Réseau Sentinelles Dossier Grippe Saison 2015/2016 1
Les virus de la grippe Les virus de la grippe appartiennent à la famille des Orthomyxoviridae et au genre Influenzavirus. Il en existe trois types : A B C Les virus de type A et B varient régulièrement (glissement ou cassure antigénique) et sont responsables des épidémies saisonnières. Le virus de type C semble lié à des cas sporadiques et donne le plus souvent une grippe d'expression modérée. Les sous types A Les virus de la grippe de type A sont séparés en sous type en fonction de deux glycoprotéines de surface : l'hémagglutinine (H1 à 17) la neuraminidase (N1 à N9) Les deux sous-types circulants actuellement sont : H1N1 H3N2 A l'intérieur des sous-types, les virus sont classés en souches en fonction de l'origine géographique, de leur découverte et de leur année d'isolement. Par exemple : A/Fujian/411/2002(H3N2) Les lignages B Depuis les années 1980 est observée une co-circulation de deux lignages des virus influenza B : Lignage B Yamagata Lignage B Victoria 2
Réservoir Les virus de la grippe Il existe de nombreux hôtes pour la grippe, à savoir : les oiseaux sauvages et domestiques, les mammifères marins, porcs, chevaux, autres (chat, chien, visons, furets) et l Homme. Le réservoir du virus Influenza A virus est constitué des oiseaux aquatiques. Ces derniers peuvent contaminer les mammifères (surtout Homme et porc) ainsi que les oiseaux domestiques par l intermédiaire de leurs déjections. Les principales hémagglutinines (H) et neuraminidases (N) pour l Homme sont H1 à H3, et N1-N2. Pour les oiseaux aquatiques ce sont les H1 à H15 et N1 à N9. Transmission Le virus se transmet par voie aérienne (chez l Homme et l animal) à partir des sécrétions (toux, éternuements ) et des déjections d animaux infectés. La personne infectée est contagieuse jusqu à 7jours après la fin des symptômes. Pathologie Après une incubation de 1 à 3 jours, apparaissent des symptômes non spécifiques tels que fièvre forte avec frisson, céphalées rétro-orbitaires, myalgies, arthralgies, asthénies, myalgies et toux. La guérison se fait de façon spontanée en une semaine. Complications possibles Surinfections bactériennes broncho-pulmonaires, pneumopathie sévère, décompensation d une insuffisance cardiaque ou respiratoire, encéphalite, myocardite, péricardite Recherche des virus La recherche du génome viral se fait par RT-PCR, typage par des amorces spécifiques ou séquençage. La grippe survient dans les pays tempérés par épidémies hivernales de 6 à 12 semaines, et reste présente tout au long de l année dans les 3 pays tropicaux.
La grippe pandémique Une pandémie grippale est une épidémie qui sévit au niveau d une zone géographique très grande, suite à l apparition d un nouveau sous-type de virus résultant d une modification génétique conséquente. Historique des dernières pandémies En 1918-1919, la pandémie de la «grippe espagnole» (virus A(H1N1)) a touché le monde entier. Selon les estimations de l OMS 40 millions de personnes en sont décédées. D autres pandémies moins graves ont eu lieu : en 1957-58, la «grippe asiatique» (virus A (H2N2)) et en 1968-69, la «grippe de Hong-Kong» (virus A(H3N2)). La dernière pandémie est survenue en 2009, causée par un nouveau virus A(H1N1)pdm09 (combinaison de virus aviaire, porcin et humain). Le risque pandémique semble lié au virus grippal de type A. Sous-types A(H1N1) A(H1N1) A(H2N2) A(H3N2) Pandémies 1918 Grippe Espagnole 1957 Grippe Asiatique 1968 Grippe Hong Kong 1977 Grippe Russe 2009 Grippe Mexicaine? L apparition d un nouveau virus entraine une pandémie car l homme n a pas d immunité contre ce dernier. Le nouveau virus remplace le virus qui était jusqu alors responsable des grippes saisonnières, et ce jusqu à la pandémie suivante. C est comme cela que le virus A(H1N1), responsable de la pandémie de 1918 a été remplacé en 1957, par le virus A(H2N2) avec la grippe asiatique. Pendant 10 ans, ce dernier a été responsable des grippes saisonnières jusqu à la pandémie de 1968 où le virus A(H3N2) a pris sa place. En 1977, une réémergence du virus A(H1N1) a été observée (grippe russe). Depuis cette date les virus H1N1 et H3N2 circulent ensemble chaque année lors des grippes saisonnières. 4
