FUGUER, ERRER, DÉAMBULER DE QUOI PARLE T- ON

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FUGUER, ERRER, DÉAMBULER DE QUOI PARLE T- ON La fugue est la mise en action de la volonté d une personne de quitter volontairement et en pleine conscience son lieu d hébergement habituel. Les altérations cognitives lorsqu elles abolissent le discernement ne permettent donc plus de parler de fugues. L errance regroupe les comportements de personnes désorientées qui déambulent sans but précis. (cf. Larousse, synonyme: ballade) La déambulation est un comportement répété, prolongé et non contrôlé caractérisé par une marche et des déplacements incessants, avec ou sans but. (cf. Mobiqual: la déambulation) L on constate aisément que ce que l on nomme abusivement «fugues» caractérise la perte de repères spatiaux lors d une errance ou encore l expression corporelle d un besoin de sécurité (retrouver un lieu, une personne, un souvenir rassurant).

UN CONTEXTE DE SUR RESPONSABILISATION: La judiciarisation croissante de notre société accroit notre perception de nos responsabilités et l'approche des soins, se décentre des besoins des résidents vers les risques judiciaires potentiels. «Ce qui ne me fait courir aucun risque plutôt que ce qui est bon pour lui» Un cadre jurisprudentiel subjectif favorisant une représentation démesurée du risque judiciaire: «le niveau de surveillance ne saurait être standard et doit être adapté à chaque personne(1)» Des condamnations à des amendes au montant exacerbant la représentation de l importance du risque encouru. (près de 60 000 en 2007 à Toulouse) (1) Ca Aix en Provence 06/07/98, CA Versailles 3e ch. 17/12/1999, CA Rouen 1ère ch. 9/04/03

DES PRATIQUES DE RESTRICTION DE LIBERTÉ INADAPTÉS: Ce contexte favorise l émergence de pratiques d enfermement qui peuvent être: excessives car restreignant l espace de vie à la portion congrue au- delà du risque réel encouru. généralisées de façon abusive à des résidents ne présentant pas de risque d errance. parfois maltraitantes lorsque les sédatifs ou les contentions sont utilisées au détriment de l intérêt de la personne. parfois dangereuses lorsqu elles font fi des règles de sécurité incendie. Stigmatisantes lorsque les personnes portent sur elles le signe de leur enfermement. Ces pratiques sont souvent dénoncées dans la presse ou encore par le contrôleur général des lieux de privation de liberté et concernent potentiellement 88% des EHPAD.(enquête 2009 fondation Médéric)

LIBERTÉ ET SÉCURITÉ : CONCILIER L INCONCILIABLE Les personnes âgées résidant en EHPAD sont, comme tout un chacun, libres de leurs mouvements. Les déficits cognitifs des personnes démentes justifient qu on les protèges des conséquences de l altération de leurs facultés de discernement. Les EHPAD ont des obligations légales et réglementaires de surveillance particulière liée au nécessaire maintien de la sécurité des résidents sans pour autant disposer des outils juridiques légitimant le recours à la contrainte.

REVUES DES MOYENS EXISTANTS: Les réponses concrètes aux risques liés à l errance sont diverses: Collectives ou individuelles. Humaines ou matérielles. Gérontotechnologiques ou architecturales.

LA PRÉSENCE HUMAINE Avantages Recommandé par le jury de la conférence de consensus de 2004 Respect de la liberté Maintien du contact humain Accompagne le déplacement de la personne et trouve un sens à celui- ci Réponse rapide et adaptée pour les résidents Inconvénients Peu réaliste Coûteux Possible épuisement de la personne qui gère les entrées et sorties Renforce le sentiment d interdit pour les résidents qui se voit refuser l accès plusieurs fois par jours Réclame des moyens humains importants et un environnement favorable

LES PORTES À CODE Avantages Moyen assez sûr Empêche les patients déambulant de sortir par inadvertance Coût restreint pour une unité (2500 à 5000 par porte à sécurisé) Pas de maintenance Ne stigmatise personne en particulier Mieux encore si la porte possède un trompe- œil Inconvénients Dispositif collectif donc inadapté à la plupart des résidents. Restreint les échanges avec l extérieur et stigmatise l unité. La confrontation à l interdit majore l agitation psychique et peut générer de l agressivité «le chat enfermé devient un tigre» Le code doit être changer régulièrement. Difficulté pour les visiteurs de distinguer résidents et visiteurs. Pratique dénoncée par les autorités éthique et gouvernementale

