COMPTE RENDU DU SUIVI TEMPOREL DES RHOPALOCERES DE FRANCE



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Transcription:

COMPTE RENDU DU SUIVI TEMPOREL DES RHOPALOCERES DE FRANCE 2010 Commune de Sanilhac-Sagriès Conservatoire des Espaces Naturels du Languedoc-Roussillon

Mise en œuvre des prospections et déterminations : Maxime Gaymard, CEN L-R Rédaction du rapport : Maxime Gaymard, CEN L-R Stéphanie GARNERO, CEN L-R Crédits photographiques : Maxime Gaymard, CEN L-R Légendes des photos de couverture : de haut en bas et de gauche à droite - Aglais urticae (Petite tortue) - Zerynthia rumina (Proserpine) - Arctia villica (Ecaille villageoise) - Melitaea didyma (Mélitée orangée)

Sommaire 1 Introduction :... 1 2 Protocole et méthode :... 1 3 Résultats :... 3 4 Limites à la mise en oeuvre du protocole STERF sur la réserve :... 7 5 Conclusion :... 9 ANNEXES...10 Table des illustrations Carte 1 : Localisation des transects...12 Figure 1 : Volume au sein duquel le relevé STERF est réalisé... 2 Figure 2 : Nombre d individus cumulés sur la saison de suivi pour chaque transect.. 4 Figure 3 : Nombre d espèces cumulées sur la saison de suivi pour chaque transect. 4 Tableau 1 : Calendrier des prospections 2010... 3 Tableau 2 : Espèces contactées durant les prospections STERF 2010...13 Conservatoire des Espaces Naturels du Languedoc-Roussillon

1 Introduction : L action SE11 du plan de gestion 2010-2014 de la réserve naturelle régionale des gorges du Gardon prévoit de compléter la connaissance de l entomofaune et des arachnides. Le Conservatoire des Espaces Naturels du Languedoc-Roussillon, cogestionnaire de la réserve avec la commune de Sanilhac-Sagriès, met en œuvre en régie une partie des inventaires et des suivis de populations programmés dans ce cadre. Pour ce qui concerne les rhopalocères, cette action consiste à appliquer le protocole national de suivi des papillons de jour intitulé STERF (Suivi Temporel des Rhopalocères Français), sous réserve de sa faisabilité sur la réserve. Ceci répond à trois objectifs : - acquérir des connaissances sur la richesse biologique de la réserve ; - disposer d un indicateur de la qualité des milieux et ainsi approcher l impact des mesures de gestion mises en œuvre sur la faune ; - contribuer à l acquisition de connaissance sur les rhopalocères et au suivi de leurs populations, au niveau national. L année 2010 constitue la première année de mise en œuvre de ce protocole sur la réserve et donc l année de test de sa faisabilité au niveau de ce site. On notera que ces groupes avaient déjà fait l objet d un inventaire partiel pendant la durée du premier plan de gestion (Vincent NICOLAS, 2004). 2 Protocole et méthode : Le protocole STERF est un protocole standardisé selon les critères suivants : - mise en œuvre au sein d un carré STOC de 2*2km ; - prospection de 5 à 15 transects demandant au maximum 10 minutes pour les parcourir, de distance comprise entre 50 et 400 m et traversant les habitats dominants au sein du carré STOC ou des habitats particulièrement favorables pour les rhopalocères ; - description des différents milieux présents sur les transects selon une typologie définie ; - lors des prospections, possibilité de relever soit les groupes d espèces soit les espèces selon l expérience de l observateur ; - mise en œuvre dans des conditions météorologiques données : 75% de couverture maximum sans pluie, 30-50 km/h de vent maximum, 13 à 17 C minimum. Si ces conditions ne sont plus respectées lors d une session de prospection, celle-ci doit être stoppée. - prospections pouvant aller de mars à octobre ; 1

