LA MICROFINANCE ET LES DIFFICULTÉS DE FINANCEMENT DU MONDE RURAL L EXEMPLE DES IMPAYÉS AU SEIN DE LA MECFEPRODES
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- Fabien Henry
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1 LA MICROFINANCE ET LES DIFFICULTÉS DE FINANCEMENT DU MONDE RURAL L EXEMPLE DES IMPAYÉS AU SEIN DE LA MECFEPRODES Mémoire de fin d étude, Sciences Po Toulouse Master «Développement économique et coopération internationale» Oriane Barthélemy 2013
2 REMERCIEMENTS Je tiens à remercier l ensemble de l équipe de la MecFEPRODES, qui par son accueil et sa générosité a rendu ce stage très agréable et formateur. Je remercie plus particulièrement Mme Cissé qui m a donné l opportunité de faire un stage au sein de la mutuelle et Katim Touré qui a facilité sa mise en œuvre. Abdou Ba et Henry Diatta m ont largement aidé à comprendre les enjeux actuels de la Feprodes et les comportements de ses clients. Ils ont toujours étés présent pour répondre à mes questions. Je remercie aussi l ensemble des agents de crédits qui ont acceptés de répondre à mes questions au cours des entretiens, sans quoi ce mémoire n aurait pas été possible. Mes remerciements vont aussi à Rokhaya Ndiaye et sa famille qui m ont permis de découvrir la culture sénégalaise et de mieux cerner l environnement de l étude. Je remercie encore une fois Henry Diatta pour m avoir relue et fournit des informations complémentaires sur l évolution de la Mutuelle. Je remercie enfin Isabelle Guérin pour son encadrement en tant que maitre de mémoire. Ses relectures et ses commentaires pertinents m ont été très utiles pour améliorer mes premiers écrits et arriver à ce mémoire final.
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4 INTRODUCTION GENERALE La microfinance est un secteur qui a émergé rapidement. En moins de 10 ans, il est il a pris un véritable essor et de relativement marginal est devenu un secteur très prisé et encouragé par les institutions internationales; en 2005, les Nations Unies célèbrent «l année du microcrédit», en 2006, la Grameen Bank et son fondateur M. Yunus reçoivent le «prix Nobel de la Paix». Cette reconnaissance a permis la croissance des financements commerciaux, et la microfinance a ainsi pu se développer rapidement à travers le monde entier. Entre 2004 et 2008, le secteur a affiché un taux de croissance annuel de 39% sur les marchés émergents 1. Nous prendrons ici comme définition de la microfinance et du microcrédit celle proposée par I. Guérin 2, «Le microcrédit est une composante de la microfinance, définie comme l ensemble des services financiers (crédit, épargne, assurance, transferts de fonds pour les migrants), généralement de faible montant, destinés aux populations exclues des institutions financières classiques» 3. On peut se demander pourquoi un tel engouement pour la microfinance? Bateman 4 nous explique que la microfinance s inscrit dans les logiques néo-libérales et les légitiment : proposer une aide aux pauvres en s appuyant sur le courant libéral dominant a rapidement séduit l ensemble des institutions internationales et principaux bailleurs de fond. En effet démontrer que tout individu, même le plus pauvre, peut devenir entrepreneur et voir ses revenus augmenter accrédite la théorie du «self-made-man» et de l «entrepreneur innovant schumpéterien». Cependant, depuis l émergence des crises d impayés de la microfinance vers la fin des années 2000 (2008 en Zambie, au Nicaragua, en Bosnie-Herzégovie, au Pakistan et au Maroc, 2010 en Inde, 2011 au Bénin) les critiques envers le secteur se font croissantes. Ces 1 Microfinance Information Exchange (MIX) 2 Dette et pauvreté en Inde rurale, I. Guérin, Ici nous utiliserons principalement le terme microfinance ce qui englobe une offre de services financiers plus vastes que le microcrédit. On entend par microcrédit l offre de crédit et d épargne proposé aux populations les plus pauvres. 4 Why doesn t microfinance work? The Destructive Rise of Local Neoliberalism, M. Bateman (2010). 4
5 critiques ne sont pas récentes (Roesch 2006) mais émergent avec plus de vigueur car vérifiées par l Histoire. L «euphorie» sur la microfinance est un temps révolu, et la réflexion la plus intéressante aujourd hui, porte sur sa restructuration, les enseignements à tirer des crises d insolvabilité et les facteurs qui nous permettent de l envisager comme un outil capable d aider les populations. En effet, il est important de ne pas être uniquement négatif sur ces expériences de microfinance qui répondent toutefois aux problèmes d exclusion financière des plus pauvres. Le sujet aujourd hui est notamment de revoir la politique financière, la capacité d emprunt des plus pauvres, leur rapport à l argent et d être plus réaliste quant aux impacts de la microfinance ; que ce soit au niveau économique, dans quelle mesure la microfinance peutelle être un levier de développement et apporter des revenus supplémentaires aux ménages? Au niveau social, comment la microfinance peut-elle permettre de réduire les inégalités d accès aux services financiers? Au niveau du genre, en quoi la microfinance a-t-elle une influence sur l empowerment 5 des femmes? Il a été démontré que la microfinance n a pas seulement apporté que des réponses positives et encourageantes à ces différentes questions. La plus-value du secteur est plus complexe que les simples avantages (fin de la pauvreté, empowerment des femmes...) mis en avant par ces précurseurs. Par exemple, une «éradication de la pauvreté» via la microfinance ne semble pas réaliste cependant le secteur peut permettre de limiter la vulnérabilité des ménages. Il faut re-analyser les attentes que l'on peut avoir de la microfinance pour comprendre l impact qu elle a pu ou peut avoir à l avenir. Ce sont ces nouvelles interrogations et dynamiques qui m ont attirées dans la microfinance. En effet cette nécessité de revoir la pertinence et l impact de la microfinance me semble un challenge intéressant et prometteur qui mérite qu on s y attarde, car sur le long terme c est un vrai accompagnement politique notamment en matière de développement. C est dans cette optique que j ai effectué un stage à la MecFEPRODES. Trouver une institution de microfinance (IMF) qui corresponde à mes attentes (pratique d une microfinance plutôt sociale que commerciale) n a pas été chose facile. Mais la MecFEPRODES a répondu à ces objectifs. Durant ce stage j ai pu observer le fonctionnement d une IMF, la gestion de ses risques opérationnels et ses difficultés pour maintenir son taux d impayés à un niveau 5 L empowerment désigne le processus qui permet aux individus de prendre conscience de leur capacité d agir et d accéder à plus de pouvoir. L empowerment, nouvel horizon de la politique de la ville, S. Zappi, Le Monde, fevrier
6 raisonnable, synonyme de stabilité. J ai aussi pris conscience de la vulnérabilité des ménages ruraux, très dépendants de l agriculture dans la région et constituant souvent la population la plus pauvre. Les défis du financement du secteur agricole m ont beaucoup intéressés et j ai compris la difficulté de concilier une politique de prêt dédiée aux entrepreneurs agricoles et un taux de recouvrement acceptable. L utilisation de la microfinance pour résoudre des défis de développement dans des situations rurales difficiles est-elle vraiment la panacée? C est pour répondre à ses défis que j ai souhaité étudier la politique de recouvrement des prêts (les taux d impayés) des IMFs et les difficultés de financement du monde agricole. La question centrale de ce mémoire est la suivante : En quoi les crises d impayés traduisent-elles les difficultés de financement du monde rural? Pour répondre à ces questions, il m a semblé utile en premier lieu de revenir sur les crises d impayés qui se sont déclarées à la fin des années Cette revue théorique et cet état des lieux nous permettra de comprendre pourquoi une augmentation des taux d impayés fragilise les IMFs et favorise l émergence de crise globale dans le secteur. Nous analyserons aussi les différents chemins causaux entrainant cette augmentation. Dans un deuxième temps, nous verrons que le financement du secteur agricole est une activité risquée. Ces risques peuvent engendrer de fort taux d impayés si des solutions adaptées au secteur agricole ne sont pas mises en place. C est ainsi que nous en arriverons à l étude de cas de la MecFEPRODES ou la forte augmentation des taux d impayés est due, entre autres, aux difficultés rencontrées dans le financement des acteurs ruraux. Nous verrons les raisons de ces difficultés et les solutions apportées. 6
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8 SOMMAIRE Remerciements... 2 Introduction générale... 3 Sommaire... 4 Listes des tableaux et des figures... 5 Sigles et Acronymes... 6 Partie 1 : Reprises des données théoriques sur les impayés I- Le surendettement, facteur clé de la crise en Inde en 2010? A) Les politiques laxistes (conscientes ou non) des institutions de microfinance ont permis aux ménages de s endetter jusqu à devenir insolvables B) Les ménages se laissent tenter par la société de consommation et n hésitent pas à s endetter auprès de plusieurs sources (IMF, préteurs sur gage...) II) Le renouveau des théories sur les impayés ou la mise en valeur des facteurs macroéconomiques et politiques A) Les dérives du secteur à l origine des crises et notamment du surendettement des ménages B) L influence de l environnement macroéconomique sur la crise des impayés C) L importance de la légitimité des IMF et le rôle des leaders locaux dans les crises d impayés Partie 2 : Les difficultés pour les institutions de microfinance de financer l agriculture dans les pays du sud I- Les problèmes de financement de l agriculture : En quoi et pourquoi les IMFs ont du mal à proposer une offre de services financiers adéquats aux acteurs du monde rural? A) Inadéquation entre l offre et la demande en services financiers dans les milieux ruraux? B) Les grands défis des IMF : risques variés et coûts de transaction élevés II- Quelles sont les nouvelles approches mises en œuvre par les IMFs pour répondre aux difficultés de financement de l agriculture? A) Exemples d innovations en matière de services financiers proposés aux acteurs du monde rural B) L approche de filière ; une nouvelle stratégie de financement considérant une approche plus macroéconomique du problème de financement en zone rurale Parti 3 : Etude de cas, la MecFEPRODES : Le lien concret entre impayées et financement de l agriculture
9 I. Contexte général du Sénégal et méthode de collecte des données A) La microfinanciarisation de l économie sénégalaise B) Les caractéristiques de la MecFEPRODES: son ancrage dans la région et la prévalence de ses buts sociaux C) La méthodologie adoptée afin de récolter des informations au sein de la MecFEPRODES II- Quelles incidences l augmentation des impayées a-t-elle sur les SFD? Pourquoi les impayés augmentent-ils? A) Une augmentation des impayés qui se révèle handicapante pour la FEPRODES et qui correspond à une difficulté de conjuguer performances sociales et performances financières B) Dans le cas de la MecFEPRODES, quelles sont les raisons qui ont entrainées un fort taux d impayés? III- Quelles solutions pour le financement de l agriculture? A) Les difficultés de recouvrement des crédits agricoles B) L expérience du warrantage : une solution pour la sécurisation des crédits agricoles? Conclusion Bibliographie Annexe
10 Liste des tableaux : Tableau 1 Niveau d'endettement croisé au Nicaragua, Maroc, Bosnie-Herzégovine et Pakistan Tableau 2 Evaluation du risque sectoriel (en % des enquêtés) Tableau 3 Avantages et limites du warrantage Tableau 4 Offre et demande de financement au sein d'une chaine de valeur Tableau 5 Buts et objectifs sociaux de la MecFEPRODES Tableau 6 Les différentes caractéristiques des crédits proposés par la mutuelle Tableau 7 Tableau utilisé à la MecFEPRODES pour analyser le caractère risqué ou non d'un futur prêt Liste des figures : Figure 1 Evolution de la structure de l'endettement (en volume) en Inde du Sud Figure 2 Hausse des impayés dans les IMFs au Pakistan, Nicaragua et en Bosnie- Herzégovine Figure 3 Les trois acteurs du warrantage Figure 4 Nombre de produits d'assurance accessibles aux exploitants agricoles à faibles revenus par région Figure 5 La microfinance entre utilité sociale et performances financières
11 Liste des sigles et acronymes : AGR : Activité Génératrice de Revenus BCEAO : Banque Centrale des Etats de l Afrique de l Ouest CECAM : Caisse d Epargne et de Credit Agricole Mutuel (Madagascar) CPAG : Consultative Group for Asisting the Poor FARM : Fondation pour l Agriculture et la Ruralité dans le Monde GEC : Groupement d Epargne et de Crédit IMF : Institution de MicroFinance LPS/MF : Lettre de Politique Sectorielle de la MicroFinance MEC : Mutuelle d Epargne et de Crédit MecFEPRODES : Mutuelle d Epargne et de Crédit des de femmes productrices de la vallée du fleuve du Sénégal MFEEF : Ministère de la Femme, de l Enfant et de l Entrepreneuriat Féminin Nabard : National Bank for Agriculture and Rural Development (India) OCDE : Organisation for Economic Co-operation and Development ONG : Organisation Non-Gouvernemental OPA : Organisation Professionnel Agricole RCB : Rural and Community Banks (Ghana) PAR : Portefeuille à risque PIB : Produit Intérieur Brut SFD : Système Financier Décentralisé SHG : Self-Help-Group USAID : United States Agency for International Development 11
12 PARTIE 1 : REPRISE DES DONNÉES THÉORIQUES SUR LES IMPAYÉS La montée brutale des impayés est la manifestation la plus évidente d une crise dans le secteur de la microfinance. L origine de ces impayés est la plupart du temps attribuée à un surendettement généralisé. Ceci est vérifié mais n en constitue pas le seul élément. Les crises d impayés sont des éléments complexes que des facteurs contextuels rendent encore plus difficiles à interpréter. On relève une suite de crises d institutions de microfinance (IMF) depuis la crise bolivienne de 1999, chaque crise ayant ses spécificités locales. Dans le domaine de la recherche, les explications des crises d impayés ont évolué. La crise indienne ayant été la plus choquante et la plus brutale a été le point de départ des analyses concernant les impayés. Comme nous le verrons, le déclenchement de la crise indienne a été attribué au surendettement des ménages. Les recherches ont rapidement généralisé cette cause comme cause principale des crises de microcrédit, quitte à relire l histoire de ce point de vue. La création de l indice «Over-Indebtedeness Early Warning Sign» (indice OID) par le Center for Microfinance de l Université de Zurich, en 2011, va dans ce sens. Cet indice est basé sur des indicateurs qui devraient théoriquement «signaler» un risque accru de surendettement sur un marché. Les indicateurs avancés couvrent quatre niveaux différents (macroéconomique, marché de la microfinance, niveau des sociétés et des ménages) et 14 variables sont retenues (taux de croissance du portefeuille de crédit total, pénétration de marché, multi-crédits, crédit à la consommation...). Outre les variables économiques, l indice OID tente donc de prendre en compte les logiques des ménages et des IMFs. Toutefois il ne tient pas compte de l environnement microéconomique, social, culturel ou politique dans lesquels les acteurs de la microfinance évoluent. Les chercheurs y donnent une définition complète du surendettement : «Le surendettement des personnes ou des ménages peut être défini comme l impossibilité de rembourser toutes ses dettes en totalité et au moment voulu. Le surendettement ne survient que lorsque cette situation se présente de manière chronique, c est-à-dire dans le cadre de plusieurs périodes consécutives, et contre la volonté des emprunteurs.» 6 Plus récemment des chercheurs ont mis en évidence que les raisons des impayés sont 6 Le surendettement et la Microfinance, construction d un indice d alerte précoce, Center for Microfinance, Zurich University. 12
13 plus complexes qu un «simple» surendettement des ménages et qu elles conjuguent souvent plusieurs facteurs d ordre économique, politique ou social. Une relecture des crises par l anthropologie politique ou les sciences sociales ont permis de démontrer en quoi la dette n est pas la seule cause des crises et le surendettement la seule raison des impayés. Comme dans toute crise financière se rapportant à la dette, le fait d être endetté n est pas le principal problème mais lorsque la crise se déclenche il en devient un, majeur, et pose surtout la question : comment résorber la dette? Cette question est d autant plus cruciale que dans le cas du microcrédit nous avons affaire à des ménages pauvres, voir extrêmement pauvres. Ils ont peu de marge de manœuvre pour recouvrir leurs dettes, parfois 3 à 4 fois supérieures au revenu annuel moyen du ménage. Dans ces cas là, le microcrédit a engendré un résultat contraire à son objectif initial : aider les plus pauvres, exclus des services financiers, à sortir de la pauvreté via une offre de microfinance adaptée. Dans cette partie nous étudierons en premier lieu, la crise indienne (qui comme indiqué plus haut a été très sévère) et les recherches effectuées sur ce thème démontrant l importance du surendettement des ménages débouchant sur une crise d impayés. Puis nous étudierons, l importance de prendre en compte des facteurs macroéconomiques et politiques afin d avoir une vision globale des causes d une crise d impayés. I - Le surendettement, facteur clé de la crise en Inde en 2010? Le microcrédit en Inde a fait son apparition dans les années 70, et s est développé à partir des années La microfinance en Inde détient actuellement deux records : «celui du plus grand nombre de clients actifs, avec 144 millions de crédits en cours ; celui de la plus forte croissance, avec une croissance annuelle, entre 2005 et 2010 de 87% pour les encours de crédit et de 63% pour le nombre de client.» 7. On peut y ajouter un autre record, celui de la crise la plus violente et par la même, la plus médiatisée. A l automne 2010, une trentaine de clientes d IMFs se sont suicidées dans le district d Andhra Pradesh. En effet, se voyant dans l impossibilité de régler leurs dettes et sous la pression «inhumaine» des agents de crédits, elles n ont trouvé que cette solution fatale. Le gouvernement a rapidement réagi ; un décret a été rendu public par le gouvernement de l état d Andhra Pradesh, punissant l utilisation de méthodes contraires à l éthique dans les 7 Les fondements d une crise exemplaire : la microfinance indienne. I. Guérin, M. Roesch, TFD 106, Mars
14 procédures de recouvrement de dette. Les sanctions pouvant aller de la révocation de la licence de l IMF à 1,600 d amende ou des peines de prison allant jusqu à trois ans. De plus, le premier ministre de l état d Andhra Pradesh déclara «Les taux d intérêts des institutions de microfinance sont exorbitants. Les pauvres sont amenés à se suicider à cause du fardeau que représente leur dette et des méthodes brutales utilisées pour recouvrer les créances». Se légitimant par les déclarations du gouvernement et le ralentissement d activité de nombreuses IMFs, des millions d emprunteurs ont cessé de rembourser. En quelques semaines, les taux de remboursement sont passés de 90% à 10%. Un an après, les crédits de quelques 4 millions d emprunteurs sont classés «irrécouvrables». Les IMFs de la région affichent des pertes record. Certains expliquent la crise d une façon assez manichéenne, qui donne à voir les IMFs comme des représentantes du capitalisme libéral cherchant à tout prix le profit, et les femmes indiennes comme des sujets passifs de la crise. «La crise actuelle du microcrédit dans l Inde et les suicides de femmes, sont l aboutissement du surendettement mis en place par le grand capital pour maintenir dans l asservissement gouvernements et populations du tiers monde depuis 50 ans» 8. Les raisons sont plus complexes que cela. Le surendettement en Inde serait dû à la surchauffe du système. En effet, trop de crédits (qui se sont avérés être consacrés à la consommation) ont été accordés aux ménages, en trop peu de temps et sans réelle vérification de la solvabilité des ménages. A Les politiques laxistes (conscientes ou non) des institutions de microfinance ont permis aux ménages de s endetter jusqu à devenir insolvables. Tout d abord, il est important de comprendre que de nombreuses institutions de microfinance se sont lancées dans une telle activité non pas pour ses retombées sociales positives mais pour ses retombées économiques. Ainsi, on trouve de nombreuses logiques et comportements qui différent entre la théorie et la pratique. 1) Les retombées économiques souhaitées exacerbent la concurrence et vont à l encontre des intérêts des clients. La microfinance a rapidement intéressé de nombreux investisseurs et bailleurs de fonds parce que considérée comme rentable et même propice à faire des bénéfices. En Inde,
15 les taux d intérêts pratiqués par les banques vers les IMFs sont de l ordre de 17% aujourd hui (I. Guérin et M. Roesch, 2012) et les taux de remboursement ont longtemps été remarquables, avoisinant les 98%, ce qui garantit une certaine rentabilité. Ainsi, en 2010, l investissement étranger en capital des IMFs atteint 2 milliards USD, soit 18% de l investissement étranger total (CGAP, 2011). En Inde, les IMFs ont fleuri ses dix dernières années, ce qui a conduit à une forte concurrence. Dans son rapport , la NABARD recense institutions de microfinance. Les Self-Help-Group (SHG), une forme spécifiquement indienne de microfinance, sont passés quant à eux de 500 la première année en 1992, à 1.5 millions en 2005 et 4.6 millions en 2007 (Fernandez 2007). La concurrence entre les IMFs est donc motivée et accrue par les buts lucratifs que peut permettre la microfinance. Cette concurrence a engendré des effets néfastes sur le secteur. Un trop grand nombre d IMFs s installant dans un même secteur sur un même laps de temps entraine une «chasse aux clients». Chaque IMF tente de capter le plus de clients possibles, selon une logique de rendement d échelle ou la production d une unité supplémentaire s accompagne d une baisse du cout unitaire, et la même quantité de facteurs permet de produire plus. Il est préférable que chaque agent de crédit s occupe de 100 clients plutôt que de 50 (parfois les agents de crédit doivent gérer jusqu à 600 clients 9 ), ainsi le nombre de crédit et donc de taux d intérêt perçus augmentent. Les IMFs ont donc majoritairement préféré se fixer des objectifs quantitatifs plutôt que qualitatifs. Les IMFs ont encouragé leurs agents de crédits à prospecter toujours plus de clients, en mettant en place un système de primes, par exemple. «Dans de nombreuses organisations de microfinance, en particulier les IMFs, les agents sont rémunérés pour partie au nombre de clients mais surtout au volume des crédits et aux taux de remboursement» 10 Les investisseurs ont poussé les IMFs dans ce sens, selon la logique économique suivante :, plus l agence a de clients et, de crédits en cours, plus les retours sur investissement peuvent être élevés grâce aux remboursement des prêts et surtout aux taux d intérêts. Le but des IMFs était donc d optimiser le pourcentage du taux d intérêt acceptable et le nombre de clients maximum pouvant être suivis par un agent de crédit. On comprend rapidement, que dans un tel contexte de recherche de rentabilité, la concurrence ne pouvait qu être néfaste et entrainer des abus. 9 Déclaration d un directeur d IMF en Bosnie-Herzégovine dans Note Focus n 61, CGAP, février 2010, p Les fondements d une crise exemplaire : la microfinance indienne. I. Guérin, M. Roesch, TFD 106, Mars
16 La concurrence peut être bénéfique pour les clients dans le sens ou les IMFs ne peuvent avoir des taux d intérêts trop importants sinon elles se font évincer par les autres agences. Selon la théorie libérale, le marché de l offre et de la demande s autorégule, les taux d intérêts se stabilisent et l on arriverait à l optimum de Pareto. Cependant, dans la pratique, on se rend compte que les taux d intérêts sont largement supérieurs au solde acceptable devant assurer une aide sociale aux exclus des systèmes financiers. Dans le Tamil Nadu, les taux d intérêts varient entre 4 et 25% par mois (M. Roesch). 2) La détérioration de la relation entre les agents de crédit et les clients due à la «chasse aux clients». Poussé par cette nécessité d extension rapide, les agents de crédit tendent à négliger le suivi des clients et de leurs activités. Selon la théorie du microcrédit social, les agents de crédit doivent s assurer que les crédits accordés seront investis dans une activité génératrice de revenus afin d éviter l endettement inutile des individus dont on sait que la solvabilité est peu probable. Les clients doivent proposer un projet pour lequel ils souhaitent recevoir le crédit. Les agents de crédit doivent recueillir les informations nécessaires dans le but d analyser le besoin réel en crédit et la capacité de remboursement du client. Les garanties souhaitées sont plus souples que dans le secteur bancaire. Plusieurs types de garantie sont possibles, elles peuvent être formelles comme une analyse de la trésorerie de l entreprise existante (très difficile à obtenir, peu de micro entrepreneurs tenant vraiment des comptes de leurs activités). Ou plus subjectives, se basant sur l avis de l agent de crédit comme c est le cas lors d une visite sur le terrain pour évaluer la viabilité d un projet. Ces garanties peuvent aussi être une référence d un tiers attestant du sérieux du nouveau client ou le principe de caution solidaire tel qu il existe dans les Self Help Group (SHP) système le plus répandu en Inde 11. Dans tous les cas, les garanties ne peuvent pas se substituer à la capacité de remboursement. Dans la théorie, suite à l accord de crédit (et souvent la constitution d une épargne minimum), le client reçoit la somme adaptée à son projet. L emprunteur et l agent de crédit se coordonnent afin de trouver la durée la plus avantageuse. L agent de crédit connaît d expérience la durée moyenne nécessaire pour chaque type d activité, il peut donc guider le 11 Lorsqu un prêt est accordé à un groupe, tel les SHG, la seule garantie est la «peer pressure», chaque membre du groupe se porte garant des autres, de tel sorte qu en cas de défaut de paiements d un des membres les autres doivent payer à sa place s il souhaite conserver une bonne relation avec l IMF et recevoir d autres prêts dans le futur. 16
17 client. Il s assure ainsi que la durée ne soit pas trop longue afin que le remboursement soit effectif et que le client minimise les taux d intérêt dus. Dans le cadre du suivi de crédit, l agent peut de temps à autre se rendre sur le site d exploitation du client afin de s assurer de la bonne utilisation du crédit. Le suivi de crédit est très important pour inciter le client à rembourser en temps et en heure. Cela lui montre que l agence ne l oublie pas et permet de créer une relation stable entre l agent de crédit et le client. Le suivi de crédit permet de ne pas se retrouver dans des situations ou les agents doivent faire pression pour que les clients remboursent à chaque fin de mois. En Inde, les pressions faites par les agents de crédit dans le cadre des recouvrements ont aussi été décriées. On parle de «harcèlement» tellement les techniques ont été violentes. De plus, dans le cas de l Inde, on a pu remarquer que la «chasse aux clients» à perverti le système. La crise illustre bien les dysfonctionnements et les impasses d une microfinance motivée par l appât du gain. Les agents de crédit vérifient peu les projets des clients et l utilisation effective des crédits dans des activités génératrices de revenu. Par exemple, en Inde du Sud, dans la région du Tamil Nadu, une étude montre que 80 % des microcrédits sont affectés à des dépenses dites «non productives», c est-à-dire ne générant aucun revenu direct : en priorité remboursement d anciennes dettes (25 %) et dépenses de santé (19 %) 12. Cela ne correspond pas à l idéologie de base du microcrédit ou les prêts accordés aux femmes devaient servir des micro-entrepreneurs investissant dans des activités génératrices de revenus. Le crédit doit être investi dans une activité rentable et permettre son expansion ou tout au moins sa pérennité. Les surplus dégagés doivent permettre de rembourser le prêt et ses taux d intérêts. C est ce que l on explique aux nouveaux clients désireux de souscrire un crédit. Cependant, on remarque que la réalité est loin de ce modèle théorique et que la «chasse aux clients» pousse les agents de crédit et par la même les IMFs à s agrandir au plus vite, à augmenter leur portefeuille au détriment de sa qualité. Les agents de crédits évitent de regarder de trop près l utilisation faite des crédits parce qu ils risquent des remontrances par la hiérarchie, s il s avérait que les crédits ne soient pas destinés à un investissement. Par ailleurs, les agents de crédit se protègent derrière le fait que souvent les crédits ont plusieurs usages (une partie investissement, une partie consommation, une partie remboursement...) et qu il est plus simple dans le rapport d écrire l usage principal, 12 Microfinance, endettement et surendettement : une étude de cas en Inde du Sud, I. Guérin et al. Revue du Tiers Monde, n 197,
