L adolescent dans sa famille L évolution de l interaction parents-enfants à l adolescence D une manière générale, l entrée dans l adolescence d un enfant va avoir des incidences sur les relations intrafamiliales. Dans le comportement de l adolescent en effet, on pourra observer deux mouvements: * une distanciation de la famille * la redéfinition de sa position au sein de celle-ci. Cette redéfinition passe par des apprentissages, des épreuves. Les échanges entre l adolescent(e) et ses parents évoluent donc avec l adolescence, mais aussi durant l adolescence. Ces changements seront discutés à la lumière des trois indicateurs suivants: la quantité, le contenu, la conflictualité. Changement en quantité Globalement, le temps passé en famille diminue à l adolescence, que ce soit dans la famille biparentale ou monoparentale. Mais dans les familles biparentales, la diminution porte surtout sur le temps passé avec la mère, alors qu il n y a pas de diminution sensible du temps passé avec le père. Par ailleurs, comme le temps passé avec la mère était jusqu ici nettement supérieur au temps passé avec le père, on assiste donc à l adolescence à une rééquilibration du temps passé avec chacun des parents. Le désir d autonomie de l adolescent(e) est un facteur important de cette diminution, mais l attitude des parents y contribue aussi, car ils valorisent eux aussi l autonomisation. Les enquêtes montrent que les parents valorisent aujourd hui davantage l autonomisation qu ils ne le faisaient dans les années 60-70 par exemple. De nos jours peut-être encore plus que par le passé, un autre phénomène influence aussi cette diminution du temps passé avec la mère: la reprise d une activité professionnelle de celle-ci; on note alors volontiers certains réaménagements de l horaire de la semaine. Si la mère passe ainsi moins de temps avec les enfants durant la semaine, on observe souvent une compensation par les pères durant la semaine et par les deux parents durant le week-end (Nock & Kingston, 1988). Evolution en contenu La superficialité Durant l adolescence, les échanges parents-enfants deviennent de plus en plus empreints de superficialité; les discussions ne portent plus sur l existence, sur certaines valeurs fondamentales, comme c était parfois le cas au temps de l enfance notamment avec les fameux «pourquois». Par gêne mutuelle, aucun véritable débat ne s installe sur des thèmes tels que par exemple la vie sentimentale, la sexualité, mais plutôt simplement sur les notes, les horaires de sortie ou de rentrée, l ordre, etc... 1
Par ailleurs, la diminution du nombre de domaines d intérêts à l adolescence et le déplacement de ces derniers vers des thèmes spécifiques souvent peu connus des parents (le sport, la musique, etc.. ) ne favorisent pas non plus la conversation. Ainsi, au pic de l adolescence, l impression de distance d avec les parents atteint un point culminant (Steinberg, 1981). En ce qui concerne les filles, l accroissement de ce sentiment de distance se fait de manière parallèle avec le père et avec la mère. Pour les garçons, par contre, cette évolution est plus prononcée avec la mère qu avec le père. De nouveaux thèmes De nouveaux thèmes apparaissent avec l adolescence dans les échanges intergénérationnels: les sorties et heures de rentrée, l argent, la vie des parents. Ce dernier thème est lié à un changement des représentations qu ont, à l adolescence, les enfants de leurs parents. En effet, alors que pour l enfant, la mère et le père étaient seulement maman et papa, pour l adolescent ils deviennent aussi des individus dans le monde, c est-à-dire des personnes qui travaillent, qui ont des soucis, une carrière, plus ou moins d amis, mais aussi qui ont des comportements plus ou moins reluisants. En conséquence, les adolescent(e)s se mettent à juger le comportement de leurs parents, à leur faire des reproches, non seulement à propos de leur comportement envers eux, mais également à propos de leur comportement comme individu, de leurs activités professionnelles, de la conduite de leur vie sentimentale. Evolution en conflictualité On dit souvent que les conflits entre enfants et parents tendent à augmenter avec l adolescence, que ce soit en intensité ou en fréquence. Or s il est difficile d avoir une mesure objective de la quantité des conflits, il est vrai que subjectivement, les adolescents ont l impression de vivre davantage de conflits avec leurs parents qu avant, même si les parents n ont pas toujours cette même impression (Smetana, 1989). La présence de tels conflits ne semble cependant pas peser nécessairement sur la relation parents-enfants ; environ 3/4 des familles disent avoir des relations chaleureuses et agréables durant l adolescence. (Palmonari, 1987) Conflits On constate que des désaccords entre parents et enfants existent depuis que l enfant est très jeune. Cependant, le fait que l adolescent répond maintenant à ses parents alors qu avant il évitait la confrontation, augmente l impression de conflit. Fréquence et intensité Dans l ensemble, les conflits sont deux fois plus nombreux avec la mère (35%) qu avec le père (14%), ceci même dans les familles où les deux parents sont présents. Le restant (51%) sont des conflits considérés comme concernant les deux parents. 2
En ce qui concerne l intensité des conflits, on constate qu elle évolue durant l adolescence, les conflits devenant de plus en plus orageux. Pour les filles, l intensité des conflits évolue en fonction de l âge, cette évolution étant sans rapport avec le retard ou l avance dans le développement. Pour les garçons, les conflits sont d autant plus forts que l adolescence est précoce. Mais, paradoxalement, lorsqu on les interroge, les mères estiment être davantage en désaccord avec leurs garçons lorsque ceux-ci sont retardés dans leur développement que lorsqu ils sont précoces. Objet des conflits Les conflits portent rarement sur des choses importantes, comme les valeurs, la religion, la politique, mais presque toujours à propos de circonstances de la vie de tous les jours. Durant l adolescence, on observe de légers déplacements des sujets de conflits (Smetana, 1989). Certains thèmes restent constants (vie à la maison, ménage, etc... ) alors que d autres diminuent (apparence, politesse). Certains culminent puis diminuent : les conflits sur l école et les devoirs connaissent un pic au début de la scolarité secondaire. D autres augmentent tout