Travailler sur la base L. MIRA Coûts partagés Une base spatiale étendue sur plus de 690 km², abritant quelques 1650 salariés permanents et affichant un taux de fiabilité, de sécurité et de disponibilité inégalé, génère forcément des coûts de fonctionnement hors normes. Coûts que se partagent l'agence spatiale française (CNES) et l'agence spatiale européenne (ESA). Au travers du financement de cette dernière, les pays européens membres de l'agence participent de fait au fonctionnement du Centre Spatial Guyanais, à hauteur de leur contribution aux programmes de l'esa. Un montage financier qui peut sembler complexe, mais qui garantit le maintien en conditions opérationnelles de la base spatiale la plus performante au monde. Antonio Fabrizi, Directeur des lanceurs de l'esa, et Bernard Chemoul, directeur du CNES/CSG, signaient, le 20 mars dernier, le contrat relatif au fonctionnement du CSG Les pays membres de l'agence spatiale européenne participent, via leur contribution à l'esa, au financement des coûts fixes du Centre Spatial Guyanais, Port spatial de l'europe. Depuis 1975, ce financement se fait au travers d'un contrat entre l'esa et le CNES, renouvelé tous les cinq ans. Le 20 mars dernier, Bernard Chemoul, Directeur du CNES au CSG et Antonio Fabrizi, Directeur des Lanceurs de l'esa, ont renouvelé leur accord pour la période 2013-2017. Explications. Par Anne Bellanova Qu'il s'agisse des investissements nécessaires à l'évolution et à l'optimisation des activités de la Base spatiale, ou du maintien en conditions opérationnelles (MCO) des équipements et des installations, les coûts du Centre Spatial Guyanais font l'objet d'un financement assez particulier. «Ce contrat prévoit que les deux tiers des coûts fixes du CSG sont financés par l'agence spatiale européenne, un tiers restant à la charge de la France», résume Pierre Lafuma, Adjoint du Directeur du CNES/CSG, en charge du contrat ESA/CNES. «Le nouveau contrat 2013-2017 a pour objet principal le maintien en conditions opérationnelles de la Base; ce qui recouvre deux grands domaines : les activités de maintenance et d'exploitation des moyens techniques concourants aux lancements, et l'investissement». «On établit le coût de maintien en conditions opérationnelles en fonction d'un modèle de mission nominal (6 Ariane, 2 Vega et 2 Soyouz par an)», précise Giovanni Carra, Chef de la Division Infrastructure et Base de lancement à la Direction des lanceurs de l'esa. «Le CNES a donc deux contrats : l'un avec l ESA pour les coûts fixes, l'autre avec Arianespace pour les coûts variables induits par l exécution des campagnes de lancement. 50 % de la contribution de l ESA aux couts 4 / LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013
MÉLODY YING PING Montage financier fixes du CSG est payée par ses Etats membres en fonction de leur PNB, l autre 50 % en fonction du retour géographique résultant de l exploitation des lanceurs. Arianespace contribue également au couts fixes du CSG pour la partie allouée à Soyuz». par l'arrivée des lanceurs Soyouz et Vega au CSG est donc essentielle pour la recherche de synergies et pour l optimisation des couts sur la base de lancement. Nous y travaillons avec le CNES». Le principe de retour géographique est en effet une des contraintes de ce financement : chaque Etat membre de l ESA doit obtenir, pour son industrie, un volume d'activité proportionnel à sa contribution aux programmes de l'esa. C'est ce qui explique le patchwork industriel de la filière Ariane, où les éléments du lanceur sont fabriqués en Europe par l industrie Européenne et puis transportés en Guyane pour l assemblage final. «Une autre exigence, découlant de cette contrainte de retour européen, c'est celle de l'européanisation des effectifs», rappelle Pierre Lafuma. «L exécutif de l ESA a souligné que,dans la mesure où les délégations européennes ont accepté de contribuer au financement de la masse salariale du CNES/CSG, qui entre dans les coûts d'exploitation et de maintenance, il fallait, en contrepartie s'assurer