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1 VOLET 3 : DEVELOPPEMENT D UN SCENARIO DE REFERENCE AU NIVEAU NATIONAL A. Contexte La quatrième décision de l annexe 2 de l Accord de Copenhague auquel Madagascar a souscrit lors de la 15è conférence des Nations Unies sur le changement climatique en Décembre 2009 et qui concerne les «Principes méthodologiques concernant les activités liées à la REDD et le rôle de la conservation, de la gestion durable des forêts et de l accroissement des stocks de carbone forestiers dans les pays en développement» invite les parties signataires à se référer aux directives indicatives contenues dans l annexe de la décision 2/COP.13, notamment les paragraphes 7 et 11. Il s agit d identifier les facteurs déterminants du déboisement et de la dégradation des forêts à l origine des émissions, de déterminer les moyens d y remédier, d identifier les activités y afférentes, et enfin, de mettre en place, suivant la situation et les capacités de chaque pays, des systèmes nationaux solides et transparents de surveillance des forêts. Préalablement au mécanisme de suivi qui sera discuté dans le volet suivant (volet 4), les questions relatives à la base de référence temporelle ou chronologique des émissions qui définira un scénario de référence qui sera traité dans ce volet 3. Le scénario de référence constitue un élément clé qui permettra au Pays d affiner sa stratégie REDD+. Il sera un modèle permettant d estimer l évolution probable de la déforestation et de la dégradation sans initiative de réduction (business as usual- BAU), De ce schéma pourra être estimée l évolution des taux d émission. Figure 17. Illustration globale du scénario de référence Pour ce faire, la conduite de différentes études est proposée, entre autres : - des études sur la définition de forêt, suivant les différents écosystèmes, incluant les envergures et la potentialité en termes de stockage de carbone de chaque type de forêt ; - des études sur les taux de déforestation et sur l évolution des couvertures forestières, en spécifiant l année de référence considérée. Les facteurs (critères, indicateurs, etc.) qui influent sur l ensemble du scénario, affectant l évolution de la couverture forestière et qui sont propres à Madagascar, seront également pris en compte ; - des analyses des moyens adéquats et pertinents à mettre en œuvre. Page 73 / 98

2 Le paragraphe suivant proposera l approche pour l établissement du scénario de référence, sur la base des données et informations disponibles et/ou encore à identifier pour ces différents points, ainsi que les différentes étapes à adopter. B. Le guide de bonnes pratiques du GIEC L estimation des émissions historiques requiert les données sur deux paramètres : la superficie et le changement en stock de carbone des terres qui ont subi un changement de type d utilisation dans un laps de temps défini. Selon le guide des bonnes pratiques du GIEC, les émissions résultant de la conversion de l utilisation des terres se manifestent par un changement de stock de carbone dans les différents réservoirs de carbone. Les données d activité (superficie totale du changement de type d occupation du sol entre deux dates) sont facilement acquises par télédétection ; par contre, les facteurs d émission sont obtenus à partir de mesures sur terrain ou des tableaux avec des valeurs génériques. Aussi, le guide des bonnes pratiques du GIEC contient des méthodologies déjà acceptées au niveau international pour combiner les données d activité et les facteurs d émission pour avoir une estimation des émissions de CO 2 C. Objectif de l établissement du scénario de référence. L objectif est de développer un scénario de référence qui prévoit un taux d émission et de perte en CO 2 dans le futur, en absence de la stratégie REDD+. Le scénario se base sur les informations historiques, qui reflèteront aussi les politiques et les circonstances nationales tout en respectant les standards et exigences internationaux. Le scénario de référence servira de base pour mettre en place le système de suivi ; il est très important de s assurer que le scénario de référence et le système de suivi soient cohérents. D. Approche proposée pour établir le scénario de référence En premier lieu, un groupe technique de travail (Groupe Technique National Scénario de