au long de l adolescence: les conflits sur l argent. Certains thèmes se spécialisent avec un parent plutôt qu avec l autre; par exemple, l organisation de l horaire reste un problème avec la mère mais diminue avec le père. A l inverse, les reproches sur le comportement diminuent avec la mère mais restent un objet de conflit avec le père. Argumentation/Oppositions Du point de vue argumentatif, on constate que la nature des arguments employés par les deux parties est différente: en effet, l adolescent avance plutôt des arguments personnels (désirs, autonomisation, préférences, besoins personnels etc...), alors que ceux des parents sont généralement des arguments conventionnels (droits, norme, règles, etc...) ou pragmatiques (raisons pratiques). Chose intéressante, les adolescents se disent davantage prêts à accepter les arguments des parents que l inverse. Explications théoriques des conflits intergénérationnels Dans de nombreux cas, les conflits ne sont pas seulement l issue involontaire de la relation parents-enfants, ils sont souvent recherchés par les adolescents, pour diverses raisons. On trouve plusieurs explications de la cause de ces conflits. Les interprétations psychanalytiques Blos Le psychanalyste Peter Blos (BIO) voit dans cette opposition à l adulte la manifestation et la conséquence du besoin de détachement d avec les parents, corollaire du mouvement de recherche de partenaires sexuels. 3
Freud L adolescent dans sa famille Pour Freud (BIO), le complexe d Oedipe (EXT) possède deux faces: il représente d une part la volonté de prendre la place du parent de même sexe et d autre part la volonté de séduire le coeur du parent de sexe opposé. Ce complexe présente une phase aiguë entre 5 et 7 ans environ puis est en quelque sorte étouffé vers 7 ans avec l endormissement de la sexualité et l entrée dans ce que Freud a appelé la période de latence. Il se résorbe plutôt qu il ne se résoud. A l adolescence, avec le réveil des pulsions sexuelles, ce complexe resurgit, mais surtout sur le plan de la volonté d opposition au parent de même sexe. Ainsi, un réveil de la pulsion sexuelle se manifeste et se déplace sur un autre objet, plus conforme socialement, et mieux accepté. L objectif est le suivant: prendre la place et l importance que le père occupe dans la famille et dans la société, qu il s agisse du père réel ou des «pères sociaux», soit la génération de ses parents. Ceci fonctionne également pour la jeune fille, qui, elle, cherchera à s opposer à la mère (VID). Mais, pour que le complexe d Oedipe joue, il importe que le père soit vécu comme fort, que sa position soit ressentie comme enviable, que le jeune ait envie de s identifier à lui, qu il rêve de pouvoir l imiter, en acquérir la place, la puissance dans la famille et dans la société. Cette vision date peut-être un peu; pour nombre d adolescents, le père n est plus cet être tout- puissant; ils le voient plus souvent privé de la capacité de décider, se faire imposer des choses qu il ne souhaiterait pas faire, être dépassé par les événements, plongé dans les difficultés, etc. Mendel On trouve alors, au sein de la tradition psychanalytique, une autre explication, capable de s appliquer à ce dernier cas, c est l explication de Mendel (1969), socio-psychanalyste influencé par Freud, mais aussi par Marx et Marcuse. Mendel fait le constat suivant: de nos jours, le père ne peut plus si facilement être pris comme le modèle auquel l adolescent peut s identifier, car son pouvoir apparaît bien diminué: son espace de décision est faible et il apparaît souvent écrasé par ses obligations, son patron, les institutions, la société technologique, etc. L adolescent ne désire alors plus prendre sa place, mais plutôt refuse d avoir à s identifier à lui, d où un rejet, un refus de l héritage socio-culturel et des valeurs que le père représente. Cette attitude peut déboucher sur le refus de mûrir, ou l opposition au père. Mais le problème de cette explication réside dans le fait que les conflits ont autant lieu (si ce n est plus) avec la mère qu avec le père, quel que soit le sexe de l adolescent. Pour Mendel, le conflit avec la mère existe, parce que dans notre inconscient, depuis la plus tendre enfance, la mère a toujours été la personne qui crée, qui engendre le bon (la nourriture, le calme) et le mauvais (les frustrations). Sur cette image de la mère comme créatrice de tout, l adolescent va naturellement constituer l idée que les choses qui écrasent le père ont été engendrées par celle dont tout naît: la mère, ou plutôt la femme en général, personnalisée dans la famille par la mère. 4
L interprétation mendélienne va donc au-delà de la famille proprement dite, même si elle prend les membres de celle-ci comme cible. La crise des générations représente alors en quelque sorte pour Mendel un phénomène réactionnel à l emprise progressive de la société sur l homme. Les explications socio-psychologiques Schachter (1951) Selon Schachter (1951), entrer en conflit permet de recevoir de l attention et de se faire reconnaître comme individu à part entière. Le conflit revêt ainsi une importance certaine: les expériences de groupes de discussion montrent en effet que le personnage qui adopte une attitude ou un jugement déviants par rapport à l avis qui prévaut dans le groupe se voit certes rejeté par le groupe, mais il reçoit beaucoup plus d attention (mesurée par exemple par le nombre des échanges verbaux qui lui sont directement adressés) qu un personnage qui se conforme aux avis émis par le groupe. La recherche d attention peut aussi prendre des formes détournées, non verbales. On note par exemple assez fréquemment qu à l adolescence, les jeunes utilisent des objets que valorisent les parents pour entrer en conflit avec eux (par exemple, vase chinois, souvenir de...etc), ou les matières scolaires; délibérément «plonger» dans celles-ci pour faire réagir les parents constitue une manière relativement fréquente d attirer l attention à l adolescence. Ausubel L explication d Ausubel (1954, 1970) met la responsabilité autant sur les parents que sur l adolescent. Pour lui, le conflit provient du choc entre la recherche d indépendance, de self-governance de la part de l adolescent, et du refus de l accorder de l autre, ce refus étant lié aux habitudes éducatives prises par les parents lorsque leur enfant était jeune. Aux yeux d Ausubel existent fondamentalement trois habitudes