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Transcription:

État des lieux de la formation à distance et en ligne dans le secteur agricole au Québec Le 26 mars 2013 ISBN: 978-2-922731-54-5 Dépôt légal, 2013 Bibliothèque nationale et Archives du Québec Bibliothèque nationale et Archives du Canada Avis au lecteur : - Ce document peut être reproduit en tout ou en partie à la condition d en mentionner la source. - Le générique masculin est utilisé sans discrimination et dans le seul but d alléger le texte

Cette étude a été réalisée par AGRIcarrières, Comité sectoriel de main-d œuvre de la production agricole, grâce à la contribution financière de la Commission des partenaires du marché du travail Direction du projet Coordination Recherche et rédaction Hélène Varvaressos, agr Directrice générale AGRIcarrières, Comité sectoriel de main-d œuvre de la production agricole Aline Grenier, agr. Coordonnatrice à la formation et à l apprentissage AGRIcarrières, Comité sectoriel de main-d œuvre de la production agricole Olivier Dupras Conseiller en formation AGRIcarrières, Comité sectoriel de main-d œuvre de la production agricole

TABLE DES MATIÈRES 1. INTRODUCTION... 5 2. MÉTHODOLOGIE... 6 3. CONTEXTE DE LA FORMATION EN LIGNE EN AGRICULTURE... 7 FORMATION CONTINUE EN AGRICULTURE... 7 DÉFINITION DE L APPRENTISSAGE À DISTANCE ET EN LIGNE... 8 OBSTACLES RELIÉS À LA PARTICIPATION À DES ACTIVITÉS DE FORMATION... 11 AVANTAGES ET CONTRAINTES DE L APPRENTISSAGE EN LIGNE... 14 AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS... 14 OBSTACLES LIÉS À L ADOPTION DE LA FORMATION EN LIGNE... 15 DÉFI DE L APPRENTISSAGE EN LIGNE POUR LE SECTEUR AGRICOLE... 17 4. PORTRAIT DE LA MAIN-D ŒUVRE AGRICOLE EN FORMATION... 18 INTÉRÊT POUR LA FORMATION... 18 ACCÈS AUX TECHNOLOGIES... 20 COMPÉTENCES TECHNOLOGIQUES... 21 PRÉFÉRENCE AU NIVEAU DE L APPRENTISSAGE... 24 TYPE DE MÉDIA... 24 MODALITÉS DE DIFFUSION... 26 HORAIRE DE FORMATION... 29 LES LIEUX DE FORMATION... 30 THÈMES DE FORMATION... 31 LE RÔLE DE L INTERACTION... 32 PARTICULARITÉS DE L APPRENTISSAGE DANS LE SECTEUR AGRICOLE... 32 5. EXPÉRIENCES EN FORMATION À DISTANCE ET EN LIGNE DANS LE SECTEUR AGRICOLE... 33 FORMATION À DISTANCE... 33 DÉFINITION... 33 PERCEPTION DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION... 34 EXPÉRIENCES DE FORMATION À DISTANCE... 35 FORMATION ENTIÈREMENT EN LIGNE... 36 DÉFINITION... 36 PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION... 37 EXPÉRIENCES DE FORMATION ENTIÈREMENT EN LIGNE... 38 CLASSE VIRTUELLE... 43 DÉFINITION... 43 PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION... 44 EXPÉRIENCE DE FORMATION UTILISANT LA CLASSE VIRTUELLE... 45 COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE EN LIGNE... 59

DÉFINITION... 59 PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION... 60 EXPÉRIENCE DE FORMATION EN COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE... 61 FORMATION HYBRIDE OU MIXTE... 65 DÉFINITION... 65 PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION... 66 EXPÉRIENCE DE FORMATION MIXTE OU HYBRIDE... 67 6. SYNTHÈSE DES EXPÉRIENCES DE FORMATION À DISTANCE ET EN LIGNE... 70 FORMATION À DISTANCE... 70 FORMATION ENTIÈREMENT EN LIGNE... 71 CLASSE VIRTUELLE... 72 COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE EN LIGNE... 73 FORMATION HYBRIDE OU MIXTE... 74 7. CONSTATS ET ÉLÉMENTS D ANALYSE... 75 COMMENT FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT ET L ADOPTION DE LA FORMATION CONTINUE À DISTANCE ET EN LIGNE ADAPTÉE AU SECTEUR AGRICOLE?... 75 MÉCONNAISSANCE DE LA FORMATION À DISTANCE ET EN LIGNE... 75 ALLER AU-DELÀ DU COMPROMIS... 76 FAVORISER L INTERACTION... 78 RESSOURCES ET COMPÉTENCES NÉCESSAIRES POUR AMÉLIORER L ADOPTION DE L APPRENTISSAGE À DISTANCE ET EN LIGNE... 79 8. RECOMMANDATIONS... 80 ENCOURAGER LA CONCERTATION ENTRE TOUS LES ACTEURS DE LA FORMATION CONTINUE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE PROJETS COMMUNS... 80 FORMER LES FORMATEURS ET CONCEPTEURS... 80 METTRE DE L AVANT L INTERACTION ENTRE LES APPRENANTS... 81 NOUVELLES PISTES À EXPLORER... 82 9. CONCLUSION... 83 LEXIQUE... 85 10. BIBLIOGRAPHIE... 87 ANNEXES... 90

TABLE DES ILLUSTRATIONS Tableau 1: Dimensions de l'apprentissage virtuel (Conseil canadien sur l apprentissage, 2009). 10 Tableau 2: Catégories d'obstacles à la participation à des activités de formation chez l'apprenant adulte 11 Tableau 3: Obstacles à la participation à la formation chez les agriculteurs 13 Tableau 4: Avantages de l'apprentissage en ligne 14 Tableau 5: Différences dans les préférences de méthodes d'enseignement selon le thème de formation 29 Tableau 6: Dimensions de la formation à distance 34 Tableau 7: Dimensions de la formation entièrement en ligne 37 Tableau 8: Dimensions de la classe virtuelle 44 Tableau 9: Dimensions de la communauté de pratique en ligne 59 Tableau 10 : Dimensions du cours en présence avec soutien technologique 65 Tableau 11: Dimensions du cours en présence avec soutien technologique 66 Figure 1: Obstacles à la participation à une activité de formation continue 13 Figure 2: Dernière participation à une activité de formation continue 19 Figure 3 : Dernière participation à une activité de formation continue selon le niveau de scolarité complété 19 Figure 4: Usages d'internet par la main-d'oeuvre agricole 22 Figure 5: Utilisation de logiciels par la main-d'oeuvre agricole 23 Figure 6: Usages des téléphones intelligents par la main-d'oeuvre agricole 24 Figure 7: Appréciation de différents types de matériel de formation 25 Figure 8: Appréciation de différentes méthodes d'apprentissage 27 Figure 9: Appréciation chez la clientèle agricole de différents lieux de formation 31

LISTE DES ACRONYMES CRFA ITA MAPAQ PSFA RFA SOFAD UPA Collectifs régionaux en formation agricole Institut de technologie alimentaire Ministère de l Agriculture, des Pêcheries et de l Alimentation du Québec Plan de soutien en formation agricole Répondant en formation agricole Société de formation à distance Union des producteurs agricoles

REMERCIEMENTS AGRIcarrières tient à remercier les productrices et producteurs ainsi que les employées et les employés ayant bien voulu participer à l élaboration de cet état des lieux sur la formation à distance et en ligne. Nous désirons également souligner la participation des professionnels des institutions d enseignement ainsi que des différents groupes spécialisés de l UPA. Nous tenons finalement à remercier les répondants en formation agricole des Collectifs régionaux en formation agricole pour leur appui au projet. Leur précieuse collaboration fut essentielle au succès de notre démarche. Liste des personnes ayant été consultées Jean Béliveau Conseiller assurance de la qualité Fédération des producteurs de porcs du Québec Elaine Cloutier Directrice adjointe R&D Formation et transfert du savoir Valacta Lyne Desnoyers Chargée de projets en technologies de l'information CRAAQ Yvon Desrosiers Chargé de projet SOFAD Michel Dupuis Conseiller en développement organisationnel Coordination services-conseils Denis Lafrance Chargé de projet CETAB+ Danielle Noël Enseignante Cégep de Matane

Chantal Paul Chef - Communications et planification stratégique Commission canadienne du lait Maurice Phénix Enseignant Institut de technologie agroalimentaire Richard Samson Institut de technologie agroalimentaire Conseiller en formation continue André Tremblay Conseiller en formation Cégep de Victoriaville Catherine Veilleux Conseillère pédagogique Cégep de Beauce-Appalaches Louis Laterreur Technicien agricole MAPAQ Collaboration Sylvie Chassé Direction du développement des compétences et de l intervention sectorielle Commission des partenaires du marché du travail Jacqueline Bourdeau Professeure TELUQ

1. INTRODUCTION La production agricole est un secteur d activité en constante évolution. L état des connaissances augmente rapidement. Les entreprises agricoles québécoises doivent continuellement être à l affût des derniers développements pour les intégrer dans leurs pratiques afin de demeurer concurrentielles. L introduction de nouvelles technologies et de nouvelles façons de faire entraînent des changements organisationnels importants au sein des entreprises agricoles. L organisation du travail et les besoins de main-d œuvre des entreprises s en trouvent affectés. Ceci conduit souvent à la création de nouveaux postes de travail plus spécialisés ou à la modification des postes existants. De tels changements sont le plus souvent accompagnés par des besoins de nouvelles compétences au sein des entreprises qui peuvent être comblées par la formation. Depuis sa création, AGRIcarrières, le Comité sectoriel de main-d œuvre de la production agricole, considère la formation de la main-d œuvre agricole comme étant une priorité de haut niveau, étant donné qu une forte proportion des personnes qui occupent des emplois dans le secteur ne possède pas de formation professionnelle ou de la formation technique pertinente. On souhaite une hausse de la qualification et de la formation initiale de la main-d œuvre. Pour pallier le manque à ce niveau, l approche préconisée est la formation continue. Toutefois, l accessibilité à la formation constitue un enjeu important pour le secteur de la production agricole dont les entreprises sont dispersées dans les régions rurales québécoises. C est pourquoi AGRIcarrières, dans son plan d action 2011-2012, a prévu réaliser l état des lieux de la formation à distance, notamment la formation en ligne, dans le secteur agricole québécois. Par la même occasion, AGRIcarrières souhaite faire des recommandations sur l utilisation des nouvelles technologies de l information et de la communication en vue d augmenter l accès à la formation agricole continue. Nous tenterons de voir comment favoriser le développement et l'adoption de la formation continue à distance et en ligne adaptée au secteur agricole. Le secteur agricole reconnaît que l intégration des nouvelles technologies de l information et de la communication dans les pratiques des entreprises est devenue incontournable. Ainsi, en décembre 2011, le Congrès général de l UPA a adopté une résolution visant à analyser les retombées, pour l organisation, de l utilisation de nouvelles technologies pour la tenue, entre autres, d activités de formation à distance (Union des producteurs agricoles, 2012). Les préoccupations du secteur de la production agricole sont aussi présentes dans d autres secteurs de l activité économique. À l occasion de la rencontre nationale portant sur l adéquation formation emploi, le 14 juin 2011, la ministre de l Éducation, du Loisir et du Sport, M me Line Beauchamp, et la ministre de l Emploi et de la Solidarité sociale, M me Julie Boulet, ont annoncé 13 pistes d action pour améliorer l adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail. La première de ces pistes propose une Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 5

«meilleure utilisation des technologies de l information pour favoriser la formation à distance et mieux desservir la clientèle en région». 1 Ce rapport doit pouvoir servir à différents intervenants du milieu de la formation continue dans le secteur agricole pour qu ils puissent participer au développement de la formation à distance et en ligne. Les informations présentées ici doivent leur donner une vue d ensemble de ce qui se fait actuellement, des bons coups et des améliorations à apporter. Nous désirons également présenter un portrait des apprenants du secteur agricole en y incluant leurs préférences en matière d apprentissage. Pour faciliter l adoption de la formation à distance et en ligne dans le secteur, nous croyons que de documenter les préférences permet aux concepteurs de présenter des opportunités d apprentissage en ligne qui ont plus de chance d être appréciées par la clientèle. C est justement pour soulever les préférences des producteurs et employés agricoles que nous avons complété la recherche documentaire par des consultations. Ce rapport est divisé en 2 parties. Dans la première, nous dressons une vue d ensemble de la formation à distance et en ligne dans le secteur agricole. Ensuite, nous présentons un portrait de la clientèle apprenante agricole. Finalement, nous illustrons différentes expériences de formation à distance et en ligne. Nous avons décidé de classer ces différentes expériences selon différentes modalités d apprentissage à distance et en ligne. Bien que ce classement ne soit pas étanche, il permet d avoir une vue d ensemble des différentes façons de faire, des points forts et des faiblesses de chacune d elles. Dans la seconde section, nous réalisons d abord une synthèse des expériences de formation en ligne selon les différentes modalités étudiées et le portrait de la clientèle. Par la suite, des recommandations visant à promouvoir l adoption de la formation à distance et en ligne dans le secteur agricole sont énoncées. 2. MÉTHODOLOGIE Dans le cadre de nos travaux, nous avons d abord réalisé une recherche documentaire. Celle-ci a recensé les écrits dressant le portrait de la clientèle agricole. Nous nous sommes également attardés aux différentes expériences de formation à distance et en ligne dans le secteur agricole. Outre les expériences canadiennes, celles des États-Unis, de l Australie et de certains pays d Europe ont été étudiées. Plusieurs activités de consultations ont eu lieu. D abord, nous avons réalisé un sondage. Celui-ci était adressé à la clientèle agricole susceptible d être intéressée à la participation à des activités de formation. Il pouvait être complété de façon électronique ou imprimé et acheminé par la poste ou par télécopieur à AGRIcarrières. Il a été distribué par la poste par AGRIcarrières à 620 entreprises ayant participé à un Programme d apprentissage en milieu de travail et par les répondants en formation agricole des différents 1 Communiqué de presse, Une rencontre déterminante pour le renouvellement de la main-d œuvre au Québec, 14 juin 2011, ministère de l Éducation, du Loisir et du Sport et le ministère de l Emploi et de la Solidarité sociale. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 6

collectifs régionaux en formation agricole. Ceux-ci l ont acheminé par courriel à 2 620 clients des CRFA. De plus, le bureau régional du MAPAQ en Beauce-Appalaches, la Fédération de la relève agricole du Québec et AGRIcarrières ont publicisé le sondage dans une de leurs publications. Pour faire suite à ces démarches, 198 personnes ont répondu au sondage. Trois groupes de discussion ont eu lieu durant les mois d avril et de mai. Le premier a eu lieu en personne et a rassemblé 3 employés et 9 producteurs agricoles provenant de la Montérégie, de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Deux autres groupes de discussion ont eu lieu en ligne par conférence téléphonique et à l aide d une plateforme de conférence web. Ces deux groupes ont rassemblé 11 personnes provenant d autres régions : Laurentides, Chaudière-Appalaches, Lanaudière, Estrie, Outaouais, Montérégie, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Gaspésie, Bas-St-Laurent. Onze entrevues téléphoniques et une entrevue en personne avec des intervenants ayant participé au développement ou à la diffusion de formation à distance et en ligne ont été réalisées. Leurs expériences ont été résumées dans le présent rapport. Nous avons également réalisé cinq entrevues téléphoniques avec des individus ayant complété des formations à distance et en ligne. 3. CONTEXTE DE LA FORMATION EN LIGNE EN AGRICULTURE FORMATION CONTINUE EN AGRICULTURE L évolution rapide de l agriculture, que ce soit au niveau des technologies utilisées, des exigences environnementales ou de nouvelles réalités au niveau de la gestion des ressources humaines, pose de nombreux défis reliés au développement des compétences de la main-d œuvre. Le bagage de compétences doit être maintenu à jour par des activités de formation ciblant les problématiques vécues par les entreprises. Les compétences à développer ne sont pas homogènes pour l ensemble du secteur agricole. Chaque type de production et chaque entreprise a ses particularités propres. Certaines catégories de besoins de formation peuvent être transposées aux différents secteurs, par exemple les besoins reliés à la gestion des ressources humaines. Par contre, les entreprises agricoles tendent à se spécialiser de plus en plus et les besoins en formation continue suivent cette voie. Selon une étude canadienne, la clientèle agricole adulte est diversifiée sur le plan de l âge, des sphères d'intérêt et des attentes face aux études (Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology, 2003). Par exemple, un producteur et son employé œuvrant dans la même entreprise ont souvent des besoins de formation très différents. L un peut voir la formation comme une opportunité de développer des compétences nécessaires pour la gestion de son entreprise, tandis que l autre désire se former pour se voir certifier dans un domaine afin d améliorer sa valeur sur le marché du travail. Les opportunités de formation offertes doivent donc être attrayantes, variées et elles doivent cibler spécifiquement les attentes et besoins des producteurs et des employés d entreprises agricoles. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 7

La clientèle agricole sujette à participer à des activités de formation continue est répartie sur l ensemble du territoire dans les régions rurales. La faible densité de population dans ces régions rend plus ardues l organisation et la diffusion d activités de formation continue. Pour surmonter cet obstacle, les acteurs de la formation continue en agriculture se sont dotés d un plan de soutien en formation agricole (PSFA). Ce plan est soutenu financièrement par le Ministère de l Éducation, du Loisir et du Sport, le Ministère de l Emploi et de la Solidarité sociale par le biais de la Commission des partenaires du marché du travail et le Ministère de l Agriculture, des Pêcheries et de l Alimentation du Québec. Le comité de coordination du PSFA, en plus de représentants des ministères subventionnaires, réunit des représentants de l Union des producteurs agricoles (UPA) et d AGRIcarrières. Le PSFA se veut un mécanisme régional de concertation qui «vise à repérer les besoins de formation de la population agricole et à assurer les liens entre les établissements d enseignement eux-mêmes et le milieu, ceci pour offrir des activités de formation qui correspondent aux besoins exprimés» (Éduconseil, 2006). Les activités découlant du PSFA s articulent autour des Collectifs régionaux en formation agricole (CRFA). Quatorze collectifs réunissant les acteurs régionaux de la formation continue sont présents dans chacune des régions agricoles. Ces tables de concertation réunissent des représentants du MAPAQ, d Emploi-Québec, des établissements d enseignement et de l UPA et d autres acteurs selon la dynamique régionale. Un répondant en formation agricole (RFA) est embauché par chaque CRFA et est chargé de mettre en œuvre le plan d action du CRFA. Grâce au PSFA, les obstacles reliés au caractère de l agriculture peuvent être surmontés. Par contre, les CRFA sont confrontés eux aussi à la problématique de la dispersion de la clientèle sur leur territoire. Il peut leur être difficile de former des groupes étant donné le faible bassin de producteurs dans une région. Les régions agricoles peuvent couvrir un territoire considérable, ce qui fait en sorte que les participants potentiels à une activité de formation peuvent être situés loin de celle-ci. Également, certaines productions sont peu représentées dans une région donnée, ce qui diminue la clientèle cible intéressée à certaines formations spécialisées offertes en présentiel. DÉFINITION DE L APPRENTISSAGE À DISTANCE ET EN LIGNE Dans le cadre des présents travaux, l objet d étude retenu est l apprentissage à distance et en ligne. Avec l accessibilité aux technologies et leur utilisation grandissante depuis les 10 dernières années, il est plus courant de parler de formation en ligne que de formation à distance. La formation à distance a occupé une place importante dans plusieurs secteurs depuis d un bon nombre d années. Des institutions comme la Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec (SOFAD), le Cégep à distance ou la TELUQ ont offert jusqu à récemment ou offrent encore des cours «à distance». Bien entendu, les formations à distance offertes utilisent de plus en plus les technologies de l information et de la communication. Ces formations dites «à distance» s adaptent pour devenir des formations «en ligne.» Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 8

Les termes à distance et en ligne sont associés à deux réalités différentes de la formation et de l apprentissage. D abord, l apprentissage à distance se définit par le lieu où se produit l activité d apprentissage. Le tuteur ou le formateur est séparé de l apprenant (Truelove, 1998). Les contenus des cours sont médiatisés pour que l apprenant puisse étudier par lui-même. L essentiel de la communication entre les apprenants et les personnes-ressources se fait par le biais de différents médias. Ces médias peuvent aussi bien être en format imprimé ou électronique. La formation à distance en format imprimé représente la perception populaire de la formation à distance. En effet, pour plusieurs, un cours à distance est un cours où les ressources imprimées sont utilisées et où l apprenant effectue seul le travail avec le soutien à distance d un tuteur. L apprentissage en ligne est souvent associé au terme anglais «e-learning». Ce terme peut être traduit par apprentissage électronique ou apprentissage virtuel. Il englobe «toutes formes d acquisition de connaissances et de compétences au moyen de technologies de l information et de la communication (TIC) dans le but de favoriser les interactions en matière d apprentissage, tant sur le plan du contenu, des activités et des outils d apprentissage, qu avec d autres utilisateurs» (Conseil canadien sur l apprentissage, 2009). L apprentissage en ligne est une forme d apprentissage électronique. Le terme «en ligne» précise le mode de diffusion. On fait appel à un ensemble de modes de livraison où être en ligne est une composante (Kilpatrick, Bound, 2002). La formation en ligne réfère aussi à l utilisation d Internet. Bien qu il ne soit pas le seul réseau pouvant servir à diffuser «en ligne» du contenu, il est le principal moyen utilisé actuellement. L apprentissage en ligne peut se dérouler à distance ou en présence d un formateur. Une formation à distance utilisant le web comme moyen de diffusion est une formation en ligne. Dans ce cas, on parle d une formation ayant un mode de diffusion uniquement virtuel puisque l apprenant et le formateur sont séparés géographiquement et Internet leur sert à communiquer et à échanger du matériel. Les termes apprentissage en ligne et apprentissage à distance réfèrent à des réalités et à des dimensions différentes que sont le lieu et le mode d apprentissage. Il y a quatre dimensions de l apprentissage en ligne (ou apprentissage virtuel). Outre le lieu et le mode d apprentissage, il y a également la synchronicité et l autonomie de l apprenant (Conseil canadien sur l apprentissage, 2009). Le tableau 1 résume les principales dimensions que peut prendre l apprentissage virtuel. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 9

Les dimensions de l apprentissage virtuel Dimensions Particularités Processus Exemples Synchronicité Asynchrone La diffusion du contenu et sa consultation n ont pas lieu au Cours à distance dispensé par courriel même moment. Synchrone La diffusion du contenu et sa consultation par l apprenant Cours en webdiffusion ont lieu au même moment. Lieu Sur place Le ou les apprenants et le formateur se trouvent au même endroit. À distance Les apprenants ont recours à l application depuis différents endroits et sont séparés des autres utilisateurs et du professeur Autonomie Individuel Les apprenants réalisent les tâches de façon individuelle Collaboratif Les apprenants réalisent les tâches en collaboration avec d autres utilisateurs Mode Virtuel seulement Tout le contenu est offert au moyen de la technologie; aucune interaction en personne Mixte L apprentissage virtuel est utilisé pour compléter l enseignement traditionnel en classe Tableau 1: Dimensions de l'apprentissage virtuel (Conseil canadien sur l apprentissage, 2009). Utilisation de TIC en classe pour une activité pédagogique Cours à distance diffusé sur Internet Réalisation de modules d apprentissage en ligne de manière autonome. Participation à des forums de discussion Formation en ligne offerte sur support électronique Cours en classe accompagné de formation en ligne. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 10