Référence et MRV) sera mis en place sous l égide du BER (cf. Composantes 1a et 2c). Ce groupe aura pour mission de piloter le processus de développement du scénario de référence. Ses membres seront issus de différents départements / ministères et d institutions de recherches concernées. Les différentes tâches techniques seront entreprises après la mise en place de ce groupe technique de travail. Définition de la forêt La définition actuelle de la forêt adoptée par Madagascar dans le cadre du MDP (hauteur d au moins 5m, couverture de 30% ou plus, et de superficie de 1ha ou plus) exclut certaines formations forestières comme les forêts épineuses du sud, pourtant de plus en plus sujettes à la déforestation. Etant donné que l ONE, KBG, CI et IEFN dans leurs études respectives ont adopté différentes définitions de la forêt suivant leurs propres attentes, les superficies des forêts ont alors varie d un projet à l autre comme le montre le tableau ci-dessous. Tableau 13. Superficies des forêts sur 3 dates et selon les sources. Source Définition Superficie forêts 1990 Superficie forêts 2000 Superficie forêts 2005 CI H=5m, 100% couverture, ha ha ha 2.5ha ONE A compléter ; H=5m, 1ha ha ha IEFN 34 A compléter, 5ha ha ha KBG 35 A compléter, H= au moins 10m A compléter 34 Les superficies des forêts dans la première colonne proviennent d IEFN 0 (en 1993) et celles dans la deuxième colonne proviennent d IEFN 1 (en 2000) 35 Les données Kew datent de 2005 Page 74 / 98

3 Dans le cadre de la mise en place de la stratégie REDD+, Madagascar tendra vers une révision à la baisse de la couverture afin d intégrer tous les types de forêts du pays (forêts épineuses, mangroves, etc.). Toutefois, un taux de couverture inferieure à 15% occasionnerait des erreurs relativement considérables en interprétation des images satellites, et qu un taux 20% exclurait beaucoup d écosystèmes ; un taux de couverture entre 15 et 20% serait alors la solution optimale pour le pays. La fixation des deux autres paramètres, à savoir la hauteur des arbres (H) et la superficie minimale sera entreprise durant la phase de préparation de la stratégie REDD+. Types et envergures des forêts A la différence d autres pays, Madagascar possède une grande variété de formations forestières, dont les 6 plus importantes sont : les forêts humides, les forêts sèches, les forêts épineuses du sud, les forêts de Tapia, les mangroves, et les forêts artificielles (pins, eucalyptus, légumineuses, etc.). Il est à souligner que pour chacun de ces types de forêts, des successions végétales entreront dans la comptabilité carbone du pays, notamment les «savoka» (englobant les forêts climax ayant subi une dégradation et les forêts dégradées retournant progressivement au climax). Comme mentionné précédemment, l ONE, KEW, CI et IEFN dans leurs études respectives ont adopté leurs propres définitions de forêt, des superficies par région des différents types de forêts pour les 22 régions et selon les sources sont détaillées en annexe 3-1. Stocks de carbone pour les différents types de forêt Différentes définitions et méthodologies d estimation du stock de carbone ont été utilisées par les projets pilotes REDD que compte Madagascar actuellement pour comptabiliser le carbone. Le tableau 14 montre les valeurs du stock de carbone trouvées par chaque projet pilote. Tableau 14. Tonnages de carbone trouvés par les projets pilotes REDD à Madagascar. Type de formation forestière FORECA MAKIRA CAZ COFAV PHCF Forêts humides 209 à 308 tc/ha 286 tc/ha 220 tc/ha 260 tc/ha en cours Forêts sèches n/a n/a n/a n/a n/a Forêts épineuses du sud n/a n/a n/a n/a en cours Forêts de Tapia 20 tc/ha n/a n/a n/a n/a Mangroves 11 tc/ha n/a n/a n/a n/a Forêts artificielles n/a n/a n/a n/a n/a La disparité de ces chiffres sur le tonnage de carbone justifie la nécessité de la mise en place d une méthode uniformisée pour la comptabilisation du carbone pour tout le pays. C est dans cette logique que tous les projets pilotes se sont mis à réunir leurs efforts lors de l atelier national REDD qui eut lieu en septembre Cet atelier était une étape cruciale pour la mise en œuvre de la stratégie nationale REDD, notamment en termes de méthodologie à adopter au niveau national : il a été constaté que les approches des projets pilotes étaient plutôt complémentaires et qu il