Synthèse des conférences Matinée du jeudi 19/11 Synthèse 1 / comment faire émerger la conscience d un nouveau monde. Intervenant : Lord Michael Hastings En tant que Directeur Général du département de la Citoyenneté et de la Diversité chez KPMG, Lord Michael Hastings a exposé des exemples précis de la presse internationale pour mettre en exergue le dilemme auquel notre société est aujourd hui confrontée. Nous ne vivons pas seulement une crise économique, nous faisons également face à une crise d éthique. Comment gérer ces combinaisons de risques et d opportunités sans cesse changeantes? Lord Hastings y a répondu par 4 mots : Intégrité, Valeur, Responsabilité et Ethique. Ces impératifs doivent appréhender et intégrer ce nouveau paradigme et être utilisés de façon nouvelle, innovante. L éthique associée au marché peut garantir la croissance économique sans pour autant laisser de côté ceux qui à l heure actuelle sont marginalisés ; en prenant garde à bien les intégrer au système et à ses opportunités et en les sortant de la pauvreté. Lord Hastings soutient que la nature du marché dans les pays en développement ne se fait pas par simple bonne volonté. La bonne volonté ne crée pas des emplois, elle ne fournit pas un toit et ne nourrit pas non plus. La poursuite du marché via la définition et l injection d une bonne combinaison de l utilisation du profit avec l éthique est fondamentale pour l économie future. Elle est très probablement le siège de tous les plus grands espoirs de l humanité. Quels sont les principes moraux intrinsèques et essentiels au marché? Quels sont les véritables intérêts du profit? Que sont les activités économiques et le progrès s ils ne sont pas au service des individus? Les marchés devraient être au service des gens et non l inverse. Quand les individus pointent du doigt les grandes entreprises on ne touche là que la moitié du problème. La responsabilité de trouver une nouvelle conscience mondiale concerne tant le marché que les individus eux-mêmes. Les deux parties doivent travailler main dans la main. Un manque de prudence résultant de mauvaises décisions bancaires des institutions financières a créé un manque de confiance du système bancaire envers les emprunteurs et vice-versa. Il est impératif qu il y ait plus de clarté et de transparence. Les individus doivent eux aussi avoir de la retenue pour être moins individualistes et encourager l intérêt collectif et un but commun au sein de la société. Nous devons tous faire des choix qui reflètent nos idées et notre philosophie y compris par d aussi petites actions individuelles, par exemple, l investissement dans une voiture électrique pour diminuer à notre
niveau les émissions de carbone. Trop d acteurs choisissent de vivre dans l ignorance. Mais les gouvernements, les entreprises et les individus, avec la bonne culture éthique, peuvent arriver à un succès. Nous devons apprendre à partager plus, à faire preuve de plus de générosité. Si nous ne prenons pas en compte l éthique, les mêmes erreurs que celle qui ont conduites à cette crise se reproduiront encore et encore. En conclusion, Lord Michael Hastings cite Stephen Green, CEO d'hsbc, qui parle, dans son livre, d une théorie qui pourrait nous amener à ce changement que nous recherchons : le capitalisme doit découvrir une moralité systématiquement renouvelée. L innovation ne peut être efficiente qu en prenant en compte cette moralité. Synthèse 2 / comment promouvoir le bon usage de l argent au service du progrès économique et social? Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan, interviewé par Philippe Vasseur, président du World Forum M. Mulliez, qui appartient à celle que la presse qualifie de «famille la plus riche de France», insiste sur le fait que ces chiffres, surévalués, ont l importance qu on veut bien leur donner : si les banquiers prêtent plus facilement, il plonge, lui, sa fierté dans les 350 000 emplois créés depuis la création de son groupe. M. Mulliez, souvent qualifié de «radin», se dit plutôt «économe» ; une qualité qui lui vient de l éducation qu il a reçue. Pour lui, «derrière le prix d un produit, il y a le travail de nombreux hommes, et c est un pêché que de gaspiller le travail des hommes». Ainsi, l argent est le résultat du travail et non de la spéculation, qu il juge «dégueulasse», car spéculer, c est gagner de l argent sans apporter aux autres une quelconque valeur. Gérard Mulliez souligne qu aujourd hui encore, les différences de salaires au sein du groupe ne dépassent pas un rapport de 1 à 20, quand Henry Ford préconisait de 1 à 40. M. Mulliez, qui a commencé par gagner en crédibilité au sein de sa famille en améliorant la productivité des machines des usines familiales, s est ensuite vu confier une vieille usine Phildar, déficitaire pendant les trois premières années. Cette expérience lui a appris la valeur du temps, ainsi que celle de l échec : si un échec peut avoir des effets négatifs au plan financier, c est toujours un apport en terme d expérience. Gérard Mulliez fait preuve de réticences à l égard de l emprunt. Pour lui, il faut toujours savoir «faire du beurre avec de l eau» : avec un esprit d économie, atteindre la perfection du système qui permet de «tenir». La cotation en bourse n est pas non plus une solution, car la loi de l offre et de la