OBSTACLES RELIÉS À LA PARTICIPATION À DES ACTIVITÉS DE FORMATION Un argument souvent soulevé pour favoriser le développement de la formation à distance et en ligne est que l arrivée des technologies dans l apprentissage permet maintenant de surmonter des obstacles quant à la participation à des activités de formation. Le premier obstacle qui vient en tête est la distance. Avec la démocratisation des TIC, il est de plus en plus facile d interagir avec d autres personnes, peu importe où elles sont situées sur le globe. D autres obstacles pourraient être surmontés grâce aux possibilités de la formation en ligne. Le tableau 2 résume les 4 types d obstacles de participation à la formation. Quatre catégories d obstacles à la participation à des activités de formation chez l apprenant adulte Catégorie Description Exemples Situationnels Dispositionnels Institutionnels Informationnels Liés à la situation sociale et économique d un adulte, à sa situation sur le marché du travail Liés à la perception que l adulte a du monde de l éducation et à sa disposition à l égard d une activité de formation Liés aux institutions de formation (conditions imposées, modes d enseignement et d évaluation, etc.) Liés à l information diffusée sur les activités de formation disponibles. - Manque de temps - Éloignement géographique - Coûts de formation trop élevés - Perception négative de la formation - Mauvaises expériences antérieures de formation - Perception d être trop âgé pour suivre une formation - Absence d une culture de formation. - Formation disponible à temps plein seulement - Exigence trop importante au niveau de la charge de travail exigée dans le cadre d une formation - Ne reçoivent pas l information sur les formations disponibles. Tableau 2: Catégories d'obstacles à la participation à des activités de formation chez l'apprenant adulte. Adapté de : Lavoie et al. (2004) Résumé de recherche : obstacles à la formation des adultes peu scolarisés, Institut de coopération en éducation des adultes, Récupéré de : http://www.icea.qc.ca/assets/files/accesformation/lavoie_obstaclesparticipation_uaqr2004_resume.pdf. La formation à distance et en ligne est vue comme une solution possible aux obstacles situationnels puisque ces modalités de diffusion permettent de suivre une formation dans n importe quel lieu et à Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 11

n importe quel moment. Également, il y a une réduction des coûts de déplacement pour le participant et le formateur. L élargissement du concept de formation à distance et en ligne pour y inclure l intégration des technologies dans l enseignement permet d appréhender les innovations pédagogiques que peuvent apporter les TIC dans l enseignement et l apprentissage. Ainsi, outre l accès en termes de temps et de lieu, les technologies permettent d ajouter une plus-value pédagogique. Entre autres, les TIC permettent une individualisation accrue du parcours d apprentissage, un meilleur ancrage dans la réalité du monde du travail, des possibilités de coopération et de collaboration, une meilleure autonomie de l apprenant, des apprentissages de plus haut niveau, etc. (Perraya, Viens, 2005). Cette plus-value pédagogique est une opportunité pour les formateurs et les concepteurs de formation d adapter leurs méthodes pour ainsi diminuer les contraintes dispositionnelles et institutionnelles reliées à la participation à des activités de formation. Nous avons questionné les producteurs et employés agricoles pour connaître leur perception des obstacles auxquels ils sont confrontés quant à la participation à des activités de formation. (Figure 1) De leur côté, la grande majorité a mentionné connaître l offre de formation continue qui leur est destinée. Notons que bon nombre de répondants au sondage ont été rejoints par des répondants en formation agricole et donc reçoivent l information quant aux formations continues offertes dans leur région. Plusieurs producteurs et employés ne voient pas l utilité de participer à de la formation continue. Pour d autres, celles disponibles ne correspondent pas aux besoins de leur entreprise. Ces obstacles sont reliés à leur perception de la valeur des activités de formation disponibles. Deux facteurs peuvent expliquer ceci. D abord, étant donné le faible bassin de producteurs par région, il est difficile de remplir plusieurs groupes et d offrir aux producteurs un ensemble de cours précis pouvant répondre aux besoins de chacun. Ensuite, pour ce qui est de l intérêt à participer à des activités de formation, nous pensons qu une culture de formation est présentement en développement dans le secteur agricole. Ce sondage nous montre que des efforts doivent encore être consentis pour amener cette culture à maturité et pour que la main-d œuvre du secteur ait une perception positive des retombées potentielles de la participation aux activités de formation continue. Un obstacle d importance est le manque de temps causé par leurs activités professionnelles. Il est bien connu que les semaines de travail des producteurs agricoles et de leurs employés sont très chargées. La formation doit se faire en plus de ces tâches. Ils ont donc de la difficulté à concilier travail et formation. De plus, le déplacement nécessaire pour se rendre au lieu de formation gruge davantage de temps pour une clientèle située en région rurale. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 12

Dans quelle mesure est-ce que les obstacles suivants sont susceptibles de vous empêcher de participer à une activité de formation continue? (Échelle de 1 à 10, 1 étant peu susceptible et 10 ce qui est très susceptible) Je ne connais pas l'offre de formations continues disponible dans ma région L'offre de formations continues disponibles ne correspond pas aux besoins de l'entreprise Manque de temps à cause d'obligations professionnelles Manque de temps à cause d'obligtions familiales Manque d'intérêt, n'en voit pas l'utilité 9 et 10 7 et 8 5 et 6 3 et 4 1 et 2 0% 10% 20% 30% 40% 50% Figure 1: Obstacles à la participation à une activité de formation continue Le sondage rejoint les conclusions de Kilpatrick, Johns, Murray-Prior et Hart (1999) ainsi que de la Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology (2003) qui ont documenté les différents obstacles reliés à la participation à la formation chez les gestionnaires d entreprises agricoles. Ces obstacles sont relevés et classés selon les différentes catégories précédemment établies dans le tableau 1. Obstacles à la participation et à la formation chez les agriculteurs Catégorie Obstacles Situationnels - Manque de temps Dispositionnels - Attitude face à l éducation - Perception d un manque de cours utile - Mauvaise estime de soi et manque de confiance - Plusieurs bons gestionnaires de fermes sont autodidactes - Bénéfices pas clairs Institutionnels - Les cours ont un billet académique - Pas de cours de courte durée ou de soir, durant la saison creuse Informationnels - Ne connaissent pas l offre de cours Tableau 3: Obstacles à la participation à la formation chez les agriculteurs (Kilpatrick, Johns, Murray-Prior, Hart, 1999) (Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology, 2002). Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 13

AVANTAGES ET CONTRAINTES DE L APPRENTISSAGE EN LIGNE AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS Une utilisation efficace de la formation en ligne offre de nombreux avantages pour l apprenant, le formateur et l entreprise. L apprenant a accès à davantage d opportunités de formation à des coûts moindres. En utilisant les possibilités de communications offertes par les TIC, le formateur peut bonifier ses cours en y ajoutant, par exemple, plus d interactions. L entreprise de son côté se voit gagnante dans l amélioration de la diffusion et de la qualité de la formation offerte à sa main-d œuvre. Nous avons relevé dans la littérature des avantages reliés à l apprentissage en ligne que nous avons classés en cinq catégories : économie et productivité, accessibilité accrue, interactivité, innovation pédagogique, amélioration des compétences reliées à l utilisation des nouvelles technologies. (Tableau 4) Avantages de l apprentissage en ligne Économie et productivité - Économie et hausse de la productivité Accessibilité accrue - Capacité de dispenser la formation à des effectifs plus éparpillés d'un point de vue géographique - Distance réduite ou éliminée - Permet à l'entreprise d'intégrer la formation au lieu de travail et de la maintenir la constante, peu importe le temps et le lieu. - Horaire souple - Coût pour l'apprenant - Amélioration de la disponibilité d'opportunités d'éducation pour les apprenants. Interactivité - Intègre médias et interactivité - Interaction facilitée avec le formateur et avec les pairs Innovation pédagogique - Résultat équivalent aux moyens traditionnels - Amène les apprenants à réfléchir et à apprendre individuellement et collectivement, ce qui encourage une attitude positive à l'égard de la valeur de l'apprentissage tout au long de la vie. - Amélioration des ressources d'information pour les professeurs et les étudiants Amélioration des compétences reliées à l utilisation des nouvelles technologies - L apprentissage en ligne répond à la demande sociale en formation des professionnels compétents en technologies informationnelles modernes et prêts à faire face aux enjeux des TIC dans le contexte de l'économie mondiale. Tableau 4: Avantages de l'apprentissage en ligne (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003) (Marchand, 2005) (Conseil canadien sur l'apprentissage, 2009) (Murphy, Terry, 1998). Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 14

Des précisions sont apportées par certains auteurs. D abord, bien que beaucoup de possibilités soient offertes par les TIC, Internet qui est le principal moyen de diffusion de la formation en ligne est limité. Chaque utilisateur de ce réseau possède une bande passante différente. Plus elle est petite, plus les possibilités offertes diminuent. (Marchand, 2005) Par exemple, il peut être difficile de faire de la visioconférence ou de télécharger de lourds fichiers multimédias avec une connexion internet qui n aurait pas un débit assez grand. Bien que les possibilités d interaction qu apporte le web puissent améliorer l apprentissage, elles sont souvent sous-utilisées ou mal utilisées. Ceci fait en sorte que beaucoup de formations offertes en ligne ont tendance à isoler l apprenant (Marchand, 2005) (Nelson, Thompson, 2005). Les ressources en termes de temps pour concevoir une formation en ligne sont habituellement plus importantes que pour une formation en classe. En effet, la conception de texte ou de matériel multimédia, l adaptation de texte imprimé en format électronique, la programmation d interface, l utilisation de texte pour l accompagnement de parcours d apprentissage individualisé sont certaines des raisons pouvant faire en sorte d augmenter le besoin de ressources des concepteurs en termes de temps. Cet inconvénient a un équivalent dans la réalité de l apprenant en ligne. Il a été observé que les cours en ligne exigent qu un apprenant déploie plus d effort par rapport à quelqu un qui suit un cours en présentiel (Nelson, Thompson, 2005). OBSTACLES LIÉS À L ADOPTION DE LA FORMATION EN LIGNE Le secteur agricole semble être un terreau fertile pour l adoption de la formation à distance et en ligne. La dispersion des entreprises, les distances parfois importantes que doivent parcourir les producteurs et leurs employés pour se rendre à un lieu central où se déroule une formation, la nécessité de retenir la maind œuvre familiale pour qu elle ne s exile pas ailleurs pour étudier sont des facteurs qui tendent à nous faire croire que l adoption de la formation en ligne pourrait être aisée dans le secteur agricole. Pourtant, le développement de la formation à distance et en ligne se fait de façon très graduelle. Plusieurs embûches se posent à ceux qui désirent intégrer à leur pratique de nouveaux modes de diffusion de formation. Les obstacles sont d ordre organisationnel, pédagogique, technique et financier (Conseil canadien sur l apprentissage, 2009). Au niveau organisationnel, l information sur les formations en ligne disponibles n est pas centralisée (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003). Comme nous l avons mentionné dans le tableau 3, le manque d information sur les formations disponibles est un obstacle informationnel présent dans la formation en général. Ceci nuit à l accessibilité des formations puisque la population agricole n a pas connaissance des activités de formation disponible en ligne. Ensuite, les organisations ont l habitude d offrir des cours dans un environnement traditionnel en classe. Les apprenants se sont également habitués à ce type d environnement et préfèrent s inscrire à des activités de formation qui se déroule en présentiel (Kilpatrick, Bound, 2002). Il est possible que les institutions de formation ne ressentent pas le besoin Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 15

d investir dans un changement de pratique pour développer la formation en ligne puisque les demandes pour leurs cours en présentiel sont plus fortes que pour les cours à distance et en ligne. Nous avons mentionné plus haut que la conception de cours à distance et en ligne demande davantage de ressources. Les organisations ne semblent pas être compensées adéquatement pour le temps et les efforts qu ils investissent dans le développement de formation en ligne (Marchand, 2005) (Nelson, Thompson, 2005) (Murphy, Terry, 1998). Il n y a pas d incitatif suffisant pour pousser les institutions à investir des ressources dans de nouveaux modes de diffusion de formation. Depuis les années 70, les concepteurs pédagogiques ont étudié et utilisé les possibilités de l apprentissage virtuel. Les promesses sur l efficacité de l intégration des technologies dans l apprentissage n ont pas toutes été tenues. L apprentissage virtuel n a pas nécessairement donné les résultats escomptés. Il y a donc un important obstacle pédagogique qui se situe au niveau des perceptions et des attitudes de la clientèle agricole et des acteurs du développement de la formation à distance et en ligne. Les agriculteurs ne sont pas convaincus des avantages de l apprentissage en ligne. La confirmation du bien-fondé de ce type de formation par des individus de confiance est importante pour les faire changer d avis (Nelson, Thompson, 2002). Les individus doivent développer et être en mesure d utiliser les habiletés cognitives nécessaires à l apprentissage en ligne, en plus de celles utilisées habituellement dans un environnement d apprentissage traditionnel. En apprentissage traditionnel, le formateur offre son soutien et répond aux questionnements en temps réel. Il peut ainsi encadrer l expérience d apprentissage de l apprenant. Ce n est pas nécessairement le cas en formation en ligne. L apprenant a plus d autonomie et doit être en mesure de gérer son apprentissage. Cette réalité fait en sorte que plusieurs risquent de manquer d habiletés au niveau de l autoformation et de l autogestion dans l apprentissage pour bien profiter des formations suivies (Kilpatrick, Bound, 2002) (Marchand, 2005). Lorsque l on aborde l intégration des technologies dans la formation, bon nombre d obstacles se situent au niveau technique. Bien que les avancées technologiques permettent la conception de dispositifs de formation plus variés qu auparavant, encore faut-il que ces technologies répondent aux besoins des concepteurs et apprenants et ne leur causent pas trop de maux de tête au niveau technique. Le premier problème à considérer est l accessibilité aux technologies (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003). L accès à un ordinateur et à une connexion internet peut ne pas être suffisant pour profiter pleinement d expériences de formation. L ordinateur ne doit pas être désuet et pouvoir traiter au besoin des documents multimédias. Également, la bande passante doit être suffisamment large. Des modalités de formation comme la classe virtuelle, la visioconférence, les webinaires, etc., exigent un transfert de fichiers multimédias volumineux. Avec l intégration des technologies de l information dans les entreprises, les compétences des individus doivent être mises à niveau. Les lacunes en termes de compétences en informatique chez les apprenants sont un obstacle à la diffusion de la formation à distance et en ligne. Ceci est également vrai pour les formateurs et concepteurs de formation (Dyer, Robert, 2005). Ceux-ci doivent pouvoir utiliser les différentes Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 16

fonctionnalités des technologies mises à leur disposition. Ils doivent avoir les connaissances pédagogiques nécessaires pour les utiliser à bon escient. Même avec une mise à niveau des compétences des apprenants et des concepteurs, il demeure que la formation en ligne exige que le prestataire de service puisse offrir de l assistance technique pour pallier les différents bogues qui peuvent survenir. Nous avons constaté au cours de nos consultations que ces bogues ont un impact important sur la perception de l utilisation de nouvelles technologies dans la formation en ligne. Plusieurs sont réticents à participer à des activités de formation en ligne par peur de bogues qui pourraient survenir. Finalement, des obstacles d ordre financier limitent l adoption des technologies dans l apprentissage. Les coûts reliés au soutien technique et pédagogique, à l équipement informatique, à la diffusion de formation et aux droits d auteurs peuvent être importants et faire en sorte que certains projets ne puissent voir le jour. Il faut ajouter à cela que le temps nécessaire pour qu un concepteur débutant soit à l aise avec les technologies et puisse développer les dispositifs de formation de manière efficace peut être élevé. DÉFI DE L APPRENTISSAGE EN LIGNE POUR LE SECTEUR AGRICOLE Pour réussir à bien implanter dans le secteur agricole québécois la formation à distance et en ligne comme une solution viable permettant de combler les besoins de la main-d œuvre, certains défis devront être relevés. Ceci est particulièrement vrai au Canada puisque selon Leary et Berge (2006), le Canada est en retard par rapport aux États-Unis, à l Australie et à certains pays européens dans le développement de la formation en ligne pour le secteur agricole. Les initiatives de formation en ligne mise en place actuellement au Canada sont généralement à faible risque et à faible coût. Elles sont appuyées par des subventions. Ces initiatives sont alimentées par un désir de présenter des cours à une population agricole en diminution (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003) (Leary, Berge, 2006). Il y a peu d initiatives ambitieuses ou à grande échelle. Rien n indique actuellement que des projets de formation à distance et en ligne en agriculture pourraient réussir à s autofinancer. Les autres défis sont entre les mains des formateurs et concepteurs de formation à distance et en ligne. Ceux-ci doivent acquérir les aptitudes nécessaires pour concevoir et diffuser des cours en lignes. Ils doivent réussir à concevoir des formations en intégrant des façons de faire qui permettent la tenue d activités «hands-on». La main-d œuvre agricole a besoin de voir, de toucher pour comprendre et appliquer de nouveaux savoirs. Certains avancent même que d utiliser des médias de communication n est peut-être pas suffisant pour vraiment faire comprendre à des agriculteurs de nouvelles connaissances (Jamias, 2002) (Nelson, Thompson, 2005). Nous croyons que depuis quelques années, les possibilités Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 17

offertes aux concepteurs permettent de bâtir des environnements d apprentissage donnant l opportunité à la clientèle agricole de développer efficacement des savoirs pratiques. Un défi et thème récurrent lors de nos consultations est l interaction. Une attention particulière doit être apportée par les décideurs au manque de contacts entre les étudiants lors d activité de formation en ligne. Ceux-ci sont souvent isolés. Pourtant, l interaction est possible par des moyens comme le courriel, le clavardage ou les forums de discussion. Ces moyens devraient être encouragés (Nelson, Thompson, 2005). 4. PORTRAIT DE LA MAIN-D ŒUVRE AGRICOLE EN FORMATION Pour analyser les actions posées dans le développement de la formation à distance et en ligne dans le secteur agricole, il est nécessaire d avoir une idée d ensemble de la clientèle apprenante. Ainsi, nous serons en mesure de vérifier si les dispositifs de formation mis en place répondent aux besoins du secteur et respectent les contraintes vécues par les producteurs et leurs employés. INTÉRÊT POUR LA FORMATION Les gestionnaires d entreprises qui décident de former leurs employés le font généralement pour obtenir un retour sur l investissement. En ce sens, les exigences reliées à l introduction de nouvelles technologies ou à la mécanisation, le besoin de sauver du temps ou d améliorer la rentabilité sont des raisons pour lesquelles les producteurs agricoles se forment et forment les employés de leur entreprise. Certains désirent également être à jour par rapport aux recherches et derniers développements scientifiques (Franz, Piercy, Donaldson, Richard, Wesbrook, 2010). Des exigences législatives et règlementaires peuvent également influencer fortement la participation à de la formation continue. Une raison évoquée lors de nos travaux est le besoin de s engager dans l aspect social de l agriculture (Saskatchewan Institute of Applied Science and technology, 2003). L isolement vécu par les individus travaillant dans le secteur en motive plusieurs à participer à des activités de formation pour avoir la possibilité de sortir de leur entreprise et ainsi constater ce qui se fait ailleurs. Dans le sondage, nous avons demandé aux producteurs et à leurs employés à combien de temps remonte la dernière activité de formation continue à laquelle ils ont participé. 76,8 % ont participé à une activité de formation au cours des 2 dernières années et 55,6 % au cours des 6 derniers mois. Un faible pourcentage, soit 7,1 % n ont jamais suivi de formation continue. Cette donnée n est pas étonnante puisque la majorité des individus sondés l ont été via les listes des RFA. On peut donc croire que la majorité d entre eux sont usagers des services de formation continue qui sont dispensés par les CRFA. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 18

À combien de temps remonte la dernière fois que vous avez participé à une activité de formation continue? 0% 20% 40% 60% 80% 100% Aux cours des 6 derniers mois Aux cours des 12 derniers mois Entre 1 et 2 ans Plus de 2 ans Sondage: À combien de temps remonte la dernière fois que vous avez participé à une activité de formation continue? Jamais Figure 2: Dernière participation à une activité de formation continue Le principal facteur influençant l intérêt des producteurs à participer à des activités de formation qui est ressorti de notre sondage est le niveau de scolarité atteint. Un niveau de scolarité plus élevé influence positivement la participation à des activités de formation (Kilpatrick, Johns, Murray-Prior, Hart, 1999). Les producteurs et les employés du secteur qui ont obtenu un diplôme de niveau collégial relié à l agriculture ont participé dans une proportion de 64,4 % à une activité de formation continue au cours des 6 derniers mois. Cette proportion grimpe à 84,6 % pour ceux possédant un diplôme universitaire relié à l agriculture. À combien de temps remonte la dernière fois que vous avez participé à une activité de formation continue? jamais Plus de 2 ans Entre 1 et 2 ans Au cours des 12 derniers mois Au cours des 6 derniers mois 0% 20% 40% 60% 80% 100% Diplôme universitaire autre secteur Diplôme universitaire relié à l'agriculture Diplôme collégial (AEC ou DEC) autre secteur Diplôme collégial (AEC ou DEC) relié à l'agriculture Diplôme d'études professionnelles (DEP) autre secteur Figure 3 : Dernière participation à une activité de formation continue selon le niveau de scolarité complété Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 19

Nous ne pouvons juger de l intérêt à participer à des activités de formation selon l âge des individus. Notre sondage ne révèle pas de différences significatives entre les groupes d âge. D après la Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology (2003), les besoins en formation diffèrent selon l âge des agriculteurs. Les jeunes agriculteurs terminant leurs études postsecondaires ne recherchent rien d autre jusqu à ce qu ils tombent sur quelque chose dont ils ont besoin. Ils veulent des formations basées sur leurs intérêts et de fines pointes. Les producteurs plus âgés désirent quant à eux parfaire leurs pratiques agricoles actuelles. ACCÈS AUX TECHNOLOGIES L accessibilité aux technologies de l information et de la communication permet une diffusion à grande échelle et à coût raisonnable d activité de formation. L accès à un ordinateur et à une connexion Internet à Haute-Vitesse (IHV) sont les deux technologies donnant accès aux différents contenus multimédias éducatifs. À cela s ajoutent de plus en plus de dispositifs mobiles, soit des tablettes électroniques et des téléphones cellulaires intelligents qui permettent de consulter du contenu multimédia ou de naviguer sur Internet. L ordinateur est maintenant présent dans une très grande proportion des domiciles québécois. 99 % des gens ayant répondu à notre sondage ont accès à un ordinateur à la maison. Notons que le sondage a été diffusé entre autres via des listes de courriel, ce qui peut expliquer le résultat très élevé à cette question. 34 % des répondants possèdent un téléphone cellulaire intelligent. Ils l utilisent généralement pour consulter leurs courriels ou pour naviguer sur des sites web. Certaines modalités de formation en ligne comme la classe virtuelle exigent une connexion Haute-Vitesse. Selon un organisme gouvernemental américain, la Federal Communications Commission, 4 mb/s ou mieux est nécessaire pour parler de haute vitesse (Groupe de travail sur les collectivités rurales branches, 2011). La grande majorité des fournisseurs d accès internet offrant des connexions IHV permettent une connexion à un débit égal ou supérieur à 4mb/s. Ainsi, l utilisateur est moins contraignant au niveau des possibilités d apprentissage en ligne qui peuvent lui être offertes. Du côté de l accessibilité à IHV, seulement 4,4 % des logements québécois ne sont pas connectés (Groupe de travail sur les collectivités rurales branchées, 2011). La situation s améliore grandement d année en année. En 2007, 73 % des habitants de villes de plus de 10 000 habitants avaient accès à IHV. Cette proportion grimpe à 83 % en 2009. Pour ce qui est des villes de moins de 10 000 habitants, seulement 65 % des habitants avaient accès à IHV en 2007. Cette proportion est grimpée à 73 % en 2009 (Statistique Canada, 2009). On constate donc que malgré l amélioration de l accessibilité à Internet haute vitesse, l écart entre les zones urbaines et rurales demeure important. De plus, même près de grands centres urbains, la couverture d IHV est inégale sur le territoire (Franz, Piercy, Donaldson, Richard, Westbrook, 2010). Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 20