de l'emploi de personnels européens non français sur la Base. L engagement du CNES/CSG est ainsi d'employer au minimum vingt Européens non français». «Ces exigences ne sont toutefois pas toujours évidentes à respecter», renchérit Giovanni Carra, «car pour qu'une entreprise s'installe en Guyane, il faut qu'elle ait une masse d'activité qui lui permette de vivre ; ce qu'on appelle la masse critique. Sinon, elle risque d'être plus chère, ce qui ne va pas dans le sens d'une optimisation des coûts. Le volume d activités généré 438 millions dêeuros CÊest le montant du contrat co-signé par le CNES et lêesa au bénéfice du maintien en opération du CSG et au nom dêun accès autonome de lêeurope à lêespace. Retours européens Troisième volet de cette exigence de retour européen, la nécessité de doter le CSG d'une image européenne qui mette en valeur la contribution des Etats membres de l ESA au financement du CSG. Là encore, l'agence s'assure, au travers des différents reportings réalisés par le CNES chaque trimestre, que des efforts sont faits dans ce sens. Cela passe notamment par la signalétique, la présence des drapeaux des pays membres de l'esa à l'entrée du CSG, de la mention Port spatial de l'europe sur les différents supports de communication mis en œuvre, etc «Pour faciliter la planification de ces dépenses pour les Etats, normalement on forfaitise les prix sur trois ans, avec une possibilité d extension sur deux ans, dans la limite d un montant plafond. C'est une façon d'assurer la stabilité du système» assure Giovanni Carra. «Cela permet en particulier que la Base de lancement continue de fonctionner dans le cas où, par exemple, les Etats Membres de l Agence spatiale européenne n ont pas encoredécidé leur contribution pour la période suivante». Et c'est là que le retour d'expérience du CNES prend tout son sens, notamment en termes d'identification et de planification des risques. «C'est d'autant plus important que les prix des trois premières années sont fixés de façon forfaitaire», précise Giovanni Carra. «Ils ne sont donc pas modifiables. C'est pourquoi l'analyse et le reporting du CNES est indispensable à cette planification». Le renouvellement du contrat entre le CNES/CSG et l ESA est donc le fruit d un long travail de compréhension mutuelle, de négociation et d explications aux Etats membres de l ESA. Il apporte une garantie de financement sur les cinq prochaines années. LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013 / 5
Des métiers A. CERCUEIL Le succès dêun lancement est rendu possible grâce au concours de chacun. Adjoints de campagne, PART II Comme le soulignent si bien le CNES et ses partenaires les soirs de lancement, les succès sont rendus possibles grâce au concours de chacun. La célèbre phrase du DDO ne commence-t-elle d ailleurs pas par A tous de DDO, rappelant ainsi qu une campagne implique de nombreuses personnes. Dans notre précédente édition, nous vous avions présenté 8 adjoints de campagne. A tous, du Latitude 5, attention pour le deuxième épisode de la série le DDO et les adjoints de campagne. Eric Fayolle, Coordonnateur Relations Publiques (RPCO) La mission du RPCO démarre à l arrivée des satellites sur la base spatiale, pour un lancement classique, soit entre 1 et 2 mois avant le lancement. «Notre tâche Eric Fayolle consiste à coordonner la mise en œuvre des moyens techniques et humains nécessaires à l accueil des invités VIP et Grand Public au lancement, soit plus de 2000 personnes, explique Eric. Il s agit, entre autres, des moyens de transport, de la configuration des lieux d accueil et des sites d observation, des prestataires présents sur les sites (restauration, objets publicitaires ), de la formation et de la gestion des accompagnateurs, des relations avec la sécurité, la sauvegarde et le responsable des moyens optiques entre autres. A ce titre, nous sommes en relation avec le DDO pour lui rendre compte de la disponibilité des moyens mis en œuvre, notamment lors de la Revue de Préparation de la Base Phase 2 (RPB 2)». Le