1 Rapport global du projet Projet sur l éducation, et la formation des peuples périphériques a la réserve de Minkébé pour une gestion durable de la biodiversité Rédigé par les membres de l ONG AGAFI Avec l aimable concours financier de
2 AVANT PROPOS Pendant que nous imprimons ce document, nous apprenons avec regret le décès d une vielle dame pygmée (Photo n 10, p. 10), ayant souffert d une grosse déshydratation causée par une maladie non traitée.
3 REMERCIEMENTS L Association AGAFI remercie les experts sectoriels qui ont pris une part active au déroulement du projet. Il s agit de : - Jeanne-Marthe MINKOUE MI ELLA, Expert en planification, Présidente d AGAFI ; - Jean MADOUMA, Expert en communication sociale, Membre de l ONG Image Gabon Nature (IGN) ; - Chris OYAME, Expert en communication, Journaliste à l Union ; - Sidonie MOFOUMANE M ONDO, Expert en Planification, membre d AGAFI ; - Jacques ALLOGHO MBA, Expert en Planification, membre d AGAFI ; - Martial AGONDOGO, Expert en environnement, membre de Brainforest. Au nom de toute l équipe, je tiens à remercier l ensemble des personnes-ressources à Minvoul, qui ont bien voulu apporter leur contribution à la réussite de cette aventure. Il s agit entre autre de : - Alex AKOUE, Président de l ONG EDZIENGUI ; - Paul WOUWOU, membre de l ONG EDZIENGUI ; Je ne saurai terminer sans remercier infiniment, les partenaires au développement qui ont bien voulu financer ce modeste projet, il s agit de : - CARPE/UICN/USAID. Présidente de l ONG AGAFI. Jeanne-Marthe MINKOUE MI ELLA
4 I. CONTEXTE L important Parc National de MINKEBE est situé au nord du Gabon, dans la périphérie de Minvoul, Oyem et Makokou. Ce parc national, riche en essences et doté d importantes ressources floristiques et fauniques est menacé d une part, par les populations installées aux alentours pour leurs besoins en protéines et d autre part, par des exploitants forestiers qui ne respectent pas la réglementation forestière, enfin par des braconniers à l affût de recettes économiques. En effet, trois peuples cohabitent à la périphérie du parc : les autochtones, à savoir les baka, les bakoya et les bantous. Les exigences de survie et de maintien économique de ceux-ci entraînent des répercutions graves dans la faune et la flore. D autant que ces peuples n ont pour seules activités que la chasse, la pêche et la cueillette. De même, les multiples exploitants forestiers mus par les demandes en bois du marché international, n hésitent pas à exploiter massivement les espèces rares et protégées. Enfin, la quête du luxe par la commercialisation des animaux par les braconniers décime considérablement les populations animales. En exemple, MINKEBE regorge une importante population d éléphants, l une des plus importantes au monde, estimée à 20.000 têtes au moins. Selon les enquêtes du WWF, il ressort qu un chasseur en abat en moyenne 15 par an! Si l on considère le nombre répertorié de chasseurs qui infestent la région (100 au moins), on comprend aisément l ampleur des dégâts. Le présent projet s inscrit dans la batterie des mesures drastiques et urgentes qui doivent être prises pour lutter efficacement contre ces dérives, en apportant sa contribution à l avancée significative de la protection du parc national de MINKEBE. Le but que nous recherchons dans les campagnes de sensibilisation est la promotion de la création des ONG locales qui peuvent œuvrer pour la conservation et la gestion durable de la biodiversité en partenariat avec les ONG internationales. Nous visons aussi dans nos campagnes de sensibilisation la consommation modérée pour une gestion durable et équitable de la faune et flore. De même, le projet vise à former les personnes ressources aptes à mener à bien les différentes missions assignées à une ONG en leur donnant des formations adaptées dans les domaines qui intègrent les politiques et les techniques de gestion durable de la biodiversité. II. OBJECTIFS DU PROJET L objectif principal de notre projet est la gestion durable de la faune et la flore dans la périphérie du PN de MINKEBE par ses populations.
5 a) Objectifs spécifiques Les objectifs spécifiques suivants sont visés : Identifier les braconniers, les exploitants forestiers, les villages et campement des peuples afin de les sensibiliser sur la problématique relative à la biodiversité ; Donner une éducation de base pour lire et écrire ; Promouvoir des associations locales de protection environnementale ; Renforcer les capacités des associations ainsi crées ; Sensibiliser à la consommation modérée des ressources naturelles. b) Résultats attendus Nous avons atteint les résultats suivants : mise en place d une banque de données sur le braconnage et l exploitation forestière ; 2/3 des Autochtones sachent lire et écrire ; existence d un réseau d ONG environnementales locales dans la zone ; Existence de véritables Leaders Autochtones acteurs, auteurs, et bénéficiaires de leur développement ; diminution significative du braconnage ; diffusion des techniques d aménagements. III. METHODOLOGIE Dans le souci d avoir le point de vue de tous les acteurs et de collecter par conséquent des données qui reflètent véritablement la réalité de terrain, nos travaux ont été organisés de la manière suivante : Auprès des communautés concernées L équipe a séjourné plusieurs fois dans ces différents villages durant toute la durée du projet. Les données ont été collectées sur la base des échanges avec les membres des communautés concernées sous forme d entretiens individuels, d entretiens avec des groupes de personnes et de réunions communautaires. Compte tenu de la mixité de quelques unes des communautés à savoir Elarmintang et Eto o constituées des Bantou et des Baka, des échanges ont également été organisés avec chacune des communautés prise séparément. Auprès des autorités de Minvoul (Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture, Monsieur le Président du Conseil Départemental et Monsieur le Conservateur du Parc National de Minkebe Ouest)
