Barakaldo Tournefeuille : un programme de villes créatives



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LA JEUNESSE. l es sen LA VILLE QUI NOUS RESSEMBLE, LA VILLE QUI NOUS RASSEMBLE

Transcription:

Barakaldo Tournefeuille : un programme de villes créatives Jon Léonardo a souligné l historique du concept de villes créatives appliqué aux métropoles souvent citées au niveau international : Montréal, Berlin, Milan, Barcelone, Birmingham, Helsinki Vous m avez sollicité pour intervenir sur le thème et les questions suivants : Quel est l enjeu de ce concept de villes créatives pour les villes moyennes, des villes situées à proximité ou en périphérie de villes capitales ou de métropoles (comme c est le cas pour Tournefeuille par rapport à Toulouse et de Barakaldo par rapport à Bilbao)? Que doivent faire ou posséder ces villes pour saisir les opportunités d une économie de la connaissance, du savoir, et positionner leurs territoires en tant que ville créative. J essaierai donc dans un deuxième temps de proposer des orientations, une méthodologie, la recherche des alliances et des réseaux et d ouvrir, je l espère, le débat pour la co-construction d un cadre, d une plateforme d orientation pour les villes transfrontalières le long des Pyrénées qui souhaiteraient s insérer dans une démarche, un groupe, un réseau de villes créatives entre France et Espagne, et la création d un livre blanc. Des limites propres au contexte de la mondialisation : l oubli du territoire Je l ai souvent souligné pour des métropoles françaises (Lyon, Toulouse, Nantes ), mais cette analyse peut s appliquer à des métropoles européennes espagnoles (Catalanes, Basques ). La volonté d affirmation, d identification de ces métropoles à un niveau international et la concurrence, la compétition mondialisée les a entraînées dans des stratégies de développement territorial s appuyant sur un «story telling», un récit de leur ville où le marketing territorial est souvent lié à l événementiel (à Nantes je pense aux manifestations Folles Journées ou Estuaire, à Lyon au Festival des Lumières) et / ou à la création de symboles culturels forts au travers d institutions, de gestes architecturaux, évidemment je pense à Bilbao et à son musée). Cela en faisant appel à des talents, des artistes et des créateurs reconnus sur la scène et le marché international. Mon propos n est pas de critiquer cette stratégie de développement je serai bien mal placé au regard de mon parcours professionnel et de mon implication à Nantes et nous pouvons affirmer que ces métropoles ont retrouvé un dynamisme et se sont affirmées dans la compétition internationale. Cependant elles ont oublié dans leur démarche une part importante de leur territoire. Tel un raz de marée elles ont englobé, submergé sur leur passage les villes Page 1 sur 8

périphériques et de proximité de leur région, parfois même leurs différents quartiers, sans parler de l espace rural. Il nous faut donc répondre à cette interrogation : comment ces villes périphériques peuvent-elles exister, s affirmer, devenir des interlocuteurs incontournables des politiques culturelles et créatives, devenir elles aussi des centres, des territoires créatifs, d expérimentation, reconnus y compris au plan international? Vers une réflexion globale et transversale François Asher, urbaniste-géographe écrivait : «Il faut mettre les décideurs au défi d inventer les compromis urbains, capables d articuler ville dense et monde rural, banlieues, petits bourgs et centre de métropole. De prendre en compte le changement d échelle et de forme de la ville. On n est plus à l échelle du quartier et de la ville mais à celle d une vaste conurbation polycentrique et discontinue.» Dans la ville hétérogène il décrit 5 types : La ville centre dense en équipements et transports collectifs La banlieue périphérique avec petits bâtiments collectifs pour la classe moyenne attachée au lieu central L aire suburbaine, zone pavillonnaire dont le lien avec la ville centre commence juste à se construire par des transports collectifs (métro, tramway) et des équipements publics dont culturels L aire de grands ensembles souvent enclavés et mal desservis La zone de campagne, refuge des rurbains. Cette ville hétérogène est actuellement au cœur de profonds réaménagements urbains pour créer un territoire polycentrique, mais le secteur culturel, les enjeux de la société de la connaissance sont peu ou pas associés à ces évolutions. Peu de concertation culturelle et artistique entre ces villes périphériques et la ville centre. Ici ou là, la métropole participe au financement d une médiathèque, d une salle de spectacle mais il n y a pas de réflexion globale et de volonté de mise en œuvre des orientations créatives, économiques et culturelles complémentaires dans les différents centres du territoire. C est donc à ces villes périphériques de créer, d imposer les conditions de l écoute et de la concertation. Non de s opposer à la ville centre mais d y puiser les atouts et ressources et de les relier à son territoire. Page 2 sur 8