est nécessaire de réunir les efforts dans le but de capitalisation et d harmonisation. Une synthèse des approches méthodologiques des projets pilotes sont présentés en annexe 3-2. Prise en compte de la déforestation et de la dégradation Des études de Carnegie Institution au Pérou ont montré que les émissions dues à la dégradation forestière valent à peu près la moitié (46%) de celles causées par la déforestation (cf. annexe 3-7). Ceci a amené Madagascar à ne pas négliger la dégradation, au risque de perdre près du tiers des crédits carbone éventuels. Dans le cas de Madagascar, et en relation avec l étude sur la définition de la forêt, les définitions de ce que l on entend par déforestation et par dégradation doivent être plus affinées. Actuellement, la déforestation se comprend comme étant un changement du type d occupation du sol (forêt devenue non-forêt), qui se traduit par une perte quasi-totale de carbone en biomasse aérienne, Page 75 / 98

4 tandis que la dégradation consiste en une dépréciation du stock de carbone, ainsi qu une réduction en couverture de la canopée, sans qu il y ait pour autant changement du type d occupation du sol (forêt restant forêt). Dans le cas de la dégradation, les seuils sont alors à déterminer. Pour atteindre l objectif, trois étapes principales vont être entreprises, à savoir : l analyse historique de la déforestation, la détermination du stock actuel de carbone, et la modélisation de l évolution future du stock de carbone sous différentes scénarios (économiques, développement, etc.). Pour chacune de ces trois étapes, il y aura capitalisation des existants et des expériences des projets pilotes ; ainsi que des études qui dresseront les lacunes constatées jusqu ici dans différents domaines. Les étapes du développement du scénario de référence national Etape 1 : Analyse de la déforestation historique pour le pays Madagascar opte à considérer les deux «D» du REDD, à savoir, la déforestation et la dégradation. Comme mentionné précédemment, une révision de la définition de la forêt devra être entreprise avant de pouvoir entreprendre une analyse historique de la déforestation dans le cadre de la REDD+. Madagascar possède déjà des résultats d analyse historique de l évolution du couvert forestier par le biais de plusieurs projets antérieurs. Toutefois, selon les objectifs attendus de chacun de ces projets, ces objectifs sont différents et ne sont pas compatibles avec ceux de la REDD+. Ainsi, les résultats qui sont pris comme référence actuellement (Projet JariAla, financement USAID) mentionnent une réduction du taux de déforestation dans le pays entre 2000 et Ils cherchaient à évaluer l efficacité (ou non) de la mise en place des aires protégées par rapport à la réduction du taux de déforestation. Le traitement des images satellites était alors basé sur des critères pertinents pour les forêts intactes ou presque intactes, (hauteur> 5m, couverture de la canopée à 100%, et superficie minimale de 2.5 ha), excluant des types de formations pouvant être présentées sur le marche du carbone : forêts épineuses du sud, mangroves et même des blocs de forêts humides de moins de 2.5 ha. Une fois la définition de la forêt révisée, les analyses de la déforestation historique seront reprises pour tout le pays en utilisant les mêmes images qu auparavant, à savoir les séries LANDSAT commençant à partir de 1990, 1995, 2000, 2005 et en acquérant autant que possible des images de 2008, 2009 ou L outil utilisé pour effectuer les analyses sera le logiciel CLASlite, qui, par sa faculté d analyse sub-pixel, peut détecter et suivre les dégradations des forêts. L output des analyses sera une cartographie nationale des déforestations/dégradations passées entre ces différentes périodes et pour chaque type de forêt. Les expériences et résultats d autres projets comme la Modélisation de l Environnement à Madagascar (IRD), qui consiste en la modélisation du changement d occupation du sol dans le corridor forestier de Fandriana-Vondrozo (COFAV) serviront aussi à alimenter la réflexion sur cette phase, en particulier sur le choix du modèle. Etape 2 : Détermination du stock actuel de carbone forestier du pays Etape fondamentale dans tout le mécanisme REDD+, les efforts sur la détermination du stock de carbone seront orientés de manière à ce que le pays