergerac était bien considérée comme une annexe de la Mission de Périgueux. On lit, par ex., dans un extrait des registres du Parlement, du 2 mai 1705 : "Entre M e François Desfarges, prêtre, syndic de la communauté du séminaire et mission de Périgueux et annexe de Bergerac, et en cette qualité prieur du prieuré St-Martin de Bergerac, etc." (A. D., VII G 10). 82) Jurades, X, 303.

83) Annales historiques, p. 213-214. 84) Jurades, IX, 329 ; X, 333. [92] achevée, elle tomba en 1686, ce qui fut cause que ces Messieurs demeurèrent plus longtemps dans notre église et n'en sortirent que le 1er jour de l'an 1688. Pendant tout ce temps, M. le curé faisait toutes les fonctions curiales dans notre église, non par droit, mais par emprunt (85). L'intendant Boucher, de son côté, fit octroyer plus tard à la Petite Mission la somme nécessaire à la construction d'un nouvel immeuble (86), probablement sur l'emplacement actuel du presbytère de l'église St-Jacques, où se tr6uvait alors établie la Mission. Dans un état des biens possédés par MM. les curés, et dressé vers 1791, on lit que les bâtiments de St-Jacques consistent en une église trop petite pour la population de la paroisse, une vaste maison curiale, dans laquelle logent le vicaire et les pensionnaires, au nombre d'environ 20, du collège anciennement établi en cette ville sous titre de Petit Séminaire (87). D'après l'inventaire du collège séminaire, établi le 16 juin 1791, il y avait un certain nombre de chambres pour les pensionnaires, dont presque toutes étaient à deux lits (88). De ces quelques documents, on peut déjà déduire que la Petite Mission de Bergerac n'était pas un petit séminaire proprement dit, mais beaucoup plus un collège, dont les élèves ne devaient pas être très nombreux. Il en était ainsi à la veille de la Révolution, et peut-être depuis toujours. L'inventaire du 16 juin 1791 précité, signale que 11 lits furent incendiés avec la maison destinée pour le collège, et ce à la fin de 1767. Les locaux de la Mission étaient cependant assez vastes pour pouvoir recevoir un plus grand nombre de pensionnaires. En 1808, en effet, lors de la reprise de la Petite Mission, on constatait que les bâtiments pouvaient abriter 80 élèves, dont 40 pensionnaires, plus le personnel enseignant et le clergé de la paroisse (89). Nous savons peu de choses sur les constructions et les aménagements opérés à la Petite Mission. Un document de 1760 fournit quelques détails. Il s'agit d'un procès-verbal de l'état d'une rue, près de la Mission de Bergerac, à la requête du procureur du roi, contre M. Lansade, curé de la ville et supérieur des autres prêtres de la Mission. M. Lansade avait demandé aux maire et consuls de former l'alignement de la petite rue qui descend devant la grande porte de l'église paroissiale et va joindre celle qui va au pont de la Mirpe et de là au petit port. Après délibération, l'assemblée des maire et consuls avait déclaré qu'elle donnerait volontiers les mains à l'alignement proposé, pourvu que M. le curé le fasse à ses dépens, et qu'il indemnise les particuliers qui se trouveront sur ladite ligne, et néanmoins que lorsque ledit sieur curé voudra former le susdit alignement, il sera tenu d'appeler les maire et consuls pour y être présents (90).

----------------------------------- 85) B.N., fonds Périgord, t.48, f 283 ; Jurades, X, 368. 86) B.H.A.P., 1932, 203. 87) A.C., Bte Y, N 21, cité par de Maynadier, p. 55. 88) A.D., Q 546. 89) Rocal, De Brumaire à Waterloo.., p. 184 n. 20. 90) Jurades, XII, 251. [93] M. Lansade reçut l'autorisation de procéder à l'alignement, le 24 décembre 1759. Mais, sur la plainte d'un sieur Pauly, qui s'estimait lésé par le plan adopté par les magistrats, au lieu du plan qu'il avait lui-même proposé (91), le Bureau des trésoriers de France, qui, au mépris des règlements de la voirie, n'avait pas été consulté, accusa les missionnaires de certaines entreprises, commises en faisantréformer l'ancienne rue qui traverse partie de leurs possessions et conduit à la rue appelée de Salargnes. Finalement, tout s'arrangea et les missionnaires furent laissés en paix. Les biens de la Petite Mission Outre ses revenus, la cure de St-Jacques, unie à la Mission, possédait un bien situé au Bout-des-Vergnes, et consistant en vingt-deux journaux de vignes, allées de charmes, grange, chai, maison de maître, de vigneron, chapelle, etc., et en deux pièces de prés de la contenance ensemble de quatre journaux moins onze escats (92). En 1699, le prieuré de St-Nicolas des Champs (ou de Peregrini), à Bergerac, fut incorporé à l'église St-Jacques. (93) La Petite Mission possédait de plus deux métairies à Prigoorieux ; deux picotins de terre et une maison au lieu du Mercadil ; le tènement de Guailhardel, en 1728, et celui de Malgourlat, en 1730 (94). Le prieuré de Bergerac avait la directe seigneurie de deux maisons jointes ensemble, situées au Mercadil de la ville de Bergerac, près la porte Longadoire (95). Dans la relation de son voyage en Périgord, fait en 1778, M. Latapie, inspecteur des manufactures, note que le bénéfice de St-Jacques vaut de douze à quinze mille livres (96). A la Révolution, le domaine du Bout des Vergnes fut estimé 11.000 livres, et vendu aux enchères pour 26.800 livres ; un pré, situé au lieu de La Fauril, d'environ huit pognerées, fut estimé 1.760 livres et vendu 4.300 livres (97). Les œuvres de la Mission Les missionnaires n'étaient pas nombreux, peut-être tout au plus deux ou trois. Ils s'employèrent naturellement à l'administration spirituelle de la paroisse, et à l'éducation

des quelques enfants, qui leur étaient confiés pour leurs études ou leur préparation lointaine à la cléricature (98). Comme nous l'avons dit, la Petite Mission était bien plus une sorte de collège qu'un séminaire. Dans un acte reçu Jaly, du 13 ------------------------------ 91) A.D., B 1787. Ces deux plans sont annexés au dossier de l'affaire ; nous reproduirons celui qui fut accepté par les magistrats. 92) A.D., Q 510 ; de Maynadier, op. cit. 56 ; Jurades,X1V,72. 93) A.D., not. Chaminade, 2mars 1760 ; B.R.A.P., 1905, 132. 94) A.D., B 1763, 1765, 2072, 2073. 95) A.D., not. Chinours, 5 avril 1764. 96) Jurades, XIII, p. xxx) 97) A.D., Q 511 & 512. 98) B.R.A.P., 1903, 241. [94] novembre 1766, le missionnaire Jean de Lansade est ainsi qualifié : écuyer, prêtre, docteur en théologie, curé de la ville de Bergerac et paroisse Saint-Martin son annexe, supérieur du Collège de la dite ville de Bergerac, demeurant dans la maison de la Mission d'icelle. A vrai dire, ce collège-séminaire ne fut jamais prospère, ni même suffisamment organisé. Les autorités civiles de la ville n'en avaient cure. En janvier 1737, le supérieur de la Mission, Louis de Froidefond, curé de St-Jacques, expose aux maire et consuls, qu'en conséquence des ordres du seigneur évêque de Périgueux, Mgr Macheco de Premeaux, il avait" commencé de faire enseigner le latin aux jeunes gens dans ledit séminaire, par un régent qui y est logé et nourri et auquel il fournit une chambre pour laditte classe (99)". Il demande à cause de cela que la ville voulut bien payer annuellement au séminaire et à perpétuité la somme de 250 livres par imposition (100). Après délibération du 16 janvier, le maire et les consuls concédèrent la subvention demandée, mais à condition que les régents seraient tenus d'enseigner gratis les jeunes gens de la dite ville qui n'auraient pas de quoi payer la rétribution accoutumée. Ils se réservaient, en outre, le droit de nommer les six enfants qui jouiraient de cette faveur (101), de même que le régent qui serait chargé de l'enseignement (102). Cette dernière clause fut, dans la suite, l'occasion de difficultés avec les autorités civiles. Une délibération des maire et consuls, en date du 25 février 1749, constate qu'au petit séminaire, il n'y a point de régent nommé par lesdits sieurs maire et consuls, soit dans ledit séminaire, soit dans cette ville, et qu'il ne s'en trouve même pas à présent de propre pour enseigner aux enfants les principes et les éléments de la langue latine ; en conséquence, il n'y avait plus lieu de payer la subvention annuelle de 250 livres (103).

Louis de Froidefond protesta contre cette décision, basée sur des faits inexacts et uniquement sur ce fait qu'aucun régent n'avait été soumis à l'approbation des autorités de la ville. Les maire et consuls reconnurent volontiers leur erreur, le 12 juin 1750, et voulurent bien convenir qu'en 1749, il y avait eu un régent, "qui enseignait dans ledit séminaire la jeunesse de cette ville, que même le supérieur d'icelui en avait fait venir un autre pour enseigner, qui y aurait resté, mais malade, pendant quatre mois, sans pouvoir enseigner, et obligé de se retirer, ce qui ne remplissant pas les vues de la communauté qui ne s'était engagée de payer qu'autant qu'il y aurait deux régents enseignants, l'un les hautes classes, et l'autre les basses, ce dernier devant être nommé par lesdits sieurs maire et consuls, suivant la délibération du 16 janvier 1737, et payé en conséquence de ladite somme, aux conditions y portées. -------------------------------- 99) Il s'agit du régent Dabadie, présenté le 12 mai 1736 aux maire et consuls (Jurades, XI, 409). 100) Jurades, XII, p. 2-3. 101) Dans les Jurades, t. XIl, les noms des enfants choisis sont souvent cités : Cf pp. 124, 139, 229, 263, 317, 330. 102) Parmi les régents désignés figurent Sicaire Bourgoin, missionnaire, et divers autres, même un diacre. 103) Jurades, XII, 82. [95] Ayant constaté que ces conditions n'avaient pas été remplies et donc que le paiement des 250 livres n'était pas da, néanmoins, la communauté, pour marquer son attention pour l'éducation (des enfants) et son zèle pour celui qui les enseigne, veut bien consentir que ladite somme soit payée au régent qui sera nommé par lesdits sieurs maire et consuls, dans la forme et aux conditions portées par ladite délibération de 1737, et qui enseignera dans ledit séminaire, lequel payement commencera à courir du jour qu'il entrera en fonction, outre laquelle somme lesdits sieurs maire et consuls règleront la rétribution des étudiants de cette ville, qui seront en estat de la payer, le tout à condition qu'il sera tenu d'enseigner six des jeunes gens de ladite ville, qui seront jugés par lesdits sieurs maire et consuls n'avoir pas de quoi payer, et qui lui seront par eux présentés, lequel régent ils pourront révoquer, et nommer à sa place tel autre qu'ils jugeront plus convenable (104). Ces décisions et ce constat sont révélateurs de l'état du collège-séminaire et de ses insuffisances, et il n est nullement étonnant que le subdélégué Guillaume de Biran se soit plaint de la médiocrité des études qu'on y faisait (105). L'attitude du supérieur de la Mission, après cette susdite délibération des maire et consuls, est également à noter, telle qu'elle est marquée dans le même document : Sur quoi, s'est présenté messire Pierre Desmarton, prêtre missionnaire, supérieur et syndic dudit séminaire, lequel après avoir pris lecture de la présente délibération, l'a acceptée, et promis de tenir un régent de la part dudit séminaire, à l'avenir, outre celui

que Messieurs les maire et consuls auront nommé, n'yen ayant pas actuellement de nommé par eux, se réservant néanmoins qu'au cas qu'il ne lui conviendrait pas, où à ses successeurs supérieurs syndics dudit séminaire, qu'il pourra renvoyer en avertissant lesdits sieurs maire et consuls quelques jours auparavant, sans qu'ils puissent rien prétendre n'y demander de ladite somme de deux cent cmnquante livres, qui sera imposée, pendant que dans ledit séminaire il n'y aura pas de régent nommé par lesdits sieurs maire et consuls, au moyen de quoi l'instance pendante devant mondit seigneur l'intendant, pour raison du payement desdites deux cent cinquante livres, pour ladite année 1748, demeure éteinte. Ces accords ne plurent guère au subdélégué Guillaume de Biran, qui écrivait, en 1754 : Il est à observer que par la convention faite entre la communauté de Bergerac et le séminaire, il est dit que le maire et les consuls nommeront le régent, qui sera d'ailleurs tenu d'enseigner six écoliers sans en prendre de rétribution. Les gens d'église, qui sont toujours désireux d'étendre leurs droits, s'avisent de changer les régents à leur gré, y établissent des clercs peu ou point capables et qui font leur séminaire en faisant la classe. Moyennant ce, la mission nourrit ces misérables régents, profite de la somme de 250 livres et de la rétribution que payent les écoliers : ce qui est un moyen sar d'avoir toujours de mauvais régents... Pour à quoi obvier, ---------------------------------------- 104) Jurades, XII, 96 ss. 105) Cf Barrière, La vie intellectuelle en Périgord, p. 24.

[96] il conviendrait que, suivant la convention faite, le montant de l'imposition fût

ordonné en faveur du régent sur les ordres qui seraient donnés par le maire et les consuls, visés du subdélégué" (106). Le collège-séminaire allait cependant tant bien que mal. En 1760, on y comptait une quarantaine d'écoliers latinistes, et, l'on s'aperçut, enfin, que deux régents ne suffisaient plus pour enseigner convenablement cette jeunesse. Les maire et consuls, après avoir fait passer un examen à quelques écoliers étudiants de la mission ou collège de cette ville, concluent : que deux régents ne peuvent pas être suffisants pour enseigner les six classes, depuis la sixième jusques à la rhétorique inclusivement, qu'à cet égard, pour l'utilité et avantage des sujets, il conviendrait qu'il y en eut un troisième, au moyen de quoi un chacun d'iceux ne serait chargé que de deux classes, ce qui paraîtrait convenir pour l'avancement des étudiants, et dans ce cas que l'assemblée ait à délibérer sur le prix et la finance qu'il conviendrait donner pour le troisième régent. Ce constat était plein de bon sens ; néanmoins, la communauté rejeta la proposition du troisième régent par sept voix contre six (107). M. de Tourny, intendant de la province, écrivait de Paris à M. Lansade, curé de la ville et supérieur de la Mission, son regret que, contre l'avis des maire et consuls, la communauté refusât de contribuer à l'établissement d'un troisième régent. Et, il ajoutait en post-smiptum : Je sens toute l'importance du troisième régent et si vous le désirez, j'écrirai à mon subdélégué de tâcher d'y engager la communauté de ma part (l08). Rien ne fut fait sans doute, car cet état de choses dura jusqu'à la Révolution. Dans un mémoire, adressé en 1780 à M. Biran-Lagrèze, subdélégué, par les maire et consuls, on lit qu'il n'y a dans la ville d'autre collège ou écoles publiques qu'un séminaire dans la maison presbytérale de la paroisse, où l'on tient seulement deux régents pour enseigner les humanités aux enfants de la ville et quelques pensionnaires du dehors.. Le curé lève seulement vingt-cinq pistoles sur la ville pour les deux régents qu'il tient dans son séminaire, qui sont toujours des ecclésiastiques ; cette somme annuelle s'impose au marc la livre de la capitation (109). Une décision de M. Esmangart, intendant de la généralité de Bordeaux, du 11 juin 1773, fixant le montant de la capitation à imposer, pour l'année 1773, sur la ville et communauté de Bergerac, prescrit l'imposition d'une somme de 250 livres en faveur du petit séminaire chargé de l'éducation de la jeunesse, laquelle somme sera payée au syndic dudit séminaire sur sa simple quittance (110). On n'avait donc pas tenu compte des suggestions du subdélégué, que nous avons rapportées plus haut. Autres œuvres L'enseignement n'absorbait pas toute l'activité de la Petite Mission de Bergerac ; il y avait surtout le service de la paroisse, -----------------------

106) Arch. Gironde, C 3078, cité par B.H.A.P., 1932, 204. 107) Jurades,X11,253. r08) A.D., B 1787. 108) Jurades, XIII,p. xx-xxi. 109) B.H.A.P., 1906, 281. [97] pour lequel les missionnaires s'assuraient le concours de leurs écoliers. Dans les registres paroissiaux de St-Jacques, on trouve fréquemment les noms d'étudiants du séminaire, pris comme témoins de mariages ou parrains de circonstance. Les missionnaires de Bergerac, peu nombreux, ne pouvaient guère s'adonner aux missions ; mais ceux de la Grande Mission de Périgueux vinrent souvent leur prêter main forte, notamment à l'occasion du retour à l'église des convertis du protestantisme. Dans les procès-verbaux des 857 abjurations de l'hérésie de Calvin, faites à Bergerac, du 27 août au 25 septembre 1685, par ordre du marquis de Louvois, on trouve la signature de plusieurs missionnaires : Jean Simon de Logerie, Jean Fargeot, François Truphy, Jean Carrier, Antoine Boissarie, Alain Desmartins, Elie Gontier, Poncet Cluniac (111). La Petite Mission eut aussi à s'occuper de l'établissement des Dames ou Sœurs de la Foi, fondé à Bergerac, le 22 avril 1681, et qui subsista jusqu'à la Révolution. Ils veillèrent aussi sur l'établissement des Sœurs de la Miséricorde, qui date de l'année 1741, et fut approuvé par Mgr de Premeaux (112). Le personnel de la Mission Le personnel de la Petite Mission ne paraît pas avoir été très nombreux. Les missionnaires étaient habituellement deux : le supérieur, qui était en même temps curé de la paroisse St-Jacques, et un confrère, qui servait de vicaire, mais vaquait aussi aux autres œuvres de la Mission. Le service paroissial employait d'autres vicaires du clergé local. Dans un Mémoire, dressé en 1780, par les maire et consuls, il est dit qu'à St-Jacques sont payés et nourris ordinairement quatre ou cinq vicaires, sans compter un missionnaire qui réside toujours avec le curé, ce qui revenait à 2.500 livres par an (113). La liste des supérieurs peut s'établir ainsi : 1682-1703 Philippe Dubernard 1703-1720 Jean Fargeot 1720-1748 Louis de Froidefond (114) 1748-1750 Pierre Desmarton 1750-1751 François Dalbavie 1751-1767 Jean de Lansade 1767-1791 Marc-Antoine Gontier de Montirat Parmi les missionnaires ayant travaillé à Bergerac, on connait les suivants :

-------------------------------- 111) Arch. hist. du Département de la Gironde, XXIV, 79 ss. 112) Bernaret, Tournées pastorales, Bergerac, p. 21-22. 113) Jurades, XIII, p. xvii ; Du Rieu de Maynadier, op. cit., 55. 114) Après la mort de Louis de Froidefond, le 5 octobre 1748, Pierre Desmarton ne fut pas curé, mais il fit desservir la paroisse jusqu'à la nomination de son confrère François Dalbavie. -------------------------- 1675 Desmartins 1704 Raynaud 1675 Cluniac 1704 Arnaut 1676-1703 Fargeot 1705 Maumont 1678-1679 Hévard 1705-1706 Vaysse 1679 Gontier 1706-1707 Lafon 1680-1681 Desfarges 1707-1710 Vatine 1679 Truphy 1708 Lamothe 1681-1685 Carrier 1708-1709 Puybertrand 1685 Boissavie 1711-1714 Macerouze 1685-1686 de Logerie l?i2 Deschamps 1689-1695 Roche 1712 Valen 1690-1695 de Logerie 1712 Puyrigard 1691-1693 Decebié 1714 Larivière 1693-1698 Deschamps 1715 Bosche 1693-1698 Dalbavie... 1694-1702 de St-Aulaire 1744-1748 Dalbavie 1696 Truphy 1749-1754 Martrenchard 1697-1701 Duvert 1749 Vergnes 1698-1700 Marot 1751-1754 Bourgoin 1698 Bissière 1756 Blois 1700 Desfarges 1757-1758 Linarès 1700 Picou 1757 de Labernerie 1701 Larivière 1701-1702 d'aydie 1773-1778 de Gastaudias 1701-1702 Dumonteil 1780 Lasserre-Bournazel 1702-1703 Truphy 1702-1703 de la Salle 1788-1791 de Gastaudias (115) 1702-1703 Deschamps 115) Cette liste a été établie d'après du Rieu de Maynadier, op.cit., p. 90-91. [98] Chapitre Quatrième [99]

LA PETITE MISSION DE PÉRIGUEUX Fondation Les historiens locaux attribuent communément à Mgr Pierre Clément (1703-1719), la fondation du petit séminaire de Périgueux (116). En 1714, il aurait uni à la Congrégation de la Mission la nouvelle fondation, à laquelle il avait assuré des revenus. Est-ce bien exact? Il nous parait certain que le séminaire existait déjà bien avant Mgr Clément, et que son origine remonte probablement à Mgr de Francheville. Le chanoine Entraygues écrit dans la vie de ce prélat : Le sieur Arnaut dirigeait le petit séminaire. L'évêque (Mgr de Francheville) l'avait installé tout près de la cathédrale, dans son palais qu'il n'habitait pas (117). Telle semble bien la vérité! Nous avons trouvé plusieurs documents, qui mentionnent l'existence du petit séminaire, dès le début du XVIIIème siècle. Faisant part des dernières recommandations de Mgr de Francheville, en la maison du petit séminaire, le 1er juin 1702, en présence de Pierre Léonard de Montozon, conseiller du roi et son avocat au siège présidial, de Louis de Mèredieu, avocat en la cour, et de Hélie Bouchier, procureur audit siège, le chanoine Jacques Coignet déclare et fait connaître et fait connaître les intentions de l'évêque : il voulait que ses dettes fussent acquittées préalablement à tout, parmi lesquelles il place celles qui ne pourraient être prouvées, savoir : 1 au sieur Arnaut, directeur du petit séminaire, 150 livres, pour avoir fait faire la galerie par la quelle on passe de l'évêché audit séminaire etc. (118). À dater de 1702, ne manquent pas les documents, qui montrent le petit séminaire en activité. En 1702 et 1704, est établi le titre clérical des clercs tonsurés Pierre Cheyrade, sieur du Chazeau, et de Sicaire Lafon, l'un et l'autre résidant actuellement au petit séminaire (19). A la date du 27 avril 1704, à l'occasion de l'exposition des reliques de Saint Jean et de Saint Hyacinthe, martyrs, on lit dans le livre prieural des Jacobins de Périgueux : Le lendemain, jour de lundy (28 avril), Messieurs les prêtres du séminaire ayant avec eux tous les ecclésiastiques tant du grand que du petit séminaire vinrent en procession, environ l'heure de la grand'messe qu'ils chantèrent à l'autel et au chœur ; la grande messe finie, nous les accompagnâmes jusques au bout de la terrasse ; ils ------------------------------------- 116) Sem. Rel. de Périgueux, 1872, 769 ; 1907, 242 ; B.H.A.P., 1898, 293. 117) Mgr Daniel de Francheville, 65 ; Jacques de Saint-Martin, Mgr. de Francheville, évêque de

Périgueux, Père des pauvres, p. 6. 118) A.D., not. Grandrieu, 1er juin 1702. 119) A.D., not. Grandrieu, 9 mai 1702, 22 février 1704.

[100] revinrent le soir avec la mesme cérémonie à l'heure des vespres qu' ils chantèrent

aussy, après lesquelles le supérieur fit la prédication, et ensuite un de ces Messieurs donna la bénédiction du T.S. Sacrement ; nous les accompagnâmes à la sortie comme nous avions fait le matin (120). Maître Dominique Dejean, syndic du chapitre cathédral, habitait au petit séminaire, à la date du 13 octobre 1705 (121). Jacques Coignet, chanoine de la cathédrale, passe un acte devant maître Rousseau, le 20 mai 1710, dans la maison du petit séminaire, où il résidait. Les Messieurs de la Grande et Petite Mission se rendent à la chapelle des Pénitents bleus pour y communier, au temps de la mission des RH.PP. Capucins, en 1711 (122). Le 22 septembre 1712, Pierre Arnaut, frère puiné du supérieur, acolyte, habitant au petit séminaire, fait établir son titre clérical (123). Enfin, dom Jacques Boyer, le collaborateur de la Gallia Christiana, dans la relation de son voyage en Périgord, à la date du 8 mai 1713, fait mention de M. Arnaut, théologal de Périgueux et supérieur du petit séminaire (124). La cause est donc jugée : le petit séminaire existait sans conteste avant 1714. Mais, depuis quelle date? Il semble, à défaut de document explicite, que nous n'avons pu trouver, que l'on puisse faire remonter la fondation avant 1702 et plus probablement en 1700. En 1699, en effet, les Dames de la Foi étaient établies dans les dépendances de l'ancienne abbaye de Saint-Front, où elles demeurèrent fort peu de temps, ayant acquis la maison du sieur Laborie Fricard avec toutes ses dépendances (125). Les missionnaires furent installés à leur place par Mgr de Francheville. Il est de plus probable que la déclaration du Roi, donnée à Versailles le 15 décembre 1698 et registrée au parlement le 31 décembre ait poussé Mgr de Francheville à entreprendre sans tarder l'institution d'un petit séminaire, et qu'il ait saisi l'occasion du départ des Dames de la Foi, pour établir cette œuvre dans une maison qui avait déjà servi de séminaire autrefois. Nous reviendrons dans un instant sur ce point. Dans cette déclaration le Roi disait : Nous avons favorisé les établissements de ces séminaires (126) dans toutes les occasions qui s'en sont présentées : et comme nous apprenons qu'il y a encore quelques diocèses dans notre royaume où il n'yen a point, et quelques uns où l'on en pourrait établir de nouveaux, pour élever dans l'état ecclésiastique de jeunes clercs qui n'ont pas d'eux-mêmes les moyens d'étudier..., Nous exhortons et néanmoins enjoignons ------------------ 120) A.D., cité par Sem.Rel.,I901,345. 121) A.D., not. Grandrieu, 13 octobre 1705. 122) Registre des Pénitents bleus, p. 306 (Arch. Evêché de Périgueux) 123) A.D., not. Rousseau, 22 septembre 1712. 124) Journal de voyage, p.307. 1259 B.H.A.P., 1875, 260.

126) Il s'agissait des petits séminaires "dans lesquels on pouvait élever les clercs dès les premiers temps de leur jeunesse". [101] par ces présentes signées de notre main, à tous les archevêques et évêques de notre royaume, d'établir incessamment des séminaires où il n'yen a point pour y former des ecclésiastiques, et d'établir autant qu'il sera possible dans les diocèses où il y en a déjà pour les clercs plus âgés, des maisons particulières pour l'éducation des jeunes clercs pauvres, depuis l'âge de douze ans, qui paraitraient avoir de bonnes dispositions pour l'état ecclésiastique, et de pourvoir à la subsistance des uns et des autres par union de bénéfices, et par toutes les autres voies canoniques et légitimes (127). C'est à l'occasion de cette déclaration du roi, qu'à Sarlat, Mgr de Bauvau ébaucha, en 1701, le projet d'un petit séminaire, projet qui fut abandonné à la mort du prélat, survenue le 23 octobre de la même année. Il eut été étonnant qu'un prélat de la qualité de Mgr de Francheville, ne se fut pas empressé d'obtempérer aux désirs du roi, et d'autant plus que le petit séminaire de Bergerac était pratiquement inefficace. L'affirmation des historiens locaux, attribuant à Mgr Clément la fondation du petit séminaire, est basée cependant sur des documents officiels. C'est cet évêque, qui obtint l'approbation officielle de l'établissement, en avril 1714. On lit, par ailleurs, dans les lettres royaux, approuvant à nouveau la fondation du petit séminaire, et données à Versailles, en mars 1730, à Mgr d'argouges : Notre ami et féal conseiller en nos conseils Michel Pierre Dargouges, évêque de Périgueux, nous a fait représenter qu'une de ses principales attentions depuis sa promotion à l'épiscopat a été de soutenir et de rendre de plus en plus utile le petit séminaire que notre ami et féal conseiller en nos conseils Pierre Clément son prédécesseur mandait avoir établi dans la ville de Périgueux suivant l'esprit du Concile de Trente et des conciles de la province de Bordeaux des années 1583 et 1624 ; ceux qui se destinent à l'état ecclésiastique y sont élevés dès leur plus tendre jeunesse sous les yeux de l'évêque et sous la direction des prêtres de la congrégation de la Mission qui ont aussi la conduite du grand séminaire pour les Ordinands, établi à Périgueux, et du petit séminaire qui est établi à Bergerac, où l'on enseigne depuis longtemps avec succès la théologie scolastique et depuis quelques années la philosophie, ce qui est d'autant plus avantageux qu'il n'y a point d'université qui ne soit éloignée de quarante lieues de la ville de Périgueux Et, après avoir tenu conseil, le roi dit approuver les lettres de son prédécesseur du mois d'avril 1714 portant établissement d'un petit séminaire dans note ville de Périgueux et les mêmes du 4 février dernier portant continuation du même établissement (128). Il reste à expliquer cette opposition entre les textes officiels et ce que nous savons par les autres documents précités. Les premiers déclarent le petit séminaire avoir été fondé en 1714 ; les autres, en prouvent l'existence au moins dès 1702.

