L Enfer du décor Lettre d information trimestrielle des Archives municipales de Nantes Archives municipales de Nantes 1, rue d Enfer 44094 NANTES Cédex 01 02-40-41-95-85 02.40.47.38.79 Numéro 4 Novembre 2002 BASE DE DONNEES AVENIO Sous-série 1 Fi En 1983 la sous-série 1 Fi a été ouverte pour recevoir tous les plans en vrac des Archives, non cotés dans les séries traditionnelles du cadre de classement. Il s agit essentiellement de cartes et plans généraux et plans de monuments nantais du XIXe au XXe siècles ainsi que les plans parcellaires du cadastre des communes de Nantes, Chantenay et Doulon. L inventaire a été saisi et indexé dans la base Avenio sous la cote 1 Fi 1 à 1 Fi 1 284. Les recherches peuvent se faire à partir des lieu, auteur, mot clé. Façade de la halle aux toiles côté de la rue Nouvelle, par Crucy, 1821. (1 Fi 505) Cependant, cette sous-série s accroîtra suivant les dons et versements futurs. Sous-série 13 Fi Dans le cadre du transfert des données du logiciel GESBIB vers la b a s e a r c h i v e s AVENIO (tous deux accessibles en salle de lecture) et après ressaisie du fonds de la bibliothèque et d une partie des articles dépouillés, nous entamons maintenant un travail similaire sur la photothèque. Catherine ROGEON a ainsi commencé la saisie des notices des tirages photo- graphiques cotés 13 Fi, tirages des plaques de verre cotées elles Talensac, vue prise de l usine à gaz, 1935 8 Fi. (13 Fi 705) Actuellement 1 070 fiches sont consultables sur la base en salle de lecture et leur nombre croît chaque jour. 1
Sous-série 26 Fi Un album photographique comprenant des photos de classe des élèves et professeurs de l école régionale des Beaux-Arts, des travaux des élèves lors de plusieurs expositions (1906-1923) à la Bourse du Commerce, et à l occasion du concours général de composition décorative organisé par la société d encouragement à l Art et l industrie, ainsi que des vues du char créé en 1909 à l occasion du défilé de la mi-carême a été indexé et saisi dans la base de données Avenio. L album précédemment coté 1013 W 10 a été réintégré en série Fi et porte désormais la cote 26 Fi 434 à 26 Fi 521. Elèves et professeurs de l école des Beaux-Arts, 1910 (26 Fi 524) LES QUARTIERS Vieux Malakoff : un quartier des mémoires (voir le n 3 pour la présentation) L exposition qui s est déroulée au lieu unique du 11 au 22 septembre dernier a trouvé un écho auprès de 900 personnes. 200 personnes se sont déplacées le soir du vernissage. Habitants du quartier, associations ont répondu à l invitation. La lecture des témoignages par deux comédiens a été vivement appréciée. Beaucoup d habitants du quartier sont venus se remémorer ce qu ils avaient connu, d autres notamment les habitants de la cité ont découvert leur quartier sous un autre aspect. De nombreux Nantais curieux de leur ville et de son évolution ont apprécié ce retour sur l histoire d un quartier appelé à de nombreuses transformations. Durant ces dix jours, un accueil quotidien était assuré par les Archives municipales et l équipe de quartier. Ces permanences ont permis de riches échanges : de nombreux visiteurs ont découvert le rôle des Archives municipales, d autres ont spontanément évoqué leurs souvenirs, photos à l appui pour certains. Les écoles du quartier se sont également déplacées. Cette manifestation a également permis d échanger avec des associations d histoire locale qui ont pu voir comment un travail sur l histoire et la mémoire d un quartier pouvait être mis en valeur. Toutes ces rencontres ont permis d amorcer des pistes pour un projet sur l histoire et la mémoire de la cité Malakoff. La publication (gratuite) qui accompagnait cette exposition est encore disponible à l accueil des Archives 2
