pollution hétérogène et diffuse persistance dans l environnement contamination de l eau et des aliments



Documents pareils
Plan d'action chlordécone en Martinique et en Guadeloupe Sommaire

Conclusions du Groupe d Etude et de Prospective. «Pollution par les organochlorés aux Antilles»

Jeu de l ingénierie écologique. mémo du joueur

Prix Pierre Potier L innovation en chimie au bénéfice de l environnement

Rotations dans la culture de pomme de terre : bilans humiques et logiciel de calcul

Enquêtes nationales sur les utilisations agricoles de pesticides

La technologie écologique rend la vie plus harmonieuse

Qualités nutritives des salades. DOSSIER SPéCIAL BIO F R C magazine FéVRIER 2010 N O 25. Quand la météo s en mêle

Abschlusskonferenz OUI Biomasse / Conférence de clôture OUI Biomasse

L évidence écologique Une station d assainissement où il fait bon se

La Bio pour quoi faire? Une vision du monde de la Bio et quelques perspectives

Informations techniques sur la culture de l ananas

MASTER (LMD) GESTION DE DONNEES ET SPATIALISATION EN ENVIRONNEMENT (GSE)

SOLUTIONS TECHNOLOGIQUES D AVENIR

Fiche d évaluation des actions conduites par les partenaires

DIAGNOSTIC DE DURABILITE du Réseau Agriculture Durable

Caisse Nationale de Mutualité Agricole

Les potagers Neerstalle

Monitoring de surface de sites de stockage de CO 2 SENTINELLE. (Pilote CO2 de TOTAL Lacq-Rousse, France) Réf. : ANR-07-PCO2-007

Carbone organique des sols

SELLE Masse d'eau AR51

«L énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu on ne consomme pas»

1. IDENTIFICATION ET LOCALISATION GEOGRAPHIQUE 2. DESCRIPTION DE LA MASSE D'EAU SOUTERRAINE CARACTERISTIQUES INTRINSEQUES

Eco matériaux Quelles performances, quelles assurances?

ASSEMBLÉE NATIONALE PROJET DE LOI

LE POINT DE VUE DE FNE

La réalisation d essais en réacteur pilote en vue d une demande d homologation de digestat

NOP: Organic System Plan (OSP) / EOS: Description de l Unité Information et documents requis

La couverture des risques agricoles

ASPECTS JURIDIQUES DE L ASSAINISSEMENT NON COLLECTIF

Le 10 ème programme ( ) de l Agence de l eau Seine-Normandie

DOSSIER DE PRESSE. Organisateur. Contact. Carolina Cardoso life.eu Chargée de communication + 32 (0)

Association des. Objectifs. convivialité, réunir les habitants autour du jardinage. action sociale, action environnementale,

For the benefit of business and people. 1 - Présentation du projet de la ZAC. 7 - Suivi environnemental et programme d intervention

biophyt sa Institut de recherches et de consultations en agronomie et écologie appliquées

Découvrir et agir : l eau, c est la vie! La malle Cantal Eau

Les principaux thèmes liés à cette cause sont :

Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 9, Numéro 5, 296-8, Septembre - Octobre 2002, La filière

Les Énergies Capter et Stocker le Carbone «C.C.S»

LES ORIENTATIONS DU 10 ème PROGRAMME D INTERVENTION DE L AGENCE DE L EAU RMC Volet eau potable

Comment utilisons-nous notre argent?

Enjeux et Perspectives de la composante «Environnement Santé» du Plan d Action de l Initiative Environnement du NEPAD

Contexte : Objectif : Expérimentation :

Registres de fermentation lente. Critères d inspection

Fertiliser le maïs autrement

Depuis les années 1930, la production mondiale

Sorgho grain sucrier ensilage L assurance sécheresses

LOGICIEL DE MODÉLISATION INTEGRÉE 1D/2D POUR LA GESTION DES EAUX PLUVIALES ET DES EAUX USÉES. drainage. Micro Drainage

Canada Province de Québec Ville de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson

Demande d examen au cas par cas préalable à la réalisation d une étude d impact

UNE MEILLEURE CONNAISSANCE

Présenté par : Dr Asmae Nouira. Novembre Hanoi Journées Scientifiques Inter-Réseaux AUF