éducatives différentes, trois formes de rapports entre parents et enfants: le rejet, la surévaluation et la satellisation de l enfant. Chacune de ces trois formes va se résoudre à l adolescence par des conflits spécifiques. Le rejet de l enfant par les parents Ce rejet est soit réel, soit ressenti comme tel par l enfant. Avec l âge, l impression de rejet devient de plus en plus forte, du fait notamment que les signes affectifs directs diminuent, et que, comme chacun le sait, l adolescent se présente toujours sous des aspects moins aimables que le jeune enfant. Face à ce rejet, l adolescent réagit de plus en plus fort, ce qui donne lieu à une boucle inflationniste et des conflits de plus en plus violents. La surévaluation de l enfant Cette habitude éducative apparaît notamment lorsque les parents n acceptent pas l enfant tel qu il est, mais le prennent pour ce qu ils n ont pas réussi eux-mêmes à être, pour ce qu ils voudraient qu il soit. Cela correspond en fait à un rejet de l enfant tel qu il est. La surévaluation débouche aussi sur la révolte de l enfant puis de l adolescent contre les parents, l adolescence se marquant précisément par la crise d identité (Erikson,1972), la révolte de ne pas être accepté tel qu on est. 5
La satellisation Dans cette situation qui ne se crée que si elle est acceptée par les deux partenaires, les parents acceptent de jouer le rôle de «soleil» et les enfants celui de «satellite». C est la situation appropriée pour l enfance, et celle qui à ce stade conduit à un nombre réduit de difficultés. A l adolescence, la situation dégénère parce que le désir du jeune d acquérir son indépendance va priver les parents de leurs satellites, c est-à-dire finalement de ce qui faisait leur image de parent. Ceux-ci, ayant pris l habitude et appréciant avoir un satellite, ne sont pas prêts à s en passer. La désatellisation implique un changement de statut non seulement du jeune (du statut de satellite de ses parents à celui de planète pour elle-même) mais aussi des parents. Le mode de résolution de cette situation passe souvent par la resatellisation, c est-à-dire la recherche d un statut, et d un nouveau «soleil» ( ami, mentor, modèle, groupe, etc...). Mais cette opération inverse de resatellisation est encore plus difficile que la désatellisation. Lewin Chez Lewin (1947), le conflit est l occasion d un renouveau de la communication, une nécessité fonctionnelle permettant le changement. Pour ne pas faire éclater le groupe dans lequel il apparaît, le conflit pousse à la négociation puis au changement. Les recherches montrent que le changement le plus important a lieu suite à un conflit plutôt que dans une situation où le pouvoir essaie d imposer quelque chose. Les explications cognitives Les explications cognitives ne doivent pas être négligées; de nombreux conflits entre adolescents et parents ont, en effet, davantage lieu pour des questions de forme que de fond. Augmentation de la capacité et de la volonté argumentatives A l adolescence, la capacité de raisonnement devient plus solide et l adolescent devient capable de raisonner sur du possible et même de l impossible. (voir développement cognitif au stade des opérations formelles (Piaget, BIO) Sa confiance dans la toute-puissance de sa logique est alors souvent exacerbée. Il entre en conflit pour tester sa propre capacité à argumenter, se mesurer sur le plan de la rhétorique. Il cherche l argument, la discussion philosophique. Il se fera peut-être même l avocat du diable. Par la même occasion, il cherche aussi à tester la solidité argumentative des autres et de ses parents en particulier. Le besoin d explications Muni de sa nouvelle logique, l adolescent ne se contente plus d ordres, de justifications branlantes; il se met à demander des explications plus solides, plus cohérentes et plus claires sur lesquelles il pourra exercer sa sagacité et son raisonnement nouveau. Il poussera les parents dans leurs retranchements pour tester leur «solidité intellectuelle», la logique de leur discours. 6
L impact des situations familiales post-modernes sur le développement de l enfant et l adolescent Les conséquences du travail de la mère La première conséquence du travail de la mère sur l enfant et l adolescent est une diminution du temps qu elle peut leur consacrer. On ne dispose par contre que de peu de données sur le temps que passe le père en compagnie de ses enfants adolescents, excepté qu on peut observer deux mouvements: les pères qui sont plus impliqués et ceux qui se désengagent totalement (Furstenberg, 1990). Il manque également des données sur la manière dont la nouvelle division du travail affecte l exercice des responsabilités parentales. Quant aux résultats concernant les effets du travail de la mère sur le développement des adolescents, ils sont globalement plutôt positifs. On peut en effet observer dans ce cas: * une augmentation du degré de maturité des adolescents * une meilleure image de la femme Gelles (1987) observe même que lorsque la mère travaille à l extérieur, on constate moins de violence parentale de la part de la mère, dans le cas où le travail à l extérieur s accompagne d une diminution de l importance et du stress lié au travail ménager. Il y a généralement aussi diminution de la violence de la part du père parce que le fait que sa femme contribue également à l entretien de la famille diminuera à ses yeux son image de père tout-puissant, image dont on sait qu elle est un facteur important des réactions de violence du père à l égard de sa famille. Ainsi, la question n est pas tant si la mère travaille ou non, mais dans quelles conditions celle-ci travaille: volontairement ou parce qu elle y est forcée, sous stress, etc... D autres variables entrent également en jeu: sexe, âge, classe sociale, personnalité de l enfant et surtout qualité de la structure de compensation (Belsky, 1990). Les effets du divorce sur l adolescent Le divorce ne reste pas sans effet sur les enfants. Certaines expériences ou réactions consécutives au divorce se retrouvent chez les enfants de tous âges, alors que certaines sont spécifiques aux adolescents. Dans le cas où le divorce survient alors qu un enfant se trouve en période d adolescence, celui-ci doit faire face à la fois à la transition naturelle de l adolescence et à la transition de la situation familiale (Hetherington & Anderson, 1987). La plupart des adolescents passent par une période de perturbation qui suit le divorce mais s en remettent, alors que d autres souffrent d un retard de développement (EXT). Lorsque le divorce se passe avant l adolescence, il peut arriver que les effets du divorce ne se manifestent que plus tard, au moment de l adolescence (Hetherington, 1989). Selon Hetherington (1991), dans la période qui suit immédiatement le divorce, les enfants de tous âges, y compris les adolescents, sont affectés par : 7
