TOUR DE FRANCE NOUVEAU DIALOGUE FORUM-DEBAT POITIERS

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1 TOUR DE FRANCE NOUVEAU DIALOGUE FORUM-DEBAT POITIERS Synthèse des débats rédigée par : 26 janvier 2012

2 Dans le cadre de son Tour de France du Dialogue, la CFE-CGC a organisé à Poitiers, le 26 janvier 2012, un forum participatif préparé et animé par l ODIS, qui a permis à près d une centaine de personnes d échanger pendant 2 heures. Après une courte présentation des résultats des répondants de la région Centre à la consultation «Nouveau dialogue», Jean-François Chantaraud a donné la parole aux participants. Ce document présente la synthèse des échanges sur le thème «Comment construire une société plus juste et plus performante?». Sommaire Sommaire... 2 Remettre de l humain dans le monde professionnel... 3 Lutter contre les effets pervers de l automatisation... 3 Développer une culture d engagement pour lutter contre l individualisme... 3 Recréer des temps d interactions et d échanges physiques entre les personnes dans l entreprise... 7 Renforcer le rôle et l action du syndicat dans l entreprise... 8 Réaffirmer le rôle constructif du syndicat dans l entreprise... 8 Encourager l engagement syndical Construire le lien entre les salariés et les dirigeants Influencer les décisions stratégiques de l entreprise Construire la visibilité de la CFE-CGC dans la société CONCLUSION

3 Comment construire une société plus juste et plus performante? Remettre de l humain dans le monde professionnel Lutter contre les effets pervers de l automatisation DIAGNOSTIC : Aujourd hui, il n y a quasiment plus de métiers pour les personnes qui ont peu de capacités et peu de formation, elles ont du mal à trouver un emploi et avoir une place dans la société. Les caissières des supermarchés par exemple, ou les agents de péage des autoroutes sont de plus en plus remplacés par des machines. Or ces emplois ne sont pas délocalisables et créent du lien social. OBJECTIF A POURSUIVRE : Remettre en question un modèle de développement qui cherche la rentabilité en remplaçant l homme par la machine. PROPOSITION AUX SYNDICATS : Toutes les automatisations qui détruisent l emploi local et social devraient être fortement taxées. Par exemple il faudrait que cela coûte plus cher pour les sociétés d autoroutes de mettre en place des machines que d employer des personnes. Développer une culture d engagement pour lutter contre l individualisme DIAGNOSTIC 1 : Déficit de citoyenneté et de solidarité tant dans l entreprise que dans la société : - Les jeunes cadres sont beaucoup plus individualistes que les générations précédentes. Les nouvelles générations d ingénieurs par exemple, font souvent passer leur ambition personnelle avant tout. - Aujourd hui la plupart des personnes veulent défendre leurs droits sans jamais s engager ni assumer leurs devoirs. - La notion de collectif est plus difficile à construire aujourd hui car le contexte a changé : dans une entreprise on retrouve des gens qui viennent de tous horizons et qui ne se projettent pas forcément à long terme dans l entreprise dans laquelle ils sont aujourd hui. 3

4 OBJECTIF A POURSUIVRE : Pour faire avancer l intérêt général, il faut une dose d engagement citoyen de la part de tous. PROPOSITION AUX SYNDICATS : Sortir de l individualisme en rappelant les droits et les devoirs de chacun dans l entreprise et dans la société. Tenir compte de la complexité des personnes (contexte culturel, social, etc) pour aider les salariés à travailler ensemble et à mieux se connaître pour partager une même vision. 4