RESTAURATION Débutée en 2001, la restauration des affiches de théâtre se poursuit. Cette année, ce sont 24 autres affiches côtées 6 Fi 7 102 à 6 Fi 7 125 qui ont été restaurées dans l atelier de la Reliure du Limousin à Malemort-sur-Corrèze. Parallèlement deux imposantes tables décennales des naissances de Nantes 1 E 1 697 (1873-1882) et 1 E 1 840 (1883-1892) ont été confiées à un autre restaurateur l Atelier Quillet à Loix-en-Ré. Leurs taille et épaisseur ainsi qu une importante consultation les ayant fragilisées, nous avons profité de leur restauration pour les microfilmer (2 Mi 566 et 2 Mi 567). EXPOSITION «JACQUES V GABRIEL, architecte du roi» Au Musée du Château des Ducs de Bretagne Depuis le 28 septembre et jusqu au 5 janvier 2003, le Musée du château des Ducs de Bretagne présente une exposition sur Jacques V Gabriel, architecte du roi dans les grandes villes de la façade atlantique de 1720 à 1750. Lors de son unique séjour à Nantes en septembre 1727, Gabriel a conseillé la municipalité Mellier sur les projets en cours, en particulier la reconstruction du pont de Pirmil, la construction du pont Feydeau et de la nouvelle Bourse de Commerce. Pour illustrer ce thème, le Musée du château expose des documents issus du fonds des Archives municipales, tel que ce «plan profil et élévation d une nouvelle bource à construire sur le quay de la Fosse à Nantes», par Goubert ; 4 juillet 1720 ; II 158 n 1 3
VERT NANTAIS : Histoire du mobilier urbain à Nantes du XVIe au XXIe siècle Bilan Après sept semaines d exposition à la Chapelle de l Oratoire, maintenant que les documents ont retrouvé leur boîte ou leur tiroir, l heure est au bilan. Du 21 septembre au 10 novembre, 6 804 visiteurs ont pu découvrir l histoire du mobilier urbain nantais, dont 741 en groupes. Nous avons en particulier accueilli et guidé 16 classes de primaire, majoritairement des CM1/CM2 pour lesquels un questionnaire avait été réalisé par Vincent Jochault, professeur d histoire du service éducatif, 10 classes de lycées sans oublier des élèves de l Ecole d Architecture et de l Ecole d Architecture d intérieur. A l occasion de l exposition, les Archives ont édité un catalogue de 128 pages avec de nombreuses reproductions de documents présentés. En vente à l accueil : 15 4
Les Annales de Nantes et du Pays Nantais Le dernier numéro des Annales de Nantes et du Pays Nantais est consacré au quartier de la Morrhonnière depuis le boulevard Michelet jusqu au Petit Port. A travers 13 monographies, le lecteur retrouve l histoire tant des hommes que des lieux. Parmi ces articles, deux biographies : celle de l historien Jules Michelet et ses attaches privilégiées ou particulières avec Nantes puis celle du capitaine Schloessinger, grand blessé de la Première Guerre mondiale et fondateur du Groupement départemental de l Union nationale des Mutilés et Réformés. Les autres articles nous font découvrir, ou redécouvrir, des lieux plus ou moins connus comme par exemple le nouvel observatoire du Petit Port, le Chalet suisse de la Houssinière ou encore le manoir de Launay Violet. Outre son hippodrome, le quartier est également connu pour son ancien dépôt de tramways qui fait l objet d un article rédigé par Xavier Trochu des Archives Municipales. En quelques pages, on y apprend qu il fut réalisé en 1912-1913 par Etienne Coutan, architecte de la Ville, lors de l électrification du réseau de tramways. D une superficie de 11 000 m2, ce bâtiment regroupe les services administratifs et les ateliers ainsi que deux logements de fonction. Petite originalité : un ascenseur permet aux mécaniciens de faire monter les voitures (motrices ou remorques) à la menuiserie qui se trouve à l étage. Avec la disparition des tramways en 1958, le hangar accueille les bus (photo prise dans les années 1970) (21 Fi 141) Au-delà de cette description, l article précise l importance que revêt, déjà à cette époque, les transports en commun. Avec l annexion de Chantenay et Doulon en 1908, de nouvelles lignes doivent être prévues vers ces quartiers. Le journaliste du Phare de la Loire n écrit il pas, le jour de l inauguration du dépôt : «La banlieue nantaise se sentira plus intimement rattachée à la vie du centre de l agglomération. Bientôt, grâce aux nouveaux tramways, le Grand Blottereau, le parc de Procé, qui sont aujourd hui isolés et d un accès difficile, seront plus fréquentés encore qu à l heure actuelle et, grâce à la ligne de la Morrhonnière, le Petit Port deviendra la promenade favorite des Nantais». Comme les numéros précédents, celui-ci est consultable en salle de lecture. Il est également agréable de constater que nombre d articles ont été rédigés par des «habitués» des Archives municipales. 5
