ACADÉMIE NATIONALE DE PHARMACIE



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ACADÉMIE NATIONALE DE PHARMACIE SANTÉ PUBLIQUE - MÉDICAMENT - PRODUITS DE SANTÉ - BIOLOGIE - SANTÉ ET ENVIRONNEMENT Fondée le 3 août 1803 sous le nom de Société de Pharmacie de Paris Reconnue d utilité publique le 5 octobre 1877 «La vaccination : un acte individuel de prévention pour un bénéfice collectif» Séance thématique sous l égide de la 3 ème section (sciences biologiques) sous le haut Patronage de la Ministre des Affaire sociales et de la Santé Mercredi 17 octobre 2012 à 9 h 15 Salle des Actes Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques Université Paris Descartes 4 avenue de l Observatoire Paris 75006 9 h 15 Accueil, Pr Jean-Paul CHIRON, Président de l Académie nationale de Pharmacie 9 h 30 Ouverture, Jean-Yves GRALL, Directeur général de la Santé, Ministère des Affaires sociales et de la Santé Modérateurs de la journée: Pr François DENIS, Professeur émérite, Faculté de médecine, Limoges Pr Christian PERRONNE, Professeur de Maladies infectieuses et tropicales, Chef de Département à l Hôpital Raymond Poincaré à Garches, AP-HP, Université de Versailles - St Quentin, Président de la Commission spécialisée Maladies transmissibles du Haut Conseil de la Santé publique, Vice-Président d ETAGE à l OMS (ETAGE = European Technical Advisory Group of Experts on Immunization) 10 h 00 «Utilisation des données de surveillance pour l'élaboration de la politique vaccinale» Dr Isabelle PARENT DU CHÂTELET, Médecin épidémiologiste, Unité Maladies à Prévention Vaccinale, Département des Maladies Infectieuses, Institut de Veille Sanitaire La surveillance épidémiologique des maladies à prévention vaccinale vise à collecter des données dont l analyse contribue à l élaboration de la politique de prévention vaccinale incluant la définition ou la révision de stratégies de vaccination. Elle permet d estimer l impact des vaccinations en termes de morbidité, de séquelles ou de mortalité évitées. Elle permet également l identification d éventuels effets épidémiologiques indirects liés à l immunité de groupe. Ces effets sont le plus souvent bénéfiques (diminution du risque de maladie chez les sujets non vaccinés par réduction de la circulation de l agent pathogène, élimination de la maladie sans atteindre 100 % de couverture vaccinale ). Ils peuvent cependant être défavorables (déplacement de l âge des cas vers des âges où la maladie est plus sévère, phénomène de remplacement séro ou génotypique ). Elle est avec la surveillance des effets secondaires une des composantes essentielles de la balance bénéfice/risque de toute vaccination et contribue également aux analyses médico-économiques des vaccins. Les modalités de surveillance d une maladie sont souvent évolutives pour s adapter aux modifications de l épidémiologie de la maladie induite par la vaccination ellemême. En France, la surveillance des maladies à prévention vaccinale ne repose pas essentiellement sur la déclaration obligatoire mais aussi sur les centres nationaux de référence, des réseaux de laboratoires ou de OJ séance 17 octobre 2012 VF du 2012.09.28 Page 1/6

cliniciens volontaires, des bases de données médico-administratives comme le PMSI ou la base des certificats de décès, des systèmes de surveillance syndromique ou des enquêtes épidémiologiques ponctuelles. A l échelle supra-nationale, la prévention des maladies transmissibles nécessite une approche globale et coordonnées des pays. Des dispositifs de surveillance comportant un volet virologique ou bactériologique sont mis en place à l échelle planétaire par l OMS. En Europe, l ECDC, en lien avec le bureau régional de l OMS, est au centre d un réseau des structures chargées dans les états-membres de collecter les données épidémiologiques et de les utiliser pour identifier les mesures de contrôle les plus adaptées. Pour illustrer l utilisation des données épidémiologiques dans l élaboration de la politique vaccinale, plusieurs exemples concernant la France seront présentés. Ces exemples montreront comment l évolution des caractéristiques d une maladie ou d un vaccin a conduit à adapter ou modifier des recommandations dans le calendrier vaccinal. 