Les MOOC, une arme de destruction massive des business schools?

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StéphanBourcieu Directeurgénéral Enseignant chercheurenstratégie GroupeESCDijon Bourgogne stephan.bourcieu@escdijon.eu OlivierLéon Directeuradjoint Enseignant chercheurenéconomie GroupeESCDijon Bourgogne olivier.leon@escdijon.eu LesMOOC,unearmededestructionmassive desbusinessschools? Introduction Alafindu15 ème siècle,l inventiondel imprimeriepargutenbergpuissagénéralisationontamenéla disparition de la profession millénaire, et jusque là incontournable, de copiste. Au début du 21 ème siècle, la généralisation d Internet et ses usages en matière de e learning vont ils conduire à la disparitiondesinstitutionsd enseignementsupérieursousleurformeactuelle? Depuis près de trois décennies, chaque innovation technologique majeure (la télévision, le magnétoscope et le caméscope, la visioconférence, le CD ROM, la première génération d Internet etc.)a été l occasion d annoncer la fin à brève échéance du face à face pédagogique au profit des nouvellestechnologieséducatives.silarévolutionmaintesfoisannoncéen apasencoreeulieu,le récent développement des MOOC (Massive Open Online Courses), portés par les plus grandes institutions éducatives nord américaines, pourrait changer la donne. En effet, quel étudiant de businessschoolneserait ilpasintéresséàsuivregratuitementuncoursd économiedispenséparun prix Nobel? La plate forme edx développée conjointement par des institutions aussi prestigieuses que le MIT, Berkeley et Harvard University à la rentrée 2012 1 avec le soutien de la Fondation Bill Gates 2 pourraitainsiremettreencauselemodèletraditionneld enseignementsupérieurfondésurle face à face pédagogique. Pour les institutions d enseignement supérieur, cette innovation pourrait avoirunimpactmajeursurleurbusinessmodel. Enpartantd uneprésentationdumodèleémergentdesmooc,cetarticleapourobjectifd analyser lesconséquencesdecescoursenlignesurlebusinessmodeltraditionneldesbusinessschools.d un point de vue managérial, il permet de faire le point sur les business models et l impact, réel ou supposé, d Internet sur leur évolution à travers l analyse d un secteur de services, directement impactéparcesnouvellestechnologiesetl émergencedemodèlesgratuitsd activités. 1 HélèneCroizé Pourcelet(2012),Harvard,BerkeleyetleMITlancentuneplate formemondialed e learning gratuite,lesechos,30août. 2 Tommy Pouilly (2012), Bill Gates: construire un système hybride entre cours en classe et cours en ligne, Regardssurlenumérique,www.rslnmag.fr,4décembre. 1

1.LesBusinessModels La notion de business model est inhérente à l activité économique. Par nature, elle est aussi ancienne que les entreprises elles mêmes. Schumpeter, en 1934, indiquait que les nouveaux marchés, les produits, les systèmes de production ou encore les sources d approvisionnement étaientnécessairesauprocessusd innovationentrepreneurialetqu ilsconstituaientlescomposants du modèle d activité. Le business model peut se définir comme les choix qu une organisation effectue pour générer des revenus. Même si aucune définition ne semble réellement s imposer, l élémentcentralestlagénérationderevenusoulacréationdevaleur 3. Tout au long du vingtième siècle, les business models des entreprises se sont essentiellement articulés autour de trois grands types: production vente, achat transformation vente et achatrevente (ou négoce). Au tournant des années 2000, le développement rapide d Internet et de ses usages dans toutes les couches de l économie comme de la société s est traduit par une transformation des business models existants 4 et l émergence de nouveaux modèles toujours plus complexes,qualifiésdedisruptifs 5,parmilesquelsonretrouve: 1.1.Lesbusinessmodelsfondéssurlagratuité Danscecadre,l entrepriseoffredesproduitsouservicesgratuitsàdesutilisateurs(quivontallersur unsitewebetpourquileserviceestgratuit).l