dispose d une base fiable, donc exploitable concernant le stock de carbone présent dans ses forêts. Méthodologie de comptabilisation du carbone dans le cas des forêts de Madagascar La démarche pour déterminer le stock de carbone actuel des forêts malagasy comportera cinq étapes: choix des compartiments à considérer, analyse d imageries satellites, estimation du stock de carbone de la biomasse aérienne, développement d équations allométriques, analyse du carbone du sol. 1. Les compartiments carbones à considérer La litière et le bois mort sont deux compartiments déjà pris en compte par des projets pilotes, mais les données n étaient pas suffisantes pour être généralisées à tous les types d écosystèmes du pays; par conséquent, des études plus poussées seront entreprises lors de la phase de préparation de la stratégie REDD+. Page 76 / 98

5 Aucun des projets pilotes n a entrepris des mesures de la biomasse souterraine à cause notamment de la complexité du protocole. Des expérimentations seront menées pour estimer le stock de carbone dans ce compartiment pour les différents types de formations forestières. Les résultats seront compares avec ceux des guides du GIEC (cf. annexe 3-6) : si les résultats sont similaires, on utilisera simplement le facteur de conversion usuel des lignes directrices du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre Agriculture, Foresterie et autres affectation des terres. Des études sur le carbone du sol sont en cours, entreprises par un projet pilote et analyse la fluctuation de la teneur en carbone du sol par rapport à la succession végétale épigée, à l issue desquelles il sera décidé si le carbone du sol sera à considérer au niveau national ou pas. Ce qui nous laisse pour le moment la biomasse aérienne comme principal réservoir de carbone à considérer pour la comptabilité carbone au niveau national. 2. Analyses d imageries satellites (SIG et Télédétection) - Choix du type d images à utiliser IMAGES SATELLITES A TRES HAUTE RESOLUTION Les expériences, aussi bien des travaux en relation avec la stratification des forêts Malagasy, ainsi que celles des projets pilotes REDD suggèrent de travailler avec des images de très haute résolution comme SPOT 5 avec des pixels de 2.5m pour minimiser autant que possible les erreurs d interprétation. Quelques pistes peuvent être explorées sur la possibilité de disposer de telles images. Un projet dénommé «Surveillance de l Environnement Assistée par Satellite-Océan Indien» (SEAS-OI) piloté par l IRD, l Université de la Réunion, la Région Réunion et avec un financement de l Union Européenne, peut constituer une source de données satellites très utile à la REDD+. Cette station recevra des images THR optiques (SPOT 4, SPOT 5) et radar (RADARSAT 2, ENVISAT-ASAR). Ce projet consiste en la mise en place d une station d images spatiales à l Ile de la Réunion (cf. annexe 3-8). Le projet couvre un rayon de 2500Km. Madagascar occupe la plus grande partie continentale de cette zone. Figure 18. Emprise de la nouvelle station SEAS-OI. Les satellites reçus par cette station sont : SPOT4, SPOT5, RADARSAT2, ENVISAT. Une antenne secondaire continuera de recevoir des images NOAA, SEAWIFF et MSG. Page 77 / 98

6 L avantage principal de la mise en place de cette station, est la disponibilité des images de très haute résolution couvrant tout Madagascar. Une alternative serait aussi de passer par le biais d un partenariat avec une agence spatiale (NASA, CNES, ESA, etc.). Il existe par exemple une convention entre le Centre National de Télédétection (CNT) et le Centre National d Etudes Spatiales (CNES), et le CNES s est déclaré prêt à aider le CNT dans l acquisition d images THR sur un projet d intérêt national. Toutefois, il faut prendre en compte le coût de telles images ainsi que les capacités de traitement existantes. Ainsi, une approche nécessitant une couverture en images haute résolution (pixel de 10 à 30 m) et un nombre limité d images THR sur des zones dite de contrôle peut être envisagée. IMAGES SATELLITES A HAUTE RESOLUTION L organisme intergouvernemental GEO préconise pour ses projets de démonstration l utilisation d images de très haute résolution pour des zones de contrôle bien choisies sur tout le territoire. Ces régions, d une taille d environ 40kmx40km seront étudiées avec grande précision. Les