10 h 25 «Cadre actuel de l'évaluation du bénéfice-risque de la vaccination» Dr François SIMONDON, Médecin épidémiologiste, Directeur Exécutif, Département d'épidémiologie, Sanofi Pasteur MSD, Lyon L'évaluation de la balance bénéfice-risque a toujours été le référentiel dans le programme de développement des médicaments et des vaccins, lors des différentes phases du développement clinique, lors de l'évaluation pour l'approbation de l'autorisation de mise sur le marché puis de son maintien. Le cadre actuel de cette évaluation et plus spécifiquement son évolution sont discutés notamment au niveau de la nouvelle réglementation Européenne en pharmacovigilance. Actuellement, aucune méthode standard n'est recommandée et une adaptation pour une mise en pratique est une étape nécessaire. Cette adaptation suscite des interrogations, à la fois théoriques, ou de principe, et pratiques, parfois même spécifiques au domaine des vaccins. La principale évolution porte sur la démarche de quantification de l'analyse bénéfice/risque, jusqu'alors essentiellement qualitative, s'appuyant sur la prise en compte des bénéfices par rapport aux risques, qu'ils soient certains mais aussi incertains. Une autre évolution porte sur l'aspect dynamique, au cours du temps, de cette nouvelle évaluation bénéfice/risque. La démarche de quantification de l'analyse bénéfice/risque impliquera des choix sur les différentes méthodes utilisées, comme l'analyse de décision multicritères et sur la pondération des données prises en compte. Elle pose aussi la question de son apport à la prise de décision, en complément et soutien à l'analyse bénéfice/risque qualitative, plutôt que visant à la remplacer. L'aspect dynamique de cette évaluation bénéfice/risque se traduit par son suivi périodique lors de l'utilisation des vaccins dans le cadre de programmes de vaccination. Ce suivi pose la question du référentiel de bénéfice en santé publique: la vaccination diminuant l'incidence de la maladie, le bénéfice en santé publique ne diminue-t-il pas le bénéfice individuel? Ce suivi, également, de part sa dimension en santé publique, implique la contribution de différents intervenants, publics et privés, ce qui nécessite de préciser leurs contributions respectives, leurs responsabilités, et leur mode de collaboration. Plusieurs projets européens initiés par l'agence européenne du médicament s'y rapportent, comme le nouveau projet de l'imi (Innovative Medicines Initiative) sur le bénéfice/risque de la vaccination : «Developing a framework for rapid assessment of vaccination benefit/risk in Europe». 10 h 45 Discussion 10 h 55 «Efficacité des vaccinations vétérinaires dans l'éradication des zoonoses» Pr Hervé BAZIN, Professeur émérite, Faculté de Médecine de Louvain, membre de l Académie Vétérinaire de France et membre correspondant de l Académie Nationale de Médecine Il existe actuellement au moins 400 à 500 zoonoses répertoriées, certaines classiques comme la rage, la brucellose, la tuberculose (Mycobacterium bovis), le monkey-pox ; d autres sont d apparition récente comme le SRAS (Severe Acute Respiratory Syndrome), la maladie de Creutzfeld-Jacob, la grippe aviaire, etc. Pourquoi tant de zoonoses? Sont-elles susceptibles d être éradiquées grâce aux vaccinations? A ces questions, il existe des réponses d une part, plus ou moins applicables de manière générale, d autre part, à caractère individuel. 1. Plusieurs facteurs contribuent à l augmentation du nombre de zoonoses, à leur diffusion et à la nouveauté de certaines de leurs caractéristiques - La croissance de l humanité. - Les comportements des hommes à l égard des animaux, à la ville et à la campagne. - Les germes impliqués dans les zoonoses d origine alimentaire et leur origine. - Les caractéristiques des animaux susceptibles d induire des zoonoses. - Les moyens de lutte contre les zoonoses et la place de la vaccination. OJ séance 17 octobre 2012 VF du 2012.09.28 Page 2/6

