ALGÉRIE Note d information 2010 1. Contexte socioéconomique La population algérienne était estimée à 34,8 millions de personnes au 16 avril 2008 1, date du dernier recensement, et atteindrait 35,7 millions d habitants au 1 er janvier 2010 pour autant que le taux de croissance démographique se soit maintenu au niveau actuel de 1,7%. Il s agit pour l essentiel d une population jeune dans laquelle la tranche d âge 0-14 ans représente 33,5% de l ensemble de la population. L espérance de vie est de 75,7 ans (2008). La population active au sens du BIT a été estimée à 10,3 millions de personnes en décembre 2008, avec un taux d activité de 41,7% qui enregistre une légère augmentation par rapport à 2007 où il était de 40,9%. La population active occupée est estimée à 9,1 millions de personnes, soit un taux d occupation de 26,6%. Les femmes représentent 15,6% de l ensemble des individus occupés : 16,6% en milieu aggloméré et 10,0% en zone éparse. La structure de l emploi selon le secteur d'activité fait ressortir la prépondérance du secteur du commerce, de l administration publique et des autres services qui emploie plus de la moitié (56,6%) de l'ensemble de la population occupée, suivi de loin par le BTP avec 17,2% du total des individus occupés. L'agriculture et l'industrie viennent en troisième et quatrième positions. La population au chômage (au quatrième trimestre 2008) est estimée à 1,2 millions de personnes, soit un taux de 11,3% en légère baisse par rapport à 2007. Le chômage touche davantage les femmes que les hommes les femmes représentant 25,8% de l ensemble de la population active au chômage mais plus particulièrement les jeunes. En effet, près de trois chômeurs sur quatre sont âgés de moins de 30 ans et 87,8% ne dépassent pas 35 ans. Sur le plan économique, les performances macroéconomiques de l Algérie étaient plutôt modestes en 2008 et ont été peu affectées par la crise mondiale. Ainsi, selon les statistiques de la Banque mondiale, le PIB algérien n a progressé que de 3% en 2008 contre 3,4% en 2007. Cette croissance a été particulièrement tirée par le secteur des hydrocarbures et, en moindre mesure, par celui des non-hydrocarbures. Même si le pays apparaît immunisé contre la crise économique mondiale vu la faible exposition de son système financier, cette crise et la faiblesse de la demande qu elle a engendrée n ont pas manqué d affecter les recettes du pays provenant de l exportation des hydrocarbures. C est ainsi que l'excédent commercial a chuté à 512 millions de dollars lors les quatre premiers mois de 2009 en raison de la baisse du prix du pétrole, contre 13,23 milliards de dollars durant la même période l'année précédente 2. Pour stimuler le développement économique du pays, le gouvernement a adopté un plan d'action pour la période 2009-14 dont le volet économique prévoit des investissements publics de 150 milliards de dollars qui devraient créer les «conditions objectives» d'un développement «équilibré et pérenne» ne se basant pas seulement sur la rente pétrolière. Ce programme comprend notamment des aides publiques au secteur agricole de 10 milliards d'euros, la réalisation de 6 000 km de lignes ferroviaires, 1 million de logements ou la construction de 10 nouvelles centrales de dessalement de l'eau de mer. 1 Site de l Office national des statistiques : www.ons.dz/in_dex1.htm 2 Selon le Centre national de l'informatique et des statistiques (CNIS) des douanes. 1
Ce plan d action fait suite au plan couvrant la période 2005-09, doté d'une enveloppe financière de 100 milliards de dollars US, qui avait pour objectif d'accompagner les processus de réformes engagés dans tous les secteurs et au niveau institutionnel pour la mise à niveau de l économie et la promotion du secteur privé. Il prévoyait la création d au moins 2 millions d emplois dont la moitié par les agents économiques et l emploi public, et le reste par les programmes à haute intensité de main-d œuvre. Une évaluation de ce programme ne semble pas être disponible pour voir si les objectifs ont été atteints et tirer des enseignements utiles pour le plan actuel. 