TRAITEMENT DES EFFLUENTS PHYTOSANITAIRES



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Transcription:

ASSOCIATION TECHNIQUE VITICOLE 49 TRAITEMENT DES EFFLUENTS PHYTOSANITAIRES Qu est-ce qu un effluent phytosanitaire? Selon l arrêté ministériel du 12 septembre 2006 sont considérés comme effluents phytosanitaires : - les fonds de cuve - les bouillies phytosanitaires non utilisables - les eaux de nettoyage du matériel de pulvérisation (rinçage extérieur et intérieur) - effluents liquides ou solides ayant été en contact avec des produits ou issus de traitement de ces fonds de cuve, bouillies, eaux ou effluents Tous ces effluents doivent être traités afin d être éliminés en toute sécurité. Réglementation sur l élimination des effluents phytosanitaires par le producteur Dès que le pulvérisateur revient à l exploitation, les eaux de rinçage de l intérieur et de l extérieur de l appareil doivent être stockées puis épurées. L arrêté ministériel du 12 septembre 2006 précise les moyens d élimination utilisables: - l élimination des effluents aux champs (articles 6 et 7) Le fond de cuve peut être épandu sur une parcelle venant d être traitée à condition d être dilué 5 fois. La vidange de l appareil est également possible sous condition d avoir dilué au moins 100 fois le fond de cuve. Il est possible de rincer l extérieur du pulvérisateur au champ. L élimination des effluents phytosanitaires au champ doit respecter les conditions suivantes : - distance : 50 m minimum d un point d eau - surface du sol absorbante, afin d éviter les ruissellements - une seule fois par an sur la même surface, pas obligatoirement sur la parcelle traitée - l élimination des effluents hors champs (articles 8 et 9) L arrêté ministériel du 12 septembre 2006 «permet de réaliser le traitement au niveau du producteur de l effluent phytosanitaire avec un procédé reconnu par le ministère de l écologie et du développement durable figurant sur une liste publiée au bulletin officiel du ministère chargé de l écologie et utilisé conformément à la notice technique publiée» (http://www.developpementdurable.gouv.fr/img/ecologie/xls/liste_procedes-maj-26-08-08_ann1.xls). Ces procédés sont de type: - biologique : STBR2 ou Vitimax - ultrafiltration : BF Bulles - déshydratation et post-filtration sur charbon actif : Evapophyt - déshydratation : Heliosec - déshydratation puis osmose inverse : Osmofilm - lit biologique : Phytobac ou auto-construction en conformité avec la notice officielle «Phytobac, PT 06 010») - photocatalyse : Phytocat ou Phytomax - osmose inverse puis filtration : Phytopur - floculation puis filtration : Sentinel Avril 2011

ASSOCIATION TECHNIQUE VITICOLE 49 Le procédé «lit biologique» est le seul dispositif permettant l auto-construction par le viticulteur. Mais dans ce cas, sa responsabilité est engagée en cas d accident ou en cas de défaillance de fonctionnement constatées lors d un contrôle (voir partie L auto-construction de lit biologique). L élimination des fonds de cuve à la parcelle et à l exploitation peut être combinée. Dans tous les cas, le préalable indispensable doit être de limiter au maximum la quantité d effluents phytosanitaires produits en : - optimisant le volume de bouillie préparée - disposant d une cuve de pulvérisateur avec les volumes morts les plus faibles possibles - utilisant un matériel entretenu et étalonné - limitant la quantité d eau utilisée pour le nettoyage du pulvérisateur Les dispositifs «clés en main» A ce jour, 12 dispositifs ont été «reconnus comme efficaces» par le ministère. Le choix d un dispositif doit être très précis, basé sur les critères suivants : - zone urbaine : Certains dispositifs doivent respecter des distances minimales par rapport aux habitations et ne sont donc pas adaptés pour des exploitations en zones habitées. - surface de vigne et volume d effluent phytosanitaire : Le choix du dispositif doit absolument être basé sur une évaluation au plus juste du volume d effluents phytosanitaires produits durant une campagne. En effet, tous les dispositifs n ont pas le même débit de traitement et sont plus ou moins adaptés selon les cas. Par exemple, dans le cas d une exploitation de taille importante le choix d un stockage des effluents phytosanitaires puis du traitement en prestation peut être plus intéressant qu un dispositif occupant une surface importante sur l exploitation. - possibilité de mettre en place une démarche collective : Certains dispositifs demandent un investissement de départ important mais ont un débit de traitement élevé : ce genre de dispositif peut être intéressant dans le cas d une démarche collective partageant investissement initial et les frais de fonctionnement entre plusieurs exploitations. - Existence ou non d une plate-forme de remplissage : Sur une exploitation ne possédant pas de plate-forme de remplissage, il est alors conseillé d intégrer l installation d un tel dispositif à un projet complet : stockage des produits phytosanitaires, remplissage du pulvérisateur, rincage-lavage du pulvérisateur, traitement des effluents phytosanitaires. L installation d un dispositif mixte traitement des effluents de cave et des effluents phytosanitaires peut être envisagé. Avril 2011

