.DES CARTES POUR COMPRENDRE LE MONDE. Introduction Š Faire une carte, c est faire des choix Documents vidéoprojetés : «La tablette de Ga-Sur» et «Le planisphère de Waldseemüller» La plus ancienne carte de l histoire date de 2600 avant J.-C. : elle figure sur une tablette d argile et représente le territoire de la cité sumérienne de Ga-Sur (dans le Nord de l actuel Irak). En 1507, le cartographe allemand Waldseemüller dessine le premier planisphère : on y voit bien l Europe, l Afrique, l Asie du Sud et même les premières bribes de l Amérique (qu il nomme d ailleurs «America»). L Océanie, l Antarctique et le Groenland n y sont pas car ces terres n ont pas encore été découvertes. Ces cartes ont pour vocation de représenter l espace, mais elles servent aussi à se déplacer et, le cas échéant, à faire la guerre. Quelle que soit l époque, la réalisation d une carte implique de faire des choix : - de projection : la plus utilisée aujourd hui est celle de Mercator (doc. 1 page 214) mais elle déforme les extrémités proches des pôles. Il existe aussi la projection polaire (doc. 2 page 214) mais elle fait disparaître les terres de l hémisphère opposé. Bref, aucune projection ne représente les continents tels qu ils sont dans la réalité ; - d échelle : c est le rapport entre la distance sur la carte et la distance dans la réalité. Le choix de l échelle détermine les contours de la carte et, en quelque sorte, le niveau de zoom (doc. page 219) : ce peut être une carte à petite échelle (échelle mondiale), à échelle moyenne (continent ou pays) ou à grande échelle (région ou ville) ; - d orientation : de façon conventionnelle, toutes les cartes sont orientées vers le Nord (qui se trouve vers le haut de la carte). Mais certaines peuvent être orientées différemment, comme les planisphères utilisés en Australie (doc. 4 page 215) ; - de centrage : chaque peuple centre les planisphères sur lui-même, de manière à se placer au centre du monde. Le planisphère Mercator, le plus utilisé en Europe, la met au milieu de la planète, ce qui n est pas le cas en Chine (doc. pages 222-223) ; - de langage : on opère une sélection d informations à dessiner (car tout ne peut pas être tracé) en fonction de l objectif sur la carte. On choisit aussi comment ces informations sont représentées (figurés et couleurs) : sur le doc. 1 pages 228-229, il n y a que les valeurs supérieures à 10 milliards de dollars, ce qui laisse penser que l Afrique est dépourvue de capitalisation boursière. Une carte n est donc pas neutre ; - de discrétisation : c est le découpage d une série statistique en classes et ce découpage n est jamais arbitraire. Pour une même carte, des choix de discrétisation différents ne produisent pas le même message. Sur le doc. 2 page 230, les Etats d Amérique centrale ont le même IDH alors que le doc. 2 page 216 montre que Belize, le Honduras et le Salvador ont un niveau de développement supérieur aux autres Etats. Problématique : Les cartes permettent-elles de comprendre la complexité du monde actuel? I. Quelle vision géopolitique du monde les cartes donnent-elles? A. Un monde dont le nombre d'etats augmente Doc. 1 pages 224-225 : «Nouveaux Etats et nouvelles frontières dans le monde» La tendance actuelle est à la multiplication du nombre d Etats (territoire, délimité par des frontières, sur lequel vit une population, soumis à l autorité d un même gouvernement) : en 2013, l ONU en reconnaît officiellement 197, contre 159 en 1990. Depuis la fin de la Guerre froide, de nombreux Etats sont apparus en Europe de l Est (Ukraine, Biélorussie), en Asie centrale (Arménie, Ouzbékistan) et dans la Corne de l Afrique (Erythrée, Soudan du Sud). Par conséquent, de nouvelles frontières ont surgi. Mais le phénomène n est pas achevé. Des demandes d autonomie (obtenir une liberté de gestion dans l Etat) ou d indépendance (fait de devenir un Etat indépendant) existent aux Antilles Néerlandaises, au Groenland, en Somaliland et en Nouvelle-Calédonie. 1
