Synthèse des conférences Matinée du jeudi 19/11



Documents pareils
Les valeurs qui nous guident...

Étude Pré-salon auprès des investisseurs décideurs actifs

REVENDICATIONS PARTICULIÈRES : NÉGOCIER L ACQUITTEMENT DE LA DETTE NATIONALE DU CANADA

L action du gouvernement espagnol et de l Institut de la jeunesse concernant le Pacte européen pour la jeunesse

Compétences terminales de cours. philosophiques. Enseignement secondaire 3 ème degré

Conférence mondiale sur les déterminants sociaux de la santé. Déclaration politique de Rio sur les déterminants sociaux de la santé

CHARTE ETHIQUE DE WENDEL

Institut Pro-Actions. Valorisation du produit action

Charte de la laïcité à l École Charte commentée

CHARTE D ÉTHIQUE PROFESSIONNELLE DU GROUPE AFD

LES ACQUISITIONS DE TITRES. Analyse des opérations d'acquisition de titres (frais bancaires et TVA). TABLE DES MATIERES

Annexe A de la norme 110

Bien vivre, dans les limites de notre planète

SOLIRA Solaire investissement local Rhône Alpes. Solaire investissement local Rhône Alpes

TOUR DE FRANCE NOUVEAU DIALOGUE FORUM-DEBAT POITIERS

COMMENT DEVENIR RICHE?

FAST RETAILING WAY (Philosophie d entreprise du groupe FR)

Et si l économie sociale créait une mutuelle d épargne solidaire?

MEMOIRE POUR UNE HABILITATION A DIRIGER DES RECHERCHES

En 2003, la Fédération française des sociétés d assurance et la

Conseil d administration Genève, mars 2000 ESP. Relations de l OIT avec les institutions de Bretton Woods BUREAU INTERNATIONAL DU TRAVAIL

Il existe un certain nombre d activités qui sont interdites par l Islam, ou haram en arabe.

Intervention de Marisol Touraine. Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes

ORDONNANCE. relative au portage salarial. NOR : ETST R/Bleue RAPPORT AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

L AFMD et l ISTR brisent le tabou de la religion en entreprises

UE 4 Comptabilité et audit 2 Identification du candidat (prénom, nom) :

Normes comptables et bien commun

Considérations sur la crise et le marché intérieur 1

GUIDE INVESTISSEURS. Donnez du sens à votre argent

Guichet entreprises Petit déjeuner des start-up

Une société de capital-risque, comment ça marche?

COMMUNIQUÉ DE PRESSE. La microfinance : un outil important de réinsertion sociale en Belgique depuis 10 ans

La responsabilité civile et l'entreprise

Les jeunes et l'argent Vague 2

Sous la direction de Laurent Faibis avec la collaboration de Jean-Michel Quatrepoint. Actes du Colloque Xerfi

Communication sur le progrès. Rapport annuel 2014

MODULE 6 LA MODERNISATION DE LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE (1ÈRE PARTIE) DANS LES ANNÉES 1920 (ANNÉES FOLLES) > ÉCONOMIE CANADIENNE = PROSPÈRE :

DECLARATION UNIVERSELLE DE L UNESCO

CHAPITRE 2 : L'INVESTISSEMENT ET SES DETERMINANTS

Groupe de la Banque africaine de développement. ALLOCUTION D OUVERTURE DE M. OMAR KABBAJ Président du Groupe de la Banque africaine de développement

Historique du coaching en entreprise

ENQUÊTE ACCÈS AU FINANCEMENT

RÉUNION DES MINISTRES DE L'ALIMENTATION, DE L'AGRICULTURE ET DE LA PÊCHE DES PAYS MEMBRES DU CIHEAM 9ÈME DECLARATION FINALE

Droit de rencontres. «La responsabilité du dirigeant d entreprise» Lionel ORBAN Firket, Brandenberg, Crahay, Pichault & Associés.

La situation financière des Canadiens

Comment préparer une demande de financement

Questionnaire Entreprises et droits humains

DISTINGUER LE TRAVAIL RÉMUNÉRÉ DU TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ

Lignes directrices sur les modalités des interventions en prêt et en capital de la SOGEPA

Pourquoi la responsabilité sociétale est-elle importante?