18 celui qui les arrange, à savoir l investissement. H.B Burki 13 explique qu au Pakistan, les IMFs ont ajusté les termes et conditions pour accorder des crédits plus importants plus facilement. Pour rester compétitives, les IMFs essaient d attirer ou de retenir les emprunteurs en augmentant le montant des prêts, réduisant les délais de traitement des demandes et simplifiant les exigences en matière de documents requis. En l absence de contrôles compensatoires des risques, de tels ajustements ne font qu augmenter le risque de crédit des IMFs. Cette chasse aux clients montre la transformation de projets à caractère social vers une financiarisation des IMFs qui cherchent le profit. Conclusion On comprend pourquoi les IMFs se sont plutôt fixées des objectifs de quantité plutôt que de qualité, ce qui a entrainé des politiques d octroi de crédit plus laxistes. Ces dérives ont permis aux ménages de s endetter et parfois de se surendetter. Nous allons voir comment, et pourquoi les ménages ont eux mêmes utilisé le système pour s endetter. B) Une augmentation des normes de consommation financées par l endettement auprès de multiples sources. 1) L endettement comme mode de consommation. Dans les pays du nord, comme dans les pays du sud, les normes de consommation sont plus élevées qu autrefois. La part de la consommation des ménages consacrée aux produits périssables (autres que la nourriture) tels que les transports, la communication, l habillement est de plus en plus importante. La transmission rapide des informations et des technologies a entrainé des modes de consommations qui se globalisent. Les individus aux différents endroits de la planète souhaitent les mêmes produits, les mêmes marques. Comme on peut s en douter l acquisition de ces produits est plus facile pour les ménages des pays du Nord ayant des revenus moyens plus élevés que la majorité des ménages des pays du Sud. Comme l explique D. Clerc dans «Déchiffrer l économie», cette élévation de la norme moyenne de consommation contribue à appauvrir ceux qui ne peuvent suivre et à entrainer des 13 Unraveling the delinquency problem (2008/2009) in Punjab-Pakistan, Hussan-Bano Burki, in Pakistan Microfinance Network, n 10, oct
19 frustrations 14. La consommation n est donc pas un phénomène en soi mais un phénomène social, le signe d appartenance à une société ou à une classe. Ainsi acquérir les mêmes produits de consommation que ceux des pays du Nord sont pour de nombreux ménages au Sud, une manière de montrer à la société le pouvoir d achat, donc la richesse que l on possède. La nécessité de ces biens est mise en avant par la publicité, ce qui pousse davantage encore le ménage à les acquérir sentant un besoin non satisfait. En plus des biens améliorant la condition de vie des ménages (réfrigérateur, four, lit...), des biens dits «secondaires» (télévision, téléphone portable...) sont de plus en plus achetés par les ménages. La qualité et le prix de ces biens jouent un rôle important sur le prestige social qu ils peuvent apporter. D. Clerc reprend la formule «je dépense donc je suis», pour expliquer que ces nouveaux modes de consommation servent principalement à un individu à être reconnu comme appartenant à une certaine classe. Cette reconnaissance sociale via l argent dépensé est très marquante quand on voit les sommes dépensées dans les cérémonies religieuses, comme les baptêmes ou les mariages. Les ménages ont nécessairement besoin d argent pour acquérir cette reconnaissance et n hésitent pas à s endetter pour cela. Fatou Diome dans son livre Celles qui attendent 15 donne une explication de ce phénomène d (sur)endettement, qui peut paraître irrationnel: «Un matin bleu de l île, une rumeur annonça l avènement du microcrédit. Quoiqu elles n eussent jamais eu de compte en banque, Bougna et Arame ne furent pas les dernières à venir s informer. Leur raisonnement était d une simplicité désarmante : il y avait de l argent à prendre, elles en avaient besoin.» L intérêt des ménages et des femmes plus particulièrement, peut être synthétisé en leur volonté d acquérir de l argent par tous les moyens, le microcrédit étant un moyen comme un autre. On peut ajouter à cela «une addiction croissante au crédit» (Servet 2007), les ménages prennent pour habitude de financer leurs vies quotidiennes par l endettement. Ainsi, parmi les diverses populations du Tamil Nadu que l on peut qualifier de pauvres: plus de 80 % des familles sont endettées et l encours moyen se situe entre et roupies 14 «Paradoxalement la croissance de la consommation engendre des nouveaux pauvres. On aura beau jeu de souligner que ces pauvres le sont bien peu, puisque nombre d entre eux disposent de plus de confort et de calories que la majorité des habitants de notre pays, il y a deux siècle, cette comparaison n a aucune valeur, car chacun de nous côtoie dans la rue ses contemporains et non les fantômes des sans-culottes.» Déchiffrer l économie, D. Clerc, 17ème édition, La Découverte. 15 Celles qui attendent, F. Diome, Flammarion, 2010, p208 19
20 selon les zones d étude (soit l équivalent d au moins un an de salaire familial) 16. Le microcrédit n intervient pas dans ces régions comme seule source de crédit possible. Le microcrédit se superpose aux anciennes sources de liquidités, comme les prêteurs sur gages, les tontines, la famille, les amies, les money lenders... La microfinance vient s insérer dans un marché financier informel très actif. On remarque sur le tableau 1, qu en 2006, les ménages sont principalement endettés auprès des institutions de microfinance (43,1%) et des prêteurs sur gage (21,1%). Figure 1 Evolution de la structure de l'endettement (en volume) en Inde du Sud Source : étude de cas en Inde du Sud, I. Guérin et al, ) Comment s articulent les dettes et leurs remboursements dans les stratégies économiques des ménages? Dans cette sous-partie, nous nous baserons sur les enquêtes menées par l équipe de Microfinance de l Institut Français de Pondicherry depuis Les différentes enquêtes menées notamment par I. Guérin ou M. Roesch, dans ce cadre, ont souligné l importance de la jonglerie des ménages entre les différentes sources de crédit. Avant même l arrivée du microcrédit, la dette était une possibilité de gestion de budget pour les ménages. Leurs ressources n arrivent pas à couvrir leurs besoins, la course à l argent est permanente. «Bien menée, cette stratégie permet une meilleure répartition temporelle entre 16 Microfinance, endettement et surendettement : une étude de cas en Inde du Sud, I. Guérin et al. Revue du Tiers Monde, n 197,
21 recettes et dépenses.» 17 Cependant, il faut faire attention au risque de cavalerie financière, ou les nouveaux emprunts servent sans cesse à rembourser les emprunts antérieurs. Et l enquête conclue dans ce sens, les ménages s endettent auprès des uns pour rembourser les autres. Les ménages sont endettés en moyenne auprès de 3 à 6 prêteurs 18. Comme nous l avons vu plus haut, les IMFs et prêteurs sur gage sont les principales sources sollicitées. Dans le cas des prêteurs sur gage cela s explique notamment parce qu ils permettent une disponibilité et une rapidité d accès aux liquidités, ce qui leurs donnent un avantage comparatif indéniable. Ainsi, en cas d urgence, ce sont souvent les seuls à pouvoir répondre aux besoins des ménages, mais à quel prix, les taux d intérêt pratiqués sont souvent prohibitifs. Les prêteurs sur gage valorisent les femmes ayant des comptes dans les IMFs pour deux raisons qui étant antinomiques montrent bien le cercle vicieux de la dette : ils savent qu elles peuvent obtenir un crédit facilement pour rembourser le prêteur et d un autre coté, elles viennent souvent gager des objets avant le passage des agents de crédit récupérant les remboursements. Les prêteurs sur gage pratiquent des taux d intérêt de 24 à 36% (I. Guérin, M. Roesch) mais ne demandent aucun justificatif. C est souvent l or qui est mis en gage, mais aussi les bijoux de cérémonies. Ainsi, les ménages jonglent entre les différentes sources de liquidités et se constituent un capital grâce à l endettement (effet de levier). I. Guérin a mis en avant trois types de profils, de trajectoires 19 : - L endettement prudent, représentant 1/5 ème de l échantillon, ce sont les ménages dont l encours de crédit reste inférieur à 5000 roupies et qui mettent en place des stratégies délibérées pour préserver leur solvabilité. Ils ont peu de grosses dépenses dues à une position particulière dans le cycle de vie, c est à dire qu ils n ont pas de naissance prévue ou d enfants en âge de se marier, par exemple. - La résorption de dette, représentant 1/3 de l échantillon, c est le cas des familles qui ont diminué leurs dettes de plus de 5000 roupies durant la durée de l enquête. - L endettement croissant, représentant la moitié de l échantillon, ce sont les ménages dont l endettement est supérieur à 5000 roupies (parfois beaucoup plus). Cela est du aux grosses 17 La microfinance, outil de gestion du risque ou de mise en danger par sur-endettement? Le cas de l Inde du Sud. M. Roesch et O. Helies, Ibid 19 Microfinance, endettement et surendettement. Une étude de cas en Inde du Sud I. Guérin, Revue Tiers Monde, n 197,
22 dépenses liées au cycle de vie et à l ouverture de nouvelles possibilités de financement les poussant dans des dépenses qu elles n envisageaient pas initialement (or, bien de consommation). I. Guérin conclu «L analyse révèle la diversité des modes d appropriation et des trajectoires, diversité qui semble davantage liée à une position dans le cycle de vie et une propension à l endettement qu à un niveau de pauvreté ou une certaine attitude entrepreneuriale». Cela montre bien aussi, que ce n est pas l endettement en valeur absolu qui pose problème, mais le déséquilibre entre revenus et endettement (capacité de remboursement). La microfinance vient augmenter les opportunités d endettement, comme la télévision peut attiser la consommation. «Mais quand apparaît une crise, quand les possibilités de nouvel emprunt sont épuisées, quand les intérêts de la dette ne peuvent plus être payés, les money lender et les prêteurs sur gages savent se faire rembourser. L ONG est plus impersonnelle, moins présente dans le village, c est elle qui sera la première à ne pas pouvoir recouvrer ses fonds. C est elle qui sera en première ligne quand éclate la crise.» M. Roesch 20. C est ce qui s est passé en Inde, une première fois en 2006 puis en 2010, avec les conséquences désastreuses que l on connaît. Le surendettement des ménages a pu être dissimulé par les effets de jonglerie et la négligence, volontaire ou non, des agents de crédit. La crise se manifeste par les impayés qui augmentent jusqu à rendre insolvable une ou plusieurs IMFs, conséquence des surendettements. Il suffit que quelques ménages se trouvent en situation d insolvabilité pour que toutes les agences vérifient leurs comptes et que le château de carte s écroule. C est le principe de l explosion d une bulle spéculative, les acteurs ont connaissance des problèmes mais se satisfont de la situation qui reste gérable sur le court terme. Conclusion : Les dérives du secteur que nous avons pu voir ci-dessus ont permis aux ménages d acquérir facilement des prêts. Ces derniers n ont pas hésité à s endetter voir à se sur-endetter ayant besoin de liquidités immédiates et sans vraiment de plan sur le long-terme. Ces endettements massifs ont déclenchés la crise d impayés en Inde, crise très médiatique et très étudiée. Cependant, d autres facteurs qu ils soient politiques, conjoncturels ou liés d activités 20 Des dettes jusqu à ne plus en vivre, BIM N 11 avril 2006, Marc Roesch. 22
23 (instabilité agricole par exemple) entrainent aussi des impayés et des crises que ce soit en Inde ou dans d autres parties du monde. Le surendettement des ménages serait une des causes mais pas la seule, ni la plus prépondérante. II) Le renouveau des théories sur les impayés ou la mise en valeur des facteurs macroéconomiques et politiques Dans cette partie, nous montrerons que les crises de la microfinance ne sont pas simplement liées à un surendettement chronique des populations mais qu il faut prendre en compte des facteurs macroéconomiques et politiques. Nous nous baserons sur les trois facteurs entrainant des crises et résumés dans l article, les crises de la microfinance 21 de I. Guérin, S. Morvant-Roux, F. Mourji : les dérives du secteur, l influence du secteur macroéconomique et la question de la légitimité des IMFs. A) Les dérives du secteur à l origine des crises et notamment du surendettement des ménages. La note focus n 61 du CGAP 22 donne trois raisons à ces dérives, qui sont selon eux le fond du problème. Ces raisons reprennent quelque peu, les explications données ci-dessus sur les effets entrainant une augmentation des impayés. Ils ont étudié les crises de Bosnie- Herzégovine, du Maroc, du Nicaragua et du Pakistan, qui se sont déclenchées entre 2008 et Ces quatre pays ont connu une crise de remboursement après une forte période de croissance. Les portefeuilles à risques (PAR) à 30 jours dépassant les 10%, seuil utilisé pour définir une grave crise d impayés. Seul la Bosnie-Herzégovine affichait un PAR inférieur à 10%, le résultat était du à une politique agressive d abandon de créance. 21 Les crises de la microfinance, I. Guérin, S. Morvant-Roux, F. Mourji, TFD n 106, Croissance et vulnérabilités en microfinance, G. Chen, S. Rasmussen et X. Reille, CGAP, Note focus n 61, Fev
24 Figure 2 Hausse des impayés dans les IMFs au Pakistan, Nicaragua et en Bosnie- Herzégovine. Source : CGAP et al. 23 1) Le rôle de la concentration de la concurrence et de l endettement croisé dans la montée en flèche des impayés. On remarque que les IMFs ont tendance à s implanter dans les mêmes secteurs, généralement là ou les marchés, l activité économique et la densité de population sont les plus importants. Le but est de s assurer une rentabilité économique via un maximum de clients potentiels. Les IMFs suivent un raisonnement moutonnier en supposant que si une autre IMF s implante dans telle ou telle région c est parce que la demande en liquidité y est forte et les clients potentiellement solvables. Comme nous l avons expliqué ci-dessus, les IMFs s installent dans les mêmes régions afin de bénéficier de rendement d échelle. Cela permet de réduire les couts d acquisition de nouveaux clients (couts de sensibilisation, de formation...). Cette multiplication des IMFs a altéré les comportements de base et les principes généraux de la microfinance sociale. Les emprunteurs sont moins dépendants d une seule IMF, ils ont un intérêt limité à être de bons clients (remboursement dans les temps, de la somme exacte). A la base, une certaine pression était mise sur le client pour qu il rembourse effectivement la somme et les taux d intérêts dus, sinon il n obtiendrait pas d autres prêts dans le futur. Désormais, le client peut laisser sa relation avec une IMF se dégrader, sachant qu il peut aller demander un futur crédit dans une autre institution. On peut voir dans le 23 Le PAR est calculé à l aide des sources suivantes : Bosnie-Herzégovine données du réseau AMFI MCO ; Maroc données du MIX pour et JAIDA pour les estimations de juin 2009 ; Nicaragua données du réseau Asomif ; Pakistan données du MIX pour , estimations du CGAP pour juin
25 tableau 1 que le niveau d endettement croisé de ces quatre pays se situe autour de 30-40%. L incitation à rembourser est réduite. De plus, les clients peuvent accroitre le montant de leurs prêts en empruntant plusieurs crédits à la fois. La vérification de solvabilité, de coordination entre le crédit accordé et les revenus du client deviennent obsolètes dans la mesure où le client peut avoir des crédits en cours dans d autre IMF. Les risques de surendettement et d impayés augmentent. Tableau 1 Niveau d'endettement croisé au Nicaragua, Maroc, Bosnie-Herzégovine et Pakistan Source : Note focus n 61, CPAG, ) Les difficultés de bonne gouvernance des IMFs Une insuffisance organisationnelle et de contrôle des systèmes jouent sur la solidité structurelle des IMFs. Le recrutement rapide d employés peu ou pas qualifiés sur les questions de microfinance conduit à dépendre d un personnel insuffisamment préparé et donc non réactif aux prémices de la crise. Dans les quatre pays de l étude du CPAG citée précédemment, les effectifs des IMFs ont augmenté de 40% à peu près chaque année entre 2004 et Souvent le siège social exécute ses fonctions solidement mais contrôle difficilement les compétences des agents et les actions des agences sur le terrain. Le niveau des cadres intermédiaires n est pas suffisamment développé pour gérer une croissance rapide, mais le Siège Social s en contente. Les IMFs prises dans un cercle vertueux de croissance ne prennent pas le temps de résoudre leurs problèmes de base. Par exemple, le renforcement des capacités des salariés ou le suivi des clients sont souvent cités comme ayant été négligé. Cependant ce sont bien ces problèmes-là, qui entraineront la chute de l IMF lorsqu une crise se déclenchera. On 25
26 remarque aussi un déficit de système d information de gestion efficace, les IMFs limitent leurs contrôles et ne se concentrent plus que sur les chiffres de la croissance, laissant de coté les impayés par exemple. Ses problèmes sont pourtant souvent soulignés dans les audits internes et externes 24 mais les dirigeants préfèrent souvent stimuler la croissance plutôt que de consolider les acquis. Un directeur d IMF en Bosnie-Herzégovine en a convenu : «Notre priorité était d affronter la concurrence, non de renforcer nos capacités.» (Note focus n 61, CPAG) 3) Un changement de paradigme : les IMFs favorisent la recherche du profit plutôt que leur caractère social. L étude montre qu au delà des taux de croissance, ce sont les modalités de la croissance qui posent problème. Ce sont les dérives qui ont eu lieu dans le secteur de la microfinance, qui ont conduit à une crise. Cela remet en cause, l idéologie de base du microcrédit qui devant apporter une aide aux pauvres exclus des systèmes financiers, est aujourd hui plutôt utilisé à des fins lucratives. «D un projet social mobilisant des instruments financiers, on est largement passé à des institutions financières ayant (voire, pour certaines d entre elles, prétextant) une vision sociale.» 25 La possibilité d engranger des bénéfices a biaisé le système et entrainé un cercle vicieux de concurrence effrénée. Les marges sont assurées principalement par les taux d intérêt versés par les clients. Des accusations «d usurier» sont souvent faites aux IMFs. Elles pratiquent des taux d intérêts mensuels qui peuvent paraître relativement faibles mais quand on les rapporte à l année, on comprend les difficultés que peuvent rencontrer les clients. Un client empruntant 1200 FCFA sur 12 mois avec un taux d intérêt de 3.5% dégressif par mois, devrait rembourser à la fin de l année la somme de 1473 FCFA. Le taux d intérêt annuel est donc d environ 23%. Le fait de rapporter les taux d intérêt au mois peut être trompeur et les IMFs jouent là-dessus. Il importe de savoir si ces taux d intérêt sont supportables par les emprunteurs. Quand les marges commerciales sont de 150%, il est supportable d emprunter même à 100%. Quand les rendements des activités sont de 8%, emprunter même à 20% appauvrit. Et ce dernier cas est plus souvent la norme que l exception chez les micro entrepreneurs. 24 La note focus du CPAG montre qu on ne peut raisonnablement se limiter aux seuls audits financiers pour obtenir une évaluation fiable de la qualité des portefeuilles de crédit des IMF. Par exemple, les notations de deux IMF en faillite au Nicaragua et au Maroc n ont pas identifié les faiblesses dans la méthodologie de crédit et les contrôles internes. Les agences d audits externes devraient attacher plus d importance à l environnement commercial et à la dynamique de marché. 25 Les crises de la microfinance, I. Guérin, S. Morvant-Roux, F. Mourji, TFD n 106,
27 Selon l article «Les crises de la microfinance» 26, les dérives incluent également des pratiques de détournement de fond et de corruption. Conclusion : Nous voyons donc que la croissance trop rapide des IMFs dans certaines régions a entrainé des irrégularités de fonctionnement qui n ont pas été prises en compte. Le secteur s est développé rapidement mais est resté très fragile. Un moindre choc peut entrainer une crise généralisée. B) L influence de l environnement macroéconomique sur la crise des impayés. Toujours selon l article «les crises de la microfinance», ces crises sont à analyser dans le cadre plus global de la macroéconomie. Les crises de la microfinance dans de nombreux pays sont des répercussions de crise économique généralisée. Face à une contraction de l économie, les ménages voient leurs ressources diminuer et trouvent un accès facile aux liquidités via le microcrédit. Ce ne sont pas que des raisons intrinsèques aux (dys)fonctionnements des ménages et des IMFs qui expliquent l endettement et le surendettement des populations. 1) Comment les problèmes macroéconomiques ont influencé les comportements micro des ménages et les ont poussé à s endetter? Les raisons de la crise pakistanaise analysées par Burki vont dans ce sens 27. Le cout de vie d un ménage moyen au Pakistan n a cessé de s élever entre 2006 et L inflation a fait augmenter les prix des matières premières et des exportations. Un dollar USD valant 60 PKR en 2006 en vaut 85 PKR en Les ménages pakistanais sont soumis à d intenses pressions et doivent augmenter leurs entrées de liquidités pour répondre à leurs besoins domestiques et opérationnels. Par ailleurs, une étude menée par A. Haq et Z. Khalid 28 montre qu il y a un lien inhérent entre macro et micro. L instabilité macroéconomique ralentit les activités économiques (micro), réduit les opportunités d investissement et à ce titre entrave les potentiels de croissance. Sans croissance, les activités génératrices de revenus recherchées par 26 Ibid 27 Microcredit utilization : Shifting from production to consumption, HB Burki, Pakistan microfinance network 28 Assessing Risks to Microfinance in Pakistan Findings from a Risk Assessment Survey, A. Haq and Z. Khalid, in Pakistan Microfinance Network,
28 les clients des IMFs sont moins (voir plus du tout) rentables et un cercle vicieux se met en place. Par ailleurs, les clients sont les plus sensibles aux crises macroéconomiques parce qu ils manquent de ressources pour se protéger contre de telles tendances. On voit dans le tableau 2, que le danger représenté par les variations macroéconomiques apparaît comme le plus important selon toute les perspectives ; 89% des enquêtés 29 considèrent la gravité de ce risque comme élevé, 76% perçoivent ce risque comme étant en hausse et plus de la moitié pensent les IMFs incapables de gérer ou d avoir une influence sur un tel risque. 29 L étude menée par A. Haq et Z. Khalid se repose sur des interviews effectués auprès des acteurs du secteur de la microfinance au Pakistan; notamment des practiciens (64%) mais aussi des investisseurs, des donneurs, des cosultants, des chercheurs et des politiques 28
29 Tableau 2 Evaluation du risque sectoriel (en % des enquêtés) 30 Source : Pakistan Microfinance Network, Dans le cas du Pakistan, les effets macroéconomiques affectent les IMFs de plusieurs façons : l inflation provoque une augmentation des taux d intérêt, donc du financement, le cout de l accès au crédit devient plus élevé pour les clients qui doivent déjà absorber l inflation dans leurs achats quotidiens. Les clients utilise moins les services de microfinance devenu trop chers. Une pénurie de liquidité peut aussi toucher les IMFs et entraver leurs plans de croissance. Les opportunités réduites en termes d investissement renforcent les risques de faillites d entreprises et ne poussent pas les entrepreneurs à se lancer dans de nouvelles 30 Biggest risk : le risque considéré comme le plus grave Fatest rising : pourcentage des enquêtés considérant ce risque comme en hausse Lowest ability to cope : pourcentage des enquêtés jugeant les capacités des IMF comme faible ou nulle face a tel risque 29
30 activités. Le risque que les crédits soient dépensés en consommation plutôt que dans des investissements augmente aussi. Les prêts accordés servent donc à contrebalancer la hausse du niveau de vie du à l inflation. Les ménages tentent ainsi de conserver un niveau de vie constant via des flux de liquidités supplémentaires. C est ce transfert d utilisation des microcrédits de l investissement à la consommation qui a entrainé le surendettement des ménages et engendré une crise dans le secteur. De même, au Nicaragua, la crise du microcrédit en 2010 a été une répercussion de la crise qui a surtout affecté le commerce du secteur agricole en La concurrence entre les différentes IMFs a permis à de nombreux ménages d accéder aux crédits, selon les logiques que nous avons étudiées plus haut. Ces ménages se sont retrouvés en situation d impossibilité de rembourser leurs crédits une fois que la crise commerciale s est déclenchée. Leurs revenus n étaient plus à même de subvenir à leurs besoins de consommation et au recouvrement de leurs dettes. «Elle (la crise) s est trouvée aggravée par l effondrement du secteur de l élevage, pilier économique du Nord du pays, victime des nouvelles régulations commerciales de l accord de libre-échange entre les États-Unis et l Amérique centrale, ainsi que des conséquences de la flambée des prix du maïs due à la hausse de la demande d agrocarburants» 31. Les clients empruntent pour conserver leurs niveaux de vie et leurs habitudes de consommation alors que leurs ressources diminuent, ils se trouvent rapidement en situation de surendettement. Les IMFs accumulent les créances douteuses. La crise explose. Un autre exemple en Inde montre que la crise agricole a poussé les petits agriculteurs à migrer en milieu urbain en quête de revenus plus importants. Les femmes ont remplacé leurs maris dans les exploitations mais pour des salaires souvent 30% à 60% inférieur à celui des hommes. Pour survivre au quotidien, les épouses des agriculteurs mais aussi les travailleurs journaliers «sans terre» s endettent. Dans le même temps, le National Rural Employment Guarantee Act (NREGA) 32 a limité les emplois dans le secteur agricole. Le pourcentage de famille en bénéficiant dans la région d Andhra Pradesh est passé de 21.1% à 13.3% en un an 33. Les populations avides de liquidités se tournent rapidement vers la microfinance. Le microcrédit a permis non pas de créer des mini-business mais de remplacer et/ou de compléter les liquidités obtenues auparavant dans le secteur informel permettant aux familles de 31 Nouvelles gauches et inclusion financière : la microfinance contestée en Bolivie, en Equateur et au Nicaragua, F. Bédécarrats et al. Presses de Sciences Po, n 52, Le NREGA est un programme national de garantie d emploi, mis en œuvre par le gouvernement Indien dans les zones rurales 33 La crise du microcrédit en Andhra Pradesh (Inde), JM Servet, Revue Tiers Monde, n 207,
31 subvenir à leurs besoins. De même, la crise de 2008 en Bosnie-Herzégovine est une répercussion de la crise en Europe occidentale. On peut aussi voir un lien entre transfert de migrants et crise de la microfinance. Au Mexique, la récession de l économie aux Etats-Unis a fait diminuer les transferts de fonds des migrants vers leurs régions d origine. Les ménages tablant sur une évolution constante des revenus se sont retrouvés surendettés quand ces derniers ont diminué subitement. (Angulo et Hummel) 2) Quel est l impact de ces nouveaux services financiers sur le marché local? Lorsque les liquidités abondent sur les marchés, il faut alors se préoccuper des capacités d absorption des économies locales. Cela pose aussi la question de la croissance constante de la demande et de la saturation des marchés. Les marchés locaux sont-ils capables de faire fructifier autant de nouvelles entreprises? On constate que les microcrédits sont très souvent utilisés pour le même type de commerce correspondant aux spécialités de la région et un comportement moutonnier des clients. On remarque que son voisin fait des bénéfices en vendant des chaussures, on décide de vendre des chaussures à son tour. Est ce vraiment du développement que de faire fermer l entreprise voisine, qui devient moins rentable n utilisant pas les fonds de roulement permis par le microcrédit? Autant les activités qui vont permettre de redynamiser l économie locale parce qu elles entraînent des effets de levier, comme la construction, sont souhaitables, autant la consommation de biens venant de l étranger (que ce soit d une autre région ou d un autre pays) ne participent pas au développement local. Penser que les crédits à la consommation sont un moindre mal vu que les ménages pauvres n épargnent pas mais dépensent automatiquement, est un leurre. La consommation des ménages ne se dirige pas forcément vers des biens régionaux ou nationaux et entraine des fuites de capitaux qui à grande échelle peuvent déstabiliser certains secteurs de l économie du pays. Si, de façon temporaire, le crédit permet de combler le déséquilibre entre les revenus et les dépenses des ménages, il ne résout pas les difficultés des populations. Il ne fait que reporter les échéances. Il suffit d un affaiblissement même minime des revenus pour que, déstabilisé, le système chute brutalement. 31