Avis bureau Création d une zone commerciale Sainte Anne sur Brivet

STOCKAGE DES BOUES DE STATIONS D EPURATION URBAINES Bassin Artois Picardie

EDUCATION A L ENVIRONNEMENT QUALITE DE L EAU

«Cette action contribue au PNNS». À CHÂTEAU THIERRY

D après le décret n 93/086 du 29 janvier 1993 n 1 p ortant organisation administrative et académique de l Université de Yaoundé I,

Enjeux. Maîtrise quantitative de la ressource en eau. Maîtrise de la qualité des ressources. Maintenir ou restaurer la fonctionnalité des cours d eau

L assurance récoltes en France

Correction TP 7 : L organisation de la plante et ses relations avec le milieu

Moyens de production. Engrais

Une nouvelle écologie des parcs et des jardins

Une espèce exotique envahissante: Le Roseau commun. ou Phragmites australis

Demande préalable pour un projet de création ou de modification d'un plan d'eau

Les pistes civiles, communautaires et internationales pour la réparation des dommages écologiques consécutifs à une marée noire

Comment valoriser sa toiture plate en milieu urbain

Agriculture paysanne durable: innovations et meilleures pratiques aux fins de transposition et de reproduction à plus grande échelle

Bien choisir sa variété de maïs ensilage

Règlement numéro LA GESTION DES EAUX DE SURFACE ET LES RACCORDEMENTS AUX SERVICES D AQUEDUC ET D ÉGOUT. Avril 2011

MISE EN DÉCHARGE. Une entreprise de Bayer et LANXESS

Exemples de réclamations Assurance pollution pour entrepreneurs

Taillis à courte ou très courte rotation (TTCR) : gestion des pratiques d implantation

L eau dans les documents d urbanisme. L approche des solutions environnementales de l urbanisme CAUE mai 2011

Effondrements et affaissements du sol, la Wallonie vous accompagne

CRMA Limousin > Nettoyage à sec : quelle réglementation? Nettoyage à sec : quelle réglementation?

Demande d examen au cas par cas préalable à la réalisation d une étude d impact

Guide de Terrain - Première ronde

MASTER (LMD) PARCOURS MICROORGANISMES, HÔTES, ENVIRONNEMENTS (MHE)

Activité 45 : La responsabilité de l Homme sur son environnement géologique

Point d actualité. Conseil Economique, Social & Environnemental Régional. Séance plénière 2 février 2015

COMMENTAiRES/ DECISIONS

OUVERT02 - Maintien de l ouverture par élimination mécanique ou manuelle des rejets ligneux et autres végétaux indésirables Sous-mesure :

AVIS de l Agence nationale de sécurité sanitaire de l alimentation, de l environnement et du travail

Comment concevoir son lit biologique

CHAPITRE 8 PRODUCTION ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT

Gestion écoresponsable des déchets

Ne brûlons plus nos déchets verts à l air libre!

LES ORIENTATIONS DU 10 ème PROGRAMME D INTERVENTION DE L AGENCE DE L EAU RMC

TECHNIQUES: Principes de la chromatographie

Suivi environnemental de réalisation (SER)

Municipalité de la paroisse de Saint-Lazare

Adaptation Aux changements climatiques. Agriculture et sécurité alimentaire: Cas du Burkina Faso

L eau c est la vie! À l origine était l eau... La planète bleue. Les propriétés de l eau. L homme et l eau. ... et l eau invita la vie.

