LA QUINZAINE DES SCIENCES AU QUEBEC: UN EVENEMENT DE CULTURE SCIENTIFIQUE Odette Lamarche Directrice, Quinzaine des sciences Coordonnatrice, région de Montréal Rappel historique En 1980, le Québec s est doté d une organisation à but non lucratif afin de répondre à une demande spécifique du milieu scientifique et technique. À l époque, les jeunes personnes étaient déjà bien servis par les clubs de loisirs scientifiques, et les professionnels du milieu échangeaient, depuis des dizaines d années, les résultats de leurs recherches à l occasion de la tenue du congrès de l ACFAS (l Association canadienne-française pour l avancement des sciences). Mais le grand public disposait d un accès limité à la recherche et aux innovations technologiques. C est ainsi que naquit la Semaine des sciences, qui se transformait, dix ans plus tard, en Quinzaine des sciences. Les principaux partenaires Il s agit d un événement se déroulant à l échelle de la province de Québec chaque automne pendant 15 à 20 jours. Y participent les entreprises, les institutions d enseignement supérieur, les centres de diffusion culturelle, les centres de recherche privés et publics, les organismes à vocation technique ou scientifique, tel le Jardin botanique de Montréal. Mais avant de pousser plus loin le détail de l organisation d un tel événement de culture scientifique, examinons d abord les objectifs qui y sont liés. Les objectifs On a vu que la Quinzaine des sciences a été instaurée pour permettre au public en général de s approprier des connaissances. C est l occasion de faire le point sur l état d avancement de la recherche scientifique canadienne et québécoise ainsi que
2 de prendre connaissance des innovations technologiques. La Quinzaine, de par ses nombreuses activités offrant un très large éventail d accès à la science, contribue à démythifier le domaine, et ceux et celles qui y œuvrent. Si un tel événement permet la démocratisation des connaissances, il permet aussi de s approprier un pouvoir de discernement sur les enjeux présents et à venir. Lorsque l Université du Québec à Montréal propose un débat sur les nouvelles technologies de reproduction, elle ne fait pas seulement état de ces technologies mais elle interroge et pose la question de la pertinence autant que de l aspect éthique du développement de tels outils. Les objectifs poursuivis par la tenue de cet événement de culture scientifique sont donc: l appropriation des connaissances, la démythification des domaines scientifiques et technologiques, la démocratisation de ces domaines et un pouvoir accru sur les enjeux sociaux, économiques, éthiques qu ils soulèvent. L organisation Revenons donc à l organisation de l événement et abordons la structure de l organisme. La Quinzaine des sciences est coordonnée par la Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST), organisme sans but lucratif, soutenu par les gouvernements provincial et fédéral ainsi que par l entreprise privée. La gestion de la Quinzaine est assumée par la SPST à Montréal d où l on coordonne aussi les activités da la grande région métropolitaine. Huit autres bureaux de coordination régionale permettent de couvrir l ensemble du territoire québécois. Illustration de la thématique Les coordonnateurs et coordonnatrices participent à l élaboration de la thématique annuelle. Leur première tâche en début d année consiste à identifier et solliciter des partenaires pouvant offrir des activités au public qui présentent un des aspects du thème sous un angle technique ou scientifique. Par exemple, en 1993, alors que le thème de la Quinzaine était «Science, technologie et corps humain», l Université de Montréal a programmé une vingtaine d activités dont une de portes ouvertes. Ces activités se traduisent par des expositions, des ateliers, des démonstrations, des
3 conférences, des visites guidées. L originalité de la programmation de l Université de Montréal reposait sur le sous-thème du cerveau. Ainsi, le public a pu se familiariser avec la neuropsychologie, la maladie d Alzheimer, la préparation mentale des athlètes ou la chimie des passions. Une fois la programmation élaborée par les partenaires de l événement, les coordonnateurs acheminent l information au siège social de la SPST qui devient alors responsable de la publication du programme d activités. Entre-temps, un comité a analysé chacune des activités et a fait faire des ajouts ou des modifications par les coordonnateurs des régions. Motivations des partenaires et résistance Avant d aborder toute la question de la promotion, faisons un retour dans le temps pour connaître les motifs qui poussent ces partenaires à présenter ou non des activités dans le cadre de la Quinzaine des sciences. Bien qu aucune étude scientifique n appuie les commentaires suivants, année après année les coordonnateurs et coordonnatrices effectuent un court sondage auprès des partenaires, et la tendance majeure qui se dessine, c est que les travailleurs de ces organisations sont fiers de présenter leurs réalisations au public. Il s agit donc d une reconnaissance sociale des principales activités dans le domaine de la recherche fondamentale et des applications technologiques. Mais au-delà de cette reconnaissance, la majorité des partenaires de la Quinzaine sont conscients de leur rôle d éducateurs et de l importance de développer une véritable culture scientifique. Malgré cet altruisme, il est toujours difficile de convaincre certains intervenants majeurs. Il semble que cette résistance soit directement liée à la conjoncture économique: organiser une journée portes ouvertes, par exemple, exige la mise en place d un comité de gens de l interne. Dans certaines organisations, la structure oppose une résistance au temps consacré à des tâches non prévues à la convention collective, par exemple, ou alors la rationalisation des ressources humaines et financières ne peut justifier un dépassement du budget initial.
