III - Évolution des techniques de construction et du décor architectural



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III - Évolution des techniques de construction et du décor architectural A - Matériaux et mises en œuvre a - Le calcaire 1 - Les maçonneries Le calcaire local blanc assez fin est le matériau de construction quasi exclusif. Les maçonneries révèlent toujours une volonté de dresser des assises même quand la construction est en moellon. Les chaînes d angle sont aussi généralement en pierre de taille. Les remplois sont fréquents, que ce soit pour les maçonneries elles-mêmes, les linteaux ou les oculi. Les plus anciennes maçonneries repérées sont celles des murs gouttereaux des maisons du barri nau qui pourraient dater du XIII e ou du XIV e siècle. L appareillage se caractérise par des moellons de calcaire équarris, régulièrement assisés mais non réglés, un traitement de la surface simplement dégrossi, et des chaînes d angle en pierre de taille (fig. 59). Le traitement de la surface des blocs est certainement à mettre en relation avec le fait qu il s agit d élévations secondaires, à peine visibles. Fig. 59. Les maçonneries des murs gouttereaux des maisons du barri nau. Les constructions des XVI e et XVII e siècles se caractérisent par des maçonneries de moellons équarris assisés mais non réglés c'est-à-dire que les hauteurs d assises varient d un rang à l autre. Les chaînes d angles en pierre de taille peuvent être constituées de gros blocs. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 31

Fig. 60. Maçonneries de la fin du XV e siècle ou du début du XVI e siècle. Les constructions de la fin du XVIII e siècle et du début XIX e siècle sont faites de moellons ébauchés et assisés, même si l assise ne file pas sur toute la largeur du bâtiment. Les chaînes d angle sont constituées de gros blocs de pierre de taille. Fig. 61. Maçonneries de moellons ébauchés et chaînes d angle en pierre de taille, Pech de Sales. Les constructions du début du XX e siècle mettent en œuvre des moellons bruts de calcaire et chaînes d angle en pierre de taille. Fig. 62. Construction du début du XX e siècle en moellon brut. Hameau de Téneugé. Un type particulier de chaîne d angle, en pierre de taille en partie basse et en brique harpée à partir de 2 m environ, se rencontre pour quelques constructions de l extrême fin du XIX e siècle ou du début du XX e siècle sur les deux communes. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 32

Fig. 63. Remise agricole, les chaînes d angle de l étage sont en brique harpée. b - Le grès Le Verdier se trouve en limite d une zone de grès qui caractérise le territoire des communes situées autour de la forêt de Grésigne. Aussi rencontre-t-on parfois des chaînes d angle en grès qui mettent en œuvre des gros blocs au grain épais. (Jouzelles, Escourou, Loubets, le Pech). On observe un grès rouge et un grès de couleur plus neutre. Fig. 64. Chaîne d angle en grès rouge, (Jouzelles). Fig. 65. Chaînes d angle en grès (Amat). c - La brique Quelques constructions de brique seulement ont pu être observées. Elles restent cependant très marginales même si l on se trouve à quelques kilomètres seulement de la zone de brique autour de Gaillac. La construction en terre cuite se rencontre essentiellement pour des reprises de maçonneries. À Puech ferme et au moulin du Chaltré, les étages ont été reconstruits en brique mais la présence d un pan de bois antérieur n a pas pu être reconnue. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 33

Fig. 66. Moulin du Chaltré, étage reconstruit en brique. La brique a aussi été utilisée ponctuellement pour la construction de maçonneries très localisées qui le nécessitent. Par exemple, le fond de l évier de la ferme de Fonrigal et le placard mural de la ferme de Mas de Landes. Fig. 67. Fonrigal, maçonnerie de brique autour de l évier. Fig. 68. Vue de l extérieur. 2 - Le pan-de-bois Des bâtiments en pan-de-bois existaient mais ces constructions plus fragiles n ont pas toujours subsisté. Sept cas ont pu être repérés au Verdier. Dans six cas sur sept, le pan-de-bois caractérise des constructions de la fin du XV e siècle ou du début du XVI e et du tout début du XVII e siècle. Le pan-de-bois est mis en œuvre uniquement aux étages et repose sur des rez-de-chaussée maçonnés. Les poutres sont équarries et les assemblages se font à mi-bois et à tenons et mortaises. Les décharges employées sont des croix de Saint-André uniques par hauteur d étage ou utilisent de simples écharpes ou poteaux verticaux. Le torchis maintenu par des éclisses est encore présent dans un cas du village. Pour les autres cas où le remplissage a pu être observé, on constate qu il est fait de petits moellons de calcaire mélangés ou alternant avec des morceaux de brique matériaux signant une reprise moderne. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 34