------------------------ 127) Mémoires du Clergé de France, II, 606-607. 128) A.D., Gironde, I B 43, f 136. [102] La solution de cette énigme doit consister en ceci : le petit séminaire fut effectivement constitué par Mgr de Francheville vers 1700, mais avec des ressources précaires et sans pouvoir prévoir si l'œuvre prendrait racine. D'où il jugea prématuré d'en déclarer officiellement l'existence et de solliciter des lettres patentes pour son érection. Mgr Clément se trouvant en présence d'une institution viable, qui avait fait déjà ses preuves, consolida la fondation en faisant les démarches officielles qui assuraient l'existence du séminaire. Mgr Clément ne cessa, par la suite, de manifester un grand intérêt au petit séminaire. Dans son testament, rédigé le 29 juin 1716, il déclare : J'ai donné pendant ma vie mes livres au petit séminaire et plusieurs meubles, tant à la chapelle qu'ailleurs ; si un ouvrage si important venait à manquer ou si on se relâchait entièrement de l'ordre que j'y ai établi, ce qu'à Dieu ne plaise, je prie mon successeur médiat ou immédiat d'employer le tout en œuvres pies, car tel est ma volonté.. Et, plus loin : Je désire aussi qu'on fasse pendant trois ans dans le petit séminaire un service solennel pour le repos de mon âme, avec la décence possible. Mes héritiers paieront pour cela un honoraire dont on conviendra. Je prie mon successeur d'y tenir la main. Je prends la liberté de lui recommander le séminaire, et en particulier MM. Soufron et Arnaut comme deux personnes qui paraissent très nécessaires dans les présentes conjonctures (129). L'évêque désirait même être enseveli dans la chapelle du petit séminaire, ainsi qu'il le déclare encore dans son testament : J'ai désiré et je désire encore d'être enterré avec les pauvres, et dans le cimetière des pauvres. Cependant, après plusieurs remontrances, je consens, si mes héritiers le veulent, à être enterré dans la chapelle du petit séminaire En fait, le prélat fut enseveli dans la cathédrale Saint-Front, le 9 janvier 1719, devant l'autel de la chapelle des Agonisants (130) On aura remarqué dans les premières lignes citées de ce testament qu'en parlant du petit séminaire, le prélat dit textuellement : si on se relâchait entièrement de l'ordre que j'y ai établi. S'il avait été le fondateur du séminaire, il l'aurait certainement dit d'une manière ou d'une autre, et il semble bien, d'après ses propres paroles, que son rôle a consisté uniquement à mettre de l'ordre dans une maison qui laissait encore fort à désirer. A ce titre, pour tout concilier, et après avoir rendu à César ce qui est à César, nous le dirons volontiers comme le second fondateur du séminaire, puisqu'il en fut le restaurateur. Comme nous l'avons dit, le petit séminaire avait été établi par Mgr de Francheville dans

l'ancien monastère du Puy St-Front ; ces bâtiments vétustes dataient du XIème siècle ou XIIème ; ils avaient été tant soit peu restaurés à la fin du XVIIème siècle pour l'usage que nous avons dit. -------------------------------- 129) A.D., not. Rousseau ; Sem. Rel., 1872, 772, 130) B.H.A.P., 1898, 293. 131) B.H.A.P., 1898, 368 ss. [103] Ils se trouvaient au pied de la cathédrale, à l'endroit précis occupé actuellement par la place qui est au midi des cloîtres ; ils furent démolis en mai et juillet 1898. Ce sont ces mêmes locaux qui avaient abrité le séminaire des Ordinands, organisé par Mgr de Brandon, en 1649, avant son transfert à la Mission. Il existe encore aujourd'hui une Place de la Mission, au bas de Saint-Front, en face de la rue de la Constance, et, tout près de la cathédrale, la Rue du Séminaire, prenant naissance sur la place de la Clautre (132). Dans le récit de son voyage en Périgord, en 1730, le chevalier de Lagrange-Chancel observe que le petit séminaire au bas de l'évêché, joignant le grenier du chapitre, est bien mal placé (133). L'établissement était relié à l'évêché par deux petits ponts en bois et torchis, construits par M. Arnaut, dont l'un conduisait au palais épiscopal et l'autre à la chapelle (134). Ces deux ponts furent abattus, en 1793, et adjugés pour 200 livres à Poncet Pautard, de Périgueux (135). On avait transformé en chapelle pour le séminaire, qui en était séparé par une rue aujourd'hui supprimée, la vaste salle basse de l'ancien monastère, placée au sud du cloître. Sous le préfet Romieu, en 1835, cette chapelle devint un musée d'archéologie, et plus tard le prétoire de la justice de paix (136). Pendant la Révolution, on y avait logé la guillotine, qui fonctionnait sur la place de la Clautre (137). La chapelle fut démolie en 1903, et son autel placé dans l'église de la Cité. Le petit séminaire possédait un jardin, qui s'étendait jusqu'à la rivière de l'isle. Le 18 juin 1774, Léonard Montager, étudiant en quatrième, se noya dans la rivière de l'isle, joignant le jardin du petit séminaire (138). Vers le milieu du XV1Ileme siècle, la Petite Mission fit l'acquisition de plusieurs maisons dans le quartier de Saint-Front. Etait-ce en vue de transporter ailleurs, plus tard, les pénates du séminaire? On ne le sait. Le 4 mars 1769, le missionnaire Guillaume Gintrat donne à M. de Lalande une maison située au quartier Rue neuve, vis à vis la place dite la Coufourche, au dessous le petit

séminaire, et attenant à la maison de M. Garde de Beaurouchou, acquise par Étienne Arnant, le 28 avril 1728. Le 25 avril de la même année, de Lalande achète pour 3.240 livres au marquis de Fayolle une maison sise dans le quartier Rue neuve, confrontant à la maison de M. La Roche Aymon du Breuil, rue Grand Rue. ------------------------------ 132) Benoit, La petite histoire de Périgueux, p. 285. 133) Dujarric-Descombes, Le chevalier de Lagrange-Chancel,p.36. 134) Audierne, Le Périgord illustré, p. 433. 135) A.D., Q 476. 136) A.M., 12 avril 1835 ; Benoit, op.cit., 157. 137) Voir B.H.A.P., 1898, 293 ; Sem. Rel., 1872, 793 n. 138) A.C., GG 136. [104] Le 27 juin 1774, le même de Lalande achète encore pour 900 livres une petite maison sise Rue neuve, confrontant sur le levant à la rue qui part de la place de la Clautre et se rend à l'hôpital Sainte-Marthe passant devant le petit séminaire, par côté du midi et sur le derrière à l'église et petite maison appartenant au petit séminaire. Le 9 mai 1775, de Lalande achète une maison dans le quartier Rue neuve, confrontant sur le devant à une petite rue qui part de la place de la Clautre passant devant le grenier du chapitre, et se rend à une autre rue qui de ladite place de la Clautre se rend à la porte Saint-Roch de deux parts au petit séminaire et de l'autre sur le couchant à la maison des héritiers du sieur de la Chapelle, et cela pour la somme de 1.000 livres (139). La proximité du petit séminaire et le groupement dans un même lieu de toutes ces acquisitions donnent un fondement plausible à l'hypothèse, que nous émettons cidessus. L'incommodité des locaux occupés par le séminaire, qui devenait de plus en plus prospère, a pu suggérer de chercher à bâtir sur un nouvel emplacement, près de la cathédrale. Les biens du petit séminaire Le petit séminaire avait quelques biens propres, distincts de ceux de la Grande Mission, bien qu'une portion notable des revenus de cette dernière fussent affectés à l'entretien de celui-là. Les deux séminaires, en effet, marchaient de pair, et ils avaient pratiquement les mêmes supérieurs et les mêmes administrateurs et syndics. Voici, par exemple, une décision capitulaire prise au grand séminaire et concernant le petit séminaire : Sur ce qui a été représenté par maître Étienne Arnaut, prêtre du présent diocèse,

économe du petit séminaire de Périgueux, disant qu'il est dû à Pierre Sonnier, marchand bourgeois et habitant dudit Férigueuax, la somme de six cent trente livres 16 sols pour reste de vente et délivrance de viande prise de sa boutique et ce depuis l'année mil sept cent trois pour l'entretien dudit petit séminaire établi dans ladite ville de Périgueux, et comme ledit sieur Sonnier demande à présent d'être payé de ladite somme ou qu'on lui donne une assurance valable, ledit sieur Arnaut requiert que Messieurs les directeurs du grand séminaire ayent à pourvoir au paiement dudit sieur Sonnier, et a signé : Àrnaut. Sur quoi nous soussignés sommes d'avis que M.Araaut, économe dudit petit séminaire et en ladite qualité consente en faveur dudit sieur Sonnier une obligation de ladite somme de six cent trente livres 16 sols, payable dans trois ans et en trois pactes égaux, à compter de la date desdites présentes, et s'obligera de payer l'intérêt annuellement, et pour cet effet obligera et hypothéquera tous les revenus du grand séminaire comme nous les affectons et hypothéquons par ces présentes pour le paiement desdites sommes et intérêts dans les susdits délais, et le présent acte lui servira de pouvoir et procuration pour consentir ladite obligation. Fait et arrêté par nous soussignés au grand séminaire, paroisse de la Cité, le vingt et huit février mil sept cent six : Lasserre, supérieur du séminaire J. Soufron Arnaut p.m. Reynier, p.m. (140) ---------------------------- 139) A.D., not. Lavavé ; tous ces actes sont de ce notaire. 140) A.D., nota Chartroule, 12 mai 1706. [105] On aura remarqué que cet acte est antérieur à 1714 et un nouvel argument en faveur de l'institution du petit séminaire par Mgr de Francheville ; il témoigne en outre de l'étroite dépendance, qui existait alors entre la Grande Mission et le petit séminaire, confié également aux missionnaires. Enfin, il se dégage aussi de cet acte que la situation financière du petit séminaire ne devait pas être bien assise, puisque, depuis 1703, il n'était pas parvenu à payer la note du boucher et que c'est le grand séminaire, qui doit la cautionner. Cette constatation est en faveur encore de l'hypothèse que nous avons émise : le petit séminaire n'était pas en état de pouvoir être reconnu comme un établissement à part, avec une existence légale autonome, mais il n'était qu'une sorte d'annexe de la Grande Mission. Parmi les autres biens, spécifiquement affectés au petit séminaire, nous avons pu relever les suivants : Un jardin enclos, situé sur la paroisse de Saint-Hilaire, près de la ville, et joignant la rivière de l'isle, dont le syndic Antoine Debort fit l'acquisition, le 17 janvier 1718 (141). Ce jardin fut adjugé, le 14 mars 1791, à Anne-Marie Chevalier-Chancel, pour la somme de 7.025 livres (142).

Un pré, situé près le Pont-Neuf, paroisse de Saint-Silain, qui fut estimé 2.500 livres (143). Un jardin hors la ville, le long de la rivière, avec une petite échoppe pour loger le jardinier, le tout affermé cent livres ; il fut estimé 2.500 livres (144). Une métairie, située à Boulazac, estimée 4.400 livres ; Le domaine du Giraudeau, sur la paroisse de Léguillac, comprenant une maison de maître, une métairie dite de Giraudeau, une autre métairie appelée de Jalabron, situées sur les paroisses de Léguillac, Mensignanc, Tocane, St-Aquilin ; un borderage appelé Serniscaud ; une pièce de pré, située au lieu de Chantegeline ; le tout estimé 26.400 livres. La métairie Bélinard, sur la paroisse de Léguillac, estimée 15.400 livres ; la métairie de la Pépinière, sur les paroisses de Léguillac, Beaulieu et Mensignac, estimée 10.500 livres (145). Une métairie appelée de Champniers, cédée au petit séminaire par Mgr d'argouges, le 1er janvier 1722 (146). Le prieuré de St-Médard-de-Gurçon, uni au petit séminaire par messire Jean-Joseph Le Normand, le 7 juillet 1739, union confirmée par lettres royaux de juin 1750 (147). Un borderage, appelé de Château-Landry, dans la paroisse de Boulazac, exploité par une paire de bœufs (148), et un bois de châtaigniers, situé au lieu des Mondy, paroisse de Boulazac ; et ------------------------------- 141) A.D., not. Lavavé, 26 avril 1725 ; l'acte de vente fut reçu par maître Rousseau. 142) A.D., Q 927. 143) B.H.A.P., 1906, 340. 144) A.D., Q 931, N 28. 145) A.D., Q 931, N 28 et 162. 146) A.D., nota Lavavé, 1er avril 1724. 147) A.D., note Lavavé, 7 juillet 1739 ; A.D., Gironde, l B 47, f 199, V. 148) B.H.A.P., 1906, 252. [106] dépendant du domaine de Château-Landry ; il fut estimé 270 livres (149). De nombreux dons et legs furent faits en vue de l'entretien du petit séminaire et de ses élèves. Nous retiendront parmi ces dons, celui qui fut fait, le 10 mars 1777, par le sieur Pierre Lamy, chirurgien des Grandes Ecuries du roi, qui légua Il au petit séminaire de Périgueux, par reconnaissance d'avoir été élevé dans cette maison, une somme de douze cents livres, pour être employée à faire un ornement complet, qui ne servira que les grandes fêtes et surtout le jour de la Saint-Pierre. (150). Le 17 nivose, an III, le petit séminaire qui, le 20 mars 1795, était mis en vente comme bien national, fut divisé en cinq lots (151).

L'ancien supérieur du collège de Périgueux, l'ex-doctrinaire Caralp Jérôme, en acheta deux lots pour 10.600 livres ; le troisième lot fut adjugé au sieur Jean Garde, instituteur, pour 4.300 livres ; le quatrième, à Soustrou aîné, marchand ; le cinquième, à G.B. Gilles, notaire, et à Joseph Giry, marchand, moyennant 4.500 livres (152). Après la Révolution, Jean-Baptiste Lasserre, ancien syndic de la Mission, racheta plusieurs des biens, qui avaient appartenu à sa communauté, et, entre autres, l'actuelle maison du Thouin, qui avait appartenue au petit séminaire, et il y installa provisoirement les Visitandines. Les Fiches civiles de 1817 notaient au sujet de Lasserre : Il a acquis les biens du séminaire et pour calmer la rumeur publique, il dit que c'était pour le séminaire, mais il en a vendu une partie et hypothéqué l'autre... (153). Il n'y a pas lieu de suspecter les intentions et les agissements de cet ancien missionnaire, dont la vie ultérieure proteste contre toute malhonnêteté. Il donnera à Mgr de Lostanges, en 1822, les bâtiments de St-Jacques, sa propriété, pour l'établissement d'un nouveau petit séminaire à Bergerac, et il semble bien qu'il ait poussé à la restauration de l'ancienne Mission. N'était-ce pas dans cette intention, qu'il s'était rendu acquéreur de ces biens? Il n'en faut pas douter. Le personnel de la Petite Mission La direction Le personnel du petit séminaire appartenait tout entier à la Congrégation de la Mission. Il semble qu'il n'y avait pas de supérieur proprement dit et que le séminaire était directement soumis au supérieur de la Mission, résidant au grand séminaire. En effet, les supérieurs de la Mission prennent fréquemment le titre et la qualité de supérieur des grand et petit séminaires, ou simplement des séminaires. Et, comme nous l'avons vu plus haut, ils intervenaient directement dans les affaires du petit séminaire. Ainsi encore, par exemple, le 17 novembre 1755, Pierre Durand, clerc tonsuré, s'adresse au supérieur du grand séminaire Gabriel ---------- 149) A.D., not. Valette, 10 mars 1791 ; A.D., Q 927. 150) B.H.A.P., 1877, 428. 151) A.D., Q 926. 152) A.D., Q 439. 153) Rocal, op.cit., II, p. 141 n. 10 (De Brumaire à Waterloo). [107] Gontier de Lalande, pour être admis en théologie au petit séminaire (154). Cependant, un des missionnaires résidant à la Petite Mission, était plus spécialement chargé de sa direction ; de là, le titre de supérieur qu'on lui donnait parfois.

La liste de ces supérieurs peut s'établir ainsi : 1700-1741 Étienne Arnaut 1741-1760 Gabriel Gontier de Lalande 1760-1768 Joseph Joufr Desrivières 1768-1778 Gabriel Gontier de Lalande 1778-1791 André Joufre Ducluseau Il est probable que quelques missionnaires partageaient la vie de leurs confrères, les professeurs. Le petit séminaire hébergeait aussi quelques étrangers à la Mission, prêtres ou laïcs. Ce fut le cas de maître Dominique Déjean, syndic du chapitre de la cathédrale, et du chanoine Coignet, archidiacre de St-Front (155). Au Musée actuel de Périgueux, près de l'entrée de l'ancienne chapelle, se lit l'inscription suivante : sur une plaque de marque, qui y a été transportée après la démolition des anciens locaux du petit séminaire : "Ci gist Haut et puissant Seigneur Messire François Louis d'hautefort de Marqueyssac, brigadier des armées du roi, chevalier et doyen de l'ordre royal et militaire de St Louis. Sa Majesté lui confia le commandement de la ville et château de Casal, dont il soutint le siège contre les ennemis avec beaucoup de distinction. En 1706, il commanda successivement dans les places de Landrecies et de Charleroy. Accablé de blessures et d'infirmités, songeant à une meilleure vie, il choisit sa retraite dans cette maison du petit séminaire, qu'il a édifié par sa piata et ses vertus pendant vingt-trois ans qu'il y a demeuré, et y est mort le quatre d'avril 1747 dans sa 87ème année de son âge. Les élèves Il y avait en moyenne quatre-vingts élèves au petit séminaire(156). En 1772, on en comptaient 92 (157). Parmi eux, il y avait un certain nombre d'externes. Dans un cahier de cours, on peut lire ces annotations : "Ladeymarie demeurant chez M. Borde, marchand, dans la rue de Taillefer, à Périgueux, en qualité de chambriste, donnant par mois la somme de 3 livres et demy pour un lit. M. Girardeau, M. Cabrol, M. Véry, M..., en donnent autant On lit dans le livre-journal du notaire Sicaire Devillard, à la date du 7 novembre 1741 : Le 7 novembre, j'ai mené mon fils cadet à Périgueux pour estudier en théologie. Je l'ai mis en pension chez le sieur Lafon, marchand, demeurant près du cimetière Saint- Silain, ----------------------------- 154) A.D., nota Guy. 155) A.D., not.lavavé, avril 1742. Coignet testa le 11 avril 1736 instituant ses héritiers généraux et universels MM. Arinaut, Soufron et de Lalande (Lavavé, 11 avril 1736).

156) Credot, Pierre Pontard..., p. 402 n. l. 157) Arch. du Sem.de Périgueux, Cahier de Ladeymarie. [108] et qui tient boutique au coin du Greffe en descendant du Coderc à la rue du Greffe, et cela de l'avis et conseil de M. de Lalande, directeur du petit séminaire. Nous avons convenu à 22 pistoles et demy par an (158). Les élèves se recrutaient principalement dans le diocèse ; il en venait aussi quelques-uns des régions limitrophes : Saintonge, Angoumois, Quercy, Sarladais, Limousin, même de Saint-Sébastien (159). Les élèves devaient payer une pension, qui était de 200 livres par an, en 1736. Le notaire Sicaire Devillard, de Brantôme, qui nous donne ce détail dans on livrejournal, écrit encore à la date de 1763 : Le 11 novembre, nous avons envoyé notre plus jeune fils Guilhaume Devillard Lajarthe au séminaire de Périgueux pour étudier la philosophie. L'on donne chaque quartier 65 livres, plus pour la chambre pour un an 10 livres, plus pour les thèses 7 livres 10 sols. (160). En 1766, la pension fut réglée à 260 livres, " vu l a cherté du blé et autres denrées " (161). Il y avait des bourses constituées en faveur des élèves pauvres. L'acte d'union à la Mission du prieuré St-Euparche de Palueau (21 août 1710), nous fournit de précieux renseignements sur l'attribution des bourses et sur le recrutement du séminaire. Il y était dit : Les séminaristes à qui l'on accordera la somme de vingt-cinq livres pour les aider à faire leur séminaire seront au nombre de quatre, qui seront tous tirés, autant que faire se pourra, du nombre de ceux qui auront passé leur jeunesse au petit séminaire, et on préfèrera même dans une égalité de raisons ceux qui y auront demeuré plus de temps. Comme le fondement de cet ouvrage dépend de Dieu, et du choix exact qu'on fera des sujets qui seront admis dans le petit séminaire, nous exhortons et enjoignons devant Dieu de les choisir tels qu'ils doivent être sans aucun respect humain, les plus dignes, en se souvenant du compte redoutable qu'on a à rendre à Dieu. C'est pour cela que les messieurs du séminaire choisiront pour les examiner deux prêtres de leur communauté, qu'ils jugeront les plus propres pour cet emploi. L'examen se fera par scrutin, et on en recevra toujours plus qu'il ne faudra, en cas qu'il s'en présentent beaucoup, afin d'avoir toujours des personnes prêtes lorsque quelqu'un des admis viendra à manquer. On ouvrira le scrutin devant le Seigneur Évêque ou telle personne qu'il avisera bon être, pour lui présenter ensuite ceux qui auront été admis et recevoir sa bénédiction. On préfèrera toujours ceux de la campagne à ceux de la ville, et on recevra les derniers le moins que faire se pourra et jamais sans une absolue nécessité et avec la permission du Seigneur Évêque. Il parait même que n'ayant pas été élevés avec tant de simplicité, et qu'ayant beaucoup de connaissances dans la ville et ne pouvant --------------------------

158) B.H.A.P., 1924, 207. 159) Arch. du Sem. de Périgueux, cahiers de cours. 160) B.H.A., 1924, 204, 210. 161) Livre de raison de La Jarthe (B.H.A.P., 1924, 154). [109] pas rompre le commerce des parents et des enfants, c'est un sujet de dissipation qui n'est pas médiocre non seulement pour eux, mais encore pour la communauté. C'est un devoir auquel seront obligés tous ceux qui entrent dans cet ouvrage de s'informer de la bonne vie et mœurs de ceux qui se présenteront ; on choisira les plus pieux et les plus propres pour l'étude, de bon naturel, qui n'ayant pas de défaut considérable de corps ni rien de rebutant dans la figure. On exclura sans être obligé d'en rendre compte à personne, ni de dire les causes d'exclusion, ceux qui manqueront au règlement après avoir été avertis plusieurs fois, ce qui sera laissé à la prudence du directeur, qui ne sera tenu rendre compte des avertissements donnés ; ceux qui jureront ou diront des paroles déshonnêtes ; ceux qui auront des disputes et des querelles considérables ; ou des esprits inquiets qui auront souvent des démêlés avec les autres, ou dont il y aura des plaintes d'une mauvaise conduite dans le collège, après qu'elle aura été vérifiée ; ceux qui sortiront ou mangeront dehors sans permission. On ne tolèrera jamais sous quelque prétexte que ce puisse être le libertinage ou l'ivrognerie, et on aura soin de renvoyer avec charité ceux qui n'auront pas assez de force de corps pour exécuter le règlement, en les engageant avec suavité de conserver toujours une grande liaison avec ceux qui les conduisaient. L'examen se pourra faire deux fois au commencement de l'année, le plus tôt que faire se pourra, et après Pâques, si les places n'étaient pas remplies. Avant de commencer les exercices du petit séminaire, on fera faire une petite retraite aux enfants et on les conduira à quelque dévotion à la Très Sainte Vierge pour y communier et se mettre sous sa protection. Ce règlement est tout à fait conforme à ceux de nos séminaires modernes, et on y aura sans doute remarqué avec vive approbation, le conseil qui est donné de garder contact avec ceux qui, pour des raisons honorables, ont dû cependant être remerciés. Et, détail que pourrait relever avec satisfaction maint de nos recruteurs d'aujourd'hui, ce règlement a tout prévu, même le recrutement à longue échéance et dans sa source normale, les écoles chrétiennes, car, il y était aussi dit : Comme les écoles ont un rapport spécial à la multiplication du Clergé, on aidera cinq maîtres d'école dans les endroits les plus propres et où il y aura plus de gens en état d'avancer les enfants au sacerdoce. (162). La mentalité des élèves de cette époque ne fut pas toujours conforme à ce magnifique programme d'éducation ; certains cahiers de cours, que nous avons pu avoir entre les mains, en témoigneraient.

Des dessins, crayonnés en marge des leçons et peut-être pendant les cours, laissent à penser sur le bon esprit ou la mentalité de certains élèves, mentalité qui serait plutôt celle d'un collégien que d'un séminariste. Un cahier du célèbre de Lespine nous apprend même les surnoms, dont furent gratifiés ses condisciples, et que voici : " Croc, ----------------------------- 162) A.D., not. Rousseau, 21 août 1710. [110] glou-glou, motet, souris, philosophe, moricaud, maximus, St-Fiacre, Janus, nasus, mouton, freluquet, grosse patte, toupie, Démosthène, sans-culotte, fra Paulo, coquemar, belles dents, et nous en passons! Parmi les élèves les plus illustres du petit séminaire, il faut mentionner le jeune Guillaume-Joseph Chaminade, le futur fondateur de la Société de Marie et de l'institut des Filles de Marie (1761-1850). Il commença ses études à la Petite Mission et les acheva au séminaire-collège de Mussidan, où l'un de ses frères était professeur. Guillaume-Joseph était né à Périgueux, le 8 avril 1761. Il était le 13ème et dernier enfant d'une famille chrétienne dont six enfants seulement survécurent. Son père Blaise, marchand drapier, et sa mère Catherine Béthon, habitaient la rue de Taillefer. Guillaume mourut, le 22 janvier 1850, en odeur de sainteté. Sa cause de béatification a été introduite à Rome, le 7 mai 1918. Après ses humanités, il revint passer un an à la Petite Mission, puis il retourna à Mussidan, où il se trouvait au moment de la Révolution (163). Le petit séminaire peut aussi se glorifier d'avoir eu pour élève Mgr Jean-Marc de Royère, évêque de Tréguier, et dernier évêque de Castres (1727-1802). Mais, contrairement aux affirmations de quelques historiens locaux, il faut laisser à la légende l'honneur pour la Petite Mission d'avoir formé l'illustre Mgr de Belsunce, évêque de Marseille, qui n'appartint jamais à aucun séminaire périgourdin (164). Les études au petit séminaire A la Petite Mission de Périgueux, les études étaient sensiblement mieux organisées qu'au collège-séminaire de Bergerac. En 1773, le studieux élève de Lespine pouvait très justement écrire en tête de son cahier de métaphysique : C'est icy que l'étude, amie du silence, Par ses travaux ardents, réunit tant de science! " Comme dans les autres séminaires du temps, les études comprenaient les humanités, la physique, deux années de philosophie et de mathématiques ; enfin, trois années de

théologie dogmatique (165). L'année scolaire débutait en novembre et s'achevait vers le milieu du mois d'août. Le notaire Sicaire Devillard conduisit son premier fils à la Mission, le 5 novembre 1737, et le second, le 7 novembre 1741 (166). François Gilbert, juge en l'élection d'angoulême, y conduisit deux de ses fils, le 16 novembre 1759. Comme de nos jours, les vacances étaient impatiemment désirées et accueillies avec joie. Un traité de la grâce se termine ainsi : "Finem imposuimus tractui gratiae, die 3a augusti anno 1743. Amen. Alleluia. Lou mei de juillet ei passa, alleluia, et lou mei d'au ei arriba tant desira. Alleluia, alleluia, alleluia, amen, amen, amen, amen (167). Quelle joie! -------------------------- 163) Simler, Guillaume-Joseph Chaminade, pp. 9 & 19. 164) Sem. Rel., 1933, 82 ; Entraygues, Mgr de Royère, p.8. 165) B.H.A.P., 1898, 293 ; Brugière, Livre d'or, p. xxii. 166) B.H.A.P., 1924, 204, 210. 167) Arch. du Sem. de Périgueux. [111] L'élève Ladeymarie termine son cahier du traité De religione et Ecclesia, le 3 août 1772, par : Amen, amen, alleluia, et sept fois encore Amen! Et c'est encore Pierre de Lespine qui, en 1773, conclut ainsi son cahier de Metaphysica : 4a dies augusti, O! quam desiderabilis es! O dies laetitiae! Finis coronat opus, et operam, et studium, et applicationemi metaphysico tractui a me producto. Faciat Deus ut hoc mihi inserviat ad decorandum spiritum meum et mores meos reformandos et innovandos. Amen. Mon Dieu, faites-moi la grâce de croître en science, en esprit et en piété pour me rendre digne de la récompense que vous me promettez. Faites, Seigneur, que je ne sois pas si aveugle et si insensé que d'abuser de vos secours! (168). L'horaire suivi à la Petite Mission était le même qu'au grand séminaire, et comprenait deux cours par jour, qui duraient chacun une heure et quart. En dogmatique, on étudiait simultanément deux traités. Tous les cours se faisaient en latin. Les professeurs commençaient par les dicter, puis ils en donnaient l'explication et le commentaire Dans son cahier de Logique (1773), de Lespine écrit : M. Delmas a fini de dicter le 10 mars et d'expliquer le 14 avril. De même dans son cahier de Physique : M. Delmas a commencé de dicter la physique particulière le 7 du mois de mars 1774, jour de lundy, et d'expliquer le 15 avril 1774, vendredi soir. Une des pratiques du petit séminaire, commune d'ailleurs aux séminaires et collèges de ce temps, était la soutenance publique de thèses, qu'on appelait encore "actes de philosophie" (169).

Ces soutenances de thèses entraînaient quelques frais pour les élèves. Le notaire Sicaire Devillard écrit dans son livre-journal, à la date du 14 juin 1740 : "... J'ai donné à mon fils (qui fait sa philosophie au séminaire) 7 livres 10 sols pour les thèses où il doit soutenir, et en cas qu'il ne soutienne pas, M. Tuquet, économe, les rendra ou les tiendra à compte pour une autre année. (170). Les soutenances de thèses étaient entourées de la plus grande solennité. Elles étaient généralement dédiées à quelque important personnage, qui venait présider la seance, ou déléguait quelqu'autre pour le remplacer. L'une de ces thèses fut dédiée, en 1749, à l'abbé de Taillefer qui, par considération pour le chapître, délaissa le fauteuil qui lui avait été réservé, pour s'asseoir à la première chaise (171). Le 27 juillet 1757, Jean Durand de Ramefort dédia sa thèse à M. de Bertin, chevalier des ordres du roi, comte de Bourdeille (172). Une autre, en 1761, fut dédiée à Simon Ladoire, seigneur de Chamisac et du Cluzeau, lieutenant général criminel au siège présidial (173). ---------------------- 168) Arch. du Sem. de Périgueux. 169) Sur les avantages et les inconvénients de ces soutenances de thèses dans les séminaires, et sur ce qu'on en pensait dans les milieux ecclésiastiques, Voir Degert, op.cit., II, p. 58-65. 170) B.H.A.P., 1924, 206. 171 ) Crédot, op.cit., p. 403 n. 172) B.H.A.P., 1878, 167. 173) B.H.A.P., 1878, 244. voir B.H.A.P, 1962, p. 48. [112] Le 31 juillet 1777, une thèse, soutenue par sept élèves de philosophie, sur des questions de physique, était dédiée à la cour présidiale, de même qu'une thèse, soutenue par huit élèves de philosophie, le 28 juillet 1779, et encore une autre, le 24 juillet 1782 (174). Une thèse, où figurait de Lespine, fut dédiée aux maire et consuls, le 23 juillet 1787 (175). Le personnage à qui était dédiée la thèse, adressait des lettres d'invitation à ses mais et à ses connaissances, pour les convier à assister à la séance. Il existe encore des spécimens de ces lettres d'invitation. Pierre-Joseph Chevalier, seigneur de Cablanc et de Saint-Mayme, époux de Suzanne du Lau, adressa à ses amis la lettre suivante : Monsieur, vous êtes prié par Monsieur de Chevalier de lui faire l'honneur d'assister à un acte de philosophie qui lui est dédié et qui se soutiendra au Petit Séminaire, à deux heures après midi, le 23 du mois de juillet 1749. Cette lettre était précédée d'une très remarquable gravure sur cuivre représentant les armes des Chevalier et des du Lau.

Le marquis d'aloigny, qui ne put venir en personne présider la thèse philosophique, qui lui avait été dédiée, libellait ainsi son invitation : Monsieur... est très humblement prié de la part de Monsieur le marquis Dallony de lui faire l'honneur d'assister à un acte de philosophie qui lui est dédié au Petit Séminaire, où Monsieur de Montancès le représentera. Il se tiendra le 5ème du mois d'août 1751, à deux heures après midi. (176). Les maire et consuls de la ville honoraient souvent ces séances de leur présence, soit que les thèses leur eussent été dédiées (177), soit qu'ils y fussent invités par des amis. On les voit ainsi, en 1729, assister à un acte général dédié à M. Maignol, conseiller au présidial (178). La chaleur de ces joutes oratoires, et plus vraisemblablement celle de la saison, car ces soutenances de thèses avaient généralement lieu au mois de juillet ou en août, paraît avoir eu pour effet d'altérer les gosiers, sinon des orateurs, du moins des auditeurs. Dans les livres de comptes de la communauté de la ville, il est fait mention des sommes allouées pour rafraîchissements fournis aux maire et consuls pendant la soutenance des thèses (179). Ainsi, à l'occasion d'une thèse soutenue au collège de la ville, les maire et consuls, et évidemment en compagnie de leurs invités, absorbèrent cinquante bouteilles d'orgeat ou de limonade, et sept bouteilles de bière, le tout pour la somme de trente-quatre livres quatre sols (180). ---------- 174) B.H.A.P., 1876, 98 ; 1906, 274 ; de Rouméjoux, Bibliographie générale du Périgord, I, p. 15. 175) B.N., fonds Périgord, t. 49, f 395. 176) B.H.A.P., 1898, 293-294. 177) A.C., BE 35. 178) A.C., BE 16. 179) A.C., cc 133, 136, 143. 180) A.C., BE 145. [113] Cette somme fut même dépassée, en 1783. Il fut payé trente-huit livres huit sols au sieur Desmaison, marchand cafetier et limonadier, pour rafraîchissements par luy fournys pour messieurs les maire et consuls, aux thèses dédiées par le Séminaire (181). Autres activités de la Petite Mission L'enseignement au petit séminaire fut l'occupation des missionnaires de la Petite Mission de Périgueux. Les professeurs prêtaient parfois leur concours à ceux de la Grande Mission pour la prédication des missions. Des retraites spirituelles furent données au petit séminaire.