À LA RENCONTRE D UN CHERCHEUR DE FUITE

Le rôle du conseil agronomique dans la compétitivité du secteur agricole. L exemple de la filière du plant de pomme de terre en Europe

Grandes cultures n 15 du 10 mars 2015

CREATION DE FORAGE, PUITS, SONDAGE OU OUVRAGE SOUTERRAIN

Capteurs Passifs et Outils de Monitoring des Sédiments

du Cadre de vie Secrétariat Permanent du Conseil National pour l Environnement et le Développement Durable Présenté par: Paul BOMBIRI

Transcription:

Insecticide utilisé entre 1972 et 1993, contre le charançon du bananier (Képone puis Curlone à 5% ), poudres épandues autour du tronc Molécule de synthèse organochlorée Très stable, peu soluble, non volatile, hydrophobe, fortement fixée sur la matière organique des sols pollution hétérogène et diffuse persistance dans l environnement contamination de l eau et des aliments

Détection successive de contaminations Des eaux distribuées (1999) Des légumes «racines» (2002) De la faune de rivière (2003-04) De la faune marine (2008) Traitement des captages au charbon actif Arrêtés Préfectoraux encadrant leurs cultures Arrêtés Préfx d interdiction de pêche Arrêtés Préfx délimitant la pêche côtière Impact sanitaire : risque définition d une limite maximale de résidu dans les aliments (LMR), fixée à 20 µg/kg MF par arrêté ministériel en 2007. Confirmé en 2010 : accroît le risque de cancer de la prostate (Multigner et al, J. of Oncol.)

De la crise au Depuis1998: Anticipation de l étude des transferts de pesticides dans les sols antillais 2003: études sur la persistance de la chlordécone et sur la contamination des eaux et des végétaux 2006: rapport GEP sur l état des lieux et les priorités de recherche; propositions reprises dans le Plan National d Action Chlordécone en 2008 Premières réponses scientifiques à des questions de gestion de la pollution : Où les sols sont-ils pollués? Combien de temps la pollution va-t-elle durer? Comment remédier à cette pollution? Par des mesures de gestion agricole des sols pollués Par des méthodes de dépollution

Carte des risques de pollution des sols de la Guadeloupe par la chlordécone, (DAAF-SA Guadeloupe, INRA-ASTRO, 2006) Carte des risques de pollution des sols de la Martinique par la chlordécone, (BRGM, IRD, CIRAD, 2004) Bonne validation par 2400 analyses DAAF-SA Risque élevé à très élevé : 90% sols pollués, 80% contaminants > 0.1 mg kg -1 Risque faible à négligeable : 86% non pollués, 94% non contaminants 1/5 e SAU Guadeloupe 2/5 e SAU Martinique pollués par la CLD

Persistance longue, seul le lessivage par les eaux de percolation atténue la pollution Pas de dégradation de la molécule (Cabidoche et al., Environmental Pollution, 2009) Dépend de la capacité des sols à retenir la chlordécone (Woignier et al, 2009) Extrapolation temporelle, croisement avec la carte des risques (coll. INRA Infosol Orléans) Scénario 60 kg/ha/an de Curlone, de 1982 à 1993 Pollution CLD 5 1 0.25 0.01 mg/kgss Très forte Forte Moyenne Indifférente La dépollution naturelle sera lente.! nitisol + contaminant que andosol, même si - pollué Année 2600 Tous sols assainis Le ruissellement transporte peu de chlordécone (sauf zone centre-est Martinique) Pas de contamination d une parcelle à l autre (exceptées zones humides d émergence de nappe).

Deux types de transferts : Par contact avec le sol Par diffusion au sein de la plante

Lorsque contact direct avec le sol pollué = adsorption Taux de transfert faible = pas de transfert actif Transfert passif via les flux de sève impact des flux transpiratoires (photosynthèse) position de l organe puits sur la voie de transfert / tissus «filtres» interposés Importance de la taille de l organe et de sa position pour les processus de remplissage Importance de la biodisponibilité de la molécule dans le sol accumulation translocation nitisol Relation unique extraction andosol adsorption

[chld] culture Forte hétérogénéité due Pour le sol, aux pratiques (application Chld, travail du sol), Pour les plantes à la réponse de chaque culture Comparaison des comportements en utilisant le transfert max 3 grands types de réponse Pas de risque Transfert Max [chld] sol

Proportionnalité (transfert max ) [chld] culture Transfert Max Traduction de la LMR en [chld] sol max (=LM sol) 20 µg/kg MF Risque potentiel LMR = LM sol Risque potentiel de la contamination de la culture au delà de la LM sol [chld] sol