Le manque d accessibilité à IHV pose un problème pour la diffusion de la formation sur l ensemble du territoire et pour l ensemble des entreprises agricoles. Lors de nos groupes de discussion, un participant du Saguenay-Lac-Saint-Jean a bien illustré la problématique : «Il y a un problème d accès à IHV en région. Cette réalité freine l accès à la formation en ligne. IHV est rendu aussi important que le téléphone. Pour nous, il y a toujours une barrière physique qui est une barrière au développement de nos régions. L accès au savoir, l accès à Internet nous permettent d être sur un pied d égalité par rapport à tout le monde.» COMPÉTENCES TECHNOLOGIQUES Outre l accessibilité, les apprenants qui désirent participer à des activités de formation à distance et en ligne doivent posséder un niveau de maîtrise adéquat des technologies. Pour pouvoir juger de ces compétences, nous avons recueilli des informations concernant les usages que les gens font des technologies, et plus particulièrement aux applications faisant appel au web. En effet, puisque de plus en plus d outils de formation en ligne sont accessibles via un navigateur web, le fait d être à l aise avec la navigation sur Internet est essentiel pour pouvoir profiter d opportunités d apprentissage en ligne. L utilisation des nouvelles technologies est souvent associée à la jeunesse. Il existe une perception que les jeunes possèdent davantage d aptitudes pour utiliser les technologies de l information et de la communication. En effet, l apprentissage en ligne est plus difficile pour les producteurs âgés qui possèdent un ordinateur, mais qui ne savent pas l utiliser (Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology, 2003). L enquête canadienne sur l utilisation d Internet (Statistiques Canada, 2009) montre que 66 % des personnes âgées de 45 ans et plus naviguent sur Internet. Cette proportion s élève à 96 % pour les 16 à 24 ans. Dans notre sondage réalisé auprès de producteurs québécois, 94,9 % des répondants ont indiqué naviguer sur Internet au moins une fois par semaine. Notons que puisque notre sondage a été diffusé entre autres par courriel et pouvait être complété sur le web, nous croyons que notre sondage risque de surreprésenter des producteurs et employés à l aise avec l informatique. L usage le plus fréquent d Internet consiste en la consultation de courriels (Statistique Canada, 2009). 98 % des répondants à notre sondage consultent leur courriel au moins une fois par semaine. 80,7 % les consultent tous les jours. Une proportion de 69 % des répondants à notre sondage a mentionné consulter les blogues ou forums spécialisés en agriculture. Ceux-ci sont habituellement accessibles grâce à un navigateur web. Les listes de diffusion de courriels sont utilisées par les organismes du secteur agricole pour diffuser leurs nouvelles. Les producteurs et employés semblent plus enclins à accéder à du contenu par leur boîte de courriel puisque 81,3 % des répondants sont abonnés à des listes de diffusion d organismes ou d entreprises reliées à l agriculture. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 21

La consultation d information n est souvent pas suffisante pour réaliser des activités de formation à distance et en ligne. Pour que les concepteurs de formation puissent donner un rôle actif à l apprenant dans des activités d apprentissage, ce dernier doit être en mesure de la créer à partir du contenu et de l intégrer à une page web. D après Statistiques Canada, 27 % des gens naviguant sur Internet déclarent fournir du contenu sur des sites web en rédigeant des blogues, en affichant des photographies ou en participant à des groupes de discussion. Cette proportion augmente à 45 % chez les moins de 30 ans. Finalement, le clavardage n a pas la cote dans le secteur agricole puisque 71,6 % des répondants n utilisent pas Internet à cette fin. Cette fonctionnalité est utilisée par les plus jeunes. Seulement 35,7 % des 18 à 24 ans ne clavardent pas. Cette proportion grimpe à 59,1 % chez les 25 à 29 ans. 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% Jamais À quelle fréquence utilisez-vous Internet pour...? 1 fois par mois 1 fois par semaine 3 à 5 fois par semaine À tous les jours Naviguer sur des sites web Consulter vos courriels Consulter vos réseaux sociaux Consulter des blogues ou des forums d'intérêts généraux Consulter des blogues ou des forums spécialisés en agriculture Clavarder Figure 4: Usages d'internet par la main-d œuvre agricole L utilisation fréquente de différents logiciels est un indicateur montrant l aptitude à utiliser l ordinateur dans un contexte de travail. Nous avons sondé les gens du secteur pour savoir à quelle fréquence ils utilisaient certains logiciels de consultation de document multimédia ou bureautique. Pour ce qui est de la consultation de matériel multimédia (musique, films, vidéo), les logiciels de musique sont davantage utilisés que les logiciels servant au visionnement de vidéo. Selon Statistiques Canada, 31 % des répondants à leur enquête ont téléchargé un film ou une émission de télévision. Cette proportion augmente à 53 % chez les moins de 30 ans. Il semble donc y avoir une différence au niveau de l âge pour ce qui est de la consultation de matériel multimédia. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 22

Les logiciels de bureautique sont tout de même utilisés par une majorité de producteurs. 89,7 % utilisent un logiciel de traitement de texte et 57,1 % un logiciel spécialisé en production agricole au moins une fois par mois. Il n y a pas de différence significative entre les différentes tranches d âge en ce qui concerne l utilisation de ces deux types de logiciels. 50% À quelle fréquence utilisez-vous un logiciel de...? 40% Traitement de texte 30% Présentation (PowerPoint) 20% 10% Musique (Itunes, Windows media player, etc.) 0% Jamais 1 fois par mois 1 fois par semaine 3 à 5 fois par semaine Tous les jours Films, vidéos (Quicktime, etc.) Figure 5: Utilisation de logiciels par la main-d œuvre agricole Depuis quelques années, les téléphones mobiles intelligents permettant d accéder à Internet offrent des possibilités d apprentissage en ligne. L enseignement électronique utilisant des technologies «sans-fil» est appelé «mobile learning». Nous avons donc questionné les producteurs et employés pour savoir s ils possèdent un téléphone intelligent. Nous les avons également questionnés sur l usage qu ils en font. 34 % des répondants aux sondages possèdent un téléphone cellulaire intelligent. De ce nombre, 61 % ont moins de 40 ans. Le principal usage qu ils en font est la consultation de courriels. 56,1 % consultent leurs courriels quotidiennement avec leur téléphone intelligent. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 23

90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% Jamais À quelle fréquence utilisez-vous votre téléphone cellulaire intelligent pour...? 1 fois par mois 1 fois par semaine 3 à 5 fois par semaine À tous les jours Naviguer sur des sites web Consulter vos courriels Consulter vos réseaux sociaux Consulter des blogues ou des forums d'intérêts généraux Consulter des blogues ou des forums spécialisés en agriculture Clavarder Figure 6: Usages des téléphones intelligents par la main-d œuvre agricole PRÉFÉRENCE AU NIVEAU DE L APPRENTISSAGE Pour pouvoir offrir au secteur agricole des formations continues répondant à leurs besoins, il est nécessaire de connaître leur préférence au niveau de l apprentissage. Les préférences analysées ici sont en lien avec les types de média, les modalités de diffusion, les thèmes de formation et les activités d apprentissage. TYPES DE MÉDIA Nous avons demandé aux participants du sondage leur appréciation de différent matériel de formation faisant appel au texte ou à d autres formats multimédias. Les vidéos, DVD, animations et présentations PowerPoint sont des types de matériel qui attirent les participants. Ces éléments graphiques sont très appréciés pour présenter de l information (Boyd, Murphrey, 2000). Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 24

60% Quelle est votre appréciation de chacun de ces types de matériel de formation (1 étant ce qui est peu apprécié et 10 ce qui est très apprécié) 50% 40% 30% 20% 10% 1 et 2 3 et 4 5 et 6 7 et 8 9 et 10 0% Texte imprimé Présentation PowerPoint Vidéo, DVD, animation Audio Figure 7: Appréciation de différents types de matériel de formation Idéalement, la vidéo doit être bien découpée pour qu il soit possible de consulter les parties portant sur des sujets précis et ainsi pouvoir consulter le passage contenant l information spécifique que le producteur ou employé désire obtenir. Lors de nos consultations, on nous a mentionné que même si la vidéo est le média le plus apprécié, celle-ci doit être accompagnée de texte qui sert alors de référence lors du transfert des connaissances dans le milieu de travail. Une entrevue avec un spécialiste, un expert ou un autre producteur, une explication d un processus ou d une réparation mécanique ou la rediffusion d un cours sont tous des usages de la vidéo que les participants consultés jugent pertinents. Le texte imprimé demeure pertinent et apprécié. Le texte demeure la source d information qui peut être consultée facilement et rapidement. Le texte en version électronique semble tranquillement vouloir faire son chemin et être adopté par les participants à nos groupes de discussion. L économie de papier, des préoccupations environnementales et la possibilité de stocker des documents en ligne motivent les gens à adopter le texte en format électronique. Par contre, pour les documents hypertextes 2, c est-à-dire le texte sous forme de pages web, les commentaires sont plutôt divisés. Bien que plusieurs aiment le fait de naviguer sur des pages web pour aller d un document à l autre et ainsi trouver l information précise qu ils désirent, ce type de document peut ressembler à un labyrinthe s il n est pas bien structuré. 2 Un document hypertexte contient des liens vers d autres pages ou d autres documents. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 25

L audio est le média le moins apprécié dans notre sondage. Les participants aux groupes de discussion ont mentionné qu avec l audio, il est plus facile de perdre sa concentration, puisqu il ne permet pas à leurs yeux de percevoir beaucoup d éléments de l environnement. Son utilisation est donc moins pertinente. Par contre, lorsque nous avons présenté différentes utilisations de l audio dans l apprentissage, l intérêt pour ce média était plus grand. Bien que les participants jugent que l audio n est pas indiqué pour du contenu technique, il peut l être pour une entrevue avec un spécialiste, un expert ou un producteur. Des capsules d information en baladodiffusion 3 paraissent aussi pertinentes. L aspect pratique de ce média, qui peut être transféré à un lecteur portatif et être écouté tout en travaillant est une possibilité à explorer : «on ouvre une belle porte. Nous passons plusieurs heures dans le tracteur, nous pouvons nous en servir pour nous former». MODALITÉS DE DIFFUSION Nous avons analysé précédemment l intérêt des producteurs pour la formation. Nous les avons également questionnés pour connaître les façons dont ils préfèrent se former. Nous avons d abord voulu savoir s ils sont intéressés à participer à des formations à distance et en ligne. 43,5 % de la population sondée ont déjà participé à une formation à distance ou en ligne en agriculture ou dans d autres domaines. Ils ont suivi des formations dans le cadre de leur formation initiale ou lors d activité de formation continue. 92,9 % des participants au sondage ont dit être intéressés à participer à des activités de formation à distance ou en ligne. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé que les données d un sondage réalisé auprès de producteurs de la région de Lanaudière qui indiquait que 37 % se disaient intéressés par la formation en ligne (SOM, 2010). Ceci s explique par le fait que la clientèle de notre sondage consistait davantage en des gens intéressés par la formation continue et également par la diffusion du sondage qui s est faite en ligne. Ces chiffres sont beaucoup plus élevés qu un sondage réalisé par la Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology en 2003 qui montrent que seulement 25 % des étudiants en éducation permanente préfèrent s instruire à distance et moins de 10 % par Internet. Comme nous l avons vu précédemment, l accès aux technologies et la facilité d utilisation de celles-ci expliquent ces chiffres bas. Cela démontre que les habitudes des producteurs quant à l utilisation d Internet ont évolué. Actuellement, les agriculteurs utilisent Internet pour apprendre, peu importe leur âge (Franz, Piercy, Donaldson, Richard, Westbrook, 2010). Ils vont chercher l information dont ils ont besoin. Ceci explique pourquoi ils sont plus enclins aujourd hui à se former à distance ou en ligne qu ils ne pouvaient l être il y a une dizaine d années. 3 Émission de radio habituellement disponible sur le web et qui peut être téléchargée sur un ordinateur ou un lecteur de média portatif. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 26

Les principales raisons évoquées par les 7,1 % des répondants à notre sondage qui se disaient peu intéressés à ce type de formation sont au niveau du manque d interaction et du manque de motivation que peut entraîner l apprentissage en ligne. Même si une forte majorité se dit intéressée par la formation en ligne, lorsque nous avons demandé l appréciation de différentes méthodes d enseignement et d apprentissage, trois des quatre modalités d apprentissage en ligne ont été classées comme étant les moins appréciées. Sur une échelle de 1 à 10, quelle est votre appréciation de chacune de ces méthodes d'apprentissage? (Cote de 7 à 10) 0% 20% 40% 60% 80% 100% Démonstration pratique Visites de fermes, activités sur le terrain Expérimentation à la ferme Colloques, conférences Journées champs Apprentissage en milieu de travail Recherche d'information sur Internet Cours ou formation en classe Formation en ligne Formation en classe et en ligne Webinaire Figure 8: Appréciation de différentes méthodes d'apprentissage Nous avons demandé aux participants des groupes de discussion pourquoi d après eux les trois modalités d apprentissage en ligne, soit la formation en ligne, la formation en classe et en ligne et les webinaires, ne semblaient pas être appréciées. D abord, ils jugent que la formation en ligne encadre moins l apprentissage, ce qui fait en sorte qu il est plus ardu de se motiver pour la compléter. La formation en présentiel propose des balises, des échéanciers qui permettent à tout le groupe de compléter la formation ensemble, en même temps. En ce sens, la formation en ligne est perçue comme étant plus exigeante par rapport à d autres modes de formation comme l expérimentation à la ferme ou les journées champs qui sont des formules plus légères. Ceci fait dire à quelques participants que la formation en ligne est davantage indiquée pour la formation créditée. Les crédits nécessaires à l obtention d un diplôme sont ce qui motive les apprenants à s organiser et à compléter l activité de formation. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 27

Un autre aspect important qui explique le faible intérêt pour la formation à distance et en ligne par rapport à d autres modalités est le rôle social joué par la participation à une activité de formation continue. Les producteurs agricoles font souvent leurs tâches seuls et le temps de formation sert à créer un réseau social. Également, plusieurs ont mentionné que les autres participants à une formation sont une source d information importante. Dans des discussions informelles avec les autres membres du groupe, il est fréquent d obtenir des solutions à des problématiques vécues dans leur entreprise. À notre avis, la principale raison expliquant la faible appréciation des modalités de formation à distance et en ligne dans notre sondage est la méconnaissance et une perception faussée de la formation à distance et en ligne. C est un phénomène nouveau qui est en développement, en ébullition. Les expériences passées de formation en ligne laissaient souvent place à des environnements d apprentissage passif ou l apprenant se retrouvait seul devant son ordinateur. Les gens ne sont pas au courant des nouveaux usages des technologies en éducation. Lorsque nous avons demandé aux participants si d après eux la formation en ligne pouvait inclure des discussions, la majorité nous a répondu que c était difficilement possible. Pourtant la visioconférence, le clavardage, les forums ou les plateformes de réseautage social le permettent. Les concepteurs pédagogiques peuvent choisir une modalité de formation pour sa propension à intégrer des discussions. La clientèle du secteur agricole ne semble pas être sensibilisée à ces nouvelles façons de communiquer lors d activités de formation en ligne. Bien que l apprentissage en ligne qui est livré de façon formelle n ait pas la cote, la recherche d informations semble être un peu plus appréciée. Ce mode d autoformation informelle qui s effectue individuellement est utilisé par tous les membres des groupes de discussion. Ils apprécient naviguer sur le web pour aller chercher des informations précises dont ils ont besoin pour régler des problèmes immédiats. Par contre, ils ressentent le besoin d avoir quelqu un qui filtre l information. Ils aimeraient avoir accès à des portails d information gérés par des organismes crédibles où l information leur étant utile serait rassemblée. Autres modalités de formation Les méthodes d enseignement et d apprentissage les plus appréciées par les producteurs sont les cours ou formation en classe, les visites d entreprises, les démonstrations, les conférences, les journées aux champs et les cours en classe (SOM, 2010) (Trede, Miller, 2000) (Kilpatrick, Johns, Murray-Prior, Hart, 1999). Trede et Miller (2000) soulignent que les méthodes préférées d enseignement ou d apprentissage diffèrent selon le sujet traité. (Tableau 5) Selon le sujet, la méthode doit permettre soit une expérimentation active, de l observation ou un apprentissage abstrait. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 28

Différences dans les préférences de méthodes d enseignement selon le thème de formation Types de thèmes de formation Exemples Méthodes d enseignement Sujets reliés aux ressources - Terre - Expérimentation active physiques sur les fermes - Semence - Bétail Sujets reliés à la pensée critique Sujets reliés aux changements technologiques - Machinerie - Marché - Prix - Planification de la ferme - Finances - Apprentissage abstrait - Nouveaux procédés - Observation - Expérimentation active Tableau 5: Différences dans les préférences de méthodes d'enseignement selon le thème de formation (Trede, Miller, 2000). Dans notre sondage, la démonstration pratique est la méthode d enseignement et d apprentissage la plus appréciée. Cette méthode est plus directe et permet aux participants de voir, entendre, toucher, sentir ce qui se passe lorsqu ils mettent en pratique leurs savoirs. Nous avons demandé aux participants lors des groupes de discussion quelle pouvait être la solution alternative aux démonstrations pratiques. La vidéo semble être une option acceptable même si ce type de document multimédia ne peut permettre à l apprenant d avoir le soutien du formateur en temps réel. Les modalités d apprentissage sur le terrain, c est-à-dire les visites de fermes, l expérimentation à la ferme et les journées champs sont très appréciés par les producteurs. La principale raison est que ces méthodes remplissent le mieux la fonction sociale reliée à la participation à une activité de formation à distance ou en ligne. Le milieu de travail est, pour plusieurs producteurs, leur milieu de vie. Ils ne prennent pas le temps de visiter d autres entreprises, d autres travailleurs d entreprises agricoles environnantes. Les activités sur le terrain leur permettent de voir d autres façons de faire et de rencontrer d autres personnes. De plus, ces méthodes donnent l opportunité de voir par eux-mêmes de nouvelles méthodes, de la nouvelle machinerie. Ces méthodes, souvent informelles, bien que n étant pas perçues par les groupes consultés comme étant les plus intéressantes au point de vue des retombées, ne sont pas reliées à des obligations comme peuvent l être des formations plus formelles. HORAIRE DE FORMATION Les métiers agricoles sont exigeants en termes d horaire de travail. Il n est pas rare pour des producteurs et des employés de travailler plus de 50 heures par semaine, et ce jusqu à 7 jours par semaine durant certaines périodes. Il est difficile pour les gestionnaires de ferme de se réserver du temps pour l apprentissage autonome (Canadian Farm Business Management Council, 1999). Le temps consacré pour la formation est soit restreint ou concentré lors de certains moments de l année. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 29

Pour la formation en présentiel, les producteurs de la région de Lanaudière ont souligné avoir une préférence pour les formations en semaine qui durent une journée entière. Pour les formations de moins de 15 heures, ils préfèrent les formations intensives concentrées en quelques jours. (SOM, 2010). Pour la formation à distance et en ligne, l horaire de formation souhaité par les producteurs varie selon l éloignement par rapport aux maisons d enseignement ou autres lieux de formation. Dans nos groupes de discussion, les producteurs et employés de la Montérégie, de la Mauricie et du Centre-du-Québec ont mentionné que l avantage pour eux de participer à une formation à distance et en ligne est le contrôle sur l horaire. Ils désirent avoir plus de latitude au niveau du moment où ils se consacrent à leur formation. Ils désirent donc minimiser les moments où ils doivent se réunir en groupe, à horaire fixe, que ce soit en présentiel ou de manière virtuelle. Étant donné leur relative proximité, ils sont prêts à consacrer du temps de déplacement pour se rendre à des rencontres en présentiel plutôt que de suivre une formation en ligne sous forme de conférence web ou de classe virtuelle. Pour les producteurs plus éloignés, ils sont plus flexibles au niveau de l horaire. L avantage qu ils recherchent se situe davantage au niveau de la disponibilité de l information et de l interaction possible avec d autres producteurs. Ils acceptent plus facilement d avoir moins d autonomie au niveau de l horaire si la modalité de formation choisie permet une accessibilité à la formation et des possibilités d interaction auxquelles ils n ont souvent pas accès. LES LIEUX DE FORMATION La main-d œuvre agricole préfère les formations qui ont lieu dans leur milieu de travail. Pour ce qui est des autres lieux, il y a peu de différence dans l appréciation des formations qui se déroulent à la maison par rapport à celles qui se déroulent en classe. 54,9 % ont mis la note de 7 à 10 dans l échelle d appréciation pour leur appréciation pour les formations qui ont lieu à la maison contre 56,6 % pour les formations en classe. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 30

50% 45% 40% 35% 30% 25% 20% 15% 10% 5% 0% Quelle est votre appréciation de chacun de ces lieux pour vous former? (échelle de 1 à 10) À la maison Dans une salle de classe Dans mon milieu de travail 1 et 2 3 et 4 5 et 6 7 et 8 9 et 10 Figure 9: Appréciation chez la clientèle agricole de différents lieux de formation THÈMES DE FORMATION Les thèmes de formation qui intéressent les producteurs sont très variés. Il ne nous a pas été possible de dégager de tendance claire pour l ensemble du secteur agricole pour ce qui est des besoins de formation lors de notre sondage. Chaque entreprise a ses propres besoins qui sont basés sur les difficultés vécues et les opportunités de développement de l entreprise. Les professionnels et associations gravitant dans le secteur perçoivent des besoins de formation chez les producteurs agricoles. Ceux-ci peuvent être différents des besoins que les producteurs perçoivent euxmêmes. Les besoins des producteurs perçus par les professionnels et intervenants du milieu sont (Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology, 2003) : - La gestion des ressources humaines - La gestion financière - La planification successorale - Le transfert d une exploitation - L informatique - La gestion des risques. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 31

LE RÔLE DE L INTERACTION L importance de l interaction a été soulevée tout au long de notre collecte d information, autant dans nos consultations que dans la littérature scientifique. Bien que l interaction sociale permette aux producteurs de briser l isolement relié à leur réalité de travail, elle joue un autre rôle fort important. L interaction permet d établir un climat de confiance entre les apprenants, les formateurs. La création d un climat de confiance est primordiale pour satisfaire les besoins éducationnels des producteurs agricoles (Franz, Piercy, Donaldson, Richard, Westbrook, 2010). Ceci fait en sorte que le contenu enseigné est perçu positivement par les apprenants et risque davantage d être intégré dans l entreprise. Pour encourager la création d un climat de confiance, certains moyens peuvent être mis de l avant par les formateurs. D abord, l apprentissage en tutorat ou en groupe de pairs semble être à privilégier. Ensuite, les éducateurs doivent faciliter le réseautage de producteur à producteur et de producteur à expert. Les producteurs travaillant ensemble à résoudre des problèmes collectifs sont plus efficaces que ceux qui travaillent individuellement (Franz, Piercy, Donaldson, Richard, Westbrook, 2010). Les formateurs doivent également s assurer que leur contenu est neutre, qu il n est pas biaisé par des intérêts commerciaux. Les producteurs sont fortement sollicités par les entreprises pour toutes sortes de produits, fertilisants, machineries, semences, etc. Ils veulent donc que leur formation présente de l information exempte de l influence des fournisseurs. Ils cherchent également des preuves qui supportent leurs décisions. Ils cherchent à savoir si l information s applique à leur situation. C est pourquoi il est important de bien connaître leurs connaissances antérieures, leurs besoins et leurs préoccupations pour être en mesure de leur offrir du contenu pertinent pour eux; du contenu qu ils pourront transférer dans leurs entreprises (Menalled, Grimberg, Jones, 2009). PARTICULARITÉS DE L APPRENTISSAGE DANS LE SECTEUR AGRICOLE Les entreprises agricoles québécoises sont majoritairement des PME de petite taille. Plus de 90 % des entreprises agricoles ont moins de 5 employés. La dynamique de la formation et de l apprentissage à l intérieur d une PME est différente par rapport à ce qui se passe dans de plus grandes entreprises (MAPAQ, 2009). Les PME ont rarement du personnel dédié au développement des compétences des travailleurs. L apprentissage se fait beaucoup de façon informelle. D autres producteurs agricoles, des experts et différents médias sont les sources d information informelle. Lorsqu une formation plus formelle est livrée et qu elle est animée par un ou des animateurs, un de ceux-ci doit être un producteur agricole qui a un savoirfaire à échanger. Un expert seul n est pas ce que la main-d œuvre agricole préfère (Saskatchewan Institute of Applied Science and Technology, 2003). Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 32