En 1724, un grand nombre des Pénitents bleus de la ville y participèrent (182). Lors des grandes solennités qui s'accomplissaient en ville, comme les triduum, les processions solennelles, etc, les élèves du petit séminaire s'associaient aux élèves du grand séminaire, sous la conduite de leurs maîtres. -------------------- 181) A.C., cc 136. 182) Arch. de l'evêché de Périgueux : Registre des Pénitents bleus de Saint-Jérôme de Périgueux. Chapitre Cinquième [114] LA MISSION AU COLLÈGE DE PÉRIGUEUX Le 9 septembre 1762, les Missionnaires assumèrent la direction du Collège de Périgueux, en remplacement des Pères Jésuites, contraints de se retirer, à la suite de la suppression de leur Compagnie. Les Jésuites tenaient le Collège de la ville depuis 1589 (183). Ils y demeurèrent jusqu'en 1762, et non, comme on l'a soutenu, jusqu'en 1594, date de leur proscription, en France, après l'attentat de Châtel (184). En 1761, le parlement de Paris interdit aux Jésuites d'enseigner en France jusqu'à nouvel ordre. Dans le ressort du parlement de Bordeaux, la Compagnie de Jésus fut frappée par un arrêt du 26 mai 1762 ; cet arrêt s'exécuta à Périgueux dans les deux mois qui suivirent. On a prétendu que les Jacobins auraient succédé immédiatement aux Jésuites dans la direction du collège, en 1762, avant les Missionnaires et les Doctrinaires (185). C'est inexact. Il est vrai que le maire de la ville, d'ambois, et les consuls étaient d'avis de remplacer les Jésuites par d'autres religieux, et, dès 1762, ils proposèrent à Mgr de Premeaux de confier le collège aux Jacobins, qui possédaient déjà un établissement, à Périgueux ; ils prirent même une décision en ce sens, le 22 août 1762 (186). Mais, Mgr de Premeaux, et les députés du chapitre, ne furent pas de cet avis ; ils optaient de préférence pour le choix de prêtres séculiers. L'évêque de Périgueux était persuadé que l'enseignement ne pouvait bien se donner que par des prêtres séculiers, mieux adaptés, à son sens, à la mentalité des élèves (187). Il avait clairement traduit sa pensée à cet égard à l'occasion de la direction de son séminaire. En effet, dans un Mémoire, adressé en 1747, au chancelier d'aguesseau, en vue d'obtenir l'agrégation du séminaire à une Université, il déclarait entre autres choses :

Ces deux séminaires sont conduits et enseignés par une congrégation de prêtres séculiers, qui est aussi autorisée depuis plus d'un siècle. Cette congrégation, unique dans son espèce, ne dépend que de l'évêque et ne s'étend point hors du diocèse. Par là, elle est à l'abri des préventions et des systèmes d'école si ordinaires aux congrégations régulières et si propres à former un esprit ----------------- 183) B.H.A.P., 1927, 84 ; 1935, 143. 184) B.H.A.P.,1927, 121ss. ; 1939, 419. 185) B.H.A.P., 1921, 95 n.l ; 1939, 418. 186) A.C., BB 33, f 35. 187) Une mentalité semblable se retrouve également chez l'évêque d'angoulême, Mgr de Broglie, qu'il manifesta dans des circonstances identiques (Cf B.H.A.P., 1927, 217 n. 2). [115] de parti. Elle est elle-même composée de diocésains qui connaissent mieux les mœurs du pays, sont plus propres à gagner la confiance des étudiants ecclésiastiques et à les former, comme ils font suivant les statuts du séminaire, non seulement à la science et à la bonne doctrine, mais encore à l'innocence des mœurs, à la piété et à la bonne méthode d'instruire, d édifier et de gagner les protestants par les voies de la douceur et de la prudence Ce fut certainement pour un motif de ce genre que, pour la direction du collège, Mgr de Premeaux voulut imposer les Missionnaires plutôt que d'accepter le choix des Jacobins. Finalement, après de longs démêlés, le point de vue de l'évêque triompha, et les Missionnaires furent agréés pour la direction du collège. On remarquera, en outre, que nulle part on ne trouve trace de l'intérim que les Jacobins auraient fait au Collège, en aout septembre 1762 ; au contraire, les archives communales donnent explicitement les Missionnaires comme substitués aux Jésuites (188). Le Collège s'élevait sur l'emplacement de l'ancienne préfecture qui, après la construction de l'actuelle, devint, en 1882, l'école normale de filles (189). Les bâtiments du collège, et notamment la chapelle, débordaient en partie sur la place située devant cette école. L'église, détruite en 1811, était très vaste et entièrement en pierres de taille. Les matériaux de la démolition servirent à la construction de l'ancienne préfecture. En 1808, lorsqu'on se proposa d'en faire la préfecture, la chapelle était occupée par un musée d'antiquités (190). Le grand autel de l'assomption, actuellement à la Cité, provient de cette chapelle (191). Lorsque les Missionnaires prirent possession du collège, M. Étienne Murat, ancien supérieur de la Mission, et vicaire général, fut nommé Principal du collège (192). Le corps professoral, composé de prêtres séculiers et de missionnaires (193), fut ainsi constitué : Sous-principal ou préfet : Jean Védrenne

Professeur de physique : Yrieix Debord - de logique : Jean-Baptiste Lajarte - de rhétorique : Louis-Jacques Desbordes - de seconde : Guy Dagout - de troisième : Jean Eymard - de quatrième : Pierre Lacour, clerc minorisé - de cinquième : Pierre Banizette, clerc minorisé. Tous les officiers du collège vivaient en communauté dans le collège, et ils y étaient nourris, chauffés, éclairés et blanchis. Après le départ des Jésuites, il n'y avait plus que 140 élèves, alors que 30 ans auparavant, on en comptait jusqu'à 400. On attribuait cette diminution au malheur des temps. ---------------------- 188) A.C., BB 38, 57 ; Cf B.H.A.P., 1927, 218. 189) B.H.A.P., 1921, 96. 190) Cf. Audierne, Le Périgord illustré, p. 414 ; B.H.A.P., 1902, 570 n. 2 ; 1939, 418. 191) B.B.A.P., 1921, 96 ; sur l'auteur de cet autel, Voir B.B.A.P., 1939, 422. 192) A.C., GG 105 ; B.H.A.P., 1927, 226. 193) B.B.A.P. 1935 ; 366. [115] L'ouverture des classes se faisaient avec solennité, et suivant un cérémonial habituel. À cette occasion, le 18 octobre 1765, les maire et consuls accompagnés du procureursyndic et de leur greffier, se rendirent au collège, où ils furent reçus par le principal, M. Murat, qui, dit le procès-verbal : nous a conduit dans la salle dudit collège où nous nous sommes assis et avons été complimentés par ledit sieur Murat, principal, en attendant l'heure de la messe, laquelle étant sonnée, nous avons été conduit à l'église près du balustre sur lequel nous avons trouvé un tapis et des carreaux mis esprès pour chacun de nous, au bas duquel balustre nous nous sommes placés, et a été mis devant nous un cierge de cire blanche du poids d'une livre, garni de laurieri et les armoiries de la ville ; et après avoir assisté à ladite messe qui a été célébrée par Mr Desbordies, professeur de rhétorique, nous avons été conduits, assistés et précédés comme dessus, dans la cour dudit collège autour de laquelle sont les classes, où nous avons fait l'ouverture à la manière accoutumée, et avons recommandé audit sieur Murat, principal, l'instruction de la jeunesse, tant par rapport à la vertu qu'aux Belles Lettres. (194). En qualité de principal du collège, M. Murat avait été mis en possession de tous les biens qui avaient appartenu aux Jésuites, notamment ceux qui étaient situés dans le ressort de la sénéchaussée de Bergerac, y compris la maison appelée de la Citadelle et ses dépendances, et malgré la protestation du sieur Jean Babut, négociant de Bergerac, qui y avait établi une faïencerie, en vertu d'un bail à locaterie perpétuelle, reçu par

maître Pierre Fournier, notaire royal à Périgueux, le 3 mai 1762 (195). Malgré cela, M. Murat se trouva aux prises avec de grandes difficultés financières, et il dut faire souvent les avances nécessaires pour la marche de sa maison. Ne pouvant plus administrer lui-même les biens du collège, il obtint, le 19 février 1764, que ces biens seraient mis à bail par enchères. Epuisé par la maladie, M. Murat donna sa démission, le 4 septembre 1768, et il mourut, quelques jours plus tard, le 23 du même mois (196) M. Joseph Joufre Desrivières, son confrère, qui avait dirigé la Petite Mission de Périgueux, de 1760 à 1768, lui fut donné comme successeur. Il gouverna le collège pendant deux ans, passant la main aux Prêtres de la Doctrine Chrétienne, qui s'installèrent au Collège en novembre 1770. Le départ des missionnaires fut motivé par l'insuffisance de leur recrutement. Ils ne pouvaient plus fournir le nombre suffisant de professeurs. Le 11 février 1770, au cours de la séance du Bureau d'administration du collège, Mgr de Premeaux se voyait contraint de faire savoir que malgré les plus sincères dispositions à maintenir (le) collège dans l'état avantageux où il se trouve, soit du côté du bon ordre, --------------------- 194) A. C., GG 172. 195) A.D., B 1795. 196) A. D., D. [117] soit du côté de l'enseignement, la disette des ecclésiastiques dans ce diocèse s'était tellement accrue qu'il n'avait pu fourbir des vicaires à plusieurs curés, qui en avaient les plus pressants besoins, de sorte qu'il se trouvait dans l'impossibilité de pouvoir continuer à fournir Collège ses sujets pour la rentrée prochaine des classes (197). L'évêque ajoutait qu'il avait cherché un corps de religieux propre à fournir des sujets capables, et qu'il avait entrepris des démarches auprès des Prêtres de la Doctrine Chrétienne (198). Cette intervention de l'évêque fut agréée avec reconnaissance, et, les démarches ayant abouti, les Doctrinaires prirent possession du collège. Ils ne s'installèrent qu'en novembre seulement, n'ayant pu être prêts pour l'ouverture des classes, qui avait été fixée au 18 octobre (199). Pendant leur séjour au collège, les Missionnaires imitèrent leurs prédécesseurs, et firent donner des représentations théâtrales, bien accueillies en un temps où la ville était dépourvue de théâtre (200). Ces représentations se donnaient dans la salle des spectacles du collège. C'est ainsi que, les 17, 18 et 19 juin 1766, les élèves jouèrent les Incommodités de la Grandeur, comédie héroïque, empruntée au Répertoire théâtral des Jésuites (201).

LE SÉMINAIRE COLLÈGE DE MUSSIDAN Puisque l'étude de la Congrégation de la Mission nous a conduit à parler de l'origine de nos séminaires périgourdins, il nous faut mentionner au moins brièvement le collègeséminaire qui existait à Mussidan, d'autant plus que cet établissement a eu quelques attaches lointaines avec la Mission. Si, en vérité, cette maison ne fut jamais dirigée par les Missionnaires, elle le fut, de fait, par une communauté de prêtres séculiers, dont l'organisation s'inspira notoirement de la Mission. C'était aussi une Société de prêtres diocésains, sans vœux, et dans la dépendance totale de l'évêque (202). Cette Société doit ses origines aux encouragements donnés par Mgr de Premeaux à deux prêtres de Mussidan, messires Pierre Robert, sieur du Barail, et Pierre de Chassarel Deroyer, qui avaient eu dessein de constituer une communauté de prêtres, dont les membres s'appliqueraient aux fonctions du ministère, et plus particulièrement à l'éducation de la jeunesse (203). C'étaient les fins mêmes poursuivies de son côté par la Mission de Périgueux. ----------------- 197) A.C., BB 33, 88 ; Fournier, 22 juillet 1770. 198) A.C., BB 33, 87 ; B.H.A.P., 1927, 223. 199) A.C., BB 38, 56 ; B.H.A.P., 1902, 578 ; 1903,101 ; 1928, 291, 300. 200) B.H.A.P., 1902, 570-573. 201) B.H.A.P., 1902, 574 ; 1903, 101. 202) Rousseau, Guillaume-Joseph Chaminade, p. 11. 203) Ordonnance de Mgr de Premeaux, 28 juillet 1744. Credot dans Pierre Pontard, décrit les origines de ce séminaire. [118] Le projet de ces deux prêtres put se réaliser, grâce au généreux concours d'insignes bienfaiteurs. Le sieur Morand, bourgeois de Mussidan, contribua à l'établissement de la communauté par le don d'une maison et d'une somme de 1.200 livres (acte du 9 janvier 1744). Par acte du 1er septembre 1744, Nompar de Caumont, duc de la Force, contribua pour sa part à cette fondation (204), et, quelque temps plus tard, le prêtrei Vincent de Martonne devait faire au séminaire, récemment fondé, une rente annuelle de 1.500 livres. La nouvelle communauté prit le nom de Congrégation de Saint-Charles. En 1745, fut fondé le collège-séminaire, dont la direction fut assurée par Pierre-Robert du Barail. Le collège débuta petitement, et non sans difficultés (205), puis, il s'agrandit par l'achat de divers immeubles, situés à l'extrémité des faubourgs de Mussidan. Le procureur du

roi faisait faire une enquête de commodo et incommodo à ce sujet, en 1761. (206). Pierre du Barail contribua lui-même avec ses propres ressources à assurer l'avenir de l'établissement. Le 10 février 1766, l'abbé de Crevoiseret, syndic du Clergé, donnait procuration à M. Gontier de Lalande pour accepter une donation faite par M. du Barail au Petit Séminaire de Mussidan, régi et gouverné par M. Pierre Robert Dubarail, depuis plusieurs années, et vu les lettres patentes du roi données à Versailles au mois de février 1761, qui confirme et autorise ledit établissement du Petit Séminaire. M. de Lalande était délégué pour accepter la donation que M. du Barail entendait faire Il audit petit séminaire d'une maison, cour, jardin et terrain en dépendant, de la contenance de deux journaux, huit picotins et un escat, et en outre des rentes jusqu'à concurrence de 6.000 livres de principal dont le produit sera appliqué aux réparations et entretien des bâtiments dudit petit séminaire (207). Le successeur de du Barail, Henri Moze, obtint le titre et les privilèges des petits séminaires pour l'établissement, qui désormais s'appela le Collège-séminaire Saint- Charles de Mussidan (208). ------------------------------- 204) A.D., not. Lavavé, 1er septembre 1744. 205) Vers 1757, le sieur du Barail, écuyer, docteur en théologie, supérieur du séminaire, est en différend avec J.B. Subresie, bourgeois appelant de sentence de l'ordinaire de Mussidan (A.D., B 1044). Déjà, en 1751, il était venu à la sénéchaussée de Périgueux pour poursuivre le jugement d'un procès contre Joseph de Chabans, écuyer, seigneur de Chazeral (A.D., B 1126). 206) A.D., B 538. 207) A.D., not. Lavavé, 10 février 1766 ; Voir Sem. Rel. de Périgueux, 1913, p. 284-285. 208) Simler, Guillaume-Joseph Chaminade p.13-14. L'abbé Moze, né en 1744, avait mis toute sa fortune dans le séminaire. Il devint curé de St-Méard-de-Gurçon, en 1802, puis de Mussidan, en 1803 ; il y mourut le 30 mars 1811. [119] Son but était de former des chrétiens à la foi éclairée, et aussi, à l'occasion, de cultiver les vocations ecclésiastiques qui se présenteraient. C'est ainsi qu'on y vit venir le jeune Joseph Chaminade, le futur fondateur des Marianistes. Son frère Louis, qui devint également prêtre, l'y avait précédé, et un autre de ses frères, Jean-Baptiste, ancien jésuite, y était professeur très apprécié. Tous les trois devaient se retrouver ensemble dans cet établissement, comme professeurs, après que Louis et Joseph auraient conquis à Bordeaux, leurs grades de docteur en théologie (209). L'évêque constitutionnel du Périgord, Pierre Pontard, y fit aussi ses premières études. Il était né à Mussidan, le 23 septembre 1749. Après avoir fait ses humanités au collège de sa ville natale, il alla poursuivre ses études d'abord à la Petite Mission de Périgueux, puis à la Grande Mission (210). Au collège-séminaire, l'enseignement était donné de la sixième à la philosophie inclusivement. Conformément à l'usage courant, on y soutenait des thèses.

Ainsi firent les rhétoriciens, le 23 août 1774 ; cette soutenance devait être précédée de chansons nouvelles accompagnées de simphonie (211). En 1785, sous la présidence de Mgr de Flamarens, fut donnée une tragi-comédie en trois actes, intitulée : Le collège cité au tribunal des sciences. Le collège-séminaire subsista jusqu'à la Révolution. En 1790, les pensions et revenus s'y élevaient à 8.450 livres, dont 850 environ de revenus fixes. Les élèves étaient reçus pour 25 livres par an (212). ------------------------------ 209) Simler, op.cit., 17-19 ; Rousseau, op.cit., 11. 210) Crédot, op.cit., 11. 211) Barrière, op.cit., 25. 212) Crédot, op.cit., 10 ; Degert, op.cit., II, p. 481-482. Chapitre Sixième [120] LA MISSION ET LES CONGÉGATIONS RELIGIEUSES Leur ministère appela fréquemment les Missionnaires à s'occuper des congrégations religieuses féminines, établies dans le diocèse. Les Missionnaires de Bergerac dirigeaient les Sœurs de la Foi et celles de la Miséricorde. Ce fut l'un d'eux, Jean Carrier, qui négocia la fondation de l'établissement des Sœurs de la Foi. Jean de la Cropte et son confrère Poncet Cluniac contribuèrent à la rédaction des règles de ces religieuses (213). Les Missionnaires de Périgueux ne se dévouèrent pas moins au service des religieuses de la ville. La Mission et la Congrégation de Sainte-Marthe Le Père jésuite Jérôme Bajole écrivait de Limoges, le 3 août 1652, à Jean de la Cropte et à ses confrères : Choisissez les (pauvres) comme votre partage pour l'amour de celui qui vous les a donnés, sans oublier nos chères filles de Sainte-Marthe qui entrent dans le même partage et que Dieu vous recommande fort comme vos Sœurs d'esprit et ses bien aimées épouses (214). Ces quelques lignes d'un religieux, qui était fort apprécié dans le diocèse en tant que directeur de conscience, éclairent d'un jour particulier un passage quelque peu obscur

des Constitutions, données aux Sœurs de Sainte-Marthe, en 1650, par Mgr de Brandon. Il y est écrit à propos des confesseurs : Elles auront toutes un confesseur vertueux et capable à qui elles se confesseront d'ordinaire ; avec entière liberté néanmoins, de fois à autre, de s'adresser, et pour la confession et pour la direction de leur conscience à tel autre qu'elles choisiront de l'avis et du consentement de la Supérieure. Les plus propres pour leur esprit, semblent être ceux qu'elles ont déjà pratiqués et desquels Dieu s'est servi pour l'établissement de leur société. (215) Quels étaient ces prêtres qui étaient si particulièrement recommandés aux Soeurs de Sainte-Marthe pour leur service spirituel et comme directeurs de conscience? Comme le pensait justement le chanoine Joseph Roux, il nous parait hors de doute qu'il s'agissait des Missionnaires (216). Bien que la Congrégation des Missionnaires de Périgueux n'ait été érigée qu'en 1651, un an après la rédaction des constitutions des Sœurs de Sainte-Marthe, approuvées par Mgr de Brandon, le 15 mars 1650, sept ans après le contrat de fondation de ces religieuses (27 avril 1643), elle existait cependant en germe dès 1646. Ces deux congrégations ont été érigées presque en même temps, et c'est apparemment le même esprit qui y a présidé. -------------------------- 213) Bernaret, Tournées pastorales..., Bergerac, p. 21. 214) Arch. du Sem., carton La Mission. 215) Chapitre I, N 4. 216) Jos. Roux, Tricentenaire..., p. 42-45. [121] Quoi qu'il en soit, durant toute la durée de leur existence, et même après la Révolution, les Missionnaires ont joué auprès des Sœurs de Sainte-Marthe un rôle important, qui leur revenait comme de droit. Ce fut, en effet, l'un des co-fondateurs de la Mission, le chanoine Pierre Mèredieu, qui signa le contrat de fondation de la Communauté de Sainte-Marthe. Il semble que ce missionnaire était déjà spécialement chargé d'elle. Il signe, le 28 avril 1643, un don de dix livres fait par Antoine Bouchier aux Sœurs de Sainte-Marthe. Jean de la Cropte, le fondateur de la Mission, ne parait pas dans le contrat de fondation de ces religieuses, mais il s'intéresse à elles ; il leur fit don d'un calice pour servir au desservant de l'hôpital Sainte-Marthe (217). Le Missionnaire Poncet Cluniac s'entremit pour le transfert hors de la ville de l'hôpital Sainte-Marthe. (218) Plus tard, le 4 octobre 1657, trois Missionnaires, Jean de la Cropte, Denis Labrouhe et Poncet Cluniac, signèrent une pétition en vue d'obtenir pour les Sœurs l'autorisation de

faire dans leur chapelle les obsèques et la sépulture de leur première soeur défunte. Le 2 février 1700, ce fut le Missionnaire Jacques La Serre, qui donna le saint viatique à Marie-Antoinette Juilhard, fondatrice de la Congrégation, et qui l'assista à sa mort (219). Le chanoine Roux constate, en outre, que d'après les registres, ce sont les Missionnaires qui ont été les aumôniers habituels des Sœurs. Ce sont aux aussi, qui présidaient ordinairement les vêtures et les professions, quand les Sœurs n'avaient pas de prêtres parents ou amis pour remplir cet office. Le dernier de leurs aumôniers, le Missionnaire Antoine Lavergne, est mort sur l'échafaud, à Périgueux, en 1794 (220). A partir de 1702, le Livre des réceptions des Sœurs mentionne de fréquentes interventions des Missionnaires dans les cérémonies de la Communauté (221) : Jacques La Serre reçoit les vœux de la sœur Jeanne de Brousse, le 14 mai 1702 ; le 1er août 1709, ceux de Léonarde Geydon (222) ; le 19 décembre 1712, ceux de Jeanne Jaujay, et son confrère Denis de Souvillé fit le sermon (223) ; le 12 mars 1713, ceux de Catherine de Loulme, et Étienne Arnaut prêcha. Jean Fargeot prêche pour les vœux de Marguerite Geydon, en août 1723. -------------------- 217) Arch. de Ste-Marthe, inventaire de 1660, et Arch. de l'hôpital, D. 1. 218) A.D., B 266. 219) Entraygues, Mgr de Francheville, p.85. 220) J. Roux, Tricentenaire.., p. 43-44. Antoine Lavergne fut professeur au grand séminaire et aumônier de Ste-Marthe. Condamné comme réfractaire, il fut exécuté à Périgueux, le 21 juillet 1794 (Brugière, Livre d'or.., p. 148. 221) Arch.de Ste-Marthe ; Voir aussi Livre des recettes (1709-1772) des religieuses (A.D., Série H). 222) A.D., not. Rousseau, 28 juillet 1709. 223) A.D., not. Rousseau, 17 décembre 1712. [122] Grégoire Roche prêche le 8 janvier 1728 pour la profession de Jeanne Fargeot ; en octobre 1736, pour celle de Françoise de Lafaye. Laborie, en juin 1738, pour celle de Françoise Joufre du Repaire. Monmarson, le 29 mai 1743, pour celle de Catherine Vatine. Étienne Murat, le 29 janvier 17 L +6, prêche pour la profession de Thérèse de Bezenat Dumaine ; le 22 mai 1747, celle de Marie-Françoise de Montozon ; le 2 avril 1752, celle de Marguerite Masserouse de la Roche ; le 3 juin 1753, celle de Catherine Queroy ; le 16 juillet 1758, celle de Marie Ventou de la Peyrmère ; le 7 mai 1763, de nouveau pour celle-ci. Il reçut les vœux de sœur du Vogt de Gilles, le 19 février 1758. De Lavergne, confesseur de la Communauté, reçut les vœux de Marie Bernejoux. Gabriel Gontier de Lalande, le 6 février 1758, reçoit la profession de Sabine de Vaux de

Montcheuil ; le 14 février 1763, celle de Anne Gontier du Soulas ; le 9 février 1764, celle de Marguerite Gautier, de même que, le 3 février 1768 ; le 14 octobre 1774, celle de Louise Abrieu ; le 14 juin 1775, celle de Jeanne Lacoste. Gabriel Vergnat, le 11 avril 1778, reçoit la profession de Suzanne Servanche. Pierre Bouny, le 23 août 1784, celle de Marie de Montozon ; le 3 janvier 1788, celle de Anne Piquet Duclaud. (prédication) Jean-Baptiste Lasserre prêche, le 6 février 1787, pour la profession de Thérèse du Chassaing de Fonbressin ; le 26 août 1788, pour celle de Madeleine Sicard Descombes. Jean-François Dugoure reçoit les vœux de Anne Piquet Duclaud, le 3 janvier 1788, et prêche, le 15 octobre 1789, la profession de Marguerite Soulier. Il y aurait lieu de faire remarquer, en passant, qu'un certain nombre de religieuses de Sainte-Marthe étaient liées par des liens de parenté avec des Missionnaires. Ainsi, par exemple, la sœur Gabrielle Delage était la nièce du missionnaire Guillaume Delage ; la sœur Françoise Joufre du Repaire était la sœur du missionnaire Houfre des Rivières ; la sœur X. de Flageat était la sœur de Louis de Froidefont, etc... Les Missionnaires remplissaient aussi auprès de la Communauté les fonctions de Directeur ou de Supérieur ecclésiastique. On lit, par exemple, dans le Livre des recettes, à la date du 12 août 1746 : M. Murat, prêtre de la Mission et directeur de notre communauté (224). En cette qualité, il négocia pour les sœurs la vente de pièces d'or, en vue de payer des dettes (225). Plus tard, en 1752, à l'occasion de la profession de sœur de la Roche, il est ainsi mentionné : M. Murat, supérieur du grand séminaire et le nôtre a reçu ses vœux (226). La même qualification est donnée plusieurs fois à M. Gontier de Lalande (227). ------------------------- 224) A.D., Série H, Livre des recettes, p.117. 225) A.D., idem, p. 133. 226) Arch. de Ste-Marthe. 227) A.D., l.c., 6 févr. 1758 ; 14 fevr. 1763 ; 3 fevr. 1768. [123] Après la Révolution, alors que la Congrégation de la Mission n'existait plus, d'anciens missionnaires reprendront la tradition, et interviendront encore à Sainte- Marthe, tels que Gratien de Gastaudias, Louis Devaux et Jean-Baptiste Lasserre. Les rapports des Missionnaires et des Sœurs ne demeurèrent pas sur le plan purement spirituel. La Communauté de Sainte-Marthe parait avoir rendu à la Mission quelques services matériels. Dans le Livre des recettes, on trouve plusieurs versements opérés par les économes de la Mission pour fourniture de savon et blanchissage des collets.

C'est pour ces raisons, que nous venons de dire, et pour d'autres semblables, que le chanoine Joseph Roux croyait pouvoir écrire : S'il en est ainsi et que les missionnaires aient contribué à la fondation de Sainte-Marthe, il n'est pas étonnant de retrouver dans les constitutions de 1650, des articles inspirés par l'esprit même de saint Vincent de Paul. Les deux principaux fondateurs de la mission étaient de grands amis du Saint et c'est à l'instar des Lazaristes que Jean de la Cropte et Pierre de Mèredieu fondèrent leurs missionnaires (228). Malheureusement, nous l'avons démontré au début de cette étude sur la Mission, ces affirmations de l'érudit historien ne sont nullement prouvées, et certainement excessives. Cependant, il n'est pas du tout impossible que par l'intermédiaire de Mgr de Brandon qui, lui, connut personnellement saint Vincent de Paul, l'esprit de charité de celui-ci, son amour des humbles et des pauvres, et son génie organisateur, aient pu avoir une influence au moins indirecte sur l'esprit et l'organisation de ces deux Instituts périgourdins : la Congrégation de la Mission et la Congrégation des Sœurs de Sainte- Marthe. La Mission et les Ursulines Les Religieuses Ursulines furent installées à Périgueux, le 4 octobre 1641, par Mgr François de la Béraudière. Les Missionnaires de la ville furent parfois appelés à leur prêter le concours de leur ministère. Le 23 juillet 1677, le Missionnaire Jacques Chabanier fut mandaté par elles pour agir en leur nom dans une affaire litigieuse. Jacques La Serre préside, en 1691, au nom de Mgr Le Boux, à l'élection de la supérieure Anne de Jay ; le 15 mars 1694, il est délégué par Mgr de Francheville pour l'élection de Françoise de Landry ; le 20 mars 1703, pour la réélection de Marie de Soufron, du temps de Mgr Clément. De même, le 20 mars 1706, pour l'élection de Françoise de Landry. Cette même année, le 2 octobre, il bénit les nouveaux locaux des Ursulines. Le 31 mars 1712, il préside l'élection de Marie de Soufron, et, le 20 mars 1715, sa réélection (229). ------------------ 228) J. Roux, Tricentenaire.., p. 44. 229) Eug. Roux, Les Ursulines de Périgueux, vol. I, pp. 34, 143, 164, 172, etc. Etude très complète et sûre, basée sur documents de première main. [124] Lors des fêtes du centenaire de l'établissement des Ursulines, en France, le 24 février 1718, M. Soufron, supérieur de la Mission et vicaire général, chanta la messe dans leur chapelle, assisté de tout le seminaire (230). En 1789, le missionnaire Gabriel Vergnat fut le procurateur des Ursulines à l'assemblée du Tiers-Etat (231).

Plusieurs missionnaires avaient des parentes parmi ces religieuses : Joseph Soufron et Jacques Chabanier y avaient chacun une sœur ; Pierre Reynier, Jean Dubreuil et Bernard de la Salle y avaient une nièce (232). Chez les Ursulines, les Missionnaires furent également appelés à prêcher les prises d'habit ou les professions, temporaires ou perpétuelles. Jacques La Serre, le 13 août 1684, prêche à la profession de Suzanne La Rue ; le 6 mars 1691, la prise d'habit de Charlotte Souci et, le 26 mai 1694, sa profession ; Le 11 juin 1698, la profession d'isabeau de Hautefort ; le 21 novembre 1698, la prise d'habit de Marguerite Haussire ; le 9 juillet 1699, la profession de Marie de Saunier ; le 6 janvier 1700, la profession de Marguerite Haussire. Jean de Logerie prêche, le 6 juin 1691, la profession de trois sœurs : Jeanne, Marie et Louise de Monferrand. Daniel Beaupoil de Saint-Aulaire, le 8 décembre 1696, reçoit les voeux de Dauphine- Thérèse de Hays. Pierre Reynier, le 12 février 1692, prêche la profession de Jeanne de Lacoste ; le 1er mai 1695, la prise d'habit de sa nièce Marie-Bertrande Reynier, et le 1er novembre 1696, sa profession ; le 23 avril 1698, la prise d'habit de Marie-Anne Lacoste, et le 21 juin 1699, sa profession ; le 10 juillet 1703, la prise d'habit de Louise de Hassacré. Jean Fargeot, le 16 décembre 1692, prêche la prise d'habit de Anne Massoubre ; le 21 janvier 1694, sa profession ; le 8 mai 1698, la prise d'habit de Marie de Saunier. Jean Carrier, le 3 mai 1693, prêche la profession de i1adeleine de Jéhau ; le 24 juin 1697, la prise d habit de Marie de Foucauld ; le 31 août 1698, sa profession ; le 11 septembre 1703, la prise d'habit de Marie-Madeleine Barot ; et le 20 juillet 1704, celle de Catherine Sarlandie ; le 19 octobre 1705, sa profession. Étienne Aranut, le 8 septembre 1704, prêche la profession de Louise de Massacré. Louis Maumont, le 25 janvier 1705, la profession de Marie-Madeleine Barot. Il y en eut certainement d'autres encore entre 1705 et 1775, mais les documents manquent. Le 12 juin 1775, Joseph Desrivières reçoit les vœux solennels de Françoise Flamingt de Bruzac. ------------------ 230) Sem. Rel., 1869, 104 n. 231) Eug. Roux, op.cit.,vol. II,p. 284. 232) Eug. Roux, op.cit., passim. [125] Gabriel Vergnat semble s'être particulièrement occupé des Ursulines. Le 3 octobre 1775, il préside les vœux de Jeanne Theillet ; le 28 avril 1779 la prise d'habit de Sicarie Blondel, et le 11 septembre 1780 ses vœux ; le 20 mars 1780, la prise d'habit de Marie

Sarlandie, et ses vœux le 12 juin 1781 ; le 16 octobre 1781, la prise d'habit de Françoise Lacrompe et ses vœux, le 28 octobre 1782 (233). François-Bernard Morteyrol de la Garenne disait habituellement la messe à Sainte- Ursule. La Mission et la Visitation Les religieuses de la Visitation, elles aussi, avaient les Missionnaires en grande estime et se plaisaient à rendre hommage à leur dévouement et à leurs vertus. Nous avons déjà rapporté le témoignage que leur rendait dans une lettre, en date du 10 mai 1692, la Mère Françoise-Angélique Brulart, du monastère de Dijon, et devenue supérieure de la Visitation de Périgueux. (234). Les lettres circulaires des religieuses Visitandines ne cessent d'attester leur reconnaissance pour les services rendus à leur communauté par les Missionnaires et par les Pères Jésuites (235). Celle du 18 avril 1729 disait : Nous avons (l'avantage) d'avoir toujours la protection et le secours de Messieurs du Grand Séminaire et des RH. PP. Jésuites, qui nous font la grâce de nous fournir de confesseurs extraordinaires et de prédicateurs. On trouve de semblables témoignages dans les circulaires du 1er mars 1731 et 3 février 1732. De même, dans une autre du 3 janvier 1745, la Mère Jeanne Marguerite de Lagarde écrivait : Nous ne pouvons finir cette lettre sans y donner des témoignages publics de notre parfaite reconnaissance pour les bontés dont Messieurs les Missionnaires du Grand Séminaire et les Révérends Père Jésuites continuent de nous honorer, se prêtant avec zèle à tous nos besoins, tant pour le général que pour le particulier de notre communauté. Le dévouement de M. Murat, supérieur de la Mission, était fort apprécié, comme en témoigne la circulaire du 5 juillet 1750 : Nous continuons de faire l'épreuve du zèle de Mrs du Grand Séminaire de cette ville particulièrement de M. Murat, qui en est supérieur, que nous regardons aussi en cette qualité en l'absence de Mgr ; il veut bien encore prendre celle d'ami de notre Communauté et nous en donner des marques dans toutes les occasions ; nous nous adressons pour les confessions extraordinaires alternativement à ces Messieurs et aux RR. PP. Jésuites. Jusqu'à la Révolution, les supérieurs qui se succèdent à la tête de la Mission, reçoivent des témoignages identiques. ---------- 233) A.D., Série H, 23. 234 ) Voir page 70. 235) Arch. de la Visitation, Livre des Circulaires.