6 Une série de rencontres formelles ont pu être organisées avec ces différentes autorités dans les locaux de la Préfecture de Minvoul. Ont souvent pris part à ces différentes réunions, côté autorités administratives les personnalités ci-dessus citées. Pour l essentiel, les échanges ont porté sur l impact de la création du parc sur la vie des communautés riveraines, les hypothèses de solutions à adopter et les attentes de ces autorités par rapport au projet, sans toutefois oublier les difficultés auxquelles est confronté Monsieur le Conservateur du parc dans l exercice de ses fonctions. C est l occasion de noter qu à l issue de certaines de ces réunions, tout en encourageant et en promettant de soutenir les différents projets, les autorités concernées ont souhaité être informées des différentes étapes d avancement des projets et des responsabilités qui seront les leurs quant à ce qui concerne le bonne mise en œuvre desdits projets. Auprès d une Organisation de défense des droits des Peuples Autochtones basée à Minvoul Il s agit ici de l organisation d Autochtone Edzengui, créée avec le soutien technique et financier du WWF et dont la finalité est de promouvoir les droits et la culture Baka. Les échanges que nous avons eus avec le Président de cette organisation ont souvent été des occasions pour lui de partager toutes les difficultés existentielles auxquelles sont confrontées désormais les communautés Baka et Fang de Minvoul du fait de la création du parc national. C est l occasion de préciser ici que le présent rapport va faire l objet d une rencontre avec toutes les parties prenantes et aboutir à une publication grand public. IV. DIFFICULTES RENCONTREES Au titre des difficultés rencontrées on notera : Les problèmes de compréhension dans quelques villages qui ont été rapidement réglés par la présence des facilitateurs locaux appartenant aux communautés concernées. Ces derniers se firent aider dans leur tâche par un des membres de l équipe natif de la zone et ayant de bonne aptitude en Fang, la langue parlée dans la contrée ; Concernant la question de l accès aux villages, il faut dire que seuls deux des villages sont accessibles uniquement par voie terrestre, il s agit d Elarmintang et de Doumassi. Pour ce qui est d Eto o et de Bitouga, l on doit préciser qu il y a alternance entre la voie terrestre et la voie fluviale. L accès pas toujours aisé des données relatives à la pratique de la grande chasse. Cette situation se justifie par les restrictions imposées en matière de chasse dans la périphérie du parc national de Minkebe.
7 V. OBSERVATIONS DE TERRAIN La forêt procure les protéines animales et est un réservoir de médicaments. Du point de vue économique, elle génère des revenus grâce aux activités de chasse et de pistage. Selon les informations recueillies, les équipes du WWF ont recours à leurs services pour des missions de reconnaissance dans la grande forêt de Minkébé (située à 120 km environ). C est aussi, un trait d union entre les peuples Baka du Cameroun, du Gabon et du Congo. Eu égard à tout cela, la répartition spatiale, démographique et culturelle des villages en sortira profondément modifiée. Ainsi, les anciennes plantations et leurs campements seront délaissés puis totalement abandonnés par leurs propriétaires Fang. De ce fait, les Baka qui n étaient que des employés saisonniers vont se sédentariser dans ces anciens campements agricoles et en faire des villages. C est notamment le cas à Bitouga et Eto o. De même, les Baka vont se sédentariser sur les terres situées à proximité des villages Fang et qui leur avaient été données par «leurs maîtres» (villages Elarmintang et Doumassi). Ainsi, du fait de cette sédentarisation et de la cohabitation entre ces deux groupes, on assistera progressivement à la création ou à l émergence d un nouveau type de village. Dès lors, les villages aux alentours de Minvoul ne seront plus mono claniques. Seulement, l arrivée tardive sur ces terres après l occupation de celles-ci par les Fang donne jusqu à ce jour un statut d «étranger» aux Baka, les privant de ce fait véritablement de tout droit coutumier sur ces espaces. En effet, les Communautés Autochtones ne disposent pas de capacités leur permettant d aliéner les espaces mis à leur disposition pour la pratique de leurs activités de subsistance. Tableau n 1 : Historique de la création de quelques villages Villages Bitouga Eto o Doumassi Années de création Bien avant l indépendance. Bien avant l indépendance Bien avant l indépendance Motif de création Création d une exploitation agricole destinée à la culture du cacao et du café Création d une exploitation agricole destinée à la culture du cacao et du café Désir de création d un nouveau village par un Clans fondateurs Ce sont les membres du clan Essissong (Fang) qui sont propriétaires de la zone cultivable. Toutefois il ya eu une appropriation par les Baka depuis les années 1980. C est un campement qui appartient à plusieurs familles du clan Essoké issu du village Mebeme. Toutefois, les Baka se le sont approprié et y sont les seuls résidents permanents Essamessele Année de reconnaissance administrative Le village a eu un chef reconnu administrativement mais qui est décédé en 2005. L intérim est assuré par le fils du défunt Etsimi. Le village n est pas administrativement reconnu Le village est administrativement reconnu depuis 1984
8 Elarmintang Après la seconde guerre mondiale. Source : ONG AGAFI membre de la communauté Regroupement des villages de Minkebe pour Minvoul en vue d un rapprochement des populations vers le centre administratif Les Essangok et les Essombam ont fondés le village mais il a été approprié par les Essissep Bien avant les indépendances le village était déjà reconnu par l administration coloniale. Il y avait un chef de canton jusqu en 2004. Date à laquelle le village est intégré dans la commune de Minvoul pour en être un quartier. Les présentes recherches participatives, menées dans des villages mixtes, habités par des Fang et des Baka en majorité, se sont déroulées dans le cadre de ce projet. Comme site pilote, la périphérie du parc national de Minkébé Ouest a été choisie à travers les villages Elarmintang, Doumassi, Eto o, Bitouga, Esseng, etc... Ceux-ci sont situés dans la province du Woleu-Ntem et plus précisément dans la ville de Minvoul, Chef lieu du Département du Haut-Ntem. C est également l occasion de préciser qu en dehors