Des cloisons en pan-de-bois ont aussi pu être observées à plusieurs reprises dans des maisons maçonnées. Fig. 69. Maison en pan-de-bois de la fin du XV e siècle ou du début du XVI e siècle. Fig. 70. Le pan-de-bois peut dater partiellement du début du XVII e siècle. Fig. 71. Au 2 e étage, le torchis est maintenu par des éclisses. Au hameau de la Bousselié, le pan-de-bois de l étage a disparu mais il est encore repérable par les abouts de solives qui sortent en façade et une tête de mur maçonnée. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 35

Fig. 72. La Bouysselié, les abouts de solives sortant en façade témoignent d une construction antérieure en pan de bois. 3 - Les encadrements des ouvertures Dans la grande majorité des cas, la qualité du calcaire local a permis de mettre en œuvre des encadrements d ouvertures en pierre de taille de calcaire. On repère parfois des blocs d épaisseur importante pour les linteaux. On repère cependant aussi des encadrements de grès. Cette pierre tendre permet de mettre en œuvre des encadrements de baies soignées. Fig. 73. Laval, encadrement de porte en grès. Dans les bâtiments agricoles, les encadrements des ouvertures et en particulier les linteaux sont fréquemment en bois. Des encadrements d ouverture en brique et pierre se rencontrent surtout pour des constructions du XIX e siècle. On trouve l alternance brique et calcaire ou brique et grès. Le décor joue sur une alternance stricte entre les piédroits en pierre et la plate-bande en brique dont la clef est également en pierre. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 36

Fig. 74. Ferme du Gasou, porte brique et pierre du chai datée de 1820. Les encadrements des ouvertures de la première moitié du XX e siècle se caractérisent le plus souvent par des encadrements de brique dont les piédroits forment un décor de harpe. La brique peut être associée à des linteaux de bois, des IPN voire à des linteaux de ciment pour les décennies 1930 et 1940. Fig. 75. Ferme de Catusse. a - En façade 4 - Les enduits Les enduits les plus anciens observés ne semblent pas remonter au-delà de la seconde moitié du XIX e siècle et ils sont plutôt rares sur les deux communes. Une maison de la rue principale datée 1862 conserve un enduit ocre qui s interrompt au droit des encadrements des ouvertures pour mettre leur cadre blanc en valeur et marquer ainsi nettement le rythme des travées. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 37

Fig. 76. Maison du village, enduit ocre jaune. siècle. D autres enduits très colorés roses ou lie de vin ont été repérés pour le début du XX e b - Sur les pigeonniers Fig. 77. Enduit lie de vin (actuelle mairie, état avant réhabilitation). Les pigeonniers sont fréquemment recouverts d un enduit lissé blanchâtre, notamment dans les parties hautes particulièrement exposées aux dégâts engendrés par les pigeons. Ces enduits se terminent en pointe dans les angles produisant ainsi un effet décoratif. Les pigeonniers de combles bénéficiaient du même type d enduit. Fig. 78. Mas de landes. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 38

5 - Les toitures a - Les formes de toit Les formes de toit sont assez simples. La grande majorité est à longs pans c'est-à-dire à deux versants, présentant généralement une faible pente. Des croupes sont parfois ménagées sur les petits côtés, en particulier pour les maisons d habitation. Les grandes maisons construites sur un plan proche du carré sont couvertes par un toit en pavillon. Quelques bâtiments agricoles tels que les remises qui viennent souvent s appuyer contre un bâtiment préexistant sont couverts par des toits à un seul pan. Fig. 79. Les toits des bâtiments du moulin du Chaltré. Seuls les pigeonniers offrent une variété de toits plus importante. Ils peuvent être couverts par des toits en pavillon ou par des toits en pavillon à égouts retroussés à partir du dernier quart du XIX e siècle. Des lucarnes en bois sont généralement aménagées sur les côtés est ou sud-est. Les toits dits en «pied de mulet» interrompent la pente du toit pour ménager une grille d envol, généralement en bois. Fig. 80. Pigeonnier couvert par un toit en pavillon à égouts retroussés. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 39

