13a. L'Afrique, les défis du développement. 1 ère partie : Le continent africain face au développement et à la mondialisation. pp. 266-279 «L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. [ ] Le problème de l'afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. [ ] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès.» Discours du président français en 2007 à l'université de Dakar. Il y a une vision néocoloniale de l'afrique, héritée de la vision que les Européens ont véhiculé durant toute la période coloniale : des sociétés "froides", sans histoire car sans écrit ni formes politiques et sociales modernes. Comme une enfance de l'humanité (voir l'appellation du Musée du Quai Branly ouvert à Paris pour accueillir en particulier les arts africains, "Musée des arts premiers"), dans une vision purement paternaliste mais aussi fataliste de l'afrique qui cache les réels enjeux de ce continent. Comme pour les autres continents, nous allons voir comment l'afrique se débrouille avec les rapports de force nés de la mondialisation actuelle, comment explosion démographique, croissance économique et développement se conjuguent. Ce qui permettra de voir que, loin d'être dans une situation immuable, les sociétés et les territoires d'afrique connaissent au contraire une forte évolution actuelle. Surtout si l'on abandonne l'échelle continentale pour descendre au cadre régional. L'Afrique australe et celle du Nord ont des caractéristiques et un développement éloignés de ceux de l'afrique noire subsaharienne. Cela étant, nous verrons que l'afrique cumule aujourd'hui tous les handicaps du sousdéveloppement et doit gérer les séquelles politiques de la colonisation. Elle compte le + grand nombre de PMA, l'espérance de vie la + basse, le + grand nombre de conflits civils ou non, le + grand nombre de crises alimentaires et de programmes humanitaires. Etc. Il va s'agir d'expliquer pourquoi et comment ces situations ne sont pas dues à une essence africaine mais un produit de l'histoire et des rapports de force actuels. 1. Les défis du développement. a. La forte croissance démographique : - en 2050, 25% de la pop. mondiale seront africains, alors qu'aujourd'hui que 15% ; Nigeria, géant africain, sera 3 ème pop. mondiale (avec + de 400 M contre 160 aujourd'hui) derrière Inde et Chine ; autres pays peuplés : Ethiopie et Egypte (86 M), Congo 70 M et Afrique S 71 M ; - continent en pleine transition démographique : voir schémas p. 269 à commenter ; fécondité 4,7 pour le continent (1,6 en Europe), mais 7 au Niger 2,1 en Tunisie ; car fortes variations régionales : Afr. Nord et australe en fin de transition, Afrique subsaharienne en pleine transition; - jeunesse générale : + 40% des Africains ont - de 15 ans ; d'où insuffisance de la scolarisation et de la formation devant cette marée : seuls 78% des garçons et 74% des filles sont scolarisés dans le 1 aire ; b. Une urbanisation mal maîtrisée : - croissance récente de l urbanisation : 40% d'urbains alors que à peine 15% au moment des indépendances ;
essentiel de l'armature urbaine est d'origine coloniale (avec bien sûr des exceptions comme Tombouctou ou Fez) ; mais là aussi grandes variations régionales : en Ethiopie 16,5 % et Soudan 26 % mais Afr. S +60 % ; essentiel de cette croissance vient d'un puissant exode rural car vie en villes + facile que dans les campagnes et accès aux technologies de la modernité ; - désormais Afrique compte des mégapoles multimillionnaires ; Le Caire (Egypte) 17 M Ibadan (Nigéria) 3,5 M Lagos (Nigeria) 10 M Durban (Afrique Sud) 3,4 M Kinshasa (Congo) 9 M Johannesburg (Afrique Sud) 3,2 M Abidjan (Côte d'ivoire) 4,5 M Casablanca (Maroc) 3,2 M Alexandrie (Egypte) 4 M Khartoum (Soudan) 3 M centres villes anciens (médina des pays du Maghreb par ex) avec quartiers européens de type colonial et ville indigène ; forte ségrégation spatiale dans les pays d'apartheid ; - gestion difficile des métropoles aux infrastructures déficientes : manque de chaussées goudronnées, réseaux électriques, égouts et alimentation en eau très déficientes ; étalement urbain et développement des bidonvilles : en moyenne 40% de l'espace urbain et 70 % de la population urbaine sont illégaux en moyenne ; ville gangrenée aussi par l'économie informelle (la "débrouille") ; c. La pauvreté et tous les stigmates du sous-développement : - faiblesse des niveaux de vie : près d'1/3 de la pop africaine a 1$/jour ; - crises alimentaires persistent : en 2012, sécheresse persistante menace 10 M de personnes dans la Corne de l'afr et 18 M de Sahéliens, pluies à la fin de l'année détendent un peu la situation mais près de 230.000 enfants meurent de malnutrition chaque année dans la région ; - états sanitaires critiques : problème des maladies infectieuses ou des parasitoses comme le paludisme ; d'où espérance de vie faible : en moyenne 55 ans ; après progrès des années 50 fort recul avec l'épidémie de Sida, en particulier en Afr australe ; - continent des migrations