des populations Baka et Fang ci-dessus mentionnées, Minvoul est peuplé par d autres groupes ethnique tels que les Bekekep et diverses autres populations venant des pays voisins. La présence des populations de pays étrangers se justifie par le caractère frontalier de cette ville. A la lumière des observations de terrain faites, il ressort que : - Les populations pygmées ne pratiquent pas d activités illégales dans le Parc National de Minkebe. Par contre, elles sont impliquées dans les travaux champêtres (agriculture de subsistance), pêche, chasse et cueillette ; - Elles ne sont pas impliquées dans l exploitation forestière, compte tenu de l absence de forestier dans les environs immédiats ; - Elles ne sont pas impliquées dans l orpaillage. Cependant, dans les environs de Mitzic, il semblerait que quelques uns d entre eux soient en activité dans la zone ; Tableau n 2 : Evolution de la population des différents villages Villages Population Nombre d enfants (-18 ans) Nombre de femmes enceintes Nombre d enfants orphelins Esseng 22 Doumassi 10 Nkok Akom 7 4 0 0 Zangaville Mimbang 7 5 0 0 Etho o 23 Bitouga 75
9 Afia (Mitzic) 10 3 0 0 Source : ONG AGAFI, Cependant, un grand nombre de problèmes subsistent : - Problème de santé publique ; - Mortalité et morbidité élevée ; - Non intégration des populations au processus décisionnel de la vie du village «bantu» ; - Stigmatisation des populations par les responsables sanitaires et scolaires ; - Non respect des droits de l homme par les forces de l ordre ; De manière spécifique, il s agit entre autre de : Tableau n 3 : Besoins exprimés pour chaque village Besoins exprimés par village Esseng Besoin pour la layette ; Stigmatisation à l école et au service de santé pour les populations pygmées ; Faciliter l accès à l eau potable ; Court terme Moyen terme Long terme Doumassi Nécessité de désenclaver la zone (amélioration des conditions de circulation en toutes saisons); Faciliter l accès à l eau potable ; Téléphone portable ; Nkok Akom Besoin de vêtements pour les enfants ; Faciliter l accès à l eau potable ; Stigmatisation à l école et au service de santé pour les populations pygmées ; Besoins des actes de naissance en dépit du fait Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art ménager, Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art ménager, Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art ménager, GIEC à mettre en œuvre ; Faciliter l arrivée des financements auprès des populations ; Valorisation des savoirs traditionnels et implication dans les métiers liés au développement durable ; Mise en place d écomusée ;
10 que la demande a été faite auprès des autorités compétentes concernées; Pb d accès à la confection de la CNI ; Zangaville Faciliter l accès à l eau potable ; Mimbang Faciliter l accès à l eau potable ; Etho o Nécessité de désenclaver la zone ; Faciliter l accès à l eau potable ; Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art ménager, Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art ménager, Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art ménager, Bitouga Afia (Mintzic) Nécessité de désenclaver la zone ; Faciliter l accès à l eau potable ; Meilleur implication des populations pygmées dans le processus de décision au sein du village ; Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art ménager, Besoin d outils pour l agriculture ; Besoin d une tronçonneuse et débrousailleuse; Former les jeunes filles à la santé communautaire, l art
11 ménager, Source : ONG AGAFI VI. LES INTERACTIONS AVEC LES GROUPES ETHNIQUES VOISINS Parler des interactions entre les groupes Baka et Fang est une entreprise assez ardue, tant elles sont complexes. Nous noterons néanmoins que les relations entre ces différents groupes ethniques ont toujours existé et ont varié d une époque à une autre. D entrée de jeu, elles furent des relations équitables de change et de troc, où chacune des communautés était respectée pour son savoir-faire et ses apports. Ainsi tandis que les Baka apportaient les produits forestiers issus de la pêche, de la chasse ou de la cueillette et leur médecine traditionnelles, les Fang quant à eux apportaient des produits agricoles et d autres produits manufacturés (commercialisés). Par la suite à cause de la sédentarisation et des regroupements forcés, de l exploitation forestière et des projets de conservation, les populations chasseurs-cueilleurs à l origine perdront progressivement leur pouvoir économique et spirituel et deviendront ainsi de plus en plus dépendants de leurs voisins Fang. De nos jours, on peut certes alléguer l existence des mariages interethniques entre les différentes communautés pour justifier la nature harmonieuse des relations, mais il faut dire que la réalité est beaucoup plus complexe qu elle n en a l air, il suffit d ailleurs de séjourner dans l un de ces villages pour s en rendre compte. a) Santé L accès aux services de santé est la préoccupation principale de l ensemble des communautés vivant dans la périphérie du parc national de Minkebe Ouest. Comme le montre le tableau cidessus, il n existe aucun centre de soin de santé primaire dans ces villages. De ce fait, lorsque les populations ne pratiquent pas l automédication, elles consultent les tradithérapeutes (en majorité Baka) et ne rejoignent les centres hospitaliers qu en cas de complications ou de maladie grave. b) Ecole Il n existe aucune école primaire dans l ensemble des villages périphériques au parc. Toutefois, on note la présence d un lycée publique à Elarmintang. Présence justifiée par l appartenance de ce village à la commune de Minvoul. c) Eau Exception faite d Elarmintang, l absence d un réseau officiel de distribution d eau et de pompe hydraulique dans les villages, a conduit les communautés villageoises à s approvisionner en eau dans les sources (aménagées ou non) se trouvant à proximité de leur village. Par ailleurs, malgré le fait qu Elarmintang bénéficie de l adduction en eau potable, les robinets restent à sec une bonne partie de la journée. Cela se justifie par le manque de pression. Compte tenu de cet état de chose, les populations de continuent avec la fréquentation des sources d eau
