HISTORIQUE DE LA MESURE DES PLUIES

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Transcription:

HISTORIQUE DE LA MESURE DES PLUIES Yann L'HOTE l/lgl;/i/!'//i' d!' Rec!u'rclw 1111 LII!>o/"{/lli/rc d' Hrdmlogit, dl' rorstot'v/ li t'v/o/llfjcllil'l" N ()tre principalc source d 'informations sur l'historique de la mesure des pluies est le livre de A. K. Biswas (1970) : History of' Hydrology, en particulier pour les paragraphes concernant l'inde, la Palestine Cl l'europe aux XVIIème el XVlllème siècles. EN INDE, IVème Siècle avant J.C. La première référence ù des mesures quantitatives lie la pluie est due ù Kautilya, célèbre Ministre du fondateur de la dynasrie des Maurya (-3~2, -1 R4), en Inde. On peur lire dans son traité «Oes sciences politiques et admll1istrativcs», estimé de la fjn du qu:ltrième siècle: "DCWIII Ics 1I/({,l.iO.I/III (agricoles). 011 pluccro 1111 I"(;cll)/CIII d'ii11c 01/ l'cnll/'(' d' Cil 1., roll 1/1/ oulfll1 (46 cm),lwllr l//e.i"/i'('/ lo I)IIIIC» : aucune inciication de forme n'est fournie. Oans un chapitre ultérieur inlitulé «LeSuperintendanten agriculture», l'auteur donne des valeurs de 1<1 pluviosité de différentes régions d'inde et fournir des considér<ltions d'ordre Jgroclimatolog:ique découlant cie ces observations: «Lu (j1l({liflf(' de pll/lc (/111 (II.,.OSC 10 rt'gloll dll.iol/golo (forêt) csf de 1Ô drol/os (1 600 mm,)) clle csf de 23 drollos dol/\' l'awllli, cf 011 oh SC/TC 11//1' i/llmcl/sc (/1/(IIlIilt' dolls Ics rt'giolls de l' Ol/csl, 0111' uhords de l'hililolum... Ql/ul/d 1111 lil'l's de 10 (jll(flllll(' de I)II/Ic l/t'cc.lsolrc I()/I/he (fil CO/lrS des l1iois dc dt'i){ff cf pn de s((isoll dl' pillic clics dcux fiers Cil milicu de,llilsol/, ({Ion 01/ coiisldhc qlle 10 lill/l'ioslft' l'si hil'l/ rëijorfie». O'Jprès le contexte du livre de Kauti!ya, et compte tenu d'autres exlr:lits, on peut dire que le besoin de mesures pluviométriques est apparu à celle époque el en cet endroil. pour deux raisons: d'une pan, les récolles étaient taxées selon la ljuantité d'eau de pluie reçue ch3 ljue année (en Egyple, c'élail selon la cole de la crue du Nil) el par ai lieur", le Superintendant de l'agriculture devait avoir, parobligation. une bonne connaissance lies pluies pour planifier les cultures, EN PALESTINE, De - 200 à + 200 Chronologiquement. après le livre de Kautilya, la mention la plus ancienne d'une mesure de pluie apparaît dans un livre d'écrits religieux palestiniens, connu sous le nom de Mishnah (ou Michna) d3ns lequel il est rel3té environ 400 années d'activités culturelles er religieuse" juives en Palestine, Il a élé mis en éviclence que des pluviomètrcs avaicnt été utilisés à "époque corresponciant ù la Mishnah, La pluie était enregistrée pendant une année complèle, etl 'année était divisée en rrois périodes: «Cclle dcs /iu't71/('res pillics t/'ull/onlilc 1/111 lllol/lllelil lu lene el /' uccim/ii/odcllf IWllr U'cc\'olr les se/1/el/ccs. (' l'sile sig1/01 I)()IIr CO/1/meIlCCl' les lohollrs, Lu seconde période des pillics 1//II)(!I'IOl/fCS d'lilra qlll saflircli1 le sol, U'lJIlilissellf les cifclïles el Ics (;lul/gs cf u'uliljlellfellf les,ioii/{'('s (dc ml-décel7lhl'e à mi/olt fill //Iurs). EII/ill, les plllies de 1)/'IIIICI7II)S (dc liii-nlul'.i à m".,/iiiloij,l/lli.10111 cl /' ori.!.!,ine dc roccmisscl1lellf des épis dc llloi:i', p('/'/'lleffelll (fil Mé el ti r orgc dl' slllilwu('/' le (OliP de clwlcl/l' de rhé, cf sa 1/.1 InqIII'Ilcs 10 U;(OlfC scruil I)('ull((' '' Sans qu'il soir possible de déterminer si les chiftres qui sont f'ournis. correspondent il des mesures d'une,innée donnée, ou s'il s'agit de moyennes, les valeurs indiquées pour ces différentes périodes sont les su ivantes: Péri(ltie dc~ prelllii':re~ pluies Dell\ ièlllc période Troi~ièllle période Pluie ;\lli1uelle Ilerah (- 901TlIn) :2 tefah~.