* l absence du parent ayant quitté le domicile (le père généralement) * le stress lié aux conflits entre les parents * la désorganisation familiale * l appréhension due à l adaptation nécessaire aux nouvelles relations avec les parents Consécutivement à cela, peuvent apparaître : * une perturbation du comportement : notamment de fréquentes manifesta tions d agressivité * un bouleversement émotionnel * un sentiment de colère, de ressentiment * de l anxiété * de la dépression * de la culpabilité L impact des relations familiales complexes On connaît peu l impact de ces relations sur le fonctionnement de la famille, mais on sait que les principales difficultés se situent au niveau de la gestion des rivalités, de l établissement de relations de confiance, ainsi que de la maîtrise de l attraction sexuelle (EXT). Une étude a montré que les adolescents ne sont qu occasionnellement intégrés dans les réseaux familiaux ou sociaux des belles-familles (Furstenberg, 1990). Mais aucune étude n éclaire les effets de ces liens au cours de l adolescence ou plus tard (EXT). A plus long terme, il semble qu on puisse observer certains effets du divorce et de la reconstitution de familles sur les comportements face au mariage et à la grossesse. La violence à l égard des enfants Définition Une constante apparaît dans les différentes manières de circonscrire la notion de violence, et plus précisément la violence envers les enfants et les adolescents: la nécessité de tenir compte de toutes ses formes, y compris la violence psychique. Voici quelques exemples de définition: «Doivent être considérés comme de la violence tous les actes ou omissions qui mettent en danger la vie d un individu, son intégrité physique ou psychique, sa liberté ou son développement personnel.» (Recommandation du Conseil des ministres des Etats membres du Conseil de l Europe, 1985 ) (EXT). «Le concept de maltraitance envers les enfants évoque encore, la plupart du temps, à la conscience du public et des professionnels, l image d enfants gravement blessés physiquement. Cette représentation erronée des phénomènes de maltraitance ne tient pas compte de leur complexité. 8
La maltraitance se définit par rapport à ses effets destructeurs sur la santé et inhibiteurs des potentialités de développement physique, psychique et social des mineurs. Elle s exerce par les soins inadéquats, les carences d apports, les agressions envers enfants qui portent atteinte à leur santé et entravent leur développement somatique, psychique et social.» Enfance maltraitée en Suisse, rapport présenté par le Groupe de travail Enfance maltraitée, Berne, juin 1992 Selon Jean-Pierre Pourtois (1995), la maltraitance pose la question du sens et de l orientation de l éducation qui s opère dans et par la famille ; la maltraitance s avère être en effet révélatrice d un processus éducatif particulier, alors que le plus souvent elle est réduite à ses dimensions observables de violence physique incontrôlée vis-à-vis de l enfant. Dans la définition de la violence, il importe de tenir compte également des sévices psychiques afin que l enfant soit considéré dans sa «totalité d être» : «(...) une définition opérationnelle de la maltraitance doit nécessairement intégrer les trois dimensions majeures que sont les sévices physiques, les sévices psychiques et la maltraitance.» Pourtois propose ainsi d élargir l acception du terme de maltraitance à «toute forme de comportement parental mettant en péril un besoin fondamental de l enfant». (p.18) Ampleur du phénomène Si l on essaie de mesurer l ampleur du problème de la maltraitance, on se heurte au fait que dans la réalité, le concept de mauvais traitement est pris dans son sens le plus étroit: seuls les cas les plus graves aboutissent en justice. Les statistiques ne montrent ainsi que la pointe de l iceberg. On considère que seulement 5 % des cas de violence à l encontre des enfants et adolescents sont reconnus et jugés comme tels (Perrez & Moggi, 1993). De plus, seul un sur cinq cas annoncés aboutit en jugement, ce qui mène alors au chiffre de 40 000 à 45 000 cas d abus par an en Suisse. Ce chiffre a été avancé en 1986 par l agence de presse des enfants «kinag» (Kindernachrichtenagentur). On appelle processus de «filtrage» (EXT) ces sélections qui interviennent entre l annonce, la plainte et le jugement. Des statistiques issues d autres sources viennent corroborer ces estimations. En effet, l ampleur du phénomène s observe également dans les données recueillies auprès d institutions médicales et sociales. De nombreux cas sont découverts dans ces services, sans qu ils n apparaissent pour autant dans les statistiques criminelles. Par exemple, au Service universitaire de psychiatrie de l enfant et de l adolescent à Lausanne, il s est avéré que 190 patients sur 369 reçus en 1989 avaient subi des mauvais traitements infantiles, ce qui représente 51 % des cas. A la clinique médicale et chirurgicale de l Hôpital de l Ile à Berne, 63 % des 355 enfants traités entre 1974 et 1989 avaient subi des mauvais traitements, et 37% en étaient fortement menacés. D autre part, le groupe interdisciplinaire de ce même service a mis en évidence une forte augmentation des cas de maltraitance suite au travail d information du public ainsi que des efforts de supervision et de formation continue (Perrez & Moggi, 1993, p. 116). En ce qui concerne la violence sexuelle, une enquête réalisée par l Institut de médecine sociale et préventive de l Université de Lausanne (Michaud, 1994) pour le compte de l Office de la Santé Publique auprès de 10 000 adolescents en Suisse, a émis les données suivantes: 9