b - Les couvertures La tuile creuse est le matériau de couverture quasi exclusif. Seules les couvertures des pigeonniers utilisent la tuile plate ou la tuile mécanique (à partir du début XX e siècle) en raison de la forte pente des toits. Fig. 81. Villaret, le pigeonnier daté de 1914 est recouvert de tuile mécanique. c - Les génoises La fermeture des toits est assurée par des génoises dont le modèle le plus ancien est à trois rangs de tuiles superposés et disposés en quinconce. Fig. 82. Génoise du XVIII e siècle. Certaines génoises sont continues sur les rampants du toit et forment ainsi une frise ininterrompue sur tout le pourtour de la maison. La génoise continue sur les rampants du toit est souvent associée à un pigeonnier de comble aménagé en partie haute du pignon. Plusieurs exemples subsistent pour des constructions de la seconde moitié du XIX e siècle et des années 1910. Le pignon fait l objet d un soin particulier, et les plaques d envol sont disposées en quinconce. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 40

Fig. 83. Génoise continue sur les rampants du toit, lui-même aménagé en pigeonnier, maison du village. B - L évolution des formes et du décor En l absence d informations historiques, la caractérisation des formes et des décors mis en œuvre dans un édifice permet de proposer une fourchette de datation pour la période de construction de celui-ci. Sur la commune, l évolution stylistique peut être suivie à partir de la fin du XV e siècle. 1 - De la 2 e moitié du XV e siècle au XVI e siècle Quelques bâtiments seulement ont pu être datés de la fin du XV e siècle ou du début du XVI e siècle grâce notamment aux encadrements d ouvertures qui subsistent. Dans le village, deux fenêtres à traverse ornées d une mouluration en cavet et d un appui saillant permettent de proposer une datation de ces maisons de la fin du XV e siècle. Fig. 84. Maison du village, fenêtre à traverse ornée d une mouluration en cavet. Le premier logis de la Capusié conserve des encadrements d ouvertures ornées de moulurations en doucine qui militent pour une datation du XVI e siècle. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 41

Fig. 85. Fenêtre à traverse obturée ornée d un cavet la Capusié. Le logis de la Capusié conserve aussi une cheminée dont le manteau de bois porte la date de 1584. La hotte est droite et la tablette est ornée de moulures en doucines. Fig. 86. La cheminée de la Capusié datée de 1584. Au hameau d Escourou, l encadrement d une porte rectangulaire est marqué par une moulure en quart-de-rond se terminant en partie basse par un retour à angle droit interrompu qui peut aussi être daté du XVI e siècle. Fig. 87. Escourou, moulure en quart-de-rond formant retour. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 42

2 - Au XVII e siècle Une vingtaine de bâtiments du XVII e siècle ont été repérés sur la totalité du territoire communal. Il a été utile d analyser conjointement les formes mises en œuvre au château de Vieux daté par l étude de la première du XVII e siècle 1. Dans l habitat courant, le XVII e siècle se caractérise par des ouvertures aux formes simples dont les encadrements sont à arêtes vives. Portes, fenêtres à traverse ou à meneau, petits jours rectangulaires ou oculi relèvent de cette mise en œuvre. Fig. 88. Maison du village, porte rectangulaire datée de 1696. Fig. 89. Fenêtre à meneau, ferme de Rossignol. Fig. 90. Marty, oculus (en remploi) daté de 1682. Les angles des encadrements des ouvertures peuvent aussi être abattus par un chanfrein se terminant par des congés droits. On les rencontre indifféremment dans des logis, des fermes et des maisons de village. Fig. 91. Ferme de Rossignol, XVII e siècle. Fig. 92. Rossignol, porte à chanfrein et congés droits. Le chanfrein peut aussi marquer l intégralité de l encadrement d une fenêtre à traverse. 1 Voir la notice du château de Vieux IA81011882. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 43

Fig. 93. La Gusonié, la traverse divise l ouverture en deux parties égales. Le chanfrein se termine par un congé droit ou par un congé en cuillère. Fig. 94. Congé en cuillère, Escourrou. Les piédroits des ouvertures peuvent également adopter un profil arrondi, en quart-derond. Ce type d ouverture a été repéré à plusieurs reprises et notamment au lieu-dit du Gasou, où la date de 1666 est portée. Le quart-de-rond se termine par un congé à bec rentrant. Fig. 95. Congé à bec rentrant, Le Gasou. Fig. 96. Au château de Vieux, les piédroits en quartde-rond se terminent par des congés à becs rentrants. Dans les logis du Verdier et au château de Vieux, des formes un peu plus complexes ont pu être repérées. À Fonrigal, une grande croisée à arêtes vives datée de 1681 est pourvue d un appui mouluré et saillant. Cette croisée est associée à une cheminée à hotte droite, tablette moulurée et arc surbaissé. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 44