Teneur en Chlordecone mg/kg MF 1 Igname, Malanga, Cives Radish Turnip 0,1 LMR y = 0.025x R 2 = 0.728 Sweet Potatoe Sweet Potatoe Laitue, Concombre, Canne Dasheen Dasheen 0,01 Yam Plant/Soil = 1/5 Banane, Piment, Citron, Chou.. MRL = 20 µg/kgfw 0,001 LMsol1 LMsol2 0,01 0,1 1 10 Teneur en Chlordecone du sol mg/kgss choix de cultures selon le sol et son niveau de pollution MLsoil = 100 µg/kgds Linéaire (all Root Vegetables)

afin de produire des produits sains et diversifiés et conserver une alimentation traditionnelle Substituer certaines cultures: Racines et tubercules organes aériens amylacées comme igname bulbifera (koko bèf) ou banane jaune ou fruit à pain,

afin de produire des produits sains et diversifiés et conserver une alimentation traditionnelle Modifier les modes de culture Privilégier le hors sol pour les cultures nécessitant peu de surface (cives et aromates, laitues, ) Test tuteurage en cours Test ajout MO en cours

Repousser le sol pollué sur le côté : cultures en créneaux! Impossible si labours profonds! Risque de mélanges Interposer des filtres : composts, biochar, plastiques Réversibilité, récupération, recyclage? Eviter les contaminations latérales : isolation hydraulique parcellaire! Risque accru d érosion si mal géré

un effort coordonné de recherches, mais nous partons de zéro Trouver des communautés microbiennes capables de dégrader la molécule :! 1 seule référence, discutable, dans la littérature Définir et maîtriser les conditions de leur activité : microsites réducteurs, bio-augmentation, facilitation rhizosphérique! fertilité des sols! autres contaminations environnementales USA UK U L Pasteur CEA BRGM IRD U P Cézanne Cemagref INRA UPMC ENSC Rennes CNRS Centrale Lyon Japon UAG CH Combiner les stratégies de séquestration dans les sols et de stabilisation dans les cultures confiner la molécule sur les parcelles améliorer l extraction par des plantes identifier, accroître les tissus à forte affinité Traitement des plantes extractrices après récolte? INPL USA INRA Cirad CNRS

«L incendie» de la pollution par la chlordécone aux Antilles est circonscrit : on sait où sont les sols pollués, pourquoi ils le sont, comment ils contaminent certaines cultures, et les eaux. Recherches en cours: Nouvelles pratiques culturales exposition des animaux (systèmes d élevage et cinétiques de décontamination). Persistance de la pollution très longue, mais fertilité des sols intacte accroître les connaissances pour réorienter les cultures sur sols pollués = conserver leur vocation agricole et des productions diversifiées.

Effort considérable de recherche engagé sur la dépollution, mais pas encore de solution clé en main Sols pollués = réservoir de polluant et source de contamination des milieux terrestres et aquatiques, de leur flore et de leur faune Mieux connaître ces processus de contamination, et l impact écotoxique de la molécule = priorités du

Des informations disponibles sur inra.fr et pram-martinique.org Les rapports d étude Des synthèses Des fiches techniques Un flyer Une collaboration sur une mallette pédagogique (Carbet des Sciences)

Résultats < 5µg/kg MF << LMR (20 µg/kg MF)

Tige entière : transfert très faible

pas de risque pour le producteur ni pour le consommateur

Cultures dont le transfert est faible PAS DE RISQUE DE NON CONFORMITE 0.1 mg/kgss 1 mg/kgss [chld] du sol Cultures sensibles Culture non recommandée, risque de non conformité pour [chld] sol > 0.1mg/kg SS Cultures intermédiaires Culture non recommandée, risque de non conformité pour [chld] sol >1mg/kgSS

Sorbants Matières Organiques stables Changements dans la porosité du sol Maintenir CLD dans la parcelle: éviter diffusion dans l environnement Sorption accrue Erosion limitée Couvert végétal Phytostabilisation /dégradation Fonctionnement des racines Maintenir CLD dans la zone supérieure: éviter diffusion dans le profil de sol Structure du système racinaire Favoriser un environnement pour la dégradation: exsudats, micro organismes