Arnaud Pasquer EXPÉDITION AU CHO OYU, 8201 MÈTRES Himalaya, avril-mai 2006 Mon Petit Éditeur
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Sommaire Prologue...9 La décision...11 Les préparatifs...17 Katmandou...49 La traversée du Tibet...59 L approche vers le camp de base...71 L ascension... 101 Le retour... 195 L après expé... 223 Le bilan... 231 Résumé du déroulement de l ascension, jour par jour... 235 Glossaire... 239 7
Prologue L idée d écrire ce livre m est venue lors de mes préparatifs de l expédition au Cho Oyu à laquelle j allais participer. Recherchant sans succès des sponsors pour m aider financièrement, des amis m ont suggéré de m aider en lançant une souscription. Un autre de vendre des tee-shirts personnalisés. Au départ réfractaire à ce que je considérais comme un "racket" (je me doutais bien que mes proches n oseraient pas refuser de donner), j ai pensé ensuite, en échange, écrire un compte rendu complet sur l expédition : au moins ils en auraient pour leur argent! Écrivant régulièrement pour le journal interne de mon club de triathlon, écrire ne m est pas contraignant, c est même devenu un plaisir. La peur de mal écrire, de faire des fautes d orthographe, de grammaire, de syntaxe a laissé la place à l envie de partager, de coucher sur papier ce que je pense, ce que je ressens. Ne vous attendez pas à lire un livre écrit dans un style recherché. Je vais juste vous relater simplement et le plus fidèlement possible ce que j ai vécu, afin de tenter de vous faire vivre cette aventure. Je vais tâcher aussi de me livrer, d exprimer ce que j ai ressenti au jour le jour afin que vous en appreniez le plus possible et viviez cela de l intérieur. Ne rien cacher, c est ma façon de vous remercier. 9
EXPÉDITION AU CHO OYU, 8201 MÈTRES J insiste cependant sur le fait que ces pensées sont celles qui ont été les miennes à un instant donné, dans le feu de l action, et que les jours suivants et bien entendu plus tard avec le recul elles auraient été différentes ou nuancées. J espère que cette lecture sera agréable, et que vous prendrez autant de plaisir à lire ce livre que j ai eu à l écrire (même si ce fut souvent très fastidieux). Bonne lecture et merci encore pour votre contribution. P.-S. : Les chapitres "La décision" et "Les préparatifs" ont été écrits avant le départ, et les chapitres "Katmandou", "La traversée du Tibet", écrits dans des cybercafés (vive Internet!). Le reste a été rédigé au retour à partir de notes prises sur un carnet. 10
La décision Les grands espaces, l aventure m attiraient. Je collectais des jours de congés depuis quelques années pour cela, sans savoir précisément à quoi ils serviraient. Et le froid, l envie de se frotter à des températures extrêmes également. La montagne, elle, m a toujours attiré, depuis que je suis petit. L escalade aussi. Et puis il y eut l envie de se mettre à l alpinisme, de gravir le Mont Blanc par la voie des trois monts. Dès lors, tout coulait de source, ce serait une expédition au froid, ou l ascension d un grand sommet. Cela faisait plusieurs mois que j y pensais, avant même d aller au Mont Blanc. Je pensais faire tout d abord l Aconcagua, le sommet des Amériques, à 6 996 m, par le glacier des Polonais plutôt que par la voie normale. Puis tenter un 8 000 m, avant de s attaquer évidemment à l Everest. Mais les coûts prohibitifs, la fréquentation, les risques, ce qu on en dit, m ont dissuadé d aller sur le toit du monde. J ai pensé alors m attaquer directement à un 8000, et non pas en faire un objectif "en vue d un autre". Sauter par conséquent l étape préliminaire, l Aconcagua. Que ce 8 000 soit une vraie victoire personnelle, un vrai défi. Le Cho Oyu, pour sa hauteur (8 201 m quand même, le 6 e sur l échelle des 14 sommets de plus de 8 000 m), et sa relative facilité technique en comparaison des autres plus hauts sommets du monde, s imposait. 11