Fig. 97. Fonrigal, croisée datée de 1681. Fig. 98. Fonrigal, la cheminée en pierre de taille. L arc surbaissé a été utilisé au château de Vieux dans la première moitié du XVII e siècle pour couvrir la porte principale. Il est associé à des piédroits en quart-de-rond qui pénètrent dans le chanfrein de l arc. Fig. 99. Large porte d entrée du château de Vieux surmontée d une bretèche, 1 ère moitié du XVII e siècle. Un type de cheminée, hérité encore des formes de la fin du Moyen Âge, se trouve aussi dans le château. La hotte est couverte d un arc segmentaire mouluré avec des piédroits en quart-de-rond. Ce type de cheminée a aussi été mis en œuvre au logis de Rossignol. Fig. 100. Cheminée de la cuisine du château de Vieux. Fig. 101. Cheminée du logis de Rossignol. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 45

Les ouvertures peuvent aussi être couvertes par un arc plein cintre orné d un chanfrein. Le logis de la Capusié conserve une galerie haute datée de 1646 dont les ouvertures sont marquées par des clefs saillantes et passantes. Fig. 102. La Capusié, galerie datée de 1646. Fig. 103. Porte XVII e siècle, village. 3 - Au XVIII e siècle Le XVIII e siècle est une période globalement assez peut représentée. Quatorze constructions peuvent être en partie datées de cette période sur l ensemble de la commune. À titre comparatif, seulement trois subsistent encore dans le village de Vieux. La forme des linteaux ou des plates-bandes qui adoptent à cette période un tracé segmentaire constitue le repère de datation le plus évident. Dans une ferme située au nord du village, une ouverture datée de 1717 est couverte par un arc segmentaire et la clef est à crossettes. Fig. 104. Clef à crossette datée de 1717. Dans la 2 e moitié du XVIII e siècle, le tracé segmentaire est conservé et la mise en œuvre est soignée. L encadrement peut être souligné par un chanfrein ou une mouluration plus complexe. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 46

4 - Le premier quart du XIX e siècle Dans les premières décennies du XIX e siècle, l arc segmentaire est encore assez souvent utilisé. On le retrouve assez tardivement dans une petite maison du hameau d Amat où il est daté de 1836. Fig. 105. Amat, linteau en arc segmentaire daté de 1836. Les portes assez larges sont fermées par une porte à vantaux dissymétriques. Fig. 106. Marty, encadrement de 1808, avec petit chanfrein. Fig. 107. Villaret, 1826. La demeure de la famille Maignial et la maison de la ferme du Gasou conservent des portes à encadrements rectangulaires sont surmontées d un imposte aménagé sur toute la largeur de la porte et associé à une corniche moulurée et saillante. Fig. 108. La porte du Gasou. Fig. 109. Demeure Maignial, porte datée de 1814. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 47

Dans la maison de la ferme de Villaret, quelques gypseries de cheminées ornées d un décor de palmettes et dont le trumeau est encadré par des pilastres à chapiteaux ioniques peuvent être datées des années 1820. Fig. 110. Cheminée, Villaret. 5 - La seconde moitié du XIX e siècle a - Les encadrements des portes À partir des années 1850 et pendant toute la seconde moitié du XIX e siècle, un décor de porte en pierre de taille très caractéristique se retrouve dans les maisons de village et sur les logis des fermes. L ouverture est couverte par un arc en plein cintre dégageant une imposte. Une corniche moulurée et saillante plus ou moins développée la couronne. Les piédroits sont ornés de pilastres à chapiteaux ou peuvent être marqués par de simples impostes moulurées à la fin du XIX e siècle et au début du XX e siècle qui s alignent le plus souvent sur la hauteur des vantaux. Les exemples les plus tardifs peuvent être datés du tout début du XX e siècle. Fig. 111. Maison du village, 1862. Fig. 112. Logis d une ferme du village, 1883. Fig. 113. Logis d une ferme du village, 1886. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 48