La distinction grande/moyenne/petite ville est artificielle. L important est la proximité d une grande ville, d un bassin de population où existent un marché, des ressources. Comment rassembler sur, ou relier au territoire de la ville périphérique des artistes, des chercheurs, des ingénieurs, des managers? Comment créer, libérer des espaces urbains qui permettent la rencontre, l implantation, la transversalité, les croisements entre ces différentes disciplines? Comment créer une chaîne de partenariats entre les différents domaines d expertise et de compétences (université, formation)? Comment créer l articulation entre les entreprises, start-up créatives et les entreprises locales plus traditionnelles (spill-over)? Comment créer les conditions d appropriation par les habitants? Le poids des représentations Julien Gracq dans l ouvrage «La forme d une ville» écrivait : «Il n y a pas de ville sans une image mentale de la ville». L urbain et l approche culturelle ont en commun de pouvoir travailler sur la perception par les habitants, les visiteurs, de l espace-temps d un ensemble géographique. La perception de la proximité des lieux collectifs ou de lien social, du parcours physique ou mental qui les relient, de la mobilité et de la rencontre possible entre créateurs et entre créateurs et habitants, de l ouverture du territoire de la ville périphérique à la diversité culturelle à l international, sur la valorisation des atouts de l innovation de ce territoire Il y a là un travail culturel important, symbolique, à mener sur l imaginaire de la forme de la ville périphérique, de son évolution, de sa mutation. Tournefeuille en 1975 comptait 5 200 habitants ; aujourd hui 26 000. L expérience des «Nuits euphoriques» dans le quartier des Quefets illustre ce que la création, la culture peuvent contribuer à la perception d un quartier nouveau, à l appropriation des espaces par les habitants, du lien social qui se créé, de l ouverture à la création, au rêve, à l ailleurs Ville périphérique qui devient un centre auquel les habitants peuvent participer et contribuer. Une lecture critique permettrait d aller plus loin encore dans ce sens. Page 3 sur 8

Par opposition j ai l exemple de cette rencontre avec un membre du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, ville périphérique de Lyon, qui évoquait l éloignement du théâtre du centre de Lyon (pourtant à moins de 10 minutes en métro, soit moins de temps que pour traverser la ville de Lyon). Cette représentation mentale, cette fracture symbolique montrent qu il n a pas intégré la dynamique locale de sa ville, la proximité des grands axes de communication, les atouts créatifs réels de sa ville. Il se sent isolé Vision symbolique de la hiérarchie urbaine et de la hiérarchie institutionnelle culturelle. L opéra, le théâtre national se doivent d être à côté de la mairie, au cœur de la ville centre, symboles du pouvoir. Comment libérer des espaces urbains qui permettent d atteindre l un des enjeux de la théorie de Florida sur les «3 T» (Talents Tolérance Technologie) nécessaires à la ville créative qui doit être en capacité d attirer les talents, les créatifs? Il est important de travailler sur cette représentation mentale, de valoriser l existence de talents et de créatifs sur le territoire, d indiquer aux autres qu en s installant ici ils ne seront pas coupés des créateurs, qu ils trouveront des lieux adaptés, qu ils seront accompagnés, que le lien à la population, cette proximité sera un atout important pour leur recherche, comme la jeunesse de la ville (Tournefeuille est la 3 ème ville du département qui compte le plus de jeune de moins de 18 ans), jeunesse prompte à s engager dans l innovation, les marges, source de créativité et utilisatrice des nouveaux outils technologiques. Le travail concerté entre les responsables de l aménagement urbain et du secteur culturel doit contribuer à une réflexion sur l occupation de l espace public, par la création d espaces de vie et de rencontre chaleureux pour créer cette atmosphère, cette ambiance de la ville que décrit l économiste Santagata, spécialiste des districts, des villes créatives et du mouvement «slow food» en Italie. Atmosphère et climat de modernité, de tolérance et de lien social sont indispensables à tout développement économique et territorial. La nécessité de créer des liens transversaux Le 3 ème point important de ce partenariat est de développer des activités culturelles qui ne se limitent pas aux traditionnelles activités de création et de diffusion des productions du spectacle vivant et des arts plastiques. Il s agit d ouvrir la politique d accompagnement à des secteurs tels que : l architecture, le design, la photo, la mode, les medias, le graphisme, les nouvelles technologies, l artisanat, la gastronomie Page 4 sur 8