EXPÉDITION AU CHO OYU, 8201 MÈTRES Et il était possible de le tenter sans oxygène, ce qui me convenait parfaitement. J adhère totalement à l idée qu il est incongru de gravir un sommet avec une aide artificielle. Il vaut mieux s attaquer alors à un sommet plus petit. Sauf que pour l Everest, seulement 1 % des ascensions se font sans oxygène Je prévoyais de préparer cette ascension pour fin 2007, 2008 et puis quelques recherches sur internet m ont mené jusqu à cette annonce de Denis* 1, un chef d expé amateur, qui cherchait à constituer une équipe depuis plus d un an. Expédition non commerciale, pas de guide, pas d oxygène, expédition légère sans porteur d altitude, tout me convenait et correspondait à ma conception de la montagne alors je lui ai écrit de suite. En recevant les détails de l expédition, et de l expérience nécessaire, je me suis dit qu il avait du bien rigoler en recevant mon mail Cela peut paraître fou ou inconscient de vouloir gravir un sommet de ce genre sans véritable expérience. Mais ce n est pas mon point de vue. Sans véritables difficultés, la saveur est moindre. Et c est ce qui me fait avancer. Lorsque je me suis mis à la course à pied, c est l idée de faire un marathon six mois plus tard avec mes collègues qui m a donné envie de me lancer, et non un dix kilomètres, car un marathon cela représentait quelque chose, quelque chose d inaccessible au départ ; quelque chose de fort, un défi. C est le fait de ne pas avoir fait de vélo qui m a donné envie de faire l étape du tour l année suivante. Pour se dire "tu l as fait". C est l idée de faire le championnat de France longue distance qui m a porté toute l année lors de ma première saison de triathlon. Ce fut le cas aussi en roller 1 un astérisque * est présent dans le récit lors de la 1 ère rencontre avec un mot ou le nom d une personne repris dans le glossaire 12
EXPÉDITION AU CHO OYU, 8201 MÈTRES (24 heures du Mans roller), ou en parachute (sauter seul et non en tandem). D autre part, le niveau en escalade que nécessite le Cho Oyu n est pas très élevé. En quelques mois de pratique, je comptais l atteindre sans problème. Idem pour le niveau en alpinisme, je n avais pas éprouvé de difficultés lors de mes premières expériences alpines. Pour le reste, une bonne condition physique, la vie en autarcie, un moral à toute épreuve, ne me faisaient pas peur. Bien au contraire. Quant au manque d expérience, il pouvait s avérer crucial en cas de pépin, mais cela ajoutait du piquant. Et je comptais limiter ce manque, par une lecture et un apprentissage des gestes élémentaires, de secours notamment. La rencontre avec Denis s est faite un soir sur le quai de la gare de Lyon et c est ce que je lui ai expliqué : si j avais son CV (plusieurs expéditions en Amérique du sud, Groenland, Himalaya ), je ferais quelque chose de plus dur. Le Cho Oyu c est un défi, un défi réaliste, mais un réel défi compte tenu de mon inexpérience. Si j avais le niveau, je ne le ferais pas, cela ne m intéresserait pas. Je lui explique aussi les raisons qui font que je ne veux pas d oxygène, et qu il était hors de question que je parte avec une expédition commerciale : je ne veux pas être assisté, et je veux participer, donner mon avis sur les choix de l expédition. Il m explique de son côté que c est sa dernière expédition, qu il veut la faire pour son fils, et qu il ne veut plus risquer sa vie. Il a perdu une alpiniste avec laquelle il était allé sur l Everest (Chantal Mauduit, sic) et failli perdre un ami lors de sa dernière expédition (cela s en était fallu de très peu). Je le rassure sur le fait que je ne veux pas tenter le diable et que j ai deux enfants. Il me trouve "sain d esprit" (y en a deux qui rigolent au fond). Le contact passe bien. C est une occasion qui se présente. Je ne trouverai peut-être pas quelqu un d aussi expérimenté, prudent (le fait qu il parte 13