Pourquoi et comment les collectivités locales associent d autres acteurs à la définition et à la mise en œuvre d actions publiques?

utilisés en faveur d un relativisme culturel, allant à l encontre de l universalité des droits de l homme,

Plateforme électorale Ecolo Elections fédérales du 13 juin Axe Emploi et Solidarité. PME - Indépendants

CODE DES RELATIONS BANQUES TPE/PME

COMMENT INVESTIR EN 2015 AVEC LE TRADING SOCIAL. Une publication

CHARLES DAN Candidat du Bénin pour le poste de Directeur général du Bureau international du Travail (BIT)

LES OUTILS EUROPÉENS DE PROTECTION SOCIALE EN BREF

GUIDE DU BENEVOLE. Mai 2011

Réduire l effet de levier des banques, un impact néfaste sur notre économie? (2/2)

Présentation du programme Éthique et culture religieuse. Par Diane Leblanc et Estelle Mercier Conseillères pédagogiques

GESTION DE LA RELATION CLIENT (CRM) Etat actuel et perspectives du marché suisse en 2002

Auto-Diagnostic. en Développement Durable

ECONOMIE MANAGÉRIALE NESSRINE OMRANI ECOLE POLYTECHNIQUE

Guide d information sur les OPCVM

Allocution d ouverture M. Philippe Boillat, Directeur général, Direction générale Droits de l'homme et Etat de droit, Conseil de l'europe

Tout ce qu il faut savoir pour débuter en bourse. Tutorial crée par le webmaster du site

Déclaration de Jakarta sur la Promotion de la Santé au XXIème Siècle

ESA DES BIBLIOTHÈQUES NUMÉRIQUES POUR LES ÉTUDIANTS AFRICAINS UN PROJET D ENTREPRENEURIAT SOCIAL

Une association à un seul membre? Est-on vraiment sérieux?

PROCES-VERBAL DE L ASSEMBLEE SPECIALE DES PORTEURS D ACTIONS A DROIT DE VOTE DOUBLE DU 29 MAI 2015

Les Français et les outils financiers responsables : notoriété, perception et intérêt

JF/EP N Contacts IFOP : Jérôme Fourquet / Esteban Pratviel Tél : jerome.fourquet@ifop.com. pour

Cadrer la stratégie boursière

Présentation de la note Perspectives & Propositions Fin de vie, penser les enjeux, soigner les personnes

Analyse Financière Les ratios

La cotation Banque de France

NEGOCIER AVEC UN FONDS

LES PARTICULARITÉS DE LA COOPÉRATIVE DE SOLIDARITÉ

Chapitre II: VARIATIONS DU BILAN NOTION DE RESULTAT

e Mo. Fetz. Limitation du montant déductible des bonus versés par millions e Mo. CER CE. Traitement fiscal des boni

Notre Programme de responsabilité Formation au Code déontologique de Nyrstar Code déontologique Des craintes? Contactez

sofipaca UNIVERSITE D ORAN ES SENIA Michel POURCELOT FEVRIER

L offre d achat au comptant de Crédit Agricole S.A. sur la totalité du capital d Emporiki Bank of Greece S.A. s ouvrira le 4 juillet 2006

Conduire les entretiens annuels d évaluation

Rhône Développement Initiative Au service de l entrepreneuriat 20 ans et de l économie de proximité.

Investissements Financiers

Enseignement au cycle primaire (première partie)

Baromètre 2014 Club de l Epargne Salariale - Harris Interactive

75 ANS D HISTOIRE EN CHIFFRES :

Session : Coût du capital

S informer sur. Capital investissement:

La culture financière des Français

0:51 Au Moyen-Âge, les femmes prennent activement part aux métiers de l artisanat et du commerce. Elles ont obtenu une certaine indépendance.

DES MEUBLES INCORPORELS

Stratégie de la surveillance des assurances en Suisse

La politique environnementale de Computershare

Transcription:

Synthèse des conférences Matinée du jeudi 19/11 Synthèse 1 / comment faire émerger la conscience d un nouveau monde. Intervenant : Lord Michael Hastings En tant que Directeur Général du département de la Citoyenneté et de la Diversité chez KPMG, Lord Michael Hastings a exposé des exemples précis de la presse internationale pour mettre en exergue le dilemme auquel notre société est aujourd hui confrontée. Nous ne vivons pas seulement une crise économique, nous faisons également face à une crise d éthique. Comment gérer ces combinaisons de risques et d opportunités sans cesse changeantes? Lord Hastings y a répondu par 4 mots : Intégrité, Valeur, Responsabilité et Ethique. Ces impératifs doivent appréhender et intégrer ce nouveau paradigme et être utilisés de façon nouvelle, innovante. L éthique associée au marché peut garantir la croissance économique sans pour autant laisser de côté ceux qui à l heure actuelle sont marginalisés ; en prenant garde à bien les intégrer au système et à ses opportunités et en les sortant de la pauvreté. Lord Hastings soutient que la nature du marché dans les pays en développement ne se fait pas par simple bonne volonté. La bonne volonté ne crée pas des emplois, elle ne fournit pas un toit et ne nourrit pas non plus. La poursuite du marché via la définition et l injection d une bonne combinaison de l utilisation du profit avec l éthique est fondamentale pour l économie future. Elle est très probablement le siège de tous les plus grands espoirs de l humanité. Quels sont les principes moraux intrinsèques et essentiels au marché? Quels sont les véritables intérêts du profit? Que sont les activités économiques et le progrès s ils ne sont pas au service des individus? Les marchés devraient être au service des gens et non l inverse. Quand les individus pointent du doigt les grandes entreprises on ne touche là que la moitié du problème. La responsabilité de trouver une nouvelle conscience mondiale concerne tant le marché que les individus eux-mêmes. Les deux parties doivent travailler main dans la main. Un manque de prudence résultant de mauvaises décisions bancaires des institutions financières a créé un manque de confiance du système bancaire envers les emprunteurs et vice-versa. Il est impératif qu il y ait plus de clarté et de transparence. Les individus doivent eux aussi avoir de la retenue pour être moins individualistes et encourager l intérêt collectif et un but commun au sein de la société. Nous devons tous faire des choix qui reflètent nos idées et notre philosophie y compris par d aussi petites actions individuelles, par exemple, l investissement dans une voiture électrique pour diminuer à notre

niveau les émissions de carbone. Trop d acteurs choisissent de vivre dans l ignorance. Mais les gouvernements, les entreprises et les individus, avec la bonne culture éthique, peuvent arriver à un succès. Nous devons apprendre à partager plus, à faire preuve de plus de générosité. Si nous ne prenons pas en compte l éthique, les mêmes erreurs que celle qui ont conduites à cette crise se reproduiront encore et encore. En conclusion, Lord Michael Hastings cite Stephen Green, CEO d'hsbc, qui parle, dans son livre, d une théorie qui pourrait nous amener à ce changement que nous recherchons : le capitalisme doit découvrir une moralité systématiquement renouvelée. L innovation ne peut être efficiente qu en prenant en compte cette moralité. Synthèse 2 / comment promouvoir le bon usage de l argent au service du progrès économique et social? Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan, interviewé par Philippe Vasseur, président du World Forum M. Mulliez, qui appartient à celle que la presse qualifie de «famille la plus riche de France», insiste sur le fait que ces chiffres, surévalués, ont l importance qu on veut bien leur donner : si les banquiers prêtent plus facilement, il plonge, lui, sa fierté dans les 350 000 emplois créés depuis la création de son groupe. M. Mulliez, souvent qualifié de «radin», se dit plutôt «économe» ; une qualité qui lui vient de l éducation qu il a reçue. Pour lui, «derrière le prix d un produit, il y a le travail de nombreux hommes, et c est un pêché que de gaspiller le travail des hommes». Ainsi, l argent est le résultat du travail et non de la spéculation, qu il juge «dégueulasse», car spéculer, c est gagner de l argent sans apporter aux autres une quelconque valeur. Gérard Mulliez souligne qu aujourd hui encore, les différences de salaires au sein du groupe ne dépassent pas un rapport de 1 à 20, quand Henry Ford préconisait de 1 à 40. M. Mulliez, qui a commencé par gagner en crédibilité au sein de sa famille en améliorant la productivité des machines des usines familiales, s est ensuite vu confier une vieille usine Phildar, déficitaire pendant les trois premières années. Cette expérience lui a appris la valeur du temps, ainsi que celle de l échec : si un échec peut avoir des effets négatifs au plan financier, c est toujours un apport en terme d expérience. Gérard Mulliez fait preuve de réticences à l égard de l emprunt. Pour lui, il faut toujours savoir «faire du beurre avec de l eau» : avec un esprit d économie, atteindre la perfection du système qui permet de «tenir». La cotation en bourse n est pas non plus une solution, car la loi de l offre et de la