Tout cela avec une vision transversale où les directeurs, les responsables culturels contribueront aux croisements des disciplines, à la connaissance des recherches d un secteur à l autre, d une filière à l autre (livre patrimoine spectacle vivant cinéma ) Par mon travail actuel pour la Région des Pays de la Loire à l élaboration d un texte d orientation partagé entre les collectivités (Villes/Départements/Région) et les acteurs culturels sur la politique en Région, je me rends compte à quel point les acteurs d une même filière ne se connaissent pas, ne connaissent pas les enjeux, les recherches, les difficultés des professionnels des autres filières. Directeurs de musées, FRAC, galeries, critiques et chercheurs universitaires, écoles d art, artistes, au-delà d une connaissance bilatérale, ne travaillent pas ensemble à des stratégies de filières, à l intérêt général. Et bien entendu encore moins entre filière et donc au développement à partir du territoire. Bien connaître tous les maillons d une filière, rechercher leur présence sur le territoire, les identifier, créer des passerelles, des collaborations, est essentiel. Si tous les maillons ne sont pas sur le territoire de la ville périphérique, il faut les recenser, les relier à la commune, devenir le lieu de leur rencontre. Dans ce cadre nous devons être attentifs à proposer sur le territoire de la ville périphérique des lieux de bureaux, de travail, d expérimentations, d ateliers d artistes ou d artisans, où la mutualisation et la coopération seront un axe central. Accueillir et accompagner les PME du secteur créatif Ces lieux doivent être adaptés à de jeunes entreprises (une étude sur l immobilier privé montre que les dimensions sont souvent trop grandes, pas adaptées) et compatibles avec les budgets de ces PME/TPME. Ces locaux seront attractifs par rapport aux conditions de location ou d achat de la métropole où la gentrification devient un facteur d exclusion. L expérience du karting à Nantes est très intéressante : regroupement de 60 à 80 PME, bureaux modulables de 12 m² à 100 m². Énergie très basse et tarif de location à 150 le m²/an équilibrent le budget général de cette opération qui ne dépend pas de la subvention publique mais de son investissement initial. Etre attentif à ces PME/TPME et offrir un accompagnement dans leurs différentes phases de développement et la pérennité de leur présence sur la ville ; S assurer par une politique adaptée que ces TPME ne seront pas isolées sur leurs lieux de travail, mais regroupés avec des espaces mutualisés, de rencontres ouverts aux habitants ; Page 5 sur 8

Les relier à des lieux de recherche, de formation, aux écoles d art, de gestion, à l université, à des entrepreneurs d autres secteurs. Les nouvelles technologies présentes contribueront à des échanges en réseau. A l exemple des pépinières d entreprises, des conventions, des évaluations favoriseront un «turn over» régulier dans ces lieux de résidence/travail ouverts aux artistes, aux créatifs de la région et à l accueil d artistes internationaux. Des initiatives dans la métropole existent : la cantine numérique (La Mêlée avec 420 adhérents) mais aussi des lieux de regroupement d architectes / paysagistes / scénographes). A Yokohama par exemple un immeuble est dédié aux jeunes entreprises d architectes qui mutualisent et coopèrent sur des projets, y compris à l international. Ces grappes, ou clusters, ces réseaux sont essentiels. Rien n oblige que tous les éléments soient regroupés sur la ville périphérique. Mais ils doivent être en réseau et la ville périphérique doit pouvoir accueillir les rencontres entre ces PME. Les villes du projet Interreg doivent se concerter pour élaborer une stratégie d implantation, d accueil de créatifs de TPME (souvent 2 à 3 salariés) sur leur territoire et créer les conditions d une mise en réseau, de partage de connaissances, d expériences, de recherches et de savoir-faire de chaque côté de la frontière. Je crois nécessaire, auprès des villes responsables et décisionnaires, la création d un groupe de «décideurs» mixte (France/Espagne public/privé culture/économique ), pour analyser, proposer, évaluer : Comment les villes du réseau pensent l accueil de communautés créatives, comment elles pérennisent leur présence, comment les créateurs vivent dans la ville, le quartier, le bâtiment investi? Comment aménager des espaces de «show room» capables de présenter les expériences, les innovations, les projets des créatifs, de les rendre lisibles et visibles auprès des autres professionnels, des habitants, des consommateurs et être en même temps des lieux d information et de ressource? Comment proposer des formations, des rencontres, un accompagnement des acteurs du réseau tant dans le domaine qui leur est propre, que dans celui des conditions de gestion et de management de leur entreprise. Formation souvent liée à un apprentissage par les pairs, une mise à niveau des compétences et des procédés par l échange entre professionnels faisant ou Page 6 sur 8