32 C) Quelle est l importance de la légitimité des IMFs et le rôle des leaders locaux dans les crises d impayés? Le dernier facteur est politique et relatif à la légitimité ou non des institutions de microfinance telles que perçues par les clients. Dans certaines occasions, les clients se retrouvent dans l impossibilité de payer, ils ne peuvent pas, il existe aussi des cas ou les clients refusent de payer, ils ne veulent pas. «L anthropologie économique nous enseigne que les personnes empruntent mais aussi remboursent en fonction de leurs propres hiérarchies et de leurs propres «cadres de calculs» (Guérin et al., 2011 ; Servet, 2006 ; Villarreal, 2004).» Il se peut donc qu un individu décide de ne pas rembourser sa dette selon des logiques personnelles parce qu il considère l IMF/sa dette comme illégitime. On remarque que ce type d attitude se propage rapidement. 1) Le cas particulier du Maroc et la perception de la légitimité de l agence Al Amana. Dans le cas du Maroc, la crise des impayés a été déclenchée par les clients décidant d eux même de ne pas rembourser leurs créances. En effet, la crise est directement liée «à l idée que se font les clients de la solidité, de la pérennité et de la légitimité de l institution. Si les emprunteurs perçoivent une certaine «faiblesse» de l institution ou s ils estiment ne rien risquer, ils peuvent diffuser l idée que le crédit peut être «non remboursable» : les taux de remboursement peuvent alors s effondrer en peu de temps.» 34 La perception qu ont les clients des sanctions possibles sont des facteurs de nonremboursement. Par exemple, si un client sait d avance qu il ne demandera pas de deuxième crédit, il ne perd rien à voir sa relation avec l IMF se dégrader (retards de paiement, absence aux réunions hebdomadaires). Et il s avère que dans le cas du Maroc, le crédit n est pas considéré comme une nécessité. Le crédit ne représente pas un élément central des stratégies des ménages pour stabiliser leurs finances. Le fait de ne pas obtenir un crédit si on ne rembourse pas le précédent n est pas considéré comme pouvant avoir des conséquences graves. Par ailleurs, selon les interviews 35 menées dans le cadre d une étude sur la crise marocaine, les clients ne craignaient pas vraiment les huissiers de justice ou la police, ne 34 Les impayés de la crise marocaine : un phénomène complexe, S. Morvant-Roux, M. Roesch et I. Guérin, dans TFD 106, mars Etude mentionnée ci-dessus. Enquetes qualitatives de trajectoire de vie d envison 150 personnes ressources et clients d Al Amana 32
33 connaissant aucune personne ayant du y faire face. Cependant la pression sociale, le regard des voisins sont des facteurs importants et le moyen le plus efficace pour motiver un client à rembourser. Facteurs qui semblent communs à toutes les sociétés et analysés par Lamia Karim au Bangladesh. Elle nomme cela «l économie de la honte» 36 et explique comment ne pas rembourser signifie perdre la face. Au Maroc, un autre facteur doit être pris en compte, la plus importante IMF Al Amana est souvent associé dans l esprit des individus au Maghzen, l Etat central. Cela joue sur la propension à rembourser des clients qui oscille entre peur et défi. Peur d être poursuivi en justice en cas de non-remboursement. Défi, dans le sens ou les individus peuvent considérer leur non-remboursement comme une contre partie du désengagement de l Etat dans la société civile ou pour montrer leurs désaccords avec le Roi ou l autorité centrale. D ailleurs quelques révoltes ont eu lieu dans différentes régions du Maroc contre les IMFs. La plus médiatisée est celle lancée par Souad Guennoun dans une interview diffusée sur internet et soutenant les «victimes du microcrédit». Elle dénonce les effets pervers de l octroi des microcrédits sur les populations locales de la région de Ouarzazate. Relayée par Attac/Cadtm, l appel est explicite : «plus de 2000 femmes victimes de la paupérisation, conséquence des politiques publiques mènent un combat courageux contre les organismes de micro-crédit qui ont exploité la pauvreté de ces femmes pour accumuler des profits, par le biais de prêts à taux très élevés (20 % dans certains cas), entraînant par là un approfondissement de l appauvrissement des femmes, dépourvues de toutes source de revenus» 37. 2) L influence des leaders locaux sur le déclenchement des crises et leurs propagations. Le facteur politique peut influencer les clients à ne plus respecter leurs engagements. De nombreuses crises se sont déclenchées parce que certains leaders locaux (politiques, syndicats...) encouragent les clients à ne pas rembourser et ainsi illégitiment les IMFs. L analyse du CGAP 38 a rendu compte de différents mouvements politiques lancés pour déstabiliser le secteur de la microfinance. Cependant selon eux, ces mouvements sont 36 Microfinance and its Discontents: Women in Debt in Bangladesh, L. Karim, Minneapolis: University of Minnesota Press, Appel initié par l association Attac/Cadtm : 38 Croissance et vulnérabilités en microfinance, G. Chen, S. Rasmussen et X. Reille, CGAP, Note focus n 61, Fev
34 spécifiques à un contexte, à une région et ne sont pas les causes premières des crises mais des symptômes. Mais les auteurs notent que ces différentes pressions politiques peuvent entrainer des facteurs de contagion et pousser les individus à ne pas rembourser. Nous allons montrer ici le rôle crucial que peuvent jouer les politiques sur la perception de légitimité qu ont les clients des IMFs. Il faut préciser que ce rôle des représentants politiques est surement poussé par des raisons opportunistes qui leurs sont propres (volonté d éloigner un concurrent, populisme...) Au Nicaragua, c est le mouvement des «no pago», à la base un groupe d entrepreneurs politiquement puissants, qui pousse les particuliers à ne plus honorer leurs dettes. Le président Ortega lui même incite à ne plus rembourser «Je vous ai dit qu il faut protester, qu il faut se plaindre (...) vous avez bien fait de protester contre les usuriers, mais au lieu de protester sur les routes, protestez devant les bureaux des usuriers et installez vos piquets de grève face à leurs bureaux. Dressez-vous fermement, nous vous soutenons! (...) Ils menacent d arrêter de prêter, mais ce n est pas une faveur qu ils font, mais des affaires pour s enrichir aux dépens des besoins des gens depuis qu en 1990 ont disparu les banques qui travaillent avec le peuple» 39 La crise de 2008 au Pakistan montre l influence des révoltes de groupes solidaires associés aux politiques. La crise a été particulièrement importante dans la région de Punjab, celle ou le taux de pénétration des IMFs est le plus important. La crise des impayés est lancée par une révolte des groupes de solidarités, ne voulant plus rembourser leurs crédits. La révolte est à l origine contre une IMF particulière, Kashf Foundation. La crise se déclenche quand un groupe, dans la région de Tehsil Muridke affirme son incapacité à assurer le remboursement de prêts et leurs lassitudes face aux pressions des agents de crédits dans le cadre des recouvrements de prêts. Il sollicite un politicien local pour qu il les aide à obtenir l annulation de leurs dettes auprès de Kashf Foundation. Le support tacite du politicien a encouragé de nombreux emprunteurs à différer le paiement de leurs crédits. Les bénéfices pour les emprunteurs étaient assez forts pour qu ils propagent des rumeurs d annulations de dettes généralisées par l IMF. Les nouvelles de la révolte dans le Muridke, l incapacité de Kashf Foundation de contenir la révolte initiale et les rumeurs concernant l effacement des dettes se sont rapidement répandues à travers le Punjab, en premier lieu via les réseaux sociaux des emprunteurs eux-mêmes. Les taux d impayés s envolent, le PAR inférieur à 30 jours passent 39 Discours public de Daniel Ortega, Jalapa, le 13 juillet 2008, retranscrit dans El Nuevo Diario, 14 juillet
35 de moins d 1% des crédits en cours avant octobre 2008 a plus de 20% en février Bien que les rumeurs d effacement des dettes soient retombées, les clients n ont pas honoré leurs créances en partant du principe que personne dans le pays ne le fait. Un groupe explique «nous ne rembourserons pas tant que personne d autres dans le Pakistan a recommencé à payer» 41. La crise des impayés n a touché qu une seule institution mais l effet d entrainement sur l ensemble des IMFs a été réel. Un agent de crédit d une IMF de Punjab explique que désormais cela demande plus d effort et de temps pour recouvrir les crédits. En 2009 à Kolar, Karnataka (Inde), c est un groupe religieux qui en formulant une «fatwa» à l encontre des IMFs de la région a entrainé une vague d impayés et un arrêt des relations entre les IMFs et leurs clients. Le comité Anjuman a reproché aux IMFs d instituer des pratiques ou les femmes devaient rencontrer des hommes non apparentés à leurs familles et suivre des formations à l extérieur de la ville. Ces pratiques ont étés considérées comme contraires à la religion. Le contexte conjoncturel permettant l émergence de crise (l industrie de la soie étant en récession, les clients ont multiplié leurs crédits), ce type de revendications ont été reprises par d autres groupes religieux afin de provoquer des crises. Dans le cas de l Andhra Pradesh, c est suite à la vague de suicide d emprunteuses en 2010 que les politiques locaux (MLAs, députés) ont réagis, poussé par les organisations de villages et les médias. Ces réactions avaient clairement des portées électorales, le but étant de soutenir les populations pour s assurer de leurs voix à l approche des prochaines élections. Ainsi, quelques jours après la médiatisation des suicides, le leader du 2 ème parti politique de l Etat d Andhra Pradesh a appelé les emprunteurs à suspendre ses remboursements aux IMFs jusqu à ce que les gouvernements aient pris des mesures significatives contre le harcèlement des agents de crédit envers la population. Puis comme nous l avons expliqué plus haut, suite aux déclarations et mesures mises en œuvre par le gouvernement, les clients ont, par effet d aubaine ou pas, arrêté massivement de rembourser. Ce genre de réaction en chaine montre comment une fois que la légitimité d une organisation est touchée et que sa solidité est renversée, la propagation du nonremboursement des créances va extrêmement vite du côté des clients. 40 Unraveling the delinquency problem (2008/2009) in Punjab Pakistan, Hussan-Buno Burki, Pakistant Microfinance Network, n 10, Oct Ibid 35
36 Conclusion Les crises de microfinance ont des causes bien plus complexes qu un «simple» surendettement des ménages. On remarque que les dérives du secteur ont entrainé une forte prévalence de clients non-solvables au sein des IMFs. De plus, les répercussions de différentes crises économiques plus larges semblent influencer fortement les crises de la microfinance. Ce secteur restant, comme son nom l indique, très fortement lié au secteur économique et financier. Enfin les entités politiques ont aussi pu avoir un rôle dans ces crises en incitant les clients à ne pas honorer leurs dettes. Cette propagation rapide des impayés laisse les IMFs dans des situations extrêmement difficiles, notamment quand le ratio du portefeuille à risque dépasse celui du portefeuille productif. L autosuffisance opérationnelle des IMFs n est alors plus assurée, c est à dire que les produits d exploitations de l IMF ne permettent plus de couvrir ses couts. Conclusion de la première partie : Les crises de la microfinance qui se sont déclarées aux quatre coins de la planète ont chacune explosées suite à un enchainement de facteurs causaux spécifiques à chaque contexte local. Les conséquences des crises ont été une forte augmentation du taux d impayés. Nous avons montré ici que cette augmentation n est pas seulement due au surendettement des ménages mais aussi aux dérives du secteur et à des facteurs économiques, sociaux et politiques. Dans le secteur rural, les financements des activités agricoles jouent aussi un rôle sur l augmentation massive des impayés. En effet comme nous allons le voir, le financement du milieu rural, bien que nécessaire, est risqué. Souvent les IMFs n arrivent pas à y assurer une autosuffisance opérationnelle, les taux d impayés étant trop élevés. Ce qui peut engendrer des crises, comme nous le verrons dans la troisième partie avec le cas de la MecFEPRODES. 36
37 PARTIE II : LES DIFFICULTES POUR LES INSTITUTIONS DE MICROFINANCE DE FINANCER L AGRICULTURE, DANS LES PAYS DU SUD. Le financement de l agriculture a suivi différentes tendances du 20 ème siècle jusqu à nos jours. Les premières aides de financement pour les agriculteurs sont venues des Etats qui, suivant les principes du keynésianisme sont intervenus pour soutenir les acteurs du secteur. Ce constat est valable pour les pays du nord et les pays du sud. Les Etats subventionnaient l agriculture via des institutions de crédits telles que les banques agricoles, les banques de développement. Les taux d intérêt proposés étaient plutôt faibles et les crédits ciblaient notamment l agriculture d exportation (café, coton, arachide). Cependant ces programmes de crédits agricoles ont eu des impacts mitigés et ont dus essuyer de nombreuses pertes et d impayés 42. Le courant libéral des années 80 a favorisé une émergence financement rural par les marchés financiers ruraux et un démantèlement de toutes formes de financements publics pour l agriculture. Ces derniers sont désormais considérés comme non-efficaces et un gouffre financier pour les Etats. La logique libérale voulait que les banques commerciales s intéressent au financement du monde rural et se substituent à l Etat. Ce qui n a pas été le cas. Les acteurs du monde rural se sont donc retrouvés exclus du système financier. La microfinance s est développée en réponse au manque de financement accordé aux ménages les plus pauvres, cependant cette offre de financement délaisse le monde rural et se porte majoritairement sur les zones urbaines. Depuis lors, le monde agricole des pays en développement a été délaissé par les gouvernements, les organisations internationales et autres bailleurs de fonds. «Alors que 75% de la population pauvre mondiale vit dans les espaces ruraux, seulement 4 % de l'aide publique au développement va à l'agriculture dans les pays en développement.» 43 Un rapport de la Banque Mondiale en «L agriculture au service du développement» relance l intérêt envers le monde agricole en démontrant que le secteur regorge de potentialités pour accroitre le développement d un pays et diminuer la pauvreté. En effet, 42 Quelles politiques publiques pour améliorer le financement rural et agricole? Le portail de la Microfinance, B. Wampfler et M. Roesch, Dossier thématique Finance rurale et agricole. 43 L agriculture au service du développement, Rapport sur le développement dans le monde, Banque Mondiale, Ibid 37
38 l agriculture représente un secteur économique majeur dans les pays du sud. Trois personnes pauvres sur quatre vivent en zone rurale et la majorité des ruraux dépendent de l agriculture. Par exemple, au Mali, au Burkina Faso et au Rwanda plus de 80% de la population dépend directement d activités agricoles et le secteur agricole contribue pour plus de 40% à leur produit intérieur brut (PIB). A titre de comparaison, le secteur agricole au Canada, aux Etats- Unis et en France n occupe que 2 à 4% de la population active et ne représente que 3 à 4% du PIB. 45 Enfin un dernier argument exprimé par Zeller 46 explique que le bon fonctionnement de quelques IMFs dans le secteur rural a lancé une vague d optimisme auprès des bailleurs de fonds et des chercheurs. En effet, le fait que certaines IMFs aient réussi à lier leurs contraintes financières à une offre de crédit pour des microentrepreneurs du monde rural est encourageant. Selon Zeller, des exemples de ces IMFs figurent dans le «Microbanking Bulletin» 47. Cet espoir vient aussi du fait que le microcrédit a fait l objet de nombreuses recherches et d expériences ce qui permet aujourd hui de mettre en avant certaines évidences et d éviter les erreurs connues. La bonne volonté des états et leurs implications dans le processus de financiarisation du secteur agricole est le dernier point positif et porteur d espoir soulevé par Zeller. Dans cette deuxième partie nous tenterons, en premier lieu, d expliquer quels sont les défis auxquels doivent faire face les IMFs pour répondre aux besoins de financement du secteur rural. En second lieu, nous examinerons différentes expériences ou approches mises en place pour contourner ses difficultés. 45 Quelles réponses la microfinance apporte-t-elle aux besoins des agriculteurs? A. Sidibe, Liens et exclusion financière, FARM, Rural finance institutions and system: Models of rural financial institutions, M. Zeller, Communication in: Paving the way forward for rural finance, An international conference on best practices, Le Microbanking Bulletin est un outil proposé par le MiX (Microfinance Information Exchange) qui regroupe des rapports d informaitons financières, de performances sociales, de transparence sur différentes IMFs à travers le monde 38
39 I- Les problèmes de financement de l agriculture : En quoi et pourquoi les IMFs ont du mal à proposer une offre de services financiers adéquats aux acteurs du monde rural? Les besoins des populations rurales en financement sont une réalité. Pourtant il s avère que la microfinance a failli dans son implantation en milieu rural, préférant se stabiliser dans les réseaux urbains plus denses et finançant des activités plus sécurisées. Cependant comme nous allons le voir les agriculteurs, les Organisations Professionnelles Agricoles (OPA) et les entrepreneurs agricoles ont eux aussi besoin de financement. N est-ce pas là le rôle de la microfinance, permettre aux exclus de la financiarisation d accéder aux crédits? En tout cas, c est ce que les premiers promoteurs de la microfinance sur la scène internationale, tel M. Yunus ou Hernando de Soto, poursuivaient comme objectif : permettre aux populations marginalisées d avoir accès aux services financiers. Alors pourquoi la microfinance ne s estelle pas développée dans les milieux ruraux? Pourquoi les clients des IMFs restent-ils majoritairement urbains 48? On ne peut pas croire que ce soit parce que les acteurs du monde rural ont moins besoin de financement que ceux du secteur urbain. On peut donc se demander pourquoi les IMF sont-elles réticentes à s implanter en milieu rural? Pourquoi les IMFs sontelles réticentes à financer le secteur agricole? Dans un premier temps nous évaluerons les besoins en crédit des populations rurales, dans un deuxième temps nous verrons les défis auxquels les IMFs doivent faire face pour s implanter dans le milieu rural. A) Inadéquation entre l offre et la demande en services financiers dans les milieux ruraux? La demande de financement des acteurs ruraux est spécifique et correspond à la spécificité de leurs activités (notamment l agriculture). Toutefois, l offre en services financiers des IMFs reste très générale et se contente souvent d appliquer les méthodes et types de crédit utilisés en milieu urbain. 1) La spécificité des besoins en financement des populations rurales 48 Le portail de la microfinance, Dossier thématique: Finance rurale et agricole, B. Wampfler, M. Roesch,
40 Les populations rurales, tout comme les populations urbaines, ont besoin de financement pour répondre à leurs activités quotidiennes. Comme nous l avons vu plus haut, dans les pays en développement, les populations rurales vivent, pour les trois quarts, des revenus de l agriculture. Les spécificités des activités agricoles (que nous développerons par la suite) impliquent des financements adaptés tenant compte de la diversité des besoins exprimés par les populations rurales. Nous allons distinguer les besoins de l agriculture familiale, de ceux des organisations paysannes et de ceux des entrepreneurs agricoles. Tout d abord, les besoins des exploitations agricoles familiales sont les plus importants parce qu ils doivent permettre de faire vivre le ménage. Comme l explique le portail de la microfinance, répondre à ces besoins est primordial parce qu ils sont intrinsèquement liés aux conditions de vie des ménages. «Le budget de l exploitation agricole familiale est étroitement inséré dans le budget global du ménage. Dès qu ils ont accès au marché, les ménages développent des systèmes d activités plus ou moins complexes, mêlant les activités agricoles et non agricoles ; le ménage est une unité économique, mais aussi sociale ; les besoins de financement des activités, des investissements, de la consommation, les besoins sociaux sont étroitement liés. Ce faisant, on ne peut donc pas traiter les problèmes de crédit agricole indépendamment de la demande globale de financement des ménages.» 49 Les besoins de financement sont de plusieurs ordres, on note notamment : - Les besoins de court terme : le financement des intrants (engrais, graines, pesticides) en amont des récoltes, le salaire de la main d œuvre employée pour une saison de récolte ou tout simplement le salaire de l agriculteur lui-même. Il s agit aussi du financement de l embouche 50 dans le cadre de l élevage (bovins, caprins, porcs). Durant les périodes de soudure, les ménages ont souvent recours au(x) crédit(s) pour financer leurs vies quotidiennes ou leurs activités génératrices de revenus en attendant que les bénéfices des prochaines récoltes. Enfin, afin de stocker ou de transformer la production, les ménages peuvent aussi faire appel à des crédits court terme. - Besoin de moyen et long terme : Ces crédits vont servir à des investissements plus structurels tels que les équipements pour l intensification de l exploitation (charrues...), la 49 Le portail de la microfinance, Dossier thématique: Finance rurale et agricole, B. Wampfler, M. Roesch, L embouche consiste à engraisser un animal sur une période «courte» (de 4 mois 6-8 mois) pour le vendre avec une forte valeur ajoutée 40
41 commercialisation (transport notamment). Ces crédits souvent plus conséquents servent aussi à financer les achats d animaux ou de terres (plus rares). En dehors des besoins spécifiques à l exploitation agricole et au commerce plus général de l agriculture, les ménages nécessitent des crédits pour répondre à leurs besoins familiaux, tels que la santé des membres de la famille, l éducation, l habitat ou l achat de bien durable. Mais ces types de crédit sont rarement autorisés par les IMFs. Les ménages ont aussi besoin d épargner, pour cela les IMFs sont plutôt réactives et proposent des services assez adaptés 51. Comme tout établissement de crédits elles en sont friandes car ce sont des ressources qui financent les crédits octroyés. Enfin, les ménages peuvent avoir besoin de services non financiers tels que de la formation ou des appuis techniques. Cela est fortement poussé par les bailleurs de fonds donc régulièrement mis en œuvre par les IMFs. Les ménages ne sont pas les seuls acteurs dans les milieux ruraux, le développement des organisations professionnelles agricoles (OPA) a engendré de nouveaux besoins de leurs parts. Au sein des OPA on distingue deux types de besoin 52 : ceux de ses membres (voir les besoins des ménages), ceux propres à son fonctionnement et au développement de ses activités (approvisionnement en intrants, la transformation et la commercialisation des produits ou encore les services d appui à ses membres). Enfin les entrepreneurs agricoles (de grandes exploitations ou dans le commerce agroalimentaire transformateurs, exportateurs, fournisseurs d engrais ) ont besoin de financement pour leur trésorerie importante, et pour faire des investissements et des innovations. Selon la taille et la rentabilité de leurs exploitations, ces entrepreneurs peuvent faire appel aux banques commerciales ou aux banques agricoles pour leurs besoins en crédit. Toutefois, ces différents besoins en crédit ne sont pas tous toujours nécessaires, le contexte propre à chaque région et à chaque filière entraine une variation des besoins. Une étude de la fondation FARM sur le financement de l agriculture et du monde rural au Mali 53 montre bien ce point. En effet, les auteurs explicitent les besoins des acteurs selon les 51 Introduction générale, S. Morvant-Roux, Exclusion et liens financiers, Microfinance pour l agriculture des pays du Sud, FARM, Organisations professionnelles agricoles et institutions financières rurales : construire une nouvelle alliance au service de l agriculture familiale. Un guide opérationnel, Wampfler, B. ; Doligez, F. ; Lapenu, C., avec la contribution de Vandenbrouck, J.P. et Vilayphonh, Etude sur le financement de l agriculture et du monde rural au Mali, Rapport complémentaire- Analyse de l offre et de la demande en financement agricole, Adama Kodio, FARM, FAO, Crédit agricole,
42 différentes filières agricoles. Il en ressort que pour la filière mangue, les crédits les plus attendus sont ceux de moyen terme permettant l amélioration végétale, de renouveler les pieds de mangue ou de clôturer les vergers. Les acteurs de la filière «pomme de terre» nécessitent des financements de court terme pour les fertilisants et les semences et de moyen terme pour la conservation du produit. Pour le riz irrigué, les besoins de crédit de campagne semble être les plus importants et doivent servir à financer les intrants, l entretien et la main d œuvre sur les exploitations. Enfin pour l échalote, les besoins de financement sont de court terme mais s étale sur toute l année et vont surtout pour la transformation et le conditionnement. Conclusion Les besoins de financements des acteurs ruraux sont donc divers, que ce soit en termes de durée ou de type d activité. Les institutions de microfinance et autres types d organismes financiers doivent donc avoir une bonne connaissance du secteur pour être à même de répondre correctement et s adapter aux besoins du monde rural. Par ailleurs, au-delà de l implantation de services financiers (accès) se pose la question de l adéquation entre, d une part, l offre relativement standardisée de la microfinance et, d autre part, les besoins diversifiés et les capacités de remboursement des agriculteurs. 2) Quelle adéquation entre l offre des IMFs et la demande en services financiers par les acteurs du monde agricole? Le développement de la microfinance tel que promu par M. Yunus et des IMFs tel que la Gramen Bank s est fait pour répondre aux besoins (des urbains) souhaitant mener des activités génératrices de revenus. Lors du transfert vers le milieu rural et le financement de l agriculture, les IMFs ont utilisé les mêmes approches que pour les urbains. Les mêmes conditions de prêts, de remboursements, de demandes de garanties ont été mis en place. Les IMFs n ont pas pris en compte les spécificités de la demande rurale et du financement des activités agricoles. Ainsi on remarque que les méthodes de prêts et les produits traditionnellement utilisés par les IMFs classiques (de type «Grameen bank») ne sont pas adaptés au financement de l agriculture Rural and Agricultural Finance Initiative (RAFI) notes, Chalmers et al,
43 - La durée limitée du crédit : Les prêts accordés par les IMFs sont souvent de courte durée pour limiter les risques d incidents (maladies, problèmes personnels...) entravant le remboursement. Ces prêts de courte durée permettent aussi de limiter les intérêts devant être remboursés par les clients. Toutefois, les saisons agricoles sont souvent assez longues (6 à 9 mois) et les agriculteurs ont besoin de prêt durant toute la durée de ces saisons. Ils doivent pouvoir contracter des prêts au début de la saison pour leurs dépenses liées à l exploitation agricole et rembourser quand ils ont vendu la récolte. - Les échéances de remboursement très rapprochées : L une des principales caractéristiques de la microfinance est le fait que le remboursement soit fait par tranches hebdomadaires. Ainsi les IMFs peuvent suivre semaine par semaine l évolution de l utilisation du crédit par le client et «exercer une pression continue sur le client» 56. Ce remboursement hebdomadaire peut être utile au client parce qu il cadre son remboursement ; il est obligé de l échelonner et de le rembourser progressivement. Cependant les activités agricoles ne permettent pas un remboursement hebdomadaire étant donné que l agriculteur ne reçoit son revenu sur investissement, le prix de sa récolte, que lorsque celle-ci est vendue sur les marchés. Les IMFs devraient donc adapter les échéances de remboursement à la saisonnalité des exploitations agricoles et autoriser le remboursement en une fois à la fin du prêt («in fine»). - Le faible niveau des montants accordés : Pour éviter qu un crédit non remboursé soit trop important et déstabilise la trésorerie de l IMF, ces dernières préfèrent accorder des prêts de petit montant. En zones urbaines pour financer les activités génératrices de revenus des bénéficiaires, de faibles montants de crédit peuvent être suffisants pour démarrer une activité. En zone rurale, les prêts doivent être plus conséquents pour répondre aux besoins des agriculteurs dont les charges liées à l exploitation sont plus importantes. - Les taux d intérêts élevés : La rentabilité des exploitations agricoles est souvent faible et les marges d excédent plutôt minimes. Les taux d intérêt des IMFs sont souvent non-supportables par les trésoreries des petits exploitants agricoles. C'est-à-dire que le remboursement du prêt et des taux d intérêts liés peut être supérieur aux bénéfices engrangés grâce à la vente des récoltes. «Ce dernier point est sans doute l élément le plus problématique, car il révèle l impasse et soulève la question des subventions à l agriculture et de la nécessité d un soutien 55 Introduction de la première partie, M. Hudon, M. Labie, A. Perilleux, Exclusion et liens financiers, microfinance pour l agriculture des pays du Sud, FARM, Ibid 43