- Les propriétés requises d un candidat vaccin susceptible d emploi pour l éradication de zoonoses. - Les comportements en fonction des situations. 2. L emploi des vaccinations au cours des éradications de zoonoses. - Quelques exemples d emploi de vaccins dans l éradication des zoonoses. - Un exemple intéressant : la rage. - La situation mondiale. - La situation européenne. - Le modus operandi, en Europe occidentale. 3. De la théorie à la pratique : un essai difficile et malheureux : la grippe porcine aux États-Unis en 1976-1977. Conclusion : L élaboration de plans d action en période de répit. Un souhait «une santé, une médecine» déjà exprimé, en 1903, par Theobald Smith, Président de la «Society of the American Bacteriologists», mais toujours peu appliqué. 11 h 10 «L éradication mondiale de la poliomyélite. Progrès, retards, difficultés» Pr Michel REY, Professeur honoraire, Faculté de Médecine de Clermont-Ferrand (Maladies infectieuses et tropicales), Président de la Commission nationale de certification de l éradication de la poliomyélite en France, membre correspondant de l Académie Nationale de Médecine Vieux fléau de l humanité, la poliomyélite est une maladie infectieuse, invalidante plus que meurtrière, agent de paralysies flasques définitives. Elle est due au poliovirus (3 sérotypes), enterovirus à transmission orale interhumaine. Elle est éradicable, car sans réservoir autre que l homme. Deux bons vaccins trivalents sont disponibles : le vaccin Salk (1953,), inactivé, injectable, stable, efficace et bien toléré (IPV), et le vaccin Sabin (1962), vivant, facile à administrer oralement, peu onéreux, efficace sous réserve de certaines conditions, mais susceptible de redevenir - rarement - neuropathogène. La mise en place par l OMS de la lutte à l échelle mondiale contre la polio s est faite en deux étapes, en 1975 avec le programme élargi de vaccination (PEV) dans les pays en voie de développement (PVD), et en 1988, avec le lancement du programme d éradication mondiale, lancement encouragé par le succès de l éradication mondiale de la variole qui avait été confirmée en 1980. Des progrès considérables ont été obtenus à la suite de la mondialisation de la vaccination par OPV. A partir des 500 000 cas annuels de paralysies définitives estimés dans le monde en 1975, il ne restait plus en 2011 que 650 cas déclarés, et en septembre 2012, 134 cas déclarés (dans 4 pays encore contaminés (Nigeria, Tchad, Pakistan, Afghanistan). Mais l éradication mondiale, souhaitée par l OMS en 2000, est retardée, en raison de plusieurs difficultés. La surveillance des paralysies flasques aigües (PFA) dans les PVD n est pas toujours rigoureuse. La couverture vaccinale s avère insuffisante, parfois en recul, dans certains pays. Le refus historique de la vaccination (accusée de stériliser les femmes et d inoculer le SIDA) au Nord-Nigeria en 2003, a été suivi d une épidémie dramatique, et de la recontamination de 25 pays. Le financement international, en grande partie privé, des campagnes de vaccination de masse s est quelque peu essoufflé. En fait la polio s avère une maladie infectieuse beaucoup plus difficile à éradiquer que la variole. La grande majorité des infections est inapparente ou difficilement détectable. Le vaccin OPV trivalent est irrégulièrement efficace, il a du être souvent remplacé par des vaccins monovalents 1 et 3, ou bivalents, la multiplication des doses s avère nécessaire, surtout dans les PVD intertropicaux. Son remplacement par le vaccin inactivé (plus efficace, mais plus onéreux, à introduire dans le PEV) est souhaité. Si l éradication mondiale espérée est obtenue, la post-éradication devra être gérée : jusqu à devra-t-on poursuivre la surveillance des paralysies polio et de la circulation inapparente des poliovirus, et jusqu à quand faudra-t-il maintenir la vaccination? 11 h 30 Discussion 11 h 50 «Variabilité et modulation de la réponse immunitaire aux vaccins» Pr Jean-Daniel LELIÈVRE, Service d Immunologie clinique ; Directeur de l Unité INSERM U 955, CHU Henri Mondor - Créteil, Centre de vaccination anti-vih (Agence Nationale de Recherche sur le Sida) La sensibilité aux infections et à la vaccination contre des agents pathogènes sont très variables d un individu à l autre. Un certain nombre de déterminants influençant cette variabilité sont d ores et déjà connu. Ainsi l âge, l existence d un déficit immunitaire connu et la nature du vaccin sont des éléments importants modulant la réponse immunitaire à la vaccination. Il est à noter que la caractérisation de cette réponse immunitaire repose en pratique très souvent sur la seule mise en évidence de l apparition d anticorps neutralisants qui sont souvent plus des marqueurs de corrélation statistique que des marqueurs de corrélation clinique. OJ séance 17 octobre 2012 VF du 2012.09.28 Page 3/6