RPCO élabore également les supports d informations, validés par le DDO puis distribués aux invités à J0. ERIC LEFEUVRE Lorraine Manlay, Adjoint Météo (AMTO) «L'AMTO assure le suivi des conditions météorologiques et garantit la disponibilité des moyens de la base. Il est l un des garants de la protection des personnes et Lorraine Manlay des biens lors des opérations les plus sensibles (transferts d éléments avant assemblage, remplissages, transferts des satellites, du lanceur )», explique Lorraine. «Il est l'interprète du comportement de l atmosphère et doit parfois faire face à des situations difficiles car la météorologie est une science complexe, avec sa part d incertitude, en particulier dans l'atmosphère guyanaise où le temps peut évoluer rapidement». En contact régulier avec le DDO, leurs échanges s intensifient en fin de campagne. «Il fournit au DDO et aux autorités techniques des exposés météorologiques qui sont une aide précieuse à la décision de lancement. Pour le décollage, il surveille les vents en altitude et au sol, les précipitations, les risques de foudroiement du lanceur au sol et en vol», détaille Lorraine. A H0-10 min, il annonce le rouge ou le vert Météo. TYPHANIE BOUJU 6 / LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013
Des métiers Jean-Claude Rubio, Adjoint Mesures (AME) En tant qu ingénieur système, l AME est l architecte du réseau des moyens de suivi du lanceur. «C est une fonction qui demande de la polyvalence puisque l AME cordonne les moyens de télémesure, localisation, optique vidéo et télécom», précise Jean-Claude. Le jour J, en salle Jupiter, il est l interface entre le RTM, le RLOC, le RTEL et le ROMS (cf. notre édition précédente) et le DDO. «Lors d une campagne classique, utilisant le réseau de stations équatoriales, la mission de l AME commence 1 mois avant le J0. Il analyse la trajectoire du lanceur, et vérifie la capacité du réseau sol à le suivre. Dans le cas d un lancement atypique, comme celui de VV02 qui a mis des satellites en orbite sur des trajectoires différentes, la mission de l AME peut commencer jusqu à 2 ans avant J0, phase pendant laquelle il définit et réalise le design du réseau des moyens sol, avec le support de la Sous-Direction Sol de la DLA. Il coordonne également la qualification technique de ces moyens». TYPHANIE BOUJU Jean-Claude Rubio Joan Jasmin, Ingénieur Sauvegarde Charge Utile (ISCU) «L ISCU définit et assure la mise en œuvre des mesures à respecter durant la campagne satellite, lors des opérations à risques (ex. : pressurisation, remplissage ergols, manutentions) qui se déroulent aux EPCU (Ensembles de Préparation des Charges Utiles) ou en lien avec les EPCU», explique Joan. L ISCU est le garant du respect TYPHANIE BOUJU Joan Jasmin des règlementations de sécurité pyrotechnique, des normes environnementales, du Code du travail et des règles de Sauvegarde spécifiques aux activités liées aux objets spatiaux et au site. «L ISCU s assure également de la compatibilité des opérations dangereuses qu il supervise en temps réel. Il est en interface avec le Bureau de Coordination Sauvegarde et les moyens de secours», ajoute Joan. La campagne de l'iscu s arrête lorsque la CU a été transférée au BAF, au S3B ou en ZLV et les équipements de remplissage décontaminés. «Mais il reste disponible jusqu à J0 pour le traitement d'anomalies nécessitant une expertise technique dans son domaine». Pascal Lobel, Responsable Sûreté / Protection(RSP) Le RSP, un ingénieur nommé par le chef de service SP, est le garant du respect des obligations législatives et réglementaires en matière de sûreté/protection des biens et des personnes, ce qui englobe également la protection du potentiel scientifique et technique de la nation. «Les procédures et pratiques sécuritaires dont nous garantissons la bonne application, sont liées au statut particulier du CSG, classé PIV, Point d Importance Vital, explique Pascal. Les accès doivent Felix Modica, Responsable Configuration campagne (RCC) Le Responsable Configuration Campagne