la violence sexuelle touche actuellement en Suisse 18% des filles et 4% des garçons 82 % des mauvais traitements ont lieu à l intérieur de la famille au sens large. Mauvais traitements et âge La maltraitance ne concerne pas que les petits enfants. Selon une étude prospective en Suisse (1989-90), 23,6 % des cas annoncés entre le 1.4.1989 et le 31.3.1990, (soit une période d un an) concernaient des jeunes âgés de 12 à 16 ans. Bien sûr, ces chiffres présentent certainement une distorsion différente selon les catégories d âge puisque la violence est plus difficile à débusquer avant l école que chez les enfants d âge scolaire. Les traces de violence peuvent en effet apparaître lors de la visite chez le médecin scolaire, à la piscine...etc. L entrée à l école représente par ailleurs une occasion pour l enfant de découvrir un autre mode de fonctionnement social, d autres valeurs, et en cela offre un point de comparaison avec ce qu il vit à la maison. Il aura également la possibilité de nouer une relation privilégiée, une relation de confiance avec une personne extérieure à la famille, son enseignant(e), à qui il pourra éventuellement se confier. Fréquence selon le sexe de l enfant Globalement, les victimes de mauvais traitements sont plus souvent des filles. Mais cette différence est principalement due aux violences à caractère sexuel qui touchent de manière nettement différente les filles que les garçons. Quant aux mauvais traitements non sexuels (physiques et/ou psychiques), ils atteignent plutôt les garçons. filles garçons violence en général 55,5 % 44,5 % violence sexuelle 78,2 % 21,8 % violence physique/psychique 45,8 % 54,2 % Typologie des mauvais traitements Le rapport Enfance maltraitée en Suisse (1992) distingue, à des fins didactiques, différents types de mauvais traitements: * les négligences * les mauvais traitements psychologiques (chantages, punitions, menaces, enfermement, etc...) * la maltraitance physique (coups à main nues ou avec objet, sévices, brûlures, etc...) * l abus sexuel Dans la réalité, ces diverses formes de maltraitance apparaissent souvent conjointement. En effet, dans les milieux dans lesquels la violence domine, celle-ci se manifeste généralement sous diverses formes. Il reste cependant que la violence sexuelle correspond à une problématique différente de celle des négligences et de la violence physique et psychique, notamment en regard de sa complexité et de l extrême gravité de ses conséquences. 10
La description de ces types de violence est tirée du rapport précité. Les négligences Cette forme de maltraitance touche des jeunes de tous les âges et débute généralement très tôt dans l enfance. Elle se manifeste sous la forme de carences, que ce soit au niveau alimentaire, relationnel ou par une hygiène défectueuse. Il s agit de la forme de mauvais traitements la plus répandue. Elle est souvent la résultante des conditions de vie des parents qui, débordés par leurs propres problèmes, sont incapables d engager une relation harmonieuse avec leur(s) enfant(s). Ces derniers sont perçus alors comme une charge. Un diagnostic précoce ainsi qu un traitement approprié sont rarement faits à temps; les négligences conduisent alors souvent à des arriérations mentales à divers degrés, des difficultés d apprentissage scolaire, des perturbations de l attention ou de la concentration, ainsi que des troubles du langage. Une prévention efficace nécessite la détection précoce des contextes à risque et un suivi dès le plus jeune âge de ces enfants. Les mauvais traitements psychologiques Ce type de mauvais traitements peut se manifester autant dans des contextes institutionnels, nourriciers et scolaires que familiaux. Ils apparaissent sous différentes formes: * lorsqu un enfant ou un adolescent est pris comme bouc émissaire par un adulte qui l a pris en grippe, le menace, le critique, l isole ou le punit de manière inadéquate (Garbarino, Guttmann & Seeley, 1986). Ces agressions ont des effets destructeurs sur l estime de soi des jeunes qui en sont victimes. * des systèmes éducatifs trop rigides: le jeune n a pas droit à son individualité, ses sentiments, ses idées ou ses projets. Les effets peuvent consister en de sévères troubles d individuation dont les symptômes éclatent souvent à l adolescence: troubles du comportement, déficits du rendement scolaire, tentatives de suicides, psychoses, troubles psychosomatiques (dont anorexie et obésité), toxicomanies. * une inversion des rôles: il arrive que des parents immatures cherchent soutien et réconfort auprès de leur(s) enfant(s). De telles situations, qui souvent apparaissent sur fond d alcoolisme ou de dépression, s avèrent ingérables pour les enfants. * un autre cas de maltraitance est celui où un jeune est pris dans les turbulences du déchirement entre ses parents et où chacun des deux essaie de l attirer dans son camp. L enfant assiste parfois à des scène de violence, cela occupe constamment sa pensée et ses sentiments, le laissant dans l angoisse qu il arrive un accident. La maltraitance physique Il arrive que des adultes ne se maîtrisent plus et se déchargent sur leurs enfants de tensions accumulées. Sur le moment, ils ne voient plus en ces derniers des êtres humains, et sont affolés de constater le résultat de leurs actes lorsqu ils reviennent à eux. Les effets des mauvais traitements physiques sont de gravités diverses, allant parfois jusqu à la mort: troubles neurologiques, sensoriels, arriérations mentales, lésions plus ou moins réversibles de différents organes. Les mauvais traitements sont souvent accompagnés d effets psychiques. 11
Une forme extrême de la violence intrafamiliale se manifeste dans les drames familiaux. En Suisse en 1993, 62 personnes ont perdu la vie suite à des drames familiaux, dont 11 enfants, 28 femmes et 23 hommes. En ce qui concerne plus spécifiquement les adolescents, l administration de médicaments (sédatifs, antalgiques et analeptiques) par les parents dans le cadre de stress scolaire notamment, constitue une forme de maltraitance non négligeable si l on considère le risque de dépendance qu elle implique. Dans les familles où les enfants sont victimes de violences physiques, celle-ci règne également entre les adultes. Notons encore que l alcoolisme joue un rôle important dans le déclenchement des crises de violence envers les jeunes. L abus sexuel «L abus sexuel d enfants et d adolescent-e-s par des adultes ou des jeunes plus âgés est un acte d ordre sexuel commis par un adulte sur un enfant qui, compte tenu de son développement émotionnel et intellectuel, n est pas en mesure de consentir librement et en connaissance de cause à cet acte. L adulte profite du rapport de force inégal entre luimême et l enfant (adolescent-e-s) pour convaincre, voire forcer, l enfant de