L apprentissage dans les PME est autodirigé, c est-à-dire que les travailleurs de l entreprise identifient leurs besoins et vont par eux-mêmes où avec l aide de collègues ou collaborateurs aller chercher les compétences manquantes pour accomplir leurs tâches (Kilpatrick, Johns, Murray-Prior, Hart, 1999). Le réseau social des travailleurs est en lien avec sa source d information et d apprentissage. L apprentissage est directement relié à ce que vivent ceux-ci dans l entreprise et est orienté dans l action. 5. EXPÉRIENCES EN FORMATION À DISTANCE ET EN LIGNE DANS LE SECTEUR AGRICOLE Nous présentons ici des expériences de formation à distance et en ligne qui ont été documentées soit par des consultations ou par diverses publications. Nous présentons ces expériences selon les différentes modalités de formation à distance et en ligne : formation à distance, formation entièrement en ligne, classe virtuelle, communauté de pratique en ligne et formation mixte ou hybride. Pour définir chacune de ces modalités de formation, nous allons nous référer aux quatre dimensions de l apprentissage virtuel mentionnées plus haut, soit : la synchronicité, le lieu, l autonomie de l apprenant et le mode d apprentissage. Par des entrevues individuelles et des consultations en groupe, nous avons pu documenter différentes perceptions de producteurs, d employés et de finissants de formation à distance et en ligne. Lors des groupes de discussions, nous avions présenté aux participants différents scénarios de diffusion de formation à distance et en ligne. Les participants ont réagi lorsque nous leur avons exposé ces différentes façons de suivre des formations à distance et en ligne. Ils nous ont donné leurs perceptions des avantages, inconvénients et possibilités face à ces différentes façons de faire. Nous présentons ici pour chacune des modalités un résumé des commentaires des participants. FORMATION À DISTANCE DÉFINITION Le terme formation à distance fait référence au lieu d apprentissage. L enseignement et l apprentissage ne se font pas au même endroit ni en même temps (Marchand, Loisier, Bernachez, Page-Lamarche, 2002). Les apprentissages à faire, les savoirs à acquérir, les contenus à présenter aux apprenants le sont en dehors des contacts avec l enseignant. Ils sont acquis par différents médias. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 33

Les formations à distance sont préparées dans un ordre structuré, séquentiel pour que l étudiant puisse étudier par lui-même (Truelove, 1998). Une organisation éducative gère l activité d apprentissage à distance. Il obtient le support d un tuteur. Une formation individuelle à distance sans support du formateur désigne plutôt de l apprentissage autonome (Sutphin, 2000). Comme nous l avons mentionné plus haut, une formation à distance peut être livrée à l aide des TIC. Par contre, ce terme désigne généralement les formations qui font appel à l utilisation de texte en format papier et à des modes de communication et de transmission de l information n utilisant pas les TIC. C est pourquoi bon nombre des formations dites «à distance» utilisent le courrier postal et le téléphone pour communiquer. Tableau 6: Dimensions de la formation à distance Formation à distance Synchronicité Asynchrone Lieu À distance Autonomie Individuelle Mode Virtuel seulement PERCEPTION DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION Nous nous sommes entretenus avec un finissant d une formation à distance qui a complété le microprogramme en agriculture biologique à l Université Laval au printemps dernier. Les premiers cours qu il a suivis dans son programme étaient des cours à distance en format papier. Ces cours sont désormais remplacés par des cours entièrement en ligne. D après son expérience, ce type de formation où tout se déroule à distance n est pas fait pour tout le monde. Cette façon de faire amène de l isolement chez l apprenant. Quelqu un qui a besoin de contact et d encadrement ne se sentira pas à l aise dans ce contexte. Dans un cours à distance, la majeure partie du cours est basée sur le contenu du cours qui est habituellement livré en format imprimé. Les différents textes doivent être bien choisis et bien rédigés. Le finissant interviewé mentionnait que ce sont les notes de cours qui font la qualité du cours. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 34

EXPÉRIENCES DE FORMATION À DISTANCE Description du projet FORMATION POUR UTILISATEURS ET VENDEURS DE PESTICIDES (SOFAD) (YVON DESROSIERS) La SOFAD a réalisé un projet de formation à distance portant sur l épandage de pesticides à des fins agricoles. Cette formation est reliée à une réglementation qui oblige les producteurs et vendeurs de pesticides à obtenir une certification pour appliquer ou vendre des pesticides. Il y avait une demande de la part du secteur agricole et du ministère du Développement durable de l environnement et des Parcs pour qu une formation à distance puisse être disponible pour l obtention du certificat. L équipe de la SOFAD a réalisé le cours de base ainsi que les cours subséquents qui correspondent à des spécialisations. Un guide d apprentissage a été publié. Ce guide peut être utilisé pour de l apprentissage autonome. La SOFAD offre le support d un tuteur pour la correction des travaux dans le guide d apprentissage. Ils ont également développé les examens menant à l obtention du certificat. La SOFAD développe des cours livrés en ligne via leur plateforme d apprentissage et des formations à distance en format papier. Lorsque le cours a été développé en 2003, l équipe chargée du projet a jugé qu une proportion considérable de la clientèle ciblée n avait pas accès à un ordinateur et à une connexion Internet. Ils ont donc décidé d y aller pour une formation à distance en format papier. Démarche de développement Pour développer les contenus, de la documentation provenant du gouvernement fédéral a été restructurée et découpée en une suite d objectifs. Pour chaque objectif d apprentissage, l équipe de conception a défini une stratégie qui servait de ligne directrice lors de la rédaction du guide d apprentissage. À la suite de la rédaction du guide, celui-ci a été validé et publié. La SOFAD a une grande expérience dans le développement de formation à distance et en ligne en version papier. Leurs publications sont conçues pour des études à temps partiel. Les concepteurs cherchent à expliquer clairement le contenu, à donner des exemples, des exercices, des outils de gestion à l apprenant. Environnement d apprentissage L environnement d apprentissage est limité au guide d apprentissage qui expose le contenu théorique par du texte et des images. Des activités d apprentissage proposées exigent de répondre aux questions de façon écrite. La communication entre l apprenant et le tuteur se fait par téléphone et par courriel. Les différents travaux à compléter sont envoyés par la poste. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 35

Soutien offert Le soutien est offert seulement à ceux qui s inscrivent au cours à distance. Ils ont alors accès à un tuteur qui peut répondre à leurs questions. Ceux-ci les consultent généralement pour éclaircir des contenus. FORMATION ENTIÈREMENT EN LIGNE DÉFINITION Contrairement à l enseignement à distance qui spécifie le lieu de formation, le terme formation entièrement en ligne sous-entend l utilisation d une méthode de diffusion de la formation faisant appel aux TIC. La perception populaire de la formation en ligne est une formation qui se déroule de façon individuelle, à l aide d un ordinateur. Le contenu de formation est médiatisé et comprend du texte ainsi que des documents multimédias. Dans cette section, le terme formation entièrement en ligne concerne les formations qui se déroulent en ligne, sans contact direct synchrone avec d autres participants à la formation. Ces formations peuvent être réalisées en groupe. Les membres du groupe communiquent alors en ligne par des courriels, forums de discussions, clavardage, etc. La formation s appuie alors sur un tuteur, un moniteur qui guide les apprenants. Une formation en ligne peut également désigner de l apprentissage autonome. Le contenu est alors constitué en cours ou en portails d information. L apprenant à davantage de liberté par rapport à une formation entièrement en ligne. Il peut consulter l information comme bon lui semble ou compléter les cours à son rythme, sans aucun encadrement ou soutien d un formateur (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003). D après plusieurs responsables de formation, il n est pas souhaitable de mettre en place des programmes d autoformation uniquement en ligne puisqu il n y a pas de relation entre le formateur et l apprenant. Cette relation est déterminante dans le processus d apprentissage (Marchand, 2005). Par contre, du contenu médiatisé pour de l apprentissage autonome peut répondre à un besoin au niveau logistique. Ce type de formation demande peu de soutien suite à l implantation de la formation puisqu il n y a pas de support à l apprentissage offert à l apprenant. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 36

FORMATION ENTIÈREMENT EN LIGNE Synchronicité Asynchrone Lieu À distance Autonomie Individuelle Mode Virtuel seulement Tableau 7: Dimensions de la formation entièrement en ligne PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION Nous avons présenté aux participants des groupes de discussion un scénario de formation entièrement en ligne qui se déroule de façon individuelle, où chacun des apprenants avance à son propre rythme. Le cours s appuie sur un site web qui comporte du texte, des images, des vidéos, des exercices à compléter et des tests. Un tuteur offre son support à distance par téléphone et par courriel. D après plusieurs personnes consultées, cette approche est peu motivante. Les risques d abandon sont élevés. Dans le cas de formation continue non créditée, pour pouvoir susciter l intérêt, la thématique d une telle formation doit être très précise et doit répondre à un besoin spécifique. Les participants aux groupes de discussion ont également souligné que la formation entièrement en ligne peut être intéressante pour un certain type d apprenants qui préfèrent apprendre de façon individuelle. Ils représentent une faible proportion de l ensemble des producteurs et employés consultés. Pour des cours théoriques où il y a peu de place pour la pratique, la formation entièrement en ligne semble intéresser des producteurs et leurs employés. Par exemple, des cours crédités de niveau collégial ou universitaire offerts entièrement en ligne et touchant des thématiques comme la gestion ou la comptabilité suscitent de l intérêt. Le manque d interaction est une grande lacune dans cette façon de faire. Les producteurs ont besoin d interaction, même si celle-ci est à distance. Sans interaction, une étude de cas ne peut être alimentée par des informations apportées par d autres producteurs et employés. La formation entièrement en ligne est perçue comme étant un compromis. Elle permet de garder la maind œuvre au travail sur la ferme et de diminuer les déplacements. Pour décider de participer à une formation en ligne, les participants aux groupes discussion perçoivent un compromis au niveau de la qualité de la formation. Par contre, ce compromis leur permet de profiter de l accessibilité accrue de celle-ci. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 37

EXPÉRIENCES DE FORMATION ENTIÈREMENT EN LIGNE Pour la formation entièrement en ligne, nous avons relevé cinq expériences: une expérience québécoise, une canadienne, une irlandaise et une états-unienne. Certaines d entre elles intègrent certaines formes de présentiel et s apparentent donc également à une autre modalité de formation discutée plus loin, la formation hybride ou mixte. PROGRAMMES DE CERTIFICATION EN AQUACULTURE (IRLANDE) (REGIONAL TECHNOLOGY STRATEGIES, 2001) Le domaine de l aquaculture en Irlande est aux prises avec une problématique de dispersion de la clientèle à former. La main-d œuvre ne désire pas se déplacer pour suivre de la formation. Il y avait donc peu de participation aux différents programmes de certification disponibles pour les travailleurs de ce secteur. La formation offerte dans le cadre de ce projet durait de 6 à 9 mois. Le cours était accessible en ligne au travail ou à la maison. Un CD-ROM était disponible pour ceux qui ne disposaient pas d une connexion Internet suffisamment rapide. De la documentation imprimée était fournie. Un tuteur se déplaçait pour rencontrer chacun des apprenants et pour l évaluation finale. La formation a été offerte à 23 participants qui avaient peu ou pas d expérience d études universitaires. Pour évaluer le cheminement d apprentissage des apprenants, ceux-ci devaient exécuter des travaux en ligne, répondre à différents questionnaires et développer un portfolio sur leur lieu de travail. Pour obtenir leur certificat, ils devaient faire une évaluation qui se déroulait sur le lieu de travail. Celle-ci était volontaire. Des apprenants pouvaient donc décider de suivre la formation sans faire l évaluation. Le principal obstacle rencontré lors de ce projet est le manque d accessibilité à Internet qui n était pas présent dans toutes les régions. Notons que le projet a été réalisé il y a une dizaine d années et que l accès à une connexion Internet risque de s être développé depuis ce temps. Certaines limites quant à l utilisation des technologies ont été soulevées. D abord, une partie de la clientèle n était pas prête à utiliser l ordinateur pour suivre une formation. Ensuite, durant la formation, bien qu ils aient eu le soutien d un tuteur, les apprenants auraient souhaité obtenir le support d autres apprenants. Finalement, l utilisation d un CD-ROM pose problème lorsque des mises à jour du matériel doivent être réalisées. Celui-ci doit être réédité et envoyé à chacun des apprenants, ce qui est plus ardu et coûteux que de simplement modifier certaines informations contenues dans une plateforme d apprentissage en ligne. Malgré ces obstacles et limites, les apprenants et les employeurs ont perçu de nombreux avantages reliés à la participation à ce projet de formation en ligne. Pour les apprenants, ils avaient accès à de la formation. Ils étaient motivés à apprendre et à suivre la formation. Ils ont pu la suivre sans se déplacer. Le programme permet d accommoder les participants qui veulent améliorer leurs qualifications et se développer dans l industrie de l aquaculture. Finalement, les auteurs mentionnent que cette formation a permis d améliorer l estime de soi des apprenants. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 38

Pour les employeurs, ce projet de formation a eu deux avantages. D abord, ils n ont pas perdu d employés pour une longue période de temps lorsque ceux-ci suivaient la formation. Ensuite, puisqu une partie des activités se déroulaient sur le lieu de travail des apprenants, les entreprises dans lesquelles ceux-ci œuvraient ont été davantage exposées à la formation. Donc, l apprenant réinvestissait les contenus de formation dans l entreprise. Les autres travailleurs bénéficiaient de ces nouveaux savoirs. FORMATION POUR PRODUCTEURS DE NOIX DE PÉCAN (ÉTATS-UNIS) (STAFNE, MCCRAW, MULDER, 2006) Cette formation en ligne offerte par l Oklahoma State University visait à compléter un cours destiné aux producteurs de noix de pécans ayant des niveaux d expérience variés. Ils désiraient ainsi économiser du temps d enseignement en classe. L objectif du cours était d assister les producteurs dans la prise de décision au niveau de l administration de leur exploitation agricole. 24 personnes se sont inscrites à ce cours. Ce projet s est buté à plusieurs embûches. D abord, les producteurs avaient un faible niveau de littératie, ce qui rendait difficile la réalisation des activités d apprentissage. Ensuite, les producteurs avaient peu ou pas d accès à Internet. Seulement 43 % des producteurs avaient accès à une connexion Internet. Pour ceux qui y avaient accès, le délai de téléchargement des pages était particulièrement long. Au niveau de la diffusion, trois facteurs peuvent expliquer que seulement 24 personnes se soient inscrites au cours. D abord, peu de publicité a été faite. Ensuite, le coût d inscription était perçu comme étant élevé par les producteurs. Finalement, les producteurs de noix de pécan sont généralement assez âgés. 67 % ont plus de 55 ans et 41 % ont plus de 64 ans. D après les auteurs de l article, l âge permet d expliquer la résistance des producteurs à s inscrire à une formation en ligne. LE SYSTÈME DE GESTION DE L OFFRE COMMISSION CANADIENNE DU LAIT (CANADA) (CHANTAL PAUL) Description du projet La Commission canadienne du lait a fait une tournée canadienne avec une formation en présentiel présentant le système de gestion de l offre du lait au Canada. Le contenu touchait les différents acteurs de l industrie, le fonctionnement des quotas, l importation et l exportation du lait et une évaluation de divers scénarios, les répercussions des décisions reliées à différentes politiques. Après leur tournée, il n y avait plus la masse critique d apprenants à former pour justifier les coûts de déplacement. Ils ont donc décidé d adapter leur formation pour l offrir entièrement en ligne. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 39

Démarche de développement Le projet de formation a été dirigé par M me Paul en collaboration avec une firme externe. L adaptation a été faite à partir du matériel livré lors de la formation en présentiel. Ce matériel consistait en des présentations PowerPoint. Les activités d apprentissage vécues en classe étaient des exposés et des études de cas. L approche choisie par la Commission canadienne du lait consistait en de l apprentissage autonome sans support d un tuteur. Il n y avait pas d échange entre les apprenants. Mme Paul et son équipe ont jugé que les études de cas étaient difficilement modifiables pour être adapté à l approche utilisée puisque sans échanges avec d autres apprenants, les études de cas ne donnent pas les résultats escomptés. Pour atteindre les objectifs, les études de cas doivent bénéficier d interactions entre pairs et avec un formateur ou un expert du métier. Le logiciel auteur Taktik de l entreprise Éduperformance a été utilisé pour le développement. Il sert également à effectuer les mises à jour des éléments visuels de la formation. Les dépenses de développement de la formation sont le salaire de Mme Paul et les honoraires de la firme externe qui s élèvent à près de 40 000 $. Environnement d apprentissage Le cours est hébergé sur le site web de la Commission canadienne du lait. Il n y avait pas d'autre matériel que le site web. Il contient des présentations utilisant du texte, de l audio et des graphiques. Les activités proposées sont des exposés et des exercices de questions et réponses. Soutien offert Le soutien est offert par Mme Paul par téléphone ou par courriel. Le premier module de la formation porte sur l utilisation de l environnement du cours. Généralement, les apprenants sont à l aise pour naviguer dans la plateforme. Résultats 40 à 50 personnes ont participé au cours. Malheureusement, ils ont reçu peu de rétroaction des participants par rapport à leur appréciation de la formation. D après Mme Paul, plusieurs limites reliées à l utilisation de cette modalité ont été relevées. D abord, lorsque le cours est livré en présentiel, il y avait des études de cas travaillées en équipe. Les résultats des équipes étaient présentés et discutés en groupe, ce qui permettait d avoir plusieurs points de vue. Puisqu il n y a pas de ressources disponibles pour faire le suivi nécessaire pour la réalisation d études de cas, les concepteurs étaient limités. Ils ont donc fait le choix d abandonner les études de cas dans la version en ligne du cours. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 40

Dans ce cas-ci, d après Mme Paul, la formation en ligne est inférieure au niveau de l apprentissage par rapport à une formation en classe. D abord, en classe, tout le contenu était couvert tandis qu en ligne, les apprenants pouvaient naviguer et sauter des parties de la formation. Ensuite, l interaction avec l expert de contenu permettait aux apprenants de poser leurs questions directement. Finalement, les apprenants n abandonnaient pas avant la fin du cours, ce qu il est possible de faire dans la formation en ligne. FORMATIONS EN LIGNE CRÉDITÉES ET NON CRÉDITÉES DE L INSTITUT DE TECHNOLOGIE AGROALIMENTAIRE DE STE-HYACINTHE (QUÉBEC) (RICHARD SAMSON) Description du projet L ITA de Ste-Hyacinthe offre plusieurs formations en ligne sous plusieurs formes. M. Samson a relevé l expérience vécue dans 3 activités de formation développées par l ITA, soit deux formations continues non créditées (HACCP à la ferme et formation sur la machine à traire) ainsi qu une suite de deux cours crédités du DEC en Gestion et exploitation d entreprise agricole (Notions d anatomie et physiologie animale). Les cours HACCP à la ferme et Machine à traire incluent des rencontres en présence. Le cours HACCP a été offert entre 2007 à 2010 à 12 personnes. Le cours n est maintenant plus offert. La demande pour le développement de ce cours provenait de la Fédération canadienne de l agriculture qui désirait que soit disponible une formation pour les auditeurs chargés de la certification HACPP. La formation se déroule de façon asynchrone. Notons que deux rencontres en présence ont eu lieu durant cette formation. La formation non créditée sur la machine à traire est en cours de développement. C est une formation qui est offerte en présentiel une fois par année. Il y a une demande pour l adapter en formation en ligne pour ainsi diminuer les coûts reliés aux déplacements. Le cours est développé en formation entièrement en ligne individuelle avec la possibilité d avoir le soutien d un tuteur. Une rencontre d introduction permettant de voir l équipement et une rencontre en laboratoire pour une démonstration pratique seront intégrées à la formation. Démarche de développement Toutes les formations présentées ici étaient d abord développées pour être données en classe. Elles ont donc été adaptées pour pouvoir être suivies en ligne. Les cours ont été structurés selon ce qui se faisait en classe, les professeurs ont fait concorder leur pratique en classe avec ce qui se faisait en ligne. L équipe de conception pour les différents cours non crédités comprend des spécialistes de contenu, des enseignants de l ITA, un spécialiste de la plateforme d apprentissage en ligne, un conseiller en formation et un informaticien. Pour les cours du DEC en GEEA, l équipe est plus restreinte. Un enseignant et un Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 41

spécialiste en informatique développent les contenus du cours. Une autre enseignante procède à la validation de celui-ci. Ces projets sont réalisés à l aide de ressources à l interne. Pour le développement des cours, plusieurs logiciels sont utilisés. Certains, comme le logiciel de conception de e-learning Adobe Captivate, nécessitent beaucoup de temps à apprivoiser. Le personnel a accès à de la formation. Les contenus créés sont intégrés à la plateforme d apprentissage Moodle qui demande elle aussi un certain temps pour y être à l aise. 4 La médiatisation de contenus avec les logiciels de bureautique et de production multimédia est un processus qui demande beaucoup de ressources en temps. Environnement d apprentissage Pour le cours d HACCP à la ferme, le matériel de base pour le cours en classe contenait essentiellement du texte. Du matériel imprimé était disponible pour les apprenants. Une plateforme d apprentissage en ligne complétait l environnement d apprentissage. Outre du contenu de formation, un forum était disponible sur cette plateforme. Il était par contre très peu utilisé. Les activités d apprentissage consistaient surtout en des lectures et des études de cas. Pour les cours crédités du DEC en GEEA, il n y a pas de documentation imprimée. Un site web fait cheminer l élève au travers des concepts du cours. Il y a davantage d images et de vidéo que dans le cours d HACCP à la ferme. Les apprenants sont appelés à faire des activités d apprentissage reliées à la lecture de documents, mais également à la consultation de différents documents multimédias et d animations. Soutien offert Pour les trois cours, un guide d utilisation de la plateforme d apprentissage en ligne est remis à chacun des apprenants. Les compétences des gens qui s inscrivent à ce type de formation sont généralement assez bonnes et ne justifient pas de formation supplémentaire. Les formateurs et tuteurs suivent une formation qui couvre une vue d ensemble de la plateforme. Ils ont également de la formation supplémentaire reliée au développement de contenu de formation. Le soutien technique et le soutien des formateurs/tuteurs aux apprenants se font par courriel et par téléphone. Ceci peut amener certaines difficultés au niveau de la communication. Les apprenants désirent avoir un contact instantané avec leur tuteur, ce qui n est pas toujours possible. De l autre côté, le formateur/tuteur peut savoir à quel moment un apprenant s est connecté à la plateforme. S il ne s est pas connecté depuis longtemps, le tuteur ne peut savoir pourquoi puisqu il n a souvent pas de contact direct avec l apprenant. Résultat 4 L ITA finalise actuellement la migration de DECLIC à Moodle. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 42

