Évaluation des collaborations dans le champ des études internationales entre l'institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) et l'université de Genève (UNIGE) Rapport d expertise 7 et 8 novembre 2011 Commission d experts Pascal Couchepin, Président Madeleine Herren Daniel Thürer
1 Janvier 2012
2 1. Introduction L Université de Genève est institution ancienne, régie par la loi sur l Université, du 13 juin 2008. Elle comporte huit facultés, dont trois (Lettres, SES, Droit) ont développé un programme plurifacultaire, le Bachelor en relations internationales (BARI). Le BARI compte près de 1150 étudiants et a délivré 160 diplômes en 2010. Un problème se pose pour les diplômés du BARI : quels sont les Masters qu ils peuvent acquérir et selon quels critères d accès? L accès à l Institut de hautes études internationales et du développement (Iheid) est théoriquement ouvert aux étudiants du BARI. Selon l Iheid, en 2010, sur 28 étudiants ayant déposé leur candidature, 13 ont été admis. L Université estime que les conditions restrictives pour accéder à l Iheid limitent le nombre de candidatures. L Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI) a été créé en 1927 par William Rappard. Fruit de la fusion de l IUHEI et de l Institut universitaire d études du développement (IUED), l Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) a été ouvert en 2008. Durant l année 2010-2011, l Iheid a accueilli 821 étudiants et a décerné 213 diplômes de master et 44 diplômes de doctorat. L Iheid a une école doctorale. Les doctorants de l Unige participent aux écoles doctorales organisées par la CUSO (Conférence universitaire de Suisse occidentale). Chacune des deux institutions offre des formations continues. L Unige et l Iheid chapeautent le Swiss network for international studies (SNIS) ainsi que trois centres conjoints : l Académie de droit international humanitaires et de droits humains (AdH) ; le MIDS (Master in international dispute settlement) ; le centre d enseignement et de recherche en action humanitaire (CERAH). 2. Collaborations administratives Pour être admis à l Iheid, les étudiants doivent déposer leur candidature en ligne. Les dossiers sont ensuite examinés par les services administratifs de l Iheid. La validité de leur immatriculation est enfin contrôlée par les services de l Université qui se prononcent sur la reconnaissance du diplôme.
3 Les étudiants admis à l Iheid paient une finance d inscription à l Iheid et doivent procéder à leur immatriculation à l Unige. Cette double procédure provoque une certaine incompréhension. Les étudiants de l Iheid bénéficient des services généraux de l Université (logement, sport, conseil psychologique, etc.). 3. Directions Les experts ont senti une certaine tension entre les directions des deux institutions. Cette tension apparaît également entre les professeurs, sur les questions d'enseignement. En revanche, cette tension n apparaît pas au niveau de la recherche, les professeurs des deux institutions collaborant de manière spontanée et sans problème. 4. Centres conjoints Les responsables des Centres conjoints ont été reçus. Personne ne conteste leur qualité. Une frustration a été exprimée par certains représentants qui se considèrent comme pas assez reconnus par l une et l autre institution. 5. Questions Les experts se sont posés deux questions principales : A. Faut-il ramener l Iheid au sien de l Unige dont elle deviendrait une unité? B. En sens inverse, faut-il conférer à l Iheid les caractéristiques d une institution universitaire indépendante et sans lien avec l Unige (solution préconisée par l Iheid qui souhaite une loi qui reconnaisse son autonomie, l institut étant régi par ses statuts)? Les experts sont d avis que l histoire, les compétences développées, les personnes, la reconnaissance de l'institut ne permettent pas d imaginer l abandon de l Iheid au profit de l Unige. En contrepartie l'unige devrait disposer d'une liberté d'action, (ne pas empêcher la concurrence) avec par exemple un éventuel Master en relations internationales.