Dispositif Intérêt Limite Coût Héliosec (Syngenta Agro) 4.5 m3/an pour un bac de 6m3 Osmofilm (Axe Environnement) 1.5 à 2 m3/an Evapophyt (Staphyt) 50 L/jour Sentinel (Alba Environnement) 100 à 500 L/h BF Bulles (Vitivista) 1000 à 1800 L/h Phytopur (Michael Paetzold) 900 à 1000 litres/h Phytomax (Agro-environnement) 12 m3 par an Phytocat (Résolution) 12 à 20 m3 d effluents/an Possibilité d apporter des effluents en continu dans le dispositif Simplicité Simplicité d utilisation Arrêt automatique dès la fin du process Appareil silencieux Pas besoin de cuve de stockage des effluents Traitement de 100 à 500 litres d effluent à l heure Fonctionnement automatique Encombrement réduit Mobilité du dispositif pour une utilisation en CUMA Possibilité de contrat de maintenance annuelle pour gérer les boues Aucun dispositif sur l exploitation Prise en charge des déchets par la société Traitement en continu Mise en œuvre simple Traitement en continu Mise en œuvre simple Minimum 30m d une habitation Contact possible avec les résidus secs Pas adapté aux volumes d effluents importants Temps de remplissage des saches Fragilité des saches Dépense énergétique Odeurs possibles Entretien difficile sans contrat de maintenance Coût initial Coût initial Difficulté de mise en route pour le Sentinel 100 Coût initial Coût d investissement et de fonctionnement Nécessité d anticiper par rapport à la venue de la société Coût de revient sur le long terme Energie et temps de traitement Traitement en continu Energie et temps de traitement Coûts 5000 euros diagnostic et dispositif livré 30 euros par an pour changer la bâche Frais d évacuation des résidus secs en tant que déchet industriel 4200 euros (installation complète) 25 euros par sache de 250 litres 200 euros pour le traitement de 2m3 d effluents 10000 euros pour une cuve de 250 litres coût de fonctionnement : 300 euros coût d entretien par Staphyt : 700 euros 13500 euros pour le sentinel 100 (cuve de 400 litres) jusqu à 65000 euros pour le Sentinel 500 (cuve de 1000 litres) De 17500 euros (BF8) à 23500 euros (BF16) Coût de fonctionnement : 70 euros/m3 Uniquement en prestation : 480 euros le déplacement + 89 euros/m3 traités 20 000 euros fonctionnement : 60 euros/m3 Entre 16000 euros (Phytocat 10) et 22400 euros (Phytocat 20) 3

Phytobac (Bayer Crop Science) 2 5 mois de maturation sans apport STBR 2 (Aderbio) Possibilité d épandre les déchets à la parcelle à partir de 5 mois après le traitement (max. 10 m3 par an et par hectare) Dispositif simple Possibilité de coupler STBR1 et STBR2 pour traiter effluents cave + vigne Permet de réaliser des économies d échelle conséquentes en investissement et en coût de fonctionnement pour les démarches collectives Pas de dégradation des cuivre et soufre ATTENTION : dimensionnement très important pour assurer un bon fonctionnement Pas de possibilité de vérifier la bonne dégradation des effluents avant épandage Suivi technique nécessitant un contrôle régulier (ensemencement, suivi du process ) Coûts Encombrement important 50 (Phytocat 10) à 40 euros/m3 (Phytocat 20) 2000 à 6000 euros en autoconstruction pour traiter 2 m3 d effluents 7000 à 15000 euros pour un dispositif «clé en main» 13000 à 44000 euros selon le modèle fonctionnement : 30 à 60 euros/m3 Vitimax (Agro-environnement) Cascade Twin (Bücher Vaslin et Agroenvironnement) Traitement commun effluent de cave, effluents phyto Bien adapté aux démarches collectives (économie d échelle) Intégration paysagère Traitement commun effluent de cave, effluents phyto Bien adapté aux démarches collectives (économie d échelle) Intégration paysagère Coût 30 000 euros pour une station traitant 3 m3/jour d effluents Par rapport au traitement des effluents de cave, les investissements supplémentaires concernent : cuve de stockage, prétraitement par coagulation/floculation, gestion des boues issues du pré-traitement en déchet dangereux 4