coopérer. Il le fait essentiellement en obligeant l enfant à tenir cet acte secret, le condamnant par conséquent au silence, à l impuissance et à l impossibilité de se défendre.» (Sgroi, 1982). Ces abus sont dans 80% des cas commis par un membre de la famille. Ils sont toujours accompagnés de mauvais traitements psychologiques et souvent de violence physique. Les formes d abus sexuels sont diverses: elles comprennent l exhibitionnisme et le voyeurisme, les attouchements, les demandes de masturbation ou de caresses aux enfants, des actes de pénétration anaux, oraux, vaginaux, et s exercent aussi à travers la pornographie, l induction à la prostitution, la prostitution masculine et féminine. Quant aux limites de l abus sexuel, elles doivent être claires pour les personnes responsables de la protection des enfants et des adolescents, même si elles ne le sont souvent pas pour les victimes. Pour celles-ci en effet, il n est pas toujours possible de percevoir la différence entre une marque d affection et un attouchement sexuel, surtout au début de la relation. Il faut cependant considérer qu il y a violence sexuelle dès le moment où l adulte essaie d assouvir un désir sexuel en utilisant le corps d un enfant ou d un adolescent, que ce dernier soit consentant ou non (ISPA, 1993). Dans l abus sexuel, il y a la notion de pouvoir, d abus de pouvoir. Si c est ce sens extensif qui est de plus en plus utilisé actuellement dans les milieux de la prévention, les tribunaux donnent encore au terme d abus sexuel un sens très étroit. De là notamment le nombre restreint de condamnations et la légèreté des peines infligées pour abus sexuel sur des enfants ou des adolescents. Ce qui compte pourtant, c est la perception qu a eue l enfant ou l adolescent de cet acte. La relation incestueuse est considérée comme la forme la plus grave d abus sexuel. Pour les personnes qui s occupent de la protection des victimes d abus, «l inceste sera donc tout abus sexuel commis par une personne qui, psychologiquement et effectivement, fait figure de parent auprès de l enfant» (Foucault, 1990, p.23). Il n en va pas de même dans le domaine du droit pénal qui considère qu il y a inceste uniquement lorsqu un lien san- 12
guin unit la victime à l abuseur. L adolescent dans sa famille La violence sexuelle intrafamiliale doit être traitée séparément des autres violences familiales parce qu elle se déroule généralement selon un scénario différent des autres cas de violence. Elle se manifeste très rarement comme une explosion, mais se prépare lentement, et dure souvent depuis l enfance. En famille en effet, la violence sexuelle ne s exerce pas par un viol ou un harcèlement sexuel comme dans la rue, mais se greffe sur une relation affectueuse, que l enfant apprécie car il aime sentir qu on l aime. Cette relation évolue progressivement, rendant difficile pour la future victime de percevoir des signes évidents que le père ou le grand frère a d autres visées que la tendresse. Elle se développe dans l équivoque (Foucault, 1990), où l enfant puis l adolescent(e) est souvent amené(e) à consoler le parent. Il sera d autant plus difficile de s opposer qu apparaît le risque de perdre la sécurité de la relation avec son père. La dénonciation s avère très difficile: cette violence est en effet couverte par du chantage, ou l imposition d un secret. De plus il y a culpabilisation puisque la dénonciation créera du tort à son propre père, à la famille toute entière. Il faut comprendre aussi que l abusé est très souvent dans l incapacité d évaluer la situation dans laquelle il se trouve, ceci en raison de l effet de la relation incestueuse (surtout si elle a débuté tôt dans l enfance) sur son système de valeurs. Très souvent, la violence sexuelle familiale évolue si lentement qu il est difficile de penser que la mère ne s est rendue compte de rien. Selon Foucault (1990), 85% des cas d inceste durent. Il existe bien souvent une complicité familiale, la mère hésitant à briser son ménage, ou résistant difficilement à l emprise de son mari. Le rôle de la mère est donc ambigu, mais pourtant central. Car si l enfant sent qu il peut compter sur le soutien de sa mère, il parlera plus facilement. Mais dans les dictatures familiales, il y a souvent rejet de l enfant par la mère. Ainsi, «ne pas sanctionner, même de façon symbolique, une mère rejetante vis-à-vis de son enfant complice de l abuseur nuit gravement à la protection de tous ses enfants, et compromet toute prise en charge éducative et thérapeutique» (Gruyer, Fadier-Nisse & Sabourin, 1991) Facteurs de risque de la violence familiale La violence physique et psychique * Le milieu familial dont sont issus les parents: il est la cause majeure des problèmes de violence familiale, notamment en raison du phénomène de reproduction des comportements violents subis. Le milieu familial des parents pèse encore d autres manières sur la violence familiale; le parent violent rapporte en effet bien davantage que les autres des difficultés relationnelles avec ses propres parents. On observe aussi souvent chez lui des difficultés à se détacher de sa famille d origine, dans laquelle il était l enfant. * L immaturité parentale: il s agit d une mauvaise préparation à endosser le rôle de parent. La maltraitance s observe en effet souvent chez des parents qui ont été précipités dans ce nouveau rôle sans avoir pu s y préparer suffisamment longuement (Boszormenyi-Nagy & Park, 1973). Il peut s agir aussi d une mauvaise préparation à accepter l enfant, d autant plus qu on observe un écart important entre les attentes des parents à l endroit des enfants et le comportement de l enfant. Les 13