Les systèmes de surveillance de la grippe La surveillance de la grippe en France est coordonné par l Institut de Veille Sanitaire (InVS). Elle allie surveillance épidémiologique et virologique, ci-dessous un schéma synthétique des différentes entités de surveillance au niveau national : GrippeNet.fr est mise en place par le réseau Sentinelles et l Institut de Veille Sanitaire. Cette surveillance recueille directement auprès de la population des données épidémiologiques sur la grippe, par Internet et de façon anonyme Le réseau Sentinelles en collaboration avec les deux CNR (Paris et Lyon) et l Université de Corse effectue une surveillance clinique et virologique des syndromes grippaux en médecine ambulatoire. Depuis septembre 2015 une centaine de pédiatres ont intégré la surveillance virologique. A l hôpital, la surveillance s appuie sur le suivi du nombre de passages et d hospitalisations pour grippe à partir d un réseau hospitalier de services d urgences (réseau Oscour) et du nombre d admissions en service de réanimation. Une surveillance virologique est également effectuée à ce niveau grâce au réseau Renal-CNR Le CépiDc (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès) et l Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) participent à la collecte des données concernant les décès causés par la grippe La surveillance des pandémies La surveillance des pandémies s appuie sur la surveillance de la grippe classique, à laquelle peuvent se rajouter d autres outils spécifiques. Par exemple pour la pandémie de 2009, une surveillance des cas graves admis en réanimation ou unités de soins intensifs a été mis en place, ainsi qu un dispositif particulier pour suivre les décès par grippe en temps réel. 5
La vaccination antigrippale pour la saison 2015-2016 Composition des différents vaccins disponibles en France Les vaccins contre la grippe saisonnière disponibles en France sont soit : des vaccins trivalents inactivés, sans adjuvant, qui contiennent les antigènes des trois virus grippaux les plus susceptibles de circuler cette saison : deux souches de virus A [A(H1N1) et A(H3N2)] et une souche de virus B. La composition déterminée par l Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la saison 2015-2016 dans l hémisphère Nord est : A/California/7/2009 A/Switzerland/9715293/2013 B/Phuket/3073/2013 (Yam) Un vaccin inactivé quadrivalent à virion fragmenté, contenant les 3 souches du vaccin trivalent + la souche B/Brisbane/60/2008 (Vic) (FluarixTetra et FluenzTetra ) Les vaccins contre la grippe saisonnière disponibles en officine de pharmacie en France sont : AGRIPPAL, FLUARIX, IMMUGRIP, INFLUVAC, VAXIGRIP. Les vaccins sont remboursables à 100% pour les 65ans+ et certaines pathologies chroniques et à 65% pour les autres personnes à risque de complications : 5,36 * (prix public TTC sans honoraires de dispensation, soit 6,18 avec honoraires). Y a-t-il une raison de privilégier un vaccin tétravalent par rapport au vaccin trivalent? FluarixTetra : «dans l état actuel des données épidémiologiques et virologiques disponibles à ce jour en France et en l absence de données d efficacité clinique, il n existe pas d éléments permettant de privilégier l utilisation du vaccin FluarixTetra par rapport aux vaccins trivalents inactivés, ni d identifier une ou des populations chez qui ce vaccin pourrait être recommandé de façon préférentielle.» (HCSP) FluenzTetra : uniquement chez les enfants entre 24 mois et 17 ans pour lesquels la vaccination est recommandée, ++ en primo-vaccination et plus le sujet est jeune, Pas d utilisation chez les enfants immunodéprimés, ni chez les personnes de leur entourage 6
La vaccination antigrippale pour la saison 2015-2016 Les recommandations pour la vaccination Les recommandations du Ministère de la Santé pour la vaccination n ont pas évolué par rapport à la saison dernière, elles concernent : les personnes âgées de plus de 65ans, Toutes personnes présentant des facteurs de risque de grippe sévère à partir de l âge de 6 mois (maladies respiratoires chroniques, MCV, diabète, immunodépression, troubles rénaux) Femmes enceintes, quel que soit le trimestre de grossesse Les personnes obèses dont l IMC 40 kg/m² Les personnes séjournant dans des établissements de soins de suite ou médico-social d hébergement quel que soit leur âge Entourage des nourrissons de moins de 6 moins présentant des facteurs de risque de grippe grave (prématurés, cardiopathie congénitale, déficit immunitaire congénital, etc.) Personnel de Santé, contact avec personnes à risque de grippe grave, personnels bateaux de croisière et avions, guides de voyage Contre-indications principales : allergies aux œufs et protéines de poulet Plus d information : Ministère de la santé : Lancement campagne vaccination contre la grippe saisonnière Composition du vaccin antigrippal 2015-2016 : Recommandations OMS Règles d'hygiène : Recommandations INPES 7