\ Ielahs 61efahs = :ï4(j Jllill Ii est inléressant de noter que la pluie annuelle de 540 mm s'inscrit assez bien parmi les valeurs publiées cians un document de synthèse américain (Anonyme, 1969) fournissant cles moyennes inlerannuelles ~l trois stations israéliennes: H,1Ïfa Jérusalem Tel Aviv (30 ans) (50 ans) (10 ans) 665 mm 500 m rn 536 Illm EN CHINE, De -220 à 1250 après J.C. O'après la trjduction de Li Jiren et y L'hôle, d'un article de Huang Weilung (1984) : 9 U.S /)ONNLé) PU.) \ IOMETRIQUCS ANCILNNC) 351-50

Un réseau de mesure de pluie est attesté dès la dynastie des Ch 'in (221 à 207 avant JC) avec centralisation des données :«Un l7lessoger éloir el1\'oyé de choque Iwillr de /71esure pour foire mpporr al/près des ourorilés de la copirole Hsiong Yang» (actuelle Xi'an, proche du cours du Fleuve Jaune). D'autre part, un manuel écrit en 450 après J.c., par un certain Fan Hao, expose un système de mesure de la pluie par volumétrie, ainsi que les étapes successives pour rendre compte dc ccs mesures auprès des autorités dc la capitale. Daté de 1247, un autre livre, le «Traité de Mathématique en 9 seclions», de Tsin Tsiu Tsao décrit les différents types de récipients de diverses dimensions et formes, uti 1isés pour 1a mesure de 1a pluie. Une normalisation du type ~l choisir est même proposée. EN CORÉE, De 1441 à 1907 L'Office Cenlral Météorologique de Corée a publié (Republic of Korea... ) un document fournissant, pour la station de Séoul, les valeurs mensuelles suivantes: Nombre de jours de préci pi tation de J626 à J960 Total mensuel de précipitation de J770 à J960 La couverture de ce document présente la photo d'un pluviomètre ancien, avec ce texte page 8 : Le plin'iomèlre ci-dessous uélé in\'enlé lors de 10 23ème onnée du règne de Se.long de 10 dynoslie Lee (1441 après i.c.). De reis phl\'iomètres onl été ulilisés dolls loulle Pon jusqu'en 1907. Le diomèlre imérieur du plin'iomèrre Coll de 15 cm em'iuji1". En s'aidant, en outre, du texte et de deux autres photos du livre de Biswas (1970), ce pluviomètre peut être décrit comme un cylindre en bronze de 30 cm de profondeur et 15 cm de diamètre, encastré sur le quart inférieur de sa hauteur dans un bloc de pierre de forme prismatique droite. ~l base carrée. En Corée comme en Chine (dont celle-lù dépendait), le besoin de la connaissance de la pluviométrie et de sa répartition dans le temps était directement lié à la production du riz qui nécessite une quantité d'eau bien répartie au cours de la période de culture. EN EUROPE, aux XVIIème et XVIIJéme siècles A partirdu XYIlème siècle, on a pu recenser cn Europe un très grand nom bre d'ex périences et de résultats de mesures effectuées par des savanls. Ces textes destinés à un public d'intellectuels éclairés et curieux se trouvent pour la plupart dans des traités érudits ou des bulletins des Sociétés Savantes qui voient le jour à cette époque. Nous décrivons ci-dessous d'après Biswas (J 970) principalement, les expérimentations les plus caractéristiq ues : L'Italien Benedetto Castelli semble êlre le premier Européen ayanl effectué une mesure pour quantifier une pluie d'une durée d'environ 8 heures tombée à Pérouse, ainsi qu'il le rapporte dans une lettre adressée à Gal ilée le 10 juin 1639 : «... A cel eflél. je pris I/n \'eite