undesobjectifsrecherchésestdegénérerleplusde trafic (d utilisateurs uniques) possible. En parallèle, l entreprise propose une offre de services associés ou indirects(la publicité, le référencement payant, l accès à des bases de données sur les utilisateurs etc.) payés par ses vrais clients. Ce sont ces activités qui sont génératrices de revenus pour l entreprise. Des portails (Yahoo), des réseaux sociaux (Facebook) ou encore des moteurs de recherche(google)entrentdanscettecatégorie.cebusinessmodelreprendceluiadoptédepuisdes décenniesparlatélévisiongratuite(fondésurlapublicité)etleperfectionneparl apportdeservices supplémentaires,tantducôtédesutilisateursquedesclients. 1.2.Lesbusinessmodelsfondéssurdesproduitsouservicespayants Cesbusinessmodelsrecouvrentdifférentespossibilités.Dansuncas,leclientdoits acquitterd une cotisation donnant accès à des produits ou des services. C est la reproduction numérique d un modèleexistantdansl économieréelle.dansunautre,leclientaunaccèsgratuitàunsitewebmais les produits ou services proposés sont payants. Par rapport à l offre physique traditionnelle, ils peuventêtreidentiquesmaisavecdesservicescomplémentaires(conseil,flexibilité,disponibilitéen stock )ouêtreinnovants.onretrouveicidesbusinessmodelsliésàdesactivitésdecourtageen ligne,deplacedemarché(ebay),depressepureplayer(médiapart). 1.3.Lesbusinessmodels«freemium» 6 Cesontdesbusinessmodelshybrides,propresàInternet,quiassocientdesservicesdebasegratuits et des services premium payants. Dans ce modèle, une part importante des clients (plus de 90%) reste sur l offre gratuite et sans engagement. Seule une minorité de clients souscrit aux services premiumetsubventionnealorslamassedesutilisateursgratuits.cemodèleestrendupossibleparle faible coût marginal de services d utilisateurs gratuits supplémentaires. Le réseau professionnel Linkedin fonctionne suivant ce principe : si l accès au réseau est gratuit, un certain nombre d utilisateurs paie pour accéder à des services supplémentaires: les abonnements (21%) et les 3 Jean LouisLequeuxetMélissaSaadoun(2008),Quelbusinessmodelpourmonentreprise,EyrollesEditions d Organisation,239p. 4 MichaelE.Porter(2001),StrategyandtheInternet,HarvardBusinessReview,Mars,79(2),pp.63 78. 5 Alexander Osterwalder et Yves Pigneur (2011), Business model. Nouvelle génération, Pearson Education France,279p. 6 AlexanderOsterwalderetYvesPigneur,op.cit. 2

servicesderecrutement(49%)représententdeuxdesprincipalessourcesderevenusdusite,avecla publicité(àhauteurde30%). Outre l émergence de nouvelles activités issues des technologies de l information et de la communication,denombreuxsecteursdel économieréelleontvuleurbusinessmodelradicalement transformé par les usages de l Internet. Parmi ceux ci, l édition musicale est probablement l un de ceuxquiaconnulamutationlaplusforte.l arrivéeduhautdébitarévolutionnélebusinessmodel de l édition musicale, passée d une industrie traditionnelle de production musicale et de commercialisation de supports phonographiques (vinyle, cassette puis CD) à une industrie dématérialiséereposantessentiellementsurlenumérique.lepeer to peer(p2p),letéléchargement illégal, l émergence de nouveaux acteurs issus des matériels multimédias (Apple en tête) ou de l internet(deezer)ontbousculélesacteurstraditionnelsdel éditionmusicalequesontleslabels. L éditionmusicaleestainsipasséed unbusinessmodelproduction venteàunbusinessmodeldans lequel le client (l internaute) devient le producteur. Ce modèle, connu sous le nom de crowdfunding,casse le rôle des intermédiaires entre l artiste et son public et repose sur une approchecollaborative,unélanempathiqueselonl économistejeremyrifkin 7.Parmilesréussites, on retrouve MyMajorCompany.com, producteur du chanteur Grégoire. Grace à 347 internautesproducteursayantinvestide10à6020euros,cetartisteavusonalbumatteindrelapremièreplace des ventes d albums en France