ayant fait face aux mêmes difficultés. Un site d échange peut être créé, échange de bonnes pratiques, forum de discussion entre entreprises créatives, élément de veille, bensmarking, coédition de contenu, connaissance de l environnement réglementaire juridique et fiscal, des marchés publics La sensibilisation au secteur économique passera, pour les directions culturelles et économiques de la ville, par la constitution d un réseau ressource pour un accompagnement individuel ou collectif de ces jeunes créatifs et cela selon leur domaine ou leur spécificité. Identification d experts juridiques, de coachs, de parrains qui seront des personnes ressources Accompagnement collectif à partir des besoins des acteurs et mise en place de formations collectives avec des partenaires (CNAM, Université, CCI, Institut d Administration des Entreprises ) Développement de séances thématiques pour répondre à des questions précises (projets européens, réponse aux marchés publics ) Aide à la mutualisation pour des promotions collectives (circuit dans la ville et découverte des boutiques de mode de jeunes créateurs, artisanat ), organisation de salon «jeunes talents de la Région» Information et implication des PME créatives dans la réponse aux marchés publics. Caractéristiques des PME du secteur créatif Sans entrer dans le détail nous pouvons souligner quelques traits constants : Les entrepreneurs créatifs opèrent la plupart du temps sur des projets créatifs ponctuels, nés d une passion Les projets ont tendance à être financés sans préparer la structuration de l entreprise et avec une méconnaissance des dispositifs de financement (une étude ECCE montre qu une sur sept fait appel à des sources de financement externes contre trois ou quatre sur sept dans d autres secteurs) Un manque de formation managériale, de gestion et d assise financière. Elles sont trop petites par rapport à un marché fragmenté culturellement et linguistiquement. Manque aussi d organisation comme groupe de pression, isolement, dépendant trop des aides publiques directes ou indirectes Les investisseurs, les banques ont du mal à évaluer les risques, l innovation possible de ces TPME (actif immatériel créatif de l entreprise culturelle) Comment y remédier? Page 7 sur 8

En offrant une capacité de médiation, d interface entre le milieu financier et les porteurs de projets En offrant des micro-financements, prêts, microcrédits adaptés au développement des PME créatives : système de «vouchers», «business angel», des entreprises confirmées parrainant sur le tertiaire deux ou trois jeunes entreprises En mettant en place une économie sociale et solidaire : contacts avec des fondations, «fonds de soutien» à l innovation, prix des collectivités pour des «chèques créativité» à des projets ou des réussites de très jeunes entreprises En favorisant la mobilité, les liens entre les villes du réseau ou transfrontalières et les entreprises de ces villes et en organisant des séminaires sur des projets européens précis, la réponse collective à des marchés publics Dernier point : associer les habitants, les citoyens à la démarche : Sortir du consumérisme : o l économie créative permet aux habitants, aux citoyens de devenir acteurs, les amateurs ou les passionnés sont pris en compte (selon la définition de Bernard Stiegler) o l économie contributive donne le désir d une autre relation à la consommation Sortir l éducation et la culture artistique de l école pour la rendre lisible aux habitants Valoriser les pratiques d amateurs, la démarche créative, notamment dans la liaison avec l artisanat Etre attentif à l émergence et à la diversité des pratiques Sortir des lieux institutionnels pour aller dans la rue ou dans des lieux insolites et inhabituels qui créent la rencontre, le lien social avec la population, souvent des personnes exclues des habitudes culturelles Investir les nouvelles technologies, le numérique plus amplement dans le secteur culturel. Ce grand nombre de projets suppose une méthode : fixer un cap et définir les responsabilités partagées entre les collectivités, les élus et les acteurs professionnels. Page 8 sur 8