Richard Samson a soulevé des limites aux technologies. La principale limite se situe au niveau de l expérimentation avec de la machinerie. Pour lui, il n est pas possible de trouver un moyen avec les technologies utilisées actuellement de faire en sorte de pouvoir transposer en ligne ou à distance ce type d activité d apprentissage. Malgré cela, il juge que les technologies rendent l apprentissage plus varié en augmentant le nombre d outils d apprentissage disponibles. CLASSE VIRTUELLE DÉFINITION Une classe est un lieu fixe ou un groupe de personnes se rassemble pour suivre une formation. Ce lieu commun permet un contact direct entre un formateur et des apprenants. L accès grandissant à des connexions Internet haute vitesse permet d établir un contact sonore et visuel entre un groupe de personnes. Il est donc possible de reproduire de façon virtuelle l expérience sensorielle et relationnelle vécue dans une classe de façon virtuelle. Une classe virtuelle est «typiquement composée d élèves dispersées sur un territoire donné qui sont en contact direct entre eux et avec un enseignant au moyen d Internet de façon synchrone» (CEFRIO, 2011). Une classe virtuelle peut se dérouler de plusieurs façons. Le formateur et les apprenants peuvent avoir chacun leur propre ordinateur et se connecter à l aide d un logiciel sur une plateforme de classe virtuelle. Le groupe peut également être rassemblé dans une salle de classe pendant que le formateur livre son cours à partir d un autre lieu. Les deux sites sont alors connectés grâce à un logiciel de classe virtuelle. L environnement d apprentissage que proposent habituellement les outils d apprentissage virtuel comporte les composantes suivantes (CEFRIO, 2011) : - Vidéoconférence - Clavardage public et privé - Tableau blanc - Enregistrement des rencontres - Espace pour le partage de documents - Outil collaboratif comme un wiki, un forum, un blogue - Partage d écran La classe virtuelle tend à offrir les mêmes conditions d apprentissage que des formations en classe. Les informations communiquées et les échanges se font au travers d un réseau. Ainsi, la classe virtuelle «vise à offrir un service d enseignement de qualité sur l ensemble du territoire, malgré les contraintes géographiques» (CEFRIO, 2011). Les classes virtuelles présentent plusieurs avantages indéniables. D abord, elles permettent d offrir une plus grande diversité de cours et ainsi rejoindre les clientèles isolées. Les apprenants peuvent demeurer Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 43

dans leur région d origine et participer à des activités de formation qu ils ne pourraient suivre autrement (CEFRIO, 2011). Ensuite, une classe virtuelle est rassurante pour les apprenants peu habitués à suivre des formations à distance et en ligne puisqu elle offre beaucoup de similarités avec une classe traditionnelle (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003). Entre autres, elle permet d'interagir en temps réel avec d autres apprenants et avec un formateur. Ainsi, celui-ci peut s adapter au groupe d apprenants sous sa responsabilité (Horton, 2006). Ceux-ci interagissent dans une communauté, ce qui amène une discipline dont certains apprenants ont besoin. Classe virtuelle Synchronicité Synchrone Lieu À distance ou sur place Autonomie Collaboratif Mode Virtuel seulement Tableau 8: Dimensions de la classe virtuelle PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION Lors des groupes de discussion, deux scénarios de formation en classe virtuelle ont été présentés aux participants. Le premier consiste en une formation en ligne qui se déroule en groupe à horaire fixe. Le formateur et les participants suivent la formation devant leur ordinateur équipé d une caméra et d un microphone. Le formateur présente son contenu via un logiciel de classe virtuelle. Ce scénario de formation a été jugé intéressant pour des formations où il n est pas possible de rassembler des gens dans un lieu commun ou si une problématique touche un nombre important de personnes dispersées dans plusieurs régions. Les participants aux groupes de discussion situés dans des régions plus populeuses (Mauricie, Centre-du-Québec et aux environs de Ste-Hyacinthe) ont plus souvent la chance de suivre des formations en groupe puisqu il peut être plus aisé pour eux de se rendre dans un lieu de formation. Étant donné que la classe virtuelle synchrone ne leur permet pas de suivre la formation selon leur propre horaire, l intérêt pour ce scénario n était pas très élevé. Pour les producteurs en régions éloignées et pour les formations reliées à des productions où il est difficile de rassembler suffisamment de participants pour démarrer un groupe de formation, la formule est pertinente et intéressante. Pour eux, c est le meilleur moyen, parfois le seul disponible, de vivre une interaction de groupe. L ensemble des participants s entendent pour dire qu une formation en classe virtuelle ne doit pas dépasser une demi-journée, ou trois heures de formation. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 44

Le second scénario inclut une partie entièrement en ligne avec théories et exercices qui peuvent être faits au rythme de l utilisateur. Des rencontres planifiées à horaire fixe en classe virtuelle s ajoutent à la formation entièrement en ligne. Ce scénario a été accueilli positivement par la majorité des participants. Pour eux, la réalisation d une partie de formation en ligne permet de diminuer le nombre de rencontres synchrones. Une formation de ce type est donc plus flexible et peut mieux s ajuster au rythme de vie des producteurs agricoles. Par contre, il doit y avoir un dosage pour s assurer qu il n y ait pas trop de rencontres planifiées, ce qui réduit l avantage perçu par ce type de formation. Les participants aux groupes de discussion ont mentionné que la formation entièrement en ligne demande beaucoup de motivation et d autodiscipline. L utilisation de la classe virtuelle pour des rencontres planifiées permet de placer des échéanciers, des balises pour que tout le groupe arrive en même temps. Ces rencontres obligent les apprenants à avancer dans le parcours d apprentissage entièrement en ligne. EXPÉRIENCE DE FORMATION UTILISANT LA CLASSE VIRTUELLE Nous avons recensé plusieurs expériences québécoises de formation en classe virtuelle. Les plus récentes font appel à l utilisation d Internet pour la transmission des données visuelles et sonores d un ordinateur à l autre. Les plus anciennes font appel à diverses technologies de vidéoconférence et comportent moins de composantes et de fonctionnalités que les expériences récentes. Au Québec, il semble que certaines institutions utilisent abondamment les classes virtuelles pour livrer leur formation. C est pourquoi nous rapportons ici, en plus de 3 expériences états-uniennes, six expériences québécoises différentes. UTILISATION DU LOGICIEL CENTRA ET D UN FORUM DE DISCUSSION DANS UNE FORMATION DE DEUXIÈME CYCLE UNIVERSITAIRE (ÉTATS-UNIS) (MURPHREY, MURPHREY, 2005) Description du projet Le cours de deuxième cycle universitaire Methods of Technological Change du Texas A&M University visant à préparer les étudiants à la gestion de changement technologique lors de projet de développement international en agriculture a été donné en utilisant le logiciel de classe virtuel «Centra» et un forum de discussion. Les auteurs de l article ont voulu aller chercher l opinion des apprenants quant à l utilisation de ces deux outils dans l apprentissage. Les étudiants ont perçu le forum de discussion comme étant moins pertinent par rapport à la classe virtuelle. Ils jugent tout de même utiles les discussions qui y ont eu lieu. Par contre, le forum de discussion Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 45

permet une communication asynchrone et implique un délai de réponse et davantage d efforts pour rédiger et poster des messages. Les étudiants se sont sentis forcés de participer au forum. Pour le logiciel de classe virtuelle, la principale limite se situe au niveau des problèmes techniques qui ont beaucoup influencé l opinion des utilisateurs de cette technologie. FORMATION UNIVERSITAIRE EN AGRICULTURE UTILISANT UN SYSTÈME DE VIDÉO BIDIRECTIONNELLE. (ÉTATS-UNIS) (MILLER ET PILCHER, 2001) Description du projet Dans un article paru en 2001, Miller et Pilcher décrivent les processus cognitifs utilisés dans une série de cours enseignés à distance en utilisant un système de vidéoconférence bidirectionnelle. Les cours étaient suivis en groupe dans différents sites. Il y avait un groupe en présentiel sur le campus ainsi que plusieurs groupes dans des sites aménagés à l extérieur du campus. La vidéoconférence avait lieu d une salle à l autre. Miller et Pilcher ont constaté que les étudiants hors campus ont utilisé des processus cognitifs supérieurs par rapport aux apprenants qui suivaient le cours sur le campus. Les étudiants sur le campus étaient davantage en mesure de se rappeler et de traiter l information. Pour leur part, les étudiants hors campus faisaient appel à des processus cognitifs supérieurs comme la création et l évaluation. La principale hypothèse expliquant ceci est que les apprenants hors campus étaient généralement plus âgés et avaient plus d expériences. En effet, les technologies en lignes permettent de rejoindre des gens plus éloignés qui sont actuellement en exercice dans une entreprise. Ils n ont pas le même profil que les étudiants qui suivent leurs cours sur le campus. Donc, lorsque les étudiants hors campus interagissent avec l instructeur à l aide des technologies de vidéoconférence ou de classe virtuelle, il est possible que cela stimule chez eux des processus cognitifs plus élevés. En effet, ceux-ci peuvent rattacher plus rapidement les contenus à leur expérience sur le terrain et ainsi percevoir et traiter l information plus rapidement que les étudiants sur le campus. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 46

FORMATION SUR L INDUSTRIE DE LA GÉNÉTIQUE. (ÉTATS-UNIS) (SUTPHIN, 2000) Description du projet Une formation ayant comme objectif d exposer les étudiants à l industrie de la génétique a été offerte dans 5 universités et 5 autres sites reliés à distance par vidéoconférence. Dans chaque site relié par vidéoconférence, un facilitateur était présent. Onze conférenciers provenant du Canada et des États-Unis livraient le contenu du cours. Étant donné les dépenses élevées reliées aux déplacements de ces conférenciers, l utilisation de la vidéoconférence visait à réduire les coûts. Les outils utilisés dans cette formation ont été, outre la vidéoconférence, un forum où conférenciers et étudiants étaient invités à participer. Le courriel était également utilisé pour poser des questions. Un site web de cours avec la photo des étudiants, des articles, un syllabus et un lien vers le forum de discussion étaient mis à la disposition des étudiants. Cette expérience a mis en lumière certains obstacles. D abord, au niveau de la technologie utilisée, il y avait des limites techniques. Il n était pas possible de poser des questions en simultanée. Une courte période de questions était donc réservée à la fin des exposés. D après les auteurs, le temps pour traiter l information devient trop long si les contenus livrés durant la conférence et la période de questions sont séparés. La technologie n a pas permis de bien livrer des indices non verbaux. Il y avait un léger retard dans la transmission de l image et celle-ci n était pas de bonne qualité. Donc, un des avantages importants de l utilisation de la vidéoconférence ne pouvait se matérialiser. Un autre obstacle soulevé est une peur au niveau social. Les étudiants n étaient pas à l aise avec les technologies de vidéoconférences. Les étudiants dans les sites hors campus étaient gênés, ils avaient peur de paraître insipides. Ils avaient l impression que l utilisation de l outil de classe virtuelle rendait l activité plus formelle. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 47

INITIATION À L AGRICULTURE BIOLOGIQUE (QUÉBEC) (DANIELLE NOËL, CÉGEP DE MATANE) Description du projet La Table de concertation en agroalimentaire de la Gaspésie avait mandaté le Collectif régional en formation agricole de la Gaspésie pour développer une formation en agriculture biologique. En 2003-2004, ce cours d une durée de 30 heures donné en classe virtuelle a été développé et offert par le Cégep de Matane. La clientèle cible provenant de la grande région gaspésienne, la classe virtuelle était un moyen de pouvoir avoir un nombre suffisant d apprenants pour démarrer un cours. Il a été offert à 2 groupes d une vingtaine de participants. Les apprenants avaient entre 24 et 50 ans et leur dernier niveau de scolarité complété variait du secondaire 3 au diplôme de deuxième cycle universitaire. Il y avait des gens de différents secteurs : maraîchers, serres, services. Certains étaient de jeunes retraités, des gens qui avaient une petite entreprise ou qui désiraient démarrer une petite production. Démarche de développement La formation a été développée par M me Danielle Noël, qui est enseignante au CÉGEP de Matane. Elle a été aidée par une conseillère pédagogique. M me Noël a développé les contenus qui ont été par la suite soumis pour validation à la conseillère pédagogique. Les contenus ont été bâtis à l aide du logiciel de présentation PowerPoint. Les présentations devaient pouvoir être présentées à l aide de la plateforme VIA, l outil utilisé par le groupe Collegia. Le Cégep de Matane fait partie du Groupe Collegia qui est un consortium des services de formation continue qui inclut le Cégep de Matane et le Cégep de la Gaspésie et des Îles. Ils offrent les outils technologiques ainsi que la formation nécessaire à leur utilisation. Notons que les seuls coûts de développement de la formation sont les salaires de l enseignante. Environnement d apprentissage L outil de classe virtuelle VIA était au cœur de l environnement d apprentissage du cours. Grâce à VIA, l enseignante pouvait communiquer par voix ou par visioconférence aux apprenants. Elle pouvait également donner le droit de parole aux apprenants qui étaient équipés d une caméra web et d un microphone. Les participants à la formation pouvaient communiquer entre eux par clavardage. Notons également que le courriel et le téléphone ont également été utilisés à l extérieur des heures de cours. L enseignante pouvait faire afficher sur l écran des participants des présentations PowerPoint ou des documents Excel. Mme Noël a noté certaines limites aux technologies utilisées. D abord, la bande passante limitée de certains participants a fait en sorte que la visioconférence n a pas été utilisée. Mme Noël ne pouvait donc pas avoir de signes non verbaux des participants à la formation. À cause de cette limite au niveau de la bande passante, Mme Noël restait en terrain connu et elle n a pas utilisé toutes les fonctionnalités du logiciel VIA. Pour cette formation, les activités d apprentissage proposées étaient des exposés et des Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 48

exercices à partir du matériel des apprenants. Avec davantage de formation, d entraînement et une meilleure bande passante, elle aurait pu aller plus loin et varier davantage ses méthodes d enseignement. Les participants n ont pas eu de formation sur l outil de classe virtuelle. Ils ont par contre été contactés une semaine avant le début du cours pour tester l outil sur leurs ordinateurs. Mme Noël juge qu une formation à l utilisation de VIA aurait été pertinente et aurait rassurée les participants. Soutien offert Le soutien était offert par un technicien de VIA par courriel et par téléphone. Un technicien du Cégep de Matane était présent à chaque début de cours et aidait l enseignante lors du démarrage de la session de formation. Il s assurait que tout était bien connecté et fonctionnel. Résultats En général, le cours a été apprécié. Les participants ont aimé pouvoir le suivre à partir de leur domicile. Ils ont également apprécié le fait d avoir un enseignant expert de contenu qui a structuré le cours et la possibilité d avoir des contacts avec les autres membres du groupe. Chaque cours offert durait 3 heures. Des participants trouvaient longues ces heures passées devant un écran d ordinateur. D après Mme Noël, il serait préférable de bonifier une classe virtuelle par d'autres modalités de formation, par exemple, du tutorat. Certains participants ont mentionné qu ils auraient aimé avoir des sessions en présentiel en plus de celles en classe virtuelle. Il faut également mentionner que les limites quant à l utilisation de l outil VIA font en sorte que peu de méthodes d enseignement ont été utilisées. Mme Noël mentionne qu au départ, elle se sentait comme une présentatrice et avait de la difficulté à faire interagir les gens. C était donc difficile pour elle de savoir si des participants avaient décroché. D après elle, avec davantage de formation et d entraînement avec les différentes fonctions de l outil VIA, elle aurait été en mesure de surmonter ces difficultés et de créer un cours de qualité égale par rapport à un cours en classe. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 49

PROJETS DE FORMATION EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE EN CLASSE VIRTUELLE (QUÉBEC) (DENIS LAFRANCE, CÉGEP DE VICTORIAVILLE ET LOUIS LATERREUR, MAPAQ) Description du projet Le Cégep de Victoriaville est situé dans la région du Centre-du-Québec, à environ 2 heures de route de la majorité des fermes québécoises. Pour certaines activités de formation, il y avait une demande pour que des gens plus éloignés puissent suivre les formations offertes à Victoriaville. Le Cégep de Victoriaville a utilisé l outil de classe virtuelle VIA pour diffuser des formations en ligne et des formations hybrides. Pour chaque formation, les apprenants avaient le choix de suivre la formation sur place ou en ligne. Nous présentons ici des exemples de projet de formation coordonnés par M. Denis Lafrance. Un premier exemple de projet consiste en une formation pour des conseillers agricoles en agriculture biologique. Cette formation était d une durée de 30 jours en plus de 4 jours de mentorat; 15 jours ont été donnés à distance. Les sessions à distance pouvaient être suivies à partir de la maison ou dans des bureaux du MAPAQ. Elles étaient suivies à temps partiel sur une période de 2 ans et 4 mois. Le deuxième projet de formation consistait en une conférence sur l innovation et la mise en marché en agriculture biologique. La conférence se déroulait à Victoriaville, mais était retransmise avec l outil de classe virtuelle VIA vers d autres sites en régions plus éloignées. Les gens étaient rassemblés en groupe dans des bureaux du MAPAQ. Ils ne pouvaient avoir accès aux conférences à partir de leur ordinateur personnel. Démarche de développement Pour la formation des conseillers en agriculture biologique, les cours étaient d abord conçus pour être donnés en classe. Ils ont été adaptés pour être donnés en classe virtuelle. Étant donné que les membres du groupe étaient soit en présence du formateur ou soit à distance, le déroulement des activités d apprentissage a été modifié pour concentrer les activités exigeant la présence de tout le groupe. Lors de la conception des cours, le conseiller pédagogique sélectionne un formateur/expert de contenu qui développe la formation. Les dépenses de développement de la formation consistent en les salaires du formateur et du conseiller chargé du dossier. Le conseiller offre son support lors du développement. Le formateur conçoit des présentations PowerPoint qui sont ensuite diffusées à l aide de la plateforme VIA. Peu d adaptation quant au contenu est faite. Pour la formation donnée sous forme de conférence, un conférencier français est venu présenter son expérience dans le secteur. Il n a pas fait d adaptation à sa conférence pour pouvoir la donner en présence et à distance. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 50

Environnement d apprentissage L environnement d apprentissage pour les apprenants qui suivaient la formation en ligne consistait en l outil de classe virtuelle VIA. Dans la salle de classe, le formateur donnait son cours à un groupe en présence. Une caméra et un microphone étaient installés dans la classe et permettaient de retransmettre aux apprenants en ligne le contenu visuel et audio de la formation. Également, un tableau blanc interactif 5 permettait aux groupes en présence et à distance de voir ce que le formateur écrivait sur le tableau. Les participants en ligne pouvaient obtenir le droit de parole, mais généralement ils utilisaient le clavardage pour poser des questions. Pour la conférence, le facilitateur présent dans chacun des sites était chargé de recueillir et de transmettre les questions. Il y a certaines limites aux différentes technologies dans l environnement d apprentissage en ligne. D abord, il y a eu des problèmes au niveau des animations à l intérieur des PowerPoint et des vidéos. Ils étaient retransmis avec un retard dans l affichage. Il y a également eu des problèmes techniques qui ont causé une journée de retard. De plus, ils ont dû annuler une journée de formation. Soutien offert Pour chaque formation, le conseiller pédagogique procédait à un test de son au début de la journée. Au besoin, un technicien de SVI esolutions, (l entreprise distribuant le logiciel VIA), était disponible. Avant d'entreprendre la formation, chaque apprenant avait la responsabilité d appeler un technicien de SVI esolutions pour vérifier si le tout fonctionnait avec leur propre configuration. Le soutien technologique pour les participants en ligne était offert par le MAPAQ lorsque la formation était suivie dans un de leurs bureaux. Une heure de formation à l utilisation de l outil de classe virtuelle VIA a été offerte aux participants de la formation pour les conseillers en agriculture biologique. D après Denis Lafrance, davantage de formation aurait été souhaitable. Ainsi, les participants auraient été plus à l aise à utiliser toutes les fonctionnalités de VIA. Pour la conférence, il y a eu un essai une semaine avant pour tester la configuration. Un facilitateur à chacun des sites a appris à calibrer la plateforme. Résultats Les conseillers techniques ayant participé à la formation en ligne ont été heureux de pouvoir suivre la formation, ce qu ils auraient pu difficilement faire si elle avait seulement été offerte en classe. Les 5 Un Tableau blanc interactif remplace un tableau avec craie ou crayon. Il permet d écrire sur un tableau sur lequel s affiche ce qu on y écrit grâce à un projecteur. Ce système électronique permet de retransmettre ce qui y est affiché vers un autre ordinateur au travers du logiciel VIA. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 51

déplacements étant limités, les apprenants qui ont entrepris la formation en ligne n ont pas abandonné, ce qui aurait pu être différent s ils avaient eu à le faire. Malgré tout, des obstacles au niveau technique ont causé plusieurs désagréments. Denis Lafrance a soulevé des limites quant à l interaction des participants suivant la formation dans un autre lieu que le groupe en présence du formateur. D abord, pour les gens à distance, il y a moins d interaction avec les autres membres du groupe. Il y a plus d interaction entre les participants d un même site à distance, mais beaucoup moins entre les différents sites. Les participants en classe virtuelle sont davantage en mode écoute et interviennent moins. Ils n ont pas la même qualité de présence que les apprenants en classe. Ceci fait en sorte que l apprentissage semble être inférieur par rapport à ce qui se passe en classe. Il y a une difficulté dans la communication entre l enseignant et les participants rejoints avec l outil VIA. D abord, étant donné que le clavardage a été utilisé pour poser des questions, le formateur devrait regarder un écran devant lui pour vérifier s il y avait des questions. Puisque le formateur ne regarde pas constamment l écran, il y avait un délai avant de répondre aux questions. Certains formateurs avaient même tendance à oublier les apprenants en classe virtuelle. Ce manque d interaction rend la formation plus ennuyante pour les participants en ligne. FORMATION SUR UN LOGICIEL DE REDDITION DE COMPTES (QUÉBEC) (MICHEL DUPUIS, COORDINATION SERVICES-CONSEILS) Description du projet Le projet de formation, coordonné par Michel Dupuis de la Coordination Services-Conseils (CSC), visait à former des conseillers, des professionnels, des techniciens et des adjoints administratifs à un logiciel développé par leur organisation. Chaque participant suivait la formation devant son écran d ordinateur. La CSC a développé un logiciel de reddition de compte pour les membres de son organisation. Lorsqu il y a des mises à jour ou des nouveautés, ils doivent réaliser des activités de formation avec les utilisateurs de ce logiciel. Étant donné que la clientèle à former est répartie sur l ensemble du territoire québécois, des formations en présentiel entraînent des coûts importants. La CSC jugeait que cette formation n exigeait pas d interaction et qu il n était pas nécessaire de rassembler les gens pour la donner. Démarche de développement La formation a été développée par un conseiller en développement organisationnel et un programmeur. Tous les deux sont des employés de la CSC. Le conseiller a défini les grands objectifs tandis que le Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 52

programmeur qui est l expert de contenu a structuré et livré la formation. Il n y a pas de matériel de formation autre que le logiciel lui-même. Les coûts de développement consistent en les salaires des employés chargés de développer le projet. Environnement d apprentissage Pour livrer la formation, le logiciel Bys de l entreprise Facilis a été utilisé pour la vidéo. Pour que le formateur et les apprenants puissent se parler entre eux, ils ont privilégié la conférence téléphonique. Ceci limite les difficultés qui peuvent survenir si la bande passante de la connexion Internet de certains participants est trop restreinte. Grâce au logiciel de partage d écran à distance BYS, le formateur pouvait faire afficher le logiciel sur l écran des apprenants. Le formateur peut faire afficher sur l écran des participants ce qui est affiché sur son propre poste. Cet outil possède peu de fonctionnalités et son interface est très simple à utiliser. Tout le contrôle de l interface est fait par le formateur.. M. Dupuis a relevé certaines limites aux technologies utilisées. D abord, il y avait un léger délai entre l affichage de l information sur l écran du professeur et celui des participants. Pour expliquer un logiciel, ce délai est difficile à gérer pour le formateur. De plus, l action des participants est limitée. Dans cette formation, M. Dupuis juge que ceci n a pas été problématique. Par contre, il aurait été intéressant pour les participants de partager leur propre écran pour expliquer les problèmes qu ils ont rencontrés. L utilisation du téléphone nuit à l instauration d une dynamique de groupe. Il est difficile de distribuer les droits de parole. De plus, le formateur ne voit pas les apprenants et ne peut avoir de rétroaction directe avec eux. Soutien offert Le formateur offrait le soutien technique aux apprenants. La compagnie Facilis offrait également du soutien technique au téléphone, mais il n a pas été utilisé. Le formateur étant programmeur, il était très à l aise avec l informatique. Il n a pas eu besoin d être formé à l utilisation de l outil de classe virtuel Bys. Pour leur part, les apprenants ont reçu des explications au téléphone de la part du formateur. Ensuite, ils ont eu un courriel avec les instructions de branchement pour le logiciel utilisé pour la classe virtuelle et pour la conférence téléphonique. L utilisation du logiciel Bys n a pas causé de problèmes du côté du formateur et des apprenants. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 53