demande n est pas une bonne méthode pour valoriser une entreprise, et que les entreprises cotées en bourse perdent du temps à mentir au lieu de chercher à s améliorer ; la cotation en bourse est souvent une réaction d impatience, or «il faut du temps pour apprendre le métier». La famille Mulliez a conclu un pacte en matière d actionnariat, celui du «Tous dans Tout» : tous sont actionnaires de toutes les entreprises dans le même pourcentage, ce qui permet de faciliter les années de vache maigre lors d une création d entreprise. En 1955, il a ainsi été décidé que 1% de la valeur de l entreprise serait reversé en dividendes aux porteurs de parts, soit 10% des bénéfices annuels. Aujourd hui, ce sont 500 actionnaires, de toutes les professions possibles, qui sont tenus de participer à l administration de ces entreprises. En 1969, les cadres d Auchan demandent à devenir actionnaires, ce que Gérard Mulliez réussit à mettre en place, à la condition que le personnel soit formé à l économie de l entreprise ; aujourd hui, le groupe compte 200 000 salariés actionnaires. Gérard Mulliez, qui ne se livre jamais à ce genre d exercice, témoignait aujourd hui au World Forum de Lille pour montrer que la méfiance vis-à-vis des entreprises familiales n était pas fondée : «quand on applique pendant cinquante ans les lois de la réussite, on réussit et on créé des emplois». Et M. Mulliez de conclure : «l important, ce n est pas d avoir des idées, mais la volonté de les appliquer». Synthèse 3 / l argent des croyants : des pratiques financières pour les autorités religieuses. La conférence a exploré la relation entre religion et finance. Monsieur Khalid Oudghiri a introduit cette session en rappelant que la finance islamique semble avoir mieux résister à la crise que la finance occidentale. Il semble donc judicieux de s'interroger sur les raisons de cette capacité à surmonter cette difficulté. Afin de répondre à sa première problématique: "Que recouvre le concept de finance islamique?", il a ensuite énoncé les huits grands principes de la finance islamique : 1. Toujours investir dans l'économie réelle 2. Respecter les pincipes d'équité et de transparence dans la conclusion des contrats 3. Eradiquer l'incertitude
4. Considérer l'argent comme un moyen d'échange avant tout 5. Bannir la spéculation financière 6. Les investissements doivent répondre à des caractères éthiques/moraux. Pas d'investissements dans le tabac, l'alcool... 7. Une exigence de partage comme en témoigne l'équivalent de l'impôt sur la fortune dans les pays musulmans équivalant à 2,5% quand celui français s'élève à environ 1,8% 8. Rester vigilants quant à la conformité éthique des engagements, grâce notamment au contrôle par des organismes indépendants. Monsieur Oudghiri a terminé cette partie en soulignant l'importance cruciale de la confiance dans les rapports humains, un principe auquel est très attachée la religion musulmane. Dans une seconde partie, Monsieur Oudghiri s'est demandé en quoi la finance islamique traduit la foi musulmane. Pour cela, il s'est référé aux principaux axiomes de la foi musulmane qui guident la finance islamique. Nous retiendrons notamment un point sur lequel il a insisté, l'islam rend les hommes (y compris les acteurs de la finance) co-responsables de la création d'un monde éthique et moral. Comme l'énonce un des grands axiomes, l'homme est redevable au créateur jusqu'au jugement dernier. Dans la partie finale de son discours, Monsieur Oudghiri a confronté les valeurs occidentales au corpus islamique afin de répondre à sa dernière problématique: "Est ce que la finance islamique peut faire référence à une utilisation plus éthique de l'argent?" Il a souligné l'effet pervers du de "l'hyperlibéralisme" occidental en rappelant que, pour l'islam, la liberté est génératrice de justice avant tout. Cette vision de la finance par les investisseurs, a poussé ces derniers à conserver leurs capitaux dans la finance islamique. Par la suite, Laura Berry représentait, quant à elle, une organisation d'inspiration catholique et protestante : l'iccr (Centre Interprofessionnel aux Etats Unis) qui compte parmi ses clients de grandes entreprises comme Exxon, IBM ou Total. Elle a présenté des outils pour rendre les entreprises responsables de leurs actes. Ces outils reposant sur le dialogue et des échanges entre toutes les parties prenantes de l'entreprise. L'ICCR grâce à ce dialogue et ses recherches, peut ainsi prévoir les risques induits par les entreprises et en informer ses dirigeants. L'ICCR aspire à modifier les comportements des entrepreneurs pour tendre vers un capitalisme responsable et viable, sans toutefois perdre de vue l'objectif de rentabilité.
A l'issue de la table ronde finale, les trois intervenants se sont rejoints sur le même point de vue : la prise de conscience doit aller au-delà des considérations islamiques et catholiques, tous les courants spirituels doivent se rendre responsables.