Association des Fibromyalgiques d'auvergne - AFAu Dossier de la rédaction France Bleu Pays d Auvergne sur le thème "la lutte contre la douleur" Présenté par Dominique MANENT 16 septembre 2003 1ère partie "Docteur, j ai mal". Cette phrase n est jamais banale car il n y pas une mais des douleurs. Les plus simples à gérer sont les douleurs aiguës. Exemple, les suites d une opération, d un accident de la route ou l extraction d une dent. * Claude DUBRE, responsable du Centre de Pharmacologie Clinique de Clermont Ferrand: "La douleur aiguë, c est quelque chose que l on peut qualifier de physiologique, de normale, et quand elle apparaît, on a les moyens aujourd hui de la corriger très efficacement avec les médicaments dont on dispose. Il faut que le corps médical sache bien utiliser les médicaments pour atténuer voir supprimer complètement cette douleur que l on peut voir apparaître à la suite d un traumatisme ou autre." "Plus compliqué, en revanche, les douleurs chroniques installées depuis plus de six mois et qui résistent aux médicaments. Elles peuvent être prises en charge au Centre de La Douleur du CHU qui prend le temps d écouter le patient et d évaluer sa douleur." * Docteur Pascale PICARD, responsable du centre:
"C est du temps que l on prend pour évaluer la douleur, mais c est pas seulement évaluer l intensité de cette douleur mais c est aussi évaluer comment cette douleur retenti sur leur vie familiale, sociale, psychologique, personnelle et cela est très important d évaluer la douleur dans ces domaines là. On s aperçoit que très souvent ces patient, à force d avoir mal, ont perdu leur emploi, sont désocialisés, et ont tous un retentissement psychologique de leur douleur soit sous la forme d une anxiété, soit sous la forme d un syndrome dépressif. Et il va falloir aussi s occuper de ces retentissements." "Le Centre de La Douleur examine les traitements suivis par les malades. Il les réajuste au besoin, modifie les posologies et puis surtout, il propose un accompagnement corporel et spychocorporel". * Docteur Pascale PICARD: "Redonner et essayer de redonner du bien-être à ce corps qui ne connaît que la douleur et cela passe par toutes les techniques de relaxation, ou de physiothérapies, kinésithérapies qui se font dans la douceur en tout les cas pour celles que l on propose au centre de la douleur et quand il y a besoin une prise ne charge plus psychologique, une psychothérapie de soutien et puis de plus en plus un abord social. On a une assistante sociale qui travaille qu centre de la douleur, et qui participe pour beaucoup à l évaluation des ces patients pour les aider à se réinscrire dans un projet soit professionnel, soit social." "Lutter contre la douleur, une tache très délicate, on le voit. Le médecin doit aussi tenir compte du psychisme et de l environnement social de son patient." 2ème partie: interview du Professeur Claude DUBRE "Bonjour, Professeur Claude DUBRE. Vous êtes responsable du Centre de Pharmacologie Clinique de Clermont Ferrand. Vous venez nous parler de lutte contre la douleur puisque la Fondation Recherche Médicale organise cet aprèsmidi à Clermont- Ferrand un grand débat public entre chercheurs et grand public. Alors la douleur, évidement tout le monde connaît un jour ou l autre et tout le monde a le droit de voir sa douleur prise en compte."