Résultats En général, les apprenants sont heureux de pouvoir suivre cette formation sans se déplacer. Ils ont pu épargner temps et argent. Par contre, plusieurs ont trouvé la formation monotone. Il n y a pas eu d interaction entre les apprenants. Ils ont soulevé peu de questions. Donc, bien que les objectifs d apprentissage soient atteints et que les ressources mises en place pour déployer cette formation aient été minimes, l utilisation de la formation en classe virtuelle avec les méthodes utilisées lors de cette expérience ne peut rivaliser avec une formation en présentiel. FORMATION SUR LE BIEN-ÊTRE ANIMAL (QUÉBEC) (JEAN BÉLIVEAU, FÉDÉRATION DES PRODUCTEURS DE PORC DU QUÉBEC) Description du projet De nouvelles exigences règlementaires sur le bien-être animal dans la production porcine seront en vigueur au Québec au courant de l année 2012. Pour accompagner les producteurs dans les démarches visant à se conformer aux nouvelles exigences, la Fédération des producteurs de porc du Québec (FPPQ) a développé une formation en présentiel. Puisque plusieurs producteurs proviennent de régions éloignées, il était difficile pour eux de se déplacer et donc, l adaptation de la formation en classe en formation en ligne a été faite. La formation a été offerte en classe virtuelle à 7 producteurs et à un intervenant du secteur. Démarche de développement Une formation existante développée par la FPPQ a été bonifiée par l ajout d un volet sur le bien-être animal. Les nouveaux contenus ont été bâtis en collaboration avec une firme externe. Un spécialiste de contenu de la FPPQ, M. Jean Béliveau, et la firme externe ont participé au développement de la formation qui était donnée en présentiel. Pour la formation en ligne. Jean Béliveau a adapté le contenu pour l offrir en classe virtuelle. Le matériel a été converti en document PowerPoint qui a été utilisé lors de la formation. Environnement d apprentissage Le logiciel de classe virtuelle utilisé pour livrer la formation en ligne est Bys Vidéo de la compagnie Facilis. Ce logiciel permet davantage de fonctionnalités que le logiciel de partage d écran à distance BYS. BYS vidéo permet entre autres la présentation de PowerPoint, la transmission de la voix, la transmission de l image du formateur et des apprenants à l aide d une caméra web et finalement le clavardage. Les participants avaient le choix d avoir le son via la plateforme en ligne ou par téléphone. Ceux qui désiraient avoir le son via Internet ne pouvaient communiquer directement avec le formateur. Ceci a été fait pour limiter le recours à la bande passante et limiter les bogues techniques. Un exposé a été présenté aux participants. Ceux-ci avaient un cahier à remplir à l aide des instructions du formateur. Ce cahier comprenait différents formulaires à remplir pour se conformer à la règlementation. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 54

Soutien offert Le soutien a été offert par Facilis, le distributeur du logiciel Bys vidéo. Un test a été fait une semaine avant la formation avec le formateur et les apprenants. Une technicienne de Facilis a également été présente en ligne durant les 15 premières minutes de la formation. Les participants n ont pas vécu de difficultés lors de la connexion à l outil de classe virtuelle et pour la conférence téléphonique. Par contre, seulement 4 participants sont demeurés connectés à la conférence téléphonique. Donc, il n était pas possible de parler de vive voix aux 4 autres participants à la formation. Les participants n ont pas eu de formation sur l utilisation de Bys Vidéo. Les différentes fonctionnalités n ont pas été exploitées par les participants. D après Jean Béliveau, une courte formation de quelques minutes aurait permis une meilleure utilisation de l outil de classe virtuelle. Résultats Des limites ont été constatées dans la façon dont la formation a été livrée. D abord, dans la formation en classe, des mises en situation et des études de cas étaient réalisées en équipe. M. Béliveau n était pas en mesure de faire ce type d activité en ligne. Ensuite, l utilisation du téléphone diminuait les possibilités d interaction. L avantage du téléphone est de diminuer le recours à la bande passante. Ainsi, l accès à la formation est facilité pour les participants ayant une connexion Internet moins rapide. Le fait de ne pas pouvoir parler directement à la moitié des participants qui ne sont pas restés connectés à la plateforme a diminué l interaction entre les participants. C est ce manque d interaction qui fait croire à M. Béliveau que la formation en ligne est inférieure en termes d apprentissage par rapport à la même formation offerte en classe. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 55

AEC EN GESTION D ENTREPRISE AGRICOLE ET COURS NON CRÉDITÉS EN AGROTOURISME ET EN PRODUCTION CAPRINE (QUÉBEC) (CATHERINE VEILLEUX, CÉGEP DE BEAUCE-APPALACHES) Description du projet Le Cégep de Beauce-Appalaches offre déjà plusieurs cours en formation continue en classe virtuelle synchrone. Nous présentons ici des projets de formation créditée et non créditée. Dans les dernières années, deux projets de formation non créditée ont été développés par le Cégep de Beauce-Appalaches, soit un en agrotourisme et un en production caprine. La durée des formations est de 24 heures pour la formation en agrotourisme et de 12 heures pour celle en production caprine. La Table agroalimentaire de Chaudière-Appalaches, l Union des producteurs agricole et le Collectif régional en formation agricole ont demandé qu une formation en agrotourisme et en production caprine soit offerte à la clientèle agricole. Elles ont été développées en ligne pour répondre au problème du manque d inscription pour le démarrage d un groupe. Le projet de formation créditée présenté ici est le programme de gestion d entreprise agricole menant à une attestation d études collégiales (AEC). Ce programme est offert entièrement à distance en classe virtuelle synchrone. Le programme de 765 heures se déroule à raison de 12 heures par semaine. Les formations sont offertes en soirée. Les examens se déroulent en classe. Ce programme a été mis en place en partenariat avec le Centre de formation agricole de Saint-Anselme. Bien qu il y avait un besoin dans la région, ils ont décidé d offrir le programme en ligne en classe virtuelle à la grandeur de la province. Ceci permettait de rejoindre une plus grande clientèle et d augmenter les chances de démarrer le programme. Démarche de développement Pour les cours non crédités, leur développement a été coordonné par le Collectif régional en formation agricole de Chaudière-Appalaches. Le répondant en formation agricole de la région a étudié les besoins et a embauché un formateur qui possédait déjà un contenu de formation en classe. Le formateur devait donc l adapter pour l offrir en ligne. Un conseiller pédagogique a offert son support pour l adaptation du matériel. Pour le programme de gestion d entreprise agricole, un conseiller pédagogique, plusieurs professeurs de différents cégeps et une gestionnaire experte de contenu ont participé au développement des cours. PowerPoint, la suite Office, un logiciel spécialisé en comptabilité et un outil de classe virtuelle ont été utilisés. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 56

Environnement d apprentissage L environnement d apprentissage est similaire pour les cours crédités et non crédités. L outil de classe virtuelle VIA est utilisé. Plusieurs fonctionnalités comme le travail d équipe, le partage d écran et la vidéoconférence sont utilisées par les enseignants. Ces fonctions exigent une connexion Internet haute vitesse, ce qui élimine une partie de la clientèle. Elles exigent également que le formateur soit à l aise avec le logiciel de classe virtuelle. La bonne connaissance de l environnement de la classe virtuelle permet aux enseignants du programme en gestion d entreprise agricole de diversifier leur enseignement. Outre les exposés, les enseignants peuvent planifier des exercices en équipe et ainsi faire interagir les apprenants en petits groupes au travers du logiciel VIA. Des vidéos, du texte, de l audio et des animations sont présentés aux apprenants. Il y a donc moins de limites au niveau de la bande passante puisqu une connexion à haute vitesse est exigée pour pouvoir participer à la formation. Soutien offert Pour l AEC en gestion d entreprise agricole et les cours non crédités, les conseillers pédagogiques se sont impliqués pour offrir du soutien pédagogique aux enseignants. SVI esolutions offrait l assistance technique relative au logiciel VIA pour les formateurs et les apprenants. Avant le début des sessions de formation, un test est fait sur l équipement de chacun des participants. Pour les apprenants, il y a une période d adaptation au début de la formation qui dure quelques heures. Pour les formations non créditées de courte durée, cela peut poser problème. D après un participant inscrit au programme, une formation au logiciel de classe virtuelle utilisée durant le cours serait pertinente. Résultats Nous avons pu recueillir des commentaires de personnes qui ont participé aux formations en classe virtuelle pour la formation continue en agrotourisme et pour le programme en gestion d entreprise agricole. Pour le cours en agrotourisme, une participante a mentionné que le groupe n était pas homogène. Certains étaient plus avancés que d autres dans le domaine. Les besoins de formation variaient d un individu à l autre. La classe virtuelle ne permet pas d avancer à son rythme. Le fait d avoir un cours par semaine ne permettait pas au formateur de donner du travail aux apprenants et de personnaliser le cours selon les besoins de chacun. Certaines personnes ont rencontré des difficultés techniques, entre autres au niveau du son. Ces bogues font perdre du temps durant les cours. Pour le programme en gestion d entreprise agricole, les gens étaient généralement satisfaits. Ils ont apprécié le fait de pouvoir rester à la maison pour suivre le cours, même si parfois l environnement immédiat n aide pas à la concentration. Ils ont eu la possibilité de travailler et d étudier en même temps : Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 57

«on a les deux pieds dedans». Une des raisons évoquées par un participant pour montrer que la modalité de formation était bien choisie est que le programme se concentre sur des cours reliés à la gestion. Ces cours n exigent pas nécessairement d activités sur le terrain. Ce qui a été moins apprécié est l isolement et le peu de communication entre les membres des groupes de formation. Également, un participant nous a mentionné que le cours se donne à raison de 12 heures par semaine réparties sur 4 jours, ce qui est exigeant. D après lui, les cours en classe virtuelle ne devraient pas dépasser 2 heures. Pour le programme en gestion agricole, il y a 40 % d abandon. Ceci s explique en partie par le fait que le programme est réparti sur 2 ans, ce qui fait augmenter le risque d abandon. M me Veilleux donnait l exemple d un programme offert en classe virtuelle dans le domaine de l assurance qui a un taux d abandon de 16 % après la première session de cours. Principalement, les personnes abandonnent parce qu ils ont de la difficulté à faire leur travail le jour et à suivre les cours en soirée à raison de 3 heures par soir pendant 2 ans. Un participant qui a complété le programme a mentionné que de suivre ce type de formation exige beaucoup de discipline et d organisation. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 58

COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE EN LIGNE DÉFINITION Des opportunités d apprentissage se présentent souvent par le contact avec d autres. Un producteur porcin peut, lors d une journée champs ou d un congrès d une association, parler à un autre producteur et apprendre de nouvelles façons de faire. Le contact entre praticiens d un domaine est au cœur des communautés de pratique. Ce type d activité d apprentissage permet d offrir un certain encadrement aux interactions des membres d un groupe de gens œuvrant dans un secteur pour que ceuxci atteignent leurs objectifs d apprentissage. La communauté de pratique se définit comme ceci : Groupes de personnes qui se rassemblent afin de partager et d apprendre les uns des autres, face à face ou virtuellement. Ils sont tenus ensemble par un intérêt commun dans un champ de savoir et sont conduits par un désir et un besoin de partager des problèmes, des expériences, des modèles, des outils et les meilleures pratiques. Les membres de la communauté approfondissent leurs connaissances en interagissant sur une base continue et à long terme, ils développent un ensemble de bonnes pratiques. (Wenger, McDermott et Snyder, 2002, tiré de CEFRIO, 2005) Grâce au TIC, il est maintenant possible de mettre en place des communautés de pratique en ligne. Ces communautés peuvent communiquer de façon synchrone par visioconférence, conférence audio, clavardage ou de façon asynchrone par courriel ou à l intérieur de forums de discussion. Les forums de discussion sont généralement privilégiés puisqu ils permettent d archiver les différentes interventions des membres de la communauté de pratique et ainsi constituer une base de connaissances. La communauté de pratique est une approche intéressante dans le contexte de la formation agricole. Comme nous l avons mentionné plus haut, l interaction est une composante essentielle de l apprentissage en agriculture et la communauté de pratique stimule et encadre les interactions. Celles-ci sont au centre du contenu d apprentissage. Donc, la formation à distance et en ligne «doit faciliter la formation de communauté d apprentissage dans laquelle les participants ont des opportunités de collaborer et de discuter de problèmes communs qui mènent à une approche d apprentissage assistée par les pairs.» (Menalled, Grimberg, Jones, 2009) Communauté de pratique en ligne Synchronicité Synchrone ou asynchrone Lieu À distance Autonomie Collaboratif Mode Virtuel seulement Tableau 9: Dimensions de la communauté de pratique en ligne Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 59

PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION Nous avons présenté au groupe de discussion un scénario de formation en communauté de pratique en ligne. Dans ce scénario, un site web servait à échanger et à discuter. Un forum de discussion et un outil de clavardage étaient mis à la disposition des apprenants. Les producteurs et employés participants à la communauté de pratique seraient appelés à échanger leurs expériences, leurs informations à l aide du site web du cours. Un formateur/animateur serait appelé à encadrer, animer et diriger les discussions. Les participants ont spécifié que cette façon de faire est intéressante si la communauté de pratique est bien encadrée, bien structurée. L animateur doit stimuler les interactions pour s assurer de la participation des membres du groupe. Une possibilité soulevée est de former une communauté de pratique en la reliant à une autre modalité de formation à distance et en ligne. Deux obstacles quant à la participation à des communautés de pratique sont perçus. D abord, le manque d instantanéité dans les réponses aux questions et dans les interactions pourrait restreindre la participation. En effet, dans une communauté de pratique en ligne utilisant des outils asynchrones comme des forums de discussions, les réponses aux questions posées peuvent survenir quelques jours plus tard. Un deuxième obstacle est l effort supplémentaire d interagir par le mode écrit dans un forum de discussions. Un participant au groupe soulignait : «se former, c est en plus des 50 heures de travail par semaine. Nous n avons pas le temps pour participer à des forums.» Pour les productions où il y a peu de producteurs et les régions où la densité de producteurs agricoles est faible, l intérêt est plus important. La communauté de pratique permet l échange d informations provenant de l expérience. Puisque ces producteurs et employés ont moins d opportunités d échanger avec d autres gens du domaine, la communauté de pratique est une formule intéressante pour eux. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 60

EXPÉRIENCE DE FORMATION EN COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE FORMATION EN APPRENTISSAGE PAR PROBLÈME POUR DES ÉTUDIANTS EN SCIENCES AGRICOLES (CANADA) (KENNY, BULLEN, LOFTUS, 2006) Description du projet L objectif de l expérimentation des auteurs de l article en question ici était de vérifier, sous l'angle de l apprentissage par problème, l'existence et la nature de problèmes formulés par les étudiants dans un cours en ligne en sciences agricoles. Ils ont choisi de placer les étudiants devant des problèmes et de les faire travailler en groupe sur les solutions. Cette méthode s apparente à ce qui se fait dans une communauté de pratique. Par cette expérimentation, les auteurs ont voulu vérifier s il y a des preuves que des étudiants en sciences agricoles montrent des comportements ou habiletés reliées à la résolution de problèmes lors d un cours en ligne centré sur cette approche. La formation se déroulait sur un forum de discussion qui remplaçait des rencontres en présence. Le forum était utilisé pour définir un problème, pour déléguer les tâches entre les participants du groupe et pour rapporter les résultats des recherches de chacun. Les auteurs ont découvert que la résolution de problèmes en communauté de pratique encourage les étudiants à démontrer des comportements adéquats reliés à la résolution de problèmes. Ils sont donc en mesure de transposer une méthode utilisée en classe à un environnement de communauté de pratique en ligne. Par contre, ils n ont pas démontré que l utilisation d une modalité en ligne améliore le processus d apprentissage issu de cette approche. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 61

MISE EN PLACE DE COMMUNAUTÉS DE PRATIQUE EN AGROALIMENTAIRE (QUÉBEC) (LYNE DESNOYERS, CENTRE DE RÉFÉRENCE EN AGRICULTURE ET AGROALIMENTAIRE DU QUÉBEC) Description du projet Le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) rassemble des agronomes, des chercheurs, des conseillers et d autres intervenants du secteur agricole et agroalimentaire. Ceux-ci travaillent sur différents comités et cherchent à rassembler et vulgariser de l information destinée aux praticiens du secteur. En 2008, suite à un sondage portant sur les besoins en technologie de l information réalisé auprès des conseillers agricoles, le CRAAQ a constaté la pertinence de développer un outil permettant le travail et la mise en commun des informations et expériences de leurs membres. Ils avaient besoin de leur fournir un moyen permettant de «démarginaliser» des gens qui travaillent souvent seuls et qui ont besoin de l expertise d une communauté de pratique. Pour travailler et échanger sur des dossiers en particulier, ils ont développé un outil appelé bureau virtuel. Les utilisateurs actuels du bureau virtuel sont les conseillers agricoles et des chercheurs d Agriculture Canada, du MAPAQ et des universités. Pour l instant, peu de producteurs démontrent de l intérêt pour participer à des communautés de pratique avec le CRAAQ. Chaque communauté est structurée autour d une thématique. Elle possède un classeur virtuel où déposer des documents et un espace privé pour échanger à l aide d un forum de discussion. L interface du bureau virtuel fait le pont vers l outil de classe virtuel VIA qui permet de faire des rencontres de groupe synchrones. Le contenu de cette activité d apprentissage est bâti par les participants. Chacun collabore à l apprentissage des membres du groupe en participant à l atteinte des objectifs fixés au départ par la communauté. Démarche de développement Le Centre de recherche en informatique de Montréal (CRIM), le Centre facilitant la recherche et l innovation dans les organisations (CEFRIO) et le CRAAQ ont participé au développement du bureau virtuel. Le CEFRIO a supporté le CRAAQ dans la mise en place des communautés de pratiques. Ils ont offert la formation aux animateurs, le soutien et l accompagnement aux communautés de pratique. Les programmeurs du CRIM ont développé la plateforme de collaboration en ligne utilisée par les membres des communautés de pratiques. Un logiciel libre servant à bâtir un portail d informations pour une entreprise a été adapté pour les besoins des utilisateurs du CRAAQ. L utilisation d un logiciel libre comme base de leur technologie fait en sorte que les utilisateurs du bureau virtuel n ont pas à payer pour la licence du logiciel. Ceci permet de réduire les coûts reliés à l utilisation de l outil. Par contre, pour le développer, les dépenses sont considérables. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 62

Chaque journée de travail avec les programmeurs du CRIM coûte environ mille dollars. Donc, pour faire des modifications ou des mises à jour, le CRAAQ doit recourir au service du CRIM au tarif mentionné cihaut. Trois groupes ont mis à l essai l outil développé par le CRAAQ : Valacta, dans le domaine animal, Agrinova, dans le domaine végétal et le réseau d expertise en gestion agricole pour le domaine de la gestion. Après cette période de rodage, la plateforme a été présentée aux différents comités de travail du CRAAQ. Ils sont actuellement prêts à diffuser leur outil et leurs façons de faire à plus grande échelle. Environnement d apprentissage Le bureau virtuel consiste en un site web hébergé sur un serveur externe. Il y a un espace public pour tous les utilisateurs du bureau virtuel et des espaces privés pour chacune des communautés de pratique. Les différentes composantes de l environnement sont : un classeur pour déposer de la documentation, un forum de discussion servant également de base de connaissances, un module de clavardage, une galerie d images, un wiki. Des tutoriels sont intégrés à la plateforme. Ils prennent la forme de vidéos, d un wiki et d un guide d utilisateur. Soutien offert Outre les tutoriels, le soutien est offert par téléphone ou par courriel par le CRAAQ. Ils offrent également un soutien pour le démarrage de la communauté de pratique. Une rencontre physique avec l animateur du groupe a lieu avant d'entreprendre les activités. Les conseillers du CRAAQ aident à la création des thèmes et catégories où seront classés les messages du forum de discussion. Ils clarifient avec le formateur/animateur l objectif du forum et ceux de la communauté de pratique. Il y a ensuite une rencontre en personne ou en ligne avec les membres de la communauté. D après Lyne Desnoyers, cette rencontre est importante puisqu on prend le temps avec les participants de leur expliquer le fonctionnement de l outil. Sinon, ils ne l exploreront pas nécessairement par eux-mêmes. Idéalement, cette rencontre est faite en personne, ce qui permet de sécuriser les gens moins à l aise avec l informatique. Mme Desnoyers note que lorsqu une communauté de pratique est mise en place, il y a une période d adaptation. Au début, il peut y avoir beaucoup de «voyeurs», c est-à-dire des gens qui ne participent pas activement, mais qui consultent les messages des autres. Ce phénomène peut perdurer dans le temps. L animateur peut alors tenter par différents moyens de les faire participer aux discussions. Résultats Les groupes qui ont bien réussi la période de démarrage, et où les gens participent et utilisent bien l outil, sont satisfaits du travail qui s y fait. Il y a eu plusieurs exemples de réussite depuis le déploiement du bureau virtuel. Par exemple, le Centre d'expertise et de transfert en agriculture biologique (CETAB) a démarré un projet de communauté de pratique qui doit durer 3 ans. Ils en sont à leur deuxième année. Ils visaient à ce stade-ci une trentaine d utilisateurs et ils ont actuellement une centaine de participants. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 63

Par contre, certains ont de la difficulté avec des fonctionnalités de l outil qui ne fonctionnent pas comme ils le voudraient. L ajout au bureau virtuel de l outil de classe virtuel VIA est très apprécié même si plusieurs membres de communautés de pratique ont soulevé des problèmes techniques. M me Lyne Desnoyers souligne que le bureau virtuel est souvent utilisé en appui à d autres modes de formation. La communauté de pratique est basée sur le développement d une base de connaissances commune qui se construit par les échanges entre membres du groupe. L avantage du bureau virtuel est qu il permet un archivage commun des informations, des documents, ce qu un échange par téléphone ou par courriel ne permet pas. La problématique des «voyeurs» est présente pour plusieurs des communautés de pratique démarrées par le CRAAQ. Pour une communauté de 150-200 personnes, il peut y avoir environ 20 personnes actives. Des interventions doivent être faites pour faire participer une plus grande proportion des membres du groupe. M me Lyne Desnoyers a relevé des conditions gagnantes quant à l établissement et au fonctionnement des communautés de pratique. D abord, il faut prendre le temps avec l animateur pour vérifier comment structurer l environnement du groupe. Ensuite, il est nécessaire d avoir un objectif à court terme pour les membres de la communauté et de le réévaluer périodiquement. Finalement, il est fort utile d avoir une charte de fonctionnement de la communauté avec un ensemble de règles que les membres doivent respecter. Par exemple, il peut y avoir des règles concernant entre autres le délai de réponse à une question. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 64

FORMATION HYBRIDE OU MIXTE DÉFINITION La formation hybride ou mixte propose un mélange de différentes formes de formation visant un but commun (Horton, 2006). Généralement, l apprentissage mixte fait appel à l apprentissage en ligne, soit entièrement en ligne ou en classe virtuelle, et d apprentissage en classe. De multiples formules sont possibles. Certaines formules peuvent maximiser le rôle des technologies et permettre davantage d activités qui se déroulent en ligne de façon synchrone ou asynchrone. D autres peuvent utiliser les possibilités d apprentissage en ligne comme soutien à ce qui se déroule en classe. La formation mixte permet de tirer profit des avantages de chacune des modalités de formation. Cet amalgame de différentes méthodes donne généralement de meilleurs résultats au chapitre de l apprentissage et leurs obstacles et faiblesses sont moindres. Cette modalité semble offrir le meilleur potentiel d efficacité dans le contexte agricole canadien (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003). Formation hybride ou mixte Synchronicité Synchrone ou Asynchrone Lieu À distance et en présence Autonomie Individuelle et collaboratif Mode Mixte Tableau 10 : Dimensions du cours en présence avec soutien technologique COURS EN PRÉSENCE AVEC SOUTIEN TECHNOLOGIQUE Une formule de formation hybride possible consiste en un cours en présence avec soutien technologique, un cours amélioré par le web. Cette formule implique une formation en présentiel qui a incorporé des usages pédagogiquement prouvés de technologies web dans sa conception et sa diffusion (Alston, English, 2007). Minimalement, un site web est mis à la disposition des apprenants. Celui-ci peut contenir : - Notes - Notes du présentateur - Syllabus du cours, de la formation - Liens vers des ressources en ligne - Matériel multimédia - Opportunités pour interactions synchrones ou asynchrones (Murphy, 2002) Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 65

