Inconvénient Avantages Fiche n 29 Septembre 2012 Cette fiche technique, co-financée par l Agence de l Eau Rhin-Meuse, le Conseil Général des Vosges et le CASDAR, est destinée à vous apporter des informations et des conseils en faveur de la protection de la ressource en eau. Sur nos captages... cultivons l eau des Vosges Couverture du sol en interculture : comment s y prendre? Les intérêts des couverts végétaux en interculture ne sont plus à démontrer aujourd hui. Les couverts sont multifonctionnels et peuvent aussi bien répondre à des problématiques agronomiques qu environnementales. bbla Deux notions sont à avoir en tête à propos des cultures intermédiaires : - la CIPAN (Culture Intermédiaire Piège à Nitrate) a pour objectif de fixer l azote résiduel et les éléments fertilisants présents dans le sol après les récoltes, permettant ainsi de limiter leur transfert vers les eaux de surfaces et souterraines. - la culture dérobée est destinée à être récoltée, son objectif est de mobiliser l azote et les éléments du sol puis de les valoriser ; outre la protection de l eau, elle répond donc aussi à des considérations agronomiques et zootechniques. Couvert avoine/pois (2009, Chambre d Agriculture de Meurthe-et-Moselle) L implantation d un couvert en interculture longue aura des conséquences sur le système de culture. Le tableau ci-dessous présente les avantages et les inconvénients des cultures intermédiaires. Environnement Protection des cultures Structure du sol Autres - abris et nourriture pour la - couverture du sol - protège le sol (érosion) - - image de l'agriculture petite faune (compétition avec les structuration plus fine du sol - qualité de l'eau - stockage du carbone et de adventices) (développement racinaire) - récolte possible sous forme l'azote résiduel - biocontrôle des agresseurs - encourage la microfaune fourragère - limite le ruissellement et maladies - engrais vert - limite les fuites de nitrates - effet allélopathique - limite l'érosion - empêche le faux-semis - possible absence de "rupture sanitaire" (maladies et ravageurs) - destruction parfois difficile selon le couvert choisi (Source : Arvalis) - décalage des périodes de travail - temps de travail - coût
Quelles espèces puis-je choisir? Le choix et la stratégie de conduite des couverts végétaux est à adapter aux objectifs (respecter la réglementation, valoriser le couvert, bénéficier des atouts agronomiques de l interculture ) et aux diverses contraintes techniques et agronomiques de l exploitation et des parcelles (type de sol, succession culturale, prix des semences, matériel à disposition ). Objectifs poursuivis Conseils Cultures possibles Respect de la réglementation - implantation d un couvert en pure ou en mélange - favoriser les couverts à implantation facile moutarde, radis, navette, féverole, pois, tournesol, avoine de printemps Gestion des adventices et ravageurs - implantation d un couvert en pure ou en mélange - choix d un couvert couvrant à implantation rapide moutarde, avoine de printemps, sarrasin Capitalisation de l azote pour la culture suivante Biomasse, structure du sol Valorisation en culture dérobée favoriser l implantation de mélanges avec légumineuses favoriser l implantation de mélanges plus complexe, de 3 à 6 espèces - favoriser les mélanges - choisir des espèces productives et dont les valeurs alimentaires présentent un intérêt zootechnique (Source : Chambre d Agriculture des Vosges) Exemple de mélanges: - vesce / avoine - avoine / vesce / trèfle d'alexandrie - raygrass / trèfle - seigle / pois / féverole / moutarde - avoine / moha / trèfle d Alexandrie / pois fourrager - avoine / moha / trèfle d Alexandrie / lentille fourragère raygrass d'italie / trèfles / seigle / moha De façon plus générale, les meilleurs résultats sont obtenus avec des mélanges de 3-4 espèces (graminées, légumineuses et crucifères), qui optimisent l espace disponible, tant d un point de vue aérien que racinaire. L intégration au mélange d une ou plusieurs légumineuses permet d augmenter les performances du couvert en termes de biomasse produite. De même, on observe que l efficacité d une interculture est liée à son développement : plus la biomasse du couvert (T de MS/ha) est importante, plus le rendement de la culture suivante s en verra amélioré. L agriculteur peut ainsi réaliser un double bénéfice, agronomique et de rendement, qui compense