44 de l état.» 57 On comprend que l offre en services financiers développée par les IMFs en milieu urbain ne correspond pas aux attentes de financement du milieu rural. Les IMFs doivent revoir les produits qu elles proposent afin de s adapter aux spécificités du monde rural, et y apporter des offres de financement adéquat. Conclusion Les populations rurales ont des besoins en financement particuliers que les IMFs ont du mal à intégrer dans leurs logiques organisationnelles. Ceci est une partie de la réponse au fait qu elles n osent pas/ne veulent pas s implanter dans le secteur rural. Pour ce faire, elles doivent avoir une connaissance approfondie du secteur et des attentes des acteurs, pour leur proposer des produits adéquats. Nous allons voir dans la partie suivante que deux autres grands défis dissuadent les IMFs à s implanter en milieu rural. B) Les grands défis des IMFs : risques variés et coûts de transaction élevés. La limitation de l accès des populations rurales aux services financiers s explique d une part par le caractère aléatoire de la rentabilité des activités agricoles et d autre part par les coûts engendrés par la dispersion géographique de la clientèle rurale. Ces deux défis se rejoignent dans leur conséquence : un déficit au niveau de la trésorerie des IMFs dus aux impayés et aux couts dépensés pour atteindre les zones reculées. 1) Premier défi majeur pour les IMFs : le fait que l agriculture soit une activité risquée Les IMFs sont frileuses à financer l agriculture parce que le secteur est considéré comme risqué. Ces risques sont de nature diverse et peuvent se combiner. La notion de «risque» peut se définir en «la conséquence néfaste d un événement aléatoire» 58. L OCDE 59 donne une typologie des risques liés à l agriculture: - Premièrement, les risques normaux, c est à dire les risques inhérents à toutes les activités. Par exemple, les risques institutionnels, risques des conjonctures nationales ou mondiales - Deuxièmement, les risques cessibles (ou assurables), ici il s agit des risques liés à l activité 57 Ibid 58 La gestion des risques en agriculture, J. Cordier, Notes et études économiques n 30, L assurance agricole climatique au Brésil : un modèle en construction ; A. Perrin-Janet, juillet 2013, FARM. 44
45 agricole en elle-même. On note quatre grands risques ; risque prix (variabilité du cours de vente des récoltes), risque rendement (variabilité de la quantité de la production), risque qualité produite (variabilité de la qualité de la production), risque coût de production (variabilité du coût de production) 60. Le risque prix est notamment important pour les petits exploitants qui n ont aucune marge de manœuvre pour négocier les prix de vente de leur récolte et doivent se contenter des prix fixé par le marché. Les risques rendement et qualité produite sont corrélés aux risques cout de production et catastrophes (voir ci-après). Selon les saisons, le prix des intrants est plus ou moins abordable, les pluies sont plus ou moins abondantes, ces variables influent la quantité et la qualité de la production. Cette saisonnalité accentue la vulnérabilité des ménages agricoles qui comptent sur 2 ou 3 récoltes pour vivre toute l année 61. Le risque rendement soulève une autre question plus vaste qui est celle de la rentabilité des exploitations agricoles et à fortiori celle des petites exploitations agricoles. B. Wampfler et al soulignent «L agriculture est rarement le secteur le plus rentable d une économie rurale et n attire donc pas spontanément les capitaux» 62 - Troisièmement, les risques catastrophes: les risques liés à l activité agricole en elle-même mais dont l impact est global. Par exemple, les sécheresses touchant plus de la moitié d un pays ou une flambée des prix à un niveau mondial. Ces risques sont par nature incontrôlables, imprévisibles et covariants, ce qui ne rassure pas les IMFs. Tous ces risques confèrent un caractère aléatoire aux finances des agriculteurs. Cela limite aussi leur vision sur le moyen et le long terme. Au début de la saison, ils ignorent quel va être le rendement de leur récolte et à quel prix ils vont pouvoir la vendre, ils basent leur demande en crédit sur des estimations par rapport aux années précédentes. C. Lapenu 63 souligne une autre limite «Le manque de garanties appropriées et les cadres règlementaires, légaux et politiques peu favorables fragilisent les transactions financières». Il parait peu probable que des transactions financières aient lieu dans ces conditions. Surtout que, comme nous l avons vu dans l introduction de cette partie, les 60 Assurance indicielle et warrantage, quels intérêts pour les petits agriculteurs? A Duffau et al, les éditions du Gret, Risques, vulnérabilité, et produits financiers: un cadre d analyse appliquée à la microfinance agricole et rurale, E. Bouquet, BIM, Organisations professionnelles agricoles et institutions financières rurales : construire une nouvelle alliance au service de l agriculture familiale. Un guide opérationnel, Wampfler, B. ; Doligez, F. ; Lapenu, C., avec la contribution de Vandenbrouck, J.P. et Vilayphonh, Evolutions récentes dans l offre et les stratégies de financement de l agriculture, C. Lapenu, Cerise, Décembre
46 anciens modes de financements de l agriculture étatiques, ont laissé des habitudes de «nonremboursement» de la part des agriculteurs 64. Les agriculteurs restent sur le principe que les prêts se rapprochent plus des dons ou considèrent les taux d intérêts comme trop élevés et sont donc réticents à rembourser les sommes dues. Redoutant ce genre de comportement les IMFs sont méfiantes quant à l octroi de crédit aux agriculteurs. Cependant, les IMFs ont aussi certains avantages à s implanter en milieu rural 65 - Une forte cohésion sociale qui persiste dans beaucoup de zones rurales peut avoir un impact sur la pression morale mis en place par le principe de caution solidaire. Dans les zones rurales, les gens se connaissent mieux et les rumeurs circulent vite, le non-remboursement d un crédit est plus rapidement su par tous. - Une faible concurrence dans l offre de services financiers, comme nous avons pu le voir, peu d institutions sont implantées dans le milieu rural et il y a donc un fort potentiel de développement pour les IMFs. Contrairement à de nombreuses zones urbaines ou l on s approche du seuil de saturation. - Un plus faible impact des crises urbaines, les zones rurales se reposant sur le secteur agricole sont moins sensibles ou crises urbaines qu elles soient immobilières, de capitaux Cet argument peut largement être revu suite aux conséquences, à double tranchants, qu a eu l envolée des prix des céréales en et sur les petits producteurs dans les pays du Sud 66. Malgré ces quelques avantages, les zones rurales et les activités agricoles comportent beaucoup de risques auxquels les IMFs ne souhaitent pas se confronter et ne cherchent pas à résoudre. Ainsi le financement du secteur agricole reste marginalisé. 2) Second défi majeur : l enclavement des zones rurales. La deuxième limite du financement des zones rurales tient à leurs faibles densités. Cela engendre des coûts opérationnels relativement plus élevés pour les IMFs. Ces dernières ont pu se développer dans les zones urbaines parce qu elles ont la possibilité de toucher un grand nombre de clients et ainsi le coût par habitant du service est relativement faible. 64 The Role of Financial Institution, the RAFI notes, issue 3, Evolutions récentes dans l offre et les stratégies de financement de l agriculture, C. Lapenu, Cerise, Décembre L impact de la hausse et de la volatilité des prix des denrées alimentaires sur les populations rurales pauvres, FIDA,
47 Bien que le potentiel de clients soit fort dans les zones rurales peu desservies par les services financiers, leurs éclatements dissuadent les IMFs d essayer de répondre à leurs demandes. L éloignement géographique de certaines exploitations entraine des coûts importants dans le suivi et la collecte des mensualités de la part des IMFs. Ouvrir un agence (ou une filière) dans une zone rurale peut s avérer trop cher pour une IMF; payer des locaux, des salaires, des équipements pour un nombre limité de clients n est pas rentable. De plus, dans ces zones les distances sont longues et les infrastructures faibles. Les IMFs doivent donc chercher à diminuer leurs coûts de transaction et proposer des produits peu complexes. Face à ses contraintes, l exemple de Kafo Jiginew au Mali est encourageant, l IMF a développé des structures souples et légères qu on appelle des «caisses rurales d avenir» 67. Ce sont des entités de grande taille munies de points de services dans les petites localités. Cependant un tel type d organisation est plutôt une exception que la règle, A. Sidibe explique que seuls «des institutions de microfinance ayant une taille suffisamment grande pour supporter techniquement et financièrement des technologies de pointe et des services professionnels ont les capacités de s implanter en milieu rural.» L étude proposée par A. Nair et A. Fissha 68, sur les banques communautaires et rurales (rural and community banks, RCB) au Ghana semble conforter ce point. En effet, ces RCBs supposées améliorer l accès aux services financiers dans les zones rurales ont des performances financières mixtes. Les banques sont de petite taille (faible nombre de clients, faible nombre d encours de crédits et d épargnes), ce qui rend difficile une gestion durable et performante de leurs finances. Elles multiplient donc les alliances stratégiques avec d autres banques (Bank of Ghana, Apex Bank), ce qui complexifie leurs modes de fonctionnement. Une autre limite liée à l éloignement géographique des zones rurales, est qu il est difficile pour les IMFs de recruter du personnel formé souhaitant travailler dans des zones reculées 69. Ceci complique le développement d une offre locale de service. Les nouvelles technologies ont apportés certaines solutions à cet enclavement des 67 Quelles réponses la microfinance apporte-t-elle aux besoins des agriculteurs? A. Sidibe, Liens et exclusion financière, FARM, Rural banking: the case of rural and community banks in Ghana, A. Nair, A. Fissha, Brief 5 in Innovations in rural and agriculture finance, IFFPRI, Evolution récente dans l offre et les stratégies de financement de l agriculture, C. Lapenu, Cerise,
48 zones rurales. R. L. Meyer note 70 l utilisation des téléphones mobiles pour procéder aux transactions financières 71, la mise en place de banques électroniques, de système de transaction à distance (RTS) et la popularisation des cartes de crédit et des automates bancaires (ATM). Ces nouvelles technologies, peu couteuses et faciles à opérer peuvent être mises à profit pour offrir des services financiers aux populations rurales. Un exemple de réussite est le projet M-PESA au Kenya, lancé en 2006, il comptabilise plus de 9 millions de clients Kenyan en 2010, réalisant plus d une dizaine de millions de transactions tous les mois à travers le pays. 72 Cet outil a été créé en premier lieu pour faciliter l envoi d argent des travailleurs à leurs familles via des téléphones portables et non un compte en banque puis il a été repris par les IMFs. Les clients des IMFs peuvent utiliser M-PESA pour rembourser leur crédit, sans avoir à se déplacer mais directement via leurs téléphones. De plus, un nouveau service appelé M- KESHO, permet aux clients de déposer et de retirer de l argent de leurs comptes bancaires via leurs téléphones. Ce type d innovations n est possible que pour les IMFs ayant déjà une bonne implantation et un réseau capable de supporter les couts de démarrage. Il nécessite aussi un opérateur téléphonique capable de gérer de nombreux flux dans le cas de M-PESA le marché est géré par Vodafone. On peut se demander si un opérateur téléphonique local serait en mesure d assurer un tel type de marché? Pour que cette expérience puisse se répliquer dans d autre pays il faudrait que ce soit des opérateurs locaux qui se chargent de gérer le marché. Face à ces problématiques, les IMFs ont adopté plusieurs types de stratégies. Nombreuses sont celles qui diversifient le type d activités qu elles financent 73. Leurs portefeuilles de prêt comportent des crédits agricoles (dans différentes zones agroclimatiques si possibles) mais aussi des crédits pour le petit commerce, les activités de transformations, de transports Leurs clients sont composés d urbains et de ruraux. Cette recherche d équilibre entre produits ruraux et produits urbains doit permettre d assurer la viabilité des services. Mais cette stratégie n est envisageable que pour les institutions qui opèrent dans des milieux 70 Les services de microfinance pour l agriculture: potentialités et risques, R. L. Meyer, Liens et exclusion financière, FARM, Microfinance and mobile banking: The story so far, K. Kumar, C. McKay, S. Rotman, Focus note n 62, CPAG, M-PESA: Findings new ways to serve the unbanked in Kenya, S. Lonie, Brief 8 in Innovations in rural and agriculture finance, IFFPRI, Credit risk management in financing agriculture, M. D. Wenner, Brief 10 8 in Innovations in rural and agriculture finance, IFFPRI,
49 mixtes. Les IMFs diversifient aussi les types de produits financiers qu elles proposent afin de mieux répondre aux besoins des populations rurales ; crédit-bail, warrantage, financements d intrants Certaines IMFs mettent en place des alliances stratégiques avec d autres secteurs comme les bailleurs de fonds privés ou publics, leurs gouvernements mais aussi avec d autres IMFs ou des organisations de producteurs 74. Ces alliances permettent de récolter facilement des fonds (en dons ou en ligne de crédit gratifiée) ou de partager les risques. Comme nous allons le voir par la suite, les IMFs lancent aussi de nouveaux produits devant réduire les risques de financement de l agriculture. Conclusion Pour participer au financement de l agriculture, les IMFs doivent donc faire face à des défis importants; dans un premier temps elles doivent proposer des services financiers adaptés aux besoins des acteurs ruraux et dans un second temps relever les défis inhérents aux activités et zones agricoles. Ces nombreuses difficultés dissuadent souvent les IMFs de s implanter en milieu rural et de financer le secteur agricole, préférant les milieux urbains plus facile d accès et ou le «retour sur investissement» est souvent plus rapide. Ainsi le financement de l agriculture n est pas assuré dans de nombreuses zones agricoles. Nous allons voir dans la seconde partie, comment certaines expériences originales de financement agricole, peuvent permettre une offre de services financiers adaptée et une réduction des risques auxquels sont confrontés les IMFs. 74 Les services de microfinance pour l agriculture: potentialités et risques, R. L. Meyer, Liens et exclusion financière, FARM,
50 II- Quelles sont les nouvelles approches mises en œuvre par les IMFs pour répondre aux difficultés de financement de l agriculture? Comme nous l avons vu dans la partie précédente, l agriculture est une activité risquée. C est l une des raisons principales des difficultés de financement des exploitations agricoles. Les IMFs se sont donc interrogées ; comment réduire les risques inhérents à l activité agricole? Comment attirer de nouveaux clients avec des produits adaptés? Comment sécuriser les financements et limiter les impayés dans ce secteur? Les IMFs cherchent donc à mettre en place des stratégies de réduction des risques et pour cela proposent des nouveaux produits. Cette gestion des risques peut être mise en place ex-ante ou ex-post. C est à dire que l on peut soit prévenir le risque, éviter qu il se concrétise, soit agir sur ses conséquences, réduire l impact une fois celui-ci survenu. Dans les stratégies ex-ante on peut retenir par exemple, la vaccination du bétail (au niveau des agriculteurs), le warrantage ou l approche filière (au niveau des IMFs). Les stratégies ex-post sont par exemple l épargne (au niveau des agriculteurs) ou les assurances (au niveau des IMFs). Ces stratégies sont donc mises en place au niveau du prêteur (IMF), de l emprunteur (agriculteurs, OPA) ou des deux simultanément. Ici nous étudierons plutôt les stratégies mises en place par les IMFs pour réduire leurs risques d impayés face au financement du secteur agricole. Ces nouveaux produits doivent aussi permettre aux IMFs d apporter une réponse plus adaptée aux besoins spécifiques du monde agricole. Dans une première partie nous étudierons différents produits innovants ayant pour but de limiter les risques pris par les IMFs. Dans une seconde partie nous comprendrons en quoi l approche filière entraine un changement de perspective pour le financement du monde rural. A) Exemples d innovations en matière de services financiers proposés aux acteurs du monde rural. 1) Le crédit-bail (ou leasing), une forme alternative du crédit rural. Une distinction est faite entre deux types de crédits-bails : financiers et opérationnels 75. A.Nair et R. Kloeppinger-Todd 76 donnent la définition suivante du crédit- 75 «Dans le cas d un crédit-bail financier, les loyers du bail amortissent le prix de l actif (l amortissement peut être engagé sur le prix total ou sur l essentiel du prix). Au terme de la période du crédit-bail, le preneur peut racheter l actif pour un prix symbolique. Le preneur est responsable de la maintenance et du risque 50
51 bail financier : «Système de location d une immobilisation d exploitation (machines, matériels) permettant au locataire de racheter l actif au terme du contrat pour une valeur fixée contractuellement. Pendant toute la durée du contrat, l institution qui a financé l achat du bien en reste propriétaire.» Ici nous nous intéresserons aux crédits-bails financier ruraux, par mesure de simplification nous utiliserons le terme crédits-bails en se référant aux crédits-baux financier ruraux. Pour que les crédits-bails puissent se développer il faut un environnement favorable notamment au niveau juridique afin que les deux parties puissent se référer à un tiers neutre en cas de litige. Il faut que cette autorité supérieure ait le pouvoir de faire appliquer les sentences. Dans le cas contraires, il est fort probable que l une ou l autre des parties soient escroquées. Ce crédit-bail dispose de plusieurs avantages. «Ce cadre juridique favorable suppose : - une définition claire du contrat de crédit-bail, des actifs en location et des responsabilités ainsi que des droits des parties contractantes - une claire définition de la répartition des responsabilités à l égard du bien mis en location - la priorité des droits du bailleur sur un actif en location - un cadre autorisant la reprise simple et rapide de la possession des actifs en location.» A.Nair et R. Kloeppinger-Todd Du point de vue du bailleur, le principal avantage réside dans la propriété de l actif, ainsi que dans les droits qui s y attachent en cas de défaut de paiement. Ce qui lui assure une grande sécurité. Majoritairement les droits du bailleur prévalent sur celui de l emprunteur. Ainsi, ce dernier est largement dissuadé de faire défaut au remboursement. On note trois autres avantages ; une législation simple et souvent favorable, des couts de transactions réduits et un bon entretien du matériel prêté (car le preneur peut le racheter en fin de période). 77 Du point de vue du preneur, le principal avantage est le fait que l obtention d un crédit-bail demande peu voir pas de garantie préliminaire. Le fait que le preneur ne soit pas propriétaire constitue en soit une garantie. Les conditions de remboursement sont souvent assez flexibles et en phase avec le cycle des récoltes, donc tiennent compte des périodes pendant lesquelles le d obsolescence de l actif et le contrat de crédit-bail est généralement non annulable. A l inverse le crédit-bail opérationnel n inclut pas l option de rachat de l actif, les couts de maintenance et le risque d obsolescence sont supportés par le bailleur et les baux sont susceptibles d être annulés. Le bailleur récupère son investissement au travers des loyers successifs et la vente finale de l actif.» A.Nair et R. Kloeppinger-Todd 76 Formes alternatives de crédit rural : le cas du crédit bail, A.Nair et R. Kloeppinger-Todd, Exclusion et liens financiers, microfinance pour l agriculture des pays du Sud, FARM. 77 Le leasing: un outil de finance rural sous utilisé, M. Roesch, BIM,
52 bénéficiaire a la capacité de rembourser son crédit. Les couts de transactions sont plutôt faibles. Par exemple, dans le cas du produit «Location-Vente Mutualiste» (LVM) proposé par le réseau des Caisses d Epargne et de Crédit Agricole Mutuelles (CECAM) à Madagascar, le taux d intérêts mensuel est de 2.5% pour les matériaux agricoles et de 3% pour les autres. 78 Les sociétés de crédit-bail fournissent souvent un soutien technique ou des formations quant à l utilisation des nouveaux matériaux pour les preneurs. Ce qui constitue un atout pour ces derniers. L éventail des biens pouvant s acquérir par le crédit-bail est très large : équipements agricoles divers, matériel de transport, cheptel, équipements ménagers... Certaines IMFs limitent les types de bien possible à l acquisition, d autres sont ouvertes à toutes propositions sérieuses. L acquisition de tel type de bien doit permettre aux agriculteurs d augmenter leurs rendements, leurs revenus, ce qui leur permet de payer le loyer du et souvent de racheter le bien. Toutefois, les preneurs encourent aussi des risques dans le cadre du crédits-bail. Ces crédits sont souvent sur le long terme ce qui favorise le risque d accident (maladie, décès, catastrophes climatiques...). Ce type de crédit ne vise pas les plus pauvres des pauvres, une capacité de remboursement limitée peut avoir pour effet l acquisition de matériels ou de cheptel de qualité insuffisante, et n apportant pas les résultats escomptés par le projet 79. Le non remboursement d un crédit-bail entraine la saisie du bien par le bailleur ce qui plonge le preneur dans un cercle vicieux de dette n ayant pas pu mener à terme son projet. Pourtant, les avantages semblent l emporter sur ces risques. Le rapport de A.Nair et R. Kloeppinger-Todd développe trois études de cas pour analyser la rentabilité d un crédit-bail : celui de Networking Leasing Corporation Limited (NLCL) au Pakistan, de la DFCU 80 en Ouganda et de Arendadora John Deere au Mexique. Sur la base de cette étude, il conclue «Non seulement ces trois entreprises sont rentables mais elles affirment par ailleurs que leurs portefeuille ruraux sont tout aussi rentables que leurs portefeuilles urbains. La qualité des portefeuilles étant généralement bonne, les reprises de possession relativement peu nombreuses et seule une société a déclaré des pertes lors des quatre dernières années». L étude de cas du crédit-bail proposé par la CECAM à Madagascar conclu aussi de manière 78 Un crédit-bail original à Madagascar, la location-vente mutualiste en milieu rural, S.W. Ravononjatovo, G. Rakotondramanama, Exclusion et liens financiers, microfinance pour l agriculture des pays du Sud, FARM. 79 Ibid 80 DFCU: Development Finance Company of Uganda 52
53 positive et préconise la duplication de cette expérience. Le crédit-bail semble donc être une innovation intéressante dans les pays ou la législation est assez forte pour contraindre chacune des parties à respecter ses engagements. Pour que le crédit-bail ait un réel impact sur le rendement des exploitations agricoles, il est souvent combiné à d autres offres de crédit, ce qui permet d étaler le risque mais augmente aussi le montant total des remboursements pour l agriculteur. 2) Le warrantage, une offre de crédit original pour les agriculteurs. La technique du warrantage est apparue comme une solution aux problèmes de financement des agriculteurs et leur manque de liquidité durant les périodes de soudure notamment. Le warrantage permet aux agriculteurs de commercialiser plus tard et à meilleurs prix leurs produits agricoles tout en disposant de liquidités (crédits) pour subvenir à leurs besoins ou développer une activité rentable juste après la récolte. Par warrantage, nous entendons un prêt garanti par un stock de produits agricoles dont la valeur augmente sur une période donnée. «De façon classique, le crédit warrantage fait intervenir trois acteurs : une Institution de Financement Rural, des emprunteurs et un entreposeur privé. Chaque acteur joue un rôle essentiel dans le dispositif et y trouve en principe un avantage qui justifie son implication dans le mécanisme.» 81. La figure suivante permet d expliquer la technique du warrantage et la triangulation entre le producteur, l entreposeur et la Banque/IMF. 81 Etude de faisabilité sur le développement du crédit de stockage (warrantage), Projet Croissance Economique (PCE), International Resources Groups 53
54 Figure 3 Les trois acteurs du warrantage Source : PCE, International Resources Group Plusieurs objectifs sont recherchés par les agriculteurs 82 : - mieux vendre la production en la conservant jusqu à la période de prix hauts - augmenter la capacité de financement de la campagne agricole future grâce à l utilisation de l argent gagné dans l exploitation. - garder sa production pour l autoconsommation pour la période de soudure - présenter une garantie pour accéder à un prêt. Cette technique permet aux IMFs d assurer leurs prêts via les stocks entreposés par les agriculteurs. En effet, s ils ne remboursent pas leurs crédits, l IMF peut avoir des compensations en nature. Toutefois certaines conditions préalables sont nécessaires afin que le warrantage soit un succès. Les fluctuations des prix agricoles ne doivent pas être perturbées par des subventions ou par la distribution massive d aide humanitaire. Il faut une bonne connaissance du milieu c est à dire des marchés et de la fluctuation des prix mais aussi de la saisonnalité des activités et des revenus agricoles. En effet, pour réduire le risque pris par l emprunteur, il faut être sur que la hausse relative des prix entre la récolte (prix bas) et la soudure (prix 82 Etude de faisabilité sur le développement du crédit de stockage (warrantage), International Resources Groups 54
55 élevés) sera supérieure aux coûts liés au stockage du produit (traitement, gardiennage, pertes de poids ou de qualité, etc.) et de son financement (en cas d emprunt pour financer le stockage). Cependant les variations des prix d une année à l autre sur un marché peuvent être très fluctuantes, la technique du warrantage ne permet donc pas de diminuer le risque «prix», «On ne peut donc pas parler de réduction du risque prix mais de spéculation sur l augmentation des prix avec une bonne espérance de gain». 83 Les institutions mettant en place cette technique doivent être capables d effectuer rapidement leurs opérations afin de permettre à l emprunteur de profiter de possibilités commerciales intéressantes. Ensuite, le système d entreposage doit avoir toutes les normes requises pour qu il n y ait pas de perte des produits entreposés, ce qui remettrait en cause tout le système. Il faut aussi faire attention à l inflation qu un tel stock peut créer sur les marchés, dans le cas d un marché local trop réduit 84. On pourrait voir une augmentation des prix agricoles sur les marchés locaux, l offre étant insuffisante. La mise en place d un tel stock devant permettre aux agriculteurs d augmenter leurs revenus- ne doit pas avoir d effets pervers sur les consommateurs. Enfin, il faut faire un choix judicieux des produits faisant l objet du warrantage. S. Boubacar dans «Introduction et développement du warrantage au Niger» 85 explique : «Les produits agricoles les plus intéressants sont les produits faciles à stocker, non périssables et dont les prix augmentent d un cycle de production à l autre, le riz par exemple. Le produits fragiles comme la tomate, le chou, le niébé sont difficiles à prendre en gage car leurs conservations est de très courte durée et onéreuses. Des produits très volumineux (les pastèques, les fanes de niébé) demandent beaucoup d espace de stockage et en conséquence entrainent des prix de stockage très élevé.» L étude précitée faite par l International Resources groups récapitule les avantages et les limites du warrantage : 83 Assurance indicielle et warrantage, quels intérêts pour les petits agriculteurs? A Duffau et al, les éditions du Gret, Sécurité alimentaire: pour des stocks de réserve, B. Valluis, Introduction et développement du warrantage au Niger à travers les institutions de microfinance et au profit des producteurs agricoles, S. Boubacar, Exclusion et liens financiers, microfinance pour l agriculture des pays du Sud, FARM. 55