2. Questions clés des politiques et stratégies sectorielles de développement du capital humain Sur le plan des ressources humaines, l Algérie est en bonne voie pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. La scolarisation dans l'enseignement primaire est quasi universelle avec des taux de plus de 95% et des taux légèrement inférieurs pour les élèves âgés de 6 à 15 ans (94% pour les garçons et supérieur à 92% pour les filles). Le système scolaire a principalement amélioré ses performances au niveau de l enseignement secondaire dont le taux de réussite au baccalauréat de l ordre de 20% durant plusieurs décennies a presque doublé ces dernières années (42% en 2004 et plus de 50% en 2006). Cependant, le système éducatif connaît des problèmes de qualité et d'efficacité. En effet, sur 100 élèves qui entrent en première année de l enseignement primaire, seuls 11 d entre eux arrivent à intégrer l'université. Ces faibles performances du système éducatif seraient dues principalement à la formation insuffisante du corps enseignant (85% des enseignants du primaire ne seraient pas titulaires du baccalauréat) et à la mauvaise qualité des programmes scolaires et des outils pédagogiques. L éducation nationale compte près de 8 millions d élèves. Pour ce qui est de l enseignement supérieur, le défi à relever est d ordre tant quantitatif que qualitatif. Sur le plan quantitatif, la population estudiantine devrait atteindre 2 millions en 2010 ce qui se traduit par la mobilisation de ressources supplémentaires, notamment humaines. Sur le plan qualitatif, la réforme est axée sur la réorganisation de l architecture des enseignements supérieurs et sur l actualisation des curricula ; elle vise l adaptation de l université aux concepts universels par la révision de la durée et de la conception des cycles. Elle s articule autour de trois paliers : licence, maîtrise et doctorat. En ce qui concerne la formation professionnelle, le gouvernement a défini un plan d'action pour la période 2010-14 qui s'articule autour des axes suivants : la mise en œuvre du cursus d'enseignement technique et professionnel délaissé par le ministère de l'éducation ; la généralisation de l'utilisation des technologies de l information et de la communication ; le développement de l'enseignement professionnel à distance ; l'adoption et l'encouragement de formations intensives qualifiantes, dans toutes les spécialités, d'une durée égale ou inférieure à six mois ; la réhabilitation des métiers manuels pour accompagner les grands projets de l'état ; la revalorisation des métiers de l'artisanat traditionnel qui, selon le gouvernement, peuvent constituer une solution pour résorber le chômage. Toutefois, le principal axe porte sur la mise en place des organes prévus par la loi d'orientation de la formation et de l'enseignement professionnels dont, notamment, le conseil de partenariat, la conférence nationale et les conférences régionales ainsi que l'observatoire. Ce conseil de partenariat est une instance consultative qui sera amenée à donner son avis sur l'élaboration et la régulation de la politique nationale du secteur. Il regroupera des opérateurs économiques, des artisans, des experts en matière de formation et des représentants des différents départements ministériels. Trois observations peuvent être faites à ce propos. La première porte sur la lenteur caractérisant la mise en œuvre de ces organes essentiels dans la gouvernance de tout système de formation professionnelle, puisque près de deux ans après la promulgation de la loi d'orientation (23 février 2008), ils ne sont toujours pas en place et encore moins 2
opérationnels. La deuxième porte sur le caractère purement consultatif de ces organes et donc sur le faible impact qu ils peuvent avoir sur le système. La troisième remarque souligne l'absence d une des principales parties prenantes dans la gouvernance de la formation professionnelle, à savoir les partenaires sociaux. 3. Intervention de l Union européenne et des autres bailleurs de fonds Par rapport aux autres pays du Maghreb, l Algérie bénéficie d un appui relativement réduit de la part des bailleurs de fonds en matière de développement des ressources humaines. L Union européenne reste l un des plus importants intervenants dans ce domaine. La coopération UE Algérie remonte aux protocoles financiers 1978-95. La stratégie dans ce domaine vise une politique active de développement des ressources humaines dans la perspective de leur adéquation aux besoins de l économie de marché et aux impératifs macroéconomiques. Elle a pour finalité la réduction de la pauvreté et l amélioration des conditions de vie des citoyens. Dans le cadre des programmes MEDA I et II, la Commission européenne intervient dans plusieurs projets présentant un lien avec le développement des ressources humaines. Il s agit (i) du programme d appui au développement des PME (MEDA I) mis en œuvre à partir de l année 2000, avec un volet formation ayant nécessité une