enfants qui courent par conséquent le plus de risques de devenir des enfants maltraités physiquement et psychiquement sont ceux qui ne donnent pas satisfaction à leurs parents, par exemple les enfants souffrant d un handicap. * Un sentiment de toute-puissance à l endroit de l enfant: s estimant les avoir créés, les parents maltraitants ont souvent un sentiment de pouvoir excessif sur leur(s) enfants. * Les circonstances actuelles de la vie de la famille: le risque de maltraitance est aussi influencé par ce que les parents vivent en termes de problèmes ou de stress. On observe une fréquence plus élevée de maltraitance lorsque les parents euxmêmes traversent des phases critiques de la vie, auxquelles l enfant battu est souvent étranger (chômage par exemple). La violence sexuelle * Le milieu familial dont sont issus les parents, particulièrement si ceux-ci ont euxmême été victimes de violences sexuelles intrafamiliale : le risque de reproduction (VID) de comportements subis dans la jeunesse est très important. Gelles (1985) estime en effet qu un enfant victime d abus sexuel court 1000 fois plus de risques qu un enfant non violenté de devenir un adulte violent. Pour comprendre le phénomène de reproduction de l abus sexuel (VID), il est important de tenir compte d une part de la signification de cet acte pour l abusé devenu abuseur, et d autre part de ce que représente pour lui sa victime (VID). * L isolement social: on constate que l abus survient plus fréquemment dans les familles qui vivent repliées sur elles-mêmes, ainsi que souvent dans des familles qui prônent les vertus de la cohésion familiale * La désorganisation familiale * Une mésentente sexuelle entre les parents * Une structure autoritaire marquée ainsi qu une répartition stricte des rôles par sexe * Un climat moral sévère et des normes sexuelles rigides Conséquences de la violence chez l enfant ou l adolescent Les mauvais traitements en général * Augmentation sensible du risque de difficultés scolaires, avec absentéisme * Augmentation sensible du risque de délinquance chez les enfants maltraités * Augmentation sensible du risque de reproduction Par exemple, une enquête récente faite sur 51 détenus condamnés à plus de 3 ans (Bois- Mermet) montre que : * 46 d entre eux décrivent des vécus infantiles de mauvais traitements, dont 21 de sévérité moyenne à extrême * 40 décrivent des carences chroniques d apports affectifs et éducatifs * 26 décrivent des mauvais traitements psychologiques, des régimes éducatifs pathologiques. Selon Farber (1984), 78 % des adolescents fugueurs déclarent des sévices de la part de leur parent dans l année qui précède la fugue. 14
Les conséquences en cas de négligence sont à peu près les mêmes qu en cas de mauvais traitements à caractère psychique ou physique. Les mauvais traitements physiques Conséquences immédiates * blessures, contusions, hématomes, brûlures de surface * blessures, atteintes internes (squelette, organes génitaux, bouche, cerveau, yeux) * augmentation de l anxiété, de l inhibition et de la passivité * décès Conséquences à plus long terme * troubles de la croissance et du développement * perturbation du sentiment d estime de soi et de la capacité relationnelle (méfiance excessive ou au contraire, confiance excessive à l égard de personnes étrangères). Les mauvais traitements psychiques * troubles de la croissance et du développement * troubles du comportement social * troubles du développement cognitif (langage par exemple) * perturbation du sentiment de sa valeur propre * augmentation de l anxiété, de l agressivité ou de la tendance à la dépression Les mauvais traitements sexuels Les effets de ce type de maltraitance sont très graves: pour le Dr Vanotti, il n y a pas de petits abus (VID). Selon Foucault (1990), cette gravité dépend des facteurs suivants: * la relation: plus l enfant aura appris à investir dans le contexte où la relation de pouvoir s inscrit, et plus ce contexte lui est nécessaire pour assurer sa sécurité et son développement, plus l abus se révélera nocif. * l âge et le degré de maturité: moins l enfant dispose de points de référence pour évaluer le geste dont il est l objet, moins il est en mesure de le relativiser et pires sont les conséquences. Dans ce sens, on fait la différence entre l inceste prépubère et l incest postpubère. * le contexte: une relation qui dure aura des conséquences plus graves qu une situation ponctuelle, et une relation qui s inscrit dans un contexte de séduction ou d affection sera également plus nocive. * la signification du lien installé entre l abuseur et sa victime: les conséquences seront plus graves si ce geste a une portée sociopsychologique que s il s agit d un geste physique uniquement. 15
Selon Gruyer, Fadier-Nisse & Sabourin (1991), il existe aussi des facteurs indubitablement aggravants, dont * le désavoeu du traumatisme par la mère * l absence de preuve matérielle de l abus * l absence de traitement judiciaire * une relation avec pénétration * la répétition de l abus (VID) Conséquences à court et moyen terme * symptomatique intériorisée, sous forme de dépression, anxiété, ongles rongés, comportement de retrait, troubles de la nutrition et du sommeil, échec scolaire * symptomatique extériorisée, sous forme de comportements extravertis, tels qu agressions, délinquance, fugues, et comportements sexuels déviants, tels qu exhibitionnisme (Salter, 1988). Conséquences à long terme L étude de Browne & Finkelhor (1986) sur des femmes ayant été victimes de tels traitements durant l enfance a décelé les conséquences suivantes: * troubles de l alimentation et comportements autodestructeurs (VID) * refus de son propre corps, dévalorisation de soi (AUD) * troubles du sommeil * problèmes d ordre sexuel (fréquents changements de partenaires, sexualité inassouvie) * troubles émotionnels (tels que dépression, anxiété, sentiment d isolement, sentiment d infériorité) * troubles dissociatifs (personnalités multiples, dépersonnalisation, pertes de mémoire d origine psychique) * troubles relationnels (sentiment d inimitié envers les parents, craintes des hommes ou hostilité envers eux, incapacité à faire confiance) * problèmes sociaux (tels que prostitution, abus de drogues, d alcool ou de médicaments, toxico-dépendances) * sentiment de dépendance, d incompétence, d absence de contrôle (Moggi & Clémençon, 1991). L intervention en cas d abus sexuel Malgré les grands progrès faits ces dernières années dans la réflexion et la prévention (EXT) relative au domaine de l abus sexuel, il n en reste pas moins que dans la pratique, l intervention est très difficile. La signalisation est insuffisante malgré qu elle est prescrite par la loi (EXT), les décisions prises sont souvent inappropriées, la coordination entre les différentes instances concernées (principalement la police, les services de protection de la jeunesse, le domaine médical) n est pas encore satisfaisante, et le suivi précaire. 16