assure, en support au DDO, la gestion des configurations relatives au centre de contrôle Jupiter 2 et à la documentation de campagne. Il assure l organisation et le secrétariat technique des revues de préparation de la base et des débriefings des chronologies. «Sa mission commence une dizaine de jours avant l arrivée des clients satellites, pour un lancement classique et se termine à J0 + 8 jours», précise Felix. «Il est le garant Pascal Lobel être maîtrisés et contrôlés en permanence, le RSP s'en assure quotidiennement dans le cadre de sa campagne. Le RSP signe conjointement avec le DDO, Arianespace et le client satellite les notes dites de sécurité campagne», explique Pascal. «Il couvre toutes les phases d une campagne de lancement. En chronologie, le RSP, depuis le PC sécurité d Uranus, coordonne toutes les opérations de sécurité aussi bien en ce qui concerne la protection interne qu externe». Felix Modika de la représentativité entre les éléments transmis lors des RDV (post Réunion de préparation, Répétition Générale ou de chronologie finale) et les rapports qu'il émet pour le suivi des actions». MELODY YING PING Sylvia Bellande, Gestionnaire Technique Transport-Transit, présente le RETT Le RETT (Responsable Exploitation Transport Transit), personnel de la société COFELY ENDEL, sous l autorité opérationnelle du DDO est en interface permanent avec le projet satellite. Sa mission consiste à préparer et coordonner les activités de transport et de transit relatives aux satellites et à leurs équipements associés pour la campagne de préparation au lancement. De ce fait, il est responsable de l élaboration des documents et de la réalisation des opérations d arrivée, de départ, de transfert intersites et de stockage inter-campagnes sous l'œil de lynx du Gestionnaire Technique Transport, en charge de l'approbation formelle de ces documents. «La fonction de RETT nécessite une connaissance des règlementations en vigueur qui régissent les transports, notamment le transit de marchandises dangereuses. Cela englobe les procédures propres au CSG, classées Seveso, et les règlementations nationales et internationales. Il est également en charge des obligations douanières», explique Sylvia. MELODY YING PING Sylvia Bellande MELODY YING PING Par Typhanie Bouju Au-delà des 13 adjoints répertoriés dans la note opérationnelle de déroulement des campagnes (base, satellite, lancement), dêautres personnes interviennent et assistent soit le DDO lui-même soit lêun de ses adjoints, comme lêaqo, par exemple, que nous avions traité dans notre précédente édition ou encore le RSB (Responsable Sauvegarde Base), le RCS (Responsable Conformité Sauvegarde), le RAC (Responsable de lêavis de Conformité), la secrétaire de campagne et bien dêautres, que nous ne manquerons pas de présenter lors dêune prochaine édition. LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013 / 7
Partenaires Una storia italiana La communauté italienne du centre spatial s agrandit et l UEBS, l Union des Employeurs de la Base Spatiale, aussi. La société OHB-CGS Guyane, agence kouroucienne de la Compagnia Generale per lo Spazio - CGS SPA - a décroché en co-traitance avec MT Aerospace le contrat industriel Laboratoire Physique. Si nouvelle soit-elle dans l UEBS, la société est loin de faire son premier pas sur la base, tout comme sa directrice, Claudia Bevilacqua. «Nous nous réjouissons de faire désormais partie des Présent dans le secteur spatial depuis plus industriels de la Base», s enthousiasme la tutta nuova de 30 ans, CGS est principalement ancré directrice de OHB-CGS Guyane, avec ce même accent sur le marché avec des missions de chantant qui a déjà résonné dans les couloirs du CNES. «Dans le développement/conception cadre de ce contrat, nous sommes responsables de la maintenance d infrastructures spatiales et des satellites. et de la gestion des moyens du laboratoire de Mesure Physique. Le groupe intervient aussi dans le Plus spécifiquement, nous gérons le suivi et la confirmation domaine de l exploration et