restructuration ; et (ii) du projet d appui à la mise à niveau de la formation professionnelle prévu pour la période 2003-09, qui vise la mise à niveau du système de formation et d enseignement professionnels (formation initiale et continue) et son fonctionnement selon une logique de la demande (et non de l offre) axée sur les besoins en compétences des entreprises. De loin le projet le plus important qu ait connu ce secteur, MEDA II comporte trois volets : l amélioration de la fonction pilotage du système pour mieux asseoir les décisions relatives au développement du secteur ; l amélioration de l offre de formation du système pour qu il réponde mieux aux besoins en matière de compétences des entreprises et des individus ; l appui à l émergence des besoins en matière de qualifications des entreprises. Le projet a connu un démarrage difficile, imputable en partie à son ampleur et à sa complexité. Au niveau de l éducation nationale, l UE finance un projet de réforme dont l objectif est d améliorer la qualité, l efficience et l équité de l éducation pour l ensemble des cycles d enseignement (primaire, moyen et secondaire). Le programme bénéficiera aux personnels du ministère de l Éducation nationale, aux enseignants, aux gestionnaires administratifs et financiers des établissements scolaires, aux instituts de formation de formateurs et à la population scolaire. L Algérie bénéficie également d un appui visant à développer la coopération avec les universités des pays l Union européenne dans le cadre de la modernisation du système d enseignement supérieur. En comparaison des autres pays du Maghreb, l Algérie est le pays qui bénéficie le moins d appuis extérieurs dans le domaine de l éducation et de la formation. Elle occupe la sixième place parmi les pays méditerranéens dans le cadre du programme MEDA. 4. Stratégie d intervention de l ETF La stratégie à moyen terme de l ETF vis-à-vis de l Algérie devrait s articuler autour de deux piliers : la poursuite de l appui fourni dans le cadre de projets déjà engagés et en cours de réalisation, visant le développement de la capacité institutionnelle ; un appui éventuel, à la demande de la délégation de la Commission européenne et à l égard des bailleurs de fonds, dans l élaboration et la mise en œuvre de l'instrument de la politique européenne de voisinage entrée en vigueur en 2007. 3
L'ETF mettra en œuvre ses projets et activités en complémentarité des autres projets implantés par les bailleurs de fonds. 4.1 Soutien au développement des politiques de réforme En 2009, les principales activités entreprises par l ETF en Algérie ont porté sur l'apprentissage en ligne. L'Algérie a été l'un des pays les plus actifs en la matière dans le cadre du projet régional MEDA-ETE. Un appui supplémentaire lui a été accordé en 2009. En 2010, l appui de l ETF s articulera autour de trois activités : la mise en place du processus dit de Turin, l'étude sur la coopération entre le système éducatif et le monde de l'entreprise, et un projet sur les qualifications dans le secteur du bâtiment. Le premier projet autour duquel s articulera l intervention de l ETF en 2010 porte donc sur la mise en place du processus de Turin. Cette initiative vise à documenter les analyses relatives à l'efficacité interne des systèmes d'enseignement et de formation professionnels et à la contribution des politiques et systèmes d'enseignement et de formation professionnels aux objectifs de développement socioéconomique durable du pays afin de permettre aux décideurs d'évaluer les options politiques futures. L'analyse des résultats de ce processus permettra d'identifier les projets susceptibles d être mis en œuvre pour appuyer les politiques en la matière. Elle constituera également une précieuse référence pour l'etf dans le cadre des demandes formulées par la Commission européenne en vue d'obtenir des suggestions concernant les programmes d'assistance externes de l'ue. L'Algérie bénéficiera également d'un appui de l'etf pour une analyse approfondie de la coopération entre le secteur de l'enseignement et le monde de l'entreprise. Cette étude dressera la carte des politiques, mécanismes et processus à l œuvre dans le pays et qui soutiennent ou freinent la coopération entre le secteur de l'enseignement (enseignement supérieur professionnel et enseignement et formation professionnels) et le monde économique. Il est à noter que ces deux activités le processus de Turin et l'étude sur la coopération entre l'éducation et l'entreprise seront conduites dans tous les pays