L objectif premier de cette présentation est de détailler ces différents déterminants en expliquant comment ils peuvent influencer des stratégies vaccinales. Un autre objectif est de mettre en perspective les possibilités offertes via de nouvelles avancées technologiques de mieux caractériser dans l avenir les réponses immunitaires aux vaccins et les facteurs (génétiques, épigénétiques et environnementaux) qui participent à cette hétérogénéité. La connaissance de ces facteurs pourraient ainsi permettre demain de mieux cibler les populations cibles des stratégies vaccinales et/ou de mieux définir les adjuvants nécessaires à l amélioration de la réponse vaccinale dans une population donnée. 12 h 10 Discussion 12 h 30 Pause déjeuner 14 h 00 «Les nouveaux adjuvants : le bon choix selon la réponse vaccinale recherchée» Dr Arnaud DIDIERLAURENT, Responsable de recherche sur le mode d action des adjuvants, Unité de recherche en vaccinologie, GlaxoSmithKline Vaccins, Rixensart, Belgique La vaccinologie moderne n est pas exempte de challenges. Des vaccins efficaces contre des pathogènes complexes ou destinés aux patients immuno-déficients restent à développer. Le type de réponse immunitaire à induire dans ce contexte nécessite de moduler la réponse vaccinale, notamment par l utilisation d adjuvants. Les adjuvants mettent en jeu des processus d activation similaires à ceux intervenant lors d infections par des organismes pathogènes, généralement en activant les cellules de l immunité innée. Ceci se traduit par une activation des cellules présentatrices de l antigène et par la stimulation des cellules T dans les ganglions lymphatiques. La combinaison de plusieurs molécules immunostimulantes offre la possibilité d orienter la réponse vaccinale en modulant la réponse immunitaire innée. GlaxoSmithKline Vaccines a développé plusieurs adjuvants à partir de ce concept, dénommés systèmes d adjuvants (AS), et basés sur l utilisation de plusieurs combinaison d immunostimulants afin d induire la réponse immunitaire la mieux adaptée à la maladie ciblée. Le processus de sélection de ces AS sera illustré par le développement clinique du candidat vaccin anti-malaria. Ce vaccin, qui cible la phase préérythrocytaire du parasite, est composé de l antigène RTS,S et d AS01 (AS contenant MPL et QS21), une combinaison d immunostimulants sélectionnée sur la base de résultats précliniques et cliniques, notamment dans un modèle humain de challenge avec le parasite. Ces dernières années, l accroissement des connaissances sur les mécanismes qui régissent la réponse immunitaire a permis une meilleure compréhension du rôle des adjuvants et des AS. Chaque nouveau candidat vaccin sera unique et nécessitera une évaluation précise, aussi bien préclinique que clinique, de l adjuvant ou la combinaison d immunostimulants qui lui sera adjoint, et ce en fonction de l antigène. Cette approche rationnelle devrait permettre l émergence de nouveaux produits vaccinaux pour la prévention des maladies contre lesquelles des vaccins efficaces ne sont pas encore disponibles. Dr Jean HAENSLER, Directeur adjoint, Département Discovery Europe, Sanofi Pasteur Les adjuvants sont des produits destinés à augmenter ou à moduler les réponses immunitaires induites par des antigènes vaccinaux. Ils sont devenus indispensables pour le développement de vaccins à base d antigènes recombinants ou synthétiques, hautement purifiés, qui ne possèdent pas le pouvoir intrinsèque requis pour induire une réponse immunitaire protectrice. Ils sont importants aussi pour l amélioration de vaccins existants. Les adjuvants forment une classe de substances très hétérogène qui peut néanmoins être subdivisée en trois grands groupes : 1. les adjuvants à base de particules (micro- et nanoparticules) qui servent à piéger les antigènes au site d administration et à augmenter leur délivrance dans les cellules présentatrices d antigènes tout en activant ces cellules ; 2. les adjuvants basés sur des composés qui stimulent l immunité via les récepteurs du système immunitaire inné ; 3. les adjuvants ou systèmes adjuvants basés sur la combinaison des deux précédents. Le développement de vaccins antigrippaux adjuvés, efficaces notamment contre les pandémies grippales, illustre le rôle des nouveaux adjuvants dans l élargissement de la couverture vaccinale contre une infection virale en augmentant la protection croisée et la séroconversion de populations réfractaires aux vaccins classiques tout en permettant la diminution de la charge antigénique dans le vaccin. Le développement de nouveaux vaccins adjuvés pose néanmoins de sérieux défis en matière de contraintes réglementaires de qualité et d innocuité et de coût de développements cliniques et industriels. 14 h 30 Discussion OJ séance 17 octobre 2012 VF du 2012.09.28 Page 4/6