Le repérage des situations d abus L adolescent dans sa famille Des indices ou des signes permettent de pressentir une situation anormale. Ces symptômes n impliquent pas l existence d un abus sexuel en eux-mêmes, mais si plusieurs d entre eux apparaissent et persistent, on peut poser l hypothèse d un abus. L intensité des manifestations symptomatiques est directement liée à la gravité des mauvais traitements sexuels (Draijer, 1990). Il est important cependant de considérer le tableau d ensemble, de ne pas conclure trop rapidement. 1. un changement important inexplicable: à l école par exemple (baisse de l attention et de la concentration) 2. l isolement, l éloignement des amis et des adultes: le jeune semble vivre dans une atmosphère de peur, de menace 3. la fugue: surtout avant la puberté 4. l agressivité flottante: sautes d humeur soudaines et imprévisibles 5. un sentiment de culpabilité ou de dévalorisation 6. cette ambivalence entre agressivité et culpabilité devient oscillation constante: le jeune, incapable de se situer, ne sait plus comment réagir 7. l ambivalence se généralise: la «loi du tout ou rien»: le jeune semble incapable de nuance: «le jeune abusé paraît souvent inconscient de la gravité de ses gestes ou au contraire, il est facilement dévalorisé par des gestes bénins posés à son endroit» (Foucault, 1990, p. 50) 8. un comportement sexuel anormal: il s agit là d un indice capital, qui n est cependant pas toujours facile à déceler. Le comportement sexuel de l adolescent devient l indice d une situation d abus lorsqu il s écarte des normes qui ont cours parmi les adolescents, ou lorsque l exercice de la sexualité devient un moyen habituel d interaction et lorsque cette attitude se généralise face aux adultes 9. l autoagression: celle-ci peut prendre des formes diverses: polytoxicomanies, automutilation, accidents répétés et tentatives de suicide. Un jeune n adopte pas des attitudes autodestructrices graves sans motif proportionné 10. la maturité surfaite: cet indice apparaît comme le plus important, mais en même temps, il impressionne souvent l adultequi trouve le jeune raisonnable et responsable. 11. les verbalisations du jeune: à ce stade, l adulte qui a la confiance du jeune doit considérer l abus comme un fait et non plus comme une hypothèse. L enfant ou l adolescent qui fait part à un adulte de gestes abusifs dont il serait l objet doit être cru. Il est essentiel qu il sente qu on l écoute, qu il est pris au sérieux.(foucault, 1990). Le signalement Plusieurs recherches ont mis en évidence l existence de résistances au signalement (EXT) chez les personnes ayant des soupçons ou ayant connaissance de situations de maltraitance : «Les professionnels devraient savoir que, quel que soient leurs propres convictions et leur connaissance intellectuelle du phénomène de maltraitance, ils seront confrontés au cours de leur action au degré de prise de conscience du groupe social dont ils font partie et à leurs propres résistances inconscientes, facteurs de frein au dépistage et au signalement.»(dardel, Eperon, Fankhauser & Guidoux, p. 22). 17
Signaler ne signifie pas attendre d être sûr qu il y ait maltraitance assez grave pour dénoncer au juge, à la police ou au Service de protection de la jeunesse, mais c est alerter le réseau proche (autres professionnels, hiérarchie scolaire) afin de: * laisser une trace qui pourra compléter d autres soupçons passés ou futurs * ne jamais rester seul avec une suspicion, mais utiliser la ressource d une réflexion à plusieurs, * mobiliser les compétences du réseau en matière de maltraitance * permettre une évaluation rapide du contexte et de la gravité de la situation * prendre la décision, concertée, de traiter le cas dans le cadre du réseau ou de le signaler à un réseau plus compétent * définir qui va faire quoi et comment pour une prise en charge optimale. Le signalement n est donc pas synonyme d intervention judiciaire et de placement ; il doit être compris comme une aide offerte au groupe familial tout entier (Dardel, Eperon, Fankhauser & Guidoux). Les 3 objectifs de l intervention Mettre fin à l abus A un signalement ou une dénonciation fait toujours suite une phase de mise à l abri de l enfant ou l adolescent(e), quel que soit la ligne d intervention choisie. Selon la situation, il peut s agir de mesures de protection de la victime, de séparation ou d incarcération de l abuseur. Quand la victime est un(e) adolescent(e), l intervention devient plus délicate, car elle doit pouvoir compter sur l adhésion de la victime. Il arrive que l adolescent(e) qui subit l abus depuis très longtemps refuse de coopérer. L effort qu il/elle doit fournir pour dénoncer son abuseur est extrêmement important, et il est essentiel qu il/elle puisse disposer d un soutien solide. Prévenir la récidive Un travail psychologique avec l abuseur est nécessaire. Il est important de parvenir à un dépassement de la phase de minimisation de la part de l abuseur et l amener à reconnaître les faits et à ne pas les diminuer par des «Je ne sais pas ce qui m a pris, j étais comme fou», etc...(barudy, 1989). Il s agira également de resituer qui est la victime. La reconnaissance des faits n étant pas une garantie de non reproduction, l acceptation de l acte par l abuseur est indispensable. Il faudra finalement obtenir des signes évidents de changement à différents niveaux chez l abuseur tels que: * un réaménagement de sa vie sexuelle * une modification de la façon dont il considère son enfant * un changement de sa vision du rôle de père * un changement de sa représentation de la notion de pouvoir lié au statut de père 18
Aider à résorber les conséquences L adolescent dans sa famille Un travail psychologique avec l abusé(e) est indispensable, dans le but notamment de lui apprendre à dire non. Mais peut-on en guérir? (VID) A Fribourg, où s adresser? A Fribourg, l institution de référence en matière de protection de la jeunesse (EXT) est l Office Cantonal des Mineurs (EXT). Le 1er janvier 1993 est entrée en vigueur la Loi fédérale sur l aide aux victime d infractions (LAVI) (EXT). Cette loi a institué des centres de consultations cantonaux (EXT) destinés à apporter conseil et assistance aux victimes d infractions. A Fribourg, la LAVI est à l origine de la création de plusieurs centres spécialisés; celui qui concerne les enfants et adolescents dépend de l OCM. Enfin, un groupe interprofessionnel (EXT) s est constitué, avec pour objectif d opérer un rapprochement entre les différentes instances concernées par la problématique des abus sexuels. Cours du Professeur Gurtner Psychologie pédagogique : L adolescent Université de Fribourg (Suisse) 19