externes comme internes : voir carte 3 p. 265 ; chômage élevé, fort brain drain qui prive ces pays de leurs élites vers UE et EU + Afr. S ; mais aussi misère et guerres provoquent des déplacements de population : carte 2 p. 266 d. La déficience des infrastructures, défi actuel : - réseaux de transports intermittents et mal entretenus ; route, mode de transport dominant, seul moyen d accès aux zones rurales et pourtant faible densité routière(7 km pour 100 km² par rapport à 12 km en Amérique latine et 18 km en Asie) d'où usure accélérée des routes ; réseau ferroviaire africain indigent, très peu interconnecté et hétérogène(écartements des voies différents),une quinzaine de pays sans voie ferrée, mauvais entretien des infrastructures ; mêmes déficiences des infrastructures aéroportuaires et portuaires ; - réseaux de communication palliation du manque de réseaux classiques par téléphonie mobile, récent progrès pour désenclaver régions rurales éloignées, mais marché aux mains des opérateurs internationaux (France Telecom et son projet de câble sous-marin vers Afr S) ; écart du câblage numérique mondial, seuls quelques pays ont un réseau conséquent (carte 2 p. 277) ; réseaux devenus acteurs essentiels des migrations (échanges avec diasporas), des marchés et des transferts financiers et des mouvements politiques ; - en politique, infrastructures étatiques déficientes : une forme étatique imposée par anciennes métropoles sans toujours tenir compte des réalités locales, en particulier tribales ; allégeance tribale continue de primer sur citoyenneté ; multiplication des coups d'etat militaires au détriment des structures démocratiques, corruption généralisée ;
voir crise actuelle au Mali (rôle déstabilisateur de l'armée elle-même), mais surtout dans la Corne de l'afrique : carte 6 p. 270, accumulation d'une crise climatique et d'un effondrement politique et militaire transforme cette région en zone de non droit ; 2. Un continent pris dans la tourmente de la mondialisation. Afrique en marge de la mondialisation? Expression prête à confusion car a toujours été intégrée aux circuits économiques et aux enjeux de puissance de l'europe ; le pillage de ses richesses s'est étendu du XVI au XVII siècles avec la traite négrière qui l'a vidée d'une partie de ses populations (voir la Côte des esclaves) et de ses richesses naturelles exploitées dans les colonies de plantation et d'exploitation (voir carte 1, p. 268). a. Un décollage économique récent : croissance ou développement? - séquelles de la colonisation : après années 60 et indépendances, problèmes économiques arrivent rapidement, modernisation entraîne endettement (en + de la corruption) ; FMI imposent à ces pays des plans d'ajustement qui ruinent les pop et affaiblissent encore + les Etats en imposant règles du libéralisme ; d'où le regain de corruption, trafics illégaux voire criminels ;
grande difficulté pour les anciennes colonies à s'émanciper vraiment du pouvoir économique de leur ancienne métropole ; - tentatives d'organisations régionales pour dépasser les problèmes : mais à bien y regarder ces regroupements sont encore largement inspirés des anciens empires coloniaux : voir les unions monétaires d'afr occ et centrale du côté français, ou encore l'union du Maghreb ; voir le Marché commun d'afr australe du côté britannique ; surtout, ces organisations semblent impuissantes à régler les problèmes continentaux, comme l'organisation de l'unité Africaine depuis 63, voir aussi actuellement la très grande difficulté des pays de la CEDEAO face aux événements du Mali ; - cela étant, tout le continent n'est pas au même point de développement (carte 1 p. 266): Maghreb et Afrique australe en voie de développement (pays ateliers comme le Maroc, pays rentiers comme l'algérie ou la Lybie, pays émergents comme l'afr S), avec quelques autres (Kenya et Gabon et Congo, pays rentiers là aussi) ; voir aussi ambition du Nigeria (150M d'habitants) de concurrencer Afr S comme puissance régionale ; à côté de ces succès relatifs, pays subsahariens et corne de l'afrique les + démunis au niveau mondial ; accumulation de tous les handicaps et de tous les drames : guerres, famines, épidémies, sous-équipement ; mais envolée actuelle des cours des matières 1 ères est bénéfique pour la croissance des économies africaines ; continent "pillé"? b. Regain d'intérêt pour ses richesses naturelles (voir carte 3 p. 267) : - ressources énergétiques et minières : hydrocarbures du Sahara (Algérie, Lybie et sud-soudan) et du Golfe de Guinée (en particulier Angola, Gabon, Cameroun et Nigeria) ; immenses gisements miniers depuis Afrique S jusqu'au Centrafrique) ; en particulier précieuses (or et diamants d'afr S, du Zimbabwe et du Congo) ; autres vastes gisements miniers en Afrique de l'ouest et au Maroc ; matières stratégiques (uranium du Niger) ; - ressources naturelles : nappes phréatiques fossiles du Sahara enjeu d'exploitation pour l'agriculture et les villes (cf. la