B. Un monde marqué par des conflits variés et nombreux Doc. 2 pages 226 : «Les conflits dans le monde aujourd hui» Les zones de conflits (contestation plus ou moins violente opposant deux parties pour des motifs variés ) sont très nombreuses, surtout en Afrique et en Asie du Sud. Il peut s agir de conflits entre deux Etats à propos du tracé des frontières (Inde/Pakistan), de guerres civiles à l intérieur d un Etat (Somalie), de zones aux mains de terroristes (Irak, Mali) ou de pirates (Océan Indien au large de la Corne de l Afrique). Des conflits dormants (dont les combats sont arrêtés mais la paix pas signée) sont encore nombreux en Afrique et en Asie : c est le cas dans la région du Darfour à l Ouest du Soudan. De plus, de nombreuses tensions entre Etats sont susceptibles, dans un avenir plus ou moins proche, de dégénérer en guerre ouverte (conflit où les armés de deux ou plusieurs Etats se font la guerre) : c est le cas entre les deux Corée à propos du tracé de leur frontière commune et de la politique nucléaire de la Corée du Nord. C. Un monde qui connaît des rapprochements entre Etats Document vidéoprojeté : «Les admissions à l ONU (1945-2010)» Document vidéoprojeté : «Ensembles régionaux à vocation économique» Malgré les divisions et les conflits, des organisations internationales (groupement d'etats, à vocation soit mondiale soit continentale) existent. La plus ancienne, la plus célèbre et la plus aboutie d entre elles est l Organisation des nations unies, fondée en juin 1945 et regroupant la quasi-totalité des Etats de la planète (193 Etats sur 197). C est une organisation à vocation mondiale qui poursuit quatre objectifs : - maintenir la paix et la sécurité dans le monde ; - défendre les droits de l homme et l égalité entre les nations ; - assurer la justice internationale, fondée sur le droit international - améliorer les conditions de vie des populations. Les autres sont à l échelle continentale ou sous-continentale (que l on appelle aussi échelle régionale). Il s agit d organisations à vocation économique, telles que l UE, l ALENA (Canada, Etats-Unis, Mexique) ou le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela). Leur vocation est de favoriser les échanges commerciaux. II. Quelle vision géoéconomique du monde les cartes donnent-elles? A. Un monde marqué par des inégalités de développement Doc. 1 page 244 : «PIB et IDH dans le monde en 2012» Consigne : Mettez en évidence les disparités géoéconomiques dans le monde et établissez une typologie illustrant la hiérarchie de l espace mondial. Vous montrerez les limites de ce type de représentation cartographique. Les niveaux de richesse (revenu dont on dispose pour vivre, exprimé par le PIB/habitant) et de développement (capacité d un Etat à satisfaire les besoins de sa population, exprimée par l IDH) sont inégaux. Les Etats riches et développés sont presque tous dans l hémisphère Nord (d où leur appellation de «pays du Nord»). On les trouve en Amérique du Nord, en Europe, en Asie de l Est et en Océanie. L autre catégorie d Etats, moins riches et moins développés, est appelée «pays du Sud» : - les Etats ayant un niveau moyen de richesse et de développement : ce sont les «pays émergents» (Russie, Chine, Inde, Mexique, Brésil ) ; - les Etats au niveau de richesse et de développement faible, en Afrique et en Asie du Sud («pays en développement» et «pays les moins avancés»). Cette représentation cartographique, que l on appelle carte par anamorphose (carte dont le contour des territoires est déformé ou simplifié et dont la superficie est proportionnelle à l importance du phénomène représenté), permet de bien voir les Etats au PIB fort mais elle ne permet pas de distinguer ceux ayant un PIB faible. 2