- la fréquence des relevés doit être au minimum mensuelle, avec au moins 15 jours entre les relevés ; - pour faire le relevé, l observateur s imagine à la limite postérieure d une boîte de 5 m de côté progressant avec lui, et compte les papillons dans ce volume. Figure 1 : Volume virtuel au sein duquel le relevé STERF est réalisé Ainsi, pour la prospection papillons de jour sur la Réserve Naturelle Régionale des Gorges du Gardon, ce protocole est décliné comme suit : - mise en œuvre au sein du carré STOC n 300935 ; - 10 transects mesurant de 105 à 455 m localisés sur la carte en annexe ; - toutes les espèces sont prises en compte au niveau spécifique si possible ; - la période de prospection s étale de mars à octobre ; - la fréquence des relevés est de 2 par mois, dans la mesure du possible, un technicien étant mobilisé pour le suivi. Les milieux correspondant aux différents transects sont décrits en annexe, à la fois selon la typologie propre au STERF mais aussi à partir de la cartographie des habitats naturels de la réserve. Chaque transect correspond à une végétation dominante et à une gestion donnée : - transect 1 : garrigue à faible recouvrement herbacé et forte régénération de Chêne kermès, gérée dans un objectif de restauration de pelouse sèche (ayant fait l objet d une ouverture initiale en 2004 et entretenue annuellement par girobroyage et pâturage) ; - transect 2 : garrigue à recouvrement herbacé moyen et forte régénération arbustive (Chêne kermès, pistachiers, filaires), gérée dans un objectif de restauration de pelouse sèche (ayant fait l objet d une ouverture initiale en 2004 et entretenue annuellement par girobroyage et pâturage) ; - transect 3 : garrigue fermée, à Chêne kermès et Ciste cotonneux, quelques tâches de Brachypode rameux et de roche mère affleurante, pas d interventions de gestion ; - transect 4 : friche de fond de combe, occupée par une pelouse subnitrophile, occasionnellement pâturée ; - transect 5 : matorral calciphile à chênes vert et kermès, pas d interventions de gestion ; - transect 6 : matorral calciphile à Chêne kermès, Buis, Filaire et Chêne vert, avec des tâches de Brachypode rameux, pas d interventions de gestion ; - transect 7 : taillis de Chêne vert, pas d interventions de gestion ; 2

- transect 8 : garrigue à recouvrement herbacé moyen et régénération arbustive faible (Chêne kermès); quelques zones de roche mère affleurante, gérée dans un objectif de restauration de pelouse sèche (ayant fait l objet d une ouverture initiale en 2008 et entretenue par pâturage et girobroyage en 2010) ; - transect 9 : garrigue à fort recouvrement herbacé et forte régénération arbustive; parsemée de bouquets arborés (Chêne vert, Olivier, Pin d'alep, Genévrier oxycèdre, Filaire à feuille étroite), gérée dans un objectif de restauration de pelouse sèche (ayant fait l objet d une ouverture initiale en 2008 et entretenue par pâturage et girobroyage en 2010) : - transect 10 : zone agricole (viticulture principalement). Tableau 1 : Calendrier des prospections 2010 Mois propecté Date(s) prospectée(s) Mars 31/03/2010 14/04/2010 Avril 23/04/2010 12/05/2010 Mai 19/05/2010 02/06/2010 Juin 29/06/2010 Juillet 28/07/2010 13/08/2010 Août 23/08/2010 10/09/2010 Septembre 22/09/2010 06/10/2010 Octobre 20/10/2010 En 2010, 14 jours de terrain ont été effectués sur la période mars-octobre. Les transects ont toujours été effectués dans le même ordre, durant une plage horaire sensiblement constante, qui va de la fin de matinée au milieu d aprèsmidi. 3 Résultats : 54 espèces ont été contactées (cf. liste en annexe) durant cette première année de prospection, dont 11 nouvelles espèces pour la réserve. 20 espèces n ont pas été revues cette année par rapport à l inventaire de Vincent NICOLAS (2004), ce qui porte à 74 le nombre d espèces totales de Rhopalocères mentionnées sur la réserve des Gorges du Gardon. Ces 2 années d inventaires ont permis de recenser près d un tiers des espèces nationales en papillons de jour dans la réserve, signe d une forte richesse. D autant que tous les milieux n ont pas été prospectés, et encore moins de façon régulière, ce qui nous laisse penser que ce résultat peut encore être amélioré. 3