résultats et valeurs de facteurs obtenus dans ces zones de contrôle seront étendus au reste du territoire, pour lequel des images de haute résolution (de type LANDSAT) seront utilisées. - Travaux de stratification des différents types d occupation du sol Le GIEC ne propose qu une seule classe pour les forêts (terres forestières). Or, comme mentionné précédemment, Madagascar comporte plusieurs types de formations forestières, qui seront donc pris en compte dans la stratification des types d occupation du sol au niveau national, ainsi que leurs états respectifs (i.e. primaire, dense, secondaire, dégradée, etc.). Une attention particulière sera attribuée aux différents types de formations forestières. L hypothèse de base est que le stock de carbone varie suivant le type d occupation du sol, le type et l état de la formation forestière. Cette étape de stratification sera entreprise en grande partie en utilisant les images spatiales à haute résolution comme LANDSAT. Les images peuvent être traitées avec une méthode proposée par la Carnegie Institution for Science (Stanford University). Cette méthode d analyse subpixellaire fournit en effet des informations sur la proportion de couverture boisée, de sol nu, etc., ce qui lui confère d ailleurs le potentiel de détecter la dégradation en plus de la déforestation. Un logiciel libre, CLASlite, basé sur cette méthode a été développé par cette institution de recherche américaine. Cette approche est déjà utilisée par un des projets-pilote REDD (notamment pour l étude de l historique de la déforestation) de par son partenariat avec un institut de recherche de pointe aux Etats-Unis qui n est autre que Carnegie Institution for Science (Stanford University). Elle a donné des résultats appréciables (exemple : Nature Vol 461, p ; Octobre 2009) L output de cette étape de stratification sera une carte nationale présentant les différentes unités homogènes d occupation du sol, selon les critères «types» et «état» des formations forestières. 3. Vérification des résultats de la stratification Les résultats de la stratification doivent être validés par des descentes sur terrain afin de réduire les erreurs et incertitudes de la classification. 4. Estimation du stock de carbone de la biomasse aérienne par la technologie Lidar (Light Détection and Ranging) Après validation des résultats de la stratification, on doit passer à l échantillonnage des différents types d occupation du sol pour en estimer le taux de carbone. L utilisation d un LIDAR aéroporté a été testée à Madagascar et les résultats satisfaisants. Le choix de cette technologie tient aux raisons suivantes : (1) la disponibilité et la précision des mesures de hauteur des arbres (50 cm d incertitude pour des arbres de 30m de haut) ; (2) la réduction considérable du nombre de placettes à inventorier sur terrain et donc du coût des inventaires (10 fois moins de placettes) pour une précision plus grande ; (3) le fait qu une seule mesure par type de formation suffit pour disposer d une estimation fiable du stock de carbone. Le coût, selon les expériences d un projet pilote REDD qui l a déjà utilisé, est nettement inférieur à 1US$/ha. L utilisation de cette technologie Lidar entre toujours dans le cadre Page 78 / 98

7 d un partenariat avec l université de Stanford. (4) le gain de temps : on peut survoler jusqu'à ha de forêts en une seule journée, ce qui est tout simplement impossible si on se fiait juste aux inventaires sur terrain. L utilisation du Lidar requiert un taux d échantillonnage minimum de 5% pour garantir une précision des mesures à 80%. Ce qui correspondra à survoler à ha de forêts (selon la définition des forêts adoptée). L output de la mission de survol lidar est la structure 3D de la zone survolée. Par la suite cette structure 3D est traduite en stock de carbone par l utilisation d équations allométriques génériques qu il faut alors calibrer avec des équations allométriques propres à nos formations forestières. 