B. Un monde où les échanges sont nombreux Doc. 4 page 231 : «Le commerce mondial de marchandises» La planète est parcourue par des flux commerciaux nombreux, dont le montant dépasse 18 000 milliards de dollars par an. Aucune région du globe n y échappe : c est ce phénomène qu on appelle la mondialisation (mise en relation, à l échelle mondiale, des espaces et des économies par des flux de plus en plus massifs et rapides). Même si l essentiel de ces flux relient l Europe, l Asie de l Est et l Amérique du Nord, l Amérique latine ou l Afrique contribuent aussi au commerce mondiale mais dans une bien moindre mesure. En fait, la carte des échanges commerciaux reprend celle des inégalités de richesse et de développement. Les régions les plus riches et les plus peuplées génèrent le plus de flux commerciaux et vice-versa. C. Un monde qui présente une organisation multipolaire Doc. 4 page 231 : «Le commerce mondial de marchandises» Doc. 1 pages 228-229 : «Les places boursières dans le monde» Les flux commerciaux les plus intenses relient l Europe, l Asie de l Est et l Amérique du Nord : en 1985, l économiste japonais Kenichi Ohmae a baptisé cet ensemble géographique la «Triade». La planète est donc dominée par trois pôles qui constituent les centres de l économie mondiale : on dit que son organisation est multipolaire. Des pôles secondaires existent aussi en Asie du Sud (Chine, Inde) et en Amérique latine (Brésil, Mexique). Ces pôles secondaires correspondent en fait aux pays émergents. A l intérieur même des pôles, on peut également distinguer une hiérarchie. En Europe par exemple, les places boursières les plus importantes sont à Londres, Paris, Zurich, Francfort, Madrid et Stockholm. Les autres bourses sont nettement moins importantes. Cette hiérarchie se retrouve quel que soit l aire géographique sur laquelle on se trouve. III. Quelle vision géoculturelle du monde les cartes donnent-elles? A. Un monde où la diversité culturelle est marquée Doc. 2 page 234 : «Les grandes aires linguistiques dans le monde» Doc. page 242 : «Les religions dans le monde» Malgré leur très grande diversité, les langues sont regroupées en aires linguistiques (espace sur lequel des sociétés parlent la même famille linguistique). Les langues indoeuropéennes (anglais, français, espagnol ) ont l étendue la plus importante : elles sont parlées en Europe, en Amérique et en Océanie. Ceci est lié aux migrations européennes du XIX ème siècle et à la colonisation. Mais les langues asiatiques (mandarin, hindi ) sont les plus parlées du fait de la masse de la population dans cette région du monde. En matière religieuse, on retrouve sensiblement la même logique. On distingue des aires religieuses (espace sur lequel des sociétés pratiquent le même type de religion) : des chrétiens en Europe, Asie du Nord, Amérique, Afrique subsaharienne ; des musulmans en Afrique du Nord, au Moyen Orient, en Asie centrale et en Indonésie ; des bouddhistes en Asie de l Est et des hindouistes en Asie du Sud. B. Un monde qui connaît une uniformisation culturelle Mais, sous l effet de la mondialisation, une certaine uniformisation (tendance à l homogénéisation) culturelle se produit. Les modes de vie, claqués sur le modèle occidental et plus particulièrement nord-américain, se ressemblent de plus en plus. Ce mouvement est particulièrement perceptible dans l alimentation : par exemple, McDonald s est implanté dans 116 pays et vend son Big Mac dans tous ses restaurants. Cela ne veut pas pour autant dire que tous les humains vivent de la même façon : les particularismes culturels perdurent, surtout au plan alimentaire : en Inde, par exemple, McDonald s ne sert pas de hamburgers à base de bœuf (pour respecter le rite hindouiste). Les sandwiches sont à base de poulet ou végétariens. 3
C. Un monde dans lequel les tensions culturelles sont vives Doc. page 242 : «Les religions dans le monde» Les dynamiques culturelles (qu il s agisse d uniformisation ou de différenciation) sont à l origine de tensions/conflits interétatiques (entre Etats). Ils sont d ordre religieux et se concentrent au Moyen-Orient et en Asie centrale. Jérusalem est une ville sainte pour les juifs (mur des Lamentations), pour les chrétiens (lieu de la crucifixion de Jésus) et pour les musulmans (lieu du «voyage nocturne» de Mahomet). Aujourd hui, Israéliens et Palestiniens se disputent encore la ville, qui constitue un enjeu religieux fort. Mais les tensions/conflits religieux peuvent être intra-étatiques (à l intérieur d un Etat). Dans ce cas, il s agit de luttes interconfessionnelles qui peuvent dégénérer en guerres civiles : c est le cas au Cachemire indien, où les musulmans et les hindouistes s affrontent depuis l indépendance de l Inde en 1947. IV. Quelle vision géoenvironnementale du monde les cartes donnent-elles? A. Un monde où les pressions sur l'environnement sont fortes Doc. 2 page 238 : «L empreinte écologique dans le monde» L empreinte écologique (nombre d hectares en ressources biologiques pour assurer le niveau de consommation d un individu) est un indicateur qui témoigne des pressions humaines sur l environnement. Ces pressions sont très fortes : si tous les humains vivaient comme les Français, il faudrait trois Terre pour assurer leurs besoins! L empreinte écologique est très forte dans les pays développés et émergents. Pour les pays développés, c est là où la population consomme le plus d eau, d alimentation et d énergie (un Français consomme en moyenne 200 litres d eau par jour). Pour les pays émergents, c est là où la population est nombreuse et/ou augmente rapidement. Ces ressources (matières premières ou sources d énergie permettant de subvenir aux besoins d un être vivant) sont produites en «puisant» dans celles de la planète. B. Un monde où les risques sont de plus en plus nombreux Doc. 1 pages 236-237 : «Les impacts du réchauffement climatique» La vulnérabilité (capacité d une société à faire face aux risques et aux dommages subis) des sociétés face aux risques va croissante parce que les hommes prennent des risques (implanter une usine chimique ou une centrale nucléaire dans une zone densément peuplée) parce que les risques sont plus nombreux (du fait du réchauffement climatique, qui multiplie les cyclones et fait augmenter le niveau des mers et océans). Aucune zone de la planète n est épargnée par les risques mais il semble que les pays du Sud soient les plus menacés dans les décennies à venir du fait de leur exposition à des phénomènes naturels, de l importance de leur population et de leurs faibles moyens financiers, qui limitent les prévisions (capacité à prévoir la survenue d un risque) et la prévention (actions visant à empêcher ou à limiter un risque). C. Un monde qui se mobilise sur les questions environnementales? Depuis les années 1990, les questions environnementales sont régulièrement au cœur de l actualité. L ONU a joue un rôle moteur dans cette prise de conscience avec la tenue, en 1992, à Rio de Janeiro, du Sommet de la Terre (suivi par de nombreuses autres réunions). Malgré la bonne volonté affichée, les médias, les experts et l opinion publique ont l impression que les décisions prises sont insuffisantes ou trop lentes. Dans les pays développés, les pouvoirs publics se sont saisis de ces questions (en imposant des réglementations, en protégeant des espaces ou en incitant la population à des économies de ressources). En réalité, les populations sont peu impliquées (ou par des actions très limitées du quotidien : tri sélectif ; demi-chasse ). Dans les pays du Sud, les questions environnementales ne sont pas prioritaires : l urgence est souvent à la satisfaction des besoins vitaux (alimentation, santé, logement, éducation). 4
Conclusion Š Les cartes donnent une vision du monde, difficile à cartographier Toutes les cartes analysées et les quatre grilles de lecture (géopolitique, géoéconomique, géoculturelle et géoenvironnementale) donnent la vision d un monde complexe, marqué par des contrastes, des changements, des tensions, des menaces Mais les cartes sont porteuses d un discours qui n est pas neutre. On pourrait nuancer cette vision du monde en rappelant que jamais la population mondiale n a été aussi bien nourrie, que l ensemble des conflits actifs aujourd hui sont moins meurtriers que les deux guerres mondiales du XX ème siècle Quoi qu il en soit, il devient compliqué de cartographier tous ces éléments du fait : - du nombre élevé d informations à représenter (surtout à l échelle mondiale) ; - de la nécessité de changer d échelle pour comprendre les phénomènes ; - de la rapidité des changements que connaît la planète sur laquelle nous vivons 5