Un support technologique donne une plus-value intéressante à une formation. L ajout d un site web et de contenu en ligne permet de se référer au contenu en tout temps. Il est plus aisé pour le formateur de créer des liens et de diriger les apprenants vers des ressources en ligne. Au niveau de la communication, la collaboration entre apprenants devient plus aisée. Finalement, l ajout de la technologie au cours permet aux apprenants de développer leurs habiletés au niveau informatique (Nelson, Thompson, 2005). Cours en présence avec soutien technologique Synchronicité Synchrone Lieu Sur place Autonomie Individuelle ou collaboratif Mode Mixte Tableau 11: Dimensions du cours en présence avec soutien technologique PERCEPTIONS DE CETTE MODALITÉ DE FORMATION Deux scénarios de formation hybride ont été présentés lors des groupes de discussion. Le premier consiste en une formation entièrement en ligne qui se complète de façon individuelle et en une formation en classe de trois heures. Des participants aux groupes de discussion pensent que la formation en ligne peut être intéressante pour procéder à une mise à niveau. Ainsi, le groupe de formation arrive avec un bagage de connaissances plus homogène pour la formation en classe et celle-ci risque d être plus efficace. La formation en classe doit servir à acquérir des savoirs pratiques en proposant au groupe des démonstrations pratiques. Les savoirs théoriques peuvent être intégrés à la formation en ligne. La formation en classe devrait donc offrir des possibilités différentes et complémenter ce qui a été fait durant la formation en ligne. Plusieurs participants ne perçoivent pas beaucoup d avantages au niveau de l accessibilité à la formation pour ce scénario. Pour les producteurs situés près des grands centres, l avantage en termes d économie de temps et de flexibilité est limité. Un participant mentionnait : «Tant qu à aller en classe, aussi bien tout faire en classe». Un participant de la Beauce mentionnait qu il pouvait être difficile de faire sortir des gens de leur ferme pour suivre une formation et qu il ne voyait pas comment ce scénario allait pousser les gens à participer davantage à une activité de formation. Les gens des régions éloignés mentionnent que ce scénario ne permet pas de surmonter complètement l obstacle de la distance. Le deuxième scénario de formation mixte ou hybride présenté comporte trois parties. Une première partie se déroule en formation entièrement en ligne et se complète en environ deux heures. Par la suite, une session en classe virtuelle d environ une heure est réalisée en groupe. Finalement, une demi-journée est consacrée à l apprentissage sur le terrain, c est-à-dire soit à des visites de ferme, des journées champs ou des expérimentations à la ferme. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 66

Pour les participants situés près des grands centres, ce scénario semble fort pertinent puisqu il permet d obtenir les avantages de chacune des modalités d apprentissage en présentiel et en ligne. Le temps utilisé pour la formation en ligne permet d aller à son rythme. Ensuite avec la classe virtuelle, il y a un contact avec le formateur. Finalement, la partie en présentiel donne l opportunité d expérimenter sur le terrain, ce que la formation en ligne peut plus difficilement permettre. Pour les participants provenant de régions éloignées, la problématique de l accès à la formation demeure avec ce scénario. Les scénarios hybrides leur semblent intéressants, mais les parties en présentiel demeurent problématiques, le déplacement nécessaire étant souvent très important. EXPÉRIENCE DE FORMATION MIXTE OU HYBRIDE FORMATION SUR LA DÉRIVE DES PESTICIDES (QUÉBEC) (MAURICE PHÉNIX, ITA DE LA POCATIÈRE) Description du projet L Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière offre plusieurs cours en ligne. Le projet présenté ici n est pas nécessairement représentatif de tout ce qui se fait dans cette institution. Maurice Phénix a coordonné un projet de développement d une nouvelle formation qu il a pu livrer à un groupe pilote. Le cours portant sur la dérive des pesticides visait à faire comprendre ce phénomène et à outiller les apprenants pour qu ils puissent le limiter. La clientèle visée était les conseillers agricoles et les producteurs agricoles. Ce cours était donné en présentiel sur une période de 3 jours. M. Phénix a complètement remodelé le cours pour en faire une nouvelle version en ligne livrée à l aide de la plateforme d apprentissage en ligne Moodle. Il est allé au-delà de l adaptation du cours en classe pour présenter un nouveau cours dans un environnement en ligne. Une journée en présence est demeurée au programme. Cette journée permet de faire des démonstrations, de toucher aux équipements. Démarche de développement Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 67

Avant le développement de cette activité d apprentissage, M. Phénix avait exploré différentes méthodes d ingénierie pédagogiques. Il s est inspiré de différents travaux dont ceux de Gilbert Paquette de la TELUQ sur l approche MISA. 6 La formation a entièrement été développée par M. Phénix. Il était l expert de contenu, le concepteur pédagogique et le concepteur multimédia. Pour créer les contenus multimédias de ce cours, il a utilisé les logiciels de la compagnie Adobe : Dreamweaver, Captivate, Premiere et Illustrator. Ces logiciels prennent du temps à apprivoiser. Par contre, leurs possibilités sont immenses. Pour développer la formation, Maurice Phénix s est inspiré des principes de l approche socioconstructiviste. Un élément primordial du socioconstructivisme est l importance de l interaction sociale dans l apprentissage. Il désirait utiliser cette approche pour stimuler l interaction et pour rendre les formations plus motivantes. Certaines formules pédagogiques, comme l apprentissage par projet, sont souvent associées à l approche socioconstructiviste. M. Phénix utilisait déjà l apprentissage par projet dans ces cours en présentiel et il a transposé cette formule en formation en ligne. Donc, des situations étaient présentées aux apprenants et ceux-ci devaient y répondre en alimentant des forums de discussion. Les apprenants construisaient une base de connaissance qui consistait donc en une partie des contenus du cours. Cela lui a permis de moduler l apprentissage selon les besoins de chacun des participants. Environnement d apprentissage Le cours était suivi à partir de la plateforme d apprentissage en ligne Moodle. Moodle permet d intégrer à chaque section de cours un forum de discussion. Cette composante a été mise à profit tout au long du cours. M. Phénix animait les différentes sections du forum. Chacune d entre elles avait un objectif précis. Outre le forum de discussion, le courriel a également été utilisé. Le clavardage a été peu utilisé, la majorité des interactions se déroulant de façon asynchrone. Les contenus de formation ont été présentés surtout sous forme textuelle. De l audio a été utilisé pour une partie du cours. Des travaux d équipe ont été réalisés. Ils ont travaillé sur plusieurs études de cas en groupe. M. Phénix souligne que le forum de discussion n est pas nécessairement l outil idéal pour effectuer des travaux d équipe exigeants de la rédaction. Un outil de «corédaction» permettant de travailler en équipe sur un même document serait une avenue à explorer. Soutien offert 6 Voir Paquette, G. (2002). L ingénierie pédagogique : pour construire l apprentissage en réseau. Québec : Presses de l Université du Québec. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 68

Le soutien a été offert par courriel. Un document en version électronique expliquant la plateforme Moodle a été envoyé. Il n y a pas eu d autre formation préalable à l utilisation de la plateforme en ligne. D après M. Phénix, il faut prévoir entre 5 et 10 heures avant que les participants soient à l aise avec la plateforme. Résultats Les participants au groupe pilote ont aimé pouvoir suivre la formation à leur rythme de façon asynchrone. Ils ont apprécié la formule qui était bien adaptée au rythme de chacun. Les participants n avaient pas l habitude de suivre une formation continue construite à l aide de l approche socioconstructiviste et de l apprentissage par projet. Ils ont été appelés à alimenter le cours. Ceci était déstabilisant pour les participants. Le cours est plus exigeant pour eux et ils doivent être plus actifs dans leurs apprentissages. Les participants avouent avoir appris davantage que s ils avaient été passifs. Par contre, ils auraient aimé plus de contenu dans les présentations. D après M. Phénix, il y a un équilibre dans la présentation de contenu qu il réajustera lors d une prochaine mise à jour du cours. La journée de formation en présence a été utile pour voir les équipements. Par contre, il serait tout de même possible de la retirer. Il faudrait remplacer cette journée par une activité permettant d explorer les équipements et les méthodes vues durant le cours. Pour M. Phénix, la formule utilisée a permis de placer les gens en interaction et d apporter certains des principes des réseaux sociaux dans les cours en ligne. Pour lui, on ne peut comparer la formation en ligne et la formation en classe. On ne peut chercher à imiter ce qui se fait en classe en formation en ligne. Il faut repartir à la base lorsqu un cours doit être fait en ligne. Les contenus du cours en présentiel demeurent, mais la démarche d enseignement et d apprentissage ne peut être la même. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 69

6. SYNTHÈSE DES EXPÉRIENCES DE FORMATION À DISTANCE ET EN LIGNE FORMATION À DISTANCE Dans ce document, nous avons défini la formation à distance comme une modalité où le texte imprimé constitue le principal média et où les TIC sont peu ou pas utilisées. Elle tend à disparaître et à être remplacée par la formation entièrement en ligne. L amélioration de l accès à Internet dans les dernières années amène l abandon par les institutions de ce mode de formation. L exemple de formation à distance de la SOFAD que nous avons documenté porte sur une règlementation. La réussite par l apprenant d un examen obligatoire donne droit à un certificat qui lui permet d appliquer des pesticides. Cette nécessité est un incitatif à mettre les efforts nécessaires pour réussir cet examen. Pour la formation créditée ou des formations reliées à des règlementations qui touchent une clientèle qui n a pas accès à d autres moyens permettant de se former à distance (ordinateur et connexion Internet), la formation à distance demeure pertinente. La formation à distance excluant le recours aux TIC limite les possibilités pour les concepteurs. D abord, puisque l apprentissage est souvent réalisé de façon individuelle, il y a peu d opportunités d interactions. En apprentissage individuel, seul le tuteur a des contacts avec l apprenant. Ces contacts demeurent limités et ne permettent pas nécessairement de créer un climat de confiance. L interaction est essentielle pour répondre aux besoins éducationnels des producteurs. Cette relation de confiance entre tuteurs et apprenants est importante pour les producteurs agricoles et leurs employés (Franz, Piercy, Donaldson, Richard, Westbrook, 2010). Ensuite, les thématiques pouvant être abordées touchent surtout des savoirs abstraits et théoriques. L apprenant n a pas la chance de mettre en application de façon supervisée sur le terrain des savoirs pratiques. Ceci limite encore plus la portée possible de la formation à distance dans le secteur agricole. Sur le plan économique, les coûts de développement pour le matériel de formation à distance sont élevés. Puisqu elle est suivie de façon autonome par l apprenant, le matériel développé doit être très bien conçu. La réalisation et l édition des ressources imprimées sont primordiales et d importantes ressources doivent y être allouées. Pour la diffusion de la formation, les coûts sont relativement bas. Le formateur offre son assistance au besoin à distance. Il n y a pas de déplacement et le temps requis pour le soutien est moindre par rapport à d autres modes de formation. Donc, si le bassin d individus à former est élevé, la mise sur pied d une formation à distance peut être une solution viable. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 70

FORMATION ENTIÈREMENT EN LIGNE Nous avons défini plus haut la formation entièrement en ligne comme une formation qui se déroule individuellement de façon asynchrone. Le contenu de formation est délivré à l apprenant par l entremise d Internet ou d un support de donnée comme un CD-ROM. Nous avons constaté lors de nos consultations que l intérêt pour ce type de formation se situe au niveau de la formation initiale créditée. La formation entièrement en ligne est souvent une alternative à la formation de groupe et a lieu à horaire fixe. Elle permet à une partie de la clientèle de compléter un programme d étude tout en pouvant continuer à travailler à la ferme. Pour la formation continue non créditée, le manque de motivation, d encadrement et de balises risque de faire en sorte que bon nombre d apprenants abandonneront des formations de ce type. Notons que la formation entièrement en ligne, comme la formation à distance, est appréciée par une petite proportion d individus qui préfèrent apprendre et travailler seul. Les interactions entre le formateur et les apprenants en formation entièrement en ligne demeurent peu nombreuses. Comme nous l avons dit plus haut, les contacts avec un formateur sont primordiaux pour la clientèle agricole. L encadrement d un tuteur est donc minimalement requis pour permettre à l apprenant d avoir un soutien dans son parcours d apprentissage. La portée des programmes d autoformation où il n y a pas de contact entre formateur et apprenant est très limitée (Marchand, 2005). Outre certains besoins très précis qui exigent de la formation sur courte durée, ce type d apprentissage n offre pas un potentiel intéressant. Les limites de la formation entièrement en ligne s apparentent à celles de la formation à distance. D abord, les thématiques abordées doivent être reliées à des savoirs théoriques abstraits, à la pensée critique, à des activités qui exigent peu de pratiques (Trede, Miller, 2000). Il y a un obstacle important au niveau de l expérimentation d équipement, de machinerie (Richard Samson, ITA de St-Hyacinthe). Par contre, notons que d après les producteurs et employés consultés, une vidéo ou une animation peuvent être des alternatives acceptables à certaines démonstrations pratiques. Une activité pédagogique souvent réalisée dans le domaine agricole est l étude de cas. Il peut être difficile de transposer en formation entièrement en ligne ce type d activité. Si l apprentissage se fait de façon individuelle, l étude de cas n est pas alimentée par les pairs et perd de sa valeur pédagogique. À l image de la formation à distance, la formation entièrement en ligne demande d importants investissements en argent et en temps. Le contenu doit être disponible textuellement ou par d autres médias comme l audio, la vidéo ou des animations. Pour satisfaire aux exigences des apprenants, les vidéos ou animations sont à privilégier. Réaliser ces types de documents multimédias requiert un niveau de maîtrise assez élevé des différents logiciels multimédias. Si tout le développement est confié à l externe, Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 71

les honoraires sont relativement élevés (Chantal Paul, CCL). Des ressources à l intérieur d une institution peuvent être mises à profit. Dans ce cas, les principaux investissements se feront en termes de temps. Ceci demande par contre beaucoup de ressources en temps et en formation pour permettre aux gens de s approprier les outils de développement multimédia (Richard Samson, ITA St-Hyacinthe). Notons que des institutions comme l ITA de St-Hyacinthe et de La Pocatière ont des ressources à l interne spécialisées dans l utilisation des outils de développement multimédia. Les méthodes utilisées en formation entièrement en ligne peuvent devenir plus intéressantes si elles s ajoutent à d autres modalités stimulant davantage l interaction. L apprentissage hybride, les classes virtuelles ou les communautés de pratique nous semblent donc offrir des possibilités plus intéressantes pour la formation continue non créditée dans le secteur agricole. CLASSE VIRTUELLE La formation en ligne en classe virtuelle est le moyen de formation qui se rapproche le plus d une formation en présentiel en groupe. Le formateur est présent de façon synchrone et interagit en temps réel avec les apprenants. Il amène une structure, des balises dont plusieurs ont besoin pour demeurer motivés et ne pas abandonner la formation. Par contre, pour maintenir la motivation, les sessions en formation en classe virtuelle doivent demeurer courtes. Les participants aux groupes de discussion et certaines personnes interrogées nous ont mentionné que le maximum à ne pas dépasser est de 3 heures. Les différentes interfaces de classe virtuelle possèdent de nombreuses fonctionnalités qui permettent au formateur de faire vivre aux apprenants une multitude d activités d apprentissage différentes. Il est possible de faire du travail d équipe, de présenter des animations, de laisser un apprenant présenter ses propres travaux au groupe, etc. Les limites qui ont été signalées quant à la classe virtuelle sont au niveau des exigences techniques et de l aisance avec l outil. Pour que les formateurs puissent exploiter la classe virtuelle, la bande passante disponible pour chaque apprenant et pour le formateur doit être suffisamment large. Leur équipement informatique doit être suffisamment performant. Bien que de nombreuses possibilités soient offertes aux formateurs, plusieurs formateurs interviewés ne semblent pas suffisamment à l aise pour les explorer. Ils ne connaissent pas assez le fonctionnement et ne se sentent pas suffisamment en confiance pour varier leur enseignement en classe virtuelle. Il faut noter que des difficultés techniques semblent être monnaie courante avec ces technologies. La littérature étudiée ainsi que plusieurs personnes consultées nous ont mentionné que la possibilité de bogues techniques est le principal aspect négatif des outils de classe virtuelle. C est la raison pour laquelle l exposé demeure la principale activité d apprentissage réalisée en classe virtuelle. Les formateurs demeurent en terrain connu pour être prêt à pallier l imprévu. Avec la formation adéquate, les formateurs seraient en mesure de varier leurs méthodes pédagogiques et d adapter celles qu ils utilisent en classe. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 72

Pour que les formateurs puissent exploiter la classe virtuelle, la bande passante disponible pour chaque apprenant et pour le formateur doit être suffisamment large. Sinon, il est difficile pour le formateur d offrir une expérience d apprentissage tirant profit de l environnement qui se rapproche d une classe réelle. L interaction diffère en classe virtuelle par rapport à un cours en présentiel. Les technologies utilisées et l usage qu en fait le formateur ont un rôle important à jouer dans la qualité d interaction. Pour pouvoir tirer le maximum de l outil de classe virtuelle utilisé, celui-ci doit avoir une interface ergonomique et offrir des fonctionnalités permettant la communication bidirectionnelle, audio et vidéo. Il est nécessaire que le formateur puisse gérer la communication en donnant le droit de parole aux apprenants. Les expériences utilisant un logiciel de classe virtuelle et le téléphone n ont pas été concluantes. L utilisation du téléphone, bien que réduisant le recours à la bande passante, n a pas permis de susciter de questions ou d interventions de la part des apprenants. L outil doit permettre une spontanéité et demeurer flexible pour garder l apprenant actif et ne pas le transformer en spectateur. COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE EN LIGNE Il y a peu d expériences de formation en communauté de pratique en ligne auxquelles les producteurs et employés agricoles ont participé. Pourtant, il y a de l intérêt de la part de la main-d œuvre plus éloignée qui désire avoir plus d interaction avec des producteurs et employés d autres entreprises agricoles. Par contre, dans les communautés de pratique, il y a une grande place pour la communication par écrit sous forme de forum de discussion. Bien que les classes virtuelles puissent être utilisées, des outils asynchrones comme les groupes de discussion servent souvent à bâtir et archiver une base de connaissance qui contient les échanges entre les membres. La communication en mode écrit demande un effort supplémentaire. Les membres du groupe doivent être aptes à exprimer leurs idées clairement. Deux expériences que nous avons relatées montrent l intérêt sur le plan pédagogique des communautés de pratique en ligne, plus spécialement des forums de discussion. D abord, Kenny, Bullen et Loftus (2006) ont démontré que des comportements présents en classe se répercutent dans une formation utilisant des forums de discussion. Ensuite, Maurice Phénix, de l ITA de La Pocatière, a intégré dans son cours des forums de discussion qu il animait. Après avoir suivi ces cours, les apprenants ont perçu favorablement les résultats de l apprentissage qu ils ont réalisé avec cette formule. Les coûts de développement et de diffusion d une communauté de pratique sont variables. Pour le développement, des solutions sur mesure comme celles implantées par le CRAAQ sont relativement coûteuses. Par contre, des solutions existantes et abordables peuvent être utilisées. C est ce que Maurice Phénix a pu faire en utilisant la plateforme d apprentissage en ligne Moodle disponible à l ITA de La Pocatière. Pour la diffusion, l animateur responsable doit avoir de l expérience ou une formation adéquate pour être en mesure de mener à bien les objectifs du groupe. Cette formation est nécessaire puisqu une des conditions gagnantes d une communauté de pratique est un encadrement adéquat et des objectifs Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 73

clairs (CEFRIO, 2005). Pour réussir à orienter le groupe dans la définition des objectifs et pour bien effectuer le démarrage et le suivi du groupe, l animateur doit connaître les bonnes pratiques. D autres coûts peuvent être reliés à l utilisation des technologies, par exemple l usage d outil de classe virtuelle. FORMATION HYBRIDE OU MIXTE La formation hybride est déjà utilisée dans le secteur agricole. Les démonstrations pratiques et l expérimentation peuvent difficilement être adaptées en formation en ligne. Les formateurs ont le souci de faire expérimenter les méthodes et la machinerie agricole lors de rencontre en présentiel. Elle pourrait l être par des médias lourds comme des vidéos et des animations. Par contre, ces médias sont généralement coûteux à produire. D après Agriculture et agroalimentaire Canada (2003), la formation hybride ou mixte démontre le meilleur potentiel dans le secteur agricole. Les producteurs et employés consultés ont soulevé que la formation en ligne est intéressante pour des notions abstraites et théoriques, tandis que la formation en présentiel est tout indiquée pour des éléments pratiques. De plus, la formation hybride permet des formules diversifiées qui tirent avantage des forces de chaque modalité. Les TIC et les médias utilisés en formation en ligne ne peuvent pas toujours être suffisants pour toutes les thématiques (Jamias, 2002). Dans le secteur agricole, bon nombre de formations ont un volet technique important. Une approche qui n a pas été documentée lors des discussions est le cours en présence avec soutien technologique. Nous croyons que cette façon de faire pourrait permettre d apprivoiser l intégration des TIC dans l enseignement. Ce pourrait être, pour plusieurs, une étape intermédiaire à l adoption de la formation à distance et en ligne tout en permettant de bonifier l enseignement. En effet, du point de vue de la qualité de l enseignement, les TIC permettent une individualisation accrue du parcours d apprentissage, un meilleur ancrage dans la réalité du monde du travail, des possibilités de coopération et de collaboration, une meilleure autonomie de l apprenant, des apprentissages de plus haut niveau, etc. La formation hybride doit être bien dosée entre sa composante en ligne et en présentiel selon la réalité de la clientèle. L obstacle de la distance chez les apprenants des régions éloignées et chez ceux œuvrant dans une production éparpillée sur le territoire demeure problématique en formation hybride. Cette modalité est moins intéressante pour des projets de formation où la clientèle ciblée est répartie sur tout le territoire québécois. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 74

7. CONSTATS ET ÉLÉMENTS D ANALYSE COMMENT FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT ET L ADOPTION DE LA FORMATION CONTINUE À DISTANCE ET EN LIGNE ADAPTÉE AU SECTEUR AGRICOLE? MÉCONNAISSANCE DE LA FORMATION À DISTANCE ET EN LIGNE Présentement, une minorité de la clientèle agricole québécoise est prête à suivre des formations à distance et en ligne. Dans Lanaudière, un sondage avait révélé que 47 % des répondants (SOM, 2010) étaient intéressés par la formation en ligne. En Beauce, un sondage réalisé en mai 2012 montre que 28 % des répondants démontrent un intérêt pour la formation à distance contre 27 % pour la formation en ligne (Léger Marketing, 2012). Par contre, les données du sondage que nous avons réalisé nous indiquent que 92,9 % des répondants se disent intéressés par la formation à distance et en ligne. Notre sondage visait une clientèle déjà intéressée par la formation continue. Ceci nous montre donc que la formation à distance et en ligne soulève de l intérêt chez la population qui participe à des activités de formation continue. Tout porte à croire qu il y a un important bassin d apprenants susceptibles d adopter ces modes de formation. Pour la portion de la main-d œuvre agricole qui ne semble pas être prête à suivre des formations à distance et en ligne, nous croyons que l une des principales raisons de leur manque d intérêt est une méconnaissance des façons de faire. Les possibilités de l apprentissage en ligne ont évolué plus rapidement que la perception des gens. La formation à distance et en ligne est encore vu comme de la formation suivie de façon individuelle, sans contact avec d autres apprenants et utilisant majoritairement le texte comme média de formation. Par contre, avec l amélioration de la rapidité des connexions Internet et le développement de solutions logicielles permettant d échanger et de communiquer de plusieurs façons, les possibilités pour les éducateurs se sont multipliées. À l heure des réseaux sociaux et de l échange quasi instantané de documents multimédias, les limites de ce qui peut se faire en formation en ligne sont repoussées. Lors des groupes de discussion, nous avions présenté 6 scénarios d apprentissage à distance et en ligne. Nous avions discuté de ces différents scénarios et des possibilités qu ils offrent. À la fin de la réunion avec le groupe de discussion, plusieurs participants nous avaient mentionné que leur perception de la formation en ligne avait changé. La plupart n étaient pas au courant des façons de faire présentées. Pour favoriser l adoption par les producteurs et employés agricoles de la formation à distance et en ligne, nous croyons qu il est nécessaire de faire vivre à la clientèle des opportunités d apprentissage variées faisant appel à la technologie. Ceci va permettre de changer la perception de la formation qui ressemble présentement à ce que nous avons défini en présentant la formation entièrement en ligne. Ces expériences serviront à apprivoiser l apprentissage à l aide des technologies et de moyens de communication différents. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 75