en 2009 (1 200 000 exemplaires vendus). Pour les internautes producteurs,cetteopérationleurarapporté20foislamiseinitiale.suivantlemodèledegrandvalet Ronteau 8,cenouveaubusinessmodelpeutêtreanalyséàtraverstroiscritères: La proposition de valeur: elle repose sur l interactivité accrue entre l artiste et l internaute quivaêtreprésentdanslachainedevaleurdèsl origine(etnonplusseulementàlafin). L architecturedevaleur:économiesurlaphasedemiseenproduction(sélectionpréalable de l artiste, qui évite de produire des artistes qui «ne rencontreront pas leur public») et économie sur la promotion de l album en faisant participer l internaute producteur par le biaisdumarketingviral. Equationdeprofit:pourlasociété,cebusinessmodellimitelesrisquesfinanciers,supportés parl internaute producteur,etlescoûtsmarketingcarl internaute producteurcontribueau marketingviral.ilpermetunpartageduprofitentrelasociétédeproduction,l artiste(mieux rémunéré)etl internet producteur(encasdesuccès). Outre l édition musciale (MyMajorCompany.com, KissKissBankBank), le business model du crowdfunding touche désormais le cinéma (KickStarter.com aux Etats Unis ou TousCoProd.com en France)etlethéâtre. 2.LesMOOC,unnouveaumodèled enseignementouunoutildeplusauservicedela pédagogie? Même si ils se développent depuis de nombreuses années, en profitant des progrès d Internet, les cours en ligne ne se sont pas, jusqu à présent, substitués au traditionnel face à face pédagogique entre étudiants et professeurs. Dans la plupart des cas, ils offrent une modalité pédagogique complémentaire à l animation en salle de classe ou sont exploités en formation continue pour des personnesenactivité. Pour autant, de nombreux paramètres sont aujourd hui susceptibles d évoluer rapidement et peuvent amener les cours en ligne à prendre une part grandissante dans la pédagogie. Le développement récent de l offre de cours en ligne donnés par les meilleurs professeurs des 7 AurelianoTonet(2013),Lacréationàl heuredu«crowdfunding»,lemonde,17janvier,pp.25. 8 Samuel Granval et Sébastien Ronteau (2011), Business model. Configuration et renouvellement, Hachette Supérieur,157p. 3

universitéslesplusprestigieuses,àl imagedesplate formesedxetcoursera 9,pourraitainsichanger ladonneenmatièred enseignementsupérieurenmanagementdanslesannéesàvenir. 2.1.LemodèledesMOOC L arrivée récente des universités les plus prestigieuses sur le marché des cours en ligne change radicalement la donne. Jusqu à présent réservés à un groupe réduit de privilégiés, dûment sélectionnés et à même de payer des droits de scolarité très élevés, ces cours d universités prestigieusessontdésormaisouvertsàtousetsontproposésgratuitement.outreuneproductionde contenus spécifiques et d excellente facture, ces cours exploitent également les chats vidéo et la technologie collaborative du crowdsourcing pour favoriser les échanges et l interactivité lors de forumsdediscussion.depuis2011,l engouementpourcesmoocnesedémentpas.ainsi,certains cours de Stanford(plate forme Udacity) dépassent régulièrement les 100 000 inscrits. Ils touchent desparticipantsdetouslespaysetdeprofilsvariés:étudiantsclassiques,professionnelsenactivité, autodidactes,retraitésetc. Si la diffusion des cours est gratuite, le modèle des MOOC peut s appuyer sur la culture philanthropiquenord américainepourfinancersondéveloppement:lafondationbillgatesfinance ainsileprojetedx.enoutre,lescertificatsdélivrésàl issuedecescours,etplusencorelavalidation d examens,sontpayantsetdevraientcontribueràl équilibreéconomiquedumodèle. 