5. Développement d équations allométriques et inventaires sur terrain Les résultats du Lidar doivent être recoupés avec les résultats des données recueillies sur terrain qui consistent en des inventaires de la biomasse sur terrain pour le développement d équations allométriques pour chaque type de forêt. Trois des projets pilotes REDD actuels utilisent les équations allométriques de Brown et de Chave pour les forêts tropicales. Toutefois, ces équations ayant été développées pour les forêts tropicales amazoniennes et/ou du bassin du Congo, deux projets pilotes, en partenariat avec des institutions de recherche locales (CIRAD et ESSA-Forêts), ont décidé d entreprendre des études pour développer des équations allométriques propres aux les différentes formations forestières Malagasy. Cependant, deux méthodologies différentes dans le développement des équations en question ont adopté : l un des projets a choisi la méthode partiellement destructive (consistant à abattre quelques arbres, les peser intégralement sur site, prélever des échantillons pour déterminer la densité au laboratoire, etc.), tandis que le second a préféré utiliser l approche non-destructive (sans abattage d arbre). Pour l heure, les équations allométriques obtenues par la méthode partiellement destructrice s avèrent être beaucoup plus fiables et conservatrices pour l estimation du carbone dans la biomasse aérienne des forêts par rapport aux équations de Chave et de Brown. Les résultats sont en cours de publication. Une évaluation des deux approches sera entreprise durant la phase de préparation de la stratégie REDD+. Un manuel décrivant le protocole à suivre sera produit et servira de base pour le développement d équations allométriques incluant tous les écosystèmes du pays. Une fois développées, ces équations allométriques correspondant à chaque type de formation forestière serviront à calibrer les équations allométriques génériques du Lidar. Le résultat final sera la carte de la densité de carbone sur tout Madagascar. 6. Analyse du carbone du sol Un des projets pilotes est actuellement en train d entreprendre des études sur le carbone du sol avec des institutions de recherche (Laboratoire Radio Isotopes, Université d Antananarivo, Institut de Recherche pour le Développement). Il s agit d analyser la teneur en carbone et les fluctuations de cette teneur selon les différentes successions végétales qui ont lieu à la surface. Si à l issue de ces études (terminées vers fin 2010), il s avère que le carbone du sol est effectivement important, il pourra être intégré parmi les compartiments à considérer pour la stratégie nationale REDD. Etape 3 : Modélisation de l évolution future du stock de carbone Ces deux précédentes étapes constituent une partie importante du processus d établissement du scénario de référence au niveau national, à défaut d un scénario proposé au niveau international. Néanmoins, compte tenu des avancées à Copenhague en fin 2009 (néanmoins et probablement sans changement substantiel à Cancun en Novembre 2010), Madagascar développera son scénario de référence national en se basant sur la déforestation historique. Les résultats de cette analyse chronologique seront ensuite projetés dans le futur, moyennant un ajustement (facteur d ajustement au développement. Au niveau national, la communication officielle du «niveau de référence national» (NR) pour la comptabilisation carbone relèvera de l autorité politique. Ce niveau de référence sera ensuite utilisé pour tout projet REDD+ à Madagascar. Page 79 / 98

8 Figure 19. Evolution temporelle de la couverture forestière selon le niveau de développement. Le facteur d ajustement au développement dépendra de l étape de développement auquel Madagascar sera rattaché, ainsi que des valeurs de ces facteurs issues des négociations internationales 1. Détermination des variables pertinentes Beaucoup d efforts ont été entrepris à Madagascar pour lutter contre la déforestation depuis ces dernières décennies. Comme mentionnés dans le volet 2a, les facteurs de la déforestation sont bien identifiés, à savoir une croissance démographique galopante (2.8% par an), des pratiques agriculturales non durables, la pauvreté et la précarité des modes de vie des ménages, ainsi que l absence d alternative et d incitation pour une utilisation durable des ressources. Aussi, quatre des cinq projets pilotes ont déjà défini les variables pertinents pour expliquer et prédire la déforestation pour leurs zones de travail respectives. Ce sont des variables démographiques (densité de population), socioéconomiques (usage des produits forestiers) et physiques (pentes, altitudes, distances aux rivières, distances