12 naturelles du village. De plus, les installations en eau potable ne sont pas à la portée de toutes les bourses, c est d ailleurs la raison pour laquelle les Baka n en possèdent pas. d) Electricité Faisant partie intégrante de la commune de Minvoul, Elarmintang est l unique village électrifié. En effet, dans tous les autres villages le mode d éclairage le plus courant est la lampe tempête (qui s alimente au pétrole). Précisons par ailleurs que la partie Baka du village n est pas électrifiée. e) Lieux de culte Dans la quasi totalité des villages, on aperçoit des espaces destinés essentiellement à la pratique de la religion traditionnelle et des rites initiatiques à travers notamment des temples dédiés à Edzengui, divinité Baka auquel est voué un culte traditionnel dans tous les villages Baka sans exception. Par contre, les édifices destinés à la religion chrétienne ne sont présents qu à Doumassi et Elarmintang. Toutefois, leur bon fonctionnement n est pas toujours garanti dans la mesure où les prêtres et/ou les pasteurs sont le plus souvent itinérants. En dehors des problèmes communs relatifs aux deux communautés en matière d accès aux services sociaux de base, il faut dire que les communautés Baka de ces villages font face aux problèmes de citoyenneté, la plupart des habitants rencontrés ne possédant ni acte de naissance, ni carte nationale d identité. Le projet de développement intégré en milieu pygmées initié par l UNICEF s est attaqué il y a de cela quelques années à cette question. Malheureusement, celui-ci a été brutalement interrompu et ce avant la résolution du problème dans son ensemble. VII. ACTIVITES RETENUS DANS LE CADRE DU PROJET a. Identification du braconnage, de l exploitation forestière, des villages et sensibilisation sur la biodiversité i) Identification du braconnage Toujours en guise de précision, il faut dire que l espace forestier de Minvoul abrite une portion de la concession forestière de TTIB jouxtant le PNM et de la Tridom. La Tridom est considérée comme étant un complexe transfrontalier d Aires Protégées dans lequel sont développés des processus participatifs de gestion durable de ressources naturelles. Elle est constituée pour la République du Cameroun de Dja, Boumba-Bek, Nki et Mengamè ; pour la République du Congo de Odzala-kokoua et Lossi et pour la République Gabonaise de Minkébé, Ivindo et Wagné. (Article de l Accord de Coopération entre les Gouvernements des Républiques du Cameroun, du Congo et du Gabon relatif à la mise en place de la Tri Nationale Dja-Odzala-Minkebe). Il ressort que les hommes, surtout les jeunes (avec ou sans qualification) sans emplois sont les acteurs majeurs de la chasse qui est la principale activité pourvoyeuse de revenus. Elle se
13 pratique durant toute l année. Les adeptes de la chasse nocturne la pratiquent avec une arme de type calibre 12. De manière générale, elle est fournie avec munition en échange d une partie du gibier abattu. En effet, les chasseurs Baka ont des associés qui leur fournissent armes et munitions. Tandis que ceux qui posent des pièges pratiquent la chasse de jour. Toutefois, il n est pas aisé de faire la distinction entre chasseurs au fusil et piégeurs, car les acteurs sont les mêmes : ils vérifient les pièges en journée et chassent au fusil la nuit. Ces parties de chasse prennent des allures d expédition, et couvrent des distances parfois supérieurs à 50 km (Eto o, Doumassi). Dans la mesure où elles peuvent durer plusieurs jours, voire des semaines ; les parties de chasse nécessitent la construction de campements en forêt. Leur nombre varie d un village à un autre. Dans les villages, la chasse est le plus grand apport de revenu. Elle est pratiquée par les hommes tout le long de l année. En fonction des outils et des techniques, elle se fait de jour comme de nuit avec toutefois une préférence pour la chasse de nuit. Les outils de chasse utilisés sont le fusil de type calibre 12 et les pièges. La part réservée à la vente est considérable, même si une partie est autoconsommée : de par ses caractéristiques, c est une chasse avant tout commerciale et pas sélective. Nous constatons que les zones de chasse sont communes et sont partagées par plusieurs villages à la fois, accentuant de ce fait la pression sur les animaux qui sont chassés sans distinctions de leur statut (intégralement ou partiellement protégés). Les principales espèces par ordre d abattage sont : - porc-épic/hérisson, Gazelle (Céphalophe) ; - le potamochère ; ; - l Antilope et le Sanglier (Potamochère). La quasi-totalité du gibier est destinée à la vente ou au troc avec les associés. De ce qui précède, force est de constater que la pratique de la chasse, qu elle soit dite petite ou grande est la principale source de revenus des communautés dans les villages, c est grâce à celle-ci qu elles parviennent à satisfaire leurs besoins primaires et à prendre soin de leurs familles. En outre, elle constitue une part assez importante de leur alimentation. Dans la mesure des informations disponibles, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude, que les populations pygmées soient des braconniers. Car selon certaines indiscrétions, il nous est revenu que des populations flottantes venant d Oyem et/ou Libreville se donnent à la chasse à la chasse avec souvent des guides pygmées. ii) De l exploitation forestière Quels que soient le village et l origine des populations, tout le monde s accorde pour reconnaître que les zones d activité des populations sont situées dans ou à proximité des forêts ancestrales des Fang, considérées comme les premiers occupants d un point de vue général. La forêt était donc parcellisée en fonction des différents lignages qui composent les villages et toute