4 Faut-il créer un statut universitaire pour l Iheid? Cette solution n est pas non plus retenue par les experts, qui néanmoins recommandent de conférer à l Iheid une grande autonomie, conformément à sa pratique constante. Les experts attirent l attention du mandant sur le problème que pose l introduction de la nouvelle loi fédérale sur l encouragement et la coordination des hautes écoles (LEHE). A ce jour, l Iheid est un institut universitaire reconnu au sens de la Loi sur l aide aux universités et au sens de l article 45 alinéa 2 LEHE et répond aux critères énumérés. Il n y a pas de raisons, à court terme, de douter de la continuation de cet état de fait. Néanmoins selon les personnes consultées, Iheid n est pas totalement à l abri d une remise en question de son statut par le futur Conseil des hautes écoles. Un expert consulté recommande de mieux définir la mission de l Iheid : poursuivre l excellence sur une sélection ne suffit pas, toutes les institutions poursuivant ce but. Il faudrait fixer dans un document (décret ou autre forme) le moyen de définir le mandat spécifique de l Iheid. Deux objectifs pourraient s inscrire dans ce cadre : développer des rapports plus étroits avec les organisations internationales à Genève et renforcer la mission de formation du personnel de ces organisations ainsi que du personnel des États (formation des diplomates). Les experts ayant répond non aux deux questions qui précèdent n en sont pas moins convaincus qu il existe un potentiel de collaboration et de synergie entre les institutions en cause. Il y va aussi de l esprit du lieu, du renforcement de la place universitaire genevoise, d un rayonnement plus grand de l Universitas Genevensis. 6. Recommandations Quelles sont les questions pratiques discutées par les experts : A. Autonomie jusqu où? Le problème des immatriculations et des diplômes nous paraît secondaire, mais nous semble influencé par le problème du ranking de l Unige. Qu adviendrait-il si plusieurs centaines d étudiants et de publications disparaissaient du bilan académique de l Unige? Ce problème devrait être réglé par les partenaires. Il nous paraît acceptable de maintenir l immatriculation à l Unige dans la mesure où les étudiants de l Iheid bénéficient des services généraux mentionnés. D autres problèmes pratiques doivent être discutés et résolus (p.ex. accès à Internet).
5 Les experts pensent que, du point de vue de la visibilité de la place de l enseignement et de la recherche académique à Genève, il n est pas mauvais que la mention Universitas Genevensis apparaisse sur les diplômes de l Iheid. Cela n entraîne aucune subordination, ni droit de contrôle sur Iheid. S il n existe pas déjà, un logo commun pour toutes les institutions d enseignement supérieur genevois, ce serait un symbole de la République des Lettres genevoises. B. Quelles sont les synergies possibles? Les experts ont pris connaissance de ce qui existe en matière de mobilité des étudiants, des professeurs et des programmes communs. Le potentiel dans ce domaine est probablement insuffisamment développé. Si deux institutions sont en mesure de collaborer dans la confiance, il possible de mieux profiter de nouvelles nomination et de compléter les expertises manquantes en recourant à celles de l autre. Au sujet de la mobilité des étudiants, nous avons déjà évoqué plus haut le problème du futur des étudiants issus du BARI. En toute hypothèse, les chiffres d accès des étudiants du BARI à l Iheid nous paraissent faibles. Il y a certainement matière à améliorer l accès des étudiants. Il existe des cours ouverts à l Iheid et vice versa mais ce potentiel n est pas assez exploité. Aucun ordre ou changement institutionnel ne pourra remplacer la volonté de collaborer des deux institutions. Les experts se sont aussi penchés sur les moyens d améliorer à court terme la collaboration. Ils se posent la question de savoir si à coté du SNIS ou dans son cadre, il n y a pas lieu de renforcer la collaboration entre les deux institutions. Le SNIS sous cet angle est probablement sous exploité. Dans le domaine de la recherche, la mise en place de moyens d'incitation du type "seed money" pourrait être étudiée. Les experts suggèrent à l autorité de provoquer la création de postes à temps partiel dans les deux institutions de délégués à la coopération Unige-Iheid. Ces experts devraient s intéresser particulièrement aux projets du partenaire, sans empiéter dessus, et être attentifs à tout ce qui est susceptible d offrir un potentiel qui pourrait répondre à l attente des institutions.
6 Si ces postes étaient créés, il serait utile d imaginer qu un tiers réunisse périodiquement les deux chasseurs de collaboration pour faire le bilan des succès et des difficultés. Ce tiers pourrait rapporter au conseil de supervision le fruit de ses expériences. Les experts, d une manière générale, sont convaincus qu aucune révolution ne s impose, mais qu un effort permanent, soutenu par l autorité politique, soit engagé pour que les sujets de frustration ne paralysent pas la collaboration et qu au contraire naisse la fierté réciproque d appartenir à des institutions qui contribuent à la renommée de la place intellectuelle de l Universitas Genevensis, exceptionnelle en Suisse et dans le monde en matière de relations internationales.