4 Toutefois, nous le verrons bientôt, les partenaires de la Quinzaine trouvent largement leur compte au chapitre de la visibilité. La promotion La Société pour la promotion de la science et de la technologie (SPST) diffuse plusieurs outils promotionnels destinés à l ensemble du réseau scolaire québécois ainsi qu au grand public. Une affiche en 12 000 exemplaires et un programme des activités en 150 000 exemplaires pénètrent ces réseaux. Le programme véhicule non seulement la programmation mais également les annonces des commanditaires et un cahier thématique qui vient enrichir le contenu. Dans chacune des régions, les médias sont largement utilisés: radio, télévision et journaux font état des principales activités et de l événement. D autres outils de promotion, comme des bannières, des chandails, du papier à lettre aux couleurs de la Quinzaine, des napperons de restaurants, des cartons de lait et autres servent à attirer l attention du public sur cet événement de culture scientifique. La promotion constitue la pierre angulaire du succès de la Quinzaine des sciences et la SPST y consacre la majeure partie de l année. Les retombées Après avoir abordé les objectifs, la structure organisationnelle, la promotion, et après avoir survolé la thématique, les principaux partenaires ainsi que leurs motivations et leur résistance, entrons maintenant dans le vif du sujet, à savoir quelles sont les retombées d un événement de culture scientifique tel que la Quinzaine des sciences? On se rappellera qu à la suite de la Quinzaine, les coordonnateurs procèdent à un sondage permettant de mesurer la satisfaction des partenaires mais donnant aussi des indications quant à l affluence du public et à certains de leurs commentaires. Chaque année, 300 à 350 partenaires offrent de 400 à 450 activités. L affluence du public, elle, va grandissant. Actuellement nous touchons entre 300 000 et 375 000
5 personnes qui se déplacent pour participer à ces activités. On peut présumer que des milliers de personnes supplémentaires consultent le programme dans les journaux, voient ou entendent une entrevue ou un reportage sur la Quinzaine grâce aux médias électroniques. Au-delà de cet impact quantitatif, il faut considérer l aspect qualitatif des activités présentées par nos partenaires et leurs retombées. Le fer de lance de la programmation des activités, ce sont les thèmes annuels. On a vu qu en 1993 le corps humain a inspiré une programmation originale à l Université de Montréal sur le sous-thème du cerveau. Mais le public s est familiarisé également avec la prévention en santé, avec la biotechnologie ou l ergonomie, il a mieux compris la chimie des aliments grâce aux centres de recherche du ministère de l Agriculture. L Institut Armand-Frappier a ouvert ses portes pour la première fois comme beaucoup de centres hospitaliers. Bref, la variété des activités offertes par des professionnels, c est-à-dire les chercheurs et les praticiens eux-mêmes, contribue à rehausser le niveau de connaissance et de compréhension du grand public, mais de manière généralement légère, c est-à-dire adaptée au niveau de compréhension des sujets ou, si l on veut, vulgarisée. Car la Quinzaine des sciences s adresse à M. et Mme Tout-le-monde qui se présenteront à une activité où ils pourront apprendre mais aussi comprendre. Et il y a bien des façons de transmettre sa science: on peut certes donner une conférence savante mais on peut également expliquer une formule algébrique grâce à la jonglerie 1. Les réactions du public Depuis treize ans, la population se montre satisfaite ou très satisfaite des activités qu on lui propose. Dans les régions à plus faible densité que les agglomérations de Montréal et de Québec, la Quinzaine est attendue comme un événement à ne pas manquer. La collaboration de l entreprise privée, des institutions d enseignement supérieur, des centres de recherche est acquise dans presque tous les cas. Il faut dire que la Quinzaine des sciences s enrichit d année en année grâce à sa notoriété 1. Il y aura porobablement démonstration de cette explication. Durée approximative: 8 à 10 minutes.
6 mais aussi grâce au maillage de ses partenaires et à l enthousiasme que démontre le public. Les perspectives Les attentes du public face aux activités de la Quinzaine augmentent d autant plus que ce public intègre la culture scientifique à sa culture générale. En conséquence, la SPST élève de son côté ses critères de sélection et fournit des paramètres bien définis à ses partenaires en ce qui a trait à la programmation, à l organisation et à la promotion. Elle assoit ainsi sa crédibilité et s assure de partenariats de haut niveau. Ce faisant, elle peut assurer à ses bailleurs de fonds non seulement une excellente visibilité mais un événement de qualité. Quant à l avenir, il est souhaitable que des échanges s établissent entre les divers pays où un tel événement a été créé. Déjà il existe des transmissions de documents et d information. Il serait intéressant, sinon important, que ces échanges se matérialisent sous forme d expositions par exemple, ou de promotion à l échelle planétaire. Ce colloque international sur la culture scientifique pose le premier jalon. Je ne puis que formuler le désir de voir ici s amorcer cette collaboration.