Le théâtre Graslin : vitrine des évolutions techniques pour le contrôle des ambiances L'histoire des procédés techniques et démarches architecturales mis en œuvre pour assurer le confort acoustique, visuel et thermique du public dans les salles de spectacles et d'audition reste à faire. Les travaux de recherche sur ces lieux se sont bornés aux dispositifs techniques appliqués aux arts de la scène. Suscitant l'essor du contrôle de la ventilation mécanique puis du conditionnement d'air, l'installation des premiers générateurs électriques (électrification de l'opéra Garnier, et des théâtres de Boulevard à Paris notamment), la résolution de problèmes acoustiques complexes (intelligibilité de la parole dans les grandes salles d'assemblées aux Etats-Unis, en France et en Angleterre), ces réalisations ont servi de terrain d'expérimentation et de vitrine technologique à des solutions innovantes, étendues ensuite à d'autres domaines de la construction, constituant ainsi de fait les véritables laboratoires de la maîtrise du confort et des ambiances dans le bâtiment (les salles de spectacles - lieux de plaisir - jouent sur ce plan un rôle équivalent à celui de l'architecture hospitalière). C'est le postulat d'une recherche amorcée dans le cadre d un DEA d'histoire des sciences et techniques (directeur d'étude André Guillerme CNAM-CDHT). Celle-ci doit également permettre d'interroger plus globalement la nature des relations entre la pratique architecturale, les théories scientifiques et les techniques sur les trois champs d'investigation : acoustique, éclairage, thermique-aéraulique. Elle permet également de replacer la perception (la consommation?) du spectacle au sein des sociétés occidentales dans une perspective historique (évolution du rapport scène-salle) qui interroge les modes de représentation et de socialisation actuels. On oublie par exemple souvent que l'obscurité ne s'est imposé dans les salles pendant les spectacles qu'après l'électrification de l'éclairage à la fin du XIXème siècle. Figure 1 - Lors de l'équipement de la salle avec un système de chauffage centralisé par calorifère des contacts sont pris avec les entreprises Jules Grouvelle et Léon Duvoir Leblanc pour la fourniture des calorifères. L'architecte-voyer Driollet établit un projet définitif sur la base des données communiquées par les entreprises parisiennes écartées au profit d'un entrepreneur local : Rigola. Le théâtre Graslin constitue un support de choix pour amorcer cette étude. L'actualité d'une rénovation de la salle amorcée dans les prochaines semaines (la dernière date de 1968) associée à la réunion des opéras de Nantes et d'angers lui donne un relief particulier. Cette rénovation ne vise-t-elle pas au-delà du dépoussiérage de la décoration remaniée en 1968 et du remplacement des sièges à améliorer le confort thermique et de vision dans la salle? 6
L'analyse des sources d'archives municipales (série 4 M en particulier) permet de prendre conscience que loin d'être un équipement figé, le théâtre Graslin, dès l'origine patrimoine communal concédé à un directeur responsable de son exploitation, connaît des cycles réguliers de réhabilitation et d'adaptations techniques au fil de près de 200 ans d'exploitation. 20 à 30 ans s'écoulent en moyenne entre chaque rénovation lourde. On y vérifie également l'hypothèse d'un lieu d'intégration rapide des innovations techniques au XIXème siècle. Le système de la concession à un directeur responsable de l'exploitation dans le cadre très stricte d'un cahier des charges contraignant (nombre et typologie des représentations notamment) donne lieu à de fréquents états des lieux (à la remise des clefs ou au départ du titulaire du poste). Les Archives municipales conservent la documentation extrêmement détaillée de ces multiples adaptations et travaux réguliers d'entretien du bâtiment conduits par les inspecteurs et architectes voyers successifs, Démolon, puis Driollet, parmi les plus marquants, qui résident à demeure dans le théâtre. Cette présence avec celle du directeur ne sont-elles pas les meilleurs gages de prévention des risques d'incendie? Elle maintient une vigilance de tous les instants chez les principaux intéressés contre un sinistre redouté de tous et évité de peu à plusieurs reprises. La sécurité incendie joue ainsi un rôle également moteur dans les transformations techniques du théâtre. Le XIXème siècle marque un constant souci d'amélioration des conditions de confort d'accueil du public. Lors de