160 140 159 120 100 80 105 104 104 102 87 84 60 45 41 40 40 20 0 5 4 7 10 2 9 6 1 8 3 N du transect Figure 2 : Nombre d individus, cumulé sur la saison de suivi pour chaque transect 30 25 20 28 28 25 23 22 19 18 17 15 10 5 13 10 0 5 4 6 2 7 9 10 8 1 3 N de transect Figure 3 : Nombre d espèces, cumulé sur la saison de suivi pour chaque transect 4

En 2010, les milieux qui ont présentés le nombre d individus le plus important (plus de 100 individus cumulés) sont : - le matorral calciphile (transect 5), - la friche (transect 4), - le taillis de Chêne vert et Arbousier (transect 7), - la zone agricole (transect 10), - la garrigue girobroyée à recouvrement herbacé moyen et forte régénération arbustive (transect 2). Ceux qui ont donnés les moins bons résultats en nombre d individus (moins de 50 individus cumulés) : - la garrigue girobroyée à faible recouvrement herbacé et forte régénération de Chêne kermès (transect 1), - la garrigue girobroyée à recouvrement herbacé moyen et régénération arbustive faible (transect 8), - la garrigue fermée à Chêne kermès et Ciste cotonneux (transect 3). Au niveau de la richesse des habitats prospectés, les transects où le nombre d espèces contactées est le plus élevé (plus de 20 espèces au total) sont : - le matorral calciphile à Quercus ilex, Q. coccifera (transect 5), - la friche herbacée (transect 4), - le matorral calciphile à Chêne kermès, Buis, Filaire et Chêne vert, avec des tâches de Brachypode rameux (transect 6), - la garrigue girobroyée à recouvrement herbacé moyen et forte régénération arbustive (transect 2), - le taillis de Chêne vert et Arbousier (transect 7). Ceux dont le nombre d espèces contactées est le plus faible (moins de 15 espèces au total) : - la garrigue girobroyée à faible recouvrement herbacé et forte régénération de Chêne kermès (transect 1), - la garrigue fermée à Chêne kermès et Ciste cotonneux (transect 3). Cette première analyse des résultats montre que le transect 5 (matorral calciphile) obtient les meilleurs résultats que ce soit en nombres d individus ou d espèces, tandis que le transect 3 (garrigue fermée) représente le transect la plus pauvre, tant en terme d espèces que de nombre d individus cumulés. Ces résultats quant à la répartition des papillons selon la nature des milieux ne sont ceux attendus. Ainsi, le transect 5, bien que représentant un milieu très fermé obtient les meilleurs résultats que les milieux ouverts. De même, sur le transect 10 en zone agricole, nous avons contacté plus d espèces et d individus que sur les transect 1 et 8, zones faisant l objet d une mesure d ouverture du milieu. L attente aurait été plutôt à une inversion des résultats : entre un milieu artificialisé où l on utilise des produits phytosanitaires et un milieu naturel géré en restauration d habitat de pelouse réputé favorable aux papillons. Par contre, la friche herbacée, milieu favorable aux espèces de Rhopalocères, obtient des résultats cohérents. Une bonne richesse et un nombre d individus important on été observés tout au long de la saison de prospection. 5