[126] M. de Lalande, supérieur de la Mission et Vicaire général du diocèse et tous les Messieurs de cette maison saisissent volontiers toutes les occasions de nous faire plaisir, lit-on dans la circulaire du 1er juillet 1761. Celle du 1er août 1779 affirme que M. Desrivières, maître-école de la Cathédrale, supérieur du séminaire et vicaire général, est regardé par le diocèse" avec justice, comme son guide et son flambeau. Enfin, dit la circulaire du 12 mars 1783, M. Linarès, vicaire général et supérieur du séminaire veut bien avec tous ses autres Messieurs nous continuer les bontés de leurs prédécesseurs. Ces témoignages de reconnaissance s'appuyaient sur des faits. Les Visitandines trouvèrent d'abord dans les Missionnaires des confesseurs et des directeurs de conscience toujours prêts à les faire bénéficier de leur piété et de leur expérience. La Mère Rosa-Angélique d'angennes de Maintenon, décédée le 22 décembre 1665, s'était mise sous la direction de M. Pierre Mèredieu. Elle eut la persuasion très nette d'avoir obtenu plusieurs grâces par son intercession. Parmi 15 confesseurs, dont le dévouement s'est affirmé, on relève : en novembre 1680, M. Poncet Cluniac ; en 1699, M. de Lalande ; en 1700, MM. Destissanas et Reynier ; en 1713, H. Desfarges ; en 1721, M. Fargeot ; en 1730, M. Roche ; en 1757, M. Murat ; en 1782, M. Cubayne ; en 1783, MM. Vergant et Lasserre ; en 1784, M. Dugoure ; en 1787 et 1788, de nouveau M. Lasserre. Quelques missionnaires avaient aussi de leurs parentes parmi les religieuses. Ainsi, en 1741, Jean de Lansade avait deux sœurs, Françoise-Madeleine et Antoinette-Angélique, professes à la Visitation. (236) Les Missionnaires prêtèrent également leur concours pour les grandes cérémonies célébrées dans la chapelle de la Visitation, chose d'autant plus naturelle que la Visitation était alors établie près de la Cité, et non loin de la Mission. En mai 1667, M. Poncet Cluniac prêche le panégyrique de saint François de Sales, le lundi, deuxième jour de l'octave des solennités de sa canonisation ; le cinquième jour, ce fut le tour de M. Dumazeau, supérieur du séminaire et curé de Montrem (237). Vers 1701, Mgr de Francheville, accompagné de Mgr de la Baume Le Blanc, ancien évêque de Nantes, et de tous les Messieurs du grand séminaire, bénit la première pierre (du chœur des Visitandines), où l'on a gravé dessus : Maria concepta est sine peccato ; ayant dédié ce chœur et tout son bâtiment en l'honneur de l'immaculée Conception de la Sainte-Vierge (237). Aux funérailles de Mgr de Francheville, célébrées dans la chapelle de la Visitation, le 27 mai 1702, les Missionnaires et leurs élèves ------------------

236) A.D., not. Chaminade, 5 juin 1741 ; Lavavé, 10 février 1748. 237) Arch. de la Visitation, Circulaires, I, p. 179. 238) Arch. de la Visitation. [127] dirent les vigiles des morts et chantèrent la grand'messe. En 1741, pour le centenaire de la fondation de la Visitation à Périgueux, M. Arnaut assure la prédication, et, le 10 avril, M. Hurat, ancien ami de la communauté, dont (elle) éprouve toujours les bonté, vient avec son séminaire pour assurer le chant et les cérémonies, à la messe et aux vêpres. M. Murat devait prêcher le 3ème jour de la retraite préparatoire, mais ne put le faire étant incommodé. On écrit à son sujet : Ce digne ministre du Seigneur est depuis longtemps un de nos plus solides et sincères amis, ce qu'il nous prouve dans toutes les occasions. Le 5 juillet 1753, le même M. Murat, assisté du séminaire, prend part, le dernier jour du triduum, aux fêtes de la béatification de Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal. En 1764, il bénit la chapelle de la divine Providence, nouvellement restaurée. Les Visitandines rapportent ainsi les solennités de la canonisation de sainte Jeanne de Chantal, qui eurent lieu en 1768 : Messieurs du grand séminaire devaient faire la clôture de notre fête : les pénitents blancs furent les chercher ; ils arrivèrent vers les neuf heures dans notre église : quel clergé édifiant! Plus de cent Prêtres ou aspirants à l'ordre sacré de la Prêtrise ; tous revêtus du surplis, annonçant par leur modestie, par la gravité de leur chant et par la dignité de leurs cérémonies le respect dont ils sont pénétrés pour les divins mystères ; dignes élèves de M. de Lalande leur supérieur, et vicaire général du Diocèse, qui célébra la grand Messe ; elle fut chantée ainsi que les Vêpres en plain-chant musical. A l'issue des Vêpres, M. Sabouroux ancien prêtre du séminaire, ouvrier infatigable dans les missions prononça un discours sur le bonheur des saints (239). Après la Révolution, un ancien missionnaire, Jean-Baptiste Lasserre, qui s'occupait jadis des Visitandines, contribua à la restauration de leur établissement à Périgueux. Il mit à leur disposition, en 1807, la maison du Thouin, située dans le centre de la ville, et dont il venait de faire l'acquisition. C'est à cause de ce geste, que les Visitandines se plurent à le considérer comme un Père et second fondateur. Elles demeurèrent au Thouin jusqu'en 1839. Dans la maison du Thouin, occupée aujourd'hui par les Sœurs de Sainte-Marthe, se trouve, au parloir, un portait de Lasserre, portant la souscription suivante : Bournazel- Lasserre J.B., ancien vicaire général de Périgueux, né à Saint-Maime de Rozens, le 28 janvier 1753. Fondateur du Petit Séminaire de Bergerac. Bienfaiteur de la Visitation. Un autre portrait du même Lasserre existe encore dans le salon du presbytère de St-

Jacques de Bergerac, qui abrita le premier petit séminaire, établi par Mgr de Lostanges, dans les locaux de l'ancienne Petite Mission, également rachetés par M. Lasserre et mis à la disposition de l'évêque. ------------------------ 239) Fondation du 83ème Monastère de la Visitation Sainte-Marie, établi dans la ville de Périgueux le 24 mars 1641, (p.100) ; Condaminas, La Visitation de Périgueux avant 1789, p. 48-49. [128] Nous n'avons parlé que des principales communautés religieuses féminines, avec lesquelles les Missionnaires eurent de fréquents rapports de ministère. Leurs fréquentes interventions et la nature des services rendus témoignent de la haute estime dans laquelle étaient tenus surtout les prêtres du grand séminaire. D'autres communautés de la ville bénéficièrent sans doute aussi de leur ministère. C'est ainsi que pour les professions des religieuses du prieuré de Saint-Benoît, de 1770 à 1789, on voit intervenir MM. de Lalande, Desrivières, et plus particulièrement MM. Linarès et Ducluseau (240). -------------------------- 240) A.D., Série H, N 22. LIVRE TROISIÈME [129] LA FIN DE LA CONGRÉGATION ---------------- Chapitre Premier LA MISSION PENDANT LA RÉVOLUTION 1. - La Mission de Périgueux A la veille de la Révolution, qui allait emporter leur Congrégation, comme d'ailleurs bien d'autres institutions religieuses ou séculières de l'ancien Régime, onze membres de la Mission participèrent à la réunion de l'assemblée générale du Tiers État du Périgord la Mission délégua Jean-Baptiste Lasserre pour la représenter. En voici le procès-verbal :

L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf et le treizième du mois de mars, nous Léonard Linarès supérieur, Antoine Gontier (241), Jean Cubayne, Gratien Pasquet de Gastaudias, Jean-François Dugoure, Jean-Baptiste Lasserre, Louis Desvaux, Martin Lasserre- Bournazel, Jean Brugère, Jean Drivet, Pierre Lacroix, tous prêtres de la communauté ecclésiastique érigée en la ville de Périgueux par lettres patentes du mois de mai mil six cent cinquante un, confirmatives des lettres expédiées le vingt-neuf avril précédent par Monseigneur Philibert de Brandon, évêque de Périgueux, avons nommé Jean-Baptiste Lasserre notre syndic pour comparaître à ladite assemblée. En plus des Missionnaires dont les noms sont donnés dans cette procuration, la Grande Mission comprenait encore probablement, Antoine Lavergne, aum8nier de Sainte- Marthe, Sabouroux, missionnaire prédicateur, et Vergnat Gabriel, qui fut nommé procurateur des Ursulines à la même assemblée. La Petite Mission de Périgueux était alors dirigée par André Joufre Ducluseau, secondé probablement par MM. Bayle, Pierre Bouny, Léonard Dauriac, Jean-Baptiste Dudoignon, Joussen, Louis Labat, Mergier, Tourrier, qui sont donnés dans des documents de l'époque comme missionnaires ou ex-missionnaires. ---------------------------------- 241) Antoine Gontier était curé de Bergerac et supérieur de la Petite Mission de cette ville ; il vint à Périgueux à l'occasion de cette assemblée, ainsi que son confrère de Gastaudias (Voir Jurades, XIII, p. 261). [130] La Petite Mission de Bergerac avait à sa tête Marc-Antoine Gontier de Montirat, assisté de Gratien Pasquet de Gastaudias. Tels étaient les Missionnaires qui allaient entrer en lice pour soutenir, avec des fortunes diverses, le combat de la fidélité à l'église. Le 19 mard 1789, lors de l'assemblée du Clergé, les Missionnaires eurent l'occasion de manifester leur attachement à l'autorité épiscopale. Mgr de Flamarens, ayant exigé que les cahiers particuliers proposés par les membres du Clergé en vue de la rédaction d'un cahier unique, seraient lus à haute voix, en sa présence, et au sein de l'assemblée, et que la rédaction du cahier définitif serait faite en commun, souleva les protestations de la majorité. Sur quoi, l'évêque leva la séance, refusant par la suite de présider l'assemblée. Une scission s'opéra parmi les députés du Clergé, dont une cinquantaine à peine, contre près de deux cents, prirent le parti de l'évêque. De ce nombre étaient les supérieurs des trois maisons de la Mission, Léonard Linarès, Joufre Ducluseau et Antoine Gontier de Montirat, ainsi que les missionnaires J.B. Lasserre, Jean-François Dugoure, Bournazel-Lasserre, Louis Desveaulx, Jean Drivet, Louis Labat et Gastaudias (242). Au début de la Révolution, les Missionnaires poursuivirent leurs œuvres respectives

dans une paix relative, jusqu'à l'époque du serment à la Constitution civile du Clergé, et de la prise de possession du siège épiscopal par l'évêque intrus Pierre Pontard (243). Mgr de Flamarens avait gagné Paris dès le début de la crise révolutionnaire. Malgré ses protestations (244), les partisans de la ---------------------------------- 242) Procès-verbal des délibérations du, p. 35 ; E. Roux, Les Ursulines de Périgueux, II, p. 285-286 ; Bussières, Etudes historiques sur la Révolution, II, p. 191, qui donne une version légèrement différente. 243) L'Assemblée nationale vota le 12 juillet 1790 la Constitution civile du Clergé, sanctionnée le 24 août par Louis XVI. Le 27 novembre, un nouveau décret de l'assemblée contraignait les ecclésiastiques exerçant des fonctions publiques à prêter serment à cette Constitution, décret ratifié par la sanction royale du 26 décembre. Le Pape Pie VI condamna ce serment par bref du 10 mars 1791. 244) Circulaire aux électeurs du département de la Dordogne, datée du 10 mars 1791, et expédiée de Paris. Mgr de Flamarens ne revint plus en Dordogne. De Paris, il gagna Londres, d'où il donna à son vicaire général Poumeau une délégation pour gérer les affaires ecclésiastiques. Il délégua en outre des pouvoirs très étendus à quelques uns de ses prêtres, parmi lesquels M. Linarès, supérieur du grand séminaire et vicaire général, et J.B. Lasserre, ainsi que le frère de ce dernier Martin Lasserre- Bournazel (Cf. Rocal. De brumaire à Waterloo, II, p. 10.) [131] Constitution se réunirent, le 27 mars 1791, dans la cathédrale de Saint-Front, et, le 30 mars, ils élurent comme évêque de la Dordogne Pierre Pontard, curé-archiprêtre de Sarlat, par 278 voix sur 421 votants. Pontard se fit sacrer à Bordeaux, le 3 avril suivant, par l'évêque constitutionnel des Landes, Jean-Pierre Saurine. Pendant ce temps, les Missionnaires étaient inquiétés pour la question de leurs biens ; ils durent subir d'abord les inventaires, dont nous avons parlé à propos de leurs biens (Livre I, ch. VI). Ils demandèrent au district, plus tard, de conserver l'administration de leurs biens au titre de l'année 1790 ; la question fut déférée au Corps législatif (245). Mais, nous laisserons de côté ces questions, pour considérer de préférence ce que fut leur rôle dans le maintien de l'orthodoxie religieuse. Lorsqu'il vint à Périgueux, le 1er avril 1791, avant son sacre, l'évêque élu de la Dordogne avait prononcé un discours pour affirmer son attachement à la Religion, à la Patrie et à la Constitution. Après avoir essayé de réfuter l'imputation d'intrusion que lui faisait Mgr de Flamarens, il fit cette déclaration : Je sais que quelques prêtres ont répandu des écrits dont les citoyens ont repoussé les principes. Ce motif suffira pour m'inspirer de la défiance envers ces prêtres ; car je vous promets, Messieurs, d'être très vigilant à surveiller toutes ces tentatives fanatiques, antisociales. Votre patriotisme arrêtera l'aristocratie séculière, et mon activité l'aristocratie ecclésiastique (246).

Il y avait là une menace suspendue dur les Missionnaires, car, à n'en pas douter, c'était eux qui étaient particulièrement visés : la suite des évènements ne tardera pas à le démontrer. Dès le début de l'application de la Constitution civile du Clergé, les Missionnaires s'étaient jetés dans l'opposition, dans la résistance, et par la plume et la parole soutenaient l'ardeur des résistants, tant du clergé que du peuple, de ceux qu'on appelait les non-conformistes (247). ---------------------------------- 245) A.D., L 842, N 141. 246) A.D., L 2. 247) Dès le début de sa "Lettre à MM. les Missionnaires de Périgueux de la part de l'évêque, précédée d'une Histoire abrégée de leur conduite envers P. Pontard, évêque du Département de la Dordogne, à Périgueux, de l'imprimerie des Amis de la Constitution et de M. l'évêque, an M.DCC.XCI," Pontard avoue que la plupart des prêtres : non-conformistes ne se conduisent que par l'organe des missionnaires (Histoire abrégée, p. 3). A ce propos, il serait intéressant de se demander si le nombre des prêtres insermentés fut nombreux, en Dordogne? Dans son livre sur "La mission du conventionnel Lakanal", Labroue écrit : "Aux arch. mun. Bergerac se trouvent d'intéressantes lettres de prêtres assermentés. Dans la "Révolution française" du 14 décembre 1907, M. Ph. Sagnac a réfuté (p. 509) l'affirmation de M. Sciout, que le serment fut refusé par la majorité ; il a montré, dans la "Rev. d'hist. mod." de nov. 1906 que, d'après les résultats connus (environ 500 sur près de 700), la proportion des assermentés fut de 81 % dans [132] La Petite Mission de Périgueux fut un des principaux foyers de l'orthodoxie. ------------------------------ la Dordogne"(p. 143 n. 3) Cette assertion est erronée. L'auteur d'ailleurs n'a même pas contrôlé les effectifs du clergé, qui étaient bien supérieurs à ce qu'il dit. D'où un doute sur la base de sa documentation! D'après de Boysson : "Le Clergé périgourdin pendant la persécution révolutionnaire", p. 48, il y aurait eu environ 800 prêtres séculiers en Périgord. Brugière estime à environ 1.300 prêtres, le clergé des deux diocèses de Périgueux et de Sarlat, en 1789 (Livre d'or,p.xli), parmi lesquels 546 participèrent aux élections de l'assemblée du Clergé. Dans une "Adresse des administrateurs du Directoire du Département de la Dordogne à M.M. du Comité ecclésiastique", envoyée de Périgueux en date du 29 mars 1791, on lit : "Nous avons reçu, Messieurs, votre lettre du 17 du courant par la quelle vous nous demandez l'état de tous les fonctionnaires publics ecclésiastiques qui n'ont pas prêté le serment. Par le courrier prochain nous vous envieront ce tableau qui a été retardé jusqu'à présent parce que sur près de 800 curés à peine 300 avaient satisfait à la Loi, le nombre des bons et fidèles pasteurs s'accroit de jour en jour en sorte que nous vous ferons passer un tableau un peu plus consolant. Vous ne devez pas être étonnés de cette résistance, la grande ignorance de la plupart de ces ecclésiastiques, trois congrégations de Missionnaires, beaucoup de ci-devant privilégiés, ont étouffé le patriotisme et par des manœuvres coupables, ont propagé les mauvais principes. La très prochaine circonscription des paroisses va faire cesser toutes ces manœuvres et nous fournir les moyens de remplacer les réfractaires " (Arch. Nat., D XIX 94). Une liste conservée aux A.D. (Série V, 46), nous montre en l'an VI le clergé constitutionnel ne comptant que 130 membres pour les deux diocèses de Périgueux et de Sarlat (Brugière, op. cit., p. XLV).Quant aux prêtres non constitutionnels qui auraient prêté le serment à la Constitution, leur nombre n'en semble pas très grand.

D'après Sciout, sur 800 prêtres périgourdins, 300 seraient assermentés. L'abbé Brugière et de Boysson trouvent ce chiffre exagéré (de Boysson, op.cit.,p. 119). Dans le district de Périgueux, écrit Brugière, "vingt-neuf paroisses sont vacantes pour refus de serments ; dans le district de Bergerac le nombre est plus considérable ; à Ribérac, le refus est presque général ; à Sarlat, Pontard nous apprend qu'il prêta le serment quoique entouré de quarante-quatre prêtres qui le refusèrent " (p. XLIV). De Bergerac, un ami de Joseph Chaminade, M. Lebeuf, lui écrivait en janvier 1791 : "Mon cher Minet, la cérémonie du serment finira dimanche par la moinaille. Un de nos messieurs, le seul déserteur du clergé séculier, eut les honneurs de la guerre, fut déclaré aumônier du régiment et passa sous les drapeaux, marque d'honneur qui, dans la belle antiquité, était un caractère d'esclavage" (Simler, op.cit., p. 35). Joseph Chaminade écrivait lui-même de Mussidan, le 2 février 1791, à Pontard, encore à Sarlat : Il J'ai eu bien du plaisir d'apprendre que tous les curés de votre pays étaient résolus de ne prêter le serment qu'avec les restrictions convenables : vous pouvez compter que, dans ce pays, il y a une fermeté digne des premiers siècles de [133] Le missionnaire Bayle, tard venu à la Mission, s'était distingué entre tous. Il avait même pris directement à parti l'organe des --------------------------------------------- "(Lettres de M. Chaminade, t, I, p. 2-3). Le plaisir éprouvé par Chaminade ne fut sans doute pas partagé par son correspondant surtout dans les mois qui suivirent. La manière dont l'évêque constitutionnel s'en prend aux Missionnaires laisse entendre que nombreux étaient les prêtres qui, à l'exemple de leurs formateurs, refusèrent le serment. Un témoin de l'époque, le chanoine Duchazeaud, écrivait vers 1825 : " On évalue le nombre des prêtres, à cette époque, dans l'ancien diocèse de Périgueux, à neuf cents environ ; en y comprenant Sarlat, on pourrait porter ce nombre de douze à quinze cents. Les prêtres mariés et véritablement apostats furent en très petit nombre dans nos deux diocèses. Comme partout, une certaine quantité prêta le serment et se jeta dans le schisme, mais toutes ces défections ne furent jamais qu'une bien faible minorité et parmi eux, ceux qui n'étaient que dans l'erreur, se rétractèrent plus ou moins promptement, surtout quand ils virent les décrets de proscription et de bannissement qui précédèrent ou suivirent la mort de l'infortuné Louis XVI. Toutes les paroisses devinrent veuves de leurs pasteurs. Les campagnes furent abandonnées à quelques jureurs qui ne purent résister longtemps au mépris qu'ils inspiraient" (Le martyrologe de la Révolution pour le diocèse de Périgueux, publié par Mayjonade, p. 3). D'après les pointages que nous avons essayé de faire nous-mêmes sur les données de Brugière, qui semble avoir étudié avec précision cette période, nous avons relevé la mention de 421 insermentés, de 136 assermentés, dont 43 se rétractèrent peu après, et dont 6 firent le serment avec de telles restrictions que les municipalités les considérèrent comme insermentés. Pour les autres, on n'a pas de précision, mais bon nombre souffrirent pour la foi, ce qui autorise à penser qu'au moins un certain nombre furent considérés comme insermentés, ou ayant rétracté le serment. Sans doute, d'après le Tableau des prêtres proposés pour desservir les paroisses et succursales, dressé le 6 brumaire an XI, on peut compter environ 284 prêtres assermentés et 237 insermentés ; mais on constate que beaucoup d'assermentés viennent d'autres diocèses ou d'ordres religieux dissous ; ils étaient donc loin d'appartenir au clergé périgourdin. La présence de Mgr Lacombe sur le siège de Périgueux, explique cet afflux d'étrangers assermentés, comme aussi pourquoi bon nombre de prêtres demeurés fidèles préférèrent s'agréger à d'autres diocèses (Cf B.H.A.P., 1912, 88 n. 2). D'après une note des Archives de l'évêché de Périgueux (Série A, dos.27), sur les 537 prêtres du nouveau clergé, organisé le 6 brumaire an XI, il y avait 358 insermentés, 171 assermentés, dont 8 prêtres constitutionnels. Cela n'est pas conforme au Tableau donné par Brugière. Sans porter un jugement définitif sur la question, nous nous croyons en droit de penser que pour le moins les trois cinquième du clergé demeurèrent fidèles, et c'est tout à l'honneur des Missionnaires de Périgueux et des Lazaristes de Sarlat, qui en furent les formateurs. Pour porter un jugement équitable,

il y aurait lieu aussi de tenir compte des divers serments, de valeur diverse, auxquels furent soumis les prêtres, ce qui peut conduire à des confusions. [134] conformistes, le Journal patriotique. Ce dernier riposta, le 3 juillet 1790, en dénonçant l'ignorance crasse et la mauvaise foi des missionnaires qui, disait-il, ont causé plus de maux que la peste et la guerre ". Quant à Bayle, on le représentait comme un homme dont on ne connaissait "ni l'origine, ni la Patrie", et il fut chaudement recommandé" à ceux qui avaient des injures à faire écrire. Le Journal finissait par déclarer, le 6 mars 1791, qu'on ne parlerait plus de Bayle et qu'on ne lirait plus ses élucubrations. N'empêche que les patriotes se sentaient piqués au vif, et ils en vinrent à dénoncer comme un péril imminent l'attitude des missionnaires, qui offraient, disaient-ils, dans leur maison un rendez-vous à tous les prêtres réfractaires du Périgord (248). Au moment où vont commencer les démêlés entre Pontard et les missionnaires, ceux-ci, attendant des jours meilleurs, avaient renvoyé leurs élèves, dès la fin de juillet 1790. Le 26 février 1791, ils avaient obtenu du Directoire du Département un prêt auxiliaire de 1.200 livres pour compenser les dettes faites au cours de l'année précédente pour des causes diverses : frais extraordinaires, non paiement des fermes, etc. (249). Le 2 avril suivant, le supérieur de l'établissement était autorisé à emporter son mobilier personnel (256). Quand Pontard vint prendre possession de son siège, le 8 avril 1791, il s'installa d'abord au Palais épiscopal, mais le Département, désireux d'y installer ses bureaux, pria l'évêque de chercher un autre logement ; ce qu'il fit d'assez bonne grâce. Après avoir occupé un certain temps un logis de fortune chez un particulier, il jugea bon de demeurer définitivement" dans la maison ci-devant nationale, vulgairement appelée Petit Séminaire" (251), où ainsi il se trouva porte à porte avec les missionnaires (252). La lutte entre l'évêque constitutionnel et les missionnaires s'engagea bientôt. Elle prit d'abord la forme d'une controverse doctrinale, où l'ancien curé de Sarlat fit preuve d'une certaine science, mais bien mal employée. Dans sa Lettre à MM. les Missionnaires de Périgueux, il a raconté lui-même l'histoire de ses passes d'armes avec eux. Il proposa d'abord aux missionnaires des conférences publiques et contradictoires, puis même" un rendez-vous dans la campagne, en forme de promenade, où il leur communiquerait des notions (qu'il avait) lieu de présumer leur être échappées, malgré l'assiduité de leur application (253). Les missionnaires, méfiants, et qui du reste n'avaient rien à apprendre de Pontard en fait de doctrine, se refusèrent à ces pourparlers, préférant recourir à leur plume. ------------------------------ 248) A.D., L 5.

249) A.D., L 2, N 287. 250) A.D., L 2, N 562. 251) A.D., L 34 ; Crédot, op.cit., p. 198. 253) Lettre aux missionnaires, p. 4. 254) Histoire abrégée. p. 5. [135] L'un d'eux, le 20 mai, fit donc remettre à Pontard une lettre formant un in-folio de 31 pages, et datée du 15 mai. Elle était adressée à M. Pontard, place du Coderc, N 1. Notez, précise l'évêque dans son factum, que nous sommes porte à porte, et l'emploi du terme Nous, lui donne à penser que cette lettre est l'œuvre commune des collègues de l'auteur. Peu de temps après, Pontard recevait par le sieur Brian, portier du séminaire, une deuxième lettre, signée d'un autre missionnaire, et non datée, où l'auteur proposait luimême la manière d'organiser les débats que Pontard voulait établir. La conférence aurait lieu par lettres missives ; chacun exposerait ses raisons, avec réponse du contradicteur, et le tout serait imprimé en trois colonnes : une pour l'exposition de la doctrine, une autre pour la réponse de Pontard, la troisième pour la réplique à cette réponse. Et le missionnaire concluait : "Nous signerons l'un et l'autre. L'amour de la vérité me fait désirer ardemment que vous acceptiez ces conditions. La modération dont je ferai usage, la liberté des opinions et de la presse, mon attachement connu pour la constitution, en ce qui regarde le temporel et le civil, me sont un garant qu'il n'y a rien de téméraire dans ma démarche". Ces deux lettres eurent pour effet d'exaspérer Pontard. Quel mal, s'écrie-t-il, ne doivent pas opérer des présomptueux de cette espèce! Il est donc démontré que quand MM. les Missionnaires n'auraient, dans leur corporation, que ces deux docteurs voués à l'infaillibilité, rien n'est plus instant que de rendre le public juge de leur doctrine. Car, d'après les impressions qu'ils ont répandues dans la ville et dans le département, sur ma prétendue pusillanimité, je no puis, sans prévarication, ne pas chercher à dissiper des préjugés aussi contraires à la vérité, et si détracteurs des vrais principes. Je suis fâché de ne pouvoir pas isoler plusieurs prêtres recommandables de cet ancien corps vraiment digne de respect, qui, infailliblement, voient avec indignation quelle est la conduite de leurs confrères. Je ne crois pas devoir néanmoins nommer les coupables, pour ne pas les compromettre aux yeux d'un peuple qu'ils disent redouter. Si, en se vantant comme ils le font, ils se trouvent déjà compromis, c'est leur ouvrage et non pas le mien. Peut-être, leur imprudence servira-t-elle de justification aux vénérables vieillards que je n'ai pas l'intention d'attaquer, et dont le mérite et les lumières seront toujours pour moi un objet de vénération, quelle que soit leur façon de penser. Je reviens à mes deux écrivains. J'ai eu le temps d'apprendre quelles sont leurs vaines objections ; ils tranchent sur tout avec un ton d'infaillibilité et de suffisance, que les Descartes et les Nicole n'auraient pas osé s'arroger. J'ai conféré avec leurs disciples ; j'ai lu la lettre in-folio de 31 pages, qui contient toute leur infaillibilité. Je vais combattre des faux braves, sauf à les voir venir

avec leur armure inexpugnable. En attendant qu'ils se présentent sur l arène, démontrons leur qu'ils prennent constamment des usages pour des droits et des opinions erronées comme les leurs, pour des principes incontestables. Je fais imprimer un ouvrage qui démontre ces Messieurs, tels qu'ils sont, c'est à dire, souverainement présomptueux et complètement ignorants. Le public jugera de l'étendue de leurs connaissances ; ils ne seront pas assez inconséquents pour ne pas oser se défendre, eux qui disent m'avoir fait reculer par l'effroi seul d'une proposition. [136] Hélas! MM. les Missionnaires ont fait en cette année plus de mal, par l'abus de leur ignorance, que les plus savants Missionnaires n'ont opéré de bien par l'usage de leurs lumières, durant tout le temps de leur existence (254). On remarquera dans ce passage l'habileté avec laquelle Pontard prétend établir une distinction entre les Missionnaires, ceux qui ont droit à la vénération, et les autres..., comme si c'était à regret qu'il était contraint de mettre en cause la Mission elle-même. Mais, il se reprend vite en dénonçant les Missionnaires en général, et en les vouant tous à la réprobation publique, comme les pires ennemis de la Constitution. La "Lettre à MM. les Missionnaires de Périgueux", qui suivait immédiatement l'histoire abrégée, débute ainsi : Rien ne démontre mieux le mal que vous pouvez faire à l'avenir, Messieurs, quoique vous soyez dispersés, que le mal que vous avez déjà fait. Il est de toute notoriété que les endroits où vous êtes établis, ainsi que ceux où vous avez une influence particulière, sont totalement infestés des principes les plus contraires aux droits des peuples et au bien public. Les non-conformistes sont sans nombre, partout où vous vous trouvez, par votre présence ou par vos conseils. Quoi, Messieurs, si vous savez si bien apprendre aux autres les droits respectifs de chaque particulier, vous croirez qu'il est indigne de votre érudition, de savoir quels sont les droits de tout un peuple? Recevez, Messieurs du séminaire de Périgueux, cette leçon importante. Elevé par vous-mêmes, accoutumé à rendre hommage à vos vertus, je connais vos qualités et vos défauts. Je me serais contenté d'admirer vos bonnes mœurs et votre science même, à certains égards, sans me permettre de dévoiler votre ignorance et la fausseté de vos maximes en fait de droit public, si chaque jour ne me représentait le tableau du mal que vous avez opéré, et si le mal passé ne me menaçait d'un bien plus grand désordre que vous pourriez consommer dans le diocèse. Ayant bien démontré à qui s'adressaient ses discours, Pontard poursuit sa lettre, véritable opuscule de 43 pages, où il s'efforce, à grand renfort d'érudition et de distinctions, d'établir la légitimité de la Constitution civile du Clergé et celle de son propre pouvoir épiscopal, le tout conformément aux principes de l'église gallicane. On sent que Pontard répond point par point aux objections faites par les missionnaires, ce qui lui procure, en passant, le malin plaisir de leur décocher quelque ruade... Mais, si paradoxal que cela puisse paraître, jamais plus bel hommage n'aura été rendu