véhicules métrologique des moyens de mesure du CSG dans de nombreux spatiaux, le traitement des données domaines de mesure physique, électricité basses fréquences, d observation de la Terre. «D ailleurs, radiofréquences, pression, température, etc. De plus, le Laboratoire pour le projet ESA IXV, Intermediate assure une assistance technique sur les campagnes lanceurs et experimental Vehicle, nous réalisons charges utiles au travers de prestations de mesure et de monitoring, les trois stations de télémétrie qui contrôle d'ambiance, pesée satellite, monitoring vibrations lors suivront la rentrée du véhicule dans des transferts», énumère Claudia Bevilacqua. l atmosphère», indique Claudia.. G. BARBASTE Pour finir avec le tour d horizon des compétences de CGS, il reste à mentionner les chantiers Infrastructures Sol. C est dans le cadre de cette deuxième activité que sa filiale OHB-CGS s est implantée à Kourou. «Nous avons notamment en charge par exemple la rénovation détection Gaz pour l ensemble de lancement Ariane, la rénovation du BCS - Bureau coordination sauvegarde et le renouvellement du système de sonorisation ELA et EPCU S5», précise Claudia. Claudia Bevilacqua, directrice de OHB-CGS Si CGS fait partie des nouveaux dans le club UEBS, ses équipes ont connu la route du centre spatial avant même que Vega n existe. Elles ont vu naître le lanceur européen et son pas de tir de Kourou, sous leurs yeux et sous leurs mains. Elles ont réalisé différents Chacun est vraiment acteur de la base travaux de la partie fluide, courants faibles, sécurité et télécom des pas de tir Vega et Soyouz. L actuelle directrice de OHB-CGS Guyane évoque son premier séjour sur la base en 2004 avec émotion lorsqu en janvier 2008 les équipes de Siem, Formic, Hitrac, CGS Spa (autrefois dénommée Carlo Gavazzi Space), Rheinmetall, soulèvent les quelques 900 tonnes du portique de Vega pour l équiper de ses roues. Claudia est alors la coordinatrice du chantier Vega sur les activités segments sol pour Vitrociset. «Je me souviens avoir eu quelques frayeurs lors de ce type d opérations, confiet-elle. Lorsque l on participe à ce type de chantier, on vit des moments exceptionnels. Les notions de projet et d équipes prennent tout leur sens. On se rend compte que chacun est vraiment acteur de la base». L aventure ne fait que continuer. 8 / LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013
P. BAUDON Partenaires Petit dictionnaire dêitalien Lanceur = Lanciatore /Vettore Lancement = Lancio Moteur = Motore Propulseur = Propulsore Propergol = Propellente Coiffe = coiffe Etages = stadio Segment = segmento Chronologie = cronologia DDO = Direttore delle Operazioni Centre spatial guyanais = Centro Spaziale Guianese Satellite = satellite Portique = Torre mobile Trajectoire = traiettoria Mats foudre = pali anti fulmine Coulée = colaggio Malaxage = impasto Opération de roulage du portique de Vega. Kourou et la botte Depuis 2003, année qui a vu démarrer les travaux de construction de l Ensemble de lancement Vega, l ELV (à ne pas confondre avec la société ELV, European Launch Vehicle, développeur et coordinateur du programme Vega), l italien s est mêlé aux autres langues du CSG, Port spatial de l Europe. Parmi les confrères et compatriotes de OHB-CGS dans l UEBS, les industriels Regulus et Europropulsion, membres du Conseil d Administration, font partie des donneurs d ordre de l Union des Employeurs de la Base Spatiale. A eux deux, ils représentent fièrement l Italie à Kourou dans le domaine de la propulsion. Le franco-italien Europropulsion, filiale de Snecma (France) et Fiat Avio (Italie), produit le MPS d Ariane 5 (Moteur à Propergol Solide) et le P80 de Vega. Sur une équipe de 76 salariés au total, 14 sont de nationalité italienne. L italo-français Regulus, filiale de Fiat Avio et SNPE (France), exploite notamment l Usine de Propergol de Guyane (UPG) et compte, sur un effectif global de 72 salariés, 13 italiens. U.E.B.S.? LÊUEBS est née en 1990, suite à lêadoption de la désormais bien connue CSP (Convention