aux routes, distance aux villages, etc.). Toutefois, pour le scénario de référence au niveau national et à la considération du contexte historique de Madagascar, il est indispensable d y ajouter les variables politiques et de gouvernance, car ces deux dimensions pèsent certainement lourd dans l atteinte ou non des objectifs de déforestation/dégradation évitée. Des études et analyses poussées seront donc à entreprendre dans ce sens pour bien arrêter les variables les plus pertinents dans la prédiction de la déforestation/dégradation. Par ailleurs, étant donné que les facteurs de déforestation/dégradation ne sont pas toujours uniformes dans tout le pays, il doit être vérifié également si les modèles de prédiction de la déforestation/dégradation future ne seraient pas valables, seulement au niveau régional ; les résultats étant ensuite agrégés au niveau national. Une équipe d experts pluridisciplinaire sera recrutée pour l identification des variables pertinentes, ainsi que pour le développement du modèle de projection. Tous les protocoles de mesure seront décrits avec précision afin de pouvoir estimer les incertitudes liées aux mesures. La connaissance de ces valeurs d incertitude est en effet recommandée par le GIEC pour tout projet REDD+ (GIEC, 2006). 2. Modélisation spatiale Trois projets pilotes (CAZ, Makira, COFAV) utilisent déjà actuellement un outil pour la quantification et la spatialisation des déforestations futures. Il s agit de Land Use Change Modeler, qui permet d obtenir un modèle spatial de la déforestation/dégradation moyennant la connaissance des variables pertinentes. Toutefois, d autres approches basées également sur les chaînes de Markov, sur l analyse multicritère ou autres seront à explorer. Il va de soi que des renforcements de capacité sur la maitrise des outils de modélisation sont à entreprendre durant la phase de préparation de la stratégie REDD+. Page 80 / 98

9 3. Prise en compte des fuites Comme Madagascar est une île, les fuites au niveau national ne seront pas comptabilisées, car elles sont toutes internes. Néanmoins, comme mentionné à l étape 3a), des études seront entreprises pour déterminer si un modèle agrégeant plusieurs modèles au niveau des régions est plus intéressant pour le modèle national. Si cela s avère être le cas, il y aura nécessité d entreprendre des études poussées pour évaluer et intégrer les fuites dans ces modèles régionaux. Il y a lieu de recruter des consultants nationaux pour identifier les zones de fuite probables. E. Renforcement des capacités pour l établissement du scénario de référence. Les principaux renforcements de capacités se rapportant au développement du scénario de référence sont décrits ci-dessous. Dès à présent, le CT-REDD gagne également à capitaliser les approches avec les organismes internationaux ou de grands projets internationaux. Il en est ainsi de l organisme intergouvernemental GEO qui coordonne les actions visant la facilitation de l accès des utilisateurs aux données spatiales. GEO-FCT (Forest Carbon Tracking) a mis en place plusieurs projets de démonstration sur l exploitabilité des données spatiales pour les projets REDD+. Ces expériences doivent être exploitées. - Un point essentiel dans ce processus REDD+ est l utilisation des images spatiales à haute résolution (de type LANDSAT ETM+ avec des tailles de pixel entre 15m et 30 m) et à très haute résolution (de type SPOT 5 ou même IKONOS avec des pixels de 1m à 10 m). Le traitement numérique des images de télédétection fera l objet d un renforcement de capacités, en particulier, le traitement des images THR. - Les méthodologies à utiliser pour l acquisition et le traitement des données, que ce soit pour la télédétection, pour la modélisation de la déforestation/dégradation ou pour l estimation des taux de carbone, etc. ne sont pas bien définies au niveau international. Chaque pays doit donc développer ses propres méthodes tout en se conformant aux recommandations générales du GIEC. - Ces renforcements concernent aussi bien la formation de jeunes cadres et la remise à niveau des professionnels, que le renforcement des capacités nationale de calcul : des commissions forestières (aux niveaux districts), des autres ministères impliquées, les institutions de recherche. De bons logiciels libres sont actuellement