Bilan de l épidémie de grippe 2014-15 en France métropolitaine Epidémie de grippe de forte ampleur sans être exceptionnelle L épidémie de grippe 2014/2015 a été nettement plus forte que celle de l année dernière. En revanche elle ne se place qu en 14ème position en termes de nombre de cas cumulés parmi les 31 épidémies surveillées par le réseau depuis 1984. Longue de 9 semaines, du 12 janvier au 15 mars 2015 (Figure 2), la durée de l épidémie est proche de la moyenne historique (10 semaines). Près de 3 millions de personnes auraient consulté leur médecin généraliste pour un syndrome grippal sur l'ensemble du territoire métropolitain. Environ 2,3 millions de cas seraient attribuables à la grippe. Le pic a été franchi après 4 semaines d épidémie en semaine 6 (du 2 au 8 Février 2015), avec 827 cas pour 100 000 habitants (Figure 2). Toutes les régions ont été touchées. Des cas plutôt jeunes, ne nécessitant pas plus d hospitalisation Durant la période épidémique, l'âge médian était de 32 ans et les hommes représentaient 48,3% des cas. Les tranches d âge les plus touchées ont été les 0-4 ans et les 5-14 ans. Le médecin a demandé une hospitalisation à l issue de la consultation dans 0,3% des cas, une proportion habituelle comparativement aux années passées. Taux d incidence cumulée des épidémies de syndromes grippaux, 1984-2015 Taux d incidence hebdomadaires des syndromes grippaux et seuil épidémique, saison 2014/2015 8
Bilan de l épidémie de grippe 2014-15 en France métropolitaine Forte mobilisation des médecins Sentinelles lors de cette première saison de surveillance virologique dans l ensemble des régions Entre septembre 2014 et avril 2015, 230 médecins Sentinelles ont participé à la surveillance virologique des syndromes grippaux. L ensemble des régions a été représentée et 77% des départements couverts. Au total 2613 prélèvements ont été envoyés aux laboratoires du CNR (Institut Pasteur à Paris et Hospices Civils de Lyon) et de l Université de Corse. Parmi l ensemble des prélèvements analysés, 1455 (55,7%) étaient positifs pour le virus de la grippe. Prédominance du virus A(H3N2) Pendant la période épidémique, le virus A(H3N2) a prédominé représentant 55% des virus grippaux isolés, suivi du virus B lignage Yamagata (23%) et du virus A(H1N1)pdm09 (20%). La part des virus B a progressivement augmenté durant l épidémie pour devenir majoritaire à la fin de la période surveillance. La dernière épidémie avec une prédominance du virus A(H3N2) remontait à 2011/2012. L épidémie a été marquée par la circulation d un nouveau variant du virus A(H3N2), non présent dans le vaccin cette année, ce qui a probablement participé à la faible efficacité vaccinale. Evolution des différents sous types des virus grippaux isolés et taux de positivité, 2014/2015 Taux de positivité des prélèvements élevé durant la période épidémique Le taux de positivité hebdomadaire aux virus grippaux a suivi la dynamique du taux d incidence. Au pic épidémique, trois syndromes grippaux sur quatre étaient confirmés biologiquement. Pour plus d information sur la situation 2015 dans l hémisphère Sud, voici le rapport de l OMS 9
Efficacité vaccinale 2014/2015 Un vaccin peu efficace chez les plus de 65 ans L efficacité vaccinale (EV) a été estimée particulièrement faible cette saison, notamment chez les plus de 65 ans (EV = 5%, IC95% [-8 ; 16]). Elle a été estimée à 61% (IC 95% [51 ; 69]) chez les moins de 65 ans avec une maladie chronique. Bibliographie PASQUIER.C, BERTAGNOLI.S, Daniel DUNIA.D, Jacques IZOPET.J Virologie humaine et zoonoses, DUNOD 2013, Les virus à ARN p203 à 207. Site InVS : http://www.invs.sante.fr/dossiersthematiques/maladies-infectieuses/maladies-aprevention-vaccinale/grippe, Consulté le 14-15/01/2015 Site Grippenet.fr : https://www.grippenet.fr/, Consulté le 15/01/2015 Efficacité vaccinale du vaccin antigrippal saisonnier, 2014-2015 10