de Site et de la Profession), afin dêharmoniser la politique sociale de lêensemble des employeurs du CSG et de coordonner la politique sociale en matière dêemploi et de formation. En font ainsi partie les entreprises qui travaillent en permanence sur la base. Le CNES et Arianespace en assurent respectivement la présidence et la vice-présidence. A cette liste des industriels italiens de l UEBS, mentionnons Telespazio, responsable de la maintenance et de l exploitation des moyens opérationnels de télémesures, de localisation et trajectographie du CSG. Le groupe éponyme auquel elle appartient est détenu par Thales et son homologue transalpin Finmeccanica, deux des leaders européens de l aéronautique, du spatial, de l électronique et de la Défense. Au gré des routes du CSG, on croise bien d autres sociétés de la communauté industrielle italienne, qu elles soient membres de l UEBS, car présentes en continu sur la Base, ou de passage en tant que sous-traitant, partenaires de longue date ou de plus courte durée. ELV, pour commencer, a été créée par l'agence spatiale italienne et Avio S.p.A, dans le but de développer le lanceur Vega. Le piémontais Peyrani, présent au CSG depuis 1985, spécialiste du transport, de la maintenance industrielle et des travaux de mécanique, tuyauterie, levage, manutention et réalisation d'installations industrielles, a notamment participé aux chantiers ELA 2 et 3. Vitrociset a, entre autres, eu la charge de la maîtrise d œuvre et de la réalisation des installations sol de Vega ; Hitrac, s est occupé de l électricité sur le même chantier ; Rheinmetall, de la mécanique ; enfin, Formic et Siem, étaient tous deux sous-traitants de Rheinmetall, en charge de la réalisation de la structure métallique du portique. La société Siem est, pour sa part, toujours présente en Guyane, en charge notamment de l entretien des équipements du portique de Vega et de leur utilisation pendant les activités de campagne de lancement. 4 Par Typhanie Bouju LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013 / 9
En direct LEON KORKIE Vega, vu du flanc LÊantenne télémesure et le container TCNF de Saint-Jean. En bon petit dernier, Vega bénéficie d un traitement un peu particulier. Il a sa propre antenne de télémesure et sa propre télécommande de neutralisation. Entre son premier et son deuxième vol, il a été décidé d installer une station dite de flanquement, à Saint-Jean du Maroni, pour compléter le réseau des stations sol existant. Retour sur cette expérience unique avec Jon Harr, Adjoint Mesures lors du deuxième vol de Vega. ANTOINE CERCUEIL Lors du vol inaugural de Vega (VV01), le 13 février 2012, les liens radiofréquences (RF), qui permettent de communiquer avec le lanceur, ont été perdus pendant une partie de la première phase du vol. En cause : les effets de flamme, engendrés par la combustion des étages à propergol solide, qui ont atténué les signaux RF. «Pour les lanceurs à poudre, nous savons que ce risque d effets de flamme existe. Mais nous pensions qu en respectant la limite d un angle d aspect thêta 1 inférieur à 170, nous n allions pas avoir de problème. En réalité, l effet de flamme s est manifesté pour des angles encore plus faibles», indique Jon Harr, ingénieur du Service Acquisition Mesures. Pour avoir une visibilité optimale sur le lanceur, il fallait changer de point de vue, afin de contourner les flammes du lanceur. Il a donc été décidé d implanter une station de flanquement qui permettrait de voir Vega sur le côté, à Saint-Jean du Maroni, dans l enceinte sécurisée du Régiment du Service Militaire Adapté de Guyane (RSMA-G). «Il existait deux possibilités pour conserver une visibilité constante sur le lanceur : optimiser la trajectoire du lanceur pour respecter cette nouvelle limite (trouver un angle thêta inférieur à la limite réelle observée sur VV01), option qui impactait considérablement les performances du lanceur, ou installer un nouveau site de télémesure, télécommande et radar», détaille Jon. Une station de flanquement? Flanquement : ce terme vient du vocabulaire militaire, où le mot flanquer signifie : protéger le côté (donc le flanc) d'un bataillon. Une station de flanquement est une station qui voit le lanceur sur le côté pour éviter d'être gênée par l'effet des flammes (ÿplume effectÿ en anglais). C est la deuxième solution qui a été retenue. En six mois, la station était montée. «La réalisation de la TCNF 2 (Télécommande de Neutralisation de Flanquement) a été confiée à la société Zodiac Data Systems pendant qu en parallèle le CNES faisait réaliser le génie civil et les raccords électriques et télécom sur site au RSMA-G. Le tout était managé au CNES par DLA/SDS», stipule Jon. En sus de la TCNF, la station disposait d une antenne de télémesure transportable, de 3m de diamètre, déployée pour l occasion par la société sud-africaine OTR. «Pour VV02, nous n avons pas eu besoin d installer de radar, la station de Montabo pouvant suivre le lanceur dans cette configuration», précise l Adjoint Mesures. Pourquoi à Saint-Jean sur le site du RSMA-G? DÊabord parce quêil sêagit dêun site en hauteur, sans obstacle, qui permet une visibilité Nord-Nord-Est, adaptée à la trajectoire, vers le Nord, de VV02. Mais aussi parcequêil est situé en territoire français, sous surveillance, accessible toute lêannée par la route et éloigné de tout bâtiment habité. Lors de VV02, la station de Saint-Jean a suivi Véga jusqu à 7-8 minutes de vol. «La station a bien fonctionné, à part quelques anomalies mineures. La transition entre la TSAR (Télécommande de Sauvegarde ARiane, au sommet de Jupiter 1) et la TCNF s est passée comme prévue prévu et sans coupure. Côté Télémesures, le basculement vers Saint-Jean a été immédiat lorsque les effets de flamme se sont effectivement manifestés, tel que prévu par notre analyse de mission», constate Jon. Conçue pour être transportable, cette station sera réinstallée pour le troisième vol Vega, à Saint-Jean ou plus au Sud-Est de la Guyane, si le tir était effectué vers l Est. 4 Par Typhanie Bouju 1 L'angle thêta est l'angle de vue sur le lanceur depuis la station sol. 2 La TCNF permet d envoyer un signal de destruction au lanceur. 10 / LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013
En direct Serial Chantiers Ça bouge au CSG! Extensions de bâtiments, rénovations, remises aux normes Entre grues, perceuses et coups de marteaux, les travaux s enchaînent sur la Base. Voici quelques-uns des chantiers en cours. Accueil badges Le bâtiment Systal va faire l objet de plusieurs modifications. «Le premier volet consiste à augmenter la capacité d accueil de Systal en réalisant deux extensions de part et d autre du bâtiment existant», explique Henri Brunet-Lavigne, chargé de mission auprès de la SDO. L une de ces extensions sera consacrée à la création d une salle de réunion indépendante de la partie badges ; le chantier devrait se terminer mi-2014. D autre part, le bâtiment Systal étant le premier point de contact du CSG, cette extension vise à mieux véhiculer l image européenne de la base. J.J. DUPOUY Le CNES éclaire notre lanterne Dans le cadre de la Maîtrise Durable de lêenergie, 4500 luminaires sont en cours dêinstallation sur la base et les sites éloignés du CNES. ÿil sêagit de remplacer lêancien éclairage des bureaux, circulations et locaux techniques par des luminaires de nouvelle technologie T5 à LED. Ils contiennent moins de mercure, sont dotés de détecteurs de présence, permettent de réaliser 60% dêéconomie dêénergie et possèdent une durée de vie deux fois plus longue que les précédentsÿ, explique Moïse Romero, expert en énergie au service Infrastructure du CNES. J.J. DUPOUY Bâtiment Météo Ce bâtiment vieux d une cinquantaine d années ne répondait plus aux normes sanitaires et d infrastructure. Il présentait des anomalies à répétition liées à des infiltrations d eau. La direction du CNES a donc décidé d une rénovation profonde de ce bâtiment opérationnel. Le blockhaus attenant au bâtiment Météo et servant de repli aux opérationnels lors de chaque lancement, a également