aux Missionnaires, que par leur adversaire lui-même. Ce témoignage n'en n'est que plus appréciable. Après avoir reproché aux missionnaires de n'avoir pas examiné "au poids du bon sens" leurs arguments, Pontard continue : Telle a été votre conduite, Messieurs, à l'aspect de la constitution civile du clergé. Voyons, avez-vous dit, si elle s'accorde avec ce qu'enseigne la théologie, cette chère théologie qui parait -------------------------------- 254) Histoire abrégée, p. 6-7. [137] l'idole de votre cœur. Vous avez à l'instant passé en revue les conciles et les docteurs, vous gardant bien de donner un coup d'œil à Fleury, qui vous aurait ramené à la véritable voie : vous vous êtes rappelés les thèses que vous avez soutenues et que vous avez fait soutenir dans votre séminaire ; vous avez reconnu que les décrets de l'assemblée nationale renversaient certains décrets des conciles, et presque toutes vos thèses ; votre théologie s'est trouvée furieusement déroutée. Où en sommes-nous, avezvous dit? O temps, 8 mœurs! et vous avez conclu à l'instant que la religion catholique parmi nous était perdue. Savez-vous, Messieurs, que par une méthode aussi déraisonnable, loin de rendre service à cette religion divine, vous lui faites le plus grand tort, loin~ de la soutenir et de la défendre, vous concourez à l'affaiblir et à la perdre. Pontard montrait ici le bout de l'oreille de son gallicanisme, et on comprend les raisons des missionnaires de ne vouloir pas discuter en public avec un esprit de cette sorte. La position de l'évêque, telle qu'elle est établie dans sa lettre, est un tissu ininterrompu d'erreurs les plus manifestes, que du reste Rome avait déjà condamnées. Mais, passons.. Revenons à la lecture de cette lettre, où, en combattant la doctrine des missionnaires, Pontard leur décerne à son insu, les plus beaux éloges, notamment celui d'avoir contribué puissamment à maintenir les saines doctrines. "Vous surtout qui m'entendez bien, poursuit-il, vous avez fait rétracter le serment à un vicaire en particulier, que j'avais décidé à demeurer fidèle. Vous avez fait des maux vraiment irréparables : l'hommage d'un repentir qui vous honorerait, serait de travailler à faire revenir les ministres que vous avez égarés, et les jeunes lévites que vous avez endoctrinés. Et, plus loin : Ne pensez pas que je plaisante, quand j'entends répéter ce que vous répondîtes à MM. les vicaires qui furent vous visiter de ma part, savoir que vous étiez décidés, que tout était inutile, que jamais vous ne reconnaîtriez d'autre évêque que M. Flamarens. Le malheureux ose même ajouter : Souvenez-vous que si vous ne vous pressez à rappeler ceux que vous avez égarés, je vous en demanderai compte au jugement de Dieu. Je vais rendre cette lettre publique pour prendre à témoin tout le département qui m'est confié, de la sommation que je vous fais, du compte que je vous demande, et une

preuve de votre ignorance que je serais tenté de regarder comme volontaire, si je ne connaissais votre mérite. Mieux encore, Pontard joue au prophète, et s'en prenant aux méthodes mêmes d'enseignement des missionnaires, il s'écrie : O théologie scolastique, tous tes ERGO et tes IGITUR disparaîtront avec ceux qui en faisaient profession! Je ne souffrirai plus qu'on rende l'esprit des disciples pointilleux, comme on l'a fait chez vous, et les professeurs infaillibles, parce que dans une matinée ils trouveront dix DISTINGUO. La scolastique, souffrez patiemment que je vous le dise, cette scolastique dont vous êtes si amoureux, a tout dénaturé par ses expressions gothiques et impropres La prose de Pontard est depuis longtemps tombée dans l'oubli, et la scolastique continue d'être encore aujourd'hui la méthode suivie dans les séminaires... [138] Pontard dénonce ensuite l'intransigeance des missionnaires : Je suis au désespoir, dit-il, qu'un de vos confrères se soit montré assez simple pour refuser d'admettre une dispense de bans, provenant de ma part, sous prétexte que je n'ai pas la mission légitime ; il est bien juste, à la vérité, que vous expiez tous l'ignorance que vous avez cherché à propager par des inconséquences aussi puériles. Et maintenant, relevons sous sa plume ce magnifique aveu : Aussi rien de plus édifiant que la docilité religieuse d'une infinité de personnes qui n'allaient pas, avant l'espoir et le besoin d'une contre-révolution, seulement à la messe. Les missionnaires édifiés d'une si sainte recrue, croyant avoir reçu la double clef du paradis, vont tout triomphant de cloître en cloître, et de l'hôpital à la manufacture. Je suis fâché d'entrer, Messieurs, dans des détails qui m'humilient ; mais si je ne dévoile tout plein de petitesses, le diocèse est perdu, le christianisme aussi. Au reste, je n'apprends rien à personne qu'à ceux qui ont besoin en effet de l'apprendre pour leur bien particulier. Quel bien n'auriez-vous pas pu faire, moyennant votre réputation qui est bien méritée? Car personne ne vous estime plus que moi. Mais c'est votre réputation même qui me met dans le cas de déceler votre ignorance, parce que vous en imposez bien plus, sous ce rapport, que sous celui de la science. Je vous craindrais bien moins, ou je ne vous craindrais pas du tout, si vous n'étiez vraiment dignes de la confiance publique, par l'ensemble de vos vertus. Ce n'est pas la malignité ni la vengeance qui m'agitent ; c'est uniquement mon devoir qui dirige ma plume ; si le fiel en distille par temps, c'est qu'aujourd'hui les partis de l'opposition se prévalent du ton de la modestie, et qu'ils le désignent comme un symptôme de faiblesse. On ne me fera pas ce reproche, du moins vous ; c'est là tout mon objet ; car je n'ai point en vue de vous ôter votre réputation. Puissiez-vous rendre honneur à la loi, et vouloir accepter quelque place ; j'en serais ravi de plaisir! Je vous affectionne bien sincèrement ; soyez-en, je vous prie, tous convaincus. Ces sentiments de profonde sympathie n'empêchent pas pourtant Pontard de conclure en ces termes :

C'est par une suite de ces principes qui vous sont communs, quoique vous disiez n'avoir pas lu (la lettre aux 30 pages de votre confrère), que vous avez appris à MM. les curés à désobéir, à résister à des décrets qui ont établi un si bel ordre dans l'église comme dans l'état, et à autoriser par votre exemple la rébellion et l'anarchie. Vous ne seriez pas vous-mêmes, Messieurs, de leur nombre, sans votre présomption, et vous ne seriez pas la cause de l'infortune d'un grand nombre de vos disciples, qui probablement ne se sont décidés que sur la parole de leurs maîtres, si vous aviez cru devoir consulter au lieu de devenir les conseillers des autres. Ah! quels reproches vous réservez-vous pour le temps et pour l'éternité! Vous que l'église avait chargé de ses plus tendres espérances, c'est vous qui avez dissipé et mis en fuite une troupe de lévites qui faisaient l'espoir de la religion. Votre ignorance, vos manquements n'altèrent en rien les sentiments fraternels avec lesquels je suis, P. Pontard, évêque de la Dordogne. Ces reproches du constitutionnel n'atteindront pas les missionnaires, ni dans le temps ni dans l'éternité. Au contraire, ce sera leur [139] mérite d'avoir forcé leur adversaire à s'incliner devant leurs vertus, que les générations postérieures ont ainsi apprises plus particulièrement et explicitement de la bouche même d'un témoin non suspect de partialité. Pontard est fier de son œuvre littéraire. En post-scriptum, répondant à une autre lettre, signée d'un missionnaire, et qu'il venait de recevoir alors qu'il reposait sa plume, il ajoute sans rire : C'est ainsi que je me trouve avoir fait un chef-d œuvre, en répondant à la provocation de MM. les missionnaires. Plus ils écriront, et plus ils mettront au grand jour ces erreurs clandestines dont ils inondent le département. Le prélat nous apprend encore, ce dont nous lui sommes reconnaissants, une autre forme de l'activité apostolique de ses adversaires : N'est-il pas tout à fait inconcevable que des prêtres qui prétendent que je suis évêque illégitime, faute de mission, s'immiscent de travailler dans un diocèse qui est le mien, par la teneur de la loi, sans aucune mission de ma part? Eh! s'il faut une mission, outre l'ordination, montrez quelle est la v6tre? Nous la tenons de M. Flamarens, me direzvous ; mais, ignorants que vous êtes, commencez donc par démontrer que, contre le précepte de J.C., M. Flamarens a le droit de se maintenir dans une cité dont la loi constitutionnelle le rejette... L'exercice de vos fonctions, que je déclare être contre mon gré, est donc un scandale public, dont vous vous rendez coupables tous, non seulement aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu même. " Vous êtes aussi, Messieurs, les grands proclamateurs de quelques brefs que l'on dit arrivés de Rome. Qu'ils en viennent ou non, leur influence n'en est pas moins frappée de nullité par les libertés de l'église gallicane Pour un champion de l'orthodoxie, c'était aller un peu loin! A bout d éloquence, Pontard rentre ses griffes et en une adjuration suprême, il termine en s'adressant aux

missionnaires : Croyez m'en, finissons nos débats, vous êtes de bons prêtres, et je suis rempli de bonne volonté: je vous passe vos écrits, vos propos, passez-moi de même les éclats d'une sensibilité qui, dans l'intérêt du bien, a cru ne devoir pas se concentrer. Entendonsnous ; voulez-vous être mes coopérateurs aux saintes fonctions de l'apostolat. Puissent vos cœurs éprouver pour moi ce que mon cœur ressent pour vous! Pontard ne devait pas être très confiant dans les effets de son exhortation, puisqu'il jugea nécessaire d'ajouter encore un dernier avertissement. Ainsi s'achevait la première phase de la lutte doctrinale contre les missionnaires. Après leur refus de prêter le serment à la Constitution civile du Clergé (255), le combat reprit, mais sous une forme plus nettement agressive. Il préluda par la publication d'un Avertissement, où Pontard prenait à parti ses contradicteurs : -------------------------- 255) A.D., L 3. [140]... Vous ne cessez de ma harceler de vaines bravades ; vous faites croire à tout le monde que vous m'avez, au seul aspect d'une proposition, forcé à garder le silence J'ai souffert, jusqu'à ce moment, toute cette vaine ostentation ; je n'ai fait qu'opposer des égards à tous vos manquements. Vous prétendez que je n'ai osé entrer en lice avec vous, et pouvez-vous ignorer que j'ai déjà fait mettre au jour des milliers de volumes qui renferment mes opinions.. Je leur envoie un catéchisme ; ils en ont bien besoin, ils auraient dû l'apprendre par cœur, avant d'endoctriner les autres. J'ai dit que je répondais de l'aristocratie ecclésiastique ; oh! j'en réponds, en effet, car jamais un prêtre non assermenté n'aura mon approbation. Un deuxième Avertissement, sans grande importance, était en même temps adressé aux fidèles. Toute cette polémique n'allait pas sans dépenses. Dans son Adresse aux fidèles, du 25 août 1791, Pontard avoue avoir" déjà sacrifié une somme de 3.332 livres aux frais de presse", et il concluait :... Je défie bien hardiment toute la science de MM. les missionnaires, qui font tant valoir le titre de M. Flamarens, je les défie, dis-je, hardiment, de porter la moindre preuve qui constate la légitimité du titre de ce prélat. Je ne dis pas cela pour leur chercher dispute, mais pour me défendre ; d'ailleurs entre prêtres il est permis de désirer de parler raison ; au lieu de déchirer sans cesse au préjudice de la raison. Ce serait un compte bien terrible, que de demander raison à ces Messieurs de leurs propos et de leurs assertions téméraires ; Dieu veuille leur accorder autant de charité, qu'ils ont besoin de défiance en leurs propres lumières. En vue de rentrer dans ses débours, Pontard adressa à l'assemblée nationale, en juillet

1791, un exposé des dépenses extraordinaires qu'il avait dû faire, et où il disait notamment :... 3, évêque d'un département le plus étendu et le plus infecté des préjugés du fanatisme et de l'aristocratie, ayant à combattre deux évêques coalisés qui l'ont attaqué alternativement et quatre corps de Séminaires, placés à des distances considérables, à Périgueux, à Sarlat, à Bergerac et à Mussidan, il a dû pour se mettre en défense faire circuler plusieurs ouvrages propres à répandre les lumières ; en effet, les membres de ces séminaires ont pris à tâche de se transporter loin de leurs demeures pour vaquer à des missions sourdes et anti-civiques. "Pierre Pontard placé au sein de ces obstacles et ne pouvant que par ses écrits multipliés arrêter les progrès de ces missions anti-patriotiques, a été forcé de faire imprimer... (ici il énumère ses écrits et les frais d'impression). Cette dépense est bien considérable, mais les préjugés étaient si invétérés et les prêtres si zélés à les maintenir qu'il aurait fallu l'intervalle d'un siècle pour dissiper tous ces obstacles si on ne les eut attaqués par cet ensemble de lumières... Il (lui, Pontard) n'a pas été trompé, car malgré les deux prélats et leurs commis, M.M. les Missionnaires, il a la satisfaction de ne leur avoir pas cédé un pouce de terrain... (256). ------------------------------ 256) A.N., D XIX, 94. [141] Cependant, l'évêque constitutionnel poursuivait d'autres projets, notamment celui d'établir un séminaire à lui, conformément d'ailleurs aux prescriptions de la Constitution civile du Clergé. Il écrivit au procureur syndic du District de Périgueux pour qu'on lui attribuât un local apte à cette organisation. Le Directoire pensa lui concéder les bâtiments de la Petite Mission. En conséquence, il invita les missionnaires, le 27 mai 1791, à faire la justification de leur propriété du petit séminaire, et leur accorda huit jours pour se procurer les titres justificatifs ; sinon, ils devraient vider les lieux (257). Les missionnaires répondirent en demandant à titre de dédommagement pour la vente de la majeure partie de leurs biens, une indemnité de 250 livres par trimestre pour chacun d'eux, et de 100 livres pour les frères, de même que la jouissance de la partie de la maison qu'ils habitaient. 1e District jugea cette demande inconciliable avec la nécessité de procurer à l'évêque un logement commode et voisin de l'évêché pour le séminaire qu'il se proposait de constituer. 1e 7 juin 1791, il prenait donc cet arrêt : 1 les missionnaires devraient vider les lieux dans le délai de quatre jours francs ; 2 ils pourraient emporter leurs meubles personnels, les autres devant être laissés après inventaire à la disposition du supérieur du séminaire, qui serait installé par

l'évêque ; 3 ils n'auraient plus le droit d'enseigner la théologie et la morale ; 4 l'indemnité demandée serait accordée provisoirement. Connaissance était donnée à l'évêque de cet arrêt, afin qu'il pût achever l'organisation de son séminaire (258). Le 11 juin, Pontard, ayant demandé au District la cession des meilleurs livres, tant des deux ci-devant séminaires, que des maisons ci-devant religieuses supprimées, pour former la bibliothèque de son séminaire, le District ordonna que la bibliothèque du grand séminaire serait provisoirement transférée après inventaire au petit séminaire, destiné à devenir le séminaire diocésain (259). Deux commissaires du Directoire furent alors chargés de vérifier l'état des lieux. Le 15 juillet, ayant constaté l'état de délabrement du petit séminaire, il fut décidé qu'on procèderait aux réparations les plus urgentes. Feytaut, vicaire de la cathédrale, chargé par Pontard de surveiller les réparations, adressa au Directoire une demande de fourniture de meubles nécessaires à l'aménagement du séminaire. Le Directoire, considérant que les Missionnaires à leur sortie du petit séminaire l'avaient laissé dans le plus grand délabrement et presque sans meubles, alloua à Feytaut, le 6 août 1791, la somme de 2.200 livres pour pourvoir à l'ameublement, aux réparations et à l'approvisionnement du nouveau séminaire (260). --------------------------------- 257) A.D., L 3, N 126. 258) A.D., L 3, N 172. 259) A.D., L 3, N 206. 260 A.D., L1 3, N 335, 361, 446. [142] Le séminaire constitutionnel fut bientôt prêt à recevoir son nouveau personnel, dont l'archiprêtre du Bugue, Peyssard, prit la direction, assisté de quatre vicaires épiscopaux. Mais les élèves firent défaut ; la plupart des anciens séminaristes demeurèrent dans leurs familles, sur le conseil de leurs anciens directeurs, ainsi que Pontard le laisse entendre dans ses lettres adressées aux missionnaires. Finalement, une douzaine à peine de candidats se présentèrent au séminaire. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire détaillée de ce séminaire fantôme, qui tomba vite dans l'avilissement le plus complet. Pontard ne déclarait-il pas lui-même qu'il n'exigeait des sujets à ordonner, "qu'une conscience pure, point de latinité, et surtout point de célibat" (261). Il ordonna n'importe qui, n'importe quand. Le sieur Bourie Bertrand, professeur à l'école secondaire de Cubjac, dans une pétition à

Mgr Lacombe, rapportait ainsi le séjour qu'il fit dans ce séminaire et ce qui s'y passait :... Livré aux suggestions d'un vicaire général de M. Pontard qui me démontra, les droits de l'homme à la main que l'état du prêtre n'entraînait avec soi aucun engagement contraire à ma liberté, je me laissai persuader que l'évêque constitutionnel ne pouvait exiger de moi rien de contraire aux lois d'où émanaient ses pouvoirs d'exercer ; mon inexpérience ne me permettait pas de calculer les relations dans lesquelles j'allais me trouver envers la Société, je donnai mon consentement, et trois jours d'intervalle firent un prêtre de celui qui jusques là n'avait reçu d'autre sacrement que le baptême. J'exerçai mon ministère suivant les circonstances, et par suite de la certitude où j'étais de ma liberté de conscience, dix-huit mois après, abandonnai mes fonctions pour voler aux frontières poste que la loi m'assignait comme réquisitionnaire de dix-huit à vingt et cinq ans, etc (262). Les missionnaires du petit séminaire, expulsés, s'étaient retirés auprès de leurs confrères de la Grande Mission. Sur ces entrefaites, des fauteurs de désordre s'efforçaient de soulever le peuple contre les prêtres non-conformistes et particulièrement contre les missionnaires. On accusait la Mission d'être un foyer de résistance, où les missionnaires avaient réuni toutes leurs forces ". C'est de là, écrivait le Journal patriotique, du 24 juillet 1791, qu'ils soufflaient le feu de la discorde et de l'aristocratie, et d'où partaient dans toutes les maisons des émissaires femelles, pour soulever le zèle de leurs partisans. Le District s'émut, et délibéra si on pouvait expulser les missionnaires de leur maison. Les missionnaires furent convoqués, le 23 juillet, et invités à verser leurs titres de propriété ; ainsi que les documents qui attestaient que leur maison constituait une congrégation séculière. ------------------------------- 261) Journal de Pontard, 2ème quinzaine d'août, p. 237. 262) Archives de l'évêché de Périgueux, Série A. [143] À la lecture de ces pièces, il fut reconnu que les Missionnaires formaient une congrégation séculière, et qu'ils étaient propriétaires légitimes de la Grande Mission et de ses dépendances. Mais, un membre du District fit observer que les Missionnaires étant fonctionnaires publics, étaient tenus de prêter le serment. Ne l'ayant pas fait, ils ne pouvaient posséder les biens de leur congrégation. Les avis furent partagés sur cette question, et on décida d'en référer à l'assemblée nationale. En attendant une décision, le vice-président exhorta les Missionnaires à s'abstenir de tout ce qui pourrait augmenter à leur égard les soupçons d'incivisme, que le peuple avait conçu sur leur compte, et ils furent invités à ne recevoir sous aucun prétexte

d'autres prêtres et autres citoyens non-conformistes dans leur maison, qui était destinée seulement et provisoirement à leur servir de retraite. Ordre leur était enjoint en outre de fermer leur église au public (263). Il y eut un instant d'accalmie. Les Missionnaires en profitèrent pour réclamer au Département le paiement d'indemnités en conséquence de la vente de leurs biens. Delessart s'était adressé, le 10 octobre 1791, au Directoire pour protester contre la vente illégale des biens de la Mission et le non paiement de la pension des Missionnaires (264). Considérant que les biens de la Mission avaient été vendus contre l'esprit de la loi du 5 novembre 1790, le Directoire répondit, le 23 novembre 1791, qu'il aurait trouvé juste d'accorder à chaque missionnaire un secours provisoire de 1.000 livres, payable par trimestre, en attendant la décision de l'assemblée nationale, mais qu'en raison des difficultés de cette affaire, qui relevait du pouvoir judiciaire, il était contraint de recourir au Ministère de l'intérieur, pour solliciter de l'assemblée nationale une décision sur ce cas imprévu par la loi. Le Directoire, en effet, prétendait n'être pas à même de faire lever les oppositions reçues par le receveur du District à raison des dettes des Missionnaires comme anciens usufruitiers, et que c'était au tribunal de prononcer sur leur cas non prévu par la loi. Le Ministre de l'intérieur répondit, le 6 janvier, que par respect de l'humanité et de la justice, on devait attribuer aux Missionnaires le bénéfice de la loi du 26 août 1790, rendant insaisissable le paiement de la demi-pension, et que le paiement fut effectué à compter du 1er janvier 1791. C'étaient là les ordres du roi, qui avait adressé à l'assemblée nationale les pièces de l'affaire pour se prononcer sur le fond de la question (265). Les Missionnaires ne jouirent pas longtemps de la tranquillité. Le 21 mars 1792, un attroupement séditieux, accompagné de cris hostiles, se fit aux abords de la Mission. La gendarmerie fut alertée ; le maire fit une enquête. Il apprit d'un piquet de la garde nationale, qui était venu au secours de la Mission, que les Missionnaires avaient été contraints de sortir de leur maison, dont on avait fermé les portes, en emportant les clefs. La Municipalité prit les mesures nécessaires pour réintégrer les Missionnaires dans leur maison. ------------------------------- 263) Séances des 22 et 23 juillet 1791, A.D., L 3, N 393 et 405. 264) A.D., Q 2. 265) A.D., L 4, N 255 et 401. [144] Le lendemain, on craint une nouvelle émeute contre les Missionnaires. Le maire se rend au Directoire et constate que le peuple voit avec peine les prêtres du grand séminaire demeurer dans leur maison, qu'il regarde comme le rendez-vous de tous les prêtres réfractaires du Périgord. Il ajoute qu'il sera difficile de leur venir en aide, parce

que leur maison ne peut être abordée que par des défilés et de longues ruelles serrées de murailles. Il semble que la raison véritable de ces mouvements populaire ait été donnée par le viceprésident du Département. Au cours de la séance du Directoire du 31 mars 1792, il reconnait qu'il y avait des factieux, Il que d'abord leur fureur s'était portée sur le grand séminaire, que perdant tout prétexte d'attroupement par la retraite des prêtres qui l'habitaient, ils s'étaient créés d'autres ennemis chimériques pour continuer la sédition et les désordres. (266). Quoi qu'il en soit, à la suite du rapport du maire, le Directoire estima prudent d'inviter les Missionnaires à venir habiter en ville, où leur défense serait plus facilement assurée. Ils furent convoqués dans ce but au Directoire. On leur promit en outre qu'ils conserveraient sans altération la jouissance de leur maison, de ses jardins et de ses dépendances, comme par le passé. Et la Municipalité prit l'engagement solennel de les protéger dans leurs personnes et dans leurs biens. Les Missionnaires acquiescèrent et quittèrent le séminaire pour s'installer en ville, gardant l'espoir de rentrer sous peu dans leur maison (267). Ils ne devaient plus y revenir. La Congrégation de la Mission avait vécu! II. - La Mission de Bergerac La Révolution, a écrit du Rieu de Maynadier, ne semble pas avoir eu chez nous les tendances violemment antireligieuses qu'elle revêtit ailleurs. Quand, à Bergerac, on sévit contre le clergé non assermenté, c'est pour faire du zèle et sous la pression de l'administration centrale : on a surtout très peur d'être soupçonné de manquer de patriotisme! (268). En mai 1791, la Municipalité ne songeait rien moins qu'à créer une nouvelle paroisse, celle de St-Jacques, par suite de la fermeture des maisons religieuses, étant insuffisante aujourd'hui pour le service divin, tant de la ville que de la campagne (269). ---------------------------- 266) A. D., L 5, N 138. 267) Du Rieu de Maynadier, L'Église St-Jacques de Bergerac, p. 56. A vrai dire, la Révolution ne fut guère sanglante à Bergerac. Lorsqu'en 1814, Maine de Biran alla à Paris rendre visite à Lakanal, l'ancien représentant du peuple et délégué par la Convention nationale, ce dernier pouvait justement lui dire : " On doit parler beaucoup de moi dans Bergerac, mais j'ai la satisfaction qu'on ne me reproche pas une seule goutte de sang versé" (Labroue, op.cit., p. 190). 268) A.D., 1 5, N 102 et 103 ; 269) Jurades, XIV,p. 145. [145] Les Missionnaires de Bergerac, MM. Gontier de Montirat, curé de Saint-Jacques, et

Gratien Pasquet de Gastaudias, avaient suivi l'exemple de leurs confrères de Périgueux et refusé de prêter serment à la Constitution civile du Clergé. En exécution de la loi de juillet 1790, les patriotes procédèrent à l'élection d'un curé constitutionnel. Un certain Lasserre, nullement apparenté aux missionnaires de ce nom, fut choisi. En vue de son installation, le Directoire du District, le 17 juin 1791, prit l'arrêt suivant : Le directoire du district, vivement affecté de la conduite que Gontier se permet de tenir vis à vis le nouveau pasteur que la ville de Bergerac a le bonheur de posséder, et voulant, autant qu'il dépend de luy, mettre fin au procédé, arrête : 1 Que la municipalité de Bergerac sera invitée de sommer M. Gontier d'évacuer dans un très court délai la maison presbytérale ; 2 Qu'elle sera aussi invitée à prendre les mesures convenables pour obliger le sieur Gontier de fermer sur le champ non seulement la porte de la maison qui communique au presbytère, mais encore tous les jours de ladite maison. Ces décisions nous révèlent l'opposition faite par le légitime curé à l'intrus, installé probablement dans le presbytère attenant à la maison des Missionnaires. Le 18 juin, le supérieur de la Mission fut convoqué, en même temps que d'autres prêtres insermentés, devant les officiers municipaux, et invité à quitter la ville dans le plus bref délai. Le 20 juin, Gontier s'en allait. Son confrère, H. Gratien Pasquet de Gastaudias, qui avait récemment fait parler de lui, à Bergerac, à l'occasion de la prophétesse Suzanne Courcelle Labrousse (270), fut également invité à quitter les lieux. Il fut même demandé qu'on fit une perquisition dans son appartement, soupçonnant qu'on pourrait y trouver des écrits incendiaires et contraires à la Constitution (271). Les bâtiments de la Petite Mission suivirent le sort de tous les biens ecclésiastiques nationalisés. On a écrit que la Petite Mission avait été affectée par Lakanal à une fabrique de salpêtre, annexe de la fabrique d'armes des Vedelles (272). C'est inexact. La Petite Mission ne figure nullement dans les biens affectés à Bellarme, c'est à dire à la région comprenant la fabrique et ses dépendances (273). L'administration du district de Bergerac, dans sa séance du 10 mai 1793, délibéra sur l'immeuble où seraient placées les bibliothèques ayant appartenu aux émigrés, et elle fixait son choix sur la maison appelée la Mission (274). Mais, cette décision ne fut pas exécutée, --------------------------- 270) Jurades, XIV, 17 ss. 271) Jurades, XIV, 214. 272) Goustat, Lalinde pendant la période révolutionnaire, p. 201, 206. 273) Labroue, op.cit., 447.

274) A.D., L 354, f 262 ; Labroue, op.cit., 268. [146] car une autre décision, du 9 décembre, désigna comme local la maison appartenant ci-devant à Charron, qui domine sur la place Malbec (275). Par décision de Lakanal, la Petite Mission fut désignée comme prison, le 22 ou 23 octobre 1793 (276). Enfin, mise aux enchères, le 3 prairial an IX, la Petite Mission fut adjugée au sieur Louis Leygonie, de Bergerac, pour la somme de 6.700 francs, et pour le compte d'une société de faïencerie. Le 8 vendémiaire an XIV, la maison fut remise en vente pour 15.000 francs et achetée par Guillaume Lambert, avocat à Bergerac ; ce dernier la céda, à sa mort, à M. Bournazel- Lasserre, curé de Bergerac, qui l'avait rachetée. Le représentant du peuple Lakanal, délégué par la Convention nationale avec des pouvoirs illimités dans le département de la Dordogne, fit faire, les 7 et 8 février 1793, puis les 12 et 13 du même mois, en présence du curé constitutionnel, un inventaire très détaillé des meubles, effets et ustensiles de l'église Saint-Jacques (277). L'église resta cependant à la disposition du culte jusqu'au concordat. III. - Le sort des Missionnaires Que devinrent les Missionnaires après leur dispersion? Le supérieur de la Grande Mission de Périgueux, Léonard Linarès, vicaire général, gouverna le diocèse au nom de Mgr de Flamarens, jusque vers avril 1793. Arrêté comme insermenté, il fut incarcéré au couvent des religieuses de Notre-Dame, qui se trouvait alors à l'angle de la rue Barbecane et de la rue du Plantier. Il mourut, couvert de vermine, le 5 mars 1794, âgé de 71 ans, dans ce cachot où croupissaient une vingtaine de prêtres, dans le dénuement le plus complet. Jean-Baptiste Lasserre, syndic de la Mission, dirigea le diocèse à la mort de Linarès, en vertu des pouvoirs conférés par Mgr de Flamarens (278). Bien qu'insermenté, il ne quitta jamais la ville de Périgueux, où il se cacha en divers lieux, notamment près du Pont- Vieux (279), exerçant son ministère. Il adhéra au Concordat, après la Révolution. En 1800, il racheta les biens du séminaire, au compte du diocèse. Il devint successivement directeur du Collège de Périgueux (1809), curé de Bergerac (1812), vicaire général de Mgr de Lostanges et directeur des missions (1822), vicaire capitulaire (1835), doyen du chapitre (1840), et, dernier survivant de la Mission, il mourut le 13 mai 1848, à l'âge de 95 ans. ---------------------------- 275) A.D., L 367, N 150 ; Labroue, op.cit., 270. 276) A.D., L 403, f 36-38. 277) Voir l'inventaire dans du Rieu de Maynadier, op.cit.,109.