demande n est pas une bonne méthode pour valoriser une entreprise, et que les entreprises cotées en bourse perdent du temps à mentir au lieu de chercher à s améliorer ; la cotation en bourse est souvent une réaction d impatience, or «il faut du temps pour apprendre le métier». La famille Mulliez a conclu un pacte en matière d actionnariat, celui du «Tous dans Tout» : tous sont actionnaires de toutes les entreprises dans le même pourcentage, ce qui permet de faciliter les années de vache maigre lors d une création d entreprise. En 1955, il a ainsi été décidé que 1% de la valeur de l entreprise serait reversé en dividendes aux porteurs de parts, soit 10% des bénéfices annuels. Aujourd hui, ce sont 500 actionnaires, de toutes les professions possibles, qui sont tenus de participer à l administration de ces entreprises. En 1969, les cadres d Auchan demandent à devenir actionnaires, ce que Gérard Mulliez réussit à mettre en place, à la condition que le personnel soit formé à l économie de l entreprise ; aujourd hui, le groupe compte 200 000 salariés actionnaires. Gérard Mulliez, qui ne se livre jamais à ce genre d exercice, témoignait aujourd hui au World Forum de Lille pour montrer que la méfiance vis-à-vis des entreprises familiales n était pas fondée : «quand on applique pendant cinquante ans les lois de la réussite, on réussit et on créé des emplois». Et M. Mulliez de conclure : «l important, ce n est pas d avoir des idées, mais la volonté de les appliquer». Synthèse 3 / l argent des croyants : des pratiques financières pour les autorités religieuses. La conférence a exploré la relation entre religion et finance. Monsieur Khalid Oudghiri a introduit cette session en rappelant que la finance islamique semble avoir mieux résister à la crise que la finance occidentale. Il semble donc judicieux de s'interroger sur les raisons de cette capacité à surmonter cette difficulté. Afin de répondre à sa première problématique: "Que recouvre le concept de finance islamique?", il a ensuite énoncé les huits grands principes de la finance islamique : 1. Toujours investir dans l'économie réelle 2. Respecter les pincipes d'équité et de transparence dans la conclusion des contrats 3. Eradiquer l'incertitude

4. Considérer l'argent comme un moyen d'échange avant tout 5. Bannir la spéculation financière 6. Les investissements doivent répondre à des caractères éthiques/moraux. Pas d'investissements dans le tabac, l'alcool... 7. Une exigence de partage comme en témoigne l'équivalent de l'impôt sur la fortune dans les pays musulmans équivalant à 2,5% quand celui français s'élève à environ 1,8% 8. Rester vigilants quant à la conformité éthique des engagements, grâce notamment au contrôle par des organismes indépendants. Monsieur Oudghiri a terminé cette partie en soulignant l'importance cruciale de la confiance dans les rapports humains, un principe auquel est très attachée la religion musulmane. Dans une seconde partie, Monsieur Oudghiri s'est demandé en quoi la finance islamique traduit la foi musulmane. Pour cela, il s'est référé aux principaux axiomes de la foi musulmane qui guident la finance islamique. Nous retiendrons notamment un point sur lequel il a insisté, l'islam rend les hommes (y compris les acteurs de la finance) co-responsables de la création d'un monde éthique et moral. Comme l'énonce un des grands axiomes, l'homme est redevable au créateur jusqu'au jugement dernier. Dans la partie finale de son discours, Monsieur Oudghiri a confronté les valeurs occidentales au corpus islamique afin de répondre à sa dernière problématique: "Est ce que la finance islamique peut faire référence à une utilisation plus éthique de l'argent?" Il a souligné l'effet pervers du de "l'hyperlibéralisme" occidental en rappelant que, pour l'islam, la liberté est génératrice de justice avant tout. Cette vision de la finance par les investisseurs, a poussé ces derniers à conserver leurs capitaux dans la finance islamique. Par la suite, Laura Berry représentait, quant à elle, une organisation d'inspiration catholique et protestante : l'iccr (Centre Interprofessionnel aux Etats Unis) qui compte parmi ses clients de grandes entreprises comme Exxon, IBM ou Total. Elle a présenté des outils pour rendre les entreprises responsables de leurs actes. Ces outils reposant sur le dialogue et des échanges entre toutes les parties prenantes de l'entreprise. L'ICCR grâce à ce dialogue et ses recherches, peut ainsi prévoir les risques induits par les entreprises et en informer ses dirigeants. L'ICCR aspire à modifier les comportements des entrepreneurs pour tendre vers un capitalisme responsable et viable, sans toutefois perdre de vue l'objectif de rentabilité.

A l'issue de la table ronde finale, les trois intervenants se sont rejoints sur le même point de vue : la prise de conscience doit aller au-delà des considérations islamiques et catholiques, tous les courants spirituels doivent se rendre responsables.