2.2.Uncontextepropice Contrairement aux tentatives précédentes, les MOOC arrivent sur le marché de l enseignement supérieurdansuncontexteparticulièrementpropiceàleurréussite,tantentermesdetechnologies quesurleplancultureletmêmeéconomique. Dessupportsdediffusionenfinperformants.Jusqu àprésent,aucunetechnologiedel information et de la communication n est parvenue à se substituer totalement à l interaction directe entre un professeur et son étudiant en salle de classe. Le coût de production des contenus, leur complexité techniqueouencorelaqualitémédiocredurendupourl étudiantexpliquentpourpartielesraisons deceretard.pourautant,onpeutlégitimementpenserquelesinnovationstechnologiquesrécentes (webtv, liseuses et autres tablettes tactiles) sont susceptibles de modifier la donne en termes d exploitation des cours en ligne, en raison de leur facilité d exploitation qui ne nécessite plus le recoursàdesexpertspourproduireetdiffuserlessupports,leurlargediffusiondansl ensembledes couchesdelasociétéetleurfaiblecoûtd utilisation. Un changement de culture. En une dizaine d années, l internet a contribué à l émergence d une culture de l universalité de la connaissance. Wikipédia ou encore la bibliothèque numérique de Google sont autant d exemples de cette révolution en marche. Désormais, il semble normal aux utilisateursd Internetd avoirunaccèslibreàunebasedeconnaissancestoujourspluslarge.cette culture communautaire, fondée sur le partage de la connaissance, touche les Business Schools, à commencer par le MIT aux Etats Unis mais également des Grandes Ecoles de management françaises, telle Grenoble EM qui donne accès en ligne à ses contenus de cours. Cette nouvelle cultureafaitsortirlaconnaissancedesréseauxetdeslieuxtraditionnels. Unpublicplusréceptif.Lagénération«Y»estlapremièreàavoirgrandiàl èrenumérique.defait, les étudiants actuels ont une facilité sans commune mesure avec les générations précédentes à utiliser les outils numériques (ordinateurs, smartphones, tablettes tactiles) et les réseaux communautaires (Reddit, Facebook, Gowalla, Twitter pour ne citer que les principaux). Pour ces étudiants, il est aussi évident de travailler un dossier avec leurs camarades à distance en utilisant MSNoutouteautreplate formecollaborativequedeseréunirautourd unetablepourenparler.de 9 Ceréseaucollaboratifregroupetreizeprestigieusesuniversitésaméricaines,deuxindiennes,unecanadienne, unesuisseetuneécossaise. 4

même, une vidéo sur Youtube pourra être autant suivie par des étudiants (à condition qu elle répondeàleurscodesd expression)qu unprofesseurenface à face.habituéedèsleplusjeuneâge à raisonner numérique, cette génération a certainement plus que toute autre la capacité à appréhenderlesenseignementsenligne. Trillion dollars baby: un contexte spécifique aux Etats Unis 10. En 2012, la dette des étudiants américains a atteint le chiffre vertigineux de 1000 milliards de dollars, comparable à la dette d un payscommel Espagne.Cetendettementadoubléaucoursdescinqdernièresannéesenraisonde l explosiondeladettepubliquedanslesdifférentsétatscommeauniveaufédéral.confrontéesàla baisse des subventions, les universités ont en effet réagi en augmentant fortement les droits de scolarité. En parallèle, la situation délicate du marché de l emploi se traduit par des difficultés accruespourlesétudiantsdefairefaceàleursdettes(lesdéfautsderemboursementsatteignantles 67milliardsdedollars).Dansuncontextedecrise,lesMOOCpeuventêtreuneopportunitépourune jeunesse qui ne dispose plus des moyens de financer des études payantes. Dans un pays où les compétencescomptentplusquelediplôme,l accèsgratuitàdescoursenlignedehautniveaupeut permettreàdespersonnesd acquérirlescompétencesindispensablesàleuremployabilité. Une prise en compte de la rareté de la ressource professorale. Enfin, sous la pression des accréditations et des rankings internationaux, les institutions d enseignement supérieur, et en particulier les business Schools, ont fortement renforcé leurs corps professoraux permanents au coursdesdeuxdernièresdécennies.larecherchedesmeilleursprofesseursetlavolontéd acquérir une ressource protéiforme (ce que l EFMD 11 (2012) qualifie d academic triathlete, c est à dire un professeur capable à la fois de produire une recherche de haut niveau, de