56 Tableau 3 Avantages et limites du warrantage Avantages Sécurisation des prêts octroyés par IMF Sécurisation du stock Haut degré de liquidité du stock Vente des récoltes différée Sécurité alimentaire Diversification des activités durant la période de soudure Participation des producteurs dans la fixation des prix Préparation campagne à venir Limites Nature des produits à stocker Coût de stockage et autres risques N intéresse pas les grands producteurs Prix doivent atteindre un niveau supérieur au coût du crédit Le système favorise la spéculation Importation massive liée à la baisse du prix mondial Les prix baissent au niveau national Intervention État dans la fixation prix Cette technique semble donc prometteuse. Selon S. Boubacar, «Les IMFs trouvent que le warrantage est actuellement le type de crédit le plus sur en milieu rural. Il améliore simultanément leurs encours de crédit, leur taux de recouvrement et leur taux de pénétration.» Cette conclusion ne vaut pas que pour le cas du Niger, le warrantage se développant dans l Afrique de l Ouest en conservant ces avantages comme l explique l article de ROPPA 86. 3) La microassurance, une stratégie de réduction des risques ex-post. La microassurance s est développée en suivant la logique des assurances agricoles et est considérée comme la suite logique du microcrédit. La microassurance est définie par l International Association of Insurance Supervisors (IAIS) 86 Le warrantage et les bourses agricoles au cœur des stratégies de développement du secteur agricole et de sécurité alimentaire, ROPPA, Réseau des Organisations Paysannes & de Producteurs de l Afrique de l Ouest,
57 et la Consultative Group for Assiting the Poor (CGAP) par «une assurance accessible à la population à faible revenu, fournie par une variété d entités différentes, mais mise en œuvre conformément aux pratiques d assurance généralement admises (...). Cela signifie notamment que le risque assuré dans le cadre d un contrat de microassurance est géré sur la base des principes d assurance et financé par des primes.» La microassurance consiste donc à fournir une assurance agricole aux petits producteurs, générant de faibles revenus, dans les pays du sud. Elle a de nombreuses caractéristiques communes à l assurance agricole telle que proposée dans les pays du nord. Les différences entre assurance agricole et microassurance agricole tiennent aux différents marchés qu elles ciblent. J. Roth et MJ. McCord 87 donne cette définition de l assurance : «L assurance peut être décrite comme le remboursement à un individu ou à une entreprise de tout ou partie d une perte financière due à un événement ou à un risque imprévisible. Cette protection s exerce par le biais d un mécanisme de mise en commun (ou pooling) : chaque personne vulnérable au risque alimente le fonds en versant une petite somme d argent (la prime). Le fonds est ensuite utilisé pour dédommager les membres qui subissent une perte. Le principe de mise en commun permet de percevoir une indemnité beaucoup plus élevée que la valeur des paiements de primes effectuées par un membre.» L événement assuré, le montant de la prestation, le bénéficiaire et la durée de la couverture sont les quatre éléments définis dans les polices d assurance, c est à dire le contrat légal établit entre l assureur et l assuré. Les principes énoncés dans l encadré semblent logiques en théorie mais sont moins clairs dans la pratique. Prenons le principe «non contrôlable». L expérience et la compétence de chaque agriculteur jouent un rôle sur la gestion des risques. Par exemple, une épidémie peut être liée aux mauvaises pratiques de soins accordés au bétail, ce qui incombe à l agriculteur, il peut donc en être le déclencheur. Par rapport à l univocité, il s avère souvent Tout risque n est pas assurable: il faut qu il soit : - aléatoire, c est à dire imprévisible. - peu probable et indépendant, il ne doit pas être en mesure de toucher tous les agriculteurs appartenant au même pool. Il doit être non covariant. - non contrôlable, l assuré ne doit pas être en mesure de déclencher le risque. - univoque, facilement déterminable (et chiffrable) par l assureur. Et enfin, la conséquence du risque doit avoir eu des conséquences financières négatives. 87 La microassurance agricole: pratiques et perspectives mondiales, J. Roth, MJ. McCord, Exclusion et liens financiers, microfinance pour l agriculture des pays du Sud, FARM. 57
58 difficile d évaluer les pertes agricoles parce qu elles peuvent être dues à une combinaison d événements assurés et non assurés. Le risque covariant est l une des principales problématiques pour les assurances agricoles. Les caisses d assurance protégeant une partie de la population située sur un même territoire, en cas de catastrophes naturelles (sécheresse, inondations, gels...), notamment climatiques, il est fort probable qu elles touchent simultanément toute la région et donc tous les agriculteurs-clients. D autres externalités ou logiques comportementales négatives peuvent influer sur les microassurances agricoles : l anti sélection, le fait que seuls les agriculteurs les plus à risque fassent la demande d être assurés, la fraude ou encore le risque moral (le statut d assuré encourage les comportements irresponsables ou indésirables) Ces limites sont communes entre l assurance et la microassurance agricole. Les défis spécifiques à relever par la microassurance sont la multiplication de polices (permettant de rentabiliser les primes) et la mise en place de produits peu couteux et peu complexes. En effet, la microassurance étant destinée à des populations aux revenus faibles, les primes versées par chaque assuré ne peuvent qu être limitées, ainsi les institutions ont intérêt à accroitre leur nombre de clients pour que les capitaux drainés soient tout de même importants. Comme l explique J. Roth et MJ. McCord 88, «Pour atteindre le seuil de rentabilité ou générer un profit, l assureur doit vendre un nombre important de police». Ainsi, les organismes proposant de la microassurance ont intérêt à vendre à des groupes d individus plutôt qu au cas par cas. De même la mise en place de produits peu couteux et peu complexes permet de diminuer les frais de fonctionnement et de transaction et ainsi d augmenter la rentabilité des institutions. Plusieurs types d assurance sont possibles. L assurance des animaux concernant principalement la couverture de troupeau et non d animal particulier. L assurance de récoltes ; l assurance des récoltes à risque particulier ou l assurance multirisques. L assurance indicielle est définit par J. Roth et MJ. McCord en ces termes : «L assurance indicielle est un moyen de protection contre le risque corrélé, tel que des événements 88 La microassurance agricole: pratiques et perspectives mondiales, J. Roth, MJ. McCord, Exclusion et liens financiers, microfinance pour l agriculture des pays du Sud, FARM. 58
59 climatiques extrêmes. (...) On ne peut à proprement parler d «assurance», car les pertes individuelles ne sont pas évaluées, mais en lieu et place, ce système permet d indemniser tous les souscripteurs lorsque la variable indirecte, ou l indice, réunit certaines conditions au sein d une même zone géographique.» Les prestations sont versées si les rendements de la récolte d une zone spécifiée deviennent inférieurs à un niveau donné. Ce type d assurance est très utilisé dans la microassurance, elle permet de réduire le risque moral et les couts d estimation de la perte pour les agriculteurs. Les nouveaux investissements et perspectives de développement dans ce secteur privilégient l assurance indicielle 89. Cependant il entraine aussi un «risque de base» c est à dire une inadéquation entre le montant reçu et la valeur réelle perdue par l assuré. Il s avère aussi très difficile de déterminer l indice à utiliser, les données météorologiques des pays en développement étant souvent non actualisées 90. Malgré les intérêts que la microassurance agricole peut avoir pour les agriculteurs dans les pays en voie de développement, elle est peu répandue. J. Roth et MJ. McCord ont établi un «paysage de la microassurance agricole», il en ressort qu il y aurait seulement 122 produits de microassurance dans le monde. Ces produits se divisent en deux, 26% sont des produits de microassurance tels que décrit plus haut, 74% sont des produits de banques agricoles accessibles aux agriculteurs à faibles revenus. Ils se répartissent entre les différentes régions du monde en développement comme suit : 89 Ibid 90 Assurance indicielle et warrantage, quels intérêts pour les petits agriculteurs? A Duffau et al, les éditions du Gret,
60 Figure 4 Nombre de produits d'assurance accessibles aux exploitants agricoles à faibles revenus par région. Sources : Agricultural microinsurance, Global practices and prospects, J. Roth, MJ. McCord, 2008 On voit donc que plus de 60% des produits de microassurance se sont développés en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Les auteurs spécifient que les explications d un tel écart entre le nombre de produits en Amérique Latine et dans les autres continents, ne sont pas claires. Une des raisons soulevées est le fait que, en Amérique Latine, ces produits sont souvent subventionnés par les gouvernements. Le faible développement de la microassurance agricole dans les différentes régions 91 serait du aux difficultés pour les institutions d être viables et rentables sur le long terme. Par exemple, l analyse faite par J. Roth et MJ. McCord sur les assurances indicielles dans les pays en développement souligne que très peu de projets sont passés du statut de projet pilote à projet à part entière. Les programmes de microassurance agricole qui fonctionnent sont en réalité subventionnés par les gouvernements et des bailleurs de fonds, à l instar du programme d assurance nationale agricole du gouvernement indien (BASIX) dont le total des indemnités correspondait environ à 5 fois le montant des primes. L article de S. Ranjan conclue par «l obstacle majeur à leurs déploiements (ndrl : les microassurances) est le cout, qui devrait être, par conséquent, subventionné par le gouvernement». Un récent article d A. Perrin- 91 Bien que 60% des produits de microassurance soit en Amérique Latine et Caraibes, cela ne réprésente que 73 produits, on peut donc dire que sur l ensemble des régions l offre de service de microassurance reste faible. 60
61 Janet 92 montre les avantages et les défis des programmes nationaux d assurances agricoles au Brésil. En introduction, elle note que les couts engendrés par les Etats pour soutenir les agriculteurs via des assurances sont largement récompensés par la réduction de l endettement des agriculteurs, jouant un rôle majeur dans l économie du pays. Malgré ces obstacles, il semble important de lier financement de l agriculture et microassurance, en promouvant cette dernière comme un «accès aux stratégies de financement» ou «stratégies de réduction des risques» pour les agriculteurs. 93 Conclusion Ces nouveaux produits, bien qu à l origine pas spécialement conçus pour les IMFs, peuvent facilement être appropriés par ces dernières et proposés à leurs clients. Ils permettent de réduire les risques encourus par les IMFs dans le cadre du financement de l agriculture, il faut toutefois faire attention à ce qu ils soient adaptés aux contextes spécifiques. Ces produits sont très encourageants et prouvent que le financement des activités agricoles peut être compatible avec des retours sur investissement positifs pour les IMFs. 92 L assurance agricole climatique au Brésil : un modèle en construction ; A. Perrin-Janet, juillet 2013, FARM. 93 Microinsurance innovations in rural finance, M. Wiedmaier-Pfister, B. Klein, Brief 12 in Innovations in rural and agricultural finance, IFFPRI,
62 B) L approche de filière ; une nouvelle stratégie de financement considérant une approche plus macroéconomique du problème de financement en zone rurale. L approche filière ou «value chain» est largement poussée par les anglosaxons qui voient en ce nouveau concept la résolution aux problèmes de financement du secteur agricole (tels que nous les avons vu dans la première partie). Une définition du concept de l approche de filière pour l agriculture peut être la suivante: «approche qui couvre l ensemble des activités et des participants impliqué dans le processus de transformation agricole, du champs de l agriculteur à la table du consommateur» 94. 1) L approche filière : principes et schéma conducteur. L approche filière part du principe que les différents acteurs de la chaine de valeur sont interdépendants. Cette approche offre une opportunité de réduire les couts et les risques du financement de l agriculture et d atteindre les petits producteurs (souvent situés en bas de la chaine de valeur). On considère deux types de financement dans la chaine de valeur 95 : - Financement interne : ceux qui ont lieu au sein de la chaine de valeur. Par exemple quand un fournisseur d intrants octroie un crédit à un agriculteur. - Financement externe : ce sont les financements octroyés par des acteurs extérieurs à la chaine de valeur mais rendu possible par cette dernière. Par exemple, quand une institution de microfinance octroie un prêt à un fermier sur la base d un contrat avec un acheteur. De plus cette approche renforce la qualité et l efficacité des filières agricoles en 96 : - identifiant les besoins de financement pour renforcer la chaine de valeur - adaptant les produits financiers aux besoins des participants de la chaine - réduisant les couts de transaction - utilisant les liens et les connaissances développés par la chaine de valeur pour limiter les risques des différents partenaires. 94 Agricultural value chain finance, Rodolfo Quiros, summary of the conference agricultural value chain finance», Agricultural value chain, finance strategy and design, technical note, IFAD, Agricultural Value Chain Finance, Tools and Lessons, C. Miller and L. Jones, FAO,
63 L USAID 97 retrace l offre et la demande de financement au sein d une chaines de valeur : Tableau 4 Offre et demande de financement au sein d'une chaine de valeur. Au vu de ce que nous avons étudié dans les parties précédentes, on comprend en quoi chacune des parties prenantes de la chaine de valeur sont complémentaires. Les institutions de microfinance offrent des services financiers aux petits agriculteurs mais aussi aux associations de producteurs, aux fournisseurs d engrais et aux commerçants et transformateurs locaux. Ces services peuvent être des crédits de court, moyen, long terme, selon le contexte mais aussi des crédits-bail ou des assurances (via des organismes de microassurance notamment). Les IMFs adaptent leurs services selon les besoins des différents acteurs. Les acteurs quant à eux, ont principalement besoin de financement avant récolte (producteurs, fournisseurs d engrais) ou 97 Value chain finance, Rural and Agricultural Finance Initiative (RAFI) notes, issue 2, USAID 63
64 de financement à l export (association de producteurs, commerçants locaux). Cela sera expliqué plus en détails dans la seconde partie de cette analyse. Enfin les besoins de récépissés concernent le cas du warrantage comme nous l avons vu plus haut. Ce schéma montre en quoi l offre et la demande de services financiers à l échelle d une filière sont complémentaires. Cela peut être un élément de réponse à la difficulté de satisfaire les besoins spécifiques des agriculteurs. Si les IMFs envisagent des financements dans le cadre d une demande plus large que celle des seuls producteurs alors l offre et la demande semblent s équilibrer. Il s agit d avoir un point de vue plus macro. Cependant, ce schéma ne montre pas en quoi cette chaine de valeur permet de limiter les risques d impayés et de réduire les couts de suivi pour les IMFs. Nous allons voir cela grâce à une étude de cas, au Pérou sur le financement de la filière café. 2) Etude de cas du financement de la chaine de valeur «café» au Pérou. Le programme CUMIP 98 a vu le jour en 2006 au Pérou, financé par UsAid; il doit permettre aux petits agriculteurs ruraux d accéder aux crédits. Pour éviter, ou tout du moins limiter, les risques vus dans la partie ci-dessus, le projet a décidé d adopter une «approche globale de financement de filière». Cela consiste à «travailler avec neuf coopératives de crédit pour améliorer leur performance financière et l adéquation de leurs conditions d épargne et de crédit, faciliter les liens de marché pour accroître la compétitivité de la filière et créer un réseau d agences pour diminuer les coûts de transaction.» 99 Un partenariat a été mis en place avec la coopérative Santo Cristo de Bagazan qui regroupe de nombreux producteurs ou associations de producteurs de café dans la région de San Martin. Après une évaluation initiale des difficultés rencontrées par les acteurs ruraux, il a été décidé d aider le financement d une association ayant un accord de vente avec un acheteur. Pour cela deux types de crédit ont été proposés : - Un crédit à la production pour les agriculteurs, devant leur permettre de financer leur récolte (notamment le surplus de liquidités nécessaire pour une récolte dite biologique). Ce crédit à une échéance de 6 à 9 mois et le taux d intérêt est de 2% par mois. Il est garanti par des commandes ou un titre de propriété. Des formations techniques sur les critères à respecter pour répondre à une agriculture «biologique» sont fournies par des assistant(e)s techniques, 98 CUMIP: Credit Union Market Integration Program 99 Expériences innovantes dans le financement des filières (2) : la méthodologie WOCCU au Pérou, H. Schiff and J. Stallard, AMAP microreport,
65 financé par la coopérative. Un projet du même type en Bolivie, pour le financement des cultures de café, a mis en place un crédit «avance sur commande», qui de par son appellation est assez clair Un crédit commercial a été proposé à l association devant lui permettre de payer les producteurs dès la livraison, avant de recevoir le paiement de l acheteur. Ce crédit a une échéance de 1 mois et un taux d intérêt de 2.2% par mois. Il est garanti par l engagement à fournir le produit. Une telle approche permet de limiter deux types de risques vus plus haut : la difficulté de suivi de l utilisation des prêts et les impayés. Pour le suivi des clients, la coopérative s appuie sur l association de producteurs, les assistants techniques et le(s) vendeur(s). Ces différents acteurs de la filière s assurent du suivi de la production, chacun ayant un intérêt spécifique à son bon déroulement. Le coût et la charge du suivi sont réduits pour la coopérative de crédit. Au niveau des impayés, le fait que tout ou partie de la production soit promise à un acheteur est une bonne garantie. La coopérative peut même, dans certains cas recevoir directement le remboursement des prêts par les acheteurs, une fois que ceux-ci ont reçu leurs commandes. On appelle ce type de mécanisme des remboursements «intégrés». C est aussi ce que préconise l approche Rabobank 101 ; l acheteur paye l agriculteur directement via l IMF, ce qui permet de rembourser son crédit puis d alimenter le compte de l agriculteur. Ainsi le risque d impayés, avant encouru par l agriculteur et l IMF, se transforme en risque de «performance» suivi par l agriculteur et l acheteur. Un point important pour le succès d une telle organisation est que le produit doit correspondre aux attentes des acheteurs, il est donc important qu acheteurs et producteurs dialoguent entre eux en amont pour se mettre d accord sur les conditions d achats et de ventes. On remarque aussi l importance du rôle des organisations professionnelles agricoles dans ce type de financement. Une limite peut être soulevée, cette approche ne résout pas le problème des aléas climatiques qui peuvent endommager tout ou partie de la production. Cette limite n est pas soulevée par le document de H. Schiff et J. Stallard, elle est cependant primordiale. Une telle approche semble donc gérable que sur des productions considérées comme peu enclines aux 100 Lorsque l agriculteur reçoit une commande de produit de la part d un client, le prêteur avance les fonds nécessaires à la pro- duction, à l emballage et à l acheminement de la commande. Purchase order finance in Bolivia, Innovations in financing value chains, H. Schiff, J. Stallard, AMAP, Rural banking in Africa: The Rabobank approach, G. Van Empel, Innovations in rural and agriculture finance, IFFPRI,
66 aléas climatiques ou autres risques non contrôlables. L approche du financement par la filière est donc souvent cantonnée aux filières «historiques» d une région, tel que le coton en Afrique de l Ouest ou le café en Amérique Latine 102. L approche filière reste souvent cantonnée aux filières dites équitables, apportant une forte plus-value aux produits 103. Il serait profitable de généraliser ce processus en tenant compte des expériences passées. Une dernière limite peut venir de l interdépendance des acteurs, en cas de crise dans la filière, cela entraine des situations difficiles pour tous les acteurs. Conclusion : Ces différentes évolutions dans la réponse des IMFs aux besoins des agriculteurs semblent prometteuses. Ces évolutions ayant fait l objet de nombreuses recherches, rapports, on peut espérer que les prochaines mises en œuvre s appuieront sur la bibliographie déjà existante et notamment sur les leçons tirées des expériences précédentes. Toutefois, il ne faut pas oublier que le fonctionnement (ou non) de toutes ces avancées techniques et de ces produits innovants restent très souvent lié à l adéquation entre la technique utilisée et le contexte local 104. Chaque contexte a ses problématiques et ses opportunités, il faut prendre en compte tout cela avant de mettre en œuvre les solutions envisagées. Pour cela, les phases d évaluations initiales de l environnement local sont très importantes. Conclusion de la deuxième partie : Le financement de l agriculture est donc une opération risquée, demandant de fortes connaissances sur le sujet. Les besoins des exploitants agricoles sont néanmoins réels et nécessitent que l on se penche sur la question. Les nouvelles approches laissent présager des innovations intéressantes et plus proches des besoins des agriculteurs. Cependant nombre d IMF sont toujours découragées face aux risques et aux couts de financement des zones rurales, qui jouent fortement sur leur pérennité financière. Cela repose la question de l adéquation possible entre performances financière et vision sociale des IMFs 105, qui est particulièrement prononcée en milieu rural. En effet, rendre possible l accès des exploitants 102 Evolutions récentes dans l offre et les stratégies de financement de l agriculture, C. Lapenu, Cerise, Décembre Ibid 104 Purchase order finance in Bolivia, Innovations in financing value chains, H. Schiff, J. Stallard, AMAP, Performance sociale versus performance financière des institutions de microfinance, I. Berguiga,
67 agricoles aux services financiers ne peut pas se faire au dépend de la pérennité financière des IMFs. Alors se repose la question des subventions à l agriculture par les gouvernements, qui reste ouverte 106 et semble souvent la seule solution pérenne pour une offre de services financiers accessibles à tous. Toutefois, il ne faudrait pas retomber dans les mêmes schémas nonefficaces des années tel que nous l avons vu dans l introduction. Ces subventions sont une réalité dans certains pays émergents tels que l Inde, le Brésil, la Turquie ou la Thaïlande 107, bien que ces pratiques soient fortement combattues par l OMC en raison du principe de libre-échange (mais autorisé pour la majorité des pays du Nord...). Cependant de telles interventions restent très peu probables dans un grand nombre de pays en développement ou les finances étatiques restent faibles. Ainsi le secteur rural a besoin des IMFs, étant pour l instant les seules à apporter une réponse de grande ampleur aux problèmes d exclusion financière. Il s agirait donc de faire du lobby auprès de ces dernières en leur démontrant que, via les nouvelles stratégies de financement et les nouveaux produits vus cidessus, elles peuvent allier financement de l agriculture tout en gardant une trésorerie positive. Dans une troisième partie, nous allons étudier un cas concret ou le financement de l agriculture a mis en difficulté une IMF. Nous verrons aussi comment certains des produits innovants étudiés ci-dessus ont pu être une solution à ces difficultés de financement. 106 Voir Quelles politiques publiques pour améliorer durablement la contribution de la microfinance a l agriculture?, F. Doligez, B. Wampfler, 107 Les subventions agricoles des pays émergents: incompatibles avec les règles de l OMC?, centre d études et de prospective, veille n 51,
68 PARTIE III : ETUDE DE CAS, LA MECFEPRODES : LE LIEN CONCRET ENTRE IMPAYES ET FINANCEMENT DE L AGRICULTURE. Au Sénégal, l Etat a accompagné le processus de microfinanciarisation 108 de l économie depuis les années 90. Suite à la crise bancaire des années 80-90, l Etat et les bailleurs de fond se sont lancés dans un assainissement du secteur. Ils ont mis en avant la microfinance comme instance prioritaire permettant de financer les plus pauvres dans leurs activités. Ainsi le secteur de la microfinance, dès les premières institutions, a été encadré par l Etat. Cela a permis un suivi du secteur par les autorités et a limité les risques de crises, les institutions de microfinance, sous convention cadre, doivent faire l objet d audit externe. Les différentes institutions étatiques donnent un cadre pour la protection des épargnants et des déposants. La loi sénégalaise a institué le terme Système Financiers Décentralisés (SFD) pour désigner les différentes formes d IMFs, nous utiliserons donc ce terme dans cette partie. Ce cadre légal, bien qu instituant certaines normes à respecter, a permis une croissance importante du nombre de SFD en peu de temps. Le taux de pénétration de la population totale est passé de 5% à 13% entre 2003 et Ceci a entrainé les conséquences que nous avons pu voir dans le première partie (concurrence importante, dégradation des portefeuilles...). Le ratio du portefeuille à risque (PAR) à 90 jours des SFD dépasse souvent la norme réglementaire de 3%, notamment dans les trois grands réseaux 110. De plus, il est important de comprendre que le secteur de la microfinance n a pas remplacé les autres sources de financement des ménages. Les tontines par exemple restent très présentes au Sénégal pour des raisons socioculturelles. Mais la microfinance a donné aux ménages la possibilité de se financer via le secteur formel. Bien que le secteur ait entrainé une forte dynamique de financiarisation de l économie, un secteur reste particulièrement délaissé : le secteur agricole. Les SFD financent principalement des zones urbaines. En 2010, la région de Dakar mobilise 45% de l encours de dépôts et 43% 108 On entend par processus de microfinanciarisation, l importance prise par la microfinance dans le secteur économique et bancaire Crédit Mutuel du Sénégal ; PAMECAS et ACEP. 68
69 de l encours de crédit. 111 En outre, on note que la majorité des crédits octroyés sont utilisés pour des activités commerciales. Le financement de l agriculture, comme nous l avons étudié dans la deuxième partie, fait face à des difficultés (risques importants, éclatement géographiques des clients). Les IMFs cherchant à s assurer un PAR faible ne se lancent pas dans le financement du secteur agricole, considéré comme trop risqué. Cependant, l objectif de l Etat est d intégrer la microfinance au secteur financier global tout en gardant son caractère social. La volonté des autorités est de faire de la microfinance un outil de développement économique et social. Les rapports et colloques émanant du gouvernement concluent souvent sur la nécessité de financer le monde agricole, de trouver des produits financiers adaptés aux besoins des populations rurales 112. Les bailleurs de fonds, soutenant l action du gouvernement ou des différents SFD poussent aussi dans ce sens 113. Ainsi plusieurs SFD, à l aune de la MecFEPRODES, se sont lancées dans le financement agricole et sont confrontées aujourd hui aux problèmes que nous avons pu voir dans la deuxième partie. Le défi est de rester rentable tout en aidant les agriculteurs dans leurs activités. Nous allons voir comment le gouvernement a mis en place un cadre légal structurant. Puis nous étudierons plus spécifiquement le cas de la MecFEPRODES, les difficultés qu elle rencontre depuis 2004 avec la montée des impayés, notamment dans le secteur agricole et ses initiatives pour endiguer le problème. 111 Etats des lieux sur le secteur de la microfinance au Sénégal, Expériences de microfinance au Sénégal, F. Doligez, F. Seck Fall, M. Oualy, Compte-rendu de l atelier de restitution de l évaluation finale du Programme d Appui a la Lettre Politique Sectorielle de la microfinance, Direction de la Microfinance, septembre Enjeux et défis, Le portail de la Microfinance au Senegal, MFEEF. 113 Le Canada souhaite lancer un Projet d Appui a la Finance Rurale, qui devrait démarrer en 2014, Revue conjointe du programme de coopération entre le Sénégal et le Canada, Direction de la Microfinance, juillet Evaluation finale du programme cadre UE/ACP sur la Microfinance, Rapport final, Janvier