Il est important également de souligner que les garrigues girobroyées avec un recouvrement herbacé plus important (transect 2 et 9) ont obtenu de meilleurs résultats en nombre d espèces et d individus que celle ayant un recouvrement herbacé moindre (transect 1 et 8). De plus, le transect 2 obtient les meilleurs résultats globaux parmi les garrigues gérées, alors qu il représente le transect le plus exposé au vent. Ainsi, plusieurs questions émergent face à ces premiers résultats : - les données recueillies sur le transect 5 sont elle due a un effet couloir dû au sentier de prospection qui amplifierait les résultats? - la pluri-stratifications (petite bande herbeuse le long de chemin ainsi que quelques tâches de Brachypode rameux contrastant avec les arbustes très denses recouvrant la majorité de la zone) de ce même transect apporte t elle un intérêt accru pour les papillons (ressources trophique, zone de ponte)? - la richesse et le nombre d individus important de la zone agricole sont-ils à relier aux larges bandes enherbées ainsi qu aux fossés et talus longeant les vignes et qui offrent de nombreuses ressources mellifères (Fabacées, Apiacées, Rosacées, Brassicacées )? Ou à une agriculture raisonnée? - la présence encore forte de Chêne kermès sur les zones girobroyées entraîne-t-elle une carence en plante hôte pour les pontes et en ressource trophique pour les imagos? Toutes ces questions nous poussent à poursuivre ce suivi, de manière à préciser le potentiel d accueil des milieux. Sur l ensemble du peuplement contacté, seule Euphydryas aurinia (le Damier de la succise) (espèce inscrite en annexe II de la Directive Habitat, en annexe II de la Convention de Berne, statut EN de la Liste rouge nationale) représente un enjeu important. Cette espèce a été contactée à 4 reprises lors des prospections sur la réserve : - dans la friche herbacée (transect 4) ; - dans la garrigue girobroyée à faible recouvrement herbacé et forte régénération de Chêne kermès (transect 1) ; - dans la garrigue girobroyée à fort recouvrement herbacé et forte régénération arbustive, parsemée de bouquets arborés (transect 9) ; - dans le matorral calciphile à Chêne kermès, Buis, Filaire et Chêne vert, avec des tâches de Brachypode rameux (transect 6). On notera avec intérêt que les 2 zones girobroyées comportent du Damier, alors que la zone de garrigue fermée située à proximité (transect 3) n a jamais donnée lieu à une observation de cette espèce. La création d effets lisières et le retour d une strate herbacée plus importante pourraient expliquer la présence de l espèce, qui affectionne ces conditions. Ceci doit bien entendu être confirmé avec un suivi sur le long terme. La donnée de Damier de la Succise en matorral calciphile (transect 6) est plus étonnante : elle pourrait correspondre soit un individu en déplacement, soit à la présence de plantes rudérales due au chemin qui offre des micros habitats favorables pour cette espèce. 6

Enfin, la friche présente une des richesses les plus élevées et correspond aussi aux plus forts effectifs de Damier observés : il convient donc de rester vigilant quant à l évolution possible de cette parcelle. On notera qu une autre espèce protégée a également déjà été vue sur la réserve, et qui plus est sur un secteurproche du transect 1. Il s agit de Zerynthia rumina (la Proserpine), espèce inscrite en annexe IV de la Directive Habitat, classée en Liste rouge et déterminante ZNIEFF. Notons aussi qu une espèce déterminante ZNIEFF déjà vue sur la réserve (NICOLAS, 2004) manque sur la liste des espèces contactées en 2010 : Callophrys avis (le Thècle de l Arbousier), espèce discrète de garrigue et maquis. Enfin, d autres espèces vues cette année méritent d être mises en avant pour leur caractère typiquement méditerranéen, ou la particularité de leur aire de répartition : - Lysandra hispana : espèce méditerranéenne, - Lysandra coridon : espèce en limite sud d aire de répartition, - Charaxes jasius : espèce méditerranéenne, - Coenonympha dorus : espèce méditerranéenne, - Hipparchia fidia : espèce méditerranéenne, - Melanargia lachesis : espèce méditerranéenne, - Melanargia occitanica : espèce méditerranéenne, - Pyronia bathseba : espèce méditerranéenne, - Pyronia cecilia : espèce méditerranéenne. 4 Limites à la mise en oeuvre du protocole STERF sur la réserve : Cette première année de suivi a été l occasion de mettre en pratique un protocole national dans la réserve des gorges du Gardon et de vérifier si celui-ci était en adéquation avec nos attentes. Rappelons que les objectifs de la mise en place de suivi sont : - l acquisition de connaissance sur la richesse spécifique en Rhopalocères ; - la mise en place d un suivi d un taxon reconnu comme bio indicateur, pouvant nous renseigner sur la pertinence de nos mesures de gestion Rappelons également que le STERF répond à un protocole précis, avec des contraintes méthodologiques et météorologiques (cf. 2). Tout d abord, les conditions climatiques clémentes du régime méditerranéen (ensoleillement, températures) font que nous avons pu étaler la session de prospection sur une période maximale (mars à octobre), ce qui nous donne un bon aperçu de la phénologie des espèces rencontrées. La disponibilité de l observateur est aussi optimale, puisque celui-ci effectue 2 passages mensuels, ce qui apporte un jeu de données important, ainsi qu une vision plus fine des variations au sein du peuplement étudié. 7

Cependant, nous avons été confronté à plusieurs limites lors de cette première année de suivi. Le vent, souvent supérieur à la limite de prospection, n affecte pas tous les transects de manière homogène : certains transects sont fortement exposés (transects 1, 2) alors que d autre bénéficient du couvert végétal avoisinant (transects 4, 7). Ceci amène donc a priori un biais dans analyse qu on peut faire des données, puisque certaines espèces délaissent peut être les zones venteuses et ne se retrouvent pas comptabilisées, ou alors se réfugient sur les zones abritées et «gonflent» alors les résultats obtenus ici. La répétition et la durée de ce suivi permettront sans doute de mieux discriminer l influence de ce paramètre. Le temps d une session de prospection peut considérablement varier selon les transects, en fonction du nombre espèces qui sont présentent et/ou si la détermination de celles-ci nécessite une attention plus importante. Ceci peut accroître la pression d échantillonnage sur ces zones, puisque le temps d observation s en retrouve donc allongé (bien que l observateur doive arrêter le chronomètre lors de la capture des individus pour détermination, il apparaît comme très délicat de ne pas comptabiliser une espèce traversant le transect à ce moment là). Enfin, en ce qui concerne les passages, ils méritent d être affinés quant à la fréquence des visites. En effet certains mois ont été plus prospectés que d autres, ou alors la période de 15 jours entre chaque passage n a pu être respectée. Ceci constitue souvent une difficulté lors d inventaires faunistiques, où les conditions météorologiques nécessaires entravent fréquemment les calendriers de prospection. Il conviendra donc de mieux anticiper les dates liées au STERF pour essayer de lisser la fréquence des passages (par ex. tous les 02 et les 17 du mois). Ceci doit nous amener à rajouter 2 jours de prospection, et donc d en effectuer 16 au lieu de 14. 8

5 Conclusion : Cette première session STERF nous a permis dans un premier temps de compléter la liste des espèces Rhopalocères présentent sur la réserve avec 11 nouvelles espèces. Ces données nous révèlent aussi l intérêt de certaines zones dont on pensait qu elle seraient plutôt pauvre en individus et en espèce, et doivent nous maintenir vigilant quant à l évolution possible de celles-ci. En effet, la zone agricole étudiée semble avoir des pratiques raisonnées qui permettent à la flore messicole de se développer et donc aux pollinisateurs de fréquenter ces milieux. Il serait envisageable de suivre une zone moins respectueuse de ces pratiques pour pouvoir en comparer les incidences sur la faune Rhopalocère. Aussi, la friche herbacée (transect 4) constitue un intérêt particulier pour l ensemble du cortège de Rhopalocère, puisqu elle abrite de nombreuses espèces ainsi que des effectifs important. Mais surtout elle a représenté cette année la zone la plus riche en Damier de la succise. Elle représente sans doute une zone de reproduction et/ou de ponte majeur sur la zone d étude et doit donc être préservée. Cette parcelle étant privée, il conviendra de rester vigilant face à toute dégradation du milieu. Les résultats relativement moyens en richesse spécifique et nombre d individus obtenus sur les garrigues gérées nous posent certaines questions quant à l efficacité de la gestion effectuée sur ces zones. Il est sans doute encore trop tôt pour pouvoir vérifier les bénéfices de cette mesure de gestion sur la faune. Ceci traduit d ailleurs la situation en matière d évolution de la flore, qui nécessite au moins une dizaine d année de gestion pour revenir au stade de pelouse. La lutte contre le Chêne kermès a débuté en 2004, voire en 2008, sur la réserve, et la végétation herbacée spontanée peine à recoloniser ces zones autrefois largement pâturées. Il serait également intéressant de vérifier si les dates de girobroyage (février) n impactent pas les populations de garrigues gérées en détruisant les ressources trophiques pour les chenilles, voire une destruction directe de celles-ci ou encore des chrysalides. Un transect hors STERF (mais selon les mêmes conditions) serait envisageable sur la Grande Terre, lieu-dit situé à l extrémité Est de la réserve, où le même objectif de restauration de milieux ouverts est visé. Cette zone, entourée de taillis de Chêne vert et d Arbousier, semble être propice, car elle exclurait l effet site, à la vérification de l hypothèse suivante : la période à laquelle est effectuée le girobroyage impacte négativement les populations locales de papillons de jour. D autre part, la mise en réseau nationale devrait nous permettre d échanger avec d autres observateurs des retours d expériences ainsi que des questionnements sur les tendances qui peuvent se dégager, soit du site d étude, soit d un milieu précis. Car l interprétation des résultats restera toujours délicate, la capacité de déplacement importante des papillons pouvant masquer un effet site. Enfin, au-delà de leur intérêt scientifique et conservatoire, les connaissances acquises par le biais de la mise en œuvre de cette action seront valorisées au travers des actions d éducation à l environnement programmées dans le plan de gestion. 9

ANNEXES 10

N transect Long. (m) Code habitat STERF 1 105 BB4C Intitulé habitat STERF Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur) & Mixte dominant feuillus (<10% de conifères)&guarrigue calcaire med. & Fortement exploité Formation végétale RNRGG LBC Code CORINE 34.511 & 32.41 Intitulé habitat CORINE Pelouses du Brachypodietum retusi & Garrigues à Chêne kermès Code EUR15 *6220 Intitulé habitat EUR15 Parcours substeppiques de graminées annuelles (Thero- Brachypodietea) Recouvrement 70 30 Surface (ha) 4,33 1,86 2 360 BB4C Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur) & Mixte dominant feuillus (<10% de conifères)&guarrigue calcaire med. & Fortement exploité LBC 34.511 & 32.41 Pelouses du Brachypodietum retusi & Garrigues à Chêne kermès *6220 Parcours substeppiques de graminées annuelles (Thero- Brachypodietea) 70 30 4,33 1,86 3 125 BB4A Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur) & Mixte dominant feuillus (<10% de conifères) & Guarrigue calcaire med. & Non exploité LBD 32.41 Garrigue à Chêne kermès X X 100 3,44 4 195 DB6A Milieux agricoles & Prairie non cultivée & Autre limite de terrain & Non exploité (jachère) LBD 34.8 Pelouses méditerranéennes subnitrophiles X X 100 0,15 5 307 BB4A Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur) & Mixte dominant feuillus (<10% de conifères) & Guarrigue calcaire med. & Non exploité LHD 32.113 Matorral calciphile à Quercus ilex, Q. coccifera X X 100 7,83 6 240 BB4A Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur)&mixte dominant feuillus (<10% de conifères)&guarrigue calcaire med.&non exploité LH 32.113 & 32.41 & 42.84 & 34.511 Matorral calciphile à Quercus ilex, Q. coccifera & Garrigues à Chêne kermès & Forêts de Pin d'alep & Pelouses du Brachypodietum retusi *6220 Parcours substeppiques de graminées annuelles (Thero- Brachypodietea) 50 40 X 10 13,77 9,91 X 0,31 7 431 BB1A Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur) & Mixte dominant feuillus (<10% de conifères) & Forêt de régénération ou taillis & Non perturbé LH & LHD & LBD 32.113 & 32.42 & 45.312 & 32.41 & 34.511 Matorral calciphile à Quercus ilex, Q. coccifera & Garrigues à Romarin & Forêts de Chênes verts de la plaine cataloprovençale & Garrigues à Chêne kermès & Pelouses du Brachypodietum retusi 9340 & *6220 Forêts à Quercus ilex et Quercus rotundifolia & Parcours substeppiques de graminées annuelles (Thero- Brachypodietea) 20 5 60 10 5 9,60 1,12 26,65 6,62 0,46 8 128 BB4C Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur) & Mixte dominant feuillus (<10% de conifères) & Guarrigue calcaire med.&fortement exploité P & LH 34.511 & 45.312 & 32.64 Pelouses du Brachypodietum retusi & Forêts de Chênes verts de la plaine cataloprovençale & Broussailles supraméditerranéennes à Buis *6220 & 9340 Parcours substeppiques de graminées annuelles (Thero- Brachypodietea) & Forêts à Quercus ilex et Quercus rotundifolia 30 50 20 0,30 1,01 0,25 9 315 BB4C Buissons ou jeune forêt (<5m de hauteur)&mixte dominant feuillus (<10% de conifères)&guarrigue calcaire med.&fortement exploité LHD & P 45.312 & 41.714 & 34.511 Forêts de Chênes verts de la plaine cataloprovençale & Bois de Chênes blancs euméditerranéens & Pelouses du Brachypodietum retusi 9340 & *6220 Forêts à Quercus ilex et Quercus rotundifolia & Bois de Chênes blancs eu-méditerranéens & Parcours substeppiques de graminées annuelles (Thero- Brachypodietea) 60 10 30 1,82 0,16 0,74 10 455 DE4F Milieux agricoles & Vergers/vignes/cultures maraîchères & Entouré de bandes herbeuses & Autres cultures X X X X X 100 X

Carte 1 : Localisation des transects

Tableau 2 : Espèces contactées durant les prospections STERF 2010 Famille Genre/espèce Nom vernaculaire Nbre d'sp Carcharodus alceae Hespérie de l'alcée Hesperiidae Thymelicus lineolus Hespérie du Dactyle 3 Thymelicus sylvestris Hespérie de la Houque Coenonympha dorus Fadet des garrigues Callophrys rubi Argus vert Glaucopsyche sp Azuré Lampides boeticus Azuré porte-queue Lycaena alciphron Cuivré mauvin Lycaena phlaeas Cuivré commun Lycaenidae Lysandra bellargus Argus bleu céleste Lysandra coridon Bleu-nacré 14 Lysandra hispana Bleu-nacré espagnol Polyommatus icarus Azuré commun Polyommatus thersites Azuré de Chapman Pseudophylotes baton Azuré du Thym Satyrium ilicis Thècle de l'yeuse Satyrium spini Thècle des Nerpruns Aglais urticae Petite tortue Arginis sp Nacrés Charaxes jasius Pacha à deux queues Euphydrias aurinia aurinia Damier de la Succise Limenitis reducta Sylvain azuré Nymphalidae Melitaea cinxia Mélité du Plantain 11 Melitaea didyma Mélitée orangée Melitaea phoebe Mélitée des Centaurées Mellicta athalia Mélitée des Mélampyres Vanessa atalanta Vulcain Vanessa cardui Belle Dame Papilionidae Iphiclides podalirius Flambé Papilio machaon Machaon 2 Anthocharis cardamines Aurore Anthocharis euphenoides Aurore de Provence Colias crocea Souci Euchloe crameri Marbré de Cramer Gonepteryx cleopatra Citron de Provence Pierididae Gonepteryx rahmni Citron 11 Leptidea sp Piéride Pieris brassicae Piéride du Chou Pieris napi Piéride du Navet Pieris rapae Piéride de la Rave Pontia daplidice Marbré de vert Arethusana arethusa Mercure Brintesia circe Silène Hipparchia fidia Chevron blanc Hipparchia semele Agreste Hipparchia statilinus Faune Lasiommata maera Némusien, Ariane Satyrinae Lasiommata megera Mégère 13 Maniola jurtina Myrtil Melanargia lachesis Echequier Ibérique Melanargia occitanica Echequier d'occitanie Pyronia bathseba Tityre Pyronia cecilia Amaryllis de Vallantin Pyronia tithonus Amaryllis TOTAL 6 Familles 35 Genres 54 Espèces

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