5 PROPOSITIONS : Education : rétablir une forme d instruction civique pour apprendre les comportements citoyens et l engagement dès l école. Famille : responsabiliser les familles sur l engagement citoyen et la notion de droits et devoirs. Entreprise : les salariés qui ne s engagent pas dans le débat collectif ne devraient pas pouvoir bénéficier des acquis permis par le travail des syndicats. DIAGNOSTIC 2 : Les salariés sont peu engagés dans le collectif et peu investis dans le projet de leur entreprise : - Logique d irresponsabilité : les personnes travaillent mais ne sont pas engagées, pas acteurs dans l entreprise. Elles ne considèrent par exemple plus les clients avec autant d attention qu avant. Cette logique est en grande partie liée au désabusement des salariés car ils savent que quand l entreprise fonctionne bien, c est l actionnaire qui en bénéficie, mais quand elle fonctionne mal, ce sont eux, les salariés, qui doivent en payer le prix et faire face aux difficultés. - Par ailleurs, dans les grandes écoles qui forment les futurs dirigeants, on amène les étudiants à avoir une certaine méfiance vis-à-vis des syndicats. Dans le même temps, dans les entreprises, les salariés sont, de façon assez systématique, méfiants vis-à-vis des dirigeants. Cette méfiance mutuelle et ces visions contradictoires dans le monde du travail sont très françaises et assez contre-productives. OBJECTIF A POURSUIVRE : Construire l engagement de tous pour le collectif de l entreprise à travers le développement de la participation des salariés au capital et aux processus de réflexion. PROPOSITION AUX ENTREPRISES ET AUX SYNDICATS : Il faut que les salariés prennent possession de leur entreprise, tant au niveau financier qu au niveau stratégique, pour s en sentir responsable et avoir envie de s y impliquer. Cela signifie qu il faudrait d une part développer l actionnariat salarié et d autre part faire participer les salariés à la réflexion sur la stratégie de l entreprise Quand les salariés participent au capital et aux processus de décision, ils sont plus impliqués et plus motivés. DIAGNOSTIC 3 : Les Français ont une culture «anti-entreprise» : - Les délégués et responsables syndicaux issus des autres pays européens (rencontrés dans les comités européens) sont dans une logique culturelle différente des syndicalistes français. Ils apparaissent davantage pro-entreprise : ils travaillent pour une entreprise et non pas seulement dans une entreprise. - En Allemagne, quand un salarié en fait plus pour s investir, il est reconnu par ses dirigeants et ses collègues, alors qu en France les salariés qui s engagent plus que les autres sont remis à leur place et considérés avec méfiance. OBJECTIF A POURSUIVRE : Faire évoluer en France la culture de l engagement pour son entreprise. PROPOSITION : Les personnes les plus impliquées dans leur travail ont généralement choisi leur métier et leur emploi. Il faudrait donc diversifier les possibilités de parcours de formation pour permettre à chacun de choisir son orientation et ne pas rester dans cette logique française qui conduit tous les élèves à 5

6 aller au bac. Il faudrait permettre aux enfants dès la seconde de pouvoir choisir s ils le veulent une orientation «métier», tout en laissant des passerelles par la suite, s ils veulent revenir à des études plus classiques, comme aux Pays-Bas. 6

7 Recréer des temps d interactions et d échanges physiques entre les personnes dans l entreprise DIAGNOSTIC : Les liens entre les personnes se distendent dans les entreprises, les temps d échanges qui permettent de créer du lien deviennent inexistants - Il n y a quasiment plus de communication directe entre les services : les salariés reçoivent 300 mails par jour mais ne se parlent plus directement on assiste à une deshumanisation induite par l informatisation. - Il n y a plus de temps d échange entre collègues car il faut être dans l efficacité 24h sur 24h. Tous les temps d échange informels ont été rognés car ils sont considérés comme du temps de travail non productif alors qu ils permettent de faire vivre un collectif. OBJECTIF A POURSUIVRE : Face à la déshumanisation induite par l informatisation il faudrait trouver les conditions pour que les salariés se parlent et échangent de vive voix. C est important que les personnes apprennent à mieux se connaître, afin d accepter l autre, dans sa différence et de se sentir appartenir à un collectif. PROPOSITION AUX SYNDICATS ET MANAGERS : C est le rôle des syndicats et des managers d organiser l interaction entre les salariés et de faire vivre le sentiment d appartenir à un collectif. OBSTACLE A LA MISE EN ŒUVRE : Les temps d échange informels sont importants pour la cohésion sociale et le climat dans l entreprise, ils doivent être organisés sur le temps de travail et ne doivent pas être un temps d engagement à prendre en dehors du temps de travail. PROPOSITION AUX ENTREPRISES : Faire en sorte que ces temps soit considérés comme des heures de travail (même s ils sont non productifs), car ils sont vecteurs d efficacité collective. DIAGNOSTIC : Aujourd hui il existe davantage d outils permettant aux instances représentatives du personnel de construire le dialogue social, mais cela ne le rend pas toujours plus efficace. L informel et la spontanéité ont été remplacés par des rendez-vous très normés. Cet ensemble de règles peut tuer la capacité à construire le dialogue. PROPOSITION AUX ENTREPRISES : Laisser la place et le temps pour l échange informel constitutif du dialogue social. 7