14 h 40 «Vaccin contre la dengue : espoirs pour demain» Dr Rémy TEYSSOU, Dr Jean LANG, Affaires Médicales Globales, Sanofi Pasteur, Lyon Introduction La dengue est un problème majeur de santé publique dans les régions intertropicales. Il n existe pas de traitement spécifique et la prévention repose uniquement sur le control vectoriel. Sanofi Pasteur développe depuis 1998 un vaccin vivant atténué tétravalent, qui atteint aujourd hui les dernières étapes de développement clinique (études d efficacité) et de mise en œuvre de son outil production industrielle. Ce vaccin est administré en 3 doses (0 6 12 mois) avec pour objectif prioritaire la prévention de la maladie dans les zones endémiques. La première étude d efficacité de ce vaccin a débutée en février 2009, chez des enfants de 4 à 11 ans en Thaïlande dans la province Ratchaburi. Les résultats viennent d être publiés dans la revue The Lancet, le 11 septembre 2012. http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/piis0140-6736(12)61428-7/fulltext - http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/piis0140-6736(12)61510-4/fulltext) Résultats de l étude d efficacité Le vaccin a montré une protection contre trois des quatre sérotypes et une absence d efficacité contre le sérotype 2, malgré une réponse en anticorps neutralisant mesurée par le test PRNT 50 satisfaisante et comparable à celles observées dans les études précédentes. Les résultats confirment un excellent profil de tolérance. Conclusion C est la première fois qu un vaccin candidat contre la dengue montre une efficacité clinique. Ces résultats ainsi que le bon profil de tolérance représentent une avancée majeure dans le contexte des objectifs de l OMS pour la dengue (réduction de 50 % de la mortalité et de 25 % de la morbidité de la maladie d ici 2020) L absence d efficacité contre le sérotype 2, dans un environnement épidémiologique particulier et malgré une bonne réponse en anticorps neutralisant est inattendue et nécessite de nouvelles investigations. Deux autres études d efficacité dans 10 pays d Asie et d Amérique Latine sont actuellement en cours, incluant 30 000 enfants de 2 à 16 ans (10 000 en Asie et 20 000 en Amérique Latine). Les résultats de ces études permettront de préciser le profil d efficacité du vaccin. 15 h 00 «Actualité sur le développement des vaccins contre le VIH» Pr Brigitte AUTRAN, Chef du Département d Immunologie, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Université Pierre et Marie Curie, UMR-S 945 Immunité et Infection, membre du Haut Conseil de Santé Publique, membre du Global Advisory Committee on Vaccine Safety de l OMS La quête d un vaccin contre le VIH se heurte à des échecs répétés malgré de longues et intensives recherches débutées dès l isolement du virus, échecs en grande partie expliqués par la biologie de ce rétrovirus constamment létal et dont aucun cas de guérison spontanée n a jamais été rapporté. Trois obstacles majeurs s opposent à un vaccin préventif efficace contre le VIH: l intégration immédiate et définitive du virus dans le génome des cellules immunes cibles, l extraordinaire diversité virale et les contraintes structurelles de l enveloppe virale lui permettant d échapper aux anticorps neutralisants. Ces derniers sont un élément clé du succès des stratégies classiques des vaccins prophylactiques recommandés aujourd hui contre les autres pathogènes, explicitant ainsi les échecs des méthodes Jennérienne et Pasteuriennes de vaccins atténués, inactivés ou sous-unitaires protéiques dirigés contre le VIH. Ces recherches infructueuses ont conduit à l élaboration de nouvelles stratégies basées sur l induction de cellules T tueuses anti-vih, visant à prévenir l évolutivité de la maladie plus qu à bloquer la pénétration du virus, sur un modèle proche du BCG. Des candidats vaccins, soit chimiques utilisant des peptides, voire des lipopeptides, ou des acides nucléiques (ADN) nus, soit basés sur des vecