Parasites opportunistes?

Documents pareils
SURVEILLANCE DES SALARIES MANIPULANT DES DENREES ALIMENTAIRES

Apport de la biologie moléculaire au diagnostic des parasitoses

Tuberculose bovine. Situation actuelle

Planches pour le Diagnostic microscopique du paludisme

Dracunculose Association Française des Enseignants de Parasitologie et Mycologie (ANOFEL)

DÉFICITS IMMUNITAIRE COMMUN VARIABLE

Les Infections Associées aux Soins

Corpus Médical Faculté de Médecine de Grenoble

Il est bien établi que le réseau d eau hospitalier peut

Dr E. CHEVRET UE Aperçu général sur l architecture et les fonctions cellulaires

Cellules procaryotes Service histologie Pr.k.mebarek

Infestation par Dipylidium caninum,

Conduite à tenir devant des troubles digestifs au retour du voyage. Laurent Beaugerie Hôpital Saint-Antoine, Paris

ENTENTE INTERDEPARTEMENTALE

Infections urinaires chez l enfant

HEPATITES VIRALES 22/09/09. Infectieux. Mme Daumas

Chapitre 4 : cohabiter avec les micro-organismes. Contrat-élève 3 ème

Maladies transmises sexuellement (MTS)

1- Parmi les affirmations suivantes, quelles sont les réponses vraies :

Détection et prise en charge de la résistance aux antirétroviraux

POURQUOI L HYGIENE HYGIENE = PROPRETE HYGIENE = PREVENTION DES INFECTIONS COMMUNAUTAIRES ET DES INFECTIONS ASSOCIEES AUX SOINS

Stratégies de dépistage des bactéries multirésistantes. Qui? Pourquoi? Comment? Après? L exemple des MRSA

Les animaux vertébrés sont-ils réservoirs de rickettsies?

GUIDE PATIENT - AFFECTION DE LONGUE DURÉE. La prise en charge des leucémies aiguës de l adulte

Prévenir la colonisation par Campylobacter chez les poulets de chair. Dr. Wael Abdelrahman Consultant technique, Probiotiques volailles

Qu est-ce que la peste?

La lutte contre la tuberculose est régie par l arrêté royal du 17 octobre 2002.

Bases de données des mutations

Hépatite C une maladie silencieuse..

Environmental Research and Innovation ( ERIN )

LES TOXI - INFECTIONS ALIMENTAIRES

Introduction générale

Migraine et céphalées de tension: diagnostic différentiel et enjeux thérapeutiques

Carte de soins et d urgence

Compétitivité des produits laitiers locaux: vers une standardisation du «fènè», un lait spontanément fermenté au Mali

DIARRHEE PERSISTANTE APRÉS UN VOYAGE

Intrants médicamenteux en agriculture et en santé : les écosystèmes microbiens sont-ils un problème ou une solution?

La vaccination, une bonne protection

Plateforme Transgenèse/Zootechnie/Exploration Fonctionnelle IBiSA. «Anexplo» Service Transgenèse. Catalogue des prestations

C. difficile. Réponses aux questions les plus fréquemment posées sur le. à l Hôpital général juif HÔPITAL GÉNÉRAL JUIF SIR MORTIMER B.

Arthralgies persistantes après une infection à chikungunya: évolution après plus d un an chez 88 patients adultes

Maladie de Hodgkin ou lymphome de Hodgkin

Programme commun d'évaluation des médicaments Sommaire

Leucémies de l enfant et de l adolescent

Spécialisation 3A AgroSup Dijon IAA Microbiologie Industrielle et Biotechnologie (MIB)

Streptocoque B :apports des tests en fin de grossesse, nouvelles propositions.

INFORMATIONS AU PATIENT SUR LA COLOSCOPIE

PARTIE II : RISQUE INFECTIEUX ET PROTECTION DE L ORGANISME. Chapitre 1 : L Homme confronté aux microbes de son environnement

SERVICE PUBLIC FEDERAL, SANTE PUBLIQUE, SECURITE DE LA CHAINE ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT COMMISSION DE BIOLOGIE CLINIQUE RAPPORT GLOBAL

BIG DATA une évolution, une révolution, une promesse pour le diagnostic

Greffe de moelle osseuse: Guérir ou se soigner?

La résistance d'agents infectieux aux médicaments antimicrobiens

LES BONNES PRATIQUES D HYGIÈNE DANS LA PRÉPARATION ET LA VENTE DES ALIMENTS DE RUE EN AFRIQUE. Outils pour la formation

Peut-on réduire l incidence de la gastroentérite et ses conséquences dans les écoles primaires à l aide de solution hydro-alcoolique?

La biologie médicale en France : présent et avenir. Académie Nationale de Pharmacie Mercredi 4 Février 2015

STOP à la Transmission des microorganismes!

Cécile Bergeron, B. Sc. inf. Anne Plante, M.Sc. Inf., CSIO, CSIP

Mme BORGHI Monique Infirmière ETP Mme ALEXIS Françoise Hopital Archet I Infectiologie/Virologie Clinique

Contexte réglementaire en hygiène alimentaire

Gènes Diffusion - EPIC 2010

Actualités sur le Virus de l'hépatite C

Hépatite = inflammation du foie. Pr Bronowicki CHU Nancy Conférence mensuelle - section de Forbach

Conférence technique internationale de la FAO

L hépatite C pas compliqué! Véronique Lussier, M.D., F.R.C.P.C. Gastroentérologue Hôpital Honoré-Mercier 16 avril 2015

MALADIES INFLAMMATOIRES DE L INTESTIN :

Annales du Contrôle National de Qualité des Analyses de Biologie Médicale

Micro-organismes et parasites des viandes : les connaître pour les maîtriser, de l éleveur au consommateur. Avant-propos

«La rapidité ne doit pas primer sur la qualité»

La stratégie de maîtrise des BHRe est-elle coût-efficace? Gabriel Birgand

Plan d action mondial de l OMS pour le confinement des poliovirus sauvages en laboratoire

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

BMR/ BHR en EHPAD Prise en charge des résidents

MINISTERE DE LA SANTE, DE LA FAMILLE ET DES PERSONNES HANDICAPEES

MINISTERE DE LA SANTE ET DES SOLIDARITES DIRECTION GENERALE DE LA SANTE- DDASS DE SEINE MARITIME

Pathologie VIH. Service maladies infectieuses Archet 1. Françoise ALEXIS, infirmière Monique BORGHI, infirmière 15 octobre 2013

Surveillance des toxi infections alimentaires collectives

CAHIER DES CHARGES Pour la mise en œuvre d une maison de santé pluridisciplinaire En Lot-et-Garonne

OUTILS DE FINANCEMENT DE L INNOVATION TECHNOLOGIQUE ET DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE

La découverte et l utilisation

GASTRO-ENTEROLOGIE. Variabilité. A des entrées. B des sites anatomiques. C inter-individuelle. D intra-individuelle

De la physico-chimie à la radiobiologie: nouveaux acquis (I)

Hépatite B. Le virus Structure et caractéristiques 07/02/2013

Référentiel Officine

BIOPSIE de MOELLE OSSEUSE

Définition de l Infectiologie

évaluation des risques professionnels

FICHE D INFORMATION AVANT UNE TRANSFUSION

Comprendre la COLITE ULCÉREUSE

Information à un nouveau donneur de cellules souches du sang

L EMEA accepte d évaluer la demande d autorisation de mise sur le marché de la LENALIDOMIDE

Céphalées de tension. Hélène Massiou Hôpital Lariboisière, Paris

Partie I Recommandations aux voyageurs des pays tropicaux - 15

Surveillance épidémiologique : application à la détection et la prédiction des épidémies

METHODOLOGIE GENERALE DE LA RECHERCHE EPIDEMIOLOGIQUE : LES ENQUETES EPIDEMIOLOGIQUES

Diagnostic des Hépatites virales B et C. P. Trimoulet Laboratoire de Virologie, CHU de Bordeaux

Surveillance des toxi-infections alimentaires collectives

vaccin pneumococcique polyosidique conjugué (13-valent, adsorbé)

Pandémie : pas de fermetures de classes Évaluation de la situation au 13 novembre 2009

Transcription:

Parasites opportunistes? Marie-Lise Tritten-Arber ARL 3 octobre 2008

Dientamoeba fragilis Blastocystis hominis

Dientamoeba fragilis Microorganisme amiboïde Sa pathogénicité divise encore le cercle des cliniciens Évidences cliniques justifient de rechercher de signaler et éventuellement de traiter ce parasite

D. fragilis: historique «Amibe» décrite en 1918 par Jepps et Dobell Isolée de patients atteints de diarrhées chroniques et de dysentérie Pas de phase kystique observée considérés comme hôtes aberrants

Pathogénicité? Pas de modèle animal capable d abriter le cycle de vie de ce microorganisme tout en développant des symptômes cliniques Études biologiques détaillées manquent Recours à l «evidence based medicine»

Taxonomie Le nom fait référence à sa forme typique binucléée et à sa tendance à dégénérer très rapidement après excrétion Classé actuellement dans la classe des Trichomonadea (flagellés) Une seule espèce du genre Dientamoeba décrite jusqu ici

Morphologie Trophozoïtes de forme arrondie et de tailles diverses (3-22 µm), pseudopodes hyalin Nécessité d une coloration permanente, hématoxyline ferrique ou éventuellement Giemsa pour visualiser les noyaux

Typiquement présence de 2 noyaux à chromatine fragmentée, sans chromatine périphérique Présence de plusieurs vacuoles contenant des débris divers Pas de forme kystique

Cycle Colonise la muqueuse du gros intestin sans l envahir Multiplication par fission binaire dans le gros intestin Une fois excrétés les trophozoïtes se dégradent très rapidement

Mode de transmission Peu clair, vu l absence de phase kystique certaine jusqu à présent Probablement oro-fécale Transmission possible (?) via des oeufs d helminthes (Enterobius vermicularis)

Cycle

Clinique de l infection Problématique Souvent associé à d autres pathogènes Présent parfois chez des sujets asymptomatiques

Symptomatologie Douleurs abdominales Diarrhée, souvent chronique ou intermittentes, pouvant s étendre sur de longues périodes Vomissements fatigue

Epidémiologie Distribution géographique mondiale Prévalences très variable Influence probable de la densité de population et du niveau d hygiène Probablement plus fréquent chez les enfants

Épidémiologie Grandes variations entre les diverses études de la proportion de porteurs asymptomatiques Possible de différences de pathogénicité entre les variants génétiques

Diagnostic Nécessité d examiner plus d un échantillon Selle très fraîche ou immédiatement fixée au SAF Examen direct sans lugol, présence de formes réfringentes +/- arrondies de taille variable («artefacts») Trophozoïtes ne sont le plus souvent pas retrouvés à la concentration

Clin.Microbiol.Rev.17:553-570

Colorations Examen microscopique après coloration permanente de selles fixées: Hématoxyline ferrique Coloration au trichrome Giemsa après fixation au méthanol (ne permet pas la détection de la fragmentation typique des noyaux)

Présence de trophozoïtes binucléés, chromatine fragmentée Vacuoles Les formes mononuclées juste après la division peuvent être confondues avec Endolimax nana

UKNEQAS teaching sheet mars 2008

Problématique générale Pas de modèle animal pratique Association fréquente à d autres pathogènes Détection fastidieuse (coloration permanente) Symptomatologie commune à beaucoup d autres pathogène Existence de porteurs asymptomatiques

Biologie moléculaire En plein développement Utilisable pour le génotypage Utilisable pour le diagnostic (PCR en temps réel

Génotypage Existe-t-il des variations génétiques au sein de l espèce? (variants pathogènes et non pathogènes) Analyse par PCR et ribotyping (rflp) à partir de cultures de Dientamoeba isolés des selles

Étude anglaise (Johnson J. et al JCM, dec 2000, p 4653-4654) Mise en évidence de 2 variants génétiquement différents Divergence comparable à celle observée entre E.histolytica et E dispar

Étude hollandaise (R. Peek et al JCM Feb 2004 631-635), Variants de pathogénicité différente? PCR directe sur les selles, ribotyping, séquençage Différents groupes: enfants,adultes, voyageurs, avec ou sans symptômes Génotype 1 seul mis en évidence. Nécessité d étudier d éventuelles variation dans d autres gène potentiellement impliqués dans la pathogénicité

Étude australienne (D. Stark et al JCM, Jun 2005, P 2718-2723) Étude prospective de prévalence génotypage et signification clinique Analyse de tous les échantillons reçus pour investigation de diarrhée + un groupe contrôle sans symptômes Tous ont le même profil rflp, idem étude hollandaise précédente.

Etude hollandaise (Bart A. et al JCM 2008, acepté pour publication), Étude d une région variable du rrna (région ITS-1/5.8S/ITS-2) Mise en évidence de différentes souches de D fragilis Cette région variable pourrait servir d outil épidémiologique pour étudier la transmission,le distribution géographique et d éventuelles différences de pathogénicité du parasite

Diagnostic moléculaire Mise a point d une PCR en temps réel sur des extraits de selles fraîchement émises (D Stark et al JCM, Jan 2006,p232-235), méthode rapide, spécifique, plus sensible que la microscopie et que la PCR traditionnelle Inconvénient: plus cher que la microscopie

Importance de la charge parastaire? PCR en temps réel semi-quantitative (D.van Middelkoop et al, poster ECCMID 2008) permettra d étudier l importance de la charge surtout chez les enfants

Dans notre laboratoire Dientamoeba fragilis est le 6 ou 7 ème parasite en importance de détection selon les années Largement derrière B. hominis, E. nana et G. lamblia mais comparable à Entamoeba histolytica/dispar

Traitement (Cf Medical Letter) Iodoquinol = premier choix Paromomycine Tetracycline Metronidazole

Conclusion D. fragilis n est pas un parasite opportuniste Pathogénicité encore pas complètement élucidée et très discutée, recherches en cours Vaut la peine d être signalé

Recommandation du UKNEQAS Effectuer une coloration permanente directe de toutes les selles liquides sanguinolentes, ou semi-formées présentant du mucus ou du sang. Information sur l exsudat Confirmation du diagnostic des trophozoïtes Détection des parasites manqués à l examen direct ou absents à la concentration (D. fragilis)

Blastocystis hominis Micro-organisme décrit en 1911 par A. Alexeieff Classé au cours des années dans les flagellés, les levures les protozoaires et les stramenopiles Parasite intestinal le plus communément observé

Existence d au moins deux groupes (evt. 4) distincts sérologiquement Etudes en cours pour savoir s il s agit d espèces différentes et si des différences de pathogénicité existent L étude du génome montre qu il pourrait y avoir jusqu à 12 différentes espèces

Morphologie Dans les selles sous sa forme «kystique» avec une «vacuole» centrale Taille très variable de 6 à 40µm Se développe en forme granulaire et amiboïde

Cycle

Distribution géographique mondiale Portage asymptomatique fréquent Incidence élevée dans les selles envoyées pour une recherche parasitologique

Diarrhées Clinique Douleurs abdominales, crampes, flatulences Nausées Fièvre

Symptômes plus prononcés chez les patients affaiblis par d autres maladies sous-jacentes principalement chez les immunodéprimés La forme amiboïde observée en culture semble liée à la pathogénicité

Diagnostic Détectables facilement à l examen direct et après concentrations avec les méthodes classiques. Colorations permanentes semi quantification souhaitable Au moins 3 selles devraient être négatives pour d autres parasites ou bactéries avant d attribuer les symptômes à B hominis

Traitement (Cf Medical Letter) Controversé Metronidazole (R existent) Iodoquinol Trimethoprime-Sulfamethoxazole Nitazoxanid

Conclusion Parasite fréquent Probablement opportuniste A signaler semi-quantitativement

Merci de votre attention