rivière souterraine artificielle de Libye) ; usage des fleuves (Nil, barrage d'assouan) et des grands lacs (Tanganyika et Victoria, pêches) ; terres agricoles fortement convoitées en particulier par pays asiatiques ; forêts équatoriales pillées pour leurs essences rares, en particulier bassin du Congo ; - faune braconnée et mal protégée : ivoires des éléphants en particulier ; parcs nationaux pour attirer tourisme, les safaris photographiques ; principales destinations touristiques : îles de l'océan indien, Afrique australe, Kenya d'une part ; pays méditerranéens d'autre part (Maroc, Tunisie et Egypte) ; - concurrence entre vieilles puissances coloniales et Chine pour s'en emparer : 1 ère région pour achats de terres, environ 5% des terres arables ont été perdues pour les paysans locaux, principaux acheteurs : Inde en Ethiopie, Chine en RDC et Corée à Madagascar ; pays les + touchés : RDC (2e mondial, 8 M ha), Ethiopie (3 e, 5,3 M ha), Soudan (7e) et Madagascar (9e) puissance des FTN, comme AREVA pour uranium ; voir évolution des prix mondiaux ; aujourd'hui, Chine 1 er partenaire commercial et 1 er investisseur en Afrique ; a emporté nombre de marchés de travaux publics et d'infrastructures ; principaux partenaires : 1 Corne de l'afr (Soudan, Ethiopie et Tchad, 2 Afr australe (Mozambique, Zambie et Angola), 3 Bassin du Congo (Congo, Cameroun et Gabon), CEDAO (Nigéria, Niger et Guinée) et Algérie ;
c. Littoralisation des activités : - déficience des transports continentaux : carte des transports montre vides de l'intérieur même sur les grands axes où les pistes succèdent au goudron ; quelques axes ferroviaires dédiés au transport minier ainsi que tubes (voir celui du sud soudan qui traverse nord) ; - ports et aéroports concentrés sur quelques façades maritimes majeures : côte du Maghreb et de l'egypte, golfe de Guinée, Afrique australe ; mais faiblesse général : à peine 2% du trafic commercial mondial en tout ; seule façade en forte progression, l'afr S, mais le 1er port africain est 44ème mondial ; et aussi Tanger Med, hub de l'interface avec l'europe ; pourtant Afrique longée par voie maritime majeur, par Le Cap et surtout par Suez : revenus importants pour Egypte grâce au passage du canal ; 3. La multiplication des situations de crise. a. Inégalités et tensions sociales : - tensions tribales et religieuses :
voir les Kikuyu du Kenya et leur confiscation des postes et des terres qui a entraîné révoltes et persécutions dans la vallée du Rift en 2007 ; tensions permanentes entre noirs et nomades touareg au Sahel ; question religieuse, en particulier au contact des populations musulmanes septentrionales et chrétiennes méridionales (ex du Soudan qui en est arrivé à la partition du pays devant l'impossibilité de cohabiter (adhésion à l'onu du Sud-Soudan en 2011) ; - oubliés ou victimes de la croissance : voir les paysans du delta du Niger contre les compagnies pétrolières ; -"printemps arabes" sur fond de tensions sociales : de la Tunisie à l'egypte, printemps 2012 : misère sociale et chômage, dictatures anciennes, révolte de la jeunesse ; déstabilisation des régions voisines ; encouragement aux mouvements islamistes sahariens et sahéliens ; imposition de la charia par la violence ; - persistance des inégalités et des violences postapartheid en Afr S ; violence sud africaine, ghetto persistants ; grave problème de la dictature anti-blanche de Mobutu au Zimbabwe ;
séquelles des guerres civiles en Angola et Mozambique ; b. Conflits militaires et interventions internationales : - voir cartes des interventions internationales (Corne de l'afrique etc. ) ; exemple intervention militaire actuelle au Mali mais plus généralement rôle persistant des anciennes métropoles : voir les accords de défense entre la France et anciennes colonies (casernes permanentes, encadrement des armées) ; refus par GB de reconnaître Rhodésie et Afrique S dans le Commonwealth durant la période d'apartheid ; persistance de la présence française à Djibouti ; - problèmes de la gouvernance : faiblesse dramatique des Etats ; corruption généralisée, fortunes des dirigeants déposés en Europe ; armése comme succédanée des structures politiques déficientes ; - guerres civiles et sécessions des provinces dans les grands Etats ; exemple actuel de la RDC et de son est minier (Katanga), de la Casamance au Sénégal ou des deltas pétroliers du Golfe de Guinée ; et aussi les fractures entre régions musulmanes et chrétiennes comme au Mali ou au Soudan (d'où la création du Soudan du Sud) ; c. Aggravation des menaces sur l'environnement : - pollutions industrielles liées à l'exploitation des matières 1 ères : voir cas des deltas pétroliers du Golfe de Guinée et la multiplication des fuites des oléoducs ; - gaspillages et pollutions des ressources en particulier en eau : pompage des nappes phréatiques fossiles du Sahara; - aggravation des conditions climatiques avec réchauffement climatique : progression du désert dans le Sahel ;