la reconstruction, à la fin de premier empire, les ouvrages relatifs au chauffage regroupant "pompe, poële, latrines, grilles et châssis, auvent etc adjugés au sieur Poutière (serrurier à Nantes) en avril 1814 ne totalise qu'un montant modeste de 4 487 Francs sur un coût total de la reconstruction avoisinant 500 000 Francs (honoraires d'architecte compris). La salle n'est donc à l'origine chauffée que par les dégagements calorifiques des spectateurs, quelques poêles disséminés dans les foyers, les corridors et loges d'artistes complètent le chauffage dispensé par une dizaine de cheminées. L'arrière-scène reste ouverte à tous les vents, les travaux d'extension et d'intégration d'une salle de bal ayant été abandonnés. En période hivernale, il n'est pas rare que les représentations soient suspendues par des conditions trop rigoureuses. Elles ne seront maîtrisées qu'à l'arrivée d'un système de chauffage centralisé mixte air-eau par calorifère exécuté en 1855 par le fumiste Pierre Rigola Antonietti Entrepreneur local qui exécutera ces ouvrages après avoir pris en concession le chauffage du théâtre en 1848, maintenant pendant cet intervalle vaille que vaille en fonctionnement une installation vétuste présentant des risques élevés. La ville et la direction du théâtre insatisfaites de ses services n'hésiteront pas néanmoins à lâcher l'entrepreneur pour assurer en définitive la maintenance par un employé municipal (décision notifiée le 24 septembre 1858 à Rigolla). Lors de la réouverture en 1814, l'éclairage de la salle est dispensé par un lustre à 8 branches équipé de 42 lampes à huile dotées de bec à quinquet qu'on ne tarde pas à trouver sousdimensionné. Elles seront portées à 56. L'éclairage du théâtre fait l'objet d'une concession à un luminariste. Le sieur Huchon assure cette prestation en 1828 pour un coût de 52 francs par représentation (contrat - Série 4 M carton 57 D 2). Il conservera ce bail jusqu'à l'arrivée du gaz. 7
L'utilisation du gaz pour l'éclairage est envisagée comme une opportunité par le directeur Garnier dès 1828 et fait l'objet d'études comparatives : l'agressivité du gaz obtenu à partir de la distillation de la houille chargé de composés sulfurés est redoutée. Mais l'installation suppose l'implantation d'un gazomètre autonome sur le site ce qui fait notamment reculer les édiles devant les investissements à consentir. Les atermoiements de la municipalité entraîneront la rénovation du lustre défendue par le sieur Huchon, soucieux de conforter son monopole sur la concession de l'éclairage. L'intégration du gaz d'éclairage sera donc différée jusqu'en 1838 date à laquelle une concession est octroyée sur la ville à la Compagnie européenne du gaz. Porté par l'architecte Driollet en avril 1838, le dossier est mené avec célérité et dès la reprise en 1839, les nantais peuvent contempler dans une clarté inespérée les toilettes des galantes. Figure 2 - Projet d'illumination de la façade du théâtre Graslin soutenu par Etienne Coutan - tubes néon colorés. Lemonier, directeur du théâtre, en profite pour inviter la ville à assurer un éclairage au gaz de la place Graslin qui reste sombre en dépit des devantures illuminées des brasseries et cafés environnants. Le théâtre assurant sur ses deniers l'éclairage du parvis et du foyervestibule. L'intégration de l'éclairage électrique se fait sur le même mode. Le directeur en poste, averti des nouvelles techniques et sollicité par différentes compagnies parmi lesquelles Edison et la Société générale des moteurs à air comprimé, tente d'imposer le dossier au conseil municipal qui prudent diffère la décision jusqu'à l'implantation de l'opérateur de la société pour la transmission de la force par l'électricité. Le théâtre continuera ainsi à subir de nombreuses transformations techniques (intégration de la ventilation mécanique, secours incendie, etc.) et altération de la disposition de la salle jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale. Je remercie chaleureusement les Archives municipales et Mme Véronique Guitton en particulier pour leur accueil et leur soutien dans ce travail de recherche. Bruno SUNER Architecte-acousticien Enseignant à l'ecole d'architecture de Nantes Maquette : Chantal GUILLERY et Sophie GUERIN Impression des 250 exemplaires : Centre municipal d édition 8