"Je crois en effet que c est une des grandes évolutions des ces dernières années sous l impulsion de Bernard Kouchner, en particulier il y a quelques années, avec une prise de conscience du corps médical très forte et des attitudes de la prise en charge de la douleur qui ont fondamentalement changé notamment pour ce qui concerne les douleurs aiguës, c'est-à-dire les douleurs que l on ressent après un traumatisme, après une intervention chirurgicale, qui sont globalement beaucoup mieux soulagées peut-être que tout n est pas parfait mais je crois que l amélioration est quand même très sensible pour les patients." "Pour les douleurs aiguës, il y a une prise en charge qui est relativement simple, pour les douleurs chroniques, en revanche, c est beaucoup plus compliqué." "Pour les douleurs aiguës, je ne dirais pas que c est simple, on peut maîtriser les choses et on ne devrait plus souffrir. Dans la situation des douleurs chroniques, le problème est plus difficile, parce que là on touche un petit peu aux limites des ressources thérapeutiques dont on dispose aujourd hui, et de temps en temps, malheureusement on se trouve encore en échec total ou partiel, au moins avec les médicaments ce qui ne veut pas dire que l on est dépourvu là aussi de moyens thérapeutiques, parce que derrière les médicament, il y a des modalités de prise en charge autres, psychologie, C est un point qui s est beaucoup développé ces dernières années et qui apportent, je crois, des améliorations aux patients notamment ceux qui sont en échec avec les médicaments." "Est-ce que la recherche travaille justement sur ces douleurs chroniques?" "Actuellement, pour les équipes qui se sont spécialisées dans la recherche sur la douleur, et je rappelle qu à Clermont-Ferrand c est de ce point de vue là un centre important puisqu il y a 2 équipes de l INSERM à Clermont-Ferrand qui sont spécialisées dans la douleur, et c est vraiment le challenge, le défi le plus important. C est sur cela que l on travaille, sur la compréhension des mécanismes complexes qui sont en jeu dans ces douleurs chroniques et en comprenant ces mécanismes, on espère bien sur trouver des médicaments spécifiques. Ce qui ne veut pas dire qu il n y en a pas actuellement, on dispose d un certain nombre de médicaments, pas des médicaments anti-douleurs classiques. On est allé chercher des médicaments dont on a découvert l efficacité dans ce champ là de la douleur
qui viennent par exemple du domaine du traitement de l épilepsie ou de la dépression. Cela peut paraître un petit peu curieux, mais ces médicaments s avèrent efficaces utilisées à des doses différentes mais pas fondamentalement différentes." "Alors quand on parle de douleur, on pense aussi à la morphine. Aujourd hui, on l utilise plus à l hôpital pour des interventions." "Je crois qu on l utilise beaucoup plus et la France avait un retard tout à fait considérable par exemple par rapport aux pays du Nord ou aux pays anglosaxons. Il y a une tradition latine un peu de retrait par rapport à l utilisation de la morphine et là aussi les choses ont fondamentalement évoluées. Mais c était le corps médical, tout le personnel des oins qui étaient assez réticents à cela et puis c était les patients aussi. Il faut dire encore aujourd hui que pour certains patients, par exemple en période post-opératoire, quand on leur propose de la morphine, ce qui leur permet d avoir une période post-opératoire beaucoup plus confortable, il y en a encore qui refusent." "C est une question de mentalité. On a peur de la dépendance?" "Voilà. Je crois qu il y a le mot "morphine" déjà qui est pas très porteur comme on dirait commercialement et il y a le fait que c est beaucoup rattaché aux soins palliatifs de fin de vie, de cancers, etc. alors que maintenant on a des indications de la morphine dans bien d autres domaines et puis comme vous le disiez, il y a la crainte de devenir dépendant. Or, toutes les études qui ont été faites, ont toutes confirmées que lorsque la morphine est utilisée sur des périodes courtes et même sur des périodes une petit peu longues, dans un contexte douleur, pour soulager la douleur, la dépendance est quasiment inexistante. Donc, je crois qu il ne faut pas avoir cet arrière pensé." "Merci, Professeur DUBRE. Vous acceptez de rester avec nous pour répondre aux question des auditeurs."