8 Renforcer le rôle et l action du syndicat dans l entreprise Réaffirmer le rôle constructif du syndicat dans l entreprise DIAGNOSTIC : Les syndicats en France sont perçus comme étant toujours dans l affrontement. OBJECTIF A POURSUIVRE : Il faut s éloigner de cette image. La CFE-CGC doit être (et être perçue comme) acteur de la réussite de l entreprise : - Aller de l avant pour l enrichissement de l entreprise, le bien-être du salarié et la satisfaction client. - Passer d une logique où certains syndicats se servent de l entreprise à une logique où les syndicats servent l entreprise. - Il faut construire la logique de responsabilité des syndicats. PROPOSITION AUX SYNDICATS : Former différemment les délégués syndicaux Les syndicats sont responsables de former leurs délégués syndicaux à leur rôle. Les syndicats doivent former leurs délégués aux mécanismes de dialogue, avec les directions, avec les salariés, avec les managers, avec les adhérents mais aussi avec les autres délégués syndicaux. Informer et accompagner les salariés Le syndicat doit avoir un rôle d accompagnement des salariés dans le changement. En cas de crise le syndicat doit être force de propositions et communiquer largement EXEMPLE : Le syndicat peut dispenser des formations pour mieux gérer le temps de travail, et accompagner les personnes pour qu elles gagnent en compétences organisationnelles. Organiser la concertation avec tous les acteurs de l entreprise pour défendre l intérêt de tous Définir les grands enjeux de la réflexion au niveau national et au niveau de chaque entreprise Se concerter pour obtenir un consensus Ouvrir le dialogue au maximum de parties prenantes 8

9 Aider les différents acteurs de l entreprise, d un bout à l autre de l échelle, à comprendre : - qu ils doivent œuvrer ensemble pour la survie et le développement de l entreprise. - qu une idée n est pas forcément mauvaise parce qu elle vient d un autre «clan» (autre syndicat, patronat, ). 9

10 Encourager l engagement syndical DIAGNOSTIC : - Les salariés ont souvent peur de s engager dans une démarche syndicale, car ils sont inquiets à l idée d être mal perçus par leur hiérarchie. - Les jeunes sont concentrés sur leur carrière, or l engagement syndical leur semble souvent être briseur de carrière. - Les jeunes de ans qui travaillent sont très peu syndiqués alors que c est un public près à s engager et motivé pour faire valoir ses droits et ceux de ses collègues. - Les cadres ingénieurs et techniciens n ont généralement pas les compétences de communication d entreprise pour promouvoir efficacement la démarche de la CFE- CGC. OBJECTIF A POURSUIVRE : Développer l engagement syndical PROPOSITION AU LEGISLATEUR : Ticket syndical obligatoire : chaque salarié devrait choisir un syndicat pour lequel il souhaite cotiser. PROPOSITION AUX SYNDICATS : La CFE-CGC doit être le syndicat de l encadrement et pas seulement des cadres. Les syndicats doivent former leurs délégués aux principes de communication et de dialogue avec les salariés non adhérents. PROPOSITION AUX SYNDIQUES : Il faut valoriser l engagement syndical quel qu il soit, ce que le cadre peut faire plus aisément grâce à sa position dans l entreprise. Il faut aussi valoriser l engagement des personnes dans d autres syndicats que la CFE-CGC. Aller au contact des salariés pour comprendre leurs enjeux et les impliquer dans une démarche collective: Pour construire la fibre collective, il faut aller rencontrer les salariés en dehors du travail. Il faut notamment aller voir les salariés les plus précaires. Construire le lien entre les salariés et les dirigeants DIAGNOSTIC : - Dans les grandes entreprises, la priorité est de satisfaire les actionnaires. De ce fait, les dirigeants sont souvent devenus des experts financiers qui n ont plus la connaissance de la réalité de terrain de leur entreprise. Pourtant, les résultats de la consultation montrent que ce sont eux sur qui reposent les plus fortes attentes en termes de prise en charge de l intérêt général. - En parallèle, les dirigeants sont généralement craints par les salariés qui n osent pas faire de propositions, par peur de se faire mal voir, du licenciement, etc. OBJECTIF A POURSUIVRE : Se positionner comme le lien à double sens entre salariés et dirigeants PROPOSITION AUX SYNDICATS : Aider les dirigeants à avoir une meilleure connaissance des enjeux de terrain et des attentes des salariés : être davantage dans l échange avec eux pour faire remonter les enjeux et attentes de la base vers le sommet de l échelle hiérarchique. C est un 10