278) "L'exercice de l'autorité de M. de Flamnarens, dont j'étais chargé avant le concordat ", écrit-il dans une lettre à Mgr Lacombe, en date du 23 avril 1809 (Arch. de l'évêché, Série A ; 9). 279) Ce pont fut démoli en octobre 1860. Il s'appelait d'abord : Lo pon. Ce n'est qu'au début du XIXème siècle, qu'il a été connu sous le nom de Pont-Vieux, par antithèse à cause du Pont-Neuf, élevé sur la route de Bordeaux à Lyon (Galy, Le tombeau du Pont-Vieux à Périgueux, p. 5. [147] Martin Lasserre-Bournazel, frère du précédent, et comme lui neveu d'antoine Gontier, de Bergerac, refusa aussi le serment. Il émigra d'abord en Espagne, et, rentré en France, un mandat d'arrêt fut lancé contre lui. Plus tard, il fut autorisé à demeurer à Périgueux sous la surveillance de la municipalité. Il adhéra au Concordat, devint curé de Bergerac et y mourut en 1812. Louis Desvaulx émigra en Espagne, et adhéra au Concordat à son retour d'exil. Curé d'agonac, en 1802, il devint chanoine de Saint-Front en 1823, vicaire capitulaire avec Lasserre en 1835, vicaire général en 1836, vicaire capitulaire en 1840, et il mourut le 1er novembre 1841, à l'âge de 84 ans. Jean-Baptiste Brugière avait été choisi, le 6 mars 1789, par la Communauté de Saint- Benoît pour la représenter à l'élection des députés aux Etats généraux. Insermenté, il émigra en Espagne, et, à son retour, adhéra au Concordat. Jean Drivet, insermenté, émigra en Espagne. De retour en France, après six ans d'exil, il fut proposé pour la cure du Fleix, mais, ne voulant pas rester membre du clergé de Mgr Lacombe, il préféra se retirer à Bordeaux, avec son confrère Pierre Bouny, et il contribua à la restauration du séminaire bordelais. Pierre Lacroix reparaît au moment du Concordat, auquel il adhéra. On ne sait ce qu'il devint. Gabriel Vergnat fut le procurateur des religieuses Ursulines à l'assemblée du Tiers-Etat ; on ne sait rien de plus sur lui. Jean Cubayne était inscrit, le 16 octobre 1790, au tableau des prêtres sujets à la réclusion, et, de même, le 24 nivôse an VIII. Antoine Lavergne, aumônier des Sœurs de Sainte-Marthe, quitta Périgueux, et se cacha, à Neuvic, dans la famille Delord. Arrêté avec les membres de cette famille, il fut condamné à mort, le 21 juillet 1794, et exécuté à Périgueux avec Léonard Bruneaud et Catherine Delord, le même jour, à trois heures de l'après-midi (280). Nous ne savons de quels missionnaires il s'agit dans l'anecdote suivante, que rapporte un prêtre du diocèse de Saintes dans ses "Souvenirs d'un prêtre émigré en Espagne" :... En arrivant à Ogarsun, gros village, écrit-il, nous y avons trouvé deux directeurs du séminaire de Périgueux habillés en laïcs. C'étaient les deux mêmes que j'avais soupçonné être des prêtres, à midi, à St-Jean-de-Luz. Ces Messieurs, logés à une auberge voisine de la nôtre, sont venus saluer Monseigneur ; ils ont causé assez longtemps avec nous et ont paru avoir le projet de suivre avec nous la route de Pampelune, ce qu'ils n'ont pourtant pas fait. Un d'eux nous a donné quelque préjugé contre lui parce qu'il

était nanti d'une montre à la manière constitutionnelle ; autour du cadran, il y avait "la nation, la loi et le roi. C'est peut-être d'après la surprise que nous leur marquâmes à cette occasion, qu'ils ne nous ont pas suivis à Pampelune (281). Le supérieur de la Petite Mission de Périgueux, André Joufre Ducluzeau, refusa le serment, et se retira dans sa famille, à Saint-Orse. -------------------------- 280) Brugière, Livre d'or.., pp. 146-153. 281) B.H.A.P., 1913, 42. [148] Il obtint un certificat de résidence, le 29 fructidor. Il semble n'avoir jamais été inquiété, et une tradition rapporte que, durant toute la tourmente, il continua d'exercer son ministère sacerdotal. Léonard Dauriac, insermenté, fut arrêté sur dénonciation ; condamné à la déportation, il fut transféré au fort du Hâ, à Bordeaux, et il serait mort le 1er mai 1793. Louis Labat, insermenté, émigra en Espagne. Rentré en France, il fut autorisé à demeurer dans la commune de Grun en surveillance, le 3 germinal an VIII. Après la Révolution, il fut professeur au Collège de Périgueux, puis nommé à la cure de Nontron. Mergier et Tourrier adhérèrent au Concordat. Pierre Bouny se retira au Fleix, en 1791. Inquiété comme réfractaire, il passa à Bordeaux, puis en Espagne. A son retour, il se fixa à Bordeaux, où avec son ami Drivet, il contribua à la restauration du séminaire. Le vicaire général de Mgr Lacombe, le chanoine Luguet, portait sur lui ce jugement, en 1818 : Actuellement employé dans le séminaire de Bordeaux, ancien professeur de théologie scolastique et morale au séminaire de Périgueux, déporté en Espagne, instruit et même savant, d'une vertu éminente, très pieux, âgé de 69 à 70 ans. Cet ecclésiastique accoutumé à la retraite, au travail et à l'enseignement ne pourrait à son âge être employé à la desserte d'une paroisse. Cependant, en le rappelant il faudrait lui donner un état et des moyens d'existence ; il a mérité par ses longs services et par sa conduite exemplaire d'avoir un canonicat ; il serait un modèle pour le clergé qui l'estime beaucoup ; il pourrait être très utile à Mgr l'évêque par ses lumières (282). M. Bouny resta au séminaire de Bordeaux et y mourut le 13 mai 1827. Jean-Baptiste Dudoignon, alias Jean Verneuil, sieur Dudoignon, refusa le serment, se réfugia à Bordeaux. Arrêté, il fut condamné à mort et exécuté avec les personnes qui lui avaient donné asile, le 6 messidor an II. "Dictionnaire des individus envoyés à la mort" disait de lui : prêtre réfractaire, âgé de 39 ans, natif de Condat (Dordogne), domicilié à Bordeaux, condamné à mort, le 6 messidor an II (24 juin 1794), par la commission militaire séant à Bordeaux, comme réfractaire à la loi. Il déclara dans son interrogatoire que, par la grâce du bon Dieu, il n'avait pas prêté le serment, et quand même il y aurait eu autant d'hommes sur terre que de grains de

sable dans la mer, on ne serait pas parvenu à lui faire faire un pareil serment (283). Le supérieur de la Petite Mission de Bergerac, Marc-Antoine Gontier de Montirat, curé de St-Jacques, après avoir été expulsé de Bergerac, se retira au lieu de Bareyrou, paroisse de Pressignac. --------------------------- 282) Arch. de l'évêché, Carnet de notes sur le Clergé de 1818. 283) Dictionnaire des individus envoyés à la mort..., par L. Prudomme, imprimé à Paris, en 1896, cité par Le tribunal criminel et révolutionnaire de la Dordogne, t. II, p. 570. C'est à tort que les écrivains locaux donnent M. Dudoignon comme syndic de la Petite Mission de Bergerac. En 1789, il était professeur de théologie à la Petite Mission de Périgueux (A.D., not. Jaly, octobre 1789). [149] Le 13 avril 1793, le Directoire de Bergerac donna l'ordre de l'arrêter (284). Transféré à la prison de Périgueux, M. Gontier en serait sorti pour revenir à Bergerac (285). Il disparut à nouveau au plus fort de la tourmente, revint plus tard à Bergerac, où il mourut, le 22 avril 1801. Son confrère, Gratien Pasquet de Gastaudias, fut arrêté comme insermenté sur dénonciation, et condamné à la déportation. Il fut transféré au fort du Hâ, en attendant son envoi à la Guyane. Il obtint cependant un sursis de trois mois, en raison de son état de santé, le 27 floral an III, et il put se retirer provisoirement chez le sieur Louis Audureau, moyennant caution. Il aurait ensuite été embarqué sur le vaisseau "Le Républicain". Après la Révolution, il revint en Périgord, adhéra au Concordat, et fut vicaire de Saint-Front, de 1802 à 1808 ; il mourut en 1811. ----------------------- 284) A.D., L 354. 285) Un document, daté de Bergerac, le 17 mai 1793, porte : "Il sera payé 61 francs à cinq cavaliers de la garde nationale de Bergerac, qui ont conduit à Périgueux le nommé Gontier, curé dudit Bergerac" (A.D., K 428). Fut-il incarcéré à Périgueux, ou seulement conduit à Périgueux? Cette dernière version paraît vraisemblable car, dans la séance du 16 germinal, un citoyen qui avait consulté le livre d'écrou de la prison de Périgueux, déclare n'y avoir pas trouvé le nom de Gontier. D'où décision de l'assemblée de mettre la gendarmerie à se recherche (Du Rieu de Maynadier, op.cit., p. 59). [150] Chapitre Deuxième ESSAIS DE RESTAURATION DE LA MISSION Dans le projet de réorganisation du Clergé de la Dordogne, fait le 6 Brumaire an XI, par Mgr Lacombe, de concert avec le préfet Rivet, figuraient les noms de sept anciens missionnaires. Il ne semble pas que ces survivants à la Révolution aient jamais songé à reconstituer leur

ancienne Société. (286). L'auraient-ils voulu d'ailleurs, qu'ils auraient rencontré des difficultés quasi insurmontables. Toutes leurs œuvres étaient détruites, toute leur fortune anéantie. Et le moment n'était pas encore venu, où ils auraient pu reprendre leurs anciennes activités, notamment les missions. On sait que Napoléon, mécontent du Saint-Siège, par un décret en date du 26 septembre 1809, interdit les missions tant à l'étranger qu'à l'intérieur. Les séminaires n'existaient plus, faute de personnel, faute de locaux (287), faute de ressources. En Périgord, le Concordat ayant supprimé le diocèse de Périgueux pour le rattacher à celui d'angoulême, c'est au séminaire de cette ville, ou au séminaire qui tentait de se constituer à Sarlat, que les séminaristes auraient désormais à se rendre pour leur formation. N'ayant donc plus de raison d'être, les Missionnaires périgourdins se verront contraints d'accepter les postes ou les ministères divers qui pouvaient assurer leur existence. Si l'on en croit un biographe de l'abbé Jean-Baptiste Macerouze, après le Concordat et le rétablissement du culte, le curé de Saint-Jacques, Marc-Antoine Gontier, qui avait réoccupé son ancienne cure, aurait cherché à reconstituer la Petite Mission de Bergerac, en appelant auprès de lui ses trois neveux : Jean-Baptiste Lasserre, Martin Lasserre- Bournazel, qui tous les deux avaient été comme lui missionnaires, et Saint-Martin, ainsi que d'autres ecclésiastiques. Il aurait alors ouvert dans son presbytère une maison d'éducation sous le titre de La Mission (288). Ces assertions ne paraissent pas fondées, car, d'après les registres de l'état-civil, Marc- Antoine Gontier décéda à Bergerac, le 28 floréal an IX (22 avril 1801). Il ne fut pas officiellement curé de St-Jacques, et ce fut son neveu Martin Lasserre-Bournazel qui le ---------------------- 286) Des anciens missionnaires, certains ne voulurent pas prendre du ministère sous l'ancien constitutionnel Mgr Lacombe. Ainsi, M.M. Bouny et Drivet se fixèrent à Bordeaux, et furent chargés par Mgr d'aviau de réorganiser son séminaire (Bertrand, op.cit., II, p. 30 ss. ; Simler, op.cit., p. 117.) 287) Le grand séminaire de Périgueux avait été aménagé en caserne. Les travaux du nouveau séminaire de la ville ne commencèrent que le 28 mars 1828, et le séminaire ne fut habité qu'en 1849. 288) P. Ambroise de Bergerac, Un prêtre modèle, ou, La vie de J.B. Macerouze, p. 11-12 ; Pécout, M. Macarouze, p. 13. [151] devint, mais seulement en 1803. Dans le tableau des prêtres proposés pour desservir les paroisses et succursales, dressé le 6 brumaire an XI, M. Lasserre-Bournazel était ainsi désigné : appelé par la grande majorité des catholiques, estimé des protestants, le seul en ce moment propre à maintenir la bonne harmonie (289). A remarquer, en outre, que la situation matérielle de l'église St-Jacques était, à cette époque, assez précaire. Les revenus de la fabrique étaient réduits à zéro, et ce ne fut

guère mieux jusqu' en 1806 (290). On ne voit pas comment, dans ces conditions, et avec quelles ressources, la Petite Mission aurait pu reprendre vie. Effectivement, la Petite Mission fut reconstituée par le nouveau curé, Martin Lasserre- Bournazel, vers 1806, dans les locaux de l'ancienne Mission, qu'il avait rachetés. Une enquête, faite le 8 juillet 1808, par ordre du préfet, amène le sous-préfet de Bergerac, Maine de Biran, à constater qu'à la Petite Mission on donne une instruction plutôt religieuse et morale que libérale et savante. Dans un écrit du 9 août 1808, Lasserre-Bournazel fait observer qu'il n'a jamais donné à l'établissement qu'il avait constitué, ni le nom ni les attributs de séminaire ou d'école secondaire. On enseigne le français, le latin, l'histoire et la géographie, les mathématiques, la tenue des livres, l'écriture et les belles-lettres. Les langues font l'objet de cours supplémentaires. La maison ne pouvait admettre que des élèves aisés, puisque 30 pensionnaires payaient alors 500 frs par an, un demi-pensionnaire 250 frs, et 34 externes acquittaient 12 frs par mois. Parmi ces élèves, une douzaine seulement se destinaient à l'état ecclésiastique (291). Cet établissement dut fermer ses portes, en 1815, en raison des tracasseries de l'académie de Bordeaux, sous le prétexte qu'il existe à Sarlat un établissement s'occupant du même objet, mais en fait pour éviter (qu'il) ne concurrence le collège de Bergerac (292). La réouverture de l'établissement, pour en faire un petit séminaire fut envisagée par Mgr de Lostanges, dès sa prise de possession du siège épiscopal de Périgueux, en 1821. (293). Il mena l'affaire à bonne fin. ---------------------- 289) Brugière, op.cit., 283. 290) Du Rieu de Maynadier, op.cit., pp. 70-71, 86. 291) Rocal, De Brumaire à Waterloo.., II, p. 183. 292) Rocal, B.H.A.P., 1951, 280 ; op.cit., p. 184. 293) Le diocèse de Périgueux fut rétabli en 1817. Les bulles de Mgr de Lostanges furent signées le 1er octobre 1817, mais retenues au Conseil d'etat, elles ne furent enregistrées que le 19 octobre 1821. Sacré à Paris, le 21 octobre 1821, le prélat prit possession de son siège, le même jour, par l'entremise de l'abbé du Cheyron du Pavillon, son procurateur. Le 19 novembre, il faisait son entrée à Périgueux. [152] Le curé de Bergerac, Jean-Baptiste Lasserre, qui avait succédé à son frère, en 1812, mit à sa disposition les locaux de l'ancienne Petite Mission. En 1822, Mgr de Lostanges y constitua un corps professoral, composé de deux ou trois vicaires de St-Jacques et de quelques autres ecclésiastiques. Se réservant de désigner ultérieurement le supérieur, il fit convoquer les élèves pour le 4 novembre.

Le 8 novembre, il nommait supérieur du séminaire Jean-Baptiste Macerouze auquel, le jour même, il avait conféré l'ordination sacerdotale dans l'église St-Jacques. L'abbé Macerouze ayant à peine 25 ans, mais il était digne de ce choix. Dans une lettre pastorale, en date du 8 décembre 1922, Mgr de Lostanges a raconté luimême la fondation du petit séminaire, en ces termes : N'ayant point de local pour l'établissement du séminaire, M. l'abbé Lasserre, notre vicaire général, dont tout le monde apprécie le cœur et le zèle, s'est empressé de nous offrir sa maison de Bergerac, pour seconder nos efforts. Il a voulu que cette maison, où l'on avait vu fleurir l'œuvre des missionnaires, dont il était un des membres, rat de nouveau consacrée à une des plus importantes et des plus consolantes missions, celle d'élever les jeunes gens qui se destinent à l'état ecclésiastique ; lui-même reprend son titre de missionnaire. Les maîtres, chargés de l'éducation, se nommeront également missionnaires, titre qui suffit seul pour garantir et leur zèle et leur noble désintéressement. En moins de deux mois, M. l'abbé Lasserre a mis cette maison en état de recevoir plus de quatre-vingts élèves. L'acte de cession de la propriété des locaux fut passé, le 24 janvier 1823, devant maître J.B. Béleyme. L'abbé Lasserre faisait don à régler de Lostanges pour l'établissement du séminaire : des bâtiments et dépendances situés en la ville de Bergerac, connus sous la désignation de la Mission, consistant en une maison à deux étages, hangards, boulangerie et autres offices, avec deux cours, l'une au nord et l'autre au midi, joignant au nord l'église paroissiale de Bergerac, du couchant la rue de la Mission (294). Une ordonnance royale, du 26 mars 1823, autorisait cette donation et en même temps reconnaissait l'existence légale de l'école de Bergerac. C'était une victoire! En effet, le Bureau da Collège de Bergerac s'était alarmé à l'annonce de l'ouverture de cette école, qui devait recevoir aussi des externes, et il avait adressé une protestation au recteur de l'académie de Bordeaux, le 5 novembre 1822. Aussi, le Ministre de l'intérieur avait signifié à Mgr de Lostanges, le 23 janvier 1823, que le petit séminaire de Bergerac ne pourrait être érigé, pour ne pas nuire au collège de Bergerac, que si l'enseignement était restreint jusqu'à la classe de troisième ; après la troisième, les élèves devraient se rendre à Sarlat (295). Il ne paraît pas douteux qu'en érigeant ce séminaire, Mgr de Lostanges ait songé à reconstituer l'ancienne Mission. C'est aussi ce que laisse entendre sa correspondance avec le jeune supérieur. --------------------- 294) Arch. de l'évêché de Périgueux. 295) Arch. de l'évêché, Carton : Petit séminaire. [153] Il lui écrivait, le 23 janvier 1823 : Vous vous abandonnez à votre charité et à votre zèle, mon cher Macerouze, mais vous ne consultez pas vos forces. Il est bien consolant pour moi d'avoir à vous faire un pareil

reproche ; cependant je dois le faire et pour vous-même et pour l'œuvre de la Mission à laquelle vous vous êtes consacré. Il faut d'abord que les affaires du séminaire soient bien réglées, que vos tableaux trimestriels soient faits, selon le modèle que je vous ai envoyé, d'une manière régulière, afin que l'administration soit facile et claire. Tout le temps que vous donnez soit à la paroisse soit ailleurs, doit être pris sur celui qui n'est point nécessaire à l'emploi que vous remplissez. J'insiste pour que vous ménagiez votre santé, qui ne tiendrait pas à tout ce que vous entreprenez ; oportet sapere ad sobrietatem. Il y a donc une juste mesure dans le bien que l'on fait. M. Lasserre, que j'attendais avec impatience, m'a donné sur le petit séminaire, les détails les plus satisfaisants. Je ne saurais donner trop d'éloges à l'union qui existe entre les missionnaires ; cela me fait espérer que le Seigneur bénira cette œuvre. Quelle consolation ne sera-ce pas pour nous de lui offrir ces jeunes clercs, formés par les soins et les exemples de prêtres et de lévites, qui leur consacrent leurs veilles. Jean-Baptiste Lasserre avait été promu vicaire général en 1822. Mgr de Lostanges confia alors le gouvernement de la paroisse St-Jacques à un autre ancien missionnaire, Jean Brugière, déjà dans un âge avancé. C'est lui que le prélat chargea du soin de former l abbé Macerouze au ministère. L'accord le plus parfait, écrit le Père Ambroise, ne cessait de régner entre le clergé paroissial et le personnel du séminaire ; ces deux corps, quoique distincts dan a leurs attributions, ne formaient qu'un être moral. Ils n'avaient tous qu'un cœur et qu'une âme et ils se prêtaient une mutuelle assistance dans l'exercice de leurs fonctions. Leur vie était commune, ils habitaient sous le même toit, vivaient à la même table et M. Brugière, curé de Bergerac, sans s'immiscer dans la direction du séminaire, avait la préséance même sur le supérieur ; et, partout le bon vieillard était l'objet de la vénération, de l'amour et des égards dus à sa dignité, à son âge et à ses vertus (296). Cette manière de vie commune avait-elle été adoptée par un simple accord, ou en vertu d'une décision de l'évêque, ou par suite d'une convention qui groupait ces prêtres en une véritable communauté? Nous ne le savons. La présence successive de deux anciens missionnaires, M.M. Lasserre et Brugière laisserait croire à un essai de reconstitution de la Mission. A la mort de M. Brugière, vers juin 1823, Mgr de Lostanges, ayant en vain fait appel successivement à deux de ses prêtres, pour prendre la direction de la paroisse, se trouva contraint d'imposer cette charge à l'abbé Macerouze, qui la cumula avec celle du séminaire. Malgré ses répugnances, inspirées par sa modestie, le jeune supérieur dut s'incliner. --------------------------- 296) P. Ambroise, op.cit., pp. 35-36. [154] L'abbé Geoffre de Lanxade, curé de Lalinde, fut chargé de son installation. Au cours de la cérémonie, ce vénérable prêtre fut frappé d'une attaque d'apoplexie. L abbé

Macerouze en fut fort affecté. Mgr de Lostanges lui écrivit, à cette occasion, le 8 avril 1823, pour l'encourager, et il terminait sa lettre par ces lignes : Ne voyez que le troupeau qui vous est confié par l'église, que les exercices de la Mission ne soient jamais interrompus ni intervertis, entourez-vous de vos dignes confrères (297). Lorsque la prédication des missions fut rétablie dans le diocèse, la nouvelle Mission de Bergerac, se souvenant du passé, désira y participer, et l'abbé Macerouze ajouta ce nouveau ministère à ceux qui déjà l'absorbaient. Il le fit avec grand succès. Cependant, jugeant qu'il ne pouvait subvenir à tant de travaux, et surtout que l'œuvre du séminaire, comme on le chuchotait d'ailleurs dans son entourage, risquait d'en souffrir, il pria son évêque, en janvier 1825, de le décharger de la supériorité du séminaire. Mgr de Lostanges refusa d'abord ; puis, en avril, nomma au séminaire l'abbé Loubière, au titre de directeur des études, laissant à l'abbé Macerouze le titre de supérieur et la direction spirituelle de l'établissement. Cette situation se prolongea deux ans. Au lendemain des vacances de 1828, l'abbé Lasserre lui écrivit, au nom de l'évêque, pour le décharger de la supériorité. Désormais, l'abbé Macerouze fut tout entier à sa paroisse. Le curé de Bergerac, n'ayant plus rien de commun, du moins directement, avec le séminaire, il semble que prit fin avec cette nouvelle situation l essai de reconstitution de la Mission. Le besoin pour le diocèse d'avoir un corps de missionnaires diocésains se fit particulièrement sentir, dès qu'il fut possible de reprendre le travail des missions. La première idée de constituer un groupement de missionnaires remonte à Mgr Lacombe, qui chargea de ce soin le curé de Bergerac, Jean-Baptiste Lasserre, le plus qualifié par son passé pour mener à bien cette entreprise. L'abbé Lasserre écrivait, le 2 août 1820, au vicaire général Luguet : J'aurai l'honneur de répondre à Monseigneur au sujet des missionnaires, dès que messieurs les curés m'auront répondu eux-mêmes. Je pense que nous n'aurons que du négatif. Je vous assure, et je vous prie d'en assurer Sa Grandeur. que si elle veut m'employer à l'œuvre des missions, je suis disposé à aller où elle voudra, avec qui elle voudra, ayant bien la confiance que je n'aurai à travailler qu'avec des prêtres édifiants. Je vous prie d'ajouter que M. le curé de Lalinde est dans les mêmes dispositions, ainsi que M. Bouny Mgr Lacombe publia, le 1er octobre 1820, une Ordonnance épiscopale qui établit la mission diocésaine, d'après les dispositions annoncées dans le mandement du 25 septembre 1819. Il restait à M. Lasserre qui en était chargé, de recruter le personnel missionnaire. Le 18 octobre, il faisait part au chanoine Luguet du succès de ses démarches. ---------------------------

297) P. Ambroise, op. cit., p. 45. [155] Messieurs les prêtres qui veulent bien entrer dans les vues bienfaisantes de Monseigneur l'évêque sont Geoffre, curé de Lalinde, Bouny curé de Liorac, Clavièras, curé de St-Jean d'estissac, Sandhillon, curé de Lunas, Breton, curé de Ménesplet, Delmilhac, ex-principal du collège de Périgueux. Ce dernier a manifesté son désir depuis peu, c'est pourquoi je ne vous en avais pas parlé. Je ne doute pas qu'il ne concoure très efficacement au succès de l'œuvre. Nous voilà donc sept. Il me paraît qu'il est convenable que Sa Grandeur les accepte tous, parce qu'un au moins manquant, on aurait une ressource. Il serait à désirer que les deux séminaristes que vous voulez nous réunir chantassent bien... J'attends l'ordonnance de Monseigneur pour tout activer. Les missions commencèrent dès mai 1821 ; elles étaient alors données à Lanquais, à la Cité, à Villefranche de Longchapt, etc. Aucune mission n'était entreprise sans mandat de l'évêque. A ce propos, l'abbé Lasserre écrivait, le 14 juillet 1821, au curé de Sourzac : Je n'ai rien reçu sur les intentions de Monseigneur l'évêque au sujet de ma mission que vous sollicitez depuis si longtemps, pour Sourzac, et pour laquelle vous avez fait des dépenses considérables. Les frais que nécessite cette œuvre dussent-ils être en totalité étrangers au gouvernement, nous ne devons l'entreprendre qu'autant que nous serons envoyés par notre prélat jusqu'à la prise de possession du nouvel évêque de Périgueux, dont j'ignore l'époque, l'obéissance à Monseigneur l'évêque d'angoulême doit être entière, et les missionnaires, honorés d'une confiance particulière de la part de cette Grandeur, en donneront l'exemple (298) Lorsque Mgr de Lostanges prit possession de son siège, en 1821, il voulut dès le début témoigner à M. Lasserre la grande estime dans laquelle il le tenait. Il l'invita personnellement à venir à son installation et, en présence même du Préfet, il le nomma vicaire général du diocèse. M. Lasserre continua à diriger les missions, mais il ne put faire de ses collaborateurs une communauté proprement dite. La plupart d'entre eux étaient chargés d'une paroisse et ils résidaient dans leurs presbytères, se réunissant seulement pour travailler en commun, au moins pour donner les missions les plus importantes (299). S'il avait eu le dessein de reconstituer l'ancienne Mission, il n'en avait pas encore les moyens. Ce projet de cette reconstitution fut de nouveau et explicitement, cette fois, à l'ordre du jour, en 1841. Déjà, en cette année même, Mgr George avait constitué un groupement de missionnaires, sous la direction du chanoine René Bernaret. Ils ----------------------- 298) Archives de l'évêché.

299) Carles, Monographie de St-Front, p. 80 n 1. Dans le diocèse d'angoulême, Mgr Lacombe avait fait de même. Il avait provoqué la formation d'une Société de prêtres auxiliaires, missionnaires volontaires, qui réunis par petits groupes, parcoururent un grand nombre da cantons charentais. Cette association fut constituée définitivement par ordonnance épiscopale du 16 octobre 1820 (Tricoire, Les évêques d'angoulême, p. 470). [156] menaient la vie commune ; ils habitèrent d'abord dans la rue de la Miséricorde, puis au Pourradier, au bas de la route de Paris, enfin au grand séminaire. C'est alors que Mgr George pensa rétablir officiellement l'ancienne Congrégation de la Mission, qui serait de nouveau composée à la fois de professeurs de séminaire et de prédicateurs. Dans son mandement pour le carême de 1852, l'évêque écrivait : Le Séminaire de Périgueux n'était plus seulement l'asile du jeune lévite, il était en même temps la Maison de la Mission ; tradition précieuse que nous avons rétablie aussitôt que nous avons pu prendre possession du Séminaire de notre ville épiscopale. Dans cette intention, il fit établir un projet de constitutions de la nouvelle Société ainsi libellé : Avant-projet de l'œuvre du grand séminaire de Périgueux sous la forme de constitution de la communauté projetée, ou au moins désirée (300). Ce projet, rédigé sans doute avec des documents provenant de l'ancienne Mission, ou d'après les indications des derniers missionnaires survivants, notamment M. Lasserre, permet de connaître ce que furent vraisemblablement les constitutions de la Congrégation dont nous écrivons en ce moment l'histoire. Il y aura donc intérêt à en citer les principaux passages. Constitutions de la communauté des missionnaires du diocèse de Périgueux, rétablie dans le nouveau grand séminaire, le jour de Saint-Front de l'année 1849 par le révérendissime Évêque, Monseigneur Jean-Baptiste George Massonnais. Ces constitutions se divisent en trois parties : la première comprend ce qui regarde la communauté en général ; la deuxième, ce qui regarde plus particulièrement son œuvre des missions ; la troisième, ce qui regarde spécialement la formation des clercs. Première Partie De la Communauté des missionnaires en général 1 Cette communauté, qui existait avant la grande révolution de 93, dans l'ancien grand séminaire de Périgueux, bâti sur le bord de la rivière, non loin de l'église de la Cité, et qui est rétablie aujourd'hui, jour bienheureux de St-Front, a été instituée dans le double objet de procurer au diocèse des missions, et des Prêtres. Elle est dédiée à la Vierge Immaculée. Son œuvre spéciale des missions est dédiée à St Paul ; et son œuvre spéciale de la formation des clercs est dédiée à St Pierre. Ses patrons secondaires sont : la Vierge présentée au temple ; St Jean l'evangéliste ; St Charles Borromée et St Vincent de Paul.

2 Son personnel se compose de douze prêtres : 1) d'un supérieur qui a le rang et les pouvoirs de vicaire général dans tous les lieux ------------------------ 300) Un exemplaire de ce projet se trouve aux archives du séminaire de Périgueux. Les marges de ce manuscrit sont sillonnées de coups de crayon bleu ou rouge, et bien des passages sont raturés ou rayés d'un trait de plume ; ce qui donne à penser que le projet fut âprement discuté et, finalement, qu'il n'aboutit pas faute d'accord des intéressés. [157] et pour toutes les personnes qui appartiennent au grand séminaire de Périgueux ; 2) d'un Directeur du Séminaire chargé de remplacer le supérieur en cas d'absence ou de maladie ; 3) d'un Econome ; 4) de neuf autres prêtres solidairement chargés avec les trois précédents de l'œuvre de cette communauté, c'est à dire des missions diocésaines, et de la formation des clercs. L'évêque seul nomme aux fonctions diverses de la communauté. 3 L'admission des membres se fait au scrutin secret, à la majorité des deux tiers au moins des voix de tous les confrères existants, et se confirme par l'approbation de Monseigneur l'évêque. L'exclusion se ferait de la même manière. 4 On ne fait aucun vœu dans cette communauté ; mais en y entrant, et en consentant à y demeurer, on s'oblige par cela même à en observer fidèlement les règles et les usages. Cette obligation morale se renouvelle chaque année le jour de St Vincent de Paul. Et quiconque n'a pas avant cette époque manifesté par écrit au Supérieur, son intention de quitter, est censé s'être engagé de nouveau pour l'année qui recommence alors. 5 Toutes les affaires spirituelles et temporelles de cette communauté se règlent en conseil, à la majorité des voix. En cas de partage égal la voix du Supérieur est prépondérante. 6 Tous les membres de la communauté ont le droit d'assister au conseil ; et après un an de stage, d'y donner leur vote. Néanmoins lorsqu'il s'agit de l'œuvre spéciale des missions, ou de l'œuvre spéciale de la formation des clercs, ceux-là seulement ont voix délibérative qui sont plus particulièrement chargés de l'œuvre dont on s'occupe dans ce moment. Le confesseur d'un séminariste ne vote jamais pour lui, ni contre lui, à moins qu'il ne l'ait plus confessé depuis six mois au moins. 7 Le pouvoir législatif appartient au conseil. Lui seul a le droit d'établir et d'abroger les lois et les usages. Toutefois, il ne peut en ce genre rien faire de grave, ou qui soit contraire à la Constitution, ou même seulement aux règles et coutumes en vigueur depuis plus de quatre ans, sans l'approbation ne Monseigneur l'évêque. Le pouvoir exécutif appartient au Supérieur. Tous les membres de la communauté lui doivent respect et obéissance en tout ce qu'il commande en vertu de ses attributions et sans se mettre évidemment en dehors des règlements ou usages établis. Tous les ordres officiels de Monseigneur sont transmis à la communauté et à chacun de ses membres par son intermédiaire. S'il abusait de son pouvoir, le conseil pourrait lui adresser de respectueuses remontrances. Mais il n'appartient qu'à Monseigneur l'évêque de le rappeler formellement à l'ordre.