14 activité était subordonnée aux rites et coutumes que le chef de lignage ou de famille faisait respecter dans sa zone. Les migrations successives, l arrêt de la culture du cacao et du café, le développement et la proximité des centres urbains ont considérablement modifié les structures de base des villages. Ainsi, même si les limites des forêts ancestrales sont toujours connues, leur exploitation n est plus exclusive au clan ou à la famille d origine, excepté dans les villages où les Fang sont encore présents (Doumassi et Elarmintang) et dans lesquels l on doit faire recours à leur autorisation pour la pratique de l agriculture par exemple sur ces espaces. Exception faite de cette situation, pour l ensemble des populations locales actuelles, la forêt est plus ou moins libre d accès pour ceux pratiquant la chasse, la cueillette et le ramassage. Ces règles d accès à l usage et au contrôle des ressources sont presque identiques d un village à un autre. Les premières conséquences de cette exploitation forestière touchant les Pygmées sont physiques. En effet, en atteignant des endroits de plus en plus reculés dans la forêt, cette utilisation à outrance de la nature, mène à l appauvrissement progressif de l écosystème forestier. En tant que peuple de chasseurs-cueilleurs, Pygmées voient leur système alimentaire tomber en récession et la sécurité alimentaire que la communauté avait connu jusque là connaît des perturbations préjudiciable à leur vie. Certains arbres riches en fruits et écorces sont abattus, d autres renversé par les bulldozers, une multitude de graines nécessaires à l alimentation sont détruites etc. De plus, les pièges posés pour les animaux sont écrasés, les filets entraînés, le gibier se réfugie de plus en plus profondément dans la forêt, ce qui affecte également le mode de vie de la population Pygmée. Il en est de même pour l eau, car au passage des engins de construction ou d abattage, les ruisseaux deviennent des mares, sont taris ou pollués, cette denrée déjà rare devient alors un besoin de plus pour les Pygmées. Le peuple Baka accorde une grande importance à la tradition, d où la pratique de différents rites (Libandi, Edzengui et Ekolo), qui semblent ne plus être fait par le fait que la forêt devient très loin pour certains rites. Ce peuple est beaucoup consulté dans le cadre de la médecine traditionnelle par d autres peuples venus de part tous les coins du Gabon et du monde. Chez les Baka, la chasse constitue une source importante de revenus. Ils travaillent pour des Fangs qui leur fournissent arme, munition et piles. La chasse est pratiquée pour la subsistance. Nous avons observé que l artisanat occupe une place dans les activités de cette communauté. L'activité économique des populations Pygmées se limite généralement à la résolution du problème de leur alimentation. Les Pygmées tirent toutes leurs ressources de la forêt, ils sont traditionnellement chasseurs, pêcheurs et cueilleurs. Une répartition en fonction du sexe intervient dans l'exécution de ces différentes tâches, mais celle-ci n'est pas rigoureuse. La chasse est réputée virile alors que la pêche et la cueillette sont plutôt le domaine des femmes. Mais il est fréquent que, au sein d'une famille, chacun participe à toutes les activités pour obtenir une meilleure récolte ou un gibier plus abondant.
15 De manière traditionnelle, ils obtiennent par le troc ce que la nature ne peut leur fournir. Ils entretiennent avec leur voisins Bantous des relations d'échange et de complémentarité, troquant les produits de leur chasse ou de leur cueillette contre des denrées qu'ils ne pourraient se procurer autrement. L agriculture est l activité commune aux femmes Baka. Les produits vivriers (bananes, maïs et manioc) sont revendus. D abord à l intérieur du village puis aux commerçantes et aux pêcheurs. Aussi quatre saisons rythment les activités à savoir : Yaka, Sokoma, Elanga et Souh. Le tableau ci-dessous présente le calendrier y relatif. Tableau n 4 : Calendrier saisonnier et les activités y relatives. Dénomination Yaka Sokoma Elanga Souh Activités Défrichage, Abattage Récolte des chenilles, pêche au barrage, semis Petite récolte Grande récolte Les tableaux suivants présentent également les appellations locales en Baka de certaines espèces végétales et animales. Tableau n 5 : - Liste des espèces végétales ou forestières et leur utilisation N Nom pilote Baka Fang Utilisation 1 2 Moabi Mabé Adzap Les fruits sont comestibles La graine donne une huile précieuse L écorce est utilisée comme laxatif Mangue sauvage Péké Andock Le fruit est comestible Les écorces soignent les maux de ventres L amende séchée puis pilée donne le pain d odika Bambo Abam Le fruit est comestible 3 Lee écorces brûlées rendraient les chasseurs invisibles 4 Bolima Odoum Les écorces sont déparasitant 5 Yamba Les fruits sont comestibles par les chasseurs 6 Ngata 7 Fruit du Péké Léké Djin comestible raphia 8 Ngoyo Amvout comestible 9 Moungola Egone 10 Noisette Mengôm Kôme comestible
16 11 Ozigo Sia ndendé comestible 12 Figue Ntôm 13 Corossole Mbè Ebome comestible sauvage 14 Nguessoua 15 Mkpa Okome comestible 16 Ngaata engokong comestible 17 Afromomum Tondô Essone Fruit (comestible) Tableau n 6 : Liste des espèces animales N Nom pilote Baka Fang 1 Eléphant Yia Nzock 2 Potamochère Pamê Ngui afane 3 Buffle Mbokô Nyate 4 Gorille Ebôbô Ngi 5 Zèbre Mbongô Ezona 6 Singe Kemâ Kwèt 7 Gazelle Dembê Opong 8 Antilope cheval Mbouli Mvoul 9 Porc-épic Mboké Ngôm 10 Pangolin géant Keleba Fima 11 Pangolin Kokolo Kaa 12 Potto Kaatou Awoun 13 Panthère Soua Zé 14 Hippopotame Ngoubou Nzock menzime 15 Aigle Ngolio Ngi onone 16 Epervier Nza coko Obi (Obame) 17 Chimpanzé Séko Waa
17 Tableau n 7 : Espèces halieutiques N Nom pilote Baka Fang 1 Silure Lèlèssi Ngô 2 Poisson chat Mba aka Ambeng 3 Flottin Ndégé Mvaa 4 Yara Lahaa Nkat 5 Tableau n 8 : Liste des cultures agricoles N Nom pilote Baka Fang 1 Banane Ndô Ekone 2 Manioc Boma Mbo 3 Tubercule de manioc Mepaa Akwama mbo 4 Maïs Mbômbô Fone 5 Taro Langa Ekaba 6 Igname Savaa Dzô 7 Feuille de manioc Dza buka Medza 8 Oseille Esseng Esseng 9 Piment Alamba Ndondô 10 Concombre Bongo Mbandé Ngome 11 Canne à sucre Nga ngulu Nkok Les Pygmées vivent au jour le jour, sans penser au lendemain. Ils ne font pas ou peu de provisions, la nature leur fournissant ce dont ils ont besoin de manière régulière. De la même manière, ils n'ont pas tendance à thésauriser ou à accumuler des ressources qu'ils savent pouvoir reconstituer au moment où cela s'avère nécessaire (bois, feuilles, pierres, végétaux, fourrures...). iii) Gestion foncière et de la biodiversité Il ressort clairement que la pratique dans l ensemble des villages des activités de chasse, de pêche et de cueillette se fait presque librement dans la forêt, y compris dans les forêts ancestrales. Seules restent réservées les zones proches du village préalablement défrichés par les familles et transformées en champs ou en jachère. Et en pareille circonstance, les allogènes
