LA CARACTEROLOGIE D?HEYMANS ET WIERSMA
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- Eléonore Lachance
- il y a 9 ans
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1 COLLECTION DU TRAVAIL Humain Directeurs : R. BONNARDEL et M. REUCHLIN f LA CARACTEROLOGIE D?HEYMANS ET WIERSMA ÉTUDE STATISTIQUE SUR LE QUESTIONNAIRE DE M. GASTON BERGER par F. GAUCHET Chef du Service de Psychologie Appliquée de l'association Française pour l'accroissement de la Productivité et R. LAMBERT Attaché de Recherches au Centre National de la Recherche Scientifique Laboratoire de Psychologie Sociale de la Sorbonne PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE 108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS 1959
2 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA ÉTUDE STATISTIQUE SUR LE QUESTIONNAIRE DE M. GASTON BERGER
3 Cette étude a été réalisée au Service de Psychologie Appliquée de l'association Française pour l'accroissement de la Productivité et au Laboratoire de Psychologie Appliquée de l'école Pratique des Hautes études 1
4 DÉPOT LÉGAL ire édition... 4e trimestre 1959 TOUS DROITS de traduction, de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays 1959, Presses Universitaires de France
5 INTRODUCTION Depuis 1945, date de la première édition du Traité de caractérologie de René LE SENNE (12] (1), la caractérologie d'heymans et WIERSMA connaît en France une grande vogue. La classification des caractères de l'école de Groningue est basée sur des études statistiques, et ceci constituait, à l'époque où elle fut élaborée (2), un progrès considérable sur les typologies reposant essentiellement sur l'intuition, parfois sur l'imagination de leurs auteurs. Néanmoins, les méthodes statistiques employées par HEYMANS et WIERSMA (elles consistaient en de simples comparaisons entre pourcentages de réponses) peuvent nous paraître aujourd'hui dépassées. Les grands progrès qui ont été réalisés durant les cinquante dernières années dans le domaine de la statistique mathématique appliquée aux Sciences humaines doivent, en effet, nous permettre, à partir de données analogues à celles dont disposaient HEYMANS et WIERSMA, d'effectuer des études plus poussées à la fois plus précises et plus nuancées. L'analyse factorielle notamment, dont ne disposaient pas HEYMANS et WIERSMA, mais que depuis les auteurs anglo-saxons tels que CATTELL [5] et GUILFORD [8] aux Etats-Unis, EYSENCK [6] en Angleterre ont utilisée avec succès dans leurs recherches sur la personnalité, peut en effet nous aider à mieux saisir la nature et le jeu réciproque de l'émotivité, l'activité et la secondarité, «facteurs constitutifs du caractère > selon l'école de Groningue. Il ne semble pas que jusqu'à maintenant ces perspectives de recherches aient été pleinement exploitées ; nous devons à l'école caractérologique qui, à la suite de LE SENNE, de MM. BERGER et LE GALL, se réfère à la classification d'heymans et WIERSMA de fines observations cliniques et de précieuses analyses psychologiques, mais peu de travaux statistiques. Les recherches que nous présentons ici portent sur le questionnaire de M. Gaston BERGER. Les analyses statistiques que nous avons effectuées pourront, nous l'espérons, être utiles au caractérologue praticien, l'aider à affiner son diagnostic, à mieux connaître les possibilités et les limites du questionnaire. Mais à travers ce dernier, c'est aussi la caractérologie d'i-ieymans et WIERSMA que nous tâcherons d'étudier et de mieux comprendre. Nous comptons enfin, à la suite de cette première étude, effectuer des recherches sur les résultats comparés du questionnaire de M. Gaston BERGER et de diverses autres méthodes d'approche du caractère et de la personnalité. (1) Les chiffres entre crochets renvoient aux numéros de la Bibliographie, infra, p. 67. (2) Les premiers travaux d'heymans ont été publiés en 1908.
6 2 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA LE QUESTIONNAIRE DE M. GASTON BERGER Ce questionnaire a été publié en 1950 par les Presses Universitaires de France à la suite du Traité pratique d'analyse du caractère [3]. Il fait également l'objet d'une édition séparée, permettant son application sous forme individuelle ou collective. Le questionnaire se réfère à la classification caractérologique d'heymans et WIERSMA, mais outre l'émotivité, l'activité et le retentissement, «facteurs fondamentaux» de l'école de Groningue, il envisage 6 facteurs complémentaires : la largeur du champ de conscience, la polarité, l'avidité, les intérêts sensoriels, la tendresse et la passion intellectuelle. Nous reproduisons ici, avec l'autorisation de l'auteur et de l'éditeur, le questionnaire ainsi que des extraits des «instructions pour l'exécution du test» dans lesquels sont brièvement décrits ces facteurs. INSTRUCTIONS POUR L'EXÉCUTION DU TEST (Extraits) Ce test est destiné à établir la formule de votre caractère. Pour cela, il cherche à préciser l'intensité qu'ont, chez vous, 9 facteurs importants : Deux facteurs intensifs l'émotivité, : qui est la disposition à éprouver des émotions vives et fréquentes l'activité, ; qui traduit la facilité plus ou moins grande avec laquelle on exécute ce qu'on a envie de faire. Trois facteurs exprimant l'allure générale du comportement : la secondarité qui est la persistance des impressions, fort variable suivant les individus et qui détermine le caractère plus ou moins systématique de leur conduite ; la largeur du champ de conscience, qui traduit le nombre plus ou moins grand d'idées, d'images, de sentiments différents qui peuvent être présents dans la pensée à un même moment ; la polarité, qui distingue un type «Mars " et un type «Vénus», le premier cherchant à dominer par la contrainte, le second voulant séduire, charmer. Quatre facteurs précisant la direction des tendances : l'avidité ou désir d'accroître ce que l'on a, ce que l'on peut, ce que l'on vaut ; les intérêts sensoriels qui nous attachent au monde sensible et jouent un grand rôle dans la vie esthétique la ; tendresse qui fait que nous nous préoccupons beaucoup des autres et que nous nous mettons spontanément «à leur placé» la passion intellectuelle qui mesure, non point notre intelligence, qui est une aptitude, mais notre curiosité, notre besoin de comprendre. Le test comprend 9 séries de 10 questions... Vous devez vous efforcer de répondre à ces questions le plus exactement possible et sans vous préoccuper du résultat final. Faites cet examen à loisir. Le temps que vous y consacrez n'entre pas en ligne de compte... Chaque question est double et parfois triple. Elle décrit deux comportements nettement opposés et parfois un 3e comportement intermédiaire. Vous devez choisir entre eux celui qui correspond à votre propre caractère. A l'une des possibilités correspond le nombre 9, à l'autre le nombre 1 ; à la possibilité intermédiairest attribué le nombre 5. Celui de ces nombres placé en face de la manière de réagir qui est la vôtre constituera votre réponse à la question. Lorsque vous sentez que votre propre réaction n'est exactement exprimée ni par l'attitude qui donne 9, ni par celle qui donne 1, c'est-à-dire lorsque vous êtes «entre les deux» ou «ni l'un ni l'autre», répondez par le chiffre 5, même lorsque la réponse intermédiaire n'est pas expressément prévue par le questionnaire. Mais faites un effort pour choisir
7 INTRODUCTION 3 entre 9 et 1 et ne vous résignez au 5 que lorsqu'il vous paraît vraiment impossible de décider entre 9 et 1. Vous aurez parfois envie de répondre aux questions : «Cela dépend.» Il est évident, en effet, qu'une attitude dépend toujours d'un grand nombre de circonstances accessoires. Mais on a une disposition générale à se comporter d'une manière ou d'une autre. C'est elle que nous cherchons à atteindre. Vous devez choisir, parmi les deux ou trois attitudes décrites, celle qui correspond à votre manière habituelle de sentir, celle qui est la vôtre dans les circonstances ordinaires de la vie. Il est vrai que, dans des circonstances exceptionnelles, la réaction dépend de ces circonstances autant et parfois plus que du caractère.... Ce test, purement psychologique, exclut toute préoccupation morale. Il ne cherche à mettre en évidence ni des qualités ni des défauts, mais seulement des manières d'être et de sentir qui, toutes, suivant les circonstances, peuvent avoir des avantages ou des inconvénients. Vous pouvez donc y répondre sans arrière-pensée et en toute simplicité. Le test ne cherche pas non plus à faire ressortir la valeur de vos facultés (intelligence, mémoire, etc.). Ce ne sont pas là, en effet, des traits de caractère, mais des aptitudes, qui font l'objet de tests très différents. La sincérité des réponses ne doit donc être gênée par aucune considération parasite. Les nombres 9, 5 ou 1 ne sont en aucune manière des «notes» et il ne faudrait pas croire qu'il soit toujours bon d'avoir 9 comme réponse. Un émotif n'est ni supérieur, ni inférieur à un non-émotif ; il est seulement différent.
8 QUESTIONNAIRE CARACTÉROLOGIQUE 1. ÉMOTIVITÉ 1. - Prenez-vous très à coeur de petites choses dont vous savez cependant qu'elles sont sans importance??tes-vous parfois bouleversé par des riens?... 9 Ou n'êtes-vous troublé que par des événements graves?... 1 I I. - Vous enthousiasmez-vous ou vous indignez-vous aisément?... 9 Ou acceptez-vous tranquillement les choses comme elles son Etes-vous susceptible? Êtes-vous facilement et profondément blessé par une critique un peu vive, une remarque désobligeante ou moqueuse?... 9 Ou supportez-vous la critique sans être blessé? Etes-vous facilement troublé par un événement imprévu? Sursautez-vous quand on vous appelle brusquement? Pâlissez-vous ou rougissez-vous facilement?... 9 Ou êtes-vous difficile à troubler? Vous échauffez-vous en parlant? Ëtevez-vous la voix dans la conversation 1? Éprouvez-vous le besoin d'employer des termes violents ou des mots très expressifs?... 9 Ou parlez-vous sans hâte, de façon calme, posée? Etes-vous angoissé devant une tâche nouvelle ou devant un changement en perspective?... 9 Ou abordez-vous la situation avec calme? Passez-vous alternativement de l'exaltation à l'abattement, de la joie à la tristesse et vice versa pour un rien ou même sans raison apparente?... 9 Ou êtes-vous d'humeur égale? Votre esprit est-il fréquemment obsédé par des doutes, des scrupules à propos d'actes sans importance? Conservez-vous souvent dans l'esprit une pensée parfaitement inutile et qui vous importune?... 9 Ou ne connaissez-vous qu'exceptionnellement ce pénible état de préoccupation? Vous arrive-t-il parfois d'être si violemment ému que ce que vous désirez faire vous devienne complètement impossible? (Peur qui empêche de bouger, timidité qui supprime tout à fait la parole, etc.)... 9 Ou cela ne vous est-il arrivé que très rarement?... 5 Ou cela ne vous est-il jamais arrivé? Avez-vous fréquemment le sentiment d'être malheureux?... 9 Ou êtes-vous généralement content de votre sort? Ou encore quand les choses ne vont pas comme vous voulez, pensez-vous à ce qu'il faudrait changer plus qu'à vos propres sentiments?... 1
9 QUESTIONNAIRE CARACTÉROLOGIQUE 5 2. ACTIVITÉ 2. - Vous occupez-vous avec activité pendant vos heures de loisir? (Études à côté, action sociale, bricolage, travaux manuels et généralement tout travail non imposé)... 9 Ou en profitez-vous pour prendre vos aises?... t. 5 Ou restez-vous de longs moments à ne rien faire, à rêver ou simplement à vous distraire (lecture d'agrément, radio, etc.) Vous faut-il fournir un effort pénible pour passer de l'idée à l'acte, de la décision à l'exécution?... 1 Ou exécutez-vous immédiatement et sans dif6culté ce que vous avez décidé? Vous découragez-vous facilement devant les difficultés ou devant une tâche qui s'avère trop fatigante?... 1 Ou êtes-vous, au contraire, stimulé par les difficultés et excité par l'idée de l'effort à fournir? Aimez-vous rêver, soit au passé qui n'est plus, soit à l'avenir qui pourrait être, soit au pur imaginaire?... 1 Ou préférez-vous agir ou du moins faire des projets précis qui préparent réellement l'avenir? Faites-vous ce que vous avez à faire tout de suite et sans qu'il vous en coûte beaucoup? (Écrire une lettre, régler une affaire, etc.)... 9 Ou êtes-vous porté à différer, à renvoyer? Prenez-vous des décisions immédiates, même dans des cas difficiles?... 9 Ou êtes-vous indécis et hésitez-vous longtemps? tes-vous mobile et remuant (gesticuler, bondir vivement de sa chaise, aller et venir dans la pièce en dehors de toute émotion vive)?... 9 Ou êtes-vous généralement immobile quand une émotion ne vous agite pas? N'hésitez-vous jamais à entreprendre une transformation utile quand vous savez qu'elle exigera de vous un gros effort?... 9 Ou reculez-vous devant le travail à entreprendre et préférez-vous vous contenter du statu quo??...: Quand vous avez donné des ordres pour un travail, vous désintéressez-vous de l'exécution, avec le sentiment que vous êtes débarrassé d'un souci?... 1 Ou surveillez-vous cette exécution de près, en vous assurant que tout est bien fait dans les conditions et au moment voulu? Aimez-vous mieux regarder que faire? (Prendre plaisir à regarder souvent et longuement un jeu qu'on ne pratique pas.)... 1 Ou aimez-vous mieux faire que regarder, le simple spectacle devenant vite ennuyeux ou vous excitant à passer vous-même à l'action? SECONDARITÉ 3. - Êtes-vous souvent guidé, dans votre action, par l'idée d'un avenir éloigné (épargner pour la vieillesse, amasser des matériaux pour un travail de longue haleine) ou par les conséquences lointaines que vos actes peuvent avoir?... 9 Ou vous intéressez-vous surtout aux résultats immédiats? Envisagez-vous tout «ce qui peut arriver u et vous y préparez-vous soigneusement? (Équipement minutieux, étude des itinéraires, prévision des incidents possibles, etc.)... 9 Ou vous en remettez-vous à.1'inspiration.du moment?... 1
10 6 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Avez-vous des principes stricts auxquels vous cherchiez à vous conformer 1? 9 Ou préférez-vous vous adapter aux circonstances avec souplesse? Êtes-vous constant dans vos desseins? Achevez-vous toujours ce que vous avez commencé?... 9 Ou abandonnez-vousouvent une tâche avant qu'elle ne soit terminée (commençantout, ne finissant rien)? Êtes-vous très constant dans vos sympathies (continuez-vous vos amitiés d'enfance, fréquentez-vous régulièrement les mêmes personnes, les mêmes groupes)?... 9 Ou changez-vous souvent d'amis (cessant, par exemple, sans raisons graves, de voir des gens que vous fréquentiez)? Après un accès de colère (ou, si vous ne vous mettez jamais en colère, après avoir subi un affront), êtes-vous immédiatement réconcilié (tout à fait comme auparavant, sans plus y songer)?... 1 Ou restez-vous quelque temps de mauvaise humeur?... 5 Ou êtes-vous difficile à réconcilier (rancune persistante)...? Avez-vous des habitudes très strictes auxquelles vous teniez beaucoup 1? Êtes-vous attaché au retour régulier de certains faits?... 9 Ou avez-vous horreur de tout ce qui est habituel et prévu d'avance, la surprise étant pour vous un élément essentiel du plaisir? Aimez-vous l'ordre, la symétrie, la régularité?... 9 Ou bien l'ordre vous semble-t-il ennuyeux et avez-vous besoin de trouver partout de la fantaisie Prévoyez-vous d'avance l'emploi à faire de votre temps et de vos forces 1? Aimez-vous faire des plans, des horaires, des programmes?... 9 Ou vous engagez-vous dans l'action sans règle précise fixée d'avance? Quand vous avez adopté une opinion vous y attachez-vous avec opiniâtreté 1? 9 Ou êtes-vous aisément convaincu et vous laissez-vous séduire par la nouveauté d'une idée? LARGEUR DU CHAMP DE CONSCIENCE 4. - Etes-vous pris tout entier par ce que vous faites, au point de devenir insensible à ce qui se passe autour de vous?... 1 Ou vous est-il facile de faire ce que vous avez à faire en continuant à suivre ce qui se passe autour de vous? Attachez-vous une grande importance à la précision? Aimez-vous les idées nettes, les missions bien définies?... 1 Ou vous plaisez-vous à ce qui est vague, indéterminé, à ce qui vaut par les «nuances» Repoussez-vous vivement et instinctivementout ce qui vient vous déranger dans l'occupation à laquelle vous vous consacrez? Vous irritez-vous contre toute diversion? Ou accueillez-vous ces perturbations sans vous irriter, et en n'y réagissant que mollement? Avez-vous besoin d'analyser pour comprendre? Est-ce que c'est en descendant aux détails que la démonstration, la machine, le procédé qui vous intéresse vous devient intelligible...? 1 Ou vous suffit-il de saisir l'ensemble?... 9
11 QUESTIONNAIRE CARACTÉROLOGIQUE Etes-vous ponctuel, arrivant même parfois en avance pour ne pas manquer un rendez-vous?... 1 Ou arrivez-vous fréquemment en retard Etes-vous méticuleux (dans votre travail, dans vos vêtements, dans la détermination d'un fait qui vous intéresse, etc.)?... 1 Ou êtes-vous négligent, peu soigneux? Sentez-vous le temps comme quelque chose de fluide, de continu, coulant sans interruption et entraînant tout avec lui?... 9 Ou le temps vous apparaît-il plutôt comme la succession.d'instant relativement fixes, séparés les uns des autres et se succédant devant une conscience immobile? Avez-vous le besoin de pousser jusqu'à la perfection ce que vous entreprenez I 1 Ou êtes-vous moins exigeant et vous contentez-vous de ce qui «en gros» répond à peu près à ce que vous désirez? Etes-vous décidé, voire tranchant, dans vos afflrmations et dans vos projets? 1 1 Ou répugnez-vous à vous fixer, cherchant à compenser une idée par une autre, refusant de vous lier à aucune? Etes-vous sujet aux redites, aux gestes plusieurs fois répétés, aux idées fixées en manies?... 1 Ou, au contraire, vos idées sont-elles fluentes, jamais absolument identiques à ce qu'elles ont été dans le passé, et comme noyées dans le courant de la conscience et de la vie? POLARIT'É 5. - Etes-vous combatif? Recherchez-vous la compétition, la lutte?... 9 Ou redoutez-vous les combats et les disputes? Aimez-vous mieux céder d'avance (au moins en apparence) que de faire naître l'occasion d'un conflit? Avez-vous plaisir à commander, même lorsqu'il vous faut contraindre les autres à obéir et forcer leur obéissance?... 9 Ou répugnez-vous à imposer aux autres votre volonté préférant manoeuvrer ou séduire? Etes-vous très aimable, très prévenant, cherchez-vous à charmer, à séduire ceux qui vous approchent?... 1 Ou les traitez-vous avec simplicité, voire avec une certaine rudesse? Adoptez-vous spontanément les manières des gens au milieu desquels vous avez à vivre?... 1 Ou conservez-vous dans tous les milieux vos manières habituelle Pratiquez-vous ou aimeriez-vous pratiquer des exercices ou des sports violents? 1 9 Ou auriez-vous de la répugnance à les pratiquer? Éprouvez-vous le besoin d'avoir l'affection de tous ceux avec qui vous êtes en rapport, même de ceux dont vous n'attendez rien?... 1 Ou êtes-vous indifférent à leurs sentiments et ne cherchez-vous l'affection que de ceux-là seulement que vous aimez vous-même? Savez-vous «vous imposer»? Prenez-vous de vous-même le commandement d'un groupe, la direction d'un travail, l'organisation d'une réunion sociale I 9 Ou ne consentez-vous à guider les autres (si cela vous arrive) que lorsqu'ils viennent vous le demander ou, du moins, lorsqu'ils acceptent spontanément votre direction?... 1
12 8 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Aimez-vous le risque? Trouvez-vous un plaisir particulier à affronter un danger?... 9 Ou redoutez-vous les aventures incertaines (ce qui ne veut pas dire que vous manquiez de courage en face d'un danger que vous n'aurez pas cherché)? Aimez-vous qu'on vous console, qu'on vous plaigne?... 1 Ou détestez-vous qu'on vous console et vous sentez-vous blessé lorsqu'on s'apitoie sur vous? Avez-vous un très grand besoin d'indépendance et vous est-il difficile de vous soumettre à une direction extérieure?... 9 Ou acceptez-vous sans effort d'être guidé, dirigé, et vous adaptez-vous aisément à la manière de voir et de travailler d'un chef, d'un maître, d'un patron? AVIDITÉ 6. - Étes,vous très ambitieux? (Désir ardent d'accroître votre fortune, votre situation, vos connaissances, votre puissance, etc.)... 9 Ou êtes-vous modérément sensible à ces accroissements et estimez-vous que tout cela ne vaut pas la peine qu'on s'épuise à le poursuivre? Prêtez-vous volontiers vos livres, vos outils, vos instruments?... 1 Ou n'aimez-vous pas prêter vos affaires? Avez-vous le sentiment du prix du temps? Faites-vous dans la hâte ce que vous avez à faire pour pouvoir passer rapidement à autre chose?... 9 Ou êtes-vous peu sensible à la valeur propre du temps et attachez-vous peu d'importance aux notions de vitesse et de rendement (maximum de choses faites dans le minimum de temps)? Êtes-vous jaloux dans vos affections, dans vos amitiés?... 9 Ou êtes-vous peu accessible à la jalousie? Etes-vous très ardent à faire valoir vos droits, à revendiquer ce qui vous est dû? > 9 Ou détestez-vous réclamer et abandonnez-vous facilement ce que vous pourriez revendiquer? Êtes-vous intéressé par vos performances? (Succès obtenus dans le sport, dans les affaires, à la chasse, dans le monde, etc.) En suivez-vous de près l'amélioration, soit par rapport à votre activité passée, soit par rapport aux autres?... 9 Ou ce souci vous est-il étranger? Aimez-vous être le premier partout? Avoir le pas sur les autres?... 9 Ou êtes-vous porté à vous effacer devant les autres?... 5 Ou êtes-vous tout à fait indifférent aux préséances? Êtes-vous naturellement méfiant, soupçonneux?... 9 Ou spontanément confiant? Êtes-vous intéressé par la valeur des objets? Conservez-vous longtemps le souvenir du prix des objets que vous avez achetés?... 9 Ou la valeur matérielle vous intéresse-t-elle peu et le prix d'achat est-il vite oublié? Avez-vous envie de tirer parti de toutes les occasions qui se présentent, même si vous ne désirez pas particulièrement ce qu'elles vous offrent et seulement pour «profiter de l'occasion»?... 9 Ou laissez-vous passer avec indifférence les occasions dont l'objet ne vous intéressait pas auparavant?... 1
13 QUESTIONNAIRE CARACTÉROLOGIQUE 9 7. INTÊRÊTS SENSORIELS 7. - Êtes-vous très attentif à la qualité de vos sensations? Etes-vous vivement intéressé par les formes, les couleurs, les sons pris en eux-mêmes?... 9 Ou les formes sensibles ne sont-elles pour vous que des «renseignements» sur la nature des objets (par exemple, vous vous intéressez au sens des paroles entendues sans prêter grande attention au timbre des voix, à l'utilité d'un objet plus qu'à sa couleur, etc.)? Attachez-vous beaucoup d'importance à ce que vous mangez? Mangez-vous lentement, en savourant? Êtes-vous gourmet... 9 Ou mangez-vous sans y prêter grande attention, «pour vous nourrir» Vous intéressez-vous à la préparation des plats, aux «recettes» de cuisine? 1 9 Ou y êtes-vous indifférent (ne voyant par exemple dans les recettes, si votre fonction vous oblige à vous en occuper, que des moyens de faire plaisir à d'autre ou de réussir rapidement et sûrement une préparation)? Trouvez-vous beaucoup d'intérêt aux sensations tactiles? Le contact de la soie, de la fourrure, du velours est-il, pour vous, la source d'émotions vives (agréables ou désagréables, peu importe ici) Ou attachez-vous peu d'intérêt à ces sortes de sensations? Aimez-vous vous regarder dans une glace pour y étudier vos expressions? 1 Surveillez-vous vos gestes, le ton de votre voix?... 9 Ou cela vous intéresse-t-il médiocrement? Aimez-vous le luxe pour lui-même (c'est-à-dire indépendamment des satisfactions de vanité qu'il peut procurer) Ou êtes-vous peu touché par le luxe? Aimez-vous caresser les jeunes enfants ou les animaux?... 9 Ou cela vous est-il indifférent en soi (c'est-à-dire indépendamment des sentiments tendres que vous pouvez épouver à leur endroit)? Avez-vous des besoins esthétiques profonds? La valeur de l'art est-elle, à vos yeux, aussi grande que celle de la morale Ou l'art n'a-t-il dans votre vie qu'une place secondaire et ne le considérezvous que comme un agréable moyen de se distraire Êtes-vous très sensible au cadre dans lequel se déroule votre existence (tapisserie, ameublement, décoration...)? Par exemple, vous serait-il insupportable de vivre dans une chambre que vous jugeriez laide?... 9 Ou cela a-t-il moins d'importance, à vos yeux, que le caractère pratique, commode, hygiénique, etc. de l'installation? Remarquez-vous naturellement les costumes de vos amis (couleur, forme, grain du tissu, etc.)... 9 Ou n'y faites-vous guère attention TENDRESSE 8. - Vous attendrissez-vous facilement sur le sort des autres Ou restez-vous calme, même lorsque vous cherchez à les aider effectivement? Considérez-vous les sentiments des autres comme plus importants que les actes qu'ils accomplissent?... 9 Ou pensez-vous, au contraire, que ce qui compte vraiment ce sont les actes, les résultats
14 10 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Aimez-vous les animaux comme des êtres ayant une personnalité, en vous inquiétant de ce qu'ils sentent?... 9 Ou, sans leur faire du mal, les considérez-vous comme du bétail, du cheptel, c'est-à-dire un peu comme des choses? Les autres vous intéressent-ils essentiellement par rapport à ce que vous désirez vous-même accomplir? Les considérez-vous comme des instruments à utiliser ou des obstacles à écarter?... 1 Ou, au contraire, est-ce vous qui entrez dans leurs vues, en oubliant les vôtres, éprouvant, par sympathie, ce qu'ils sentent, et cherchant à les servir plus qu'à vous servir d'eux? Vous attachez-vous à vos collaborateurs, à vos serviteurs, à vos camarades de travail au point de continuer vos relations, même lorsque celles-ci vous sont nettement défavorables (ne pas renvoyer un domestique négligent, un employé médiocre)?... 9 Ou n'hésitez-vous pas à consommer ces séparations utiles (remplacer un collaborateur, changer de fréquentations)? Aimez-vous beaucoup les enfants? Vous plaisez-vous en leur compagnie? 1 Aimez-vous partager leurs jeux?... 9 Les enfants vous énervent-ils?... 1 Ou vous sont-ils simplement indifférents Ou encore les aimez-vous d'une manière théorique et, si l'on peut dire, «de lois»? Préférez-vous être aimé qu'obéi?... 9 Ou y a-t-il, pour vous, des choses bien plus importantes que l'amour et dont la réalisation exige qu'on mette l'amour au second plan? Quand vous avez de l'affection pour quelqu'un, vous sentez-vous porté à l'exprimer par des mots tendres, des attentions délicates?... 9 Ou plutôt par des actes de bienveillance positive (rendre service, renseigner, aider,etc.)? Avez-vous besoin de voir très fréquemment vos amis?... 9 Ou restez-vous parfois longtemps sans les voir (sans que cela, d'ailleurs, affaiblisse nécessairement votre amitié)? Vous est-il pénible de travailler dans un milieu indifférent ou hostile?... 9 Ou cela ne vous affecte-t-il pas sensiblement? PASSION INTELLECTUELLE 9. - Vous arrive-t-il souvent de chercher à résoudre des problèmes dépourvus de toute application pratique?... 9 Ou n'êtes-vous intéressé que par les résultats positifs et vous détournezvous de ce qui ne conduit à rien? Préférez-vous les distractions qui ont un caractère intellectuel (étude, discussions d'idées, jeux de réflexion comme les échecs, etc.)?... 9 Ou des distractions d'un autre ordre : physiques (sports, excursions), sociales (visites, réunions diverses) ou sentimentales (lectures romanesques, musique)? Pensez-vous qu'il y ait des mystères à respecter et que, dans certains domaines, la raison doive céder la place et renoncer à poursuivre sa recherche Ou pensez-vous que ce respect du mystère est, au contraire, un manque d'honnêteté intellectuelle et, en quelque sorte, un «péché contre l'esprit u 1 9
15 QUESTIONNAIRE CARACTÉROLOGIQUE Il Êtes-vous plus intéressé par les faits concrets?... 1 Ou par les idées et les théories? Parmi les romans, préférez-vous ceux où il «se passe» quelque chose et où les événements sont racontés en détail?... 1 Ou ceux qui permettent de saisir le jeu des mécanismes psychologiques, ou la valeur d'une idée philosophique (morale, sociale, etc.)? La vie sociale vous paraît-elle quelque chose de très important? Pensez-vous que chacun ait le devoir de s'y engager?... 1 Ou avez-vous de la méfiance pour le social et tendez-vous à vous en «décager» pour penser en toute liberté, au-delà des traditions mais sans céder non plus aux sollicitations de l'époque et du milieu? Éprouvez-vous devant les problèmes complexes un sentiment d'humilité? 1 Ou, au contraire, avez-vous parfois des mouvements d'orgueil devant les progrès de la science ou devant vos propres découvertes?... 1 Ou bien ces sentiments (humilité ou orgueil) vous paraissent-ils déplacés, là où il s'agit simplement de comprendre? Aimez-vous les gens simples, les poésies faciles à comprendre, les histoires sans complexité?... 1 Ou êtes-vous vite ennuyé par les choses trop simples et préférez-vous les œuvres et les personnes qui donnent à l'intelligence l'occasion de s'exercer intensément? Éprouvez-vous le besoin d'analyser les sentiments de vos amis et de chercher à comprendre les oeuvres d'art que vous admirez?... 9 Ou vous suffit-il de vous abandonner au plaisir que vous donne leur présence ou leur contemplation? En présence d'un appareil ou d'une machine que vous ne connaissez pas, êtes-vous surtout intéressé par les applications qu'ils peuvent avoir?... 1 Ou par l'ingéniosité du mécanisme?... 5 Ou par les principes qui y sont appliqués?... 9
16 CHAPITRE PREMIER DESCRIPTION DES POPULATIONS ÉTUDIÉES A) POPULATION «ÉTUDIANTS D'AIX-EN-PROVENCE» (âge moyen 21 ans 5 mois) Notre étude porte essentiellement sur 200 sujets (112 hommes et 88 femmes), jeunes étudiants résidant dans la région d'aix-en-provence. Ces sujets ont été examinés par interviews, selon la méthode préconisée par M. BERGER et sous le contrôle de ce dernier (1). Nous disposons en outre des questionnaires remplis par deux autres groupes de sujets. B) POPULATION «ÉTUDIANTS DE PARIS» (âge moyen : 23 ans 1 mois) Celle-ci comprend 130 étudiants (56 hommes et 74 femmes) de la Faculté des Lettres de Paris, qui pendant l'année universitaire ont tous suivi avec assiduité un cycle de cours supplémentaires sur les problèmes de la vie des entreprises et accepté de consacrer une partie de leurs vacances à des stages dans l'industrie. Ces sujets ont été examinés collectivement, en Sorbonne, par groupes de 25 à 30. L'examen, qui devait apporter une contribution à l'orientation des sujets, n'avait aucun caractère sélectif ; ses résultats ont été discutés avec les sujets au cours d'entretiens individuels ultérieurs mais n'ont pas été communiqués à des tiers. C) POPULATION «SALARIÉS» (âge moyen : 31 ans 6 mois) Cette dernière comprend 424 sujets (328 hommes, cadres et agents de maîtrise de l'administration et de l'industrie, et 96 femmes secrétaires et sténodactylos) tous salariés, mais constituant cependant des populations hétérogènes par l'âge, la formation et le niveau culturel. Ces sujets ont été examinés au cours d'examens de sélection. Ils remplissaient eux-mêmes le questionnaire, (1) Nous nous permettons d'exprimer à M. BERGER, qui a bien voulu nous confier ces précieux documents et nous accorder un appui efficace au cours de nos recherches, l'expression de notre respectueuse gratitude. Celle-ci s'adresse également à M. le Pr BONNARDEL qui nous a guidés tout au long de ce travail, et à MM. CARDELLINI et TROMELIN, président et secrétaire général de l'a.f.a.p., sans la bienveillancet la compréhension desquels ces recherches n'auraient pu être entreprises.
17 14 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA TABLEAU 1 Distribution des notes pour chacun des 9 critères du questionnaire «Étudiants d'aix-en-provence» E A S L M/V V IS T PI Il Il Il Il M... 58,8 54,0 48,9 50,5 51,3 48,0 57,4 60,8 55,3 o... 19,4 18,6 17,5 17,2 17,5 17,1 1 18,7 16, M = Moyenne des notes des 200 sujets. a = Ecart-type de la distribution des notes. soit individuellement, soit collectivement et dans des conditions diverses imposées par le temps limité que nous pouvions consacrer à l'examen. Le questionnaire était ensuite utilisé comme guide pour un entretien ultérieur. Cette population n'est donc ni homogène, ni représentative de l'ensemble de la population française. Disons seulement qu'elle peut constituer un échantillon passable des sujets qu'un psychologue industriel peut avoir à examiner sur le plan caractériel. Nous présentons donc sous toutes réserves les résultats la concernant. De plus, les questionnaires n'ont pas été passés dans les conditions les meilleures et le but sélectif des examens a très probablement introduit, comme nous le verrons, une distorsion quasi systématique des réponses à certains items (1 ). Signalons enfin que le groupement de populations hétérogènes est susceptible d'altérer la signification de certains calculs statistiques. (1) Ceci ne signifie pas que le questionnaire soit à proscrire dans un examen de sélection professionnelle. Il peut au contraire fournir de précieuses indications, mais ses résultats doivent être discutés avec le sujet et non interprétés de façon automatique. Voir à ce sujet [3, p. 6], [11, p. 1011, [7].
18 DESCRIPTION DES POPULATIONS ÉTUDIÉES 15 Nous devons aussi, bien que dans une moindre mesure, faire quelques réserves sur les résultats de la population «Etudiants de Paris», malgré son homogénéité et le caractère désintéressé de l'examen. En effet, la passation sous forme collective n'est pas conseillée par l'auteur du questionnaire qui préfère à toute autre technique celle de l'interview. Ces réserves faites, nous estimons cependant intéressant de présenter - à côté des résultats de notre population de base «Etudiants d'aix-en- Provence» -, ceux qui ont été obtenus sur les deux autres populations. S'ils concordent, leur valeur statistique en est accrue : c'est le cas, nous le verrons, pour les intercorrélations existant entre les 9 critères et par conséquent pour l'analyse factorielle de ces liaisons. S'ils diffèrent, une étude comparative pourra souvent nous suggérer des hypothèses utiles que nous nous proposerons de vérifier dans des études ultérieures. TABLEAU II Distribution des notes pour chacun des 9 critères du questionnaire «Étudiants de Paris» E A S L M/V V IS T PI M... 52,0 60,4 51,4 49,6 47,7 49,9 61,5 57,0 54,3 ( ,4 15,2 17,2 15,6 16,4 16,9 17,4 15,2 15,3 M = Moyenne des notes des 130 sujets. a = Ecart-type de la distribution des notes.
19 CHAPITRE II ÉTUDE COMPARATIVE DES RÉPONSES AU QUESTIONNAIRE Les tableaux I, II et III, donnent pour les 3 populations, la répartition des notes dans les 9 critères, avec pour chacun la moyenne et l'écart-type. La figure 1 permet pour chaque critère une comparaison entre les moyennes de ces trois populations. La valeur significative des différences constatées, calculée par le «t» de STUDENT, est indiquée au tableau IV. TABLEAU III Distribution des notes pour chacun des 9 critères du questionnaire «Salariés» E A S L M/V V IS 1 T PI J J I M... 42,2 69,4 58,6 41,4 48,4 49,3 54,1 1 54,5 50,7 a... 16,8 13,1 1 15,5 13,1 1 15,8 15,6 19,3 14,6 16,4 M = Moyenne des notes des 424 sujets. a = Ecart-type de la distribution des notes.
20 ÉTUDE COMPARATIVE DES RÉPONSES AU QUESTIONNAIRE 17 TABLEAU IV Valeurs significatives des différences de moyennes constatées entre les 3 populations pour chaque critère du questionnaire (calculées par le «t» de STUDENT) Différences entre populations E A S L M/V V IS T PI «Etudiants d'aix-en-provence» et de «Paris» * * * * * * «Etudiants d'aix-en-provence» et «Salariés ******** * ** ** «Etudiants de Paris» et «Salariés»... * ** ** ** * * * * ** : différence significative à.01. * : différence significative à.05. : différence non significative. Nous observons des différences significatives entre les moyennes, différences qui portent tout spécialement sur les 4 premiers critères : émotivité, activité, secondarité et largeur du champ de conscience, considérés comme les plus importants pour la description du caractère.
21 18 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Les différences objectives existant entre nos 3 populations sont essentiellement : a) Des différences d'âge, la population «Etudiants de Paris» représentant une population intermédiaire par rapport aux 2 autres. ô ) Des différences de condition sociale : cette différence est surtout remarquable entre la population «Salariés» et les 2 populations d'étudiants. Cependant, même entre ces deux dernières, il y a lieu d'établir une distinction. La population «Etudiants de Paris» représente une catégorie particulière d'étudiants : tous les sujets dont elle se compose envisagent déjà leur entrée dans l'industrie et s'y préparent activement en sacrifiant une partie importante de leurs loisirs (i). On pourrait considérer que l'étudiant qui accomplit des stages dans l'industrie se trouve déjà à mi-chemin entre l'étudiant quelconque et le salarié. c) Des différences entre les conditions psychologiques dans lesquelles les sujets de ces 3 populations ont passé le questionnaire. Ici aussi une différence essentielle peut être relevée entre la population «Salariés» (examens de sélection) et les deux autres (examens non sélectifs). Cependant, l'on doit également établir une distinction entre les 2 populations d'étudiants. Les examens pratiqués sur la population «Etudiants d'aix-en- Provence» étaient entièrement «désintéressés», les sujets ne se sentaient concernés que par le désir de se mieux connaître ; ils étaient menés sous forme d'interviews par des étudiants en psychologie que les sujets pouvaient considérer comme leurs «égaux». Les examens effectués sur la population «Etudiants de Paris» devaient servir à l'orientation des sujets. Ces examens, rappelons-le, étaient organisés sous forme collective, dans des salles habituellement réservées aux examens universitaires, sous la direction d'un psychologue nettement plus âgé que les sujets (37 ans). On peut donc ici encore estimer que les conditions psychologiques dans lesquelles les sujets de la population «Etudiants de Paris» ont passé le questionnaire représentent un stade intermédiaire entre l'examen «désintéressé» et l'examen de sélection (2). Nous pouvons considérer nos 3 populations comme se rangeant, en ce qui concerne les 3 variables précitées, suivant le même ordre, la population «Etudiants de Paris» représentant, par rapport aux 2 autres, une population «intermédiaire». Il est intéressant d'observer que cet ordre est aussi celui suivant lequel s'ordonnent les moyennes des 3 populations aux critères Emotivité, Activité, Secondarité et Largeur du champ de conscience. (1) Il est naturel - et ceci témoigne en faveur du questionnaire - de les trouver significativement plus «actifs» que les autres étudiants. (2) Une quatrième différence pourrait être relevée : l'inégalité de la proportion d'hommes et de femmes dans les 3 populations. Elle ne semble pas cependant jouer un rôle important dans la différence entre les moyennes de ces 3 populations. En effet, si nous envisageons séparément les «moyennes hommes» et les «moyennes femmes», nous obtenons respectivement des différences sensiblement analogues entre les 3 populations (cf. les tableaux V, VI et VII).
22 ÉTUDE COMPARATIVE DES RÉPONSES AU QUESTIONNAIRE 19 Il nous resterait bien entendu à déterminer la part respective de ces 3 variables, âge, condition sociale, conditions de l'examen, dans les différences de moyennes constatées entre nos 3 populations. Si une telle étude est techniquement possible, elle ne nous semble pas pouvoir être faite sur les documents dont nous disposons. Elle serait surtout probante si elle était menée sur la plus hétérogène de nos 3 populations. Mais les conditions dans lesquelles nous avons recueilli ces documents sont celles d'un praticien qui ne pensait pas encore à la recherche et non celles d'un expérimentaliste. Nous risquerions, en employant sur cette population les fines méthodes statistiques d'analyse de la variance, de tomber dans l'écueil signalé par M. BERGER et qui consiste à «donner au dixième de millimètre la mesure d'une longueur après un calcul dont les éléments étaient connus avec une approximation de l'ordre du centimètre» [3, p. 7 et 8]. Notre expérience clinique nous a appris, en tout cas, à ne pas sous-estimer la distorsion qui se produit lorsque les sujets répondent au questionnaire dans le cadre d'un examen de sélection. L'étude de la répartition des réponses à certains items pour la population «Salariés» (1) montre - et ceci est bien naturel - que les sujets répugnent à se dépeindre comme «angoissés devant une tâche nouvelle» (item 51), «passant alternativement de l'exaltation à l'abattement... pour un rien» (item 6)), «obsédés par des doutes» (item 71 ), «reculant devant le travail à entreprendre» (item 72), «se désintéressant de l'exécution (d'un travail) (item 82), «commençant tout, ne finissant rien» (item 33), «inconstants dans leurs sympathies» (item 43), «arrivant fréquemment en retard» (item 44), «négligents, peu soigneux» (item 54). Lors d'un examen de sélection professionnelle, les réponses au questionnaire caractérologique de M. BERGER doivent être discutées, interprétées, replacées dans le large contexte que nous fournissent non seulement les autres tests, mais aussi la biographie du sujet examiné et surtout le contact vivant que nous aurons réussi à établir avec lui (2). Bien que nos résultats montrent chez les sujets qui passent un examen de sélection une nette tendance à répondre à certains items de la façon qu'ils estiment leur devoir être la plus favorable, il serait - est-il besoin de l'écrire? - tout à fait absurde d'établir une «correction systématique» visant à compenser la distorsion introduite par les conditions de l'examen. Si les recherches statistiques sont indispensables pour éclaircir, rendre à la fois plus objectif et plus fin notre diagnostic clinique, elles ne doivent pas nous faire oublier que chaque cas est un cas particulier. Nous avons récemment examiné un sujet qui s'estimait «négligent», «peu soigneux», «peu exigeant» (sur la qualité de son travail) alors que les autres épreuves et les renseignements que nous avons pu obtenir ensuite sur lui nous le montraient méticuleux jusqu'au scrupule, ayant la manie - presque l'obsession - de la précision et du fini. (1) Voir tableau X. (2) Cette observation vaut, à notre sens, pour tout questionnairet même pour toute méthode d'étude de la personnalité. M. BERGER met du reste en garde le psychologue contre une application systématique et sans nuances de son questionnaire en sélection professionnelle.
23 20 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Mais justement parce qu'il était ainsi, notre sujet se jugeait avec une extrême sévérité, prenant comme référence pour se situer non point «la moyenne des gens» mais son propre niveau d'aspiration. Par rapport à ce qu'il aurait souhaité, il était effectivement encore trop peu soigneux, pas assez exigeant. De tels cas, qu'ont pu observer tous les psychologues qui pratiquent des examens de personnalité, nous montrent avec quelles précautions nous devons interpréter les réponses des sujets à un questionnaire, une même réponse pouvant avoir, selon les sujets, des sens très différents, et même parfois opposés. Aussi la méthode de l'interview préconisée par M. BERGER nous semblet-elle la meilleure pour l'utilisation du questionnaire. A défaut de pouvoir l'employer, il nous semble indispensable de discuter avec le sujet après que celui-ci ait rempli le questionnaire (1). ( 1 ) Ceci introduit une certaine subjectivité dans l'examen, mais mieux vaut une subjectivité dont on est conscient qu'une fausse objectivité contre laquelle nous sommes sans défense car elle donne à l'erreur le masque de l'exactitude.
24 CHAPITRE III ÉTUDE DIFFÉRENTIELLE SELON LE SEXE L'étude de la typologie caractérielle des sexes a tenu une place importante dans les préoccupations de l'école de Groningue. A la suite de son enquête, G. HEYMANS a consacré à ce sujet un livre resté classique [9]. Il constatait que, conformément à l'opinion commune, les femmes étaient nettement plus émotives que les hommes [9, pp. 60 à 83], mais que, contrairement à un préjugé répdndu, elles étaient aussi plus actives, du moins lorsqu'elles se trouvaient placées dans les mêmes conditions que les hommes (à l'université par exemple) [9, pp. 222 à 228]. Il ne notait pas de différence importante quant à la secondarité ; les hommes «construisent plus de projets», ce qui pourrait laisser penser qu'ils sont plus secondaires, mais selon l'auteur ceci proviendrait du fait qu'ils ont plus de responsabilités sociales et ne constituerait donc pas un véritable trait de caractère [9, p. 83]. Les femmes sont «plus fantaisistes et plus désireuses de changements», mais ce trait de caractère paraît davantage, selon HEYMANS, lié à l'émotivité qu'à la primarité [9, pp. 63 et 73]. M. Pl ÉRON toutefois, tout en soulignant l'importance du travail d'heymans, en critique la méthode et conclut : «La typologie caractérielle précise des sexes reste à faire, étant toujours notablement plus difficile que la typologie intellectuelle» [15, p. 108]. Parmi ces difficultés, M. PIÉRON souligne celle qui consiste à faire la part de l'influence du milieu dans le type psychologique féminin. Il conseille, suivant en cela Cyril BuRT et MOORE, «de considérer comme relevant de la constitution propre les tendances manifestées par les écarts des modes masculin et féminin... quand les écarts se rencontrent de façon constante en dépit des différences de milieu et d'âge» [15, p. 108]. Les documents dont nous disposons, recueillis sur 3 populations différentes, nous permettront d'appliquer cette méthode. Nous remarquerons en effet que dans les populations d'étudiants, les hommes et les femmes se trouvent placés dans la même condition sociale, alors qu'il n'en est plus ainsi pour la population «Salariés» dans laquelle les. hommes occupent des situations plus indépendantes et demandant plus d'initiatives, et les femmes, des emplois typiquement «féminins». Si c'est dans cette dernière population que nous observons, entre hommes et femmes, les différences les plus marquées ou les plus nombreuses, on
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37 34 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA ou un changement en perspective» (item 5 1 ), «si violemment émues que ce qu'elles désirent faire leur devient complètement impossible» (item 81). Nous relevons en effet pour ces 3 items des différences hautement significatives que nous ne trouvons pas dans nos populations d'étudiants. Nous verrons enfin que le seul item (item )) pour lequel nous constatons 3 différences significatives et de même signe est aussi l'item le plus saturé en «facteur émotivité» (voir tableau XIII). ACTIVITÉ Les différences sont de même signe dans les 3 populations mais non significatives dans deux d'entre elles, la signification relevée sur la population «Salariés» n'étant que de.05. On peut constater que les hommes ont une tendance à être plus actifs, mais cette tendance est faible et devrait être confirmée par de nouvelles études. Contrairement à nous, HEYMANS avait trouvé que les étudiantes étaient plus actives que les étudiants. Néanmoins, son point de vue est partiellement confirmé, car la différence entre les hommes et les femmes est plus faible (non significative) chez les étudiants que chez les salariés. M. MAILLARD [ 1 3] ne relève pas non plus de différence significative, quant à l'activité, entre les garçons et les filles qui passent un examen d'orientation professionnelle. Notons que dans la population «Salariés» les femmes se réfugient plus volontiers dans le rêve (item 32) que les hommes (signification à.00)), mais que la différence n'est pas significative dans les populations d'étudiants. Remarquons enfin que pour 8 questions sur 10 les différences ne sont pas de même signe dans les 3 populations. SECONDARITÉ Nous trouvons trois différences de même signe (les hommes étant plus secondaires) mais, comme pour l'activité, c'est seulement sur la population «Salariés» que la différence est significative (à.001, il est vrai). Les hommes ont bien tendance, dans les 3 populations, à être plus secondaires mais cette tendance n'est vraiment accentuée que dans la population de salariés. Ceci confirme pleinement la remarque précitée d'heymans la : plus grande secondarité des hommes n'est pas un trait de caractère, mais une obligation que leur créent leurs plus grandes responsabilités sociales. M. MAILLARD ne relève pas non plus de différences significatives, quant à la secondarité, entre les garçons et les filles qui passent un examen d'orientation professionnelle. LARGEUR DU CHAMP DE CONSCIENCE Les différences ne sont pas de même signe dans les 3 populations et l'on ne relève aucune différence significative. Notons cependant que les femmes seraient plus ponctuelles (item 44) que les hommes, ce qui est peut-être vrai, mais va à l'encontre d'un préjugé fort répandu.
38 ÉTUDE DIFFÉRENTIELLE SELON LE SEXE 35 POLARITÉ Les 3 différences sont de même signe et deux d'entre elles sont significatives, mais seulement à.05. C'est sur notre population de base «Etudiants d'aix-en-provence» que la différence n'est pas significative. Si, comme l'a relevé M. BERGER [3, p. 61 j, les hommes ont plutôt tendance à être «Mars», les femmes «Vénus», cette tendance est relativement faible et il y a «beaucoup d'hommes Vénus et de femmes Mars sans que ceux-là soient pour cela des efféminés et celles-ci des viragos» [3, p. 61]. Nous constatons ici, et la même remarque s'appliquera aux critères Avidité et Tendresse, que les hommes et les femmes qui répondent euxmêmes au questionnaire se différencient de façon significative, alors que cette différence ne se retrouve pas lorsque les examens ont été effectués sous forme d'interviews. Ceci pourrait peut-être s'expliquer par une tendance des sujets - paresse ou conformisme - à répondre de façon stéréotypée aux questionnaires. Hommes et femmes s'attribueraient ainsi a priori les traits de caractère correspondant aux stéréotypes masculin et féminin, sans trop réfléchir à leur propre cas. La méthode de l'interview, en forçant le sujet à s'analyser, le psychologue l'y aidant au besoin, éviterait cet inconvénient (1). Notons que pour l'item 65 on relève des différences hautement significatives dans les populations «Etudiants d'aix-en-provence» et «Salariés», mais que la tendance est inversée dans la population «Etudiants de Paris». Les femmes qui, encore étudiantes, se préparent à entrer dans l'industrie et espèrent y occuper des postes de cadres doivent en effet savoir, aussi bien que les hommes, «s'imposer dans un groupe». Bien qu'il n'y ait pas pour l'item 75 de différences significatives, on notera que les étudiantes plus que les étudiants «aiment le risque» et moins qu'eux «redoutent les aventures incertaines». Mais la tendance est inverse chez les salariés. AVIDITÉ Les trois différences sont de même signe et deux d'entre elles sont significatives à.001. Les hommes apparaissent comme plus avides que les femmes, bien que le fait de ne pas trouver de différence significative sur notre population de base doive nous inciter à considérer ce résultat avec prudence. Néanmoins, si nous considérons les différences selon le sexe pour les réponses aux items, 7 d'entre elles ont le même signe pour les 3 populations. Un de ces items appelle une observation particulière : l'item 36. Les femmes seraient significativement plus jalouses que les hommes dans la population «Salariés» alors que la tendance est inverse dans les populations d'étudiants. INTÉRÊTSENSORIELS Les 3 différences sont significatives et de même signe : c'est là, semble-t-il, le critère par rapport auquel hommes et femmes se différencient le plus. Les résultats aux items n'appellent pas de commentaires particuliers. (1) Il s'agit d'une hypothèse plutôt que d'une interprétation. Il serait intéressant d'étudier systématiquement les différences entre résultats recueillis par questionnaires écrits et ceux recueillis par interviews.
39 36 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA TENDRESSE Les 3 différences sont de même signe, mais de significations inégales : non significative sur la population «Etudiants d'aix-en-provence», Significative à.05 sur la population «Etudiants de Paris» et à.001 sur la population «Salariés». Si les femmes ont tendance à être plus «tendres», cette tendance se trouve considérablement accentuée dans la population «Salariés», là où les femmes occupent souvent par rapport aux hommes une situation de dépendance. Il est curieux de ne pas relever pour l'item 58 (attitude vis-à-vis des enfants) de différence significative entre les réponses des hommes et des femmes. Notons enfin que les femmes se trouvent, beaucoup plus que les hommes, sensibles à l'ambiance (item 98). PASSION INTELLECTUELLE La différence significative constatée sur la population «Etudiants d'aixen-provence» n'est pas confirmée par des différences de même signe dans les deux autres populations. Notons cependant que pour 4 items nous observons des différences de même signe dans les 3 populations, toutes manifestant une supériorité des femmes dans le critère considéré. D'après ces items, il semblerait que les hommes soient plus réalistes, mais aussi plus «terre à terre» que les femmes. La passion intellectuelle des hommes se manifesterait surtout par une objectivité un peu limitée, celle des femmes par une attitude purement spéculative. CONCLUSIONS SUR L'ANALYSE DIFFÉRENTIELLE SELON LE SEXE Les hommes et les femmes se différencient par rapport aux critères Emotivité, Intérêts sensoriels, probablement aussi par rapport aux critères Avidité, Tendresse et dans une moindre mesure Polarité. Les différences à ces 3 derniers critères paraissent considérablement accrues par la diversité des «situations». Lorsque hommes et femmes se trouvent dans la même «situation», l'on ne relève pas de différences aux critères Activité et Secondarité, ce qui confirme les thèses d'heymans. Mais dans une population de salariés, ces différences apparaissent, les hommes se montrant plus actifs et surtout plus secondaires. Hommes et femmes ne semblent se différencier ni par rapport au critère Largeur du champ de conscience, ni par rapport au critère Passion intellectuelle. Des études systématiques portant d'une part sur des étudiants et des étudiantes, d'autre part sur des hommes salariés et des femmes qui n'occupent pas de poste rémunéré apporteraient sans doute d'intéressantes contributions à la psychologie différentielle des sexes.
40 CHAPITRE IV ANALYSE FACTORIELLE INTRACRITÉRIALE Le travail que nous présentons ici a été effectué sur la population «Etudiants d'aix-en-provence», en groupant les hommes et les femmes (1). Le coefficient de corrélation utilisé est celui de BRAVAIS-PEARSON sur distributions trichotomisées. Les coefficients de corrélation exprimant les liaisons entre les 90 items du questionnaire ont été calculés sur Ordinateur IBM 704 (2). Signalons que dans l'ensemble ces coefficients sont relativement faibles. Nous n'avons pas effectué l'analyse factorielle de l'ensemble de la matrice ; ceci représenterait un travail considérable et il nous a paru que mieux valait attendre, pour le mener à bien, d'avoir à notre disposition un nombre de questionnaires plus élevé. Nous nous sommes contentés d'éprouver la cohérence interne des 9 critères par la méthode centroïde de THURSTONE et de déterminer la part qu'avait chaque item dans l'estimation du facteur (ou des facteurs) mis en évidence. Nous avons donc procédé à l'analyse factorielle des 9 matrices d'intercorrélations intracritériales formées par les 9 groupes de 10 items correspondant respectivement à l'emotivité, l'activité, la Secondarité, la Largeur du champ de conscience, la Polarité, l'avidité, les Intérêts sensoriels, la Tendresse, la Passion intellectuelle. Pour chacun de ces groupes d'items correspondant aux critères du questionnaire, nous présentons : 1) Le tableau d'intercorrélations entre les 10 items ; 2) La saturation S de chaque item dans le ou les facteurs mis en évidence, la communauté ha (proportion dans laquelle le ou les facteurs contribuent à la variance totale) et son complément 1 - h2 (variance spécifique et son erreur) ; 3) Le tableau des corrélations de chaque item (3) avec les items extérieurs au critère considéré. Nous croyons répondre ainsi à une préoccupation exprimée par M. BERGER. Ce dernier notait en effet [3, p. 106] que «chaque question mettait en jeu plusieurs facteurs» et il ajoutait que (1) Voir en annexe la justification statistique de ce groupement. (2) Nous adressons à I.B.M., qui nous a consenti des conditions exceptionnelles, nos vifs remerciements. (3) Nous ne mentionnons que les corrélations supérieures en valeur absolue à.23 (seul de signification à.001).
41 38 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA l'on pouvait concevoir un système de notation, basé sur des calculs statistiques, dans lequel «chaque réponse vaudrait alors pour tous les facteurs qu'elle concerne, chacun d'eux recevant le nombre de la réponse (9,5 ou 1) affecté d'un coefficient proportionnel à la part que ce facteur joue dans la détermination de la réponse. Ce n'est pas cependant à dessein d'établir un tel barème que nous présentons ces tableaux. Nous pensons en effet, comme M. BERGER, que ce travail «gagnera à n'être établi que plus tard, lorsque le questionnaire... aura subi un «rodage» plus prolongé, et portant sur un nombre de cas plus considérable...» [3, p. 106]. 4) Nous donnons enfin quelques commentaires concernant ces tableaux. Nous pensons que ce travail pourra aider le psychologue qui utilise le questionnaire : le tableau des saturations lui donnera une idée de l'importance relative qu'il convient d'accorder à chaque item dans l'estimation du critère étudié (1) ; le tableau des corrélations de chaque item avec les items extérieurs au critère considéré l'amènera à une connaissance à la fois plus intime et plus précise des 90 questions.
42 ÉMOTIVITÉ (tableaux XIII?A et B) La matrice d'intercorrélations s'explique par un seul facteur général. Voici quelques commentaires concernant certains items : Item 1. - C'est l'item le plus saturé en facteur général (avec l'item 7 1 ), ce qui correspond aux points de vue d'heymans, de LE SENNE et de M. BERGER [9, 12, 31. Dans sa préface à la Psychologie des femmes, LE SENNE [9, p. xv] indique en effet que «prendre des riens plus à cœur que les autres, être ravi ou en larmes pour des causes médiocres» constituait le critère d'émotivité préféré d'heymans. Pour LE SENNE lui-même [12, p. 66], «l'essence de l'émotivité est l'aptitude à être ébranlé par des événements dont l'importance est minime». Pour M. BERGER [3, p. l 1 0], «cette question est l'une des plus importantes. Presque tous les émotifs répondent affirmativement à la première branche de l'alternative, celle qui correspond au 9». Rappelons encore qu'à cet item hommes et femmes se différencient de façon significative dans nos 3 populations. Soulignons, enfin, les corrélations négatives de cet item avec 3 items de l'activité : l'actif qui «préfère agir que rêver», qui «fait ce qu'il a à faire tout de suite sans qu'il lui en coûte», qui «prend des décisions immédiates» doit être moins réceptif «aux petites choses» son activité a peut-être même pour condition l'abandon d'une trop grande réceptivité. Nous reviendrons sur ce point. Item Les corrélations significatives de cet item avec les items 36 et 66, appartenant au critère Avidité, confirment le point de vue de M. BERGER [3, p ]. «Il n'est guère de question qui ne mette en jeu qu'un seul facteur. La réponse à celui-ci dépend à la fois de l'emotivité et de l'avidité.» Item C'est à cet item et aux items 1, 51, 71, 91 que paraît due la forte corrélation (.49) entre Emotivité et Tendresse. Si M. BERGER a justement distingué ces 2 facteurs (leur spécificité reste largement supérieure à leur communauté), il semble que «l'impressionnabilité», la tendance à se troubler facilement, incline à la tendresse. Item C'est l'item qui a la plus faible saturation en facteur général ; notre expérience clinique nous a montré que des émotifs contrôlés répondent en effet fréquemment 1 à cette question.
43 40 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Item Remarquons les corrélations négatives de cet item avec certains items de l'activité, de la Polarité Mars, de l'avidité. Le fait d'être «angoissé devant une tâche nouvelle» ne favorise évidemment pas les décisions rapides et ne coexiste qu'au prix d'un conflit avec le goût de commandement et l'ambition. Item Comme l'a souligné M. BERGER, c'est surtout l'émotivité du primaire qui s'exprime dans la réponse 9 à cet item (corrélations négatives avec les items 33 et 73 appartenant au critère Secondarité). Il est en revanche curieux que ce soient les gens d'humeur inégale qui aient le plus besoin «de voir fréquemment leurs amis» (corrélation avec l'item 88). Mais la fréquence n'implique ni la régularité, ni la constance : nous constatons que cet item 88 n'a pas de corrélation avec l'item 43 (êtes-vous très constant dans vos sympathies...). Item Les nombreuses corrélations négatives de cet item avec des items de l'activité nous inclinent à penser qu'il mesure une attitude fréquente surtout chez l'émotif inactif. Il est très rare qu'un actif réponde 9 à cette question ; nous avons cependant constaté de telles réponses chez des actifs émotifs condamnés par les circonstances à l'inaction (par exemple chez des sujets qui, convalescents ou même en vacances, se trouvent momentanément inoccupés).
44 Item Cet item a également une forte saturation en facteur général. Il paraît constituer pour LE SENNE l'un des plus importants critères de l'activité. Selon lui «est actif l'homme pour lequel l'émergence d'un obstacle renforce l'action dépensée par lui dans la direction que l'obstacle vient couper» [1 2, p. 77]. Item Cet item est aussi fortement saturé en facteur général, mais ses corrélations avec les items appartenant à d'autres critères sont nombreuses et il paraît mesurer une attitude assez complexe. Item Nombreuses corrélations négatives avec les items de l'emotivité. Cet item paraît mesurer une attitude fréquente surtout chez l'actif non émotif. Cependant, certains émotifs sur-actifs arrivent non seulement à vaincre le frein que pourrait constituer leur émotivité, mais à se servir de cette dernière comme un stimulant pour l'action. Nous ne trouvons pas de corrélation négative entre cet item et ceux mesurant la Secondarité (1). Item Cet item a une saturation presque nulle en facteur général Activité. Sur notre population «Salariés nous ne lui avons trouvé aucun pouvoir de discrimination significatif entre les actifs et les non-actifs (2). Les corrélations de cet item avec les items 41,5 et 75 pourraient laisser supposer qu'il décrit une activité superficielle (voire une «velléité d'activité») plutôt que réelle. Les 3 it:ms précités se rapportent en effet, partiellement du moins, à des «penchants» plutôt qu'à des comportements vécus :«Eprouvez-vous le besoin d'employer des termes violents...» i'em 41) ; «Avez-vous plaisir à commander...» (item 15) ; «Aimez-vous le risque...» item 75). (1) M. BERGER estime que la secondarité qui pousse à réfléchir contribue, bien que dans une moindre mesure que l'inactivité, à créer l'indécision. (2) Le «t» de STUDENT était égal à 0,82 (valeur non significative). Nous donnons, à la suite de cette analyse, les valeurs du «t de STUDENT ainsi calculées sur les populations «Etudiants d'aix-en-provence» et «Salariés» (tableaux XXII et XXIII).
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46 ANALYSE FACTORIELLE INTRACRITÉRIALE 43 Item La saturation en facteur général est faible. Il semble que le mot «colère» donne à la question un ton affectif auquel le sujet qui y répond demeure sensible malgré qu'il en ait, ce qui expliquerait les corrélations avec les items 21 (susceptibilité) et 36 (jalousie). Item L'attitude décrite par cet item paraît caractériser surtout le secondaire étroit. Peut-être y aurait-il lieu de dissocier «l'ordre» et «la symétrie» correspondant à une certaine disposition des objets dans l'espace et relevant plutôt à ce titre de l'étroitesse du champ de consciencet la «régularité» correspondant à une périodicité dans le temps et relevant plutôt de la secondarité.
47 44 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA LARGEUR DU CHAMP DE CONSCIENCE (tableaux XVI-A et B) La matrice d'intercorrélations s'explique par un seul facteur général. Item C'est l'item qui a la plus forte saturation en facteur général. Mais les corrélations de cet item avec d'autres appartenant à 5 critères différentsoulignent la complexité de l'attitude à laquelle il se rapporte. Ce goût des nuances paraît lié à la labilité affective (item 61), à la primauté de besoins esthétiquesur les besoins moraux ou matériels (items 77 et 87), au goût de la rêverie gratuite (item 32), à nombre d'aspects de la primarité (items 13, 43, 63, 73), à la souplesse du comportement en société (item 35). Item La saturation de cet item est relativement faible. Il est d'autre part lié à 3 items de l'activité et à I item de la Secondarité. Rappelons à ce sujet que pour LE SENNE 112, p. 495] et M. BERGER [3, p. 33] la ponctualité est autant une propriété des non émotifsactifs-secondaires que des étroits». Item Cet item a une faible saturation en facteur général. Il n'est pas non plus discriminatif des larges» et des «étroits» sur notre population «Salariés» ( 1 Notre ). expérience clinique nous a montré qu'il était souvent mal compris, ou bien que les sujets, ne se sentant pas impliqués par les attitudes décrites, avaient tendance à y répondre au hasard. Item Il semble que le mot «tranchant» introduise dans cet item une nuance affective qui trouve son écho dans la corrélation avec l'item 18 (attachant plus d'importance aux actes et aux résultats qu'aux sentiments).
48 POLARITÉ (tableaux XVII-A et B) La matrice d'intercorrélations ne peut s'expliquer par un seul facteur général, la valeur des résidus obtenus après extraction du premier facteur justifie l'extraction d'un second facteur. Après rotation des axes, notre schéma factoriel nous amène à distinguer, en reprenant la terminologie de M. BERGER, un facteur «Mars» et un facteur «Vénus» (1), le facteur «Mars (1er facteur) saturant davantage les items 15 (goût du commandement), 5 (combativité), 75 (goût du risque), 65 (aptitude à s'imposer), 95 (besoin d'indépendance) ; le facteur «Vénus» (2e facteur pris à son pôle négatif) les items 25 (amabilité, besoin de séduire), 55 (besoin d'affection), 35 (souplesse dans le comportement social), 85 (besoin d'être plaint, consolé), 45 (répugnance à pratiquer les sports violents). Tous les sujets ne seraient donc pas «Mars» ou «Vénus», certains, étant l'un et l'autre, cherchant tour à tour, ou même simultanément, à contraindre et à séduire, s'imposant suivant les circonstances par la force ou par le charme (2). D'autres ne seraient ni «Mars», ni «Vénus». Indifférents à leur entourage, ils n'auraient point l'ambition de faire prévaloir leur avis, mais ne chercheraient pas pour autant à plaire ni à séduire. Ce dernier trait devrait se rencontrer fréquemment chez les apathiques, d'après la description que font LE SENNE et M. BERGER de ce type caractériel. Voici maintenant quelques commentaires sur certains items : Item Cet item, le plus saturé dans notre facteur «Mars» est en corrélation avec des items exprimant des attitudes combatives : ambition (item 6), esprit de revendication (item 46), ou des attitudes qui facilitent la combativité : décisions rapides (item 52), absence d'angoisse devant l'imprévu (item 51), absence d'affectivité dans les relations de travail (item 48). (1) Et non dans ce cas un facteur bi-polaire «Mars-Vénus». Le type opposé au «Mars» ne serait pas le type «Vénus», mais le «non-mars» ; le type opposé au «Vénus» ne serait pas le type «Mars», mais le «non-vénus». (2) Ceci pourrait être le propre de certains chefs éminents : ce trait de caractère a été fréquemment relevé par les biographes de Lyautey.
49 46 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Item Cet item, le plus saturé dans notre facteur «Vénus», est en liaison avec des items exprimant la gourmandise raffinée (item 17), la coquetterie (item 47), la subjectivité devant les problèmes scientifiques (item 69). Ce sont là des attitudes que l'on attribue volontiers aux femmes ; en réalité, les réponses aux 3 items précités ne sont pas significativement différentes selon le sexe et il nous semble juste de rappeler à leur sujet la distinction établie par M. BERGER entre caractère «féminin» et caractère «Vénus». Item Notons la liaison de cet item avec l'item 77 (primauté des besoins esthétiques sur la morale). Ces deux items mettent en jeu un certain «non-conformisme».
50 ANALYSE FACTORIELLE INTRACRITÉRIALE 47 AVIDITÉ (tableaux XVIII-A et B) La matrice d'intercorrélations s'explique par un seul facteur général. Item 6. - Cet item, considéré comme très discriminatif par M. BERGER [3, p. 169], est en effet le plus saturé en facteur général. Item Cet item a une faible saturation en facteur général. Ceci paraît être dû à ses implications affectives comme le montrent ses liaisons avec les items 21 (susceptibilité) et 53 après un accès de colère...»). D'autre part, alors que la corrélation générale Avidité- Tendresse est négative (-.27), cet item a quelques corrélations positives (I) avec les items de la Tendresse (respectivement.16 et.18 avec les items 78 et 88). M. BERGER a insisté sur ce dernier aspect de l'item 36 [3, p. 1 7 ] 1. Item Cet item paraît très lié au facteur «Mars».
51 48 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA INTÉRÊTS SENSORIELS (tableaux XIX-A et B) La matrice d'intercorrélations s'explique par un seul facteur général. Item Nous avons déjà signalé (à propos de 1 item 25) la corrélation de cet item avec d'autres qui nous paraissaient se rapporter au caractère «Vénus». Les liaisons que nous constatons ici avec les items 25 (amabilité) et 35 (souplesse du comportement social) vont dans le sens des opinions reçues : les gourmets passent volontiers pour gens conciliants et de bonne compagnie. Item Cet item est plus complexe que l'attitude apparemment assez spécifique qu'il décrit ne le laisse supposer. Si les liaisons avec les items 32, 35, 68 et 78 ne nous surprennent point, celles qui rapprochent l'attitude de Narcisse de 2 des items les plus saturés en Avidité sont curieuses et instructives. Item La primauté donnée à l'esthétique sur la morale est liée au goût des nuances, au besoin d'indépendance et à 3 items fortement saturés en Passion intellectuelle. Cet item ne mesure donc pas seulement les intérêts sensoriels, mais se rattache aussi à une attitude non-conformiste assez proche du facteur appelé par CATTELL tt radicalisme» (facteur QI dans la terminologie factorielle de CATTELL). Item Cet item est lié à 3 items appartenant à des groupes différents mais exprimant tous l'idée de souplesse dans le comportement, de sens de l'opportunité, de présence d'esprit.
52 TENDRESSE (tableaux XX-À et B) La matrice d'intercorrélations s'explique par un seul facteur général. Item 8. - Soulignons les nombreuses liaisons avec les items de l'emotivité. Il semble que ce soient cet item et les items 88 et 98 qui expliquent la forte corrélation générale entre Emotivité et Tendresse (.49). En revanche, les 7 autres items se rapporteraient à des attitudes relativement plus indépendantes de l'émotivité. Item La liaison de cet item avec l'item 39 est intéressante. Les sujets qui considèrent les sentiments des autres comme plus importants que les actes qu'ils accomplissent sont aussi, dans l'ensemble, ceux qui sont plus intéressés par les idées que par les faits. L'item 18 est le plus saturé en facteur général ; il est néanmoins possible que certains «intellectuels» non tendres puissent y répondre 9. Item Cet item est peu saturé en facteur général Tendresse ; il est en corrélation avec l'item 67 qui est le moins saturé en facteur général de tous les items du groupe Intérêts sensoriels. Les 2 items se rapportent à l'attitude envers les animaux : le sens général de cette attitude - attrait ou indifférence - paraît autant que sa motivation - tendresse ou intérêts sensoriels - déterminer les réponses des sujets. Item Cet item est peu saturé en facteur général. Il peut n'être pas pertinent lorsqu'il s'applique à une population de jeunes étudiants. Sa corrélation avec l'item 47 laisserait supposer que, dans l'esprit de certains de nos sujets, le besoin d'être aimé est lié à un certain narcissisme. Items 88 et Voir nos commentairesur l'item 8. P. GAUCHET R. LAMBERT 4
53 PASSION INTELLECTUELLE (tableaux XXI-A et B) La matrice d'intercorrélations s'explique par un seul facteur général. Les items se rattachant à ce critère ont peu de liaisons avec ceux des autres critères et ne nous semblent pas devoir faire l'objet de commentaires ; nous avons en effet, à propos de l'analyse des autres critères, essayé d'expilquer celles de ces liaisons qui nous paraissaient les plus intéressantes.
54 CONCLUSIONS SUR L'ANALYSE FACTORIELLE INTRACRITÉRIALE L'analyse factorielle des 9 groupes d'items se rattachant aux 9 critères de M. BERGER a montré une assez bonne cohérence interne du questionnaire. Seul le critère Polarité pourrait être scindé en deux ; mais il nous semble prudent, dans l'état actuel des travaux sur le questionnaire, d'attendre, avant d'adopter cette solution, la confirmation de ce qui n'est encore qu'une hypothèse. Nous pensons que l'utilisateur du questionnaire pourra tirer profit de cette étude et, lorsque du moins il examinera des étudiants, adopter avec prudence, à côté de la notation proposée par M. BERGER, une pondération des items proportionnelle à leur saturation en facteur général (1). Quant à la (1) Ou, comme le propose SPEARMAN [16, p. 338], à rig représentant la satu- ration de l'item en facteur général. De nouveaux étalonnages pourraient être ainsi établis. Avant d'appliquer ces coefficient, il serait économique de substituer aux notes 1, 5 et 9, les notes - 1, 0 et + 1. F. GAUCHET ET R. LAMBERT 4*
55 connaissance des liaisons existant entre les items des différents critères, elle doit permettre une analyse clinique plus fine des réponses de chaque sujet. Ayant vérifié statistiquement le degré de cohérence interne des critères, nous allons maintenant étudier les liaisons de ces critères entre eux. Nous donnons auparavant, dans les tableaux XXII et XXIII l'étude du pouvoir discriminatif de chaque item, calculé par la méthode du «t» de STUDENT pour 2 populations (Etudiants d'aix-en-provence et Salariés). Ce calcul a été effectué de la façon suivante : Pour chacun des sujets ayant donné la réponse 1 à l'item considéré nous avons calculé la somme de ses réponses aux 9 autres items du critère correspondant (ceci afin d'éviter l'introduction d'une corrélation due à la présence de l'item étudié dans le critère de validation interne). Nous avons opéré de même pour chacun des sujets ayant donné la réponse 9. L'épreuve de signification a consisté à comparer les moyennes des deux distributions ainsi obtenues, par le «t» de STUDENT.
56 CHAPITRE V ANALYSE FACTORIELLE INTERCRITÉRIALE L'examen du tableau des intercorrélations entre les 9 critères du questionnaire pour les 3 populations étudiées nous montre la remarquable stabilité de ces liaisons (tableau XXIV). Celles-ci sont suffisamment faibles pour que l'on puisse conclure à une large spécificité des 9 critères ; cependant l'existence de corrélationsignificatives et la possibilité d'obtenir une matrice composée presque entièrement de coefficients positifs (en inversant le sens des critères Emotivité, Largeur
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58 ANALYSE FACTORIELLE INTERCRITÉRIALE 55 du champ de conscience, Intérêts sensoriels et Tendresse pour les 3 populations, Passion intellectuelle pour les populations d'étudiants) nous incitent à rechercher si, outre 9 facteurs spécifiques correspondant aux 9 critères de M. BERGER, l'on ne pourrait découvrir des facteurs plus larges. Le tableau XXV indique pour les 3 populations les saturations des critères dans les facteurs extraits 1 et II avant et après rotation des axes. Ces résultats sont représentés graphiquement dans la figure 3. Nous observons tout d'abord que, dans les trois populations le critère Passion intellectuelle a des saturations très faibles ; il peut être considéré comme constituant un facteur spécifique. Quant au facteur Activité, il a, suivant les populations étudiées, des saturations différentes dans les facteurs I et II. En revanche, on observe une excellente stabilité pour les 7 autres critères. Ceci posé, notre interprétation portera sur la population «Etudiants d'aix-en-provence» pour les raisons que nous avons exposées plus haut. Sauf en ce qui concerne l'activité (qui occupe dans l'analyse faite sur cette population une position «intermédiaire»), cette interprétation pourra s'appliquer aux 2 autres populations. Le facteur I sature essentiellement (1) la Secondarité, l'etroitesse du champ de conscience, l'avidité, l'activité. Il nous paraît représenter - ici négativement, mais nous pouvons le considérer comme un facteur bi-polaire - la «disponibilité d'esprit». (1) Nous négligerons les saturations inférieures à.30.
59 56 LA CARACTÉROLOGIE D'HEYMANS ET WIERSMA Le primaire est, en effet, pour reprendre une expression de M. Muc- CHIELLI [14] «présent au donné», il s'intéressera, s'il est en outre large et non avide, selon l'expression consacrée, «à tout et à rien» - à tout parce que large, à rien parce que non avide. Enfin l'inactivité en l'incitant à ne se point fixer à une tâche rendra totale sa disponibilité d'esprit. En revanche celui qui, secondaire, sait volontairement s'abstraire du présent pour ne point se laisser détourner de son but, concentre vers une seule fin toutes ses forces (Etroitesse du champ de conscience), met à l'accomplissement de sa tâche l'acharnement que donne une puissante motivation (Avidité) et une inlassable activité, celui-là n'a pas l'esprit disponible, parce que tout entier absorbé par son dessein. Le facteur II sature essentiellement la non Emotivité, la Polarité Mars, la non Sensorialité, la non Tendresse, ]'Activité. Il nous paraît représenter - ici à son - pôle négatif la «réceptivité affective». Si à l'émotivité vient se joindre la tendresse, l'émotif élargira à ce qui touche autrui sa sensibilité naturelle ; et s'il est sensoriel c'est à la nature entière que s'étendra sa capacité de sympathie. La polarité Vénus ajoutera la plasticité ; l'inactivité, l'absence de tension vers un but même passager, et un tel sujet sera sous la dépendance totale de ses affects. Au contraire, le non émotif, non tendre, non sensoriel, Mars et actif, est fermé à tout ce qui est affectif et restera impassible parce qu'insensible. Nos 2 facteurs bi-polaires peuvent en somme se rattacher aux notions élargies de retentissement (primarité-secondarité) et d'émotivité (1). L'Activité saturant à la fois ces deux facteurs (dans le sens de la non Emotivité et de la Secondarité) occuperait une place privilégiée par rapport aux autres critères, mais ne constituerait pas un 3e facteur orthogonal : être actif pourrait impliquer soit un certain manque de réceptivité affective et de disponibilité d'esprit, soit, plus vraisemblablement, la capacité de renoncer partiellement à cette réceptivité, à cette disponibilité, incompatible avec l'action et peut être avec l'adaptation à la vie pratique. Ces quelques suggestions ne doivent pas nous faire oublier la large spécificité des 9 critères du questionnaire : l'analyse factorielle nous a montré une tendance qu'ont ces critères à se grouper selon deux directions essentielles ; il va sans dire que tous les groupements sont possibles bien qu'ils ne soient pas également probables. Néanmoins, les corrélations - stables dans nos 3 populations de l'activité avec la non Emotivité d'une part, avec la Secondarité d'autre - part nous conduisent à nous demander si, sans abandonner une classification d'un intérêt descriptif indéniable, nous ne devrions pas cependant réviser la conception d'heymans et WIERSMA, dans la mesure où ceile-ci suppose implicitement l'indépendance des 3 facteurs de base. Une analyse factorielle portant sur les intercorrélations existant entre les 30 premiers items du questionnaire -c'est-à-dire entre les items qui concernent l'emotivité, l'activité et la Secondarité - pourra permettre de mieux comprendre les éventuelles liaisons existant entre ces 3 facteurs essentiels. (1) C'est ainsi que M. MuccHIeLL? [14, pp. 24 à 39] a élargi la notion de primaritésecondarité, à laquelle il a substitué la notion de plasticité-séjonctivité (proche de notre facteur disponibilité d'esprit). Cependant notre schéma factoriel nous suggère un regroupement des critères différent de celui qui est proposé par M. MUCCHIELLI.
60 CHAPITRE VI ANALYSE FACTORIELLE DES INTERCORRÉLATIONS ENTRE LES 30 PREMIERS ITEMS DU QUESTIONNAIRE Les intercorrélations entre les 30 items de l'emotivité, de l'activité et de la Secondarité sont présentées dans les tableaux XIII-A, XIV-A, XV-A pour les corrélations intracritériales et dans les tableaux XXVI, XXVII et XXVIII pour les corrélations intercritériales. Nous n'avons pu par la méthode centroïde de THURSTONE dégager 3 facteurs orthogonaux correspondant aux 3 facteurs d'heymans et WIERSMA. Le tableau des saturations des 30 items dans les 3 facteurs avant rotation (tableau XXIX) montre que s'il est possible, après rotation des axes I et II de 45, d'interpréter ces nouveaux axes comme représentant les facteurs Emotivité et Secondarité, il est en revanche difficile de donner une signification au 3e facteur, en conservant l'orthogonalité des axes. Nous avons donc, pour obtenir une estimation de la liaison entre les 3 facteurs de base, employé la méthode suivante, suivant les conseils de M. le Pr BONNARDEL. Soient 2 groupes d'items, A, B, C et D, E, F, dont l'analyse a permis d'extraire pour chaque groupe un facteur général et de calculer pour chaque item la saturation dans le facteur général correspondant. Il est possible de représenter graphiquement (fig. 4) les 2 facteurs par
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64 INTERCORRÉLATIONS ENTRE LES 30 PREMIERS ITEMS DU QUESTIONNAIRE 61 Ou bien, en inversant, comme nous l'avons fait précédemment, le facteur Emotivité : rnba =.566 et ixllea = r?9 =.072 et «nee = ras =.407 et Les 2 facteurs correspondant à l'emotivité et à la Secondarité apparaissent comme étant pratiquement indépendants. Par contre, le facteur correspondant à l'activité est en corrélation positive avec la non Emotivité et la Secondarité, ce qui confirme l'interprétation que nous donnions au chapitre précédent. Notre étude a montré la cohérence interne des 3 facteurs Emotivité, Activité et Secondarité tels qu'ils sont définis à travers le Questionnaire de M. BERGER et l'indépendance réciproque des facteurs Emotivité et Secondarité. En revanche, le facteur Activité apparaît lié aux deux autres.
65 CHAPITRE VII CONCLUSIONS SUR LES TROIS FACTEURS DE BASE D'HEYMANS ET WIERSMA Si l'on tient à conserver les trois facteurs de base, ce qui est légitime pour l'emotivité et la Secondarité et ce que l'on a de fort bonnes raisons de faire pour l'activité tant que des recherches ultérieures n'auront pas abouti à une nouvelle définition de ce concept qui soit à la fois satisfaisante sur le plan théorique et efficace sur le plan pratique, il convient donc, nous semblet-il, de tenir compte des liaisons existant entre ces facteurs et de ne plus considérer t Activité comme un trait de caractère totalement indépendant de l'emotivité et de la Secondarité. En effet si, lorsque augmente le taux d'activité, le taux de Secondarité a tendance à croître et celui d'emotivité à décroître, nous trouverons alors aux deux extrémités de l'échelle d'activité, non pas seulement l'actif ou le non-actif, mais le flegmatique (neas) et le nerveux (EnAP). L'Activité, telle qu'elle est actuellement envisagée par l'ecole française de caractérologie, est donc une notion large et complexe à laquelle se mêlent les deux autres facteurs de base. Opposant les types extrêmes du flegmatique, calme, équilibré et «sans problèmes», et du nerveux (1), prédisposé aux troubles névrotiques, elle pourrait être interprétée comme un facteur d'intégration de la personnalité, d'adaptation, de «force du moi». Les corrélations de l'attitude névrotique évoquée par l'item 91 avec 6 items du groupe Activité (qui sont parmi les plus saturés en facteur général) sont à cet égard significatives. L'analyse factorielle sur les 9 critères du questionnaire nous avait déjà suggéré que l'activité allait à l'encontre d'une totale réceptivité affective, d'une entière disponibilité d'esprit, incompatible avec l'adaptation à la vie pratique. «En effet, il faut vivre et la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu'elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c'est n'accepter des objets que l'impression utile pour y répondre par des réactions appropriées ; les autres impressions doivent s'obscurcir ou ne nous arriver que confusément» [4, p ] (2). (1) L'enquête d'heymans avait montré qu'à beaucoup d'égards le nerveux était «le plus inactif des inactifs», le flegmatique «le plus actif des actifs» celui-ci ; avait le maximum avec le passionné, celui-là le minimum par rapport à l'attitude toujours au travail» l'on ; trouvait un résultat inverse si l'on se référait aux attitudes «négliger les travaux imposés» et «facilement découragé» [12, p. 143]. (2) Les travaux sur la perception de l'école américaine dite du «New-Look», montrant le rôle fonctionnel adaptatif de la sélectivité perceptive, paraissent avoir confirmé ce point de vue [10, p. 100 à 146].
66 ANNEXE JUSTIFICATION STATISTIQUE DU GROUPEMENT DES SUJETS DES DEUX SEXES POUR L'ANALYSE FACTORIELLE SUR LA POPULATION «ÉTUDIANTS D'AIX-EN-PROVENCE» 1 Comparaison des distributions critère par critère Le test «t» de STUDENT appliqué à ces distributions ne fait apparaître une différence significative que pour les critères E (p <.O1), IS (p <.05) et PI (p <,01) (voir tableau XI). 2 Comparaison des corrélations entre critères Les corrélations entre A et PI (différence sign. à.05 L et IS -.01 M/V et V -.05) présentent seules des différences significatives entre H et F (voir tableau XXXI). On remarque que le coefficient calculé sur l'ensemble de la population est toujours compris entre les coefficients Homme et Femme. Les différences constatées au 1 ne semblent donc pas avoir une influence sur le calcul des corrélations. Les coefficients calculés sur l'ensemble ne sont jamais accrus par le groupement H et F. 3 Comparaison des réponses item par item Le test '1: montre des différences significatives entre les répartitions des réponses 1, 5 et 9 entre H et F (voir tableau XII). Mais les fréquences des 5 étant faibles, il peut être légitime de grouper les 5 soit avec les 1, soit avec les 9, afin d'avoir la coupure le plus près possible de la médiane. Le nombre de différences significatives tombe alors de façon sensible (voir tableau XXXII). 4 Comparaison des corrélations entre items Cette comparaison effectuée à titre d'essai sur 5 coefficients de corrélation confirme les résultats trouvés au 2 (voir tableau XXXIII). Le coefficient calculé sur l'ensemble n'est jamais plus élevé que le plus fort coefficient obtenu sur les H ou sur les F, sauf entre les items 39 et 79 où il est supérieur de.01, différence évidemment négligeable. Seule la différence entre H et F est significative à.05 pour la comparaison des items 44 et 35. Conclusion. - Cette étude montre que, malgré un certain nombre de différences significatives entre les résultats obtenus pour les H et pour les F, il est possible de grouper les deux populations sans altérer sensiblement les coefficients de corrélation entre items, ce qui autorise l'analyse factorielle de la matrice d'intercorrélations établie sur l'ensemble de la population.
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71 TABLE DES MATIÈRES PAGES INTRODUCTION... 1 QUESTIONNAIRE CARACTÉROLOGIQUE... 4 CHAPITRE PREMIER. - Description des populations étudiées Étude comparative des réponses au questionnaire 16 - lll. - Étude différentielle selon le sexe IV. - - V. - - Analyse factorielle intracritériale Analyse factorielle intercritériale VI. - Analyse factorielle des intercorrélations entre les 30 premiers items du questionnaire VII. - Conclusions sur les trois facteurs de base d'heymans et Wiersma ANNEXE. - Justification statistique du groupement des sujets des deux sexes pour l'analyse factorielle BIBLIOGRAPHIE Imprimerie des Presses Universitaires de France. - Vendôme (France) ÉDIT.? IMPRIMÉ EN FRANCE IMP. N
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