s adresser à des entreprises avec l expertise d un consultant, d avoir des aptitudes managériales pour piloter des programmesetenfind excellerdansleface à facepédagogique)onteuuneffetinflationnistesurles salaires(sahut,2011) 12.Pourrentabilisercetinvestissement,lesbusinessSchoolsonttoutintérêtà assurerunediffusionlapluslargepossibledesinterventionsdecesprofesseursdehautniveau.les cours en ligne peuvent ainsi être particulièrement utiles pour partager une ressource pédagogique avec des campus délocalisés et étaler ainsi sur une base plus large la charge financière que représentelerecrutementd untelprofil. 2.3UnMOOCpourquoifaire? Danscesconditions,quelssontlesfacteursquipeuventjustifierlamiseenplaced'unMOOCparune Universiténordaméricaine?Ilestpossibled'enidentifieraumoinscinq(figure1): Lacontributionàlacommunauté.Cepremierélémenttrèsprésentdanslaculturenord américaine. Onleretrouveparexempledanslesstandardsd'accréditationAACBS 13 desbusinessschoolssousle chapitre «service to community» ; il s'agit là, dans un esprit philanthropique, de pouvoir faire bénéficierauplusgrandnombredesenseignementsprodiguésauseindel'université.c estlaraison invoquéeparlafondationbillgatespourexpliquersonsoutienaulancementdelaplateformeedx. Lapromotiondel'Universitéetdesesenseignants.Proposeruncourssuruneplateformetelleque Courseraoffreunevisibilitéimmédiateetmondialeauxuniversitésetauxprofesseursresponsables descoursproposés;cesélémentsconcourentaurenforcementdelanotoriétéduprofesseur(voireà l'accroissement du volume des ventes des ouvrages qu'il produit) et à celle de l'université en lui permettantparailleursdeproposeràsesétudiantspotentielsdetester«endirect»leproduit. 10 StéphanBourcieu(2012),TrilliondollarBaby:lesmillemilliardsdelajeunesseaméricaine,TheHuffington Post,www.huffingtonpost.fr,13avril. 11 SantiagoIñiguez(2012),NeededacademicTriathletes,EFMD,GlobalFocus,Volume06,Issue02,pp.20 24. 12 Jean MichelSahut(2011),Lesgrandesécolesdecommerce,modèleéconomiqueetstratégies,Management etavenir,n 45,Juin. 13 AACSB:TheAssociationtoAdvanceCollegiateSchoolsofBusiness,fondéeen1916. 5

Le renforcement du caractère exclusif du diplôme. Il peut sembler paradoxal de considérer que l accèsàdescoursenlignegratuitspeutcontribueraurenforcementdelavaleurdesdiplômesde l'université à l origine du MOOC. Toutefois, on peut estimer qu en offrant à tous la possibilité d'accéderàunbien,dontchacunpeutexpérimenterlaqualité,maisenréservantlediplômeàdes «happyfew»,qui,au delàdescours,aurontvécuunevéritable"studentexperience"surlecampus, lesmoocpermettentd accroîtrelecaractèreexclusifdudiplômeetdoncsavaleur. Ladétectiondestalents.Lesapprenantslesplusbrillantss'inscrivantauxMOOCpeuventainsiêtre repérésetincitésàpostuleràdescursusdiplômants;danscecadrelesmoocapparaissentcomme devéritablesdétecteursdetalents. Lacréationd'unenouvellesourcederevenus.L'obtentionducertificatattestantdelavalidationdu coursproposépeutêtreassociéaupaiementd'undroitdescolarité,certesrelativementfaible,mais qui,comptetenudunombreimportantd'apprenants,peutgénérerdesrevenussubstantiels. Figure1:LeseffetspotentielsassociésauxMOOC 3.LesMOOC,unnouveaubusinessmodelpourlesbusinessschools? Nombre d observateurs s inquiètent déjà de l impact des MOOC sur les acteurs de l enseignement supérieur. Selon l agence Moody s 14, cette nouvelle offre de cours en ligne risque d avoir un effet particulièrementnégatifsurlesinstitutionsdontlebusinessmodelestassissurlesdroitsdescolarité (for profit institutions), en particulier dans les domaines des nouvelles technologies et du management. De nombreuses business schools nord américaines pourraient ainsi être impactées, 14 KarenKedemetJohnE.Puchalla(2012),Shiftingground:Technologybeginstoaltercenturies oldbusiness model for Universities. Massive Open Online Courses produce mixed credit effects for the Higher Eduction Sector,Moody sinvestorsservice,12septembre,8p. 6