18 doivent nécessairement requérir l avis du propriétaire de l espace pour y mener des activités agricoles. Il en est de même pour la pratique de la chasse à l aide des pièges sur ces espaces. La grande précision qu il ya lieu de faire en matière foncière concerne les Baka de ces différents villages. En effet qu il s agisse de groupes vivant seules ou en présence des Fang, il convient de noter que ces Peuples Autochtones ne disposent véritablement pas de droits sur les terres qu ils occupent. Celles-ci ont été mises à leur disposition par les Fang et devront faire l objet d une restitution en cas de besoin. Cette situation est justifiée par l arrivée et la mise en valeur en premier des terres par les Fang notamment avec la pratique de l agriculture et la sédentarisation des différents groupes. De nos jours la question de la propriété foncière ne se pose que lorsqu il s git d aliéner une parcelle de terre ou en cas d enjeu plus considérable. Les communautés voient en la non- matérialisation sur le terrain des limites du parc national et de sa zone périphérique une raison supplémentaire de lésion. Cette matérialisation à leur avis aurait permis d apprécier à leur juste valeur les portions de leurs territoires traditionnels se trouvant désormais à l intérieur du parc national.. L on ne saurait achever sans faire mention ici de ce que les restrictions imposées en matière de chasse sont beaucoup plus préjudiciables aux peuples autochtones qu aux Fang. En effet, nous sommes tous sans ignorer que les peuples autochtones vivent en grande partie de la chasse et de la cueillette ; ceux-ci sont d ailleurs qualifiés de chasseur-cueilleurs. Ce qui justifie le caractère rudimentaire de l agriculture qu ils pratiquent. Les Baka pratiquent la chasse aussi bien pour des raisons alimentaires que pour des raisons culturelles. Par exemple, le rite Libandi pratiqué par ceux-ci est une occasion pour eux d abattre chaque année un éléphant pour des raisons avant tout culturelles et d exaltation. On comprend donc aisément que si rien n est fait, cet aspect de leur culture aura tendance à disparaître. b. Une éducation de base pour le peuple pygmée i. Apprentissage familial en classe ouverte Compte tenu de la population non scolarisée présente dans les villages, une petite campagne de scolarisation en classe ouverte a été mise en œuvre. Il s'est agit de plusieurs séances d'apprentissage qui réunissaient enfants et parents dans un contexte scolaire non formel. Ces séances combinaient des activités du curriculum scolaire formel avec des «thèmes de la vie» tirés du programme d'éducation de base des adultes. Parmi les questions traitées figuraient entre autres choses, l'environnement, la santé, l'éducation civique, les stratégies de résolution non violente des conflits, les droits de l'homme et la culture. Les séances communes regroupant parents et enfants étaient conçues et structurées de façon à construire des expériences d'apprentissage partagé et de promouvoir des activités d'apprentissage au foyer venant compléter l'apprentissage scolaire. Parmi les méthodes d'apprentissage pendant les séances conjointes entre parents et enfants figurent : faire des jeux, des discussions en groupe, des débats et la narration d'histoires. On
19 encourage également les enfants à décrire des histoires sur la base de ces activités. En conséquence, le programme facilite véritablement l'apprentissage intergénérationnel. En outre, les séances sont également propices au renforcement des relations entre les enfants et leurs parents et la communauté dans son ensemble. Elles confèrent aux parents le sens de l'appropriation et de la responsabilité en ce qui concerne l'apprentissage de leurs enfants. ii. Apprentissage familial au foyer Diverses méthodes ont été utilisées pour l'apprentissage au foyer, parmi lesquelles : la narration d'histoires, le folklore, des jeux, l'apprentissage assisté et d'autres activités. L'intention en est d'étendre l'apprentissage scolaire aux foyers des enfants non scolarisés tout en impliquant activement les parents dans le processus d'apprentissage des enfants au-delà du champs étroit du curriculum scolaire. Une approche intégrée de cette nature rend impératif l'engagement des diverses parties prenantes dans la planification, la mise en œuvre, le pilotage et le façonnage du processus d'apprentissage familial. Il est également important d'encourager et de transformer des occasions ou des lieux «ordinaires» tels que des visites de classes, des journées portes ouvertes, l'enceinte de l'école etc. en opportunités d'apprentissage efficace. iii. Bilan L effectif des membres de la communauté auparavant analphabètes a légèrement augmenté pour apprendre les rudiments de la lecture et de l écriture ; De nouveaux membres de la communauté ont rejoint l association Edzengui ; c. Renforcement des capacités et promotion des associations locales de protection environnementale La seule ONG de la localité est Il faut dire que les villages de pygmée collaborent avec certaines administrations locales, les organismes internationaux (WWF, UNICEF) et les associations locales comme Edzengui qui est basé à Minvoul pour aider les Baka à mieux s intégrer dans la société et participer au développement durable de la biodiversité. Ceci implique de fournir une aide professionnelle qui confère les compétences nécessaires pour cultiver chez les membres de cette ONG un esprit critique et analytique, et développer chez eux un caractère et des comportements. Ici, le projet se concentre sur les méthodologies d'apprentissage, la gestion des salles de classe et les compétences en matière d'organisation. En plus de ces conséquences menaçant physiquement les Pygmées, d autres enjeux entrent en compte lorsqu il s agit de cette exploitation, des enjeux spirituels, moraux. En effet, tout d abord, les lieux sacrés des Pygmées sont souvent profanés à cause de la présence et du passage de véhicules, lorsqu ils ne sont pas simplement détruits par les bulldozers. Les rythmes de pratiques traditionnelles sont également perturbés car ils sont normalement pratiqués en lien étroit avec la forêt. Ces changements massifs entraînent une perturbation extrême de l habitat