Si quelqu'un lui résistait, il proposerait d'abord la chose au conseil pour connaître l'avis de la majorité, puis à Monseigneur son unique juge entre son confrère et lui. 8... Personne absolument ne peut se dispenser d'assister et de voter au conseil, à moins de motifs très graves dont le conseil lui-même est juge. Toutes les propositions doivent être faites par écrit, et signées de trois membres au moins. Le Supérieur seul a le droit de présenter des propositions qui ne soient revêtues que de sa signature. C'est lui qui préside le conseil, qui donne et retire la parole, qui rappelle à la question, et à l'ordre, et au besoin lève la séance. [158] Toute proposition, avant d'être discutée, doit avoir été d'abord communiquée au Supérieur, ensuite mise à l'ordre du jour dans la dernière séance. S'il y avait urgence de s'en occuper plus tôt, le conseil assignerait un autre jour.. 9 Chacun dans la communauté a son emploi spécial dont il ne doit compte qu'au Supérieur pendant l'année, et au conseil le 1er vendredi de juin. Le projet détermine ensuite les attributions du directeur du séminaire, du professeur de dogme, de morale, d'écriture-sainte, d'histoire ecclésiastique, de l'économe, des prêtres désignés pour les missions de l'année, du Supérieur. 11 Outre les diverses fonctions spéciales, chacun des membres de la communauté contribue à l'œuvre par les prédications selon son rang dans la maison. Les missionnaires absents par ordre sont censés avoir prêché à leur tour, s'il revient pendant leur absence. 12 Les membres de cette communauté doivent être les modèles du clergé par leur piété, par leur ardeur pour les études, par leur obéissance à Monseigneur l'évêque, par leur régularité, par leur concorde, et enfin par leur abnégation et leur dévouement. Ils ne doivent jamais découcher, ou même se trouver hors de la maison après neuf heures du soir sans avoir prévenu le Supérieur. Ils ne mangeront que rarement en ville. 13 L'esprit particulier de cette communauté est le zèle pour la Sainte Église, manifesté par un grand amour de la science. Elle doit être sous ce rapport comme la ressource de Monseigneur l'évêque, des prêtres et des séminaristes. Chacun de ses membres doit s'attacher fortement et constamment à se mettre en état de remplir parfaitement sa fonction spéciale. Tous s'efforceront de contribuer à renouveler dans ce diocèse l'ardeur pour les études ecclésiastiques, en donnant au clergé le spectacle entraînant d'une société d'hommes solidement instruits. Que chacun d'eux soit au courant de la science en général, mais que chacun ait aussi son point particulier sur lequel il soit comme invincible. 14 Chacun des membres de la communauté a droit à être logé, meublé, nourri, chauffé, blanchi, éclairé et servi convenablement en santé et en maladie. Toutefois la maison ne fournit, hors le temps des repas, à moins d'une permission spéciale du Supérieur, ni sucre, ni autre adoucissement, ou rafraîchissements.

Et pour les malades, elle ne fournit pas les remèdes achetés à prix d'argent. Hors le cas de maladie, on ne doit manger qu'au réfectoire, et autant que possible aux heures de la communauté. 15 Le traitement du Supérieur est de douze cents francs ; celui des autres est de huit cents francs. Et en outre, après trente années de bons et loyaux services, chacun des membres de la communauté a le droit d'y finir ses jours, en y [159] jouissant de tous ses anciens avantages, excepté du traitement, à moins qu'il ne soit encore employé (301). Deuxième partie L'œuvre spéciale des missions La deuxième partie du Projet traite de l'œuvre spéciale des missions. Tous les membres de la communauté étant solidairement chargés de cette œuvre, peuvent y être employés, selon le choix du Supérieur et avec l'approbation de l'évêque. Ordinairement le choix des missionnaires ne se fait que tous les trois ans, à l'époque du renouvellement des cours de théologie. Les missions ont lieu à peu près toujours depuis la Toussaint jusqu'à la Pentecôte. Elles durent une quinzaine de jours environ, suivant l'importance de la localité. De retour au séminaire, les missionnaires doivent lire par manière de lecture spirituelle les avis donnés par saint Vincent de Paul aux missionnaires de campagne (Vie de saint Vincent de Paul, par Abelly, 2ème partie, Section première en entier). Le reste règle l'ordonnance des missions, qui sont gratuites, sauf indemnités pour les frais de voyage et de séjour. Au retour, les missionnaires doivent aller rendre compte à l'évêque de leurs travaux. Troisième partie L'œuvre spéciale de la formation des clercs La troisième partie traite de l'œuvre spéciale de la formation des clercs. On y parle du choix des professeurs, de leurs obligations, de l'organisation des études, des devoirs des séminaristes, des appels aux ordres, etc. Le tout se termine par le Règlement général du Grand Séminaire de Saint-Pierre de Périgueux, et par les Usages du séminaire, en 1849. Le projet ébauché par Mgr George de reconstituer la Congrégation de la Mission dut être assez longuement à l'étude, mais, on ne sait pour quelles causes, il ne fut pas

pratiquement suivi d'exécution, au moins prolongée, bien que professeurs et missionnaires habitassent en commun sous le même toit. En 1862, le successeur de Mgr George, Mgr Charles-Théodore Baudry, pensa même séparer les missionnaires du grand séminaire, et les établir dans la cure de la paroisse Saint-Martin, qui leur serait confiée. La mort de l'évêque, survenue le 28 mars 1863, empêcha sans doute l'exécution de ce projet. Lorsqu'en 1864, sous Mgr Dabert, les Jésuites furent appelés à la direction du grand séminaire, les missionnaires allèrent s'établir en ville, dans une maison particulière, en attendant que fut construite pour eux une maison neuve, où ils s'installèrent le 30 septembre 1867. Depuis lors, on ne devait plus entendre parler, à Périgueux, de la Congrégation de la Mission, si ce n'est en novembre 1869. Mais, cette fois-là, il s'agissait des fils de saint Vincent de Paul, les prêtres de la Mission, communément appelés Lazaristes, qui, jusqu'en 1885, -------------------------- 301) Dans l'exemplaire du séminaire, on lit cette note pessimiste au crayon bleu : promis, toujours ajourné!" [160] succédèrent aux missionnaires diocésains, à Cadouin et à Périgueux. En 1916, Mgr Rivière, renouant avec le passé, leur confiait la direction de son grand séminaire.

ÉPILOGUE JUGEMENTS SUR LA MISSION Dans une lettre adressée de Saint-Astier, le 14 septembre 1659, aux garçons servants, le fondateur de la Congrégation de la Mission, Jean de la Cropte, écrivait : L'eussiez-vous pensé, mes petits enfants, que vous êtes de petits apôtres si vous êtes fidèles! Aussi les RR.PP. Chartreux parlant de nos messieurs ne les appellent que nos petits apôtres. Vive Jésus! Les successeurs immédiats des premiers missionnaires furent dignes de leurs aînés. Le 10 mai 1692, la Mère Françoise-Angélique Brulart attestait leur vertu et leur réputation qui, disait-elle, était non seulement répandue dans le diocèse, mais encore dans les provinces voisines. Et bien plus loin encore! Avant la prise de possession par les Lazaristes du séminaire d'angoulême (1704), les séminaristes charentais allaient au séminaire de Périgueux. Rapportant ce fait, vers 1730, dans son Histoire de la Congrégation de la Mission (de Paris), M. Lacour écrit : Mgr Cyprien Bernard de Rezay envoyait plusieurs séminaristes au séminaire de Périgueux, gouverné par une communauté ecclésiastique qui y sert avec bénédiction. En 1747, dans sa supplique au chancelier d'aguesseau, Mgr de Premeaux rendait ce témoignage à son clergé, qu'il était connu avec distinction par la science et la piété, par la bonne discipline et surtout par une pureté de doctrine qui n'a jamais eu un instant d'altération. Bien qu'on puisse voir dans cette sorte de plaidoyer pro domo, un soupçon d'exagération, la substance de ce témoignage peut néanmoins être retenue, si on en juge par les faits, et c'est tout à l'honneur des maîtres, qui ont formé ce clergé. Nous en aurions d'ailleurs pour preuve la malignité et l'acharnement avec lesquels les Jansénistes déversèrent leur bile sur l'évêque et ses principaux collaborateurs, les missionnaires. Ce diocèse, disaient-ils, est gouverné par des espèces de missionnaires, avides des biens d'ici-bas, des plus ignorants et ineptes pour le ministère, chargés néanmoins de former le clergé. D'où il arrive qu'on ne trouve dans le clergé périgourdin, que grimace et platitudes sulpiciennes Ò. Mais on voit trop où le bât les blessait ces Jansénistes ; les missionnaires n'avaient-ils pas l'impudence de dire la messe tous les jours et d'enseigner au peuple que l'obligation de communier n'exigeait

[161] rien d'autre préalable que la confession! (302). L'évêque constitutionnel Pontard reprendra en écho les calomnies des Jansénistes contre les missionnaires, mais pour d'autres motifs, et non pas, comme nous l'avons vu, sans être contraint de s'incliner devant leurs vertus et même leur science. L'attitude générale du clergé périgourdin pendant la persécution révolutionnaire sera aussi un des plus beaux hommages rendus à ses formateurs. La Congrégation de la Mission de Périgueux a donc bien mérité du diocèse. Si elle n'a pas eu, en fait, toute l'importance que par amour de la petite patrie, d'aucuns ont cru pouvoir lui attribuer, il reste qu'elle a éminemment contribué, pendant un siècle et demi, à façonner l'âme de l'église périgourdine. Les mérites des missionnaires, les services qu'ils ont rendus au clergé et au peuple, méritaient certes d'être rappelés, puisque leur souvenir s'était si bien dilué dans les brumes du passé, qu'on ne savait plus qui ils étaient. Cette étude aura sans doute contribué à les faire revivre. En ce tournant de notre histoire, où la vie communautaire prend un regain d'estime dans le clergé, n'était-il pas opportun, en vue d'inspirer peut-être l'avenir, de retracer cette histoire, qui nous évoque une des plus belles des annales religieuses de notre Périgord! ------------------------------------- 302) Nouvelles ecclésiastiques, 26 juin 1753

A P P E N D I C E ------------ LISTE DES MISSIONNAIRES [162] 1 & 2. ARNAUT Étienne. - Il y eut deux Étienne Arnaut, oncle et neveu. Cette ressemblance des noms a rendu difficile la tâche d'établir leur curriculum vitae. Les historiens locaux, tels les chanoines Joseph Roux et Entraygues, ont pensé que l'un des Arnaut Étienne fut supérieur de la Petite Mission de Périgueux, et l'autre supérieur du grand séminaire et de la Grande Mission. Or, d'après une lettre de Mgr de Premeaux, il semble bien que ce soit le même qui ait rempli ces deux fonctions. En cette lettre, adressée à son clergé, le 19 mai 1749, le prélat annonçant le décès d'étienne Arnaut, lui attribue la conduite du Petit Séminaire, que lui confia le grand Prélat auquel l'établissement en est dû, et de même la direction du Grand Séminaire et de la Mission. L'un des Arnaut Étienne, probablement l'oncle, fut missionnaire à Bergerac, en 1704, le second Arnaut se trouvant alors à la Petite Mission de Périgueux ; il fut reçu parmi les Pénitents bleus de Périgueux, le 16 mai 1705, et, si nous nous fions au Registre de ces mêmes Pénitents, il serait mort le 1er juillet 1706. Le neveu, docteur en Sorbonne, chapelain de Toussaints, était originaire de Savignac-les-Églises. Il fut reçu à la Mission avant son sacerdoce. Mgr de Francheville lui confia la direction du Petit Séminaire, fondé à Périgueux vers 1700, et il garda cette direction jusqu'à sa mort. Il devint chanoine théologal vers 1712 ; maître-école à la cathédrale vers 1726 ; supérieur de la Mission de 1730 à 1739, de 1742 à 1749. Il avait hérité de Mgr Clément en 1719. Son testament est du II mai 1749 ; il mourut le 19 mai suivant. Mgr de Premeaux publia la lettre indiquée cidessus, le jour même, pour recommander Étienne Arnaut aux prières et saints sacrifices de tous les prêtres et ecclésiastiques du diocèse. 3. AVRIL. - Fut vicaire à Coulaures en 1674, 1683. 4. D'AYDIE. - Aurait été missionnaire à Bergerac en 1701. 5. BAYLK. - Se distingua dans la campagne menée par les missionnaires, en 1791, contre l'évêque intrus Pontard. C'est la seule fois où nous avons trouvé ce nom mentionné, et l'idée nous a effleuré que ce n'était peut-être qu'un pseudonyme, sous lequel se dissimulait un missionnaire. 6. BETAILLE Jean. - Était à la Grande Mission en 1743. 7. BISSIÈRE. - Aurait été missionnaire à Bergerac en 1698. 8. BLOIS. - Professeur à la Petite-Mission de Bergerac, en 1755-1756.

9. BOSCHE Martin. - Économe de la Grande-Mission en 1699 ; curé de Coulaures en 1703-1705 ; revint à la Grande-Mission ; à la Petite-Mission de Bergerac en 1715. [163] 10. BOISLENE (ou Boylenc, ou Boislève), était mis. à Périgueux en 1670. 11. BOISSAC : Voir LAJARTE 12. BOISSARIE Antoine. Chanoine chantre de Biron, fut mis. à Bergerac en 1685. 13. BOUCHETON. - A la Grande-Mission en 1747 ; qualifié de "jeune et habile prédicateur ". 14. BOUNEAU. - Aurait été mis. à Bergerac, en 1757-1758. 15. BOUNY Pierre. - Né au Fleix, en 1745, d'un père catholique et de Jeanne Guy, protestante. Elevé dans le protestantisme, se convertit à 13 ans. Avec son frère Étienne, il fit ses études à Mussidan, et tous deux devinrent prêtres. A Mussidan, il fut condisciple et ami du mis. Drivet. Vicaire au Fleix en 1771-1772, s'agrégea à la Mission en 1774, fut professeur à la Petite-Mission de Périgueux, et se retira au Fleix en 1791. De retour d'espagne après la Révolution, il se fixa à Bordeaux avec Drivet, devint économe et professeur de morale au grand séminaire de cette ville ; en 1814, il se démit de ses fonctions, resta au séminaire comme auxiliaire, et mourut le 13 mai 1827. 16. BOURBOUX. - Professeur à la Petite-Mission de Périgueux, en 1746. 17. BOURGOIN Sicaire. - Vicaire à Paunat en 1742-1743 ; prof. de rhétorique à la Petite-Mission de Bergerac de 1751 à 1754 ; archiprêtre de Thiviers en 1771, mort en 1791. BOURNAZEL : Voir LASSERRE. 18. BRUGIÈRE Jean. - Né le 8 oct.1751 à Chamagnac, le 4ème des enfants de Guillaume, notaire, et de Marie Faure. Il avait un frère prêtre, Joseph, curé de Pissot. Son titre clérical fut établi par martre chinours, le 26 oct. 1779. Il émigra en Espagne en 1791, devint vicaire de Bergerac, puis curé de St-Jacques en 1822. Il mourut le 29 juin 1823. 19. BUGEAUD Léonard. - Mis. à Périgueux en 1724, 1730. 20. CARRIOR Jean. - Curé de St-Germain et son annexe, résigna ce bénéfice en faveur de Louis de Lafaye, le 22 mars 1664. En 1676, il était prieur de Villefranche de Minzat. Il fut surtout missionnaire. Vicaire à Coulaures en 1670, etc, il donna plusieurs missions et prédications dans les communautés religieuses. Il prêcha l'avent et le Carême à Bergerac, en 1681-82 ; 1697-98. En 1681, il négocia la fondation des Sœurs de la Foi à Bergerac, et, en 1685, il travailla à la conversion des calvinistes. Il devint supérieur de la Mission de 1698 à 1704. 21. CELLERIE._ Syndic de la M. en 1676. 22. CHABANE (Jean LABAT de). - Vicaire à Paunat en 1755 ; à Bergerac en 1756-58 ; à

la Grande-Mission en 1776. [164] 23. CHABANIER Jacgues. - Fils de Michel, avocat, et de Louise de Latour. Il fut probablement vicaire à St-Silain vers 1661 ; directeur du grand séminaire en 1668-69 ; reçut la cure de Coulaures de François de Lafaye en 1669 ; en 1677, s'occupa des affaires des Ursulines ; en 1678, installa Gabriel de la Cropte de Chantérac en la chanoinie et prébende théologale de St-Front ; il testa le 26 septembre 1678. 24. CIPIERE Jacgues. - Était à la Grande-Mission en 1667. 24b CLAVIÉRAC De la Mission de Périgueux prêche avec Cubayne, Bournazel, Lasserre, Brugière et Lacroix une mission à Angeac, Charente, en 1785. 25. CLUNIAC Poncet. - Un des fondateurs de la Mission (Voir au ch.1 son curriculum vitae. CLUZEAU : Voir DUCLUSEAU. 26. COEUILHE Martin. - Né en 1658 ; prof. à la G.M., devint curé de la Cité et archiprêtres de la Quinte en 1698 ; garda cette charge 40 ans ; démissionna une 1ère fois le 13 dec.1736, en faveur de Jacques Martin ; fut rétabli en possession de son bénéfice en 1737, et donna de nouveau sa démission le 7 oct. 1738 ; il mourut le 17 oct.1738, âgé de 80 ans, et fut enseveli le 18 dans l'église de la Cité. 27. CUBAYNE Jean. - (appelé aussi Cabayne, Cubenne). missionnaire à la Grande- Mission en 1770 et économe du Grand-Séminaire ; donna plusieurs missions ; il avait été curé de Raillac en Quercy, s'occupa de l'organisation du séminaire-collège de Mussidan ; fut désigné comme sujet à la réclusion le 16 oct. 1793 et le 24 nivôse an VIII. 28. DAGOUT Raymond-Guy. - Prof. de seconde au collège de Périgueux en 1768. 29. DALBAVIE. - Missionnaire à Bergerac de 1693 à 1697 ; curé de Paunat à partir de 1698. 30. DALBAVIE François. - Né en 1692, docteur en théologie ; Missionnaire à Bergerac en 1737 ; curé de Paunat en 1743 ; Missionnaire à Bergerac de 1744 à 1748 ; curé de Bergerac en T7~9-I75I ; démissiona en 1751 ; dirigeait la Miséricorde de la Mademeine en 1752 ; mourut à Bergerac_le 27 dec. 1764, âgé de 72 ans. Prieur de St-Aubin, eut pour successeur Léonard Linarès. 31. DAURIAC Léonard. - Prof. à la Petite-Mission de Périgueux de 1771 à 1776, puis au G. S. ; curé du Fleix en 1781 ; insermenté, fut arrêté avec son frère Jacques, prêtre, et de Gastaudias ; mourut en réclusion le 1er mai 1793. 32. DEBERNARD Philippe (ou Duhernard). - Docteur en théologie ; curé de Bergerac de 1679 à 1703 ; démissionna le 21 août 1703 ; se retira à la Mission où il mourut le 22 août 1710. 33. DEBORT Antoine. - Économe au Grand-Séminaire et syndic de la Mission au moins de 1718 à 1762 ; en 1764, était chapelain de St-Antoine.

34. DEBORT Yrieix. - Prof. de logique au collège de Périgueux en 1768. [165] 35. DECEBIE. Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1691-93. 36. DELAGE Guillaume. - Fut curé de M. Méard de Mussidan ; Missionnaire à la Grande-Mission en 1669 ; mourut vers 1704. 37. DE LESTOILE Philippe-Renest (Delestoile). - Originaire du diocèse d'angoulême ; passe ses examens le 25 janv. 1659 ; est reçu à la Mission le 29 oct. 1661 ; devient syndic de la Mission de 1665 à 1679 ; testa le 21 mars 1680, et mourut le 28 mars. 38. DELMAS. - Prof. à la Petite-Mission de Périgueux de 1771 à 1776, puis au Grand- Séminaire 39. DEMAISON. - A la Grande-Mission en 1678. 40. DESBORDES. - Prof. de rhétoriques au collège de Périgueux en 1765-1767. 41. DESCHAMPS Joseph. - Missionnaire à Bergerac en 1693-98 ; à Périgueux en 1699-1701 ; à Bergerac en 1702-1712. 42. DESFARGE5 François (Deffarges). - Docteur en théologie, curé de St-Astier de Chadeuil ; vicaire à Coulaures en 1674, 1681-83 ; Missionnaire à Bergerac en 1680-81 ; 1700 ; syndic de la Grande-Mission de 1701 à 1726 ; testa le 19 août 1693 instituant Jacques La Serre son héritier universel ; était à Périgueux en 1729-31. 43. DESMARTINS Alain. - Missionnaire à Bergerac en 1675 ; à Périgueux en 1677 ; à Bergerac en 1685 et 1693. 44. DESMARTON Pierre. - Docteur en théologie ; chapelain de Toussaints prieur de St- Jean-Baptiste de Feix en Périgord ; Missionnaire à Périgueux en 1728 ; syndic de la Petite-Mission en 1737 et prof. en 1738 ; supérieur et syndic de la Petite-Mission de Bergerac de 1750 à 1754 ; syndic de la Grande-Mission en 1754, de 1772 à 1778 ; fit un codicille à son testament le 21 oct.1770, et mourut vers 1786. 45. DESRIVIBRES Joseph-Jouffre, sieur des Rivières. - Né en 1715 à St-Pierre de Chignac, Docteur en théologie ; chanoine théologal, maître-école de la cathédrale, vicaire général. Lors de l'établissement de son titre clérical le 2 dec. 1738, fut cautionné par son frère et M. de Laborie. En 1747 est curé de St-Germain-des-Prés ; puis, Missionnaire à Périgueux ; s'affilie aux Pénitents bleus ; prof. à la Petite- Mission de Périgueux en devient supérieur de 1760 à 1768 ; principal du collège de Périgueux de 1768 à 1770 ; supérieur de la Grande-Mission de 1770 à 1779 ; il testa le 13 sept. 1761 ; son testament fut ouvert le 31 janv. 1781 ; il était mort le 15 dec. 1780, âgé de 65 ans. Dans le post-scriptum d'une lettre du 22 dec. 1780, de Lespine écrivait : " Vous avez sans doute appris la nouvelle affligeante de la mort de M. Desrivières ; il fut enterré samedi 16 du courant, emportant avec lui les regrets de tous ceux qui l'ont connu". En 1779, les Visitandines écrivaient de lui : Le diocèse le regarde avec justice comme son guide et son flambeau.

46. DESTISSANAS Élie. - Missionnaire à Périgueux en 1662 ; vicaire à Coulaures de 1670 à 1680 ; Missionnaire à Périgueux en 1700. [166] 47. DEVAUX Jacgues. - Fut un des membres fondateurs de la Mission ; il mourut probablement avant 1658. 48. DESVEAULX Louis (Desvaux). - Né le 8 fevr. 1757, fils de Jean, marchand aubergiste, et d'anne Codert, demeurant au faubourg St-Martin de Périgueux ; entré au Petit-Séminaire de Périgueux le 5 nov. 1772, son titre clérical fut établi le 13 nov.1778 ; Missionnaire à la Grande-Mission ; il émigra en Espagne, fut curé d'agonac de 1802 à 1822 ; chanoine de St-Front le 23 janv. 1823, vicaire général honoraire ; vicaire capitulaire en 1835 ; vicaire général de Mgr Gousset, vicaire capitulaire en 1840 ; mort le 1er nov. 1841, une des derniers survivants de la Mission. 49. DRIVET Jean. - Né le 13 fevr.1759 à Ménestérol ; fit ses études à Mussidan, puis au Petit-Séminaire de Périgueux, le 5 sept.1772 ; fut agrégé à la M. après son diaconat ; excellent prédicateur surnommé le "nouveau Chrysostome" ; Missionnaire à Bergerac en 1781, puis à Périgueux ; après six ans d'exil en Espagne, se fixa à Bordeaux ; il fut proposé pour la cure du Fleix avec cette note officielle : "On ne lui connaît d'autre défaut qu'une santé bien délicate" ; il resta à Bordeaux, où en 1804, Mgr d'aviau lui confia la réorganisation de son séminaire ; il y mourut le 4 mars 1808, vénéré comme un saint. 50. DUBREUIL Jean. - Missionnaire à Périgueux en 1700 ; reçu en 1707 parmi les Pénitents bleus. 51. DUCHASSAING Jean. - Fils de Du Chassaing du Rocher et de Bertrande Desaupierres, habitant La-Chapelle-Faucher ; Missionnaire à Périgueux en 1736 ; curé de Paunat de 1744 à 1785. 52. DUCLUSEAU (André Jougre (ou Geoffroy) du Cluzeau). - Né le 25 avril 1732 à St- Orse ; Missionnaire à Périgueux en 1761 ; chapelain de St- Antoine ; prof. à la P.M., puis supérieur de 1778 à 1790 ; rentra dans sa famille à la Révolution, obtint un certificat de résidence le 29 fructidor 1790 ; en réclusion en 1793 ; en 1802, devint curé de Chourgnac et de St-Pardoux-d'Ans. 53. DUDOIGNON Jean-Baptiste (ou Jean Verneuil, sieur Dudoignon). Né en 1755 à Condat, du district de Nontron ; entré au Petit-Séminaire de Périgueux en 1772 ; à la Petite-Mission de Bergerac, puis à celle de Périgueux ; réfugié à Bordeaux, fut arrêté, condamné à mort et exécuté le 24 juin 1794. 54. DUFOUR. Prof. de philos. à Périgueux en 1722. 55. DUFOUR. Prof. à la Petite-Mission de Périgueux de 1771 à 1776. 56. DUGOURE Jean-François. Missionnaire à Périgueux en 1782, 1789-91. 57. DUGONT. - Missionnaire à Périgueux en 1786 (c'est peut-être le même que le précédent).

58. DUMAS. - Missionnaire à Périgueux en 1747. 59. DUMONTEIL François. - Missionnaire à Bergerac en 1701-02 ; vicaire à Coulaures en 1702-05 ; puis à Périgueux. [167] 60. DUPHENIEUX Claude. - Missionnaire à Périgueux en 1768. 61. DURAND Pierre. - Missionnaire à Périgueux en 1757. 62. DUSSEL. - Curé de La Bachellerie en 1729 ; Missionnaire en 1747. 63. DUVER. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1697-1701. 64. FANGA5. - Missionnaire à Périgueux en 1768. 65. FARGEOT Jean. - Docteur en théologie ; chanoine, maître-école à la cathédrale, vicaire général. Missionnaire à Périgueux de 1680 à 1703 ; travaille à la conversion des calvinistes à Bergerac en 1685 ; curé de Bergerac de 1703 à 1719 ; supérieur de la Grande-Mission de 1719 à 1724 ; à Périgueux en 1728. 66. FROYDEFONT (Louis Desfarges de Froidefont). - Fils de Pascal, écuyer, sieur de la Rigaudie, et de dame Antoinette Vigier ; son titre clérical est du 30 avril 1712 ; diacre, est reçu parmi les Pénitents bleux en 1713 ; docteur en théolog. ; Missionnaire à Périgueux en 1715 ; curé de Bergerac de 1720 à 1748 ; meurt le 5 octobre 1748. 67. GASTAUDIAS (Gratien Pasguet de Gastaudias). - Né le 2 juillet 1744, de Jacques Pasquet, sieur de Gastaudias, et de Marie Aymat, habitant Puychautu ; fut baptisé en l'église St-Pierre d'eyvirat ; il avait pour oncle Pierre de Salleton, curé de Milhac de Nontron, qui le fit son héritier par testament du 15 mai 1775 ; diacre en 1767 ; prof. à la Petite Mission de Périgueux en 1772 ; Missionnaire à Bergerac de 1773 à 1778, de 1788 à 1791 ; en 1790-1791 fut impliqué dans l'affaire de la prophétesse Suzanne Courcelle Labrousse ; insermenté, fut arrêté et condamné à la déportation ; vicaire à St-Front de Périgueux de 1802 à 1808 ; mourut en 1811. 68. GINTRAC Guillaume (Gintrat). - Fils de Élie, bourgeois de Périgueux, et de Marguerite de Pat y ; son oncle Jean-Joseph de Pat y fut lieutenant général au gouvernement général de l'ile de St-Domingue ; diacre en 1751 ; économe du Grand-Séminaire pendant de longues années, à partir de 1754 ; fut chapelain de St- Barnabé, chanoine en l'église collégiale de St-Sauveur d'aubeterre ; Étienne Murat le fit son héritier testamentaire en 1769. 69. GONTHIER. - Missionnaire à Bergerac en 1679. 70. GONTHIER. - Missionnaire à Périgueux en 1749 et prof. au Grand-Séminaire en 1757-1758. 71. GONTIER (Marc-Antoine Gontier de Montirat). - Né à Montirat, paroisse de Pressignac ; docteur en théolog., chapelain de St-Anoine ; Missionnaire à Périgueux de 1750 à 1767, syndic du Grand-Séminaire ; curé de Bergerac de 1767 à 1791 ; incarcéré à Périgueux, revint aux environs de Bergerac où il mourut le 22 avril 1801 ; il était le neveu de Gabriel Gontier de Lalande.