fait l objet d importants travaux liés à l étanchéité compte tenu de la porosité du blockhaus. Bâtiment Centaure. Les travaux liés à ce bâtiment ont été entrepris pour les nouveaux besoins du service Sûreté Protection, mais également pour disposer d une salle de réunion supplémentaire au Centre Technique. Centaure bénéficiera donc d une extension, pourvue d une partie sanctuarisée. La salle de réunion sera accessible à tous. D extensions en rénovations, la Base spatiale vit actuellement une cure de rajeunissement qui va lui permettre de gagner en efficacité énergétique et en accessibilité. Au regard de nouvelles normes à prendre en compte, les travaux entrepris aux CSG ont pour finalité, d une part, de mieux maîtriser les consommations d énergie (éclairage, isolation) et d autre part, de faciliter l accès et la circulation des personnes à mobilité réduite. 4 Par Mélody Ying Ping J.J. DUPOUY LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013 / 11
Vie de la Base En images, retour sur les évènements qui ont animé la vie de la Base lors de ces trois derniers mois. Le Préfet au CSG Dans le cadre du cinquième lancement Soyouz qui s est déroulé le 25 juin, Eric Spitz, nouveau Préfet de Guyane, a participé à sa première chronologie. Il a auparavant été accueilli par Bernard Chemoul et a pris connaissance des opérations se déroulant au PC sécurité. Tournoi de Futsal Les salariés de la base se sont affrontés, samedi 15 juin, au Complexe Omnisport de Kourou, dans le cadre d un tournoi de Futsal (Football en salle), organisé par l association CryoTeam, créée par des salariés d ALSG. La journée, qui s est déroulée dans une ambiance sportive et festive, s est clôt par la victoire, aux tirs au but, de l équipe de SerisSpace face à celle de Telespazio. Lors de la consolante, SGDE s est imposé face à la CryoTeam, emportant la troisième place du tournoi. L. MIRA JM. GUILLON Développer l emploi local Au titre de Président de l Union des Employeurs de la Base Spatiale, Bernard Chemoul a signé, le 4 juin dernier, un contrat de services Qualité avec Annicet Loembé, Directeur de Pôle- Emploi. Objectif : développer l emploi local au CSG. Sur la Base, l emploi en contrat local représente déjà les trois-quarts des effectifs, soit 1233 personnes. Bonne fête, Mère Nature! L environnement était à l honneur ces trois derniers mois. A l occasion de la semaine du développement durable, qui se déroulait du 1 er au 7 avril, le CNES a proposé à ses salariés de découvrir les savanes du CSG. Une exposition leur a également été proposée sous le hall Vénus, au Centre Technique, portant plus particulièrement sur les économies d énergie. Vega-Ariane-Soyouz en 50 jours! Le 7 mai, Vega emportait les satellites Proba-V, EstCube et VNREDSat ; le 5 juin, l ATV-4 était mis en orbite par une Ariane 5-ES et le 25 juin, Soyouz s envolait pour la cinquième fois du CSG. A son bord, les 4 satellites 03B. Bravo à toutes les équipes pour ce challenge de configuration de campagnes et de la base inédits! Une Ariane comme neuve Grand nettoyage de printemps (sic.) pour la maquette échelle 1 qui accueille visiteurs et salariés à l entrée du CSG. Tous les deux ans, une entreprise spécialisée dans les travaux en hauteur s occupe de lui redonner son blanc éclatant. C était en juin dernier. Vidéo à découvrir sur la chaîne YouTube du CSG. Happy Birthday, Latitude 5! Fin mai, à l occasion de la sortie du 100 ème numéro du Latitude 5, le Centre de Documentation et d Information de la base a fouillé dans ses archives pour vous offrir la possibilité de découvrir tous les numéros de votre magazine, parmi lesquels, bijoux rares, les tous premiers. Ambiance bon enfant et nombreuses séquences nostalgie ce jour-là, au détour des pages et des visages du passé. Merci à vous qui êtes venus fêter ces 25 ans d histoire du CSG. CRYOTEAM TYPHANIE BOUJU G BARBASTE 12 / LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013
JM. GUILLON JM. GUILLON VS05 : décollage de Soyuz le 25 juin 2013 LATITUDE 5 / N 101 / JUILLET 2013 / 13