70 I- Contexte général du Sénégal et méthode de collecte de données Nous étudierons dans cette partie, l émergence puis le renforcement du secteur de la microfinance au Sénégal. Ensuite nous verrons les caractéristiques de la MecFEPRODES, en tant que mutuelle d épargne et de crédit. Enfin nous verrons dans quel cadre les informations utilisées ont été récoltées. A) La microfinanciarisation de l économie sénégalaise. L Etat s est rapidement investit dans les activités de microfinance y voyant un outil de développement efficace pour les populations sénégalaises. L encadrement du secteur par l Etat a permis le développement «d une vision commune, d un cadre définissant les modes opératoires et (...) la mise en cohérence et l harmonisation des interventions des différents acteurs.» 114. Cela a limité les dérives possibles dans le secteur (comme nous avons pu les voir dans la première partie), notamment au niveau du respect des objectifs sociaux des institutions de microfinance. On peut toutefois se demander si les trois grands réseaux répondent réellement à des logiques sociales plutôt que financières. 1) Des années 1990 à 2004, une restructuration nécessaire du secteur. Suite à la crise bancaire qui a frappée toute la zone de l Afrique de l Ouest durant les années 80-90, le Sénégal a lancé un vaste programme d assainissement du secteur sous l impulsion de la BCEAO. En effet, suite à la crise les principales banques sénégalaises ont été restructurées, huit ont été liquidées (cinq du secteur public, trois du secteur privé), les autres se sont réorganisées pour répondre à des logiques purement commerciales. De plus, la principale banque de développement du Sénégal s est recentrée vers une clientèle spécifique : sociétés d'état, import-export, zones et cultures d'exportation, aménagements hydro-agricoles. 115 Ainsi, les petites et moyennes entreprises et les ménages ayant peu ou pas de garantie n ont pas pu accéder au système financier formel. Elles se sont tournés vers le secteur informel tel que les gardes de monnaies, l épargne associative, les tontines Comme l explique M. Lelart, le secteur informel s est avéré être le seul type de financement envisageable pour ces ménages pauvres, ne payant ainsi pas de frais de gestion et ne devant pas donner de garantie au préalable. Le secteur informel est définit par H. de Soto comme, 114 Etats des lieux sur le secteur de la microfinance au Sénégal, Expériences de microfinance au Sénégal, F. Doligez, F. Seck Fall, M. Oualy, (Doligez, Gentil, 1996). 116 Voir M. Lelart, De la finance informelle à la microfinance, Agence universitaire de la Francophonie. 70
71 «l'ensemble des activités économiques qui se réalisent en marge de la législation pénale, sociale ainsi que fiscale et qui échappent à la comptabilité nationale» 117. Il donne une définition large du secteur informel en le montrant comme «illégal» face à l Etat et ses réglementations. En se finançant via le secteur informel, les ménages ne peuvent avoir recours à l Etat et à son droit en cas de litiges, ce qui peut être très risqué pour eux. Face à cela, l Etat sénégalais a souhaité encourager l émergence de systèmes de financements alternatifs, tel que la microfinance. Les différentes formes d institutions de microcrédit sont désignées au Sénégal sous l appellation de Systèmes Financiers Décentralisés (SFD). Cela comprend les réseaux, mutuelles d'épargne et de crédit, groupements d épargne et de crédit et autres structures signataires de Convention-cadre. Les SFD sont régis selon la loi n du 03 septembre 2008 et le décret n Plusieurs dispositions ont été mises en place pour encadrer l essor de la microfinance. C est le cas notamment du projet ATOMBS (Projet d Assistance Technique aux Opérations Bancaires Mutualistes du Sénégal) en Puis de la Cellule d Assistance Technique aux Caisses Populaires d Épargne et de Crédit AT/CPEC en 1992 devant assurer la tutelle du ministre de l économie et des Finances sur les institutions de microfinance (IMF). On peut identifier une deuxième période dans l histoire de la microfinance au Sénégal avec l avènement de la loi cadre dite PARMEC qui fut adoptée en La loi se fixe les objectifs suivants 119 : protection des déposants, sécurité des opérations, recherche d autonomie financière des SFD et intégration de la finance informelle dans le cadre légal. La loi régule notamment les institutions mutualistes d'épargne et de crédit qui se trouvent placées sous tutelle du ministère des Finances. L'obtention de l'agrément leur confère la personnalité morale en contrepartie duquel elles sont tenues de communiquer un ensemble d'informations et de se soumettre au contrôle et aux règles prudentielles des autorités. La mise en place de ce cadre juridique a entrainé une croissance fulgurante dans le secteur. On est passé de 18 SFD en 1995 à 258 au 31 décembre 2011, repartis comme suit : 13 réseaux 117 La définition du secteur informel a fait l objet de nombreuses études comme le montre Les origines du concept de secteur informel et la récente définition de l emploi informel, J. Charmes, Banque mondiale, Ici nous retiendrons celle parue dans L'économie informelle avenir du tiers monde?, H. De Soto, Revenue alternatives économiques, n 122, République du Sénégal, loi n , 03/09/2008, portant réglementation des Systèmes Financiers Décentralisés. République du Sénégal, décret n , 28/10/2008, portant application de la loi relative à la réglementation des Systèmes Financiers Décentralisés au Sénégal. 119 Loi n*95-03 du 5 janvier 1995 portant sur la réglementation des institutions mutualistes ou coopératives d épargne et de crédit, République du Sénégal. 71
72 de microfinance, 3 sociétés commerciales (Microcred, Saint Louis Finances et Microsen) et 222 MEC ) La Lettre de Politique Sectorielle de la Microfinance, appui de l Etat pour faire de la microfinance un véritable outil de développement. Cette forte croissance a entrainé des effets négatifs, comme nous avons pu l expliquer dans la première partie. On été relevé notamment des problèmes de gouvernance et l insuffisance du contrôle interne, la relative dégradation du portefeuille, la faible performance des systèmes d information de gestion... Ainsi, depuis 2003, l État sénégalais a pris des mesures importantes traduisant sa volonté de faire de la microfinance un véritable outil de développement économique et social. En 2003, un Ministère en charge de la promotion et du développement de la microfinance a été créé : le Ministère de la Femme, de l Enfant et de l Entrepreneuriat Féminin (MFEEF) et en son sein la Direction de la Microfinance. Cette dernière assure l élaboration et la mise en œuvre de la politique générale du Gouvernement en matière de microfinance. En 2004, une Lettre de Politique Sectorielle de la microfinance (LPS/ MF) 121 ou Stratégie nationale de développement de la microfinance, fixe les orientations du secteur. L élaboration de la LPS/MF témoigne de l engagement de l État pour ce secteur dont le développement devrait permettre de mettre en place un cadre concret d appui à la stratégie de promotion des micro et petites entreprises, d appui au développement, de réduction de la pauvreté et de mobilisation des ressources internes et externes pour le développement. Le processus d élaboration de la Lettre Sectorielle s est fait en concertation avec les différents acteurs de la microfinance (les pouvoirs publics, les services financiers décentralisés, les partenaires bailleurs de fonds et le secteur privé), c est donc le résultat d une action concertée prouvant la volonté des acteurs de mettre en place une politique commune et plus efficace en la matière. A l issu du processus participatif, les acteurs du secteur ont validé le document de politique sectorielle, sa stratégie et son plan d action quinquennal ( ) lors d un atelier national en décembre L objectif général de la LPS est de «favoriser l accès à des services de microfinance viables et durables à une majorité des ménages pauvres ou à faibles revenus et des micro Etats des lieux sur le secteur de la microfinance au Sénégal, Expériences de microfinance au Sénégal, F. Doligez, F. Seck Fall, M. Oualy, République du Sénégal, Document actualisé de politique sectorielle de la microfinance et plan d action ( ). 72
73 entrepreneurs sur l ensemble du territoire d ici à 2015, grâce à des institutions de microfinance (IMF) viables s intégrant dans le système financier national». La vision commune partagée par les acteurs est de «disposer d un secteur de la microfinance professionnel, viable et pérenne, diversifié et innovant, intégré au secteur financier, assurant une couverture satisfaisante de la demande du territoire et opérant dans un cadre légal, réglementaire, fiscal et institutionnel adapté». La LPS s est fixé 4 grands axes stratégiques : - (1) L amélioration de l environnement légal et réglementaire pour un développement sécurisé du secteur. - (2) Un cadre institutionnel permettant une gestion articulée et concertée du secteur et de la politique sectorielle. - (3) Une articulation renforcée entre IMFs et Banques, favorisant le financement des MPE et PME, et une intégration du secteur de la microfinance au secteur financier. - (4) Une offre viable et pérenne des produits et services adaptés, diversifiés et en augmentation, notamment dans les zones non couvertes par des SFD professionnelles. Une réactualisation du plan d'action de la LPS a démarré en 2008 et se poursuivra jusqu'en Elle porte sur : - Au niveau de l'axe stratégique 2, l'introduction d'actions et de modalités relatives à la création d'un partenariat durable entre SFD et prestataires de services non financiers, l'encouragement à la mise en réseau des institutions non affiliées ; - Au niveau de l'axe stratégique 3, l'introduction d'un troisième résultat relatif à la mise en place de mécanismes facilitant l'accès des PME et SFD aux différentes sources de financement ; - Au niveau de l'axe stratégique 4, l'introduction d'une action relative au renforcement de la communication sur le secteur par l'élaboration et la mise en œuvre d'un plan de communication sectoriel. Approuvée par le Gouvernement du Sénégal en avril 2005, le plan d action de la LPS a également reçu le soutien des partenaires bailleurs de fonds à l issue d une table ronde des bailleurs organisée à la même période. Ceux-ci se sont engagés à soutenir la réalisation du plan d action en finançant les 20,8 milliards FCFA du budget. Pour mettre en cohérence les interventions dans le secteur et assurer le suivi-évaluation de la mise en œuvre du plan d action, un Comité National de Coordination des activités de microfinance (CNC) a vu le jour en Ce comité a notamment durci les critères permettant la reconnaissance des GEC (groupements d Epargne et de Crédit) en tant que 73
74 telles 122. Ces GEC sont passés de 404 en 2004 à 315 en Une évaluation 124 finale a été réalisée au second semestre Elle souligne une bonne pertinence et une efficacité générale du dispositif de mise en œuvre. Le plan d action de la LPS a su s intégrer aux priorités nationales. Cependant plusieurs recommandations ont été formulées, entre autres ; «prendre en charge le financement du monde rural par le renforcement du financement des SFD ruraux et l appui aux initiatives locales, notamment celle promues par les Organisations Paysannes», «poursuivre le processus de professionnalisation des SFD», «diversifier les produits en fonction du ciblage et du maillage effectués (microassurance, mobile banking)». Le Plan d Action de la Lettre Politique Sectorielle a été prolongé pour une période d au moins 12 mois ( ). Conclusion L Etat sénégalais a donc poussé et organisé l émergence du secteur de la microfinance depuis le milieu des années 90. Il a été supporté par de nombreux bailleurs de fonds, notamment depuis l avènement de la microfinance sur la scène internationale dans les années Les deux principaux défis du secteur, selon le MFEEF, sont la professionnalisation des SFD et le développement de produits attractifs et durables, notamment en milieu rural. B) Les caractéristiques de la MecFEPRODES: son ancrage dans la région et la prévalence de ses buts sociaux. La MecFEPRODES est connu dans la région de Saint Louis et plus largement dans la Sénégal. Elle est reconnue pour son expertise dans le domaine agricole de la région de Saint Louis. Son ancienneté et ses projets à buts sociaux, lui ont permis de gagner la confiance de sa clientèle cible. 1) La MecFEPRODES, mutuelle pionnière dans la région de Saint Louis. La Fédération de groupements et associations de femmes productrices de la vallée du fleuve du Sénégal (FEPRODES) a été lancée en 1997 sous l impulsion de Madame Cissé pour financer les femmes du delta du fleuve du Sénégal dans leurs activités agricoles notamment. 122 Afin que le secteur reste gérable par le gouvernement, celui-ci a durci ses critères notamment ceux envers «de grosses tontines améliorées» que l on pouvait retrouver dans ces GEC. 123 Rapport d activités de la cellule AT/CPEC 124 Compte-rendu de l atelier de restitution de l évaluation finale du Programme d Appui à la Lettre Politique Sectorielle de la microfinance, Direction de la Microfinance, septembre
75 La MecFEPRODES a été créée à partir des cotisations de 50 FCFA de 50 femmes. Elle est promue Mutuelle d Epargne et de Crédit (MecFEPRODES) dans le cadre de la loi PARMEC en L histoire de la région a entrainé une répartition des parcelles agricoles entre les hommes, chefs des ménages, laissant les femmes en dehors des décisions. Bien que la constitution sénégalaise de 2001 accorde aux femmes «un accès égal à la terre et aux ressources naturelles», les pratiques foncières coutumières persistent. Ces traditions consistent en une répartition des terres entre hommes. Ainsi, les résultats d une étude menée par le GESTES 125, «montrent que 94,53% des ménages possédant une terre ont pour chef un homme et 5,47% ont pour chef une femme.» Dans la vallée du fleuve Sénégal, 69.8% des femmes affirment ne pas avoir accès à la propriété foncière. 126 Cela ne signifie pas que les femmes n ont pas accès aux exploitations agricoles mais «cet accès consiste surtout en permissions temporaires à cultiver de petits terrains.» 127 N étant pas propriétaire, les femmes ont que très peu d impacts sur les décisions prises et leur avis est rarement pris en considération. Pourtant les femmes, sont souvent responsables des ressources alimentaires du ménage 128. En outre, S. Souleymane 129 explique : «elles ont une plus grande propension que les hommes à dépenser leurs surplus net pour l alimentation familiales, l habillement, l éducation et la santé des enfants.» Face à cet inégal accès aux terres, les femmes ont développé des initiatives parallèles et se sont constituées en organisations. Ces organisations se sont regroupées au sein de la MEC. C est dans ce contexte que la mutuelle s est fixée ses objectifs : - lutter contre la pauvreté qui s est féminisée - lutter pour l accès à la terre, au crédit et la protection des ressources naturelles ; -lutter pour la participation de la femme rurale à tous les progrès techniques dans l élaboration et la réalisation de toute politique nationale relative à l agriculture et de toute autre activité rurale. 125 Les femmes et la terre, Groupe d Etude et de Recherche Genre et Société (GESTES), Université Gaston Berger, Saint Louis, Ibid 127 Ibid 128 «Outre leurs rôle d épouse et de mère, elles devaient souvent combler les défaillances du père de famille, remplacer le fils prodigue et incarner l espérance des leurs. De toute façon, c est toujours aux mères que les enfants réclament à manger.» F. Diome, Celles qui attendent, Flammarion, Microfinance, pauvreté et développement, S. Soulama, AUF,
76 La mutuelle compte aujourd hui plus de 346 groupements et associations et plus de femmes. D abord ouverts qu aux femmes, les activités de la mutuelle se sont élargies aux hommes, en Sa mission est définie de la manière suivante : «Contribuer à la réduction de la pauvreté en offrant des produits et services financiers et non financiers adaptés aux besoins des populations, en particulier les femmes et micro-entrepreneurs». En outre, les buts sociaux que s est fixé la mutuelle sont les suivants : Tableau 5 Buts et objectifs sociaux de la MecFEPRODES Buts sociaux Sélection : Les femmes et les jeunes microentrepreneurs en particulier Satisfaction : Offrir des produits et services financiers et non financiers adaptés Dépassement : Contribuer à la réduction de la pauvreté Objectifs sociaux, dans chacune des trois prochaines années ( ) : 1- Au moins 25% des nouveaux adhérents sont des jeunes microentrepreneurs 2-60% des nouvelles adhésions sont des femmes issues du monde rural 3-55% des nouveaux membres sont en dessous du seuil de pauvreté 1-40% des bénéficiaires de crédit ont reçu au moins une formation en microentreprise 2-70% des bénéficiaires de crédit sont des femmes 3-50% du portefeuille de crédit est détenu par les femmes 4-25% du portefeuille de crédit est détenu par des jeunes microentrepreneurs 1-30% des bénéficiaires de crédit ont vu leur épargne volontaire progresser d au moins 10% 2-40% des anciens clients femmes rurales bénéficiaires de crédit franchissent le seuil de pauvreté au bout de 5 ans Source : Appui à la mise en place d un système de gestion des performances sociales (GPS), audit externe, La mutuelle s est aussi dotée d une fondation FEPRODES permettant de mettre en place des projets innovants et pionniers, notamment pour sécuriser la filière riz. La fondation est soutenue par différents bailleurs de fonds (Usaid, Oikocrédit, Grameen Crédit Agricole Fondation), ce qui lui permet de mener des projets expérimentaux. Pour atteindre ses objectifs, la mutuelle s est dotée d une Assemblée Générale, d un conseil d administration et d un bureau fédéral. Le siège de la mutuelle est situé à Saint Louis 76
77 (Département de Saint Louis), et des guichets se sont ouverts tout au long de la vallée du fleuve. On en compte aujourd hui 8 dans les deux autres départements de la région : Boundoum, Gaé, Thiagar, Richard-Toll, Ross-Bethio (Département de Dagana), Fanaye, Podor, Thillé Boubacar (Département de Podor). Ainsi la MEC est très ancrée sur le territoire de la région de Saint Louis, ce qui lui donne une bonne connaissance du terrain et une expertise sur l agriculture et sa commercialisation, les principales activités exercées dans la région. 2) Analyse croisée des produits de crédit proposés par la mutuelle. La MecFEPRODES proposent plusieurs types de produits, selon le domaine d activité, le type de projet, la situation (stable, précaire...) du client. L offre de crédit inclut des crédits individuels et de groupe octroyés en milieu rural, péri urbain et urbain. Depuis toujours, l institution est particulièrement impliquée dans le soutien de la filière rizicole de la Vallée du Fleuve Sénégal. Le crédit le plus octroyé est le crédit de campagne, destiné au financement de la production, de la transformation et de la commercialisation de produits agricoles (riziculture, maraichage, agroforesterie, élevage, pêche et transformation de pêche). La MecFEPRODES propose aussi le crédit d équipement, destiné à l achat de matériel agricole, de transformation, de transport ou autres infrastructures. Il s adresse aussi bien aux groupes qu aux individuels, qui désirent créer ou consolider leurs entreprises. Le crédit commerce, accordé pour le financement des activités génératrices de revenus. Il s adresse aussi bien aux groupes qu aux individuels. Le crédit individuel, consacré aux individus souhaitant se lancer dans une activité génératrice de revenus. Enfin, le prêt Diamra, destiné a des personnes vulnérables, aux moyens très limités et particulièrement aux femmes. Le renouvellement est rapide si le remboursement est régulier 77
78 Tableau 6 Les différentes caractéristiques des crédits proposés par la mutuelle Crédit Crédit Crédit Crédit Prêts Campagne Equipement Commerce individuel Diamra Bénéficiaires Groupes de 5 personnes Groupe ou individu Groupe ou individu Individu Individu Plafond (en FCFA) Echéance Remboursement unique Selon l activité Remboursement mensuel Remboursement mensuel Taux d intérêt 1.7% mensuel dégressif 1.7% mensuel dégressif 1.7% mensuel dégressif 1.7% mensuel dégressif 1.2% mensuel non dégressif Durée du prêt Varie selon les campagnes 12 à 36 mois 6 à 12 mois 6 à 36 mois 10 mois Différé Néant Selon l échéance 1 mois, 2 mois pour collecte, transformation et commercialisation du riz local. 1 mois Apport 10% du crédit sous forme d épargne préalable Entre 10 et 20% du crédit sollicité sous forme d épargne préalable Groupe : 10% du crédit sollicité sous forme d épargne préalable. Individus : 20% Epargne préalable : 1/5 du crédit Epargne préalable : 200FCFA par mois pendant 3 mois Garantie Caution solidaire Groupe : Caution solidaire + nantissement du prêt Individu : valeur supérieur au montant du prêt (titre froncier, nantissement du prêt) Groupe : caution solidaire Individus : épargne obligatoire de 6% du montant du prêt Nantissement du prêt ou être valisé par une personne solvable Epargne régulière pendant 3 mois. Depuis 2007, la mutuelle s est dotée d un système d information de gestion informatisée, permettant la production de données fiables et d améliorer la gestion de l ensemble de l institution (portefeuille, liquidité...). 78
79 La MecFEPRODES est financée par des cotisations des groupements et associations membres, des bénéfices générés par des activités initiées et des dons et libéralités (bailleurs de fond, projet gouvernementaux). C) La méthodologie adoptée afin de récolter des informations au sein de la MecFEPRODES Les données reportées proviennent d une collecte d informations effectuée au sein de la MecFEPRODES avec l aide des agents de crédit. De nombreux documents ont été mis à ma disposition durant les 2 mois et demi qu auront duré mon stage. Enfin des discussions au sein de la MecFEPRODES et dans le cadre de colloque avec des organismes partenaires m ont permis de faire une analyse personnelle de la situation. Une enquête auprès des clients directement s est révélée inenvisageable du fait que je ne parle pas le dialecte Wolof. Cependant j ai pu obtenir des informations sur leurs statuts par leurs dossiers et sur leurs comportements par des interviews effectuées auprès des agents de crédit. 130 En effet, les différents agents de crédit de l agence du siège de Saint Louis ont accepté de me donner leur ressenti sur la situation actuelle de la MecFEPRODES, leur relation avec les clients et sur les logiques comportementales des clients. Cette aide précieuse m a permis de mieux comprendre les enjeux de la situation, notamment sur les impayés et le financement de l agriculture. Ces récoltes d informations ne sont donc pas directement des «paroles de clients», cependant j ai aussi suivi les agents de crédit sur le terrain dans le cadre de leurs actions de recouvrement de crédit. Cela m a permis d avoir une vision plus précise des difficultés du recouvrement, de la réaction des clients et des raisons invoquées sur les délais et retards de remboursement. J ai ainsi pu apprécier la diversité des cas et des difficultés rencontrées par les clients dans l exercice de leurs activités. Dans les missions de terrain, ma vision du caractère social de la MEC s est confirmée, les agents (contrairement à ceux en Inde) cherchant d abord à trouver une solution acceptable pour les deux parties avant d en venir aux «menaces» d huissier et de justice 131. Les entretiens avec les agents de crédit m ont aussi appris à dissocier le discours donné par les clients de la réalité des faits. Il faut être conscient que certains des clients mènent un discours 130 Annexe XX : grille d entretien pour les agents de crédit. 131 A ce jour, aucun client n a jamais été poursuivi en justice, des accords à l amiable ont toujours été trouvés. 79
80 type, cherchant à contourner le système et attirer la sympathie de l agent de crédit, voire à le manipuler. Toutefois, certains clients ont de vraies revendications à l égard de la mutuelle. Il est parfois difficile de discerner le vrai du faux et cela pose aussi la question de la légitimité et de la subjectivité des agents de crédit à déterminer les bons des mauvais clients (et les sanctions en découlant). Les participations aux discussions sur les orientations et les projets futurs de la mutuelle m ont sensibilisée aux difficultés organisationnelles et politiques auxquelles elle doit faire face. J ai aussi pu apprécier la dynamique des membres de l équipe et notamment de Madame Cissé à monter de nouveaux projets, à être innovant, à se réformer afin que la MEC reste compétitive. Enfin, la participation aux colloques sur le développement et l organisation de la filière riz m a permis de voir les différentes actions menées dans la région de Saint Louis, les points d accords et de désaccords entre les organisations relevant de visions stratégiques différentes sur le long terme. En effet, les différents organismes n ont pas forcément la même idée du développement durable, de la structuration de la filière riz du fait de leurs expériences passées. D ou l intérêt de les capitaliser pour que les erreurs ne se reproduisent pas indéfiniment. Tout cela m a permis de mieux comprendre la difficulté de conjuguer performances sociales, organisationnelles et financières pour les IMFs. Conclusion La microfinance est bien implantée au Sénégal et de nombreux SFD se sont développés sur des modes différents (mutuelle, ONG, réseaux...). Le gouvernement a largement encouragé l émergence du secteur. La Mec fait partie du réseau des SFD qui s est développé au Sénégal. La MEC est très ancrée dans la région et tient à son caractère social. 80
81 II- Quelles incidences l augmentation des impayées a t elle sur les SFD? Pourquoi les impayés augmentent-ils? Depuis 2004, la MecFEPRODES voit ses impayés augmenter. Partie d un taux de remboursement quasi-parfait, la mutuelle voit depuis quelques années son taux d impayés augmenter et ce n est que récemment que ce problème a été pris en compte et que des solutions sont apportées. Son PAR à 30 jours est passé de 10% en 2004 à 35% en 2011 A) Une augmentation des impayés qui se révèle handicapante pour la MecFEPRODES et qui correspond à une difficulté de conjuguer performances sociales et performances financières. Au sein de la MecFEPRODES, les impayées ont augmenté ces dernières années. Ces hausses ont des conséquences déplorables sur le bon fonctionnement de la mutuelle et la met en danger quant à sa viabilité financière. Cela révèle aussi les difficultés des SFD à concilier leurs objectifs sociaux et financiers. 1) Le cas de la MecFEPRODES Tout d abord, selon la législation en cours au Sénégal, un système de financement décentralisé ne peut avoir un PAR à 90 jour supérieur à 3% (de l ensemble de son portefeuille). De plus, selon la BCEAO pour qu une institution financière soit viable, il faut que son épargne soit double de son encours de crédit. A la MecFEPRODES, le taux d impayés est de 35%. D un point de vue comptable, on note les crédits jusqu à 24 mois de retard comme crédits en souffrance. Ce sont ces crédits qui sont comptabilisés dans le taux d impayés. Les crédits ayant plus de 24 mois de retard sont enregistrés comme crédits radiés, c est à dire qu ils passent en perte, ils ne sont plus enregistrés comme impayés. Lors du recouvrement, l argent recouvré est comptabilisé comme un produit exceptionnel. Les fonds propres sont composés des taux d intérêts, des frais de gestion et de dossier et des subventions des partenaires. Ces fonds propres doivent normalement être ré-investis et permettre de financer les crédits futurs. En cas d impayés trop importants les fonds propres servent à provisionner les crédits passés en perte. En résumé les fonds propres sont utilisés pour rembourser à la place des clients les dettes dues à la MecFEPRODES afin d alléger le portefeuille défaillant. 81