72. GONTIER Arnaud. - Missionnaire à Périgueux en 1780. [168] 73. GONTIER Élie. - Travailla à la conversion des calvinistes à Bergerac en 1685 ; et il fut curé de Creysse (Est-ce le même qu'au N 69? ). 74. GORSSE. - Ancien curé de St-Pardoux-la-Rivière ; Missionnaire à Périgueux en 1786 ; curé de Paunat de 1786 à 1790 ; mort le 21 août 1790. 75. GRELLETY (François de Grellety, sieur de PEIX). Docteur en théologie ; Missionnaire à Périgueux en 1746 ; prof. de philos. au Petit-Séminaire en 1751, devint membre de l'académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux (B.H.A.P., 1914, 279 ; 1874, 36) ; il quitta la Mission en 1760 ou 1761 et soutint un procès contre elle en 1762. 76. HEVARD. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1678-79. 77. HUBERT Joseph. - Chapelain de Bern, diocèse de Bazas, Missionnaire à Périgueux en 1766. 78. JACQUES Gabriel. - Missionnaire à Périgueux en 1701. 79. JAUCEN (François de). - Vicaire à Coulaures en 1685, 1693, 1703. 80. JOUSSEN. - Aurait été Missionnaire à Périgueux en 1789. JOUSSEN François : Voir LAVERGNE LABAT Jean-Baptiste : Voir CHABANNES 81. LABAT Louis-Léonard. - Né à Périgueux le 9 juin 1762, fils de feu Jacques, bourgeois, et de Catherine Grellety ; il eut pour parrain Louis Labat de Maisonneuve, conseiller magistrat aux sièges royaux de Périgueux ; Missionnaire à la Petite-Mission en 1789-90 ; fut autorisé à rester à Grun en surveillance ; après la Révolution, dirigea le collège de Périgueux, puis devint curé de Nontron. 82. LABERNERIE (de). - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1757, 1760-62 83. LABORIE (Jacques de Mespolède, sieur de LABORIE). - Chapelain d'une des quatre chapellenies d'agonac ; Missionnaire à Périgueux en 1733 ; testa le 28 juil. 1734 ; mourut à la M. le 24 juillet 1740 ; son testament fut ouvert le 4 août 1740. 84. LABROUE Pierre. - Fils de, et de Suzanne Bulle ; Missionnaire à Périgueux en 1682 ; vicaire à Coulaures en 1685 ; Missionnaire à Périgueux en 1696. 85. LABROUE Pierre. - Docteur en théologie, Missionnaire à Périgueux et curé de St- Martin de Dussac en 1706 ; mort dans cette paroisse en 1740, âgé de 67 ans ; fut enterré au dessous du balustre de l'église (Est-ce le même que le précédent?). 86. LABROUHE Denis. - Fut un des fondateurs de la Mission ; mentionné pour la dernière fois dans le testament de Jean de la Cropte le 9 mai 1658. 87. LACOSTE P. - Vicaire à Coulaures vers 1700. [169] 88. LACROIX Pierre. - Originaire de Ste-Foy-la-Grande ; entré au Petit-Séminaire le 3 nov. 1771 ; Missionnaire à Périgueux en 1786. 89. LA CROPTE (Jean de Lacropte de Chantérac). - Fondateur de la Mission (Voir sa

notice au ch.l). 90. LAFAYE (François de). - Ecuyer, prieur de St-Raphaël, curé de St-Pardoux de Dronne, fut un des tout premiers missionnaires ; curé de Coulaures en 1657 ; résigna sa cure en 1664 en faveur de Poncet Cluniac, en 1669 en faveur de Jacques Chabanier, mais demeura en fonctions jusqu'en 1692 ; il mourut le 30 sept.1693. 91. LAFAYE (Louis de). - Neveu de précédent, fils de François, écuyer, seigneur de Rochefort, co-seigneur de Segonzac, et de Jeanne Adhémar. Il fut vicaire à Coulaures, y mourut en 1685, et fut enseveli dans l'église. 92. LAFAYE. - Missionnaire à Périgueux en 1776. 93. LAFON. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1706-07. 94. LAGARDE Jean. - Missionnaire à Périgueux en 1751, économe du Grand-Séminaire en 1756, 1757. 95. LAJARTE (Jean BOISSAC de). - Originaire de Bourdeille, Missionnaire à Périgueux en 1760 ; prof. de philos. au collège de Périgueux en 1768. 96. LALANDE (de). - Missionnaire à Périgueux en 1699. 97. LA LAUDE (Guillaume-Gabriel Gontier, sieur de Lalande). - Docteur en théologie ; chapelain de Toussaints ; curé de St-Martin de Lherm, prieur de St-Méard-de- Gurçon, maître-école, vicaire général. Il était fils de Jean-Pierre Gontier de Biran, sieur de la Sayssie ; Missionnaire à la Petite-Mission de Périgueux en 1727, au Grand-Séminaire en 1739 ; économe du Petit-Séminaire de 1741 à 1755 ; supérieur de la Mission de 1755 à 1770 ; au Petit-Séminaire de 1770 à 1778 ; testa le 24 janv. 1762 ; mourut le 3 dec.1778, âgé de 86 ans ; son testament fut ouvert le 21 juil.1780. 98. LAMOTHE (Jean Lollière, sieur de Lamothe). - Fils de Jean-François Lollière, lieutenant de la juridiction de Grignols ; Missionnaire à Bergerac en 1708 ; au Grand-Séminaire en 1709 ; économe du Grand-Séminaire en 1710 ; il prit possession de l'église St-Pierre d'église-neuve le 3 oct. 1712. (Un Jean Lollière de Lamothe fut curé de Corgnac en 1736, et chanoine à St-Front). 99. LANSADE (Jean de). - Fils de Pierre, écuyer, seigneur de Plaigne, paroisse de Lanouaille, et de Marie de la Roche ; écuyer, Docteur en théologie ; Missionnaire à la Petite-Mission et prof. de philo en 1739 ; au Grand-Séminaire en 1742 ; curé de Bergerac de 1751 à 1767 ; mort le 22 nov.i767, âgé de 56 ans. Il fonda une mission à donner tous les dix ans à St-Jacques ; son testament est du 23 sept. 1766. 100. LARIVIERE Maurice-Gabriel-Jacques. - Missionnaire à Bergerac en 1701 ; syndic de la Grande-Mission en 1708 ; mort le 3 mai 1715 à Bergerac, âgé de 42 ans, et enterré ce même jour dans l'église St-Jacques (Reg. par. de St-Jacques). [170] 101. LA SALLE (Bernard de). - Docteur en théologie, archiprêtre de Chantérac ; Missionnaire à Bergerac en 1701 ; à la Grande-Mission en 1726 ; syndic de la M. de 1728 à 1748 ; il testa le 6 avril, 1745 ; mourut en sept. 1748 ; son testament fut ouvert le 28 mars 1749. Il y avait plusieurs prêtres dans sa famille ; son frère Étienne fut

curé de St-Germain-des-Prés, archip. de Thiviers. 102. LA SERRE Jacgues. - Né à Plazac, près Montignac ; Docteur en théologie ; prévôt de Paunat ; prieur de St-Seurin de Pavaucelles ; Missionnaire à Périgueux en 1665 ; prêcha l'avent et le Carême à Bergerac en 1684-1685 ; supérieur de la mssion de 1692 à 1696 ; de 1704 à 1710 ; mourut en août 1715 ; son testament rédigé le 12 dec. 1709, fut ouvert le 20 août 1716. Leydet fait figurer son nom à côté de celui du jésuite Jean Dubois, dans ses "Essais sur l'histoire littéraire du Périgord" ; théologien remarquable, La Serre a composé plusieurs ouvrages, dont la théologie dite de Périgueux. 103. LASSERRE-BOURNAZEL Jean-Baptiste. - Né le 28 janv. 1753 à St-Mayme-de- Rozens ; neveu de Marc Gontier de Montirat curé de Bergerac et frère du suivant ; il avait un troisième frère, Martin, curé de Ste-Foy-de-Longas, et une sœur à Ste- Marthe qui devint supérieure de l'hôpital de Bergerac. Entré au Petit-Séminaire de Périgueux le 5 nov. 1772 ; prof. de théologie au Petit- Séminaire en 1780, et membre de la Société littéraire de Périgueux ; syndic de la M. en 1783 ; se cacha à Périgueux pendant la Révolution, et après la mort de son supérieur Linarès administra le diocèse comme président du conseil de conscience institué par Mgr de Flamarens. Après la Révolution, il racheta une partie des biens de la Mission ; rétablit la Visitation ; puis plus tard la Petite-Mission de Bergerac. Directeur du collège de Périgueux en 1809 ; curé de Bergerac de 1812 à 1822 ; nommé vicaire général en nov.182i par Mgr de Lostanges, et chargé des missions diocésaines ; vicaire capitulaire en 1835 ; chanoine de Saint-Front le 13 avril 1836 ; doyen du chapitre et vicaire capitulaire en 1840. Recevant Mgr George au nom du chapitre, le prélat déclarait : "Je remercie le chapitre d'avoir choisi un prêtre aimé, estimé, vénéré dans tout ce diocèse, pour être l'interprète des sentiments qui l'animent en ce jour solennel et si touchant pour moi ; il ne pouvait me donner une marque plus vraie d'une bienveillance qui me touche profondément". Dernier survivant de l'ancienne Congrégation de la Mission de Périgueux, J.B. Lasserre mourut le 13 mai 1848. 104. LASSBRRE-BOURNAZEL Martin. - Frère du précédent ; né le 25 sept. 1755 ; entré au Petit-Séminaire de Périgueux le 5 nov. 1772 ; Missionnaire à Bergerac en 1780, puis à Périgueux ; émigra en Espagne ; rentré en France, fut autorisé à demeurer à Périgueux, sous la surveillance de la municipalité. Proposé le 6 brumaire an XI pour la paroisse de Bergerac avec la note suivante : "Ex-missionnaire, appelé par la grande majorité des catholiques, estimé des protestants, le seul en ce moment propre à maintenir la bonne harmonie". Curé de Bergerac de 1802 à 1812, il mourut héroïquement du typhus, le 2 avril 1812, en soignant des espagnols internés dans sa paroisse. Son frère J.B. lui succéda comme curé de Bergerac. [171] 105. LATOUR (Nicolas de) ou (Pierre Nicolas, sieur de Latour). Syndic de la M. de

1696 à 1699. 106. LAVERGNE (François Joussen, sieur de Lavergne). - Il avait un frère Jean, curé de N.D. des vertus de Sanilhac. - Missionnaire à Périgueux en 1728 ; prof. de dogme de 1733 à 1739 ; puis missionnaire réputé comme prédicateur ; confesseur à Ste- Marthe en 1758 ; syndic de la Mission en 1764 ; probablement décédé en 1764, puisque L. Linarès lui succède cette année-là comme chanoine. 107. LAVERGNE Antoine. - Aurait été prof. au Grand-Séminaire en 1776 ; aumônier de Ste-Marthe, à la Révolution ; fut arrêté, condamné à mort et exécuté à Périgueux le 21 juillet 1794. 108. LINARES Huguet. - Missionnaire à Périgueux en 1785. 109. LINARE5 Jean. - Missionnaire à Bergerac en 1'757 ; vicaire à Paunat en 1762 ; mort subitement en 1771 pendant la mission de Sorges ; il avait alors 46 ans. 110. LINARES Léonard. - Né à Paunat, en 1723 ; Docteur en théologie, prieur de St- Aubin de Connezac, vicaire général. Missionnaire à Périgueux et prof. au Petit- Séminaire en 1749, 1751 ; chanoine en 1764 ; syndic de la Mission en 1771 ; supérieur de la Mission de 1779 à 1791. Président du conseil de conscience organisé par Mgr de Flamarens pendant la Révolution, arrêté, fut enfermé au couvent de N.D. de la rue du Plantier, et y mourut le 5 mars 1794, à l'âge de 71 ans. 111. LOGERIE (Jean SIMON, sieur de Logerie). - Fils de Louis SIMON, Docteur en théologie ; son titre clérical fut établi en oct. 1672 ; Missionnaire à Périgueux en 1676 ; à Bergerac en 1679, 1685-1686 ; à Périgueux en 1691. LOLLIERE Jean : Voir LAHOTHE 112. LOQUERIE (de). - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1690-1695. (Ne s'agit-il pas du Missionnaire précédent de Logerie? ) 113. NAC~ROUZE. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1711-1714. 114. MAROT. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1698-1700. 115. MARTIN Agapit. - Syndic de la M. en 1680 ; mort en 1684. 116. MASTRENCHARD. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1749-1754. 117. MAUMONT Louis. - Missionnaire à Périgueux en 1705. 118. MAUR8AU Henri. - Originaire de Mauzac, où son père Jérôme était juge. Vicaire à Paunat ; Missionnaire à Périgueux en 1754 ; son testament rédigé le 9 juillet 1762, fut ouvert le 15 dec. 1774. 119. MEREDIEU Pierre. - Co-fondateur de la Mission (Voir sa notice au ch. 1). [172] 120. MERGIER. - Donné comme ex-missionnaire, après la Révolution. On ne sait s'il a appartenu à la Congrégation de la Mission de Périgueux. MESPOLEDE Jacgues : Voir LABORIE 121. MONMARSON Jean. - Missionnaire à Périgueux en 1726, et 1743.

122. MONTET Antoine. - Missionnaire à Périgueux en 1728. 123. MORTEYROL-LAGARENNE François-Bernard. - Né en 1764 au village de Lome, paroisse de St-Médard d'excideuil ; fils de Jean, sieur Duclaud de Lome, et de Catherine Lasgeageas ; prêtre en 1777, prof. à la Petite-Mission de Périgueux en 1778 et économe ; en 1786, son grand oncle Bugeaud de la Piconnerie, sieur de la Vidalie, archiprêtre de Champagnac de Bélair, résigna sa paroisse en sa faveur ; émigra en Espagne, reprit sa cure et mourut le 5 février 1822, après avoir refusé en 1812 la cure de Bergerac. 124. MURAT Étienne. - Né en 1693 ; chapelain de St-Antoine ; prieur de St-Privat ; commandeur du St-Esprit de Bergerac ; Missionnaire à Périgueux en 1722 ; supérieur de la Mission de 1748 à 1756 ; principal du collège de Périgueux de 1762 à 1768 ; le Grand-Séminaire fut pratiquement sous sa direction de 1739 à 1755 ; il testa le 24 avril 1768 et mourut le 23 sept. suivant. 125. OLIVIER. - Prof. de rhétorique au Petit-Séminaire en 1772 ; au Grand-Séminaire en 1777. PEIX François : Voir GRELLETY 126. PENAUD. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1757-1760. 127. PIAT Pierre. - Missionnaire à Périgueux en 1741. 128. PICHET Jean. - Missionnaire à Périgueux en 1757. 129. PICHON Pierre. - Originaire de St-Yrieix ; vicaire à Paunat en 1741 ; prof. au Petit- Séminaire en 1764 ; testa le 11 janv. 1765. 130. PICON. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1700. 131. PIGNOL. - Missionnaire à Périgueux en 1709. 132. POUGHEOL. - Missionnaire à Périgueux en 1719. 133. PUYBERTRAND. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1708-1709. 134. PUYRIGARD. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1712. 135. RAYNAUD. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1704. 136. RAYNE Jean-Blaise. - Missionnaire à Périgueux en 1747 ; chapelain de Toussaints en 1754. 137. REYNIER Jean. - Un des fondateurs de la Mission, mort avant 1658. [173] 138. REYNIER Pierre. - Fils de..., et de Léone Darpès, Docteur en théologie ; à la M. en 1662 ; syndic en 1669 ; supérieur de la Mission de 1686 à 1692, de 1696- à 1698, DE 1710 à 1713 ; mort vers 1715, son testament rédigé les 1er avril 1712, 8 mai 1714, II mai 1714, fut ouvert le 5 mai 1716. Pierre Reynier avait une soeur à Ste-Marthe et un frère, Antoine, archiprêtre de Chantérac, auquel il succéda. 139. ROCHE Grégoire. - Docteur en théologie, chapelain de St-Antoine, prof. de théolog. au Petit-Séminaire de Périgueux en 1712 ; syndic de la M. en 1720 ; est à

Périgueux en 1740. 140. ROCHE Jean. - Fut curé de Montignac-le-Coq en 1758. 141. ROCHER. - Missionnaire au Grand-Séminaire en 1751. 142. ROUX Pierre. - Chapelain de St-Antoine ; Missionnaire à Périgueux en 1735. 143. SAINT-AULAIRE (Daniel-André Beaupoil de). - Né le 16 juin 1651, fils de Daniel de Beaupoil, seigneur de St-Aulaire, et d'angélique de Blot ; Missionnaire à Périgueux en 1686 ; prêche l'avent et le Carême à Bergerac en 1689-90 ; Missionnaire à Bergerac en 1694-1702 ; nommé évêque de Tulle le 18 avril 1'702, démissionne en 1720 et se retire à la Mission où il meurt en 1734 ; il avait testé le 17 août 1686. 144. SABOUROUX Pierre. - Missionnaire à Périgueux en 1735, 1739, puis syndic ; chapelain de St-Antoine, mort en 1789. 145. SANA1LLAC Pierre. - Missionnaire en 1740. 146. SENAILHAC Jean. - Missionnaire à Bergerac vers 1740-41, 1745-49. SIMON : Voir LOGERIE 147. SOUFRON Joseph. - Né vers 1666, fils de Jean et de Anne de Sénailhac, originaire de Limeuil ; vicaire à Coulaures en 1685 ; Missionnaire à Périgueux en 1686 ; syndic de la M. en 1701 ; supérieur de la Mission de 1713 à 1719, 1724 à 1730, 1739 à 1742 ; fit une fondation en faveur des pauvres de Limeuil en 1745 ; son testament est du 26 janv. 1747 avec un codicille du 17 avril 1749 ; mourut le 19 avril 1749 et fut spécialement recommandé aux prières du diocèse par Mgr de Premeaux. 148. SOUVILLÉ (David Estève de Souvillé). - Entré dans la Mission en 1676 ; syndic en 1684, curé de Coulaures en 1693, puis de nouveau à la Grande-Mission en 1718 ; il fut chanoine de St-Sauveur d'aubeterre, et en 1719 curé de St-Méard de Mussidan ; son testament est du 1er oct. 1692. 149. TOURRIER Jean. - Aurait été à la Petite-Mission en 1789 ; il naquit le 7 fevr. 1736, fut curé de Fraysse de 1803 à 1830. 150. TRUPHY François. - Docteur en théologie, ancien curé de La Cosne archiprêtre de Chantérac ; Missionnaire à Périgueux en 1676 ; à Bergerac en 1679-1696, et 1702-1703 ; travailla à la conversion des calvinistes en 1685 ; Missionnaire à la Grande- Mission ; son testament fait le 29 janv.1715 fut ouvert le 23 janv. 1727, Truphy est alors dit décédé depuis quelque temps. [174] 151. TUQUET (Sicaire PIAT de). - Missionnaire à Périgueux en 1739, chapelain de St- Antoine ; économe du Petit-Séminaire en 1740 ; fit son testament le 1er avril 1751 étant très malade (Voir PIAT Pierre). 152. VALADE Eymard. - Vicaire à Coulaures de 1683 à 1703, puis curé de cette paroisse. 153. VALEN. - Aurait été Missionnaire à Bergerac en 1712.

154. VATINE. - Missionnaire à Bergerac en 1707-10, à Périgueux en 1754. 155. VAUGANGUES. - Missionnaire à Périgueux en 1721. 156. VAYSSE. - Aurait été mis. à Bergerac en 1705-06. 157. VERGNIAS Gabriel. - Fils de Jean et de Jeanne Lavergne, paroisse de St-Front de Périgueux ; son titre clérical est du 10 dec. 1747 ; Missionnaire à Périgueux en 1748 ; il fut le procurateur des Ursulines à l'assemblée du Tiers-Etat, en 1789. 158. VERGNES. - Missionnaire à Bergerac en 1749. 159. VIDAL François. - Docteur en théologie, Missionnaire au Petit-Séminaire de Périgueux en 1721. 160. YASSE E. - Vicaire à Coulaures en 1704.

B I B L I O G R A P H I E ------------ Auteurs ABELLY. - La vie de saint Vincent de Paul, Paris, 1891. [175] AMBROISE de Bergerac. - Un prêtre modèle ou La vie de Monsieur Jean-Baptiste Macerouze, Bergerac, 1873. AMELOTE. - Vie du Père de Condren, Paris, 1657. AUDIERNE. - Le Périgord illustré, Périgueux, 1851. BARRIÈRE. - La vie intellectuelle en Périgord (1500-1800), Bordeaux 1936, Vesunna Petrucoriorum, Périgueux, Ribes, 1930. BENOIT. - La petite histoire de Périgueux, Périgueux, 1938. BERNARET. - Tournées pastorales de Mgr Dabert (1875-1876), Cassard, Périgueux, 1887 Quelques notes sur le clergé du Périgord (Sem. Rel. de Périgueux) Souvenirs historiques de l'église collégiale de Saint-Front (Sem. Rel., 1872, 954 ss.) Bergerau à l'occasion des fêtes de la Pentecôte 1875 Souvenir historique des principales églises, chapelles et établissements religieux qui ont été détruits ou qui ont changé de destination depuis 1793, dans la ville de Périgueux (Sem. Rel., 1872, 834 ss.). BERTRAND. - Histoire des séminaires de Bordeaux et de Bazas, 3 vol., Féret, Bordeaux, 1894. BOREL d'hautbrive. - Annuaire de la noblesse, 1856. BOYER (dom). - Journal de voyage de dom Jacques Boyer (1710-1714) publié et annoté par Antoine Vernière, Thibaud, Clermont-Ferrand, 1886. BOYSSON (de). - Le clergé périgourdin pendant la persécution révolutionnaire, Paris, Picard, 1907. BRUGIÈRE. - Le livre d'or des diocèses de Périgueux et de Sarlat, ou Le clergé du Périgord pendant la période révolutionnaire, Montreuil sur Mer, 1893 L'ancien et le nouveau Périgord, 32 vol. ms. (à l'évêché de Périgueux). BUSSIÈRE. - Études historiques sur la Révolution en Périgord, 3 vol., Bordeaux, Challet, 1877, 1885, 1903. CARLES. - Une chapelle dominicaine à Périgueux, Périgueux, 1869, Monographie de Saint- Front, Cassard, Périgueux, 1871 Les titulaires et les patrons du diocèse de Périgueux et de Sarlat, Cassard, Périgueux, 1883. [176] CHASTENET. - Vie de Mgr Alain de Solminihac, Cahors, 1663, et ed. de ST-Brieuc, 1817.

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MAYJONADE. - Les anciens synodes des églises de Périgueux et de Sarlat, Cassard, Périgueux, 1922 Le martyrologe de la révolution pour le diocèse de Périgueux (relation manuscrite de l'abbé Duchazaud) Cassard, Périgueux, 1914 Nos établissements diocésains confisqués, Cassard, Périgueux, 1907. MORTEYROL. - Notice biographique sur M. Morteyrol de la Garenne (François-Bernard), ancien archiprêtre de Champagnac-de-Bélair, Périgueux, Dupont, 1845. NANGLARD. - Pouillé historique du diocèse d'angoulême, 4 vol., Angoulême, Chasseignac, 1894. PACAUD. - Histoire du grand séminaire de Limoges, Limoges, 1950. PECOUT. - Souvenirs historiques et biographiques sur la contrée du Fleix, 1884 - M. Macerouze, dernier curé de Bergerac, Périgueux, Cassard, 1914. PICOT. - Essai historique sur l'influence de la religion en France pendant le XVIIe siècle, ou Tableau des établissements religieux, formés à cette époque, Paris, Le Clère, 1824, 2 vol. PRUNEL Mgr. - La renaissance catholique en France au XVIIe siècle, Paris, Desclée, 1921. RIBOULET. - Étude historique sur Mgr Guillaume Le Boux, Périgueux, Dupont, 1875 L'abbaye de Chancelade, Périgueux, Dupont, 1883. ROCAL. - De brumaire à Waterloo en Périgord, 2 vol., Paris, Floury, 1941. ROCHE. - Le portrait fidèle des Abbés et autres Supérieurs réguliers et de leurs religieux dans la vie du révérend Père Jean Garat, abbé de Chancelade, par un chanoine régulier de l'abbaye de Notre-Dame de Chancelade. ROUMEJOUX (de). - Bibliographie générale du Périgord, 5 tomes, Périgueux, 1899. ROUSSEAU. - Guillaume-Joseph Chaminade, fondateur des Marianistes, Paris, 1913. ROUX Joseph. - Visite canonique du diocèse de Périgueux en 1688, Périgueux, 1929 Tricentenaire de la congrégation de Sainte-Marthe de Périgueux (1643-1943), Périgueux, 1943. [178] ROUX-NAUBOURGUET. - Le livre vert de Périgueux, 2 vol., Périgueux, Ribes., 1942. ROUX Eugène. - Les Ursulines de Périgueux, 2 vol., Périgueux, 1907, 1915. SAINT-MARTIN. - Mgr Daniel de Francheville, évêque de Périgueux, dit le Père des Pauvres (Apostolat de la prière, Toulouse). SIMLER. - Guillaume-Joseph Chaminade, fondateur de la Société de Marie et de l'institut des Filles de Marie, Paris, 1901. SOL. - Le vénérable Alain de Sominihac, abbé de Chancelade et évêque de Cahors, Cahors, Delsaud, 1928, Lettres et documents, Cahors, Delsaud, 1930. TAILLEFER (de). - Antiquités de Vésonne, 2 vol., Périgueux, Dupont, 1876. TAMIZEY de LARROQUE. - Livre-journal de Pierre de Bessot (1609-1652) Paris, 1893. TARDE. - Les chroniques de Jean Tarde, Paris, Picard, 1887.

TRICOIRE. - Les évêques d'angoulême. Archives de l'évêché de Périgueux. Principales sources documentaires Archives communales de Périgueux. Archives du grand séminaire de Périgueux. Archives de la Congrégation de Ste-Marthe de Périgueux. Archives de la Visitation Sainte-Marie de Périgueux. Archives de l'église Saint-Jacques de Bergerac. Archives départementales de la Dordogne : diverses séries, B, E, H, K, L, Q, et notamment les actes des notaires pour la période 1646-1792. Parmi les notaires à citer d'après leur importance pour cette étude : Rousseau (1639-1720) ; Maigne (1647-1667) ; Roubert (1644-1705) ; Lavavé (1721-an III) ; Paillet (1625-1721) ; Farnières (1672-1692) ; Grandrieu (1695-1707) ; Jaly (1680-1809) ; Chinours (1712-an VIII) ; Chaminade (1736-1760) ; Giry (1749-1763) ; Parade (1725-1752) ; d'autres encore d'un intérêt plus relatif : Chartroule (1653-1693) ; Préat (1632-1671) ; Durouchail (1648-1654) ; Vigier (1655-1705) ; Chaminade (1658-1693) ; Sarlande (1748-1794) ; Guy (1748-1761) ; Lavergne (17461791) ; Beylot (1762-1776) ; Lalande (1765-1772) ; Dubois (1776-1787). Les autres notaires de Périgueux sont sans intérêt pour la Mission. Archives départementales de la Gironde. Archives historiques du département de la Gironde. Bibliothèque nationale, fonds Périgord, passim. Bibliothèque de la ville de Périgueux (manuscrits). Collections et revues Annales historiques de la ville de Bergerac (1233-1789), Bergerac, 1891. [179] Annales de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité, Paris. Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1874 à nos jours. Catholicisme, hier, aujourd'hui, demain (Encyclopédie publiée par Letouzey et Ané), Paris. Gallia Christiana in provincias ecclesiasticas distributa, opere et studio Domini Dionysii Sammarthani, editio altera labore et curis Domini Pauli Piolin, tome II, Paris, Palmé, 1873. Le Chroniqueur du Périgord et du Limousin, 1853-1856. Les jurades de la ville de Bergerac (Extrait des registres de l'hôtel de ville), par G.

Charrier, tome IX à XIV, Bergerac, 1903 etc. Le tribunal criminel et révolutionnaire de la Dordogne sous la terreur, Périgueux, Cassard, 1880. Recueil des actes, titres et Mémoires concernant les affaires du Clergé de France, etc.., 14 tomes, Paris, Desprez, 1768. Recueil des Ordonnances des évêques de Périgueux, 1679. Semaine religieuse de Périgueux, 1867 à nos jours. Documents divers Adresse aux fidèles du département de la Dordogne, de la part de l'évêque constitutionnel, et principalement aux Pasteurs, pour être lue au prône (Imprimerie des amis de la Constitution et de M. l'évêque, Périgueux, 25 août 1791). Annales de la Compagnie au Saint-Sacrement, par le comte René de Voyer d'argenson (Edit. H. Beauchet-Filleau, Marseille, 1900). Annuaire du département de la Dordogne pour l'année sextile XI, de l'ère française (1803), Périgueux, Dupont. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Série E, 2 vol., par Villepelet et J. Durieux, Périgueux, 1899 et 1923. Inventaire sommaire..., Série A et B, par L. Dessales, 1865, et Villepelet, 1889, Périgueux. Inventaire sommaire de la Collection Périgord à la Bibliothèque nationale, par Ph. de Bosredon, Périgueux, 1890. Inventaire sommaire des archives communales (de la ville de Périgueux) antérieures à 1790, par M. Hardy, Périgueux, 1894. Lettre de Monseigneur l'évêque de Périgueux à tous les Prêtres et Ecclésiastiques de son diocèse, pour recommander à leurs prières et saints sacrifices l âme de feu M. Étienne Arnaut, prêtre, maître-école de l'église Cathédrale, Supérieur de la Communauté des Missionnaires et du Séminaire de Périgueux, et vicaire général, décédé le 19 du présent mois de mai 1749 (arch. de l'évêché). Lettre à M.M. les Missionnaires de Périgueux de la part de l'évêque précédée d'une Histoire abrégée de leur conduite envers? Pontard, évêque du département de la Dordogne, Périgueux, de l'imprimerie des Amis de la Constitution et de M. l'évêque, 1791. [180] Livre de l'élection des confrères qui entrent en charge et autres actes concernant la compaignie de Messieurs les Pénitents bleus de St Hiérôme de Périgueux commensant le neufièsme may mil six cents septante huict (arch. de l'évêché). Livre-journal de François Gilbert et François-Jean Gilbert, juges en l'élection d'angoulême (1740-1762 ; 1769-1826), publié et annoté par l'abbé Paul Legrand

(Bulletin et mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1900, pp. 65 ss.). Ordonnances de Monseigneur l'evesque de Périgueux, faites en son premier synode tenu le 13, 14 et 15 avril dans son Église Cathédrale, Périgueux, Dalvy, 1649. Procès-verbaux des abjurations de l'hérésie de Calvin faites à Bergerac par ordre du marquis de Louvois (27 août au 25 septembre 1685 (Arch. histor., Gironde, XXIV,p. 79). Procès-verbal des délibérations du clergé des trois sénéchaussées Périgueux, Sarlat, Bergerac, 1789. Ont été encore consultés les divers ouvrages publiés par les Missionnaires, notamment les six volumes de Théologie morale et dogmatique de Périgueux, et les cinq volumes des Conférences ecclésiastiques, publiés de 1683 à 1697. De même, une trentaine de manuscrits de cours de théologie, de philosophie et autres sciences, du XVIIIème siècle (datés de 1733 à 1780), et ayant appartenu aux élèves de la Petite Mission Dessaignes, Lusson, Dupuy, Ladeymarie et de Lespine. FIN Paris, le 6 avril 1959 Félix Contassot, C.M.

TABLE DES MATIÉRES Avant-propos 1 Livre Premier ORIGINE ET CONSTITUTION DE LA MISSION Ch. I.- Les origines de la Mission : 1. - Ses origines lointaines 3 2. - Les fondateurs de la Mission 9 Jean de la Cropte 10 Pierre Méredieu 14 Poncet Cluniac et autres 15 Ch. II.- La fondation de la Congrégation : 1. - Érection et approbation 17 2. - Le nom et le titre canonique 22 Ch. III. - Les constitutions et les règles 26 1. - Nature de la congrégation 27 2. - Fin et membres 28 3. - Gouvernement de la congrégation 31 Ch. IV. - Les membres de la congrégation : 1. - Les prêtres. 35 2. - Les garçons servants 36 Ch. V. - La Maison-Mère de la Mission : 1. - Première installation 41 2. - Deuxième installation 43 3. - Nouveaux agrandissements 51 Ch. VI. - Les biens de la Mission : 1. - Propriétés à Périgueux, et paroisses 54 2. - Prévôté de Paunat 56 3 - Prieuré de St-Euparche de Pallueau, etc. 57 4. - Prieuré de La Faye et biens divers 59 5. - Moulins et forges 60 6. - Seigneuries et droits de justice 61 7. - Les biens de la Mission à la Révolution 61

Ch I. - L'évangélisation du diocèse : Livre Deuxième LES ŒUVRES DE LA MISSION 1. - Ministères divers 63 2. - Les missions 64 3. - Retraites spirituelles 71 Ch. II. - La Grande Mission : 1. - Le grand séminaire avant la Mission 74 Mgr de Brandon et le séminaire 74 Mgr Cyr de Villers et le séminaire 78 Mgr Guillaume Le Boux et la Mission 81 Histoire succincte de la Grande Mission. 82 2. - Ouvrages publiés par les Missionnaires 85 Ch. III. - La Petite Mission de Bergerac : 1. - Sa fondation 90 2. - Ses biens et ses œuvres 93 3. - Son personnel 97 Ch. IV. - La Petite Mission de Périgueux : 1. - Sa fondation. 99 2. - Ses biens 104 3. - Son personnel 106 4. - Etudes au petit séminaire 110 5. - Autres activités 113 Ch. V. - La Mission au Collège de Périgueux 114 Le séminaire-collège de Mussidan 117 Ch. VI. - La Mission et les congrégations religieuses : 1. - La Mission et Sainte-Marthe 120 2. - La l'1ission et les Ursulines 123 3. - La Mission et la Visitation 125 Livre Troisième LA FIN DE LA CONGRÉGATION Ch. I. - La Mission pendant la Révolution : 1. - La Mission de Périgueux 129 2. - La Mission de Bergerac. 144 3. - Le sort des Missionnaires 146 Ch. II. - Essais de restauration de la Mission 150 Épilogue : Jugements sur la Mission 160

Appendice : Liste des Missionnaires 162 Bibliographie : 175 Numérisé les 2-4 juillet 2013 par Cl. L.