3ème partie: Questions des auditeurs au Professeur DUBRE (extrait) * Edith: "Je voudrais poser des questions par rapport à la fibromyalgie. Je suis FM et je voudrais savoir si il y a des nouveaux traitements pour la FM." "D abord, on aborde un problème complexe. La FM dans le domaine des douleurs est souvent particulièrement compliquée à prendre en charge. Il faut reconnaître que par rapport à cette pathologie, aujourd hui il y a encore beaucoup d interrogations sur les mécanismes mêmes qui sont à l origine de ces douleurs chroniques. Et ces interrogations que l on a sur le plan des connaissances évidement constitue un handicap pour trouver de nouvelles thérapeutiques. Alors cela dit, la prise en charge dans les centres de la douleur est en progrès, notamment en associant bien sur des thérapeutiques médicamenteuses qui ne sont pas toujours une panacée et puis bien sur une prise en charge psychologique, sociale des ces patients ou de ces patientes puisqu il y a plus de patientes que de patients. Il est très important d avoir un accompagnement par rapport aux activités professionnelles, etc.". "On peut dire, Professeur DUBRE, qu il n y a pas de médicament magique pour soigner la FM?" "Aujourd hui, très clairement, il n y a pas de médicament magique. On progresse néanmoins sur un certain nombre d hypothèses de travail et c est en confirmant ces hypothèses que l on pourra peut-être déboucher sur des traitements médicamenteux plus efficaces que ceux que l on dispose aujourd hui. Cela dit, on ne peut pas dire que au moment où nous parlons qu il y est une des hypothèses qui se dégage très franchement. Il y a encore beaucoup de travail pour les chercheurs pour cette pathologie." * Françoise: "Je fais de la névralgie faciale depuis un an maintenant. Je suis en période chronique. J ai toujours des douleurs plus ou moins importantes." "La névralgie faciale peut effectivement être une douleur effroyable, des fois
difficile à traiter mais pas toujours. Ce qu il faut, c est consulté aussi des spécialistes de la douleur ou de neurologie au CHU qui ont l habitude de prendre en charge ce type de douleur. J imagine que vous avez des décharges assez brutales, et j espère que vous êtes suivie par une équipe spécialisée qui peut prendre cela en charge. On a de bons résultats notamment avec des médicaments que nous évoquions un peu plus tôt dans la matinée, type médicament antiépileptique qui donnent parfois des résultats très spectaculaires. Il faudrait ne pas hésiter à passer à ce type de traitement et vous faire suivre par une équipe spécialisée compte tenu de la sévérité de ces douleurs." * Marie-Thérèse: "Je voudrais poser une question sur les colites spasmodiques quand elles sont chroniques. Est-ce que vous pouvez m orienter car je ne m en sors pas?" "Au travers des questions que nous avons ce matin, c est vrai, il se dégage en fait tous les domaines un peu difficiles de prise en charge de la douleur. Tout ce qui est colopathies, c est quelque chose qui est quelque fois rebelle aux traitements. C est tout à fait clair. De plus en plus on considère que ce problème de colopathies si vous voulez n est pas un problème du tube digestif lui-même mais du système nerveux qui fait fonctionner ce tube digestif. Donc on a tendance un peu à prendre en charge et là je vous parle de quelque chose qui est tout à fait à la pointe des connaissances. Cela a encore été évoqué au congrès européen de la douleur, il y a une dizaine de jours. On considère que c est pratiquement comme des douleurs dites de neuropathies, c'est-à-dire des douleurs qui concernent les nerfs en périphérique; on a des douleurs de ce type aux niveaux des bras, des membres. On a actuellement de nouveaux abords de soulagement de ces colopathies par des traitements anti-douleurs qui étaient réservés à la prise en charge jusqu à présent pour d autres types de douleurs comme je vous l ai dit des douleurs neuropathies. Donc là encore si c est vraiment quelque chose d invalidant, parce que à la différence des douleurs que nous évoquions tout à l heure, la douleur des colopathies bien qu invalidante est quand même bien moins aiguë que dans d autres maladies mais si c est vraiment invalidant il faut aller consulter une équipe spécialisé dans les services de gastrologie." "Professeur DUBRE, merci. On rappelle cette conférence qui a lieu cet après-midi à l Ecole Supérieur de Commerce à Clermont-Ferrand de 17h30 à 19h30. Elle sera animée par le Docteur Paul PIONCHON, Le Professeur Alain ECHALLIER, et le Docteur Pascale PICARD. C est vraiment l occasion de poser ses questions en direct."