partenaires de l'etf. Ainsi, l'algérie pourra faire valoir auprès des autres pays ses bonnes pratiques en la matière et pourra saisir cette occasion de tirer des enseignements des expériences des autres pays utiles à sa politique. Enfin, un projet sur les qualifications dans le secteur du bâtiment sera lancé en 2010. Ce projet vise à améliorer la transparence des qualifications dans le secteur du bâtiment et s'inscrit sur une durée de trois ans. La mise en œuvre de ce projet a été réalisée grâce à l appui financier du Portugal, d'un montant initial de 100 000. Un projet de plan d'action a été développé mais ne sera finalisé et prêt à l'implantation qu'après sa validation par les partenaires portugais et algériens. Ce projet ouvrira la voie à un travail plus en profondeur sur un cadre algérien des qualifications. Ce travail permettra aussi d'aborder la question de la qualité et de l'assurance qualité, notamment dans les phases de construction et d évaluation des qualifications. 4.2 Appui à la Commission européenne et/ou à la délégation de la Commission européenne L ETF dispose d une bonne connaissance des réalités du pays en matière d éducation, de formation et de marché du travail, et pourrait donc répondre positivement à des sollicitations de la Commission européenne ou de la délégation de la Commission européenne en Algérie pour l élaboration et la mise en œuvre de l instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP), notamment les plans d action. 4
Algérie 2010 tableau récapitulatif Intervention Thèmes et fonctions Résultats escomptés Activités Produit dans le cadre du projet Durée Processus de Turin Thème A Un rapport sur l'analyse concise et documentée des réformes en cours en matière d'efp en Algérie, incluant l'identification des tendances politiques majeures, des défis et des contraintes ainsi que des bonnes pratiques et des opportunités Le renforcement des capacités des institutions algériennes dans l'élaboration de rapports d'analyse sur le système de la FP Confirmer l'intérêt du pays à prendre part à cette initiative par la nomination d'un coordonnateur national Réaliser un travail d'analyse documentaire pour collecter le maximum d'information pouvant servir à la réalisation du rapport Organiser des réunions et ateliers de travail avec les principales parties prenantes Organiser un séminaire de diffusion des résultats de l'étude Rapport pays janvier septembre 2010 Étude sur la coopération entre l'éducation et l'entreprise Thème A Un rapport sur l'état de la coopération entre l'éducation et l'entreprise L'identification de pistes d'action pouvant améliorer l'articulation entre ces deux mondes Collecter et analyser les informations disponibles en la matière Organiser des réunions et ateliers de travail avec les principales parties prenantes Organiser un séminaire de diffusion des résultats de l'étude Mettre en place un groupe de travail avec une identification claire et précise de ses rôles et responsabilités Organiser un voyage d étude afin de renforcer les capacités du groupe et de partager une compréhension commune des problématiques liées aux qualifications et aux cadres nationaux des certifications Faire bénéficier le groupe des travaux réalisés par le projet régional sur les qualifications Établir un état des lieux des certifications dans le secteur du bâtiment Analyser l offre de formation dans le secteur Analyser les mécanismes et processus de certification et les institutions qui en ont la charge Rapport pays janvier septembre 2010 Analyse des qualifications dans le secteur du bâtiment Thème A Fonction 2 L amélioration de la transparence des qualifications dans le secteur Une majeure compréhension des enjeux liés aux qualifications de la part des principales parties prenantes Une visibilité accrue par rapport au possible engagement du pays dans la mise en œuvre d'un cadre national des certifications 5
Bibliographie Agence française de développement, «Appui à la qualité du système éducatif algérien», AFD, 2006, site Internet de l'afd. Banque mondiale, Algeria economic update Spring 2009, Banque mondiale, Washington D.C., 2009. Ministère de la Formation et de l'enseignement professionnels, «Note d'orientation n 4 du 15 juin 2009 relative au plan d'action 2010-2014», 2009, site Internet du ministère. Office national des statistiques, Emploi et chômage (au quatrième trimestre 2008), ONS, Alger, 2009. Premier ministère, «Formation professionnelle : plus de 300 000 nouvelles places pédagogiques pour la rentrée 2009/10», portail du ministère. 6