Fig. 114. Catusse, logis de ferme, début XX e s. Fig. 115. Pech de Sales, logis de ferme, daté de 1901. Ces portes s inscrivent dans des façades à travées s élevant généralement sur un étage et un comble à surcroît dont les ouvertures peuvent être rectangulaires ou semi-circulaires. b - Les portes charretières La large porte, aux piédroits en pierre et couverte d un linteau en bois, est un modèle adopté de manière récurrente tout au long du siècle dans les bâtiments agricoles. Un fin chanfrein peut être utilisé, principalement dans la 2 e moitié du XIX e siècle. Au milieu du XIX e siècle et dans la seconde moitié, les encadrements des portes charretières deviennent plus soignés. La porte est couverte d un arc segmentaire et les pierres de l encadrement sont taillées avec soin ; les claveaux peuvent être en crossette. Fig. 116. Catusse, porte charretière datée de 1841. Dans la 2 e moitié du XIX e siècle quelques variantes apparaissent. La porte peut être soulignée par un fin chanfrein et l arc peut être en appareil mixte brique et pierre. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 49

Fig. 117. Ferme de Catusse, porte charretière de la seconde moitié du XIX e siècle. Le tracé de l arc segmentaire est aussi employé dans les portes charretières couvertes par un linteau en bois. c - Les cheminées et les baies d évier La plupart des logis des fermes de la seconde moitié du XIX e siècle disposaient de cheminées et d évier en pierre aménagé dans un ébrasement intérieur. Quelques uns peuvent encore être observés qui témoignent de la qualité de la mise en œuvre. À la petite ferme de Garrigue, un petit jour ovale éclaire l évier qui conserve ses deux dégagements également en pierre. Les cheminées présentent généralement un manteau de bois porté par deux corbeaux de pierre, le plus souvent en quart-de-rond. Fig. 118. Évier de la ferme de Garrigue. Fig. 119. La cheminée de Garrigue. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 50

Conclusion générale L architecture vernaculaire du Verdier relève d une assez bonne qualité de construction grâce à l emploi du calcaire local. La mise en œuvre soignée des appareillages assisés a permis aux maçonneries de durer dans le temps, au grès des changements d affectation des bâtiments. La conservation de nombreux éléments bâtis du XVII e siècle démontre une période de reconstruction particulièrement faste au Verdier, qu il serait intéressant de confirmer sur l ensemble du plateau cordais. Cependant, à l échelle de la commune voisine de Vieux, les éléments bâtis de cette période sont nettement moins nombreux. Alors que l activité vigneronne n est pas à mettre en doute pour le Moyen Âge dans le vignoble de Gaillac, elle ne peut cependant pas être identifiée dans l architecture, dont les éléments conservés de cette période sont trop fragmentaires. Ce n est qu à partir du XVI e et du XVII e siècle que l on repère des indices de l activité. L activité vinicole a pu être perçue dans quelques fermes du XVIII e siècle, où elle s organise dans les niveaux inférieurs, semienterrés, mais c est surtout à partir de la première moitié du XIX e siècle que l on peut appréhender l organisation des bâtiments. Dans la seconde moitié du siècle et au début du XX e la cave est installée au nord de la ferme, généralement dans un bâtiment accolé à l habitation. Elle n est que rarement un bâtiment dissocié que l on pourrait véritablement qualifier de chai, contrairement à ce qui se repère sur le territoire de la vallée du Tarn. Même si la crise du phylloxéra a été sévère pour le vignoble de Gaillac, elle n a pas donné lieu à un coup d arrêt significatif dans la construction des fermes du Verdier. Alors que l insecte dévastateur arrive dans le département en 1879, on trouve des fermes largement réaménagées dès la seconde moitié de la décennie 1880. Le développement de l activité a été particulière fort les années suivantes et ce jusque dans les années 1930. L une des conséquences de la crise décrite généralement pour le vignoble de Gaillac est un resserrement du vignoble sur les meilleurs terroirs 2. Les terres du Verdier particulièrement adaptées ont donc permis la prolongation et le développement de la vigne, alors que sur la commune voisine de Vieux c est au contraire à une raréfaction que l on assiste à cette période. Sonia Servant Mission d inventaire du patrimoine, C.A.U.E. du Tarn Conseil général du Tarn, Inventaire général, Région Midi-Pyrénées 2 RIOL, (J.-L.), Le vignoble de Gaillac depuis ses origines jusqu à nos jours et l emploi des vins de Bordeaux, Paris, 2 e édition augmentée, 1913. C.A.U.E. du Tarn - Mission d'inventaire du patrimoine 51