disponibles et pourront être utilisés : CLASlite (Stanford University), OTB (CNES), etc. La situation est identique pour les SIG : renforcement des capacités nationales de calcul, formations académiques et remises à niveau pour les professionnels. Toutefois, une attention particulière doit être portée sur les outils de modélisation des changements d occupation des sols. - La REDD+ est une opportunité pour favoriser la recherche sur ces thématiques. Des centres de recherche et des laboratoires universitaires ont déjà effectué des travaux de recherche dans l un ou l autre de ces domaines (IOGA, ESSA-forêt, LRI/IRD, projet MEM-IRD, C3EDM). Il faut tenir compte de ces travaux, renforcer les équipes et réorienter, si nécessaire, les recherches entreprises. - Renforcement de capacité sur l interprétation et analyse des résultats du survol Lidar pour les techniciens télédétecteurs au niveau des ministères, ONGs et autres institutions. - Renforcement de capacités à différents niveaux pour la maitrise du développement d équations allométriques. - Il faut aussi développer les connaissances scientifiques nationales sur la modélisation temporelle et spatiale du couvert forestier. Plusieurs méthodes peuvent être explorées : celles à base de chaîne de Markov comme l utilisation du Land Use Change Modeler (LCM), qui permet de localiser les déforestations/dégradations futures. D autres méthodes telles que méthodes multicritères, les approches statistiques, etc. En télédétection, il faut maîtriser le traitement des images THR, explorer l utilisation pratique des images radar afin de Page 81 / 98

10 cartographier les régions souvent nuageuses ou de lever les ambiguïtés entre certains objets vus sur l image optique. Enfin, les implications socio-économiques de la comptabilisation carbone gagneront à être mieux connues. F. Résumé des activités et calendrier pour l établissement du scénario de référence Activités principales Activité 1 : Mise en place et opérationnalisation d'un groupe technique national scénario de référence Activité 2 : Analyse de la déforestation historique Activité 3: Détermination du stock de carbone actuel Activité4: Modélisation de l'évolution future du stock de carbone Activité5: Prise en compte des fuites Tableau 15. Résumé des activités et calendrier pour l établissement du scénario de référence Sous - activités 1.1- Mise en place d un groupe technique national scénario de référence 1.2- Pilotage du groupe technique 2.1- Définition de la forêt et de la portée du mécanisme REDD 2.2 Renforcement de capacité en télédétection dont CLASlite, capitalisation et évaluation des résultats de la Modélisation de l'environnement à Madagascar 2.3 Renforcement de capacité des commissions forestières 2.4 Renforcement de capacité des autres ministères impliqués 2.5 Renforcement de capacité des autres institutions de recherche impliquées 2.6 Acquisition des images satellites 2.7 Analyse historique de la déforestation par CLASLITE 2.8 Cartographie et quantification de la déforestation passée 3.1 Choix des compartiments à considérer : litière, bois morts, sol, biomasse souterraine 3.2 Acquisition d'images satellites actuelles 3.3 Stratification des différents types d'occupation du sol 3.4 Descente sur terrain pour vérification 3.5 Echantillonnage en grappes en vue de survol Lidar 3.6 Survol aérien par Lidar 3.7 Renforcement de capacité en matière d'interprétation et analyse de résultats issus du survol 3.8 Etude comparative des deux équations allométriques en vue d'élaborer un manuel uniforme pour le pays 3.9 Renforcement de capacité en collecte de données de carbone 3.10 Descente sur terrain pour collecter de données de mesure de carbone 3.11 Développement des équations allométriques 3.12 Recoupement des résultats du Lidar avec les résultats des équations allométriques 3.13 Cartographie sur la densité de carbone 4.1 Identification des variables qui expliquent le mieux la déforestation et la dégradation (+ équipe de consultants pluridisciplinaire) 4.2 Renforcement de capacité en Land Change Modeler (LCM) 4.3 Modélisation de l'évolution future du stock de carbone avec LCM 5.1 Identification des zones de fuite probables Calendrier des activités Page 82 / 98

Christophe SANNIER christophe.sannier@sirs-fr.com

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