Ceci devrait être fait également avec les formateurs. Ceux-ci n ont souvent pas l habitude d offrir des formations en intégrant les TIC. Avec des outils disponibles et le support nécessaire, les formateurs, qui sont également souvent les concepteurs de formation, pourraient bonifier leurs cours en intégrant certaines méthodes de formation à distance et en ligne. Ainsi, en plus d une familiarisation avec de nouvelles façons de faire, formateurs et apprenants auraient l occasion d améliorer leurs compétences reliées à l usage des TIC en apprentissage. ALLER AU-DELÀ DU COMPROMIS Pour la clientèle agricole, l accessibilité à la formation en termes de temps et de lieu est problématique. Les différents acteurs ayant participé au développement ou à la diffusion des formations nous ont mentionné que, bien que la qualité de la formation soit inférieure à un cours qui aurait été offert en présentiel, les participants avaient fortement apprécié la possibilité de suivre l activité de formation qui était offerte en ligne ou à distance. Cette affirmation sous-entend qu il y a un compromis entre accessibilité et qualité de la formation. La formation en ligne surmonte des obstacles, mais certaines pratiques actuellement en cours n offrent pas la possibilité de vivre des opportunités d apprentissage aussi riches par rapport à celles vécues en présentiel. Lorsqu une formation ne se situe pas dans le même lieu, en même temps, avec une nouvelle méthode ou un niveau d autonomie plus important par rapport à une formation traditionnelle, son environnement est substantiellement différent par rapport à un cours donné en classe. L expérience de l apprenant dans la formation est différente. Il n est pas nécessairement possible et même souhaitable de tenter de transposer tout ce qui se fait en formation traditionnelle en formation en ligne. Les concepteurs doivent modifier leurs pratiques et tirer profit des nouvelles possibilités d activités de formation pour créer un nouvel environnement qui permettrait une qualité d apprentissage identique, voire supérieure à un cours en présentiel. Comme nous avons pu le constater lors de notre recherche documentaire et de nos consultations, il n y a pas de modalité de formation à distance et en ligne parfaite. Par contre, nous sommes en mesure de dégager certains constats concernant certaines d entre elles. D abord, pour la formation continue non créditée, il y a peu de potentiel pour la formation entièrement en ligne suivie de façon individuelle si cette façon de faire n est pas intégrée à un autre mode de formation. La formation entièrement en ligne répond à des besoins d une faible partie de la clientèle agricole qui préfère apprendre seul. Pour la majorité des gens, l isolement et le manque de stimulation et d encadrement font en sorte que la motivation nécessaire pour compléter ce type de formation n est pas au rendez-vous. Par contre, pour la formation créditée, la formation entièrement en ligne demeure pertinente puisqu elle peut permettre à une certaine clientèle d aller chercher les crédits nécessaires à l obtention d un diplôme en demeurant dans leur milieu. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 76

Ensuite, le choix d une modalité doit prendre en considération les différences entre les besoins de la maind œuvre agricole située près des grands centres et celles en régions éloignées. Les gens près des grands centres et des lieux de formation sont prêts à se déplacer au lieu d avoir des contacts de manière virtuelle. La valeur ajoutée de l apprentissage à distance et en ligne qu ils perçoivent se situe surtout au niveau du temps. Pour les producteurs et employés en régions éloignées, ou pour ceux œuvrant dans une production où les exploitations sont peu nombreuses et disséminée sur le territoire québécois, la formation en présentiel est problématique. Même du côté de la formation hybride, l accessibilité pour une partie en présentiel est un obstacle. Des méthodes comme la classe virtuelle deviennent donc un moyen de formation plus intéressant pour eux. La principale opportunité permettant de surpasser le compromis en offrant des formations adaptées au secteur agricole est d adapter les méthodes pour qu elles concordent avec la façon dont l apprentissage se fait dans les PME. La presque totalité des exploitations agricoles québécoises sont des PME. L apprentissage dans ces entreprises est dirigé par l individu lui-même, il est expérientiel et orienté dans l action (Kilpatrick, Johns, Murray-Prior, Hart, 1999). En effet, puisque la plupart du temps, les PME ne sont pas organisées au niveau de la gestion de la formation, les individus gèrent en bonne partie eux-mêmes leur parcours de formation continue. L apprentissage se fait au fil des problèmes vécus et des besoins du moment. Elle se fait dans l action, au travers des tâches à accomplir. Les technologies permettent d adapter les opportunités de formation à ce contexte particulier. D abord, par un contact asynchrone précédant une formation, il est possible pour un formateur d obtenir des informations sur des connaissances antérieures d un individu, de son environnement de travail et des problématiques vécues dans son entreprise. Ceci peut se faire grâce à des procédés plus efficaces que ceux faits à l'aide de questionnaires en version papier ou d'appels téléphoniques. Des plateformes d apprentissage en ligne ou des rencontres virtuelles permettent d obtenir ces informations à faible coût en argent et en temps. Ainsi, le formateur peut adapter sa formation et y considérer les différents besoins de chacun. Des modalités ou activités d apprentissage s inspirant de l approche socioconstructiviste qui favorisent des interactions et la construction du contenu de formation par les apprenants semblent bien adaptées dans le contexte des entreprises agricoles. Lors de formations, les producteurs et employés nous mentionnent recueillir beaucoup d informations du contact qu ils ont entre eux. L expérience de chacun bénéficie au groupe. C est pourquoi des méthodes s apparentant aux communautés de pratiques en ligne pourraient permettre de bien adapter la formation au contexte des PME. Les technologies permettent de se former en tout lieu et en tout temps. Des formules en ligne ou hybrides permettent d innover dans la diffusion de la formation. Nous devons donc faire appel à l ingéniosité des concepteurs de formation dans la recherche de formules de formation pouvant s insérer dans le milieu de travail. L entreprise est le lieu que les producteurs préfèrent pour se former. Déplacer la formation de la salle de classe à l entreprise pourrait donc intéresser la clientèle. Ceci permettrait à l entreprise d intégrer la formation au lieu de travail et de la maintenir constante (Marchand, 2005). De plus, se former en entreprise Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 77

permet de transférer plus facilement les savoirs à l intérieur de celle-ci et en faire bénéficier d autres travailleurs (Regional Technology Strategies, 2001). FAVORISER L INTERACTION Une thématique récurrente qui a ressurgi tout au cours de nos travaux est l importance de l interaction. Les producteurs et employés agricoles consultés ont soulevé l importance de l aspect social de la formation. Il y a de l isolement associé au travail agricole. Le milieu de travail et le milieu de vie se confondent pour plusieurs producteurs. Une activité de formation est donc perçue comme un moment où les producteurs et employés sortent de leur milieu de travail pour aller rencontrer d autres producteurs et voir ce qui se fait dans d autres entreprises. Bien qu un des avantages de la formation en ligne soit au niveau de la facilité d interaction avec le formateur (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003) (Marchand, 2005) (Conseil canadien sur l apprentissage, 2009), les gens consultés perçoivent l interaction au travers de technologies en ligne comme étant différente. Les participants n ont pas nécessairement la même attitude en formation en ligne qu'en formation en classe. Les outils logiciels permettant l interaction synchrone ou asynchrone amènent des attitudes et des façons de communiquer différentes. Le délai de réponse présent dans les forums de discussion ou l attribution d un droit de parole en classe virtuelle sont autant de barrières techniques aux échanges entre participants et avec le formateur. La spontanéité présente dans une salle de classe ne se répercutera pas nécessairement en classe virtuelle. Pour adresser cette réalité, il faut prévoir la façon dont les échanges seront stimulés. Il est nécessaire pour les concepteurs de formation de planifier l interaction qui se déroulera à l intérieur d un cours. Par exemple, en classe virtuelle, le formateur qui prévoit faire un exposé doit planifier des questions ou des moments où les participants pourront partager leurs expériences. Dans un cours hybride, le formateur peut intégrer à son cours un forum de discussion qu il anime et qui vise à trouver des solutions à un problème commun vécu par les participants. L interaction doit faire partie de la formation et elle doit être dirigée et encouragée. Dans nos consultations, deux expériences plaçant au cœur l interaction, soit la formation sur la dérive des pesticides de l ITA de La Pocatière et le bureau virtuel du CRAAQ, nous apparaissent comme des formules à explorer à moyen terme. Ces deux expériences, faisant appel à des interactions dans le cadre de forum ou de communauté de pratique en ligne, offrent des possibilités intéressantes au niveau de l apprentissage dans les entreprises agricoles. Par contre, elles confrontent les habitudes d apprentissage de la maind œuvre agricole. Les gens ne sont pas nécessairement habitués de percevoir une activité où ils alimentent en contenu un groupe comme étant de la formation. La formation traditionnelle est souvent plus sécurisante pour eux. Nous croyons que d explorer les possibilités offertes par des formations où l interaction est au cœur de l apprentissage permettront de modifier cette perception. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 78

RESSOURCES ET COMPÉTENCES NÉCESSAIRES POUR AMÉLIORER L ADOPTION DE L APPRENTISSAGE À DISTANCE ET EN LIGNE Présentement, la grande majorité des expériences soulevées n ont pas fait l objet de financement spécifique. Elles ont souvent été développées par des personnes ayant de l intérêt pour le sujet. Peu ont fait appel à des ressources externes. Dans les expériences québécoises, le bureau virtuel de la CRAAQ et la formation sur la gestion de l offre de la Commission canadienne du Lait ont entre autres fait appel à des ressources externes et à des investissements plus importants. Comme plusieurs projets canadiens, les initiatives de formation à distance et en ligne québécoises ont majoritairement été réalisées à faible risque et à faible coût (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2003). Les initiatives proviennent d enseignants ou d institutions qui n ont pas d incitatif ou de soutien financier supplémentaire pour développer de la formation à distance et en ligne. La plupart du temps, de la formation à l interne est faite pour développer les compétences nécessaires chez les enseignants. Les équipes de développement sont restreintes et une seule personne doit jouer le rôle d expert en contenus, de développeur multimédia, de spécialiste en formation, etc. Cette polyvalence est intéressante puisqu elle permet aux concepteurs d être autonomes. Par contre, elle a une limite. Pour aller de l avant vers l adoption à plus grande échelle de la formation à distance et en ligne dans le secteur agricole, des ressources supplémentaires devront être accordées aux groupes et institutions réalisant des projets faisant appel à des modalités innovatrices. Le secteur agricole comporte 30 000 entreprises. Certains sous-secteurs comportent une clientèle suffisamment grande pour justifier de se voir allouer les ressources humaines et financières nécessaires pour produire des formations de qualité. Les formateurs et concepteurs de formation doivent également acquérir des compétences en développement de formation à distance et en ligne pour continuer à participer à l essor de ces modalités de formation. L utilisation des technologies ne doit pas être pour eux un obstacle. Ils doivent être en mesure d utiliser des logiciels de création et de diffusion de formation à distance et en ligne, soit des plateformes d apprentissage en ligne, des logiciels auteurs de création de documents multimédias, des logiciels de classe virtuelle, de bureautique, etc. Ils doivent utiliser ces outils en mettant en œuvre des méthodes pédagogiques qui ont fait leur preuve en formation à distance et en ligne. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 79

8. RECOMMANDATIONS ENCOURAGER LA CONCERTATION ENTRE TOUS LES ACTEURS DE LA FORMATION CONTINUE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE PROJETS COMMUNS Il y a dans le secteur agricole québécois un mécanisme de concertation en formation continue. Ce plan est mis en œuvre par les CRFA. Ils incluent des membres qui interviennent dans l identification des besoins de formation, le développement et la diffusion d activités de formation continue. Chaque collectif régional favorise la diffusion de formation continue dans sa propre région. Des projets sont également mis en œuvre entre certaines régions. Pour la formation à distance et en ligne, les besoins à adresser dépassent les frontières régionales et peuvent toucher l ensemble de la clientèle agricole québécoise. À cette fin, les projets doivent dépasser les projets régionaux. Présentement, des initiatives de formation locales nécessitant peu d investissement prévalent dans le secteur agricole. Ces initiatives livrent des résultats intéressants et doivent continuer à être mises de l avant. Par contre, des projets de plus grandes envergures diffusés à grande échelle permettraient d améliorer l adoption de la formation à distance et en ligne dans le secteur agricole. La concertation doit donc déboucher vers des projets à grand déploiement visant l ensemble de la clientèle agricole. L intégration des technologies dans l apprentissage demande de la part des concepteurs et des apprenants l appropriation d un nouvel environnement d apprentissage. La main-d œuvre agricole participant à des formations à distance et en ligne ne doit pas naviguer d un environnement à un autre lors des différentes formations. Il est nécessaire que les intervenants décident d un ensemble de ressources et d outils communs permettant de développer des formations dans un environnement similaire. Ces ressources peuvent entre autres inclure une plateforme d apprentissage en ligne et un logiciel de classe virtuelle. S ASSURER DANS LES PROJETS D UNE FORMATION SPÉCIFIQUE AUX FORMATEURS ET CONCEPTEURS DE FORMATION Comme nous l avons indiqué, les formateurs et concepteurs de formation doivent acquérir de nouvelles compétences pour être en mesure d offrir des formations de qualité à la main-d œuvre agricole. Elles doivent leur permettre d aller au-delà de l adaptation d un cours en classe et d offrir de la formation qui prend en considération l environnement particulier d une formation en ligne. La formation doit être au niveau technique et pédagogique. Pour la formation technique, les formateurs et concepteurs doivent être à l aise avec différents outils de conception de matériel de formation. De nombreux outils existent sur le marché, certains ayant des courbes d apprentissage plus abruptes que Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 80

d autres. Chaque concepteur doit évaluer ses compétences initiales et choisir les outils qui lui conviennent. De la formation doit aussi être donnée pour permettre de maîtriser les différentes fonctionnalités des logiciels servant à la diffusion des cours, soit la plateforme d apprentissage ou le logiciel de classe virtuelle. De la formation portant sur les bonnes pratiques pédagogiques reliées à la formation à distance et en ligne présentée dans ce rapport doit aussi être diffusée aux formateurs et concepteurs de formation. Que ce soit pour concevoir une formation entièrement en ligne, animer une classe virtuelle ou offrir le soutien à une communauté de pratique en ligne, ils doivent maîtriser des pratiques pédagogiques éprouvées. METTRE DE L AVANT L INTERACTION ENTRE LES APPRENANTS L interaction a été un thème récurrent lors des différentes consultations. Il y a un consensus sur l importance de l interaction lors d une activité de formation continue. Les concepteurs et les formateurs doivent prioriser l interaction dans la formation. Ils peuvent le faire par les choix de modalités qu ils font ou par le type d activité de formation qu ils intègrent au parcours de formation. Bien que l adoption de cette méthode puisse poser certaines difficultés, la mise en place de communautés de pratique est une avenue qui vaut la peine d être davantage explorée. La mise en place d un réseau de producteurs et d employés qui peuvent discuter avec des experts de métiers et s échanger des informations sur leurs expériences personnelles répondrait à plusieurs besoins soulevés par les personnes consultées. Quelle que soit la modalité de formation à distance ou en ligne choisie, l interaction doit être planifiée lors du développement et de la diffusion du cours. Comme nous l avons mentionné plus haut, la formation à distance ou la formation entièrement en ligne entraîne souvent peu d interactions. Dans le cas où l une ou l autre de ces modalités sont utilisées, des précautions doivent être prises pour s assurer que les apprenants ne se sentiront pas isolés. Pour la formation en classe virtuelle, les formateurs doivent être en mesure de faire interagir les apprenants entre eux à l intérieur de discussions et de travaux d équipe. Ainsi, la qualité d interaction présente en présentiel pourra se retrouver en classe virtuelle. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 81

NOUVELLES PISTES À EXPLORER Nous avons identifié trois nouvelles pistes à explorer : d abord, le développement d une culture de l apprentissage, le mobile learning et l amélioration des compétences de base des employés agricoles. Il y a actuellement beaucoup de formation continue qui se donne et bon nombre de producteurs et d employés agricoles sont sensibilisés à l importance de la formation dans leur secteur. Serait-il possible de passer d une logique de formation continue à une d apprentissage continu? Nous voulons dire par apprentissage continu la possibilité pour un individu œuvrant dans le secteur agricole d identifier au quotidien des besoins de formation ponctuels qui surviennent dans son travail et d aller chercher le soutien nécessaire pour répondre à celui-ci. En étant en contact avec un réseau d individus composé d employeurs, de producteurs, d experts de métier, d enseignants provenant d institutions d enseignement, etc., des solutions d apprentissages pourraient être rapidement offertes aux producteurs agricoles, que ce soient par des cours, du réseautage, des communautés de pratiques, etc. Une adoption plus grande des technologies dans l apprentissage dans le secteur agricole québécois permet d entrevoir de nouvelles possibilités de formation. Les producteurs agricoles et leurs employés pourront bénéficier de plusieurs façons de se former. Avec l essor des technologies mobiles, la formation pourrait avoir lieu partout et en tout temps. Il serait intéressant d étudier les avenues possibles que pourrait amener le mobile learning dans le secteur agricole et donc, faire davantage côtoyer travail et apprentissage dans l entreprise. Nous avons pu entre autres explorer les possibilités de la baladodiffusion lors des consultations et certains trouvaient la formule fort intéressante. Un éventuel obstacle à l adoption de la formation à distance et en ligne est le faible niveau de compétences de base des employés agricoles. Cette réalité est actuellement peu documentée. Les producteurs agricoles sont de plus en plus scolarisés. La complexification des tâches de l entreprise justifie la prolongation de la formation initiale au cégep, voire même à l université. Mais qu en est-il pour les ouvriers, les manœuvres? Pour être en mesure de suivre une formation à distance et en ligne et d en retirer les bénéfices escomptés, la maîtrise de certaines habiletés de base en lecture et écriture doit être acquise. La formation à distance et en ligne fait souvent appel à l écrit. Pour apprendre dans ce contexte, un individu doit être en mesure de chercher de l information, de rédiger de courts textes, etc. Étant donné le peu de données à ce sujet, nous ne sommes pas en mesure de savoir quel est le niveau de maîtrise des compétences de base des employés. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 82

9. CONCLUSION Le développement et l adoption de la formation continue à distance et en ligne dans le secteur agricole passent d abord par une compréhension adéquate des besoins de la main-d œuvre agricole et des contraintes qu ils vivent. La dispersion géographique dans les régions rurales québécoises a toujours été un frein à la diffusion de la formation. L organisation du travail dans les PME du secteur se planifie au gré des saisons, ce qui fait que la gestion du temps est difficile. Il y a donc un attrait important pour des modalités de formation permettant de surmonter ces deux obstacles. Outre l accessibilité à la formation continue, le rôle social que celle-ci joue dans la vie des producteurs agricole tend à privilégier des modalités favorisant l interaction entre les apprenants. L interaction est essentielle pour répondre aux besoins d apprentissage des producteurs et de leurs employés. La formation à distance et la formation entièrement en ligne démontrent donc peu de potentiel en formation continue non créditée. Par contre, pour la formation créditée, la plus-value que peuvent offrir ces façons de faire en termes de temps et de lieu en font des méthodes pertinentes. La classe virtuelle est la modalité qui se rapproche le plus de ce que les apprenants du secteur ont l habitude de vivre, soit de la formation traditionnelle en classe. Les classes virtuelles sont utilisées par plusieurs organismes et institutions de formation actuellement. L adaptation d un cours en classe pour le transposer en classe virtuelle est simple et exige peu d investissement. Dans l éventualité où les formateurs sont sensibilisés aux pratiques de mise en place et d animation d une classe virtuelle, les classes virtuelles offrent un potentiel intéressant. Il y a peu d expériences de communauté de pratique en ligne dans le secteur agricole. Peu de producteurs et d employés agricoles participent aux expériences en place actuellement. Par contre, nous percevons favorablement l interaction qui est suscitée lors de communauté de pratique. Bien que l usage de la communication écrite puisse être un frein à l adoption de cette modalité, les communautés de pratique respectent les façons dont on apprend dans une PME agricole. Elles pourraient être un moteur d apprentissage intéressant pour le secteur. La modalité qui semble offrir le potentiel le plus intéressant est la formation hybride ou mixte. L amalgame de formation en présentiel et en ligne permet de mettre en valeur les avantages des différentes façons de se former. Les contenus pratiques sont plus facilement couverts par des activités en présentiel. Par contre, la barrière de la distance demeure et peut être très importante dans certaines productions disséminées sur le territoire ou pour les entreprises situées loin des grands centres. Les concepteurs et formateurs doivent offrir des cours sans faire de compromis sur la qualité. Un cours à distance et en ligne évolue dans un environnement différent d un cours en classe. Formateurs et concepteurs doivent profiter de cet environnement et tirer profit des possibilités offertes. Entre autres, les TIC offrent de nombreuses possibilités d interaction. L aspect social d une activité de formation est très important pour les gens du secteur agricole. Il est donc intéressant de tirer profit des technologies à ce niveau. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 83

Deux réalités présentes actuellement dans le secteur limitent l adoption de la formation à distance et en ligne. Peu de ressources sont allouées pour les projets de formation à distance et en ligne, ce qui fait en sorte que les projets sont à faible coût et à faible risque. Ensuite, les aptitudes des apprenants, des formateurs et des concepteurs doivent être développées pour tirer un meilleur bénéfice des formations suivies ou développées. Dans cette optique, la concertation entre les acteurs du milieu, la mise de l avant de l interaction et la diffusion de formations aux concepteurs et formateurs sont, d après nous, des gestes à poser pour favoriser l adoption de la formation à distance et en ligne dans le secteur agricole. L agriculture au Québec pourra alors bénéficier de la dynamique de «coopétition» 7 présente dans plusieurs sous-secteurs et continuer le développement de sa propre culture de formation. Cette culture pourrait devenir un important moteur d innovation dans le développement de ce qui est vital pour les entreprises agricoles, c est-à-dire les hommes et femmes qui y travaillent. 7 La coopétition est la collaboration entre différents acteurs économiques en compétitions pour que chacun en retire un bénéfice. Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 84

LEXIQUE Apprentissage asynchrone : Dans l apprentissage, la communication entre apprenants et formateur ne se déroule pas en temps réel. Par exemple, le courriel, le forum de discussion en ligne, les blogues sont des moyens de communication asynchrones. (inacol, 2011) Apprentissage synchrone : Apprentissage où les participants interagissent en même temps. (inacol, 2011) Bande passante : Consiste en la capacité de transport d information d un canal de communication sur un réseau informatique. Pour être livrés efficacement sur Internet, des documents lourds (audio, vidéo) ont besoin d une bande passante plus large que des médias légers (texte, image). (Brandon-Hall, 2005) Baladodiffusion : Utilisation des nouveaux outils nomades ou portables (téléphone cellulaire, lecteur audio numérique, clé USB) pour diffuser des contenus audio ou vidéo. (Ministère de l'éducation nationale, 2010) Blogues : Site Internet personnel constitué d articles ou de documents divers, déposés par son propriétaire, qui peuvent être téléchargés. (Ministère de l'éducation nationale, 2010) Classe virtuelle : Une classe virtuelle est typiquement composée d élèves dispersés sur un territoire donné (par exemple, l ensemble du Québec) qui sont en contact direct entre eux et avec un enseignant au moyen de l Internet. (CEFRIO, 2011) Clavardage : Communication écrite en temps réel entre plusieurs personnes. Apprentissage en ligne (ou e-learning) : Éducation ou l enseignement et les contenus sont livrés principalement via Internet. (inacol, 2011) Formation mixte ou hybride : Formation qui inclut de la formation en présence d un formateur ou de groupe et de la formation diffusée en ligne où l apprenant a un certain contrôle sur le lieu et le moment. (inacol, 2011) Forum de discussion : Un forum qui inclut des messages et des commentaires provenant d un groupe d utilisateurs pour faciliter les discussions asynchrones. (inacol, 2011) Mobile learning (mlearning ou apprentissage électronique sans fil) : Apprentissage dans un lieu non prédéterminé, par l intermédiaire des technologies sans fil, c est-à-dire des appareils portables comme les téléphones cellulaires, les téléphones intelligents, les BlackBerry, les ordinateurs et les lecteurs multimédias personnels. (Conseil canadien sur l apprentissage, Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 85

Plateformes de réseautage social : Outil logiciel permettant le réseautage social. Un processus d inscription à ces plateformes permet de bâtir un réseau de contacts comme : Facebook ou Linkdin. TIC : Technologies de l information et des communications, y compris les ordinateurs, les téléphones cellulaires, Internet, les lecteurs MP3, les consoles de jeu portatives et les ordinateurs portables. (Conseil canadien sur l apprentissage, 2009) Visioconférence (ou vidéoconférence) : Permet, à l aide d outils technologiques, la communication bidirectionnelle de l audio et de la vidéo entre plusieurs sites simultanément. (inacol, 2011) Webinaire : Un séminaire qui se déroule sur Internet et qui s apparente à une conférence web. Un webinaire se déroule en temps réel. (inacol, 2011) Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 86

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ANNEXES Rapport présenté au Sous-comité formation et apprentissage d AGRIcarrières Page 90

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