20 et du cadre de vie général des Pygmées, tout en créant généralement des conflits entre eux et leurs voisins les Bantous. Compte tenu des tous ces aléas, des propositions de formulations de projets ont été proposés à l ONG Edzengui, qui pourront bénéficier de financement octroyé par bailleurs déterminés. d. Sensibiliser à la consommation modérée des ressources naturelles. Afin de lutter contre le danger qui menace les Pygmées, deux projets doivent être mis en place en parallèle. Tout d abord, il s agit de limiter l exploitation de la forêt, d en faire une utilisation responsable et non plus abusive. Pour cela, il faut mettre en place des mesures de restriction, tout en appliquant efficacement celles qui sont déjà créées. D autre part, une seconde manière de lutter contre ce phénomène est d anticiper ses conséquences et de donner aux Pygmées les possibilités de contourner les futurs problèmes. La gestion et l utilisation des ressources ce fait selon leur culture. Ils ont des génies des eaux et de la forêt. Pour entreprendre une activité quelconque, les Baka peuvent passer un temps dans la sanctification pour la chasse, la consultation des esprits pour la grande chasse et la protection des forêts par la médecine traditionnelle. Le tout afin de préserver et de protéger l environnement à travers une exploitation durable des ressources naturelles. En ce qui concerne la gestion, il y a un mode de vie qui est adapté à la communauté, c est l application de la tradition dans leurs modes de vie. Dans le déroulement de leurs activités, ils prennent soin de ne pas offenser la nature. En ce qui concerna l utilisation des ressources forestières : ils le font par rapport à leurs mode de vie depuis la forêt. Leurs consommations personnelle n a aucun n impact sur l environnement. C est par saison que leurs activités sont repartie et selon ce que peut dire leurs génies. Cependant, sensibiliser le peuple pygmée sur la préservation de l environnement peut être considéré comme une insulte à l endroit de ces personnes qui ont mis leur mode de vie au profit de cette philosophie considéré comme leur mode de vie. VIII. PROPOSITIONS FAITES PAR LES VILLAGES DE PYGMEES Les villages ont émis des propositions pour leur devenir : - Plaidoyer auprès des autorités administrative locales, en vue du désenclavement des villages Doumassi, Etho et Bitouga ; - Plaidoyer auprès des autorités administrative locales, en vue de la non stigmatisation à l école et dans les services de santé ; - Plaidoyer auprès des services locaux de l IGAD en vue de la facilitation des populations pygmées au projet de maraichage ; - Aide aux femmes et jeunes femmes enceintes ; - Recensement des jeunes enfants et femmes enceintes ; - Aide aux trousseaux scolaires et layettes complètes ;
21 - Nécessité de faire de la sensibilisation auprès des populations vivant dans les alentours du Parc National de Minkébe sur les implications réglementaires à la gestion des ressources (code forestier, code de l environnement, loi agricole ; textes sur la décentralisation, code minier) ; - Limite les actions de répression auprès des populations analphabètes autochtones ; - Préciser visiblement les limites du PN ; - Créer des activités alternatives à la chasse ; - Regrouper les populations pour les activités de GIEC animés par elles mêmes (pygmées) ; - Vêtement décent ; - Revu des populations économiquement faibles pygmées non prise en compte dans les statistiques de la CNAMGS ; - Aide au logement ; IX. CONCLUSION La mise en œuvre de ce projet peut être considérée comme une bouteille jetée à la mer. Les nombreuses séances de travail avec les autorités administratives de la province du Woleu Ntem, à Minvoul et dans la ville de Mitzic, bien que riches d information et d échanges, nous semblent cependant mineures. Il ressort de ce projet que les peuples pygmées vivent une sorte de trahison. Ils se sentent marginalisés et n entrevoient aucun avenir radieux pour leur devenir. De nombreux cas de maladies ont été répertoriés et quelques uns semblent irrémédiables. Selon les anciens, la forte mortalité dans la population pygmée est due entre autres «Au non respect des interdits séculaires, les mariages mixtes avec les bantu, la destruction de leurs ressources pharmaceutiques (plantes médicinales) et arbres sacrés» Une indiscrétion nous a été faite, «Si rien n est fait dans un avenir proche, nous retournerons dans la forêt, notre maison». Les services des affaires sociales n ont pas encore fait la socialisation de ces populations (pratique du ménage, entretien de la demeure, suivi médical, éducation des jeunes, ), qui ne savent pas ce qu elles peuvent faire. De tous temps, les Pygmées ont été considérés comme une population marginale, un groupe d'individus en situation d'infériorité par rapport aux groupes dominants qui, plus ou moins volontairement, les excluent de la participation entière à la vie sociale. Poussée aujourd'hui à l'extrême, bafouant les droits élémentaires des populations Pygmées, les privant de statut social et d'identité juridique, cette marginalisation met en péril la survie de ce peuple et de son patrimoine culturel. Durant la colonisation française, les Pygmées ont été traités comme une simple curiosité humaine et touristique. Jugées zones inutiles et sans intérêt, les régions qu'ils occupaient ont été systématiquement exclues des actions d'équipement et de modernisation. Une image réductrice et dévalorisante du peuple Pygmée s'est installée, avec son lot de préjugés : archaïsme, résidualité, paresse, instabilité et nomadisme chronique. La démarcation entre les Pygmées et les autres populations est nette. Ils sont présentés comme le degré zéro de l'humanité, des non citoyens sans identité sociale et juridique, sans droits civiques ni capacités politiques. Mais la marginalisation des Pygmées s'est surtout nourrie de la domination et de l'asservissement exercés par leurs voisins Bantous.