de j(mne CI'lindriCfue d'el1\'il"on une paume de hol/leur (23 cm) ell/ne demi-poume de large. A\CInl mis suffisammenl d'eau dons lefond,je marcfuoi celle houleur er exposoi le récipienr pour recel'oir 10 pluie pendml! I/ne heure, puisje morquoi de nouveau 10 houreur afleinle (estimée à 10 mm).» Cette mesure ne semble pas avoir été suivie d'autres expériences sur une longue période. Le premier système d'enregistrement de la pluie en fonction du temps (comparable à nos pluviographes), conçu par l'anglais Sir Christopher Wren a été décrit ainsi par le Français B. de Monconys en J 666 : sous l'entonnoir de réception, trois compartiments sont montés sur un râte 1ier déplacé doucement par un système cl'horlogerie, de telle sorte que le premier comparliment collecte la pluie tombée la première heure, le suivant la pluie de la deuxième heure etc... Dansle bulletin anglais de la Société Royale des Sciences de 168 l, il est décrit «Ull inslrul/7ent pour lu mesure de la quanlilé de pluie qui rom/)e dans choql/e espace de remps». Les inventeurs en sont Sir Christopher Wren el Robert Hooke, professeui' de géométrie. Cet. instrument faisait partie d'une «horloge climatique» plus complexe, enregistrant cinq paramètres du temps dont la pression, la température. l'hygroscopie et le vent. Les enregistrements étaient effectués toutes les quinze minutes sur une bande de papier entraînée par une lourde horloge. La pluie était mesurée grâce à des augets basculeurs, semblables à ceux que l'on connaît actuellement et que R. Hooke avait décrit avec croquis à l'appui. A des dates voisines, deux Français se sont attachés à montrer que la quantité de pluie tombée sur un bassin est suffisante pour expliquer le volume des eaux des sources et des rivières: Dans «De l'origine des fontaines», Pierre Perrault (1674) ne précise pas la méthode de mesure lu i permeltant d'estimer à 19 pouces 1/3 (522 mm) la pluie annuelle sur le cours supérieur de la Seine. De son côté, Edme Mariotte (1686) effectue une comparaison entre la pluie et l'écoulement de la Seine en amont de Paris. La pluie a été mesuréeàdijon,auxenvironsde 1678, (pendant trois années?), d'après les directives de Mariotte lui-même, 10 LES OONNFES PLUl!OlVlfJRIQUES ANCïUvi'v[S

«par un homme très habile et très exact dans ses expériences» : «II (J1'oil mis l'crs II! houl dc sa moisol/ U/1 l'oissco/l (récipient) co/té qui o\'oil c/1\'il"o/1 dcu.lpieds (65 cm) de diomèlre (sic), oufolld duqucl il y o \'0il UI7 1".\'0/1 qui po"'oill' COli dc pluie dolls UI7 oulrc \'oisscou C.v/illdrique, ()fi il éroil focile de 10 I17csurer... Le \'oisscou d' /III dio/nè Ire dc dcu.\' pieds étoil sourci/u po,. li/1e h(jnc de/cr qui s' o 1'017('0il de 1)lusdesi.lpicds ( 1,95m)ou-dclâdc 10 fenclre, ofill qll'il Ile reçllr que /' cou de pillie qlli IOmhoir il1ll17édioleme/11 dans la lorgcur dc SOli OI{\'('rlure el qll' il Il'Y elllrûl qllc ccllc qlli dci'oir romher seloll 10 propo,.,ioll de 10 sli/foce supél'iell/ c.» La pluie moyenne annuelle a ete estimée par Mariotte ù 17 pouces soit 459 millimètres. L'intérêt des mesures de précipitation se fit de plus en plus sentir en Europe au cours de la première partie du XVlllème siècle: Les physiciens Kindmann et Kanold de Bre~;lau, en Prusse, inventèrent un pluviomètre conique aux environs de 1717 et réalisèrent des mesures de 1717 il 1727, En 1722, l'anglais Horsley propose de rem placer la pesée de l'eau par une mesure directe dans un cylindre gradué, d'un diamètre égal au dixième de celui de l'entonnoir, d'oi:! la facilité et la précision