82 Pour faire face à ses «trous budgétaires», la MEC pourrait décider d augmenter ses taux d intérêt ou de diminuer ses frais opérationnels mais cela ne serait pas congruent avec sa politique sociale. De ce fait, la MecFEPRODES doit contracter des lignes de crédit plus importantes afin de ne pas voir diminuer son activité d octroi de crédit et satisfaire ses clients. Or les lignes de crédit contractées auprès des banques coutent chères, les taux d intérêt sont élevés. Enfin, la dégradation du portefeuille a une incidence négative sur les fonds alloués par les bailleurs de fonds. Le taux des PAR à 30 jours ou 90 jours, étant l indice le plus souvent pris en compte par les bailleurs pour analyser la stabilité des SFD. Cette stabilité étant un gage de qualité. 2) Les difficultés rencontrées par les SFD pour lier intérêts financiers et sociaux. Les SFD sont confrontées à des logiques internes afin de conjuguer leurs performances financières et leurs performances sociales. En effet, les SFD doivent faire face à un double défi d impact et de pérennité ; d impact afin de faciliter l accès aux crédits pour les ménages ne pouvant se financer par le secteur bancaire classique, de pérennité afin que la mutuelle perdure dans le temps, ne fasse pas banqueroute. L histoire de la microfinance a montré les difficultés pour les IMFs autonomes (sans allocations publiques) d acquérir un équilibre financier viable permettant d avoir toujours les liquidités suffisantes pour financer ses clients tout en gardant leurs objectifs sociaux d utilité et de proximité. Dès lors, de nombreuses SFD ont progressivement glissés vers des visions plus commerciales que sociales. En effet pour s assurer un faible taux d impayés, il apparaît plus simple de se focaliser sur les clients les plus surs et les plus rentables. Les SFD financent plutôt «les plus riches parmi les pauvres» 132. On comprend que cette logique ne permet pas de répondre au problème d exclusion financière des catégories sociales les plus pauvres de la population. Mais, elle permet aux SFD de s assurer un taux de remboursement quasi-parfait. De plus, il peut s avérer que les actionnaires mettent une pression sur les SFD, souhaitant voir leurs dividendes augmenter. Pour répondre à ses volontés les SFD peuvent augmenter leurs taux d intérêts. Les actionnaires se justifient en expliquant que le financement du microcrédit est un investissement risqué donc que les taux d intérêt doivent y être plus élevés. Cependant, cela exclu les emprunteurs les plus pauvres, ce qui va à l encontre des buts de la microfinance 132 Introduction à la microfinance, M. Sangaré, ESSACHESS, Journal of Communication studies,
83 sociale. Ainsi de nombreuses SFD sont aujourd hui plus motivées par l appât du gain que par une volonté intrinsèque d aide aux plus démunis. Des SFD ont changé de statut pour devenir Société Anonyme ou Banque, ce qui peut être révélateur des stratégies adoptées. Il faut toutefois nuancer, comme l explique JM. Servet 133, certaines coopératives ou mutuelles ont permis des détournements de fonds par les administrateurs ou les employés, ont favorisé les emprunteurs urbains au détriment des paysans, alors que Basix en Inde (organisation à forme lucrative) est reconnue comme appartenant à l économie solidaire. Il n en reste pas moins, que «les objectifs économiques des établissements ayant adopté un statut lucratif incluent, outre le recouvrement de leurs coûts, la rémunération du capital, ce qui induit une contrainte supplémentaire sur leurs prix et leur stratégie.» 134 Suite aux nombreuses crises auxquelles la microfinance a été confrontée (voir première partie), ces logiques de préférence pour le financier ont été décriées 135 et sont aujourd hui largement remises en cause. F. Bédécarrats dans sa thèse 136 a cherché à voir quels types de structure étaient la plus à même de conjuguer performances sociales et performances financières, il en a extrait le tableau ciaprès. 133 La crise du microcrédit en Andhra Pradesh (Inde), JM Servet, Revue Tiers Monde, n 207, La microfinance entre utilité sociale et performances financières, F. Bédécarrats, Thèse de doctorat en Sciences Politiques, Paris I Panthéon Sorbonne, juin Commercialisation et dérive de la mission des IMF: La transformation de la microfinance en Amérique Latine, R. Christen, 2001 Du bon usage de l approche commercial, M. Labie et M. Mees, 2005 Quand le microcrédit se mue en business très rentable, J. Bouissou, Le Monde, 31 janvier La microfinance entre utilité sociale et performances financières, F. Bédécarrats, Thèse de doctorat en Sciences Politiques, Paris I Panthéon Sorbonne, juin
84 Figure 5 La microfinance entre utilité sociale et performances financières Source : F. Bédécarrats, élaboration à partir de la base de données de CERISE (2011), 306 IMFs représentées. On remarque que les Banques et IMFs à but lucratif ont de manière générale de moins bons résultats que les ONG et les coopératives. Cependant les banques ont une bonne qualité et diversité de services comparativement aux ONG et coopératives. Ces dernières ayant de bons résultats au niveau du ciblage des exclus et des bénéfices pour les clients. La relation avec la clientèle et la confiance sont aussi plus importante dans ce type de structure. Toutefois, les SFD se doivent d être viables financièrement afin de pouvoir financer les plus démunis. F. Bédécarrats se pose la question suivante «Comment la contribution au développement et à la réduction de la pauvreté affecte- t-elle la pérennité économique des IMFs?» Même si l on a vu que le respect des performances sociales est un atout majeur pour les SFD, il ne faut pas que cela entrave la viabilité de l institution. Hors certains objectifs sociaux peuvent entrainer des externalités négatives sur la stabilité financières des SFD. Par exemple, le ciblage des plus pauvres des pauvres (the poorest of the poor) est difficile, il est fréquent que les SFD dévient vers une clientèle plus aisée donc moins risquée, ayant plus de garanties. Outre les débats théoriques sur l impact du microcrédit sur les plus pauvres, les SFD sont limitées dans leurs actions de prêts au plus pauvres, ces derniers étant plus difficilement au courant des modalités de crédit. Pour atteindre les plus pauvres, il faut mener des réelles actions ciblées vers eux avec des produits spécifiques, ce qui demande plus de formations pour les clients et plus d attention de la part des agents de crédit. Selon les mêmes logiques le financement de l agriculture reste un domaine très risqué pour 84
85 les SFD et peut les mettre en péril si elles n ont pas un portefeuille suffisamment diversifié ou des produits spécifiques. Enfin, les formations des clients et du personnel ont un cout important mais sont pourtant primordiaux au bon fonctionnement des SFD. Un autre facteur à prendre en compte est le sentiment ressenti ou non, par les agents de crédits, du caractère social de leur travail. Souvent les dirigeants ont conscience (et cela peut être leur principale motivation) de l impact positif de leurs actions sur la population locale. De plus, cette performance sociale permet d attirer les bailleurs de fonds. Pour autant les agents de crédit ou le personnel des agences n ont pas forcement conscience des externalités sociales de leurs actions. Ils considèrent leur travail comme un service financier pour la population et non comme un outil de développement. Cela peut entrainer un manque à gagner en terme de motivation pour le personnel et les agents de crédit, qui ne ressentent pas les aspects positifs de leur travail. A la MecFEPRODES, cela peut être le cas, certains salariés considérant la Mec plus comme une banque qu une institution d aide aux exclus financiers. On pourrait supposer que ne voyant pas les logiques d ensemble et l impact du microcrédit sur les clients 137, ils en oublient les raisons principales de l existence de la MecFEPRODES. D autres exercent leur métier parce que c est le seul qu ils ont trouvé (suite à leurs recherches d emploi) et non pour répondre à leurs aspirations personnelles de venir en aide aux autres. Conclusion Pour exister une IMF (ou toute entreprise) doit avoir des comptes sains, c est à dire une trésorerie positive ou l ensemble des recettes doit être supérieur (ou égale) aux dépenses. Sa comptabilité doit donc respecter les codes spécifiques à toute entreprise. Cela permet d éviter une fragilisation de l institution, un endettement trop important et au pire des cas une faillite. Bien qu ayant un but social, ces règles de comptabilités basiques s appliquent aussi aux SFD. S ils souhaitent pouvoir continuer à proposer des services financiers aux exclus de la finance, ils doivent s assurer d avoir un bilan comptable positif. La MecFEPRODES s est vu confrontée à ce problème, les taux d impayés de ses crédits ayant fortement augmenté ces dernières années. Alors qu elle met en avant son statut d organisation sociale «aidant les femmes de la vallée du fleuve Sénégal» à accéder aux crédits, elle a de plus en plus de mal à limiter ses taux d impayés. Ce qui aurait pu lui être fatal et desservir la cause de tous ses 137 L impact du microcrédit reste une question ouverte; voir: Viabilités et impacts de la microfinance, Bilan et Perspectives, dossier préparatoire des journées d études IRAM, septembre La microfinance est-elle socialement responsable? I. Guérin, C. Lapenu, F. Doligez, Revue Tiers-Monde, n197,
86 clients. Dans un tel cas un SFD arrive à son paradoxe en ne remplissant ni ses obligations financières ni ses obligations sociales. B) Dans le cas de la MecFEPRODES, quelles sont les raisons qui ont entrainé une augmentation du taux d impayés? Les clients du microcrédit sont de fait des individus ne pouvant accéder aux crédits classiques dans les banques commerciales, car n ayant pas les garanties nécessaires. Les clients de la MecFEPRODES sont donc plutôt des petits entrepreneurs sans ressources stabilisées. C est notamment le cas des populations dites «précaires», c est à dire qu elles se situent juste au-dessus du seuil de pauvreté mais un risque exogène peut les faire basculer en dessous. Ainsi, les finances des clients sont souvent vulnérables, elles ne sont pas résilientes face aux aléas de la vie. Dans cette partie nous reviendrons sur les difficultés majeures rencontrées par les clients et entrainant la montée des impayées au sein de la MecFEPRODES. Nous verrons aussi les difficultés de l octroi et du suivi des dossiers des clients. 1) L instabilité des finances des ménages : source de précarité et sujet d impayés. Contrairement à ce que l on pourrait penser, les difficultés de remboursement des emprunteurs ne sont pas simplement dues à un simple échec de leurs activités, c est même rarement le cas. En effet, ce n est pas que leurs stratégies commerciales soient mauvaises mais plutôt que leur vie personnelle est trop étroitement liée à leurs activités. L excédent des ressources est souvent employé pour les dépenses incompressibles des ménages. Il y a une confusion entre gestion professionnelle et gestion domestique des revenus et des dépenses. Selon les estimations des agents de crédit seul 1 client sur 10 serait capable de donner un bon bilan d exploitation. Pour les autres, ils observent une confusion entre les revenus des activités et l argent domestique. De plus, très peu de clients ont de l épargne mobilisée. D ailleurs l offre de produit d épargne au sein de la MecFEPRODES est sous utilisé par les clients. Le plus souvent ce sont les investissements dans du bétail ou dans les tontines qui constituent l épargne des ménages. Ainsi en cas de problème l argent octroyé est directement sacrifié et utilisé dans une activité non génératrice de revenus. Les besoins quotidiens sont pressants et la tentation d utiliser l argent du crédit pour soulager les charges familiales trop fortes. Toutefois, on note que les crédits Diamra et autre 86
87 petit crédit (inférieur à FCFA) tombent moins souvent en impayés que les autres. Ce ne sont pas les plus nécessiteux (si on suppose que le crédit Diamra est demandé par les plus pauvres) qui vont avoir le plus de mal à rembourser. Cette utilisation de l argent immédiatement en cas de difficultés vient aussi du fait d une très forte prévalence pour le présent. I. Guérin explique 138 «Les femmes n hésitent pas à vendre à perte pour satisfaire leurs besoins immédiats. Les notions de capital et de résultat n ont plus la même signification ; lorsque l horizon temporel se rapproche de l immédiat, le capital n est pas un stock mais un apport de liquidité». De plus, au moment des fêtes religieuses (musulmanes notamment), les ménages n hésitent pas à s endetter davantage pour respecter les traditions. Certaines SFD proposent des crédits adaptés, comme c est le cas du «crédit événement» du Groupe MECIS (Mutuelle d Epargne et de Crédit Islamique du Sénégal) 139 Des sensibilisations plus insistantes sur l importance d utiliser l argent dans une activité génératrice de revenu devraient êtres faites lors de la procédure d octroi de crédit. Cependant comme l explique les agents de crédit, les clients disent «oui à tout» pour avoir leur crédit mais ne sont pas forcement attentif à ce qu il leur est dit. Il est difficile de leur faire prendre conscience qu il faut utiliser leur argent de manière efficiente, pour un projet précis afin de ne pas se laisser embarquer dans une spirale de l endettement. Ces logiques comportementales soulignent deux problèmes dus à la précarité des finances des ménages et qui mènent à des situations d impayés : celui du caractère souvent instable des finances des clients ce qui les rend vulnérables aux chocs et celui du détournement d objectif. Les deux raisons pouvant être cumulatives. - Caractère instable des finances des clients : La principale raison du non-remboursement évoquée par les clients lors des recouvrements est l émergence d un problème familial (maladie, décès, perte d un emploi...). Ainsi, un aléa de la vie peut obliger le client à interrompre son activité ou à se servir de la totalité des bénéfices pour recouvrir l incident. Le surplus dégagé n est alors plus dédié au remboursement de son crédit et des intérêts mais aux nouveaux besoins survenus. Cela est aussi vrai au niveau 138 Pratiques monétaires et financières des femmes en situation de précarité. Entre autonomie et dépendance, Thèse de Doctorat, I. Guérin, Les produits financiers islamiques, Expériences de microfinance au Sénégal, F. Doligez, F. Seck Fall, M. Oualy,
88 national, selon une enquête menée par le CGAP 140, 60% des ménages sénégalais (à bas revenus) considèrent la maladie comme principale menace pour les finances, viennent ensuite les décès pour 11% d entre eux. Prenons l exemple de Madame Ndeye Fatou Gningue : elle a reçu plusieurs crédits pour restaurer une buvette puis pour la faire fonctionner (fonds de roulement) Elle a déjà reçu deux crédits, un de FCFA en juillet 2008 et remboursé en septembre Un autre de FCFA en Elle a reçu un troisième prêt de FCFA devant être remboursé en 12 mois. Elle a un an de retard sur ce dernier prêt. Elle s occupait de la buvette avec sa mère et partageait donc les prêts avec elle. Elles avaient aussi un commerce d import de petits produits venants de Dakar (tissus, produits de beauté) qu elles revendaient à Saint Louis. L année dernière sa mère est tombée malade et est décédée. Outre le choc émotionnel, le décès a eu des répercussions sur les finances de la cliente. Elle a du avancer les frais lié à l enterrement et le fait qu elle doive s occuper seule de la buvette a entrainé un ralentissant des activités. Par la suite Ndeye Fatou Gningue a été hospitalisée et a du arrêter son activité de vente, ne pouvant plus se déplacer à Dakar. Maintenant elle ne se consacre plus qu à sa buvette qui n a pas fait faillite. Ce n est donc pas parce que l activité menée par Ndeye Fatou Gningue n était pas rentable qu elle n a pas pu rembourser son crédit mensuellement mais bel et bien les difficultés personnelles qui ont fait que l argent était alloué à d autres causes plus urgentes. On peut aussi prendre l exemple de Monsieur Ibrahima Dioum qui s occupe d une affaire de petit commerce depuis 15 ans. Il est émigré en Europe. Son dernier prêt est de FCFA. Il a des retards d échéance depuis 9 mois. Lors d un déplacement sur le terrain pour faire recouvrir le prêt, son épouse nous explique qu Ibrahima est tombé malade et a été hospitalisé en Italie. Il n est pas rentré depuis 6 mois. Son commerce consistait en l import et l export, d abord de meubles puis progressivement d un éventail plus large de marchandises. Il a déjà investit son capital mais n a pu faire fructifier ses investissements suite à sa maladie. Sa femme est aussi cliente à la MecFEPRODES, c était un couple de bons clients mais suite à sa maladie Ibrahima Dioum se retrouve en situation de retard de paiement. On comprend donc que ses individus soient dans des situations très précaires et instables ; une maladie, un décès peuvent totalement perturber leurs investissements, leurs calculs de trésorerie. Cela pose aussi la question des assurances pour les plus pauvres ou de 140 Cartographie de la demande et de l utilisation des services financiers par les populations à bas revenus, CGAP, juillet
89 l épargne. L assurance est parfois prise en compte dans les groupes solidaires mais cela reste des cas très particuliers. L épargne quant à elle est souvent mobilisée sous forme de cheptels ou de tontines mais est rarement placé dans les banques ou les IMFs. En effet, l argent dans ce cas risque d être sollicité par des proches dans le besoin ou perçu par la famille comme lui appartenant (non individuellement mais collectivement) selon un principe de solidarité sur le revenu 141. Ainsi la tontine reste un moyen sur de mobiliser une épargne à laquelle on ne «peut pas» toucher. De même, l argent «donné» pour les cérémonies de mariages ou de baptême de la famille proche permet d assurer un revenu lors du baptême ou du mariage d un de ses propres enfants. - Détournements d objectifs ; Les clients de la mutuelle sont des personnes en situation précaire, dont les besoins quotidiens ne sont pas satisfaits. Ainsi il est fréquent que le crédit soit en partie consommé avant même de pouvoir être investi dans l activité ou que le client décide d investir son capital dans une activité autre que celle convenue avec l agent de crédit. Cependant pour la mutuelle l objet du crédit doit être unique, par exemple soit de l achat de matériel pour l agriculture, soit un fond de roulement pour la commercialisation mais un crédit ne peut pas servir pour les deux. On note deux cas typiques de détournement d objectif ; - Lorsque le client octroie seulement une partie de son crédit à son activité devant être génératrice de revenus. Les agents de crédit expliquent que le client «mange» le crédit avant de l investir. Le client va, par exemple, dépenser seulement FCFA dans son activité sur le crédit de FCFA qu il a reçu. Cela entraine des problèmes pour le bon fonctionnement de son activité parce que cela diminue son fond de roulement dans le cas du commerce par exemple, ou de ses investissements dans le cas de l agriculture. Les retombées financières seront réduites, les difficultés pour rembourser seront plus fortes. C est le cas de Madame Dia Aissatou Thiam qui a pris un crédit de FCFA sur 10 mois pour une activité de petit commerce. Elle a 5 mois de retard et doit FCFA à la mutuelle. Une partie du crédit a servi aux dépenses du ménage et ce n est que dans un second temps qu elle a investi dans son fond de commerce. Son mari travaillait en Italie mais a été licencié, depuis elle ne reçoit plus d aide de sa part, elle a donc utilisé une partie du crédit pour subvenir aux besoins de la famille en attendant que son mari trouve un autre emploi. 141 La Tontine, pratique informelle d'épargne et de crédit dans les pays en voie de développement, M. Lelart,
90 Ayant investi trop faiblement dans son fond de roulement, son commerce ne fonctionne plus très bien parce qu elle ne peut pas acheter assez de produits pour satisfaire sa clientèle. - Lorsque le client affecte son crédit à une activité autre que celle figurant dans son dossier. C est le cas quand un client rencontre des problèmes familiaux et détourne l argent du crédit à la résolution de ses problèmes (exemples mentionné ci dessus). Ou quand un client change d activité pendant la durée de son prêt. Ce dernier exemple pose problème notamment quand la nouvelle activité exercée est plus risquée et n aurait probablement pas été financée par la mutuelle de prime abord. C est le cas, par exemple, d un client ayant inscrit sur sa fiche qu il allait cultiver le riz alors qu au final, il a décidé de cultiver la pastèque dont les marges à la vente peuvent être plus rentables mais qui suppose un savoir faire technique particulier et des méthodes de conservation spécifiques. Ce client n a pas réussi à exploiter correctement ses plants de pastèques et s est retrouvé avec une récolte quasi nulle. N ayant engrangé aucun bénéfice, il s est vu dans l incapacité de rembourser son prêt. Le détournement d objectif est une des raisons principales des problèmes d impayés. Nous n avons pas de statistiques sur le risque d impayé selon le respect ou non des projets initiaux mais lors des recouvrements les agents de crédit se rendent compte de ces dérives de crédit. Et selon eux c est l une des sources du problème des impayés. D autant plus qu en cas de détournement des objectifs, les clients sont plus réticents à aller demander de l aide à la mutuelle. Les clients se sachant en tort ne vont pas aller demander des recommandations à leur agent de crédit affilié ; ils ont plutôt tendance à chercher une autre solution. De nombreux clients essayent de ré-investir le capital restant dans une autre activité, espérant dégager des revenus mais qui sont toujours plus faibles au fur et à mesure que le capital investi diminue. Le détournement absolu d objectif est lorsque le crédit sert directement pour la consommation du ménage. C est le cas des familles n ayant pas d autres alternatives pour accéder à des liquidités immédiates. Ce risque augmente à l approche des périodes de fêtes comme Tabaski ou Korité. Le crédit à la consommation est formellement interdit par la Feprodes. Cependant l achat de matériel d intérieur comme un frigo n est pas totalement considéré comme un crédit à la consommation, si le/la client(e) explique comment il va pouvoir en tirer des revenus. Toutefois, il arrive que dans certains dossiers, l intitulé du prêt indique son utilisation dans une activité non génératrice de revenus comme la maladie, les soins médicaux. 90
91 2) Les difficultés commerciales dus à la surabondance de produits identiques sur les marchés. Une autre difficulté soulevée par les agents de crédits selon leurs observations et celles de leur client est l étroitesse du marché local. On voit une forte concurrence dans les domaines de l agriculture et de sa commercialisation, activités privilégiés de la région. La concurrence est aussi très rude pour les petits commerces. Au siège, le crédit commerce ou individuel pour fonds de roulement de petits commerces est le plus répandu. Toutes les femmes vendent les mêmes types de produits dans les mêmes endroits. Il n y a pas de stratégie de différenciation, que ce soit au niveau du prix, de la qualité ou de la marque. Ainsi la concurrence est rude parce que l offre est très importante alors que la capacité de consommation (la demande) des ménages est restreinte. On peut même se demander si pour certains biens, le marché n est pas saturé. On voit aussi un mécanisme moutonnier se mettre parfois en place. Il suffit qu un type d activité fonctionne pour que tout le monde l imite et se mette à faire la même chose (vendre les mêmes produits). Les commerçant(e)s ne se posent pas forcement les bonnes questions ; quelle a été l avantage comparatif de l activité qui a fait que cela a si bien fonctionné? Localisation idéale, bonne présentation, accueil chaleureux, capitalisation d expériences... Ils tentent juste leur chance «parce que si ça a fonctionné pour le voisin, il n y a pas de raisons que ça fonctionne pas pour moi». On a retrouvé ce mécanisme avec la culture de l oignon pour la culture de la haute saison de 2012, une campagne a bien fonctionné, tout les paysans ont cultivé l oignon pendant la période suivante ce qui a entrainé une sur-production d oignons, une offre démesurée sur les marchés, les prix ont chutés et les agriculteurs n ont pas pu dégager des recettes suffisantes. L autre problème récurrent du petit commerce est la vente à crédit. Les commerçants vendent à crédit car cela leur permet de faire payer plus cher le produit à leur client. Par exemple, une carafe coutant 700FCFA, peut être vendue à crédit sur trois mois à 300FCFA/mois. D un coté, le commerçant aura fait 200FCFA de marge en plus, de l autre le client est satisfait parce qu il échelonne ses déboursements. Cependant avec ce type de pratique, les risques d impayés sont élevés, notamment dans le cas de la vente auprès de la famille ou des connaissances proches. Ou encore des commerçants de quartier qui se retrouvent dans l impossibilité de refuser des biens de première nécessité aux ménages non solvables et qui acceptent donc la vente à crédit tout en sachant qu il est peut probable qu ils soient remboursés rapidement. Ou tout simplement si les clients disparaissent après avoir laissé une dette conséquente. Les commerçants doivent toutefois se plier à ce genre de 91
92 pratique parce que la concurrence est forte et que s ils ne le font pas, les clients iront simplement voir ailleurs. C est ce qui est arrivé à Monsieur Lo Ameth Iyane. Il utilisait son crédit pour faire du petit commerce. Il vend des pantalons et des chemises. Le crédit lui sert de fond de roulement. Il a emprunté FCFA sur 7 mois. Il a 10 mois de retard. Avant cela, il travaillait dans une entreprise qui l a limogé. Il a été repris par une autre entreprise mais qui devait le payer avec un différé d un mois correspondant à une phase test. Il a donc contracté un prêt en l utilisant dans le petit commerce pour subvenir à ses dépenses quotidiennes en attendant sa première paie. Mais il a vendu à crédit et n a pas récupéré l argent du. Il n a pas pu rembourser son prêt aux échéances dues. 3) Les difficultés d octroi et de suivi de prêt, problèmes sous jacents à celui de bonne gouvernance. Cette montée des impayés nous questionne sur l octroi et le suivi des dossiers des clients. En regardant de plus près le portefeuille dégradé, on se rend compte que certains crédits ont 2 ans ou plus de retard, certains crédits ont été octroyés pour des activités non génératrices de revenu. Comment de telles situations ont pu arriver? La difficulté d évaluer le risque lors de l octroi d un crédit. Lors de l octroi de crédit, l agent en charge doit vérifier le potentiel de l activité financée afin de s assurer du remboursement effectif du prêt. L agent de crédit doit connaître les logiques sous jacentes des activités qu il finance afin de juger du caractère rentable ou non du projet d un client. De par son ancienneté et son ancrage dans la région, les agents de crédit de la MecFEPRODES ont une bonne connaissance des activités financées. L agent de crédit possède des outils d analyse pour évaluer la solvabilité des clients. Deux calculs sont principalement utilisés pour minimiser les risques d impayés : - Calcul du besoin réel en crédit : En considérant 1- besoin d investissement (mobilier, petit matériel...) 2 - total des dépenses de l activité 3 apport en espèce 4 stock Un crédit pour investissement (campagne, individuel, diamra) doit vérifier que [1-3] soit égale au montant du prêt. Un crédit pour fonds de roulement (commerce, groupe) doit vérifier que [2-3-4] soit égale au montant du prêt. Dans ce cas un ratio de liquidité générale ou fonds de roulement peut aussi 92
93 être calculé, [Actif CT -stocks, encaisse, comptes clients] / [Passif CT -comptes fournisseurs]. Ce ratio doit être supérieur ou égale à 2. - Analyse de la capacité de remboursement : En considérant A- Revenus personnels B- Dépenses personnelles C- surplus disponible pour le remboursement (A-B) D- bénéfice de l activité E- montant disponible pour le remboursement (D+ ou C-) La capacité de remboursement correspond à [E/(capital+intérêts+épargne obligatoire)] et doit être supérieur à 2. Cependant ce genre de calcul n est possible que lorsque les clients sont dans la capacité de fournir les informations nécessaires, ce qui n est pas souvent le cas. D ailleurs, la fiche client comporte ces calculs mais ils ne sont pas souvent complétés. Par contre, les agents de crédit s efforcent de remplir la partie «Analyse du risque», complétée lors de l entretien avec le client et selon leur ressenti. Chaque agent de crédit s occupe en moyenne entre 300 et 350 clients. Selon leurs temps disponible, l entretien s effectue soit à la MEC soit chez le client. Dans ce cas, les informations données par le client sont plus facilement vérifiables et l agent de crédit en profite pour analyser l environnement du client. L agent de crédit regarde par exemple si le client possède des biens matériaux (signe d une certaine richesse et garantie possible) tels que une télévision, un réfrigérateur, des meubles de qualité ou encore un vélo. Tableau 7 Tableau utilisé à la MecFEPRODES pour analyser le caractère risqué ou non d'un futur prêt. 1. Capacité et volonté de payer l emprunteur 2. Stabilité et sécurité du revenu ou de l emploi 3. Stabilité d adresse 4. Pouvoir actuel de remboursement 5. Niveau et qualité des garanties 6. Coefficient d endettement 7. Antécédent de crédit 8. Equilibre du budget familial 9. Intégration dans le milieu 10. Références fiabilité de l emprunteur Satisfaisant Insatisfaisant N/A 93