le coût d implantation de l interculture. Vue d un couvert végétal moutarde / phacélie (2009, Chambre d Agriculture de Meurthe-et-Moselle) Il est important de bien raisonner la conduite du couvert et en particulier la date d implantation (suivant l espèce, pour favoriser le développement et limiter la montée à graines du couvert). Les repousses de grandes cultures sont à déconseiller, car souvent difficiles à détruire et servant d hôte à de nombreux ravageurs! Pour limiter les risques parasitaires (maladies et ravageurs), il est également essentiel de raisonner le choix des espèces implantées en fonction de la rotation et de la succession culturales. Par exemple : - éviter la moutarde (crucifère) dans des rotations courtes avec du colza - éviter l avoine (graminée) avant l implantation d orge de printemps - éviter le Niger (composée) avant implantation d un tournesol
Quelques plantes intéressantes Parmi les légumineuses : le pois (fourrager ou protéagineux), la féverole ou encore la lentille (alimentaire ou fourragère) sont des partenaires de choix dans un mélange : possibilité d être produits sur l exploitation et caractère gélif. Parmi les crucifères : la moutarde blanche valorise bien l azote disponible et produit une biomasse conséquente. Parmi les graminées : l avoine de printemps est à privilégier pour sa tolérance aux dates de semis et son caractère gélif. Le ray-grass d Italie et le seigle, en association à des légumineuses (trèfle violet, trèfle d Alexandrie ) peuvent être implantés à des fins fourragères (culture dérobée). Enfin, la phacélie a l intérêt de n appartenir à aucune des familles présentes dans les rotations en Lorraine! Du semis Le semis d une culture intermédiaire ne demande pas autant d attention et d investissements qu une culture principale. L objectif reste néanmoins de favoriser une bonne implantation du couvert pour que ce dernier joue pleinement son rôle de piège à nitrate et apporte un réel bénéfice agronomique. Les exigences au semis varient suivant la ou les espèces implantées. On parle alors de niveau d exigence faible (semis à la volée germination en surface du sol) à forte (nécessité d enfouir la graine). Le semis à la volée reste à privilégier lorsqu il est possible. Il est simple de mise en œuvre, rapide et moins cher. Il peut se faire avec ou sans déchaumage, mais un déchaumage superficiel immédiatement après la récolte est souvent conseillé (faux semis et limitation de la population de limaces potentielles). (Source : Chambre d Agriculture des Vosges) Il est préférable de semer tôt et le plus vite possible après la récolte ou le déchaumage, pour bénéficier des jours longs et chauds propices au bon développement de l interculture. Pour atteindre un objectif de 1,5 à 2 T de matières sèche/ha avec un mélange, il faut bénéficier de 1000-1200 C jour Soit un semis avant le 15 août. En zones vulnérables «directive nitrates», la date de semis règlementaire se situe toutefois au plus tard le 1 er septembre. La densité du semis est à adapter aux objectifs du couvert. Pour les mélanges, de façon générale, la règle à suivre est la suivante : Dose de semis du mélange = (dose esp1/n + 20%) + (dose esp 2/n + 20%) + Avec n = nombre d espèces
Un roulage après semis est conseillé afin de favoriser une levée rapide et régulière : contact graines / sol et préservation de l humidité résiduelle du sol. Pour la suite, aucune autre intervention n est nécessaire! À la destruction La destruction du couvert est une étape fondamentale dans la conduite de l interculture. L objectif est de laisser croître le couvert afin qu il remplisse les différents objectifs fixés (fixation de l azote, protection du sol ) sans pour autant qu il aille juste à la montée à graines et qu il ait un impact négatif sur la culture suivante. La destruction de l interculture peut se faire à partir des mois de novembre / décembre, une fois qu elle a rempli son rôle. S il a semé des cultures gélives, l agriculteur n a pas besoin d intervenir et il peut laisser la météo faire son œuvre! Gel Roulage sur gel Broyage Labour Déchaumage Glyphosate Glyphosate +2,4D Niger ++++ (0 à -2 ) ++++ +++ ++++ +++ +++ ++++ Sarrasin ++++ (0 à -2 ) ++++ +++ ++++ +++ +++ ++++ Moha développé ++++ (0 à -2 ) ++++ +++ +++ +++ ++++ ++++ Moutarde blanche +++ (-5 à -10 ) +++ ++++ +++ ++++ +++ ++++ Radis fourrager ++ ++ ++ +++ ++ ++ +++ Colza, navette + + + +++ ++ ++ +++ Phacélie +++ ++++ +++ ++++ +++ +++ ++++ Seigle, ray-grass + + + +++ ++ +++ +++ Avoine tallée ++ + + +++ ++ ++++ ++++ Avoine épiée +++ (-8 environ) ++ ++ +++ +++ ++++ ++++ Pois, féverolle +++ (-5 à -10 ) +++ + ++++ ++ ++ ++++ Lentille, vesce, trèfle d'alex. +++ (-5 à -10 ) +++ + ++++ ++ ++ ++++ Trèfle incarnat + + + +++ + + +++ Très sensible ++++ Assez sensible ++ Sensible +++ Peu sensible + Sensibilité des couverts végétaux à divers modes de destruction (modifié, d après Arvalis) Financement : n oubliez pas les PVE! Le financement du matériel mécanique destiné au semis ou à l entretien des interculture est possible grâce aux PVE (voir votre Fiche Captage n 18) : aide à hauteur de 40% (voire 50% pour les jeunes agriculteurs). Le montant maximal éligible est de 30 000. Notre eau est de qualité, protégeons-la! Les fiches captages vous accompagnent dans cet objectif! Votre contact Chambre d'agriculture des Vosges Conseil rapproché en protection de captages : Virginie Rolland - Tél : 03 29 29 23 23 - virginie.rolland@vosges.chambagri.fr Retrouvez toutes les fiches techniques sur le site internet www.cda-vosges.fr 29
10 ans d expérimentations en Lorraine La fiche captage n 26 de décembre 2011 vous avait présenté quelques expérimentations en cours en Lorraine ; il est toujours possible de dresser le bilan de 10 ans d expériences en plein champs menées sur près de 270 sites sur le territoire lorrain. Biomasse moyenne : 2T de MS par ha. L objectif de biomasse de plus de 1,5 T de MS a été atteint dans plus de 60% des situations. Les mélanges associant des légumineuses à d autres plantes (crucifères, graminées) sont les plus productifs : 2,4 T de MS par ha. Dans les mélanges avec légumineuses, l optimal correspond à un mélange de 3 4 espèces, ce qui permet d avoir une bonne biomasse. En revanche, dans les mélanges sans légumineuses, le nombre d espèces associées ne semble pas avoir d influence sur la biomasse. Les essais ont également confirmé que les mélanges avec légumineuses étaient ceux qui captaient et restituaient le plus d azote à la culture suivante : Espèces en couverture C/N de la plante % d azote minéralisé Azote potentiellement disponible pour la culture suivante (kg/ha) Mélanges avec légumineuses 15 < C/N < 20 40% 50 Mélanges sans légumineuses 20 < C/N < 25 30% 15 Crucifères solo 25 < C/N < 30 25% 10 Les expériences ont montré que le couvert a également un impact sur le potassium et le magnésium du sol. Dans le cas de mélanges comportant plusieurs espèces avec des systèmes racinaires complémentaires, l interculture permet de mobiliser ces éléments en profondeur et de réorganiser les minéraux dans le sol, qui seront ainsi plus facilement disponibles pour la culture suivante. Un couvert d une biomasse 2 T de MS/ha remobilise en moyenne 60 kg de potasse et 15 kg de phosphore! Mélange radis / vesse /phacélie (2009, Chambre d Agriculture de Meurthe-et-Moselle)
Comme le tableau ci-contre le montre, les sols profonds et argileux sont ceux ayant permis le meilleur développement de biomasse (2,2 TMS/ha en moyenne), à l inverse des sols argilo-calcaires superficiels (1,25 TMS/ha en moyenne). Le graphique ci-contre illustre 14 essais lorrains sur lesquels ont été mesurés des reliquats azotés à la destruction du couvert. En moyenne, le réservoir de nitrates lessivables dans le sol a été réduit de 46 kgn/ha. Autant d azote qui ne se retrouvera pas dans l eau et qui reste dans le système agricole! A gauche : moutarde sur sol riche en azote, à droite : moutarde sur sol carencé ; on observe que la biomasse est très dépendante des caractéristiques du sol (Source : Chambre d Agriculture de Meurthe-et-Moselle) Et entre deux maïs?.. Plusieurs années d expérimentations en Lorraine ont montré que cette technique délicate n était pas impossible. L interculture est semée dans les inter-rangs sous couvert du maïs, lorsqu il est à un stade compris entre 5-6 feuilles et 7-8 feuilles. Elle se développe après la récolte, et entre donc peu en concurrence avec le maïs ni ne perturbe la campagne d ensilage. Le maïs étant très couvrant, il faut des espèces peu sensibles à l ombrage (avoine de printemps, navette). Attention : sur les parcelles à faible réserve en eau, une concurrence entre l interculture et le maïs est toujours possible. Raygrass sous couvert de maïs (2011, Chambre d Agriculture des Vosges)