L auto-construction de lit biologique Un lit biologique auto-construit, pour être réglementaire, doit être conforme en tout point à la notice technique du procédé Phytobac portant le numéro d enregistrement PT 06 2010 (disponible à l ATV sur demande). Toutefois, le respect de cette notice ne désengage pas le viticulteur en cas de défaillance du dispositif, constatée lors d un éventuel contrôle. Le lit biologique est à implanter préférentiellement dans un endroit bien ensoleillé et bien aéré. La meilleure configuration étant de l intégrer à une plate-forme de remplissage/nettoyage du pulvérisateur, loin des habitations et avec une liaison plate-forme de lavage/lit biologique. Un permis de construire peut être nécessaire : se renseigner auprès de votre mairie. Quelle dimension doit faire un lit biologique? Le dimensionnement du lit biologique est important car s il n est pas fait convenablement, le dispositif sera tout simplement inefficace et donc d aucune utilité. Il est donc impératif de connaître précisément son volume d effluents phytosanitaires générés avant de se lancer dans la construction d un lit biologique. La règle à suivre pour le dimensionnement est : «Le volume de substrat doit être égal à 1.5 à 2 fois le volume d effluents phytosanitaires produits durant la campagne». Le substrat doit être composé à 70% de terre d exploitation et 30% de paille. Prévoir une épaisseur de 80 cm environ. Dans le cas de volumes d effluents phytosanitaires importants, se munir d une cuve tampon avant le dispositif, ou étudier les autres dispositifs utilisables. L utilisation d une cuve tampon permet de gérer l excédent d effluents au printemps, puis seront traités pendant l été. Le lit biologique doit être couvert, et la toiture doit être placée au moins à 30 cm au dessus des cloisons du lit biologique afin de permettre une bonne aération. Elle doit être mobile si besoin, afin de permettre l entretien du substrat. Quelles règles importantes à respecter? - Conditions optimales de dégradation : substrat ressuyé, humidité de 20 à 30%, température supérieure à 10 C. Un contrôle de l humidité à l aide d un appareil adéquat est impératif (tensiomètre, tube PVC ). - Aérer le lit biologique en retournant le substrat au minimum une fois par an. Les équipements de protection individuelle (EPI) sont indispensables lors de cette phase pour éviter tout contact avec les effluents phytosanitaires. - Permettre une répartition homogène des effluents phytosanitaires sur toute la surface du substrat. - Pour les exploitations utilisant beaucoup de produits à base de cuivre et soufre, changer le substrat tous les 5 ans plutôt que tous les 10 ans. Sources : - Arrêté du 12 septembre 2006 relatif à la mise sur le marché et à l utilisation des produits visés à l article L.253-1 du code rural, JORF n 219 du 21 septembre 2006, texte 38 - Effluents phytosanitaires : s organiser sur son exploitation pour les gérer et les traiter, IFV, Janvier 2010 - Gestion des effluents phytosanitaires : comment concevoir son lit biologique? MSA, chambres d Agriculture, décembre 2006 5

ASSOCIATION TECHNIQUE VITICOLE 49 Arrivée de l aire de lavageremplissage, avec vannes de répartition dans les bacs Buses de répartition des effluents Tube PVC troué = contrôle du niveau d effluents dans le bac 2 bacs de 1500 L Exemple d auto-construction d un lit biologique à la plate-forme d expérimentation Terrena, à Brain / l Authion. Ce lit biologique est composé de 2 bacs de 1500 L, soit une capacité de traitement de 1500 L d effluents. Il est alimenté par l aire de lavage-remplissage par une pompe de relevage. L aire de lavage-remplissage est également reliée au local phyto. Tous les effluents phytos sont donc récupérés et traités par le lit biologique. Autre exemple d auto-construction d un lit biologique.