94 Les agents de crédit doivent faire face à un problème d asymétrie d informations. Le client ne révèle que ce qu il souhaite révéler. Différentes techniques sont utilisées par les agents pour obtenir des informations fiables mais ils n y parviennent pas toujours. Ils peuvent par exemple se rendre sur le lieu de l activité afin de constater par eux-mêmes de la stabilité de l activité et d analyser le risque potentiel. Ou tout simplement analyser le degré de richesse par la possession ou non de biens mobiliers (réfrigérateur, canapé, télévision...) et leurs qualités. Si le client est malin, il peut montrer des objets qui ne lui appartiennent pas. En outre, les agents de crédit ne peuvent pas connaître le degré d endettement du ménage, que ce soit au niveau d autres banques, d IMFs ou du secteur informel. Les agents de crédit sont particulièrement vigilants avec les petits fonctionnaires, qui ayant les garanties suffisantes peuvent obtenir des prêts auprès des banques commerciales. Toutefois, avec l accroissement rapide du nombre de client, les vérifications avant l octroi du prêt se sont souvent limitées à un entretien avec le client. Les dysfonctionnements du suivi des dossiers. L autre raison évidente de la montée des impayés est le dysfonctionnement des suivis de dossier au sein de la mutuelle. Le laisser faire de la mutuelle n incite pas les clients à venir rembourser leurs dettes. Il est improbable qu un client ayant plus de 2 ou 3 mois de retard vienne de lui même à la mutuelle pour solder son prêt. C est le cas de Monsieur Alioune Samba qui a pris un prêt de FCFA pour urgence médicale sur 10 mois et n a rien remboursé depuis. Il avait emprunté car son fils et sa femme étaient malades. Il a commencé par avoir un mois de retard, puis deux, puis trois et a fini par ne pas rembourser même s il en avait les moyens parce qu il «n a vu personne». Vu que personne ne lui a réclamé ce qu il devait, ou ne l a rappelé à l ordre sur ses obligations, il a pensé «être oublié» et a agit en tant que tel. Le suivi d un dossier n est pas chose facile, idéalement il faut aller sur le terrain avant l octroi du prêt et une fois que le client a eu son prêt pour vérifier son utilisation. Enfin, dans le cas d un retard de paiement, il faut téléphoner (retard de moins d un mois) ou aller le voir chez lui (retard supérieur à un mois). Tout cela demande du temps et de l énergie. Les agents de crédit manquent de temps pour pouvoir mener à bien le suivi de tous leurs dossiers. Depuis 2011 et l emploi de nouveaux agents de crédit, chacun s occupe de 300 à 350 clients, le siège compte désormais 5 agents de crédit et chaque guichet en compte deux supplémentaires. Auparavant, il y avait que 3 agents de crédit au siège et un dans les autres 94
95 guichets, le suivi de crédit n était alors pas une priorité. Le recouvrement des dettes est une tâche difficile. Sur le terrain il fait souvent chaud. Les adresses sont souvent incorrectes et les agents de crédit passent donc du temps à chercher le client. Ensuite, il n est jamais agréable de devoir rappeler à quelqu un ses dettes, surtout quand on a en face de soi un client dans la grande nécessité. L équipe d agents de crédit a été renouvelée, il y a 6 mois environ, notamment pour répondre à ce problème d impayés. Il a été demandé aux nouveaux agents de durcir leur politique de recouvrement. Les dossiers ont été transférés, ce qui est positif et permet d améliorer les taux recouvrements. Il est plus facile pour les agents d aller recouvrir des crédits de clients qu ils ne connaissent pas parce qu ils seront pris plus au sérieux par ces derniers, et le client n essayera pas de négocier. Par contre dans le cas du suivi des dossiers, ces transferts ont eu un impact négatif, le client ne reconnaissant plus l agent, la relation de confiance qui a pu s instaurer n est plus là, la franchise du client est plus longue à obtenir. Aller sur le terrain est souvent la manière la plus efficace de recouvrir les dettes. Cela permet de rappeler aux clients qu ils ne peuvent pas ne pas rembourser leurs dettes, que la mutuelle ne les a pas oubliés, qu il n y a pas de laxisme. Plusieurs clients ont expliqué que «ne voyant personne de la mutuelle se présenter chez eux pour justifier leur retard, ils ont supposé que la mutuelle les avait oublié, eux et leurs dettes». Cela évite aussi que se répandent l impression ou la rumeur que la mutuelle ne suit pas ses crédits et qu elle ne puisse rien faire si on ne rembourse pas. Ce genre de rumeur est très préjudiciable parce qu elle peut entrainer des réactions (de non-remboursement) en chaine. Par ailleurs la seule présence de l agent de crédit au sein du domicile familial active la pression sociale sur le client. Etre un mauvais payeur est toujours synonyme de honte, il n est pas souhaitable que les voisins, la belle-famille voient un agent de crédit venir chez soi. Cependant, il est important que les agents de crédit aient un bon contact avec la population, la qualité de la relation avec le personnel des SFD est perçue comme un vecteur indispensable de fidélisation de la clientèle. Ces politiques laxistes en matière d octroi et de suivi des dossiers peuvent souligner des problèmes organisationnels et un défaut de communication entre les agents de crédit et les dirigeants. Ce manque de suivi des dossiers pose un problème de fond et notamment le fait qu il ait été perçu si tardivement, ce qui a entrainé une réponse tardive. Entre le moment ou la question du suivi et du manque d information a été soulevé et les tentatives de solutions ont 95
96 été mises en œuvre, d autres cas d impayés se sont développés. Plus un retard de remboursement est important plus il est difficile à recouvrir. La MecFEPRODES a donc dû faire face à des problèmes relatifs aux caractères instables des finances de ses clients, à leurs difficultés de se trouver une place sur un marché ou la concurrence est importante et à un manque de rigueur dans l octroi et le suivi des dossiers. Conclusion On comprend que la montée des impayés est extrêmement préjudiciable pour une IMF parce que cela remet en cause leur viabilité financière et peut la mener à la faillite. Un trop fort taux d impayés rend plus difficile toute négociation avec ses partenaires (bailleurs de fonds, autres banques). En effet, cela décrédibilise l IMF étant perçue comme nonresponsable ou incapable de gérer son portefeuille. Dans le cas de la MecFEPRODES, plusieurs raisons semblent être à l origine de ce problème, elles ne sont pas exclusives et se combinent. Les problèmes, exposés ci-dessus, sont en partie responsables du fort taux d impayés. Toutefois, comme nous allons le voir dans la troisième partie, les défauts de paiements du secteur agricole jouent aussi un rôle important dans cette dégradation du portefeuille. III- Quelles solutions pour le financement de l agriculture? Comme nous l avons vu dans la deuxième partie, le financement de l agriculture par les SFD est toujours risqué. Ses difficultés n ont pas épargnées la MecFEPRODES qui a du restructurer beaucoup de dettes de ses clients agriculteurs suite aux sécheresses consécutives des 2009 et Ces impayés, dont le recouvrement est très difficile, ont fait plongé le PAR de la mutuelle. Comme nous l avons vu dans la partie précédente, ces taux d impayés ne peuvent pas rester élevés parce que cela fragilise l institution. Nous allons revenir sur les difficultés qu a rencontrées la Mec dans son activité de crédit agricole puis voir les solutions envisagées pour sécuriser ces crédits et permettre une offre de service financier plus durable pour les agriculteurs. A) Les difficultés de recouvrement des crédits agricoles A l origine la mutuelle ne faisait pas de crédit agricole mais dans la région ce type de 96
97 crédit est le plus demandé et le plus nécessaire. L agriculture est la principale activité de la région, le crédit agricole est donc un produit très sollicité par les populations locales. Afin de renforcer son rôle social dans la région, et poussée par ses partenaires, la mutuelle s est lancée dans ce type de crédit depuis Le crédit agricole est risqué puisqu il finance l agriculture qui subi les aléas des catastrophes naturelles (inondations, sècheresse...) et des problèmes techniques (au niveau des pompes notamment). En outre, comme nous l avons expliqué dans la deuxième partie, l agriculture n est pas un secteur très rentable, les marges sont faibles. Ainsi, les agriculteurs ne peuvent pas supporter un cout élevé du crédit. Pour toutes ses raisons, les agriculteurs se retrouvent facilement et fréquemment dans des situations délicates, détenant peu de récoltes tout en devant rembourser leur(s) crédit(s). La mutuelle a aidé les agriculteurs en échelonnant leurs dettes mais les catastrophes naturelles arrivant plus fréquemment, les pertes se cumulent et le remboursement devient de plus en plus difficile. Dans une région comme Saint Louis, l économie tourne autour de l agriculture, c est l activité principale. Ainsi une baisse de la production enraye le bon fonctionnement du marché et c est toute l activité économique qui se trouve ralentie. Au niveau de l agriculture, deux raisons principales sont données par les clients de la Mec qui se retrouvent en situation d impayé : - le rôle des catastrophes naturelles (risque catastrophe, tel que mentionné dans la deuxième partie). Ce type d explication est vérifiable et observable. Quoique comme nous l avons vu dans la deuxième partie, les micro-assureurs peuvent avoir du mal à déterminer les pertes exactes subies par un agriculteur suite aux aléas climatiques. - les problèmes de commercialisation, les agriculteurs n ont pas réussi à vendre ou ont vendu à un mauvais prix (risque prix). Ce type de raisons est plus difficilement vérifiable. On observe au sein de la vallée des problèmes de stockage du riz. Les agriculteurs vendent tous au même moment, à la fin de la saison des récoltes, ne pouvant stocker pour revendre plus tard, alors même que les prix du sac de riz ou de paddy sont bas sur les marchés. Cela limite les bénéfices possibles des agriculteurs. Paradoxalement, durant les saisons creuses, ces mêmes agriculteurs achèteront du riz à d autres commerçants et à un prix plus élevé qu ils ne l ont eux même vendu. (Plus globalement, ce problème semble toucher l ensemble du pays, le Sénégal continue d importer du riz de l étranger). On rencontre le même problème avec l oignon, culture toutefois moins risquée que le riz. 97
98 Depuis la prise de conscience du problème des impayés, de nouvelles procédures sont mises en place : - le remboursement en nature : un expert va sur le terrain pour récolter le riz directement au client en quantité équivalente au remboursement du crédit et de ses intérêts. - L assurance agricole, elle va devenir obligatoire, au sein de la mutuelle, pour tout client souhaitant un crédit agricole. L assureur sera la Compagnie Nationale des Assureurs Agricoles du Sénégal (CNAAS), qui propose une assurance à F/hectare. En cas de dommage vérifié, l assuré se voit rembourser à hauteur de FCFA. - Un rééchelonnement de la dette est désormais possible. Si le paysan accepte de signer un moratoire pour rééchelonner sa dette, un autre crédit peut lui être accordé. Ainsi le crédit (même le premier non-remboursé) n apparaît plus dans les crédits «passés en perte» mais «en cours». - Un suivi rapproché des clients, les agents de crédit doivent se rendre sur le terrain à chaque étape de la culture B) L expérience du warrantage : une solution pour la sécurisation des crédits agricoles? La MecFEPRODES participe à un programme novateur de warrantage financé par USaid depuis Le crédit warrantage est considéré comme un moyen de sécurisation du crédit agricole et une aide à la commercialisation. Dans la vallée du fleuve, la région de Saint Louis, l agriculture représente 40% des activités exercées par les familles. Le riz étant la principale culture. La production totale représente T. La production commercialisée est estimée à T, dont 85% pour la production des petits producteurs et 15% pour celle des producteurs dits "commerciaux". (Barris, 2009). Les agriculteurs rencontrent toujours de nombreuses difficultés pour semer, récolter de façon suffisante, financer leurs activités puis la commercialiser. Les IMFs étant réticentes à financer le monde rural, les agriculteurs ne parviennent pas toujours à disposer des fonds nécessaire pour financer leurs activités. Ils ont soit recours au secteur informel, se soumettant aux frais usuriers, soit ils sous exploitent leurs parcelles soit utilisent des intrants moins chers mais de plus mauvaises qualités. De plus, les agriculteurs ont des difficultés pour commercialiser leur riz. 98
99 Les ressources tirées de la production de riz des agriculteurs de la vallée peuvent être réparties en trois parties suivant leurs destinations: le remboursement du crédit (25%), l autoconsommation (18%) et la commercialisation non contrainte (57%) 142. On se rend compte qu un dénominateur commun rassemble de nombreux agriculteurs, la vente dite «contrainte» c est à dire la vente des produits directement après les récoltes. Bien que les prix soit très bas sur les marchés, les agriculteurs doivent vendre leurs produits pour rembourser les différentes dettes contractées pour la production. Cette vente prématurée des récoltes correspond aux besoins en liquidités nécessaires pour les agriculteurs afin de payer la main d œuvre saisonnière, de faire face aux dépenses sociales incompressibles (scolarité, fêtes religieuses,...), de rembourser ses crédits et de financer la contre saison. Ainsi on voit une forte variation du prix du riz, sur la période novembre - décembre, juste après la récolte, il est de 7.000FCFA le sac de 80kg, soit 88FCFA le kilo. Durant les mois de février et de mars, le prix du sac est de FCFA soit 135 FCFA le kilo. La variation du prix est de 53% 143. Les fluctuations du prix du riz blanc sont moins importantes que celle du paddy parce que le marché est plus ou moins régulé par les importations concurrentielles de riz. Le manque à gagner des agriculteurs qui vendent leur récolte trop tôt est important. D autant plus s ils doivent racheter du riz, pendant les périodes de soudure, pour leur consommation personnelle. Dans ce cas, les agriculteurs puisent dans leurs ressources immatérielles comme le bétail ou matérielles comme les produits agricoles, qu ils revendent pour pouvoir financer les dépenses du ménage. Ces mécanismes d adaptation sont désavantageux pour les agriculteurs, les prix de ses ressources ayant eux aussi tendance à diminuer pendant les périodes de soudure. Par exemple un mouton ou un caprin sera vendu à FCFA au lieu de FCFA, un cheval à FCFA au lieu de FCFA ou encore les semoirs à FCFA au lieu de FCFA. Le modèle proposé dans le cadre du Projet Croissance Economique (PCE) se base sur les agriculteurs, regroupés en organisations paysannes (OP) ou non, les SFD et les rizeries. Tout d abord, un magasin de stockage correspondant aux normes techniques et sanitaires en matière de stockage de riz, doit être construit. Dans le cadre du partenariat, un magasin a été construit en juin 2012 à Souloul. Il sera géré par Madame Marième Diouf. Un 142 Etude de faisabilité sur le développement du crédit de stockage (warrantage), Projet Croissance Economique (PCE), USAID. 143 Ibid 99
100 comité de gestion du magasin composé des bénéficiaires doit être mis en place pour gérer la gestion de l infrastructure. Ensuite l organisation du warrantage doit s effectuer de la façon suivante : L organisation paysanne et la rizerie se mettent d accord, en amont de la campagne agricole sur la quantité de riz que la rizerie est prête à racheter après les récoltes. La SFD peut accorder un prêt à la rizerie pour financer ses fonds de roulement. Suite à la récolte, les sacs de paddy/riz des agriculteurs sont entreposés dans le magasin de stockage prévu à cet effet. Les agriculteurs reçoivent un récépissé mentionnant le nombre de sac mis en stock, le prix de gestion du magasin et le prix de vente. Le comité de gestion ayant déterminé au préalable les frais unitaires (par sac) de stockage afin de supporter les couts de maintenance et de gardiennage. Le magasin est fermé par un double cadenas, la SFD et l organisation paysanne détiennent chacune une clef. La porte ne peut être ouverte qu avec l accord des deux parties. Cela permet d éviter les détournements de fonds. La mutuelle peut accorder des crédits aux agriculteurs pour qu ils répondent à leurs besoins de liquidités immédiates ou investissent dans des activités génératrices de revenus (AGR). La vente du riz se fait quand les prix augmentent, les principaux acteurs doivent rester informés sur les fluctuations du marché et se mètrent d accord sur l ouverture du magasin. Dès lors, les agriculteurs peuvent rembourser leurs dettes auprès de la mutuelle, soit par la vente de leur riz, soit par les bénéfices engendrés par l AGR. Le prix de vente du riz est de 87 FCFA le kilo au mois de novembre décembre. Il passe à 135 FCFA au mois de février mars. Supposons un agriculteur participant au projet, empruntant une somme de FCFA avec un taux d intérêt de 1.7% mensuel dégressif au mois de décembre, il devra rembourser FCFA en mars. Le stockage dans le magasin de Souloul lui coute 100 FCFA/sac/mois. Au total, les charges de l agriculteur seront de FCFA (crédit, taux d intérêt, prix de stockage). Pour que l opération de stockage soit rentable pour l agriculteur, il doit entreposer au minimum 50 sacs de riz, qu il pourra revendre au prix de FCFA le sac au mois de mars (quand les prix ont augmenté). Ainsi à l ouverture du stock, il disposera de FCFA en nature (en riz). S il avait vendu ses 50 sacs directement après la récolte, il aurait gagné CFA. Alors que grâce au magasin de stockage, il a reçu FCFA. Ce qui, même s il doit payer les taux d intérêt et les frais de stockage, lui fait un revenu nettement supérieur. 100
101 Conclusion Comme nous l avons vu dans la deuxième partie les prêts aux agriculteurs ne sont pas favorisés par les organismes de microfinance. Ils sont considérés comme trop risqués. Cependant la MecFEPRODES s est lancé dans le financement des agriculteurs afin de répondre à leur récurrent manque de liquidité entravant leurs productivités. La mutuelle n a pas été épargnée par les difficultés inhérentes à type de financement et ses taux d impayés ont augmenté. Pour faire face à cela, diverses actions sont menées pour limiter ces risques de défaut de paiement; on note notamment la mise en place de microassurance et la participation à un projet de warrantage. Ces innovations correspondent à celles que nous avons étudié dans la deuxième partie et semble cohérente avec l environnement local. La filière riz étant bien implantée dans la vallée du fleuve, l approche filière telle que nous l avons vu précédemment pourrait aussi être une réponse à la volonté de financer les agriculteurs. Conclusion de la troisième partie La MecFEPRODES a durant 7 ans connu un taux de remboursement quasi-parfait. Cependant depuis 2004, ses taux d impayés sont en constante augmentation. Lors de mes recherches j ai cherché à comprendre les raisons d une telle augmentation. La MecFEPRODES jouit d un environnement institutionnel favorable. En effet, depuis 1995 et l avènement de la loi PARMEC, le gouvernement sénégalais cherche à encadrer et à promouvoir l essor de la microfinance dans le pays. Ainsi l Etat encadre l évolution du secteur et appuie les Services Financiers Décentralisés par de nombreux colloques et formations sur le sujet. Cette implication de l Etat favorise aussi les recherches et les études sur la microfinance effectuées sur le sol national. La MecFEPRODES a donc pléthore de documentations sur lesquelles s appuyer. Un dernier point positif de cet engagement de l Etat est qu il favorise les bailleurs de fonds à investir dans le secteur, considéré comme stable. Tout cela a permis à la MecFEPRODES de se développer dans un environnement dynamique. Cependant, cela n a pas permis d éviter une dégradation de son portefeuille. Comme nous l avons vu dans cette partie, cette dégradation est due à plusieurs facteurs qui se combinent. Le caractère instable des finances des ménages peut les faire basculer d une situation ou le remboursement est possible à une situation ou rembourser devient impossible, et cela très rapidement. La forte concurrence commerciale est une autre barrière au développement d une microentreprise à forte valeur ajoutée. Ces risques sont difficilement évaluables de prime abord par les agents de crédit, il arrive donc que des crédits soient 101
102 accordés et non-remboursés. La MecFEPRODES a aussi dû faire face à un manque de suivi des dossiers des clients, dans un premier temps du à un nombre trop réduit d agents de crédit. Dans un second temps, un laps de temps dommageable a été constaté entre cette montée et un durcissement de la politique de suivi de dossier, ce qui a accentué les difficultés de recouvrement. Ces raisons sont assez communes à toutes IMFs qui s implantent dans un pays en développement. La particularité de la MecFEPRODES a été de se lancer dans le financement des activités agricoles, secteur délaissé. La demande en services financiers de la part des agriculteurs de la région était importante. La mutuelle a répondu à ses attentes mais on peut supposer que le risque de tels crédits n a pas été assez pris en compte, ce qui a engendré une forte augmentation des impayés. Depuis lors la mutuelle cherche à se restructurer en engageant de nouveaux agents de crédits, en durcissant sa politique de suivi des dossiers notamment des dossiers en retard et enfin en cherchant à proposer des produits plus adaptés aux agriculteurs (warrantage, microassurance). La MecFEPRODES devrait surveiller de près ses taux d impayés pour ne pas tomber ellemême dans un cercle vicieux financier ou ses charges seraient supérieures à ses recettes. Elle devrait durcir sa politique d octroi de crédit bien que cela soit difficile dans un contexte concurrentiel grandissant dans la région. Un renforcement du suivi des dossiers des clients semblerait être aussi une bonne idée. Comme le dit la formule de la BCEAO «gérer ce que l on peut cadrer et encadrer ce que l on arrive à gérer». La mutuelle se retrouve confrontée aux difficultés de financement du monde agricole que nous avons pu étudier dans la seconde partie, comme nous l avons démontré, une solution à ces problèmes consiste à proposer des produits plus adaptés aux agriculteurs. Pour cela, elle peut s appuyer sur les nombreuses tentatives en la matière dans la région (warrantage au Niger, mobile-banking au Burkina Faso...). De plus, un partenariat pour mettre en place un financement de type «filière» pourrait sembler envisageable dans la région ou il existe de nombreuses organisations paysannes, rizeries, acheteurs de gros. La filière riz de la vallée du fleuve est la plus importante du pays et peut compter sur son historicité et la fertilité des sols pour rester productive et rentable. 102
103 CONCLUSION GENERALE Les crises d impayés qui ont émergé depuis les années 2000 dans le secteur de la microfinance ont révélé la fragilité de ce secteur. Chaque crise est originale puisqu ancrée dans le contexte spécifique du pays où elle survient. Cependant ces crises ont aussi un point commun : la croissance importante d impayés qui finit par déstabiliser une IMF. Comme nous l avons vu dans la première partie, il est possible de catégoriser les principales causes qui entraînent une crise, l endettement des ménages, les dérives du secteur, l environnement économique, l influence des politiques et le financement du secteur agricole. L analyse des causes de ces crises nous permet de comprendre pourquoi et comment les ménages se retrouvent dans l impossibilité de rembourser leurs créances. Une cause spécifique qui peut engendrer une crise est le financement du monde rural. Comme nous l avons vu dans la deuxième partie, le crédit agricole est risqué parce qu inadapté aux financements du secteur, ainsi il reste toujours délaissé par les IMFs. La microfinance est, tout de même, nécessaire aux acteurs agricoles des pays en développement car ils ne peuvent pas accéder aux modes de financement classique. Cela limite notamment leurs possibilités d accéder aux crédits et donc leurs investissements, alors que ces services doivent les aider à sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Nous avons montré que de récentes innovations en matière de financement du secteur agricole permettent de réduire les risques inhérents au secteur et d apporter une aide aux agriculteurs. Il serait donc souhaitable que les IMFs prennent connaissance de ces nouveaux types de services afin d accroître leur portefeuille rural et de répondre aux besoins des ruraux. L exemple de la MecFEPRODES permet de comprendre concrètement comment le financement du secteur agricole a pu avoir des conséquences néfastes sur le bilan économique de l institution. Ainsi en voulant aider les populations rurales, l institution s est mise en péril. Cependant les nouveaux produits proposés par la mutuelle semblent correspondre aux attentes des acteurs ruraux et avoir fait leur preuve dans d autres régions, ce qui est encourageant pour le futur de l institution. La microfinance a su surmonter les crises auxquelles elle a dues faire face. Le secteur devrait améliorer son offre de services financiers envers le monde rural, tout en prenant garde aux risques d impayés. Ainsi les institutions de microfinance garderaient leur objectif premier : fournir une aide pérenne aux exclus financiers. 103
104 Bibliographie : BANQUE MONDIALE, L agriculture au service du développement, Rapport sur le développement dans le monde, BEDECARRATS. F, La microfinance entre utilité sociale et performances financières,, Thèse de doctorat en Sciences Politiques, Paris I Panthéon Sorbonne, juin BEDECARRATS. F ET AL, Nouvelles gauches et inclusion financière : la microfinance contestée en Bolivie, en Equateur et au Nicaragua, Presses de Sciences Po, n 52, 2011 BOUQUET. E Risques, vulnérabilité, et produits financiers: un cadre d analyse appliquée à la microfinance agricole et rurale, BIM, 2007 BURKI. HB, Unraveling the delinquency problem (2008/2009) in Punjab-Pakistan, in Pakistan Microfinance Network, n 10, oct BURKI. HB, Microcredit utilization : Shifting from production to consumption, Pakistan microfinance network CENTER FOR MICROFINANCE, Le surendettement et la Microfinance, construction d un indice d alerte précoce, Zurich University CHALMERS ET AL, Rural and Agricultural Finance Initiative (RAFI) notes, CHEN. G, RASMUSSEN. S ET REILLE. X, Croissance et vulnérabilités en microfinance, CGAP, Note focus n 61, Fev 2010 CHENIERE.R Le surendettement en microfinance et sa prévention : Réunion du Club de Microfinance Paris, le 9 mars 2010 (BIM) CGAP, Cartographie de la demande et de l utilisation des services financiers par les populations à bas revenus au Sénégal, juillet CORDIER. J, La gestion des risques en agriculture, Notes et études économiques n 30, DIOME. F, Celles qui attendent, Flammarion, 2010, DUFFAU. A ET AL, Assurance indicielle et warrantage, quels intérêts pour les petits agriculteurs? Les éditions du Gret, DOLIGEZ. F, SECK FALL. F, OUALY.M, Etats des lieux sur le secteur de la microfinance au Sénégal, Expériences de microfinance au Sénégal, 2012 DOLIGEZ. F, WAMPFLER. B, Quelles politiques publiques pour ameliorer durablement la contribution de la microfinance a l agriculture? GASTON BERGER UNIVERSITE, Les femmes et la terre, Groupe d Etude et de Recherche Genre et Société (GESTES), Saint Louis, GUERIN. I, MORVANT-ROUX. S, MOURJI. F, Les crises de la microfinance, TDF n 106,
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107 Annexe 1: Questions posées aux agents de crédit de la MecFEPRODES. Depuis combien de temps travailles tu pour la MecFeprodes? Combien de clients suit-tu (nombre de dossier total, nombre de dossier en cours)? Tu trouves que c est beaucoup? Quelles sont les principales raisons évoquées par les clients pour justifier leur nonremboursement? Quelles sont, selon vous, les principales raisons du non-remboursement des clients? Pourquoi les impayés ont augmenté plus fortement ces dernières années? Quel type d activité retrouves tu le plus souvent dans les cas des impayés? S agit-il de petite ou de grande somme? Comment se passe le recouvrement? Quelle image ont les clients de la MecFeprodes? Ont-ils conscience du caractère social de la MecFeprodes? Les clients viennent-ils vous voir en cas de problèmes, de difficultés avec leurs crédits? 107
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