LA VIDÉOSURVEILLANCE Avantages Ne stigmatise personne en particulier Coût de mise en œuvre dépendant du nombre d accès. (entre 500 et 1000 par accès) Possibilité de transmettre rapidement le signalement de la personne perdue. Inconvénients Mise en garde de la CNIL contre des surveillances individuelles Affecte le droit à la vie privée, le droit à l image. Possibilité de détourner l usage pour d autres surveillances (salariés)

L ARCHITECTURE DES UNITÉS ADAPTÉES: Bâtiments dans lesquels la sortie des unités adaptées passe par des chicanes assombries Avantages Ces aménagements ne retreignent pas la liberté de mouvement. Peu onéreux si envisagés à la conception. Pas de maintenance. Ne limite pas la venue de visiteurs. Ne stigmatise pas l unité au sein de la résidence. Inconvénients La mise en œuvre ne peut se faire qu à la conception et un surcoût existe. Certains résidents parviennent à passer la chicane de sortie. La fiabilité n est donc pas absolue.

PUCES RFID SUR VÊTEMENT Micro- puces, thermocollées sur le linge des résidents. Même principe que les antivols des magasins. Avantages Dispositif individuel Discret et non stigmatisant Le tarif des puces est bas (0.50 pièce) Liberté d aller et venue au sein de la résidence. Ne limite pas l ouverture au reste de la résidence Inconvénients Dispositif onéreux, 3000 à 4000 par accès à sécuriser. Remplacement régulier des puces. Sécurisation limitée au périmètre des bornes. Risque de restriction de mouvement en dehors du périmètre (Parc, jardins, etc.)

PUCES RFID ET BALISES:

MONTRE ÉLECTRONIQUE (VIVAGO) Avantages Inconvénients Dispositif individuel Liberté d aller et venue au sein de la résidence. Possibilité de surveillance de certaines constantes et fonction appel malade. Système de détection de chute intégré. L aspect d une montre limite la stigmatisation du dispositif. Peu de maintenance. Modèles peu esthétiques Le coût (environ 60 000 par établissement, une partie pouvant être financée par CNR de l ARS - 20 000 - ) La personne porte sur elle le signe de son enfermement

MONTRE ÉLECTRONIQUE (VIVAGO)

SYSTÈMES DE GÉOLOCALISATION ceintures «géotaunome» Avantages Coût réduit à l achat (390 ) Dispositif individuel Fonctionne partout Permet de concilier la sécurité et la liberté La maintenance est réduite du fait d une autonomie de 10 jours environ. Discret sous un pull (mais l été?) Inconvénients Nécessite d être enlevé la nuit L abonnement au service d alerte à 40 /mois atteint la liberté de mouvement L acceptabilité est moyenne car en dehors des usages habituels Les délais de localisation longs selon l endroit où se trouve la personne (maximum 30 min)

ceintures «géotaunome»

SYSTÈMES DE GÉOLOCALISATION Montres «Keruvé» : 1200 le terminal et une montre, 500 les montres suivantes) Coût réduit Avantages Dispositif individuel Permet d accorder et de concilier la sécurité et la liberté Généralement bien accepté par la personne. Elles ne peuvent être enlevées contrairement aux puces RFID, chaussettes et baskets. L aspect d une montre ne stigmatise peu les personnes. Inconvénients Manipulations assez fréquentes (3-4 jours) pour recharger Inefficace pendant les périodes de charge atteint la liberté de mouvement Les délais de localisation longs selon l endroit où se trouve la personne (maximum 30 min) Le terminal se doit d être à portée

montres «Kéruve» et terminal

PRÉVENTION ET BON SENS: Un protocole en cas de disparition d un résident doit être établi en accord avec la gendarmerie ou la police, et communiqué à l ensemble des salariés. La plupart du temps le résident égaré est retrouvé dans l établissement ou à ses abords proches. Le délai de réaction après le signalement de la disparition est primordial. L accès à un moyen de transport pouvant rapidement étendre le périmètre de recherche.

Il semble en toute situation préférable de recentrer l approche du soin sur les besoins des résidents sans se focaliser sur les risques encourus par l EHPAD. La pédagogie doit prévaloir afin que tous: professionnels, familles et entourage acceptent de renoncer, d une part au «risque zéro» et d autre part à la liberté absolue. Une analyse plus fine des comportements d errance peut permettre : de mieux répondre aux attentes qui les sous- tendent afin d y répondre différemment, de tracer les parcours de déambulation extérieurs afin de pouvoir rapidement retrouver les personnes en cas d absence prolongée. En tout état de cause, l obligation de mise en place de dispositifs de sécurisation doit se faire en mesurant l impact pour le plus grand nombre.

Merci pour votre attention