EXPÉDITION AU CHO OYU, 8201 MÈTRES avec son fils est un gage de sécurité), dans les mêmes conditions que je souhaite (expédition légère, sans oxygène, non commerciale) et qui veuille bien me faire confiance compte tenu de mon CV. Et j ai appris qu il ne fallait pas repousser les choses au risque de ne pas les réaliser. La phrase n est pas de moi, mais "il faut savoir prendre le train quand il passe". C est décidé, je partirai avec lui. Et je suis donc officiellement le premier (à part son fils) à rejoindre son équipe. Nous sommes début octobre. Le Cho Oyu, pour le fait que ce soit l un des sommets de 8 000 m les plus faciles, mais aussi pour la facilité d accès de son camp (pas de très longue marche d approche) est devenu le siège de nombreuses expéditions commerciales. Qu est-ce que c est qu une expédition commerciale? Une expédition organisée par un organisme ou une compagnie, fournissant l ensemble des prestations clé en mains (papiers, permis, matériel collectif, médical, etc.) et tout ce qu il faut pour y parvenir : oxygène, porteurs, médecin, guides. Leur but est de "vendre" un 8000, à des alpinistes aguerris ou pas avec une logique de résultat pour les "clients". C est une approche à laquelle je n adhère pas et il aurait été hors de question que je passe par une agence commerciale. Déjà que le fait de devoir acheter les services d une agence de trekking locale (obligatoire si l on veut notamment obtenir les permis) s apparente pour moi à du tourisme ni plus ni moins, je ne veux pas "payer" pour accrocher un sommet de 8 000. L approche plus amateur de notre expé, et surtout sans aide extérieure (oxygène ou porteurs d altitude) me convient beaucoup plus. Cette présence d expéditions commerciales de tous pays décrédibilise ce sommet qui fait souvent l objet d articles ravageurs, et il y a dorénavant beaucoup, beaucoup de monde sur la montagne à l automne. Il y en a beaucoup moins au printemps et j espère qu il n y en aura pas de trop quand même. En 14
EXPÉDITION AU CHO OYU, 8201 MÈTRES faisant une recherche sur Internet nous avions appris que des expéditions commerciales asiatiques, américaines, et allemandes seraient sur place en même temps que nous, mais il y en aura sûrement d autres. Je ne viens pas pour "acheter" un sommet, pour le faire coûte que coûte, que ce soit avec porteurs, oxygène, ou produits dopants. Je ne comprends pas trop la motivation, qui consiste pour moi à se mentir à soi-même. Si je ne peux pas atteindre le sommet, tant pis, mais y aller en respirant dans un tube ne m apporterait aucun plaisir, pire, le sentiment honteux d avoir triché. De plus je suis plutôt anti-médicaments en France, donc je ne veux pas tomber dans ces travers en altitude. J espère ne pas tomber dans une tentative d automédication si je ne me sens pas bien, pour tenter de refaire surface et faire le sommet. J ai néanmoins amené une pharmacie composée de quelques médicaments classiques pour soigner les petits maux (de ventre surtout), et d autres moins anodins (comme un stimulant cardiaque) pour dédommager un médecin d une autre expé en cas de problème grave. J espère ne pas avoir à me servir de ces derniers pour moi ou mes compagnons, notamment des aiguilles et des seringues afin de s administrer un produit en urgence. Sans compter le risque de fausse manipulation (nous ne sommes pas médecins!) et les dangers ou effets secondaires de tels médicaments (ce ne sont pas de simples antalgiques ). Même pour des maux de tête, il peut être dangereux de prendre des antidouleurs, car cela peut masquer un début de MAM (Mal Aigu des Montagnes). Pour les anti-inflammatoires, je n en prends jamais en temps normal pour ne pas masquer et aggraver la blessure, alors je ne compte pas en prendre là-haut non plus. 15