des lectures, Dans un traité paru à Leipzig, J. Leupold (1726) décrit le hyétomètre de Leutmann: un entonnoir calté conduit l'eau dans deux tubes de verre superposés où est mesuré le poids de pluie. Aucun enregistrement ne permet de savoir si cet instrument a été réellement utilisé, Ce mêmeauteurdécritdeux pluviomètres «automatiques» : 1 Le premier comprend des compartiments situés sous l'entonnoir, ces compartiments étant déplacés par un mouvement d'horlogerie, Le second, clu type à auget basculeur, comprend un seul auget situé ~l J'extrémité du fléau d'une balance; chaque basculement entraîne une raue dentée d'un système d'engrenages, permetlant la mesure par aiguilles et cadrans, C'est à l'anglais Dobson, que l'on doi t d'avoir choisi en 1777 d'effecluer à Liverpool des mesures loin du toit des maisons, sur un terrain herbeux légèrement en pente et bien exposé au soleil, au vent et à la pluie. Son intérêt se portait alors, sur ['étude de l'évaporation, Aussi la définition du pluviomètre clonnée par John Dalton ( 1802) et sa description, sont-elles brèves et précises: «Le pllll'ion1èlre e51 III/ récipielll Silué polir rec('\'oir l' COli de pillie, Ol'CC l' illiclllio/1 de copier 10 qlwiiriré e.\ocre qui IOl1lhe SUI' l,ille SUl' face hori~()f1loledol/liée. VII ef/lonlioir so/ide, fail de Iôle étamél! ou peilllc, 0\'('(' ulle bordurc perpcndic/lloirc de 2 cl 3 polices de houi.!;.i!> /rori~olllol('m(,/71 por /III (oc/ri! oc/oplé, 5/11' /lile houleille q/li colleuc la pillic, ('.\1 le.l'ciii iusll'llrjieul d0/71 0/7 0 hesoiu». Enfin, signalons les plus longues séries d'observations françaises citées dans la litlérature, à notre conn,llssance : Les observations météorologiques (tem[jérature, pression, degré hygrométrique, pluviométrie, nuages et vents) effectuées trois à quatre fois par jour par Louis Morin, médecin, botaniste et académ icien parisien, Ces mesures couvrent 48 années, de février 1665àjuillet 1713(Jones, 1990), nées le pluviomètre installé en 1688 sur une tenasse de l'observatoire Astronomique de Paris (72m d'altitude de 1688 à 1773 et 91 m ensuite), Il s'agissait (de 1688 à 1754) d'un bassin carré de 4 225 cm 2 en fer blanc, avec rebords de 16 cm; j'eau s'écoulait, par un tuyau, dans une cruche, puis était mesurée à l'aide d'un vase cubique de 8 cm de côté. Le pluviomètre situé dans la cour de l'observatoire (à 62 m d'altitude) a été installé en février 1817, et observéjusqu'à l'époque actuelle. Sur les 300 années disponibles, l'examen critique montre que l'on ne peut conserver, comme période homogène, que les données postérieures à l'année 1800 (Dettwiller, 1984), Dans son «Essai sur le climat de Montpellier», Jacques Poitevin ('1803) récapitule sous forme de tableaux annuels les nombres de jours pluvieux par mois et les totaux mensuels (exprimés en degrés observés sur <<l'udomètre>>, traduits en millimètres par l'auteur), mesurés par lui-même sur le toit cie sa maison, à 62 m d'altitude, entre le 1er janvier 1767 et fin fructidor de l'an X (septembre 1802), Ceci représente 36 années d'observations, comprenant cependant 20 mois environ de lacunes entre décembre 1792 et avril 1795. Ces mesures ont été poursuivies, et publiées ailleurs, par Poitevin lui-même jusqu'à la fin de J 806, puis par son fils aîné Eustache de 1807 à la fin de 1812 (E. Roche, 1898). Le mathématicien Philippe De La Hire, et l'académicien Sédileau observèrent conjointement pendant les trente premières anli LES DON!\,rn /'llllnmetniij( 1\\NClEt\\I'\

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