toutcommelesbusinessschoolseuropéennesetlesgrandesecolesdemanagementfrançaises,dont le business model repose désormais très largement sur les droits de scolarité et les financements d entreprises. 3.1.LemodèledesGrandesEcolesdemanagement L arrivée des MOOC sur le marché de l enseignement supérieur pose clairement la question de la créationdevaleurdanslesgrandesecolesdemanagement.lefaitquelesétudiantspuissentavoir gratuitement un accès à la connaissance en management change t il le business model de ces institutions, fondé en grande partie sur les droits de scolarité? A partir du cadre élaboré par Grandval et Ronteau 15, il est possible d analyser le business model actuel des Grandes Ecoles de managementfrançaises. Lapropositiondevaleurdecesinstitutionsconsisteàtransmettrelaconnaissance,lescompétences etlesvaleursdumanagementnécessairesauxétudiantspourdevenirdesprofessionnelsreconnuset recherchés par les entreprises. Son architecture repose sur une chaîne de valeur comprenant des activitésprimairesetdesactivitésdesoutienmaiségalementsurunréseaudevaleur 16,reliantune école aux chaînes de valeur d'autres acteurs. La chaîne de valeur simplifiée d'une école de management(figure2)sedécomposeentroisactivitésprimairesettroisactivitésdesoutien: Figure2:Unereprésentationdelachaînedevaleurd'uneGrandeEcoledemanagement Recrutement /Sélection Designduprogrammedeformation Recherche SuivietAccompagnementdesEtudiants(horspédagogie) Implémentationdu programmede formation (coursetautresactions pédagogiques) Evaluation D I P L Ô M E Ellereposedoncsurtroisactivitésprimaires: 1. Lerecrutement/sélectiondesétudiants:ils'agitd'uneactiondepromotionduprogramme deformationsuivid'unephasedesélectiondescandidats. 2. L'implémentation du programme : il s'agit là de la mise en œuvre opérationnelle du programme(programmation,organisationetréalisationdesmodulesd'enseignement). 3. L'évaluation. Elle porte sur la validation de l acquisition des connaissances et des compétences en fonction de référentiels. Elle repose sur des examens et des tests 15 Op.cit. 16 Leréseaudevaleurd'uneorganisationpouvantêtredéfinicommel'ensembledesrelations,quisontnouées avecd'autresacteurs(fournisseurs,clients,partenaires, )etquicontribuentàlapropositiondevaleur. 7

individuels,maiségalementsurlaparticipationencours,laréalisationdetravauxdegroupe, deprojets,depériodesenentreprise. Lestroisactivitésdesoutiensont: 1. Ledesignduprogrammedeformation.Cetteactivitéenglobel'ensembledesélémentsliésà la conception du programme (définition de la durée, de la structure, de la nature des activitéspédagogiques,ducontenudesenseignements,delaplacedesstagesetc.) 2. Larecherche.Lesactivitésderecherchedoivents'entendreàlafoiscommelesactivitésde productiondesavoirs(garantissantlapertinencedescontenustransmisauxétudiantsetle maintien de la qualification du corps professoral) et comme les activités d'innovation pédagogique(garantissantlapertinencedesmodesdetransmissiondessavoirs). 3. Le suivi et l'accompagnement des étudiants. En parallèle à la dimension académique, les étudiantsbénéficientdeservicesd accompagnementquivontdudéveloppementpersonnel au coaching carrière, en passant par un soutien individualisé en cas de difficultés personnellesparexemple. En outre, cette chaîne de valeur est connectée à un réseau de valeur, qui relie une institution aux chaînesdevaleurrespectivesd autresacteurs. Lepremieracteurconnectéestlemondedesentreprises.Ils agitlàd unedesspécificitésdumodèle des Grandes Ecoles de management françaises. Celles ci interviennent en effet à de nombreux niveaux (sélection des étudiants, participation au design des programmes, intervention de professionnels dans les enseignements, périodes de stages dans le cursus, évaluation des compétencesdéveloppéesparlesétudiantslorsdespériodesenentreprises). Ledeuxièmeacteurestcomposédesautresétablissementsd enseignementsupérieur,notamment