11 rôle particulièrement adapté aux syndicats de l encadrement qui ont une position intermédiaire dans la hiérarchie. Etre plus force de proposition sur des moyens que revendicatifs sur des résultats Recueillir et faire remonter à la direction les attentes mais aussi les propositions des salariés, et montrer aux salariés que leurs propositions sont utiles et mises en œuvre pour certaines 11

12 Influencer les décisions stratégiques de l entreprise DIAGNOSTIC : Le syndicat n a pas de pouvoir de décision, il est seulement consultatif ce qui donne aux syndicalistes le sentiment d être écoutés mais pas entendus. OBJECTIF A POURSUIVRE : Construire une plus forte implication des syndicats dans la gouvernance des entreprises PROPOSITIONS : Il faudrait que les syndicats soient présents aux conseils d administration des entreprises. Il faut redonner au comité d entreprise son rôle économique, sa vocation initiale. DIAGNOSTIC : Les salariés et les cadres méconnaissent généralement les enjeux économiques et stratégiques de l entreprise, soit parce que cela ne les intéresse pas soit parce qu ils n ont pas les compétences nécessaires pour les comprendre. OBJECTIF A POURSUIVRE : Mieux former/informer les étudiants (futurs salariés et responsables syndicaux) et les salariés actuel sur l économie et la gestion d entreprise pour leur donner les outils de compréhension du fonctionnement d une entreprise et de tous ses enjeux économiques. PROPOSITION AUX SYNDICATS : Proposer aux salariés des formations et/ou informations sur la logique industrielle et stratégique de l entreprise, l économie, la gestion, la gestion de production, PROPOSITION AUX LEGISLATEUR : Faire évoluer les programmes du lycée pour apporter aux élèves de toutes les filières (et pas seulement de quelques filières spécialisées) des enseignements sur l économie en générale, la gestion d entreprise et de services publics, car ces éléments leur permettront plus tard de mieux comprendre leur contexte professionnel Construire la visibilité de la CFE-CGC dans la société DIAGNOSTIC : La CFE-CGC n est pas assez visible et influente hors de l entreprise, elle ne se prononce pas suffisamment sur les enjeux sociétaux. OBJECTIF A POURSUIVRE : Etre dans l échange avec les différents acteurs de la société à l extérieur de l entreprise sur des sujets de société. PROPOSITION A LA CONFEDERATION : Organiser le dialogue avec les acteurs de la société qui ont une influence importante sur le cadre professionnel : l administration, l Europe, l Education nationale, le législateur, les associations d actionnaires salariés CONCLUSION 12

13 Il est nécessaire de sortir de la culture des droits pour entrer dans une culture de devoirs. Le syndicat doit se donner pour mission de construire de la responsabilité de chacun des types d acteurs, que ce soit au sein de l entreprise ou dans la société, ce qui nécessite d organiser la participation de chacun à un projet collectif. Les syndicats, au premier rang desquels la CFE-CGC, pourraient être le lieu de la participation de tous à l entreprise et à la société et de l engagement pour le collectif. 13

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