22 A la fois pacifiques et conflictuelles, les relations entre les deux groupes sont anciennes, complexes, empreintes de complémentarité et de répulsion, de coopération et de rejet. Les Bantous contrôlent l'ensemble des circuits d'échange et de collaboration. Le système ancien d'alliance, fondé sur le troc et la réciprocité des services, s'est transformé en système d'exploitation, d'autoritarisme et d'asservissement. On n'hésite pas à parler d'esclaves pour les Pygmées et de patrons pour les Bantous, ces derniers ne considérant plus leurs voisins que comme une main d'œuvre servile à leur disposition. Pourtant, les Pygmées se savent gabonais, ils ont conscience de faire partie d une nation et désirent désormais être reconnus comme citoyens à part entière, bénéficier des droits dus à toute personne humaine et recevoir un enseignement sur le monde extérieur, puisque ce dernier viole les limites de leur territoire. Ils ont besoin d instruction et d apprentissage de la langue française pour connaître leurs droits et les défendre (notamment les droits de propriété des terres sur lesquelles ils vivent ou celui de chasser dans le parc national que, contrairement aux braconniers, ils ne menacent pas). L éducation leur permettra également d apprendre les méthodes pour sauvegarder et développer les ressources déclinantes de leur forêt. De plus, elle leur donnera les connaissances indispensables pour se prémunir contre les maladies infectieuses ou virales que le monde extérieur leur a apportées et dont la forêt ne peut les guérir. X. RECOMMANDATIONS L'intégration à part entière des populations Pygmées dans la société est rendue très difficile par ce qui fait l'essence même de leur peuple, leurs valeurs et leurs traditions culturelles. Fortement démarqué des usages habituels dits «modernes», leur mode de vie en fait les proies faciles et désignées de leurs voisins qui, de fait, les exploitent et les maintiennent dans un réel asservissement, pour lesquelles les valeurs culturelles propres aux populations Pygmées sont : Société égalitaire fondée sur la notion de partage ; Prévalence du libre arbitre ; Conservation des valeurs communautaires axées sur le principe de nomadisme et de mobilité ; Reconnaissance et prédominance du pouvoir de décisions de la femme Pygmée dans la communauté ; Peu de possibilités de loisirs ; Prédominance de la culture orale. Sachant également que les caractéristiques et attitudes traditionnelles des Pygmées sont : Peur et la méfiance vis-à-vis des pratiques dites modernes ; Complémentarité de l homme et de la femme Pygmées dans tous les domaines ; Premier recours aux thérapies traditionnelles en cas de maladie ; Forte croyance aux valeurs traditionnelles et à la sorcellerie (la maladie étant considérée dans l imaginaire Pygmée comme un mauvais sort). Pire encore, nous avons constaté qu en dépit de l action du Recensement des Gabonais Economiquement Faible (RGEF) réalisé pour le compte de la Caisse Nationale d Assurance
23 Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS) aucun geste n a été fait pour la prise en compte de nos compatriotes. Tant de promesses restent non accomplies et tant d injustices ne sont pas encore réparées. La pérennité de ce projet réside dans l atteinte des objectifs suivants : Accroître les compétences enseignées dans le cadre de l éducation familiale en mettant toutefois l accent sur l alphabétisation et l éducation de base au sens large ; Diversifier l enseignement tout en préservant la cohérence et la précision de ce qui constitue l éducation familiale de base dans un contexte africain ; Eliminer les complexes d infériorités ressentis par les populations pygmées ; A cet effet, de nouveaux projets de développement doivent être mis en œuvre par le gouvernement et els administrations locales des la zone ou l on rencontre les populations pygmées.
24 XI. ANNEXES
25 Annexe 1: Panorama photographique partiel du projet Photo n 1: Habitat «semi-bantu» dans un village (Minvoul) Photo n 2: Remise d un don au Chef du village Doumassi par la Responsable d AGAFI (Minvoul) Photo n 3: Photo de famille à Doumassi (Minvoul) Photo n 4: Difficultés d accès sur la route (inondée) menant à Doumassi et le Parc de Minkébé (Minvoul) Photo n 5: Séance de travail au village Zangville (Minvoul) Photo n 6: Photo de famille au village Afia sur la route de Mitzic
26 Photo n 7: Echange avec les responsables du village Bitouga (Minvoul) Photo n 8: Recensement des jeunes enfants au village Bitouga (Minvoul) Photo n 9: Traversée de tous les dangers sur le Ntem pour rejoindre le village Etho o (Minvoul) Photo n 10: Dame âgée pygmée très malade au village Zangville (Minvoul) Photo n 11: Habitat «typique» dans le village Esseng (Minvoul) Photo n 12: Homme pygmée souffrant de violents maux de poitrine au village Doumassi (Minvoul)
27 Photo n 12: Jeunes enfants très intéressés lors des passages de la caravane d alphabétisation d AGAFI Photo n 13: Jeunes gens très intéressés lors des passages de la caravane alphabétisation d AGAFI
28 Annexe 2 : Localisation de Minvoul et du Parc National de Minkébé