internationaux, avec lesquels les écoles ont su développer des relations de coopération qui contribuentauprocessusdeformationdesétudiants. Lesréseauxd anciensreprésententletroisièmeacteurconnecté.considéréscommel undesforces desgrandesecolesdemanagement,cesréseauxjouentunrôleimportantdansl insertiondesjeunes diplômésetdansleurévolutiondecarrière. Suivantcetteanalyse,lesMOOCnesontpasunélémentintégréàlachainedevaleurd uneécole, maisapparaissentcommeunnouvelacteuraveclequellesgrandesecolesdemanagementpourront ounoncoopérer. L équationdeprofit.ellereposesurlepaiementdedroitsdescolarité(de7000à15000eurospar an pendant deux ou trois ans pour les Grandes Ecoles de management françaises) en contrepartie d untransfertdeconnaissances,compétencesetvaleursmanagérialesainsiquedelareconnaissance d un diplôme par les acteurs du monde économique: pour l étudiant, le paiement des droits de scolarité est vu comme un investissement initial à réaliser dans le but de maximiser son profit ultérieur;ceprofitpouvantconcernersesrevenus,sesresponsabilitésouencoresonemploi,selon sespriorités. 3.2.L incidencedesmoocsurlemodèledesbusinessschools Danslachaînedevaleurdel enseignementsupérieurenmanagement,lesmoocsefocalisentsurla transmission de contenus créés et expliqués par les professeurs les plus réputés des institutions nord américainesderéférence.lesétapesdedesignetd'implémentationdelachaînedevaleursont doncdirectementimpactéesmaisàdesdegrésdifférents. Au niveau de l étape de design des programmes, les MOOC confortent la situation actuelle dans laquelle la majorité des contenus académiques sont créés en dehors des institutions qui les enseignent. En revanche, les modules proposés par les MOOC ne permettent pas d adapter les contenus enseignés au contexte et à la pédagogie locale ni, à ce jour, de les articuler en un tout cohérent. En effet, un programme de formation ne se résume pas à la juxtaposition de modules 8

proposant des contenus divers mais bien à l'articulation d'un ensemble d'actions pédagogiques (cours,projets,stagesetc.)mobilisantunepluralitéd'acteursetayantpourfinalitél'acquisitiond'un ensembledonnédecompétences.acejour,lesplateformesproposentunensembledemodulesde formationindépendantslesunsdesautressansquedesparcoursdeformationsoientconstruits.il estànoterquelesétablissementsd'enseignementsupérieur,deparleurscompétences,constituent sansnuldoutelesacteurslesplusàmêmedetirerpartiedesmodulesproposéssurlesplateformes afin de les insérer au sein des formations qu'ils proposent ; les MOOC devenant une ressource supplémentairepotentiellementàmêmed'êtreintégréeàleurproprechaînedevaleur. Concernant l étape d'implémentation, les MOOC restent organisés suivant une pédagogie très descendante, en dépit des efforts d interactivité que permet l innovation technologique (forums, chats etc.). En outre, les MOOC sont victimes de leur succès: plus le nombre d auditeurs est important,etrappelonsqu ildépasseparfoisles100000,plusilestdifficiledecréerdel interactivité etd apporterdesréponsesspécifiquesàchaqueétudiant.lamiseenplaceprogressivededroitsde scolarité pour la reconnaissance de la validation du module suivi en ligne fera apparaître, pour un certain nombre d'établissements, les MOOC comme une source potentielle de revenus supplémentaires. Une question se pose quant à l impact des MOOC sur l étape relative à l évaluation des connaissances et des compétences acquises au travers des enseignements. Selon Bill Gates, ce modèledesmoocdoitconduireà«séparerlavalidationdessavoirs(lepassagedudiplôme)dela façondontonfaitl acquisitiondecesconnaissances.sionaacquisenautodidactetouslessavoirset toutes les compétences requises pour la pratique d un métier, pourquoi ne pourrait on pas passer l examen d entrée de la profession, au même titre que ceux qui ont suivi la formation institutionnelle?». Suivant cette approche, des universités nord américaines, à l image de l UniversitéduTexas,veulentprendreencomptecertainscoursd edxcommedesunitésdevaleur pour ses propres diplômes 17. Ce choix souligne la prédominance dans la chaine de valeur des business schools de l évaluation des connaissances et compétences (étape d'évaluation) et de la délivrance du diplôme sur une partie de la transmission des connaissances (étape d'implémentation). Au final, le déploiement des MOOC vient conforter, plus que concurrencer, le business model des Grandes Ecoles de management, dans lequel la création de valeur ne se limite pas à la seule transmission des connaissances. D une part les MOOC permettent de résoudre une partie de la problématiquededisponibilitédelaressourcecorpsprofessoral 18.D autrepart,endonnantaccèsà desprofesseursderéputationinternationale,ilscontribuentàrenforcerlaqualitédecetteétapede transmissiondesconnaissances,maiségalementàlavalorisationdesautresétapesdelachainede valeur, indispensables pour assurer la formation d un étudiant: l adaptation des connaissances génériquesauprofildesapprenantsetaucontextelocal,letutoratpédagogiqueetprofessionnel,les servicesd accompagnement(coachingcarrières,développementpersonnel),l évaluationetenfinla valorisationdudiplômeetc. Conclusion Pour aller plus loin dans la question de la transmission de la connaissance et des méthodes pédagogiques,billgatesvoitdanslesmoocunmoyenderenforcerl approchepédagogiqueparla flippedclassroomouclasseinversée:«plutôtqued écouterleurprofesseurfairesoncoursenclasse, puisleslaissefaireleursdevoirsseulsàlamaison,lesélèvesapprendraientavantlaclasse,enligne, 17 TamarLewin(2012),Lesuniversitésd élites ouvrentauweb,thenewyorktimesinternationalweekly,30 novembre,pp.1et4 18 AinsilesMOOCpeuventêtreunmoyenderésoudrelesdifficultésrencontréesparlesbusinessschoolsmulticampus,enpermettantunemutualisationdesinterventionsdesenseignants. 9

auprèsdesmeilleursprofesseurs.etunefoisenclasse,ilsmettraientenpratiqueleurssavoirsdans desateliersengroupe,souslahoulettedeleurprofesseurphysique» 19. Cetteapprochenord américainedelapédagogieestpratiquéeavecplusoumoinsderéussitedans les Grandes Ecoles de management françaises depuis de nombreuses années. Elle se fonde sur le recours aux manuels (text books) dont les étudiants doivent lire des chapitres préalablement aux cours pour en défricher les concepts et ainsi maximiser le temps en salle de classe sur leur explicationetleurmiseenrelationaveclesréalitésdumondedesentreprisesàtraverslesétudesde cas. Le développement des MOOC peut permettre de renforcer l attractivité et l efficacité de cette approchepédagogiqueensubstituantautraditionnelmanueluncoursenligneavecunprofesseur derenomméemondiale. Le tsunami annoncé par John Hennessy, Président de Stanford 20, va t il balayer le monde de l enseignement supérieur, et en particulier celui des business schools? La complexité du business model des business schools, dans lesquelles la création de valeur ne se réduit pas à la seule transmission de connaissances, aura sans doute pour effet de limiter l impact de la vague. Paradoxalement, cette approche pédagogique est même susceptible de renforcer la qualité des connaissances transmises aux étudiants mais aussi la demande de services complémentaires d accompagnementpermettantauxétudiantsderenforcerleursprofilsetdoncleurdifférencevis àviselamassedesapprenants. SionpeutdoncpenserquelesMOOCsontplusunproduitdecomplémentqu unconcurrentdirect des business schools, en revanche ces cours en ligne peuvent se révéler être un produit de substitutionredoutableauxtraditionnelsmanuels,carproposantdescontenusdegrandequalitéet gratuits. Entamée avec l invention de l imprimerie au 15 ème siècle et poursuivie avec celle de l Internetau20 ème siècle,larévolutiondumondedel éditionn estsansdoutepasterminée. 19 TommyPouilly,op.cit. 20 MosheY.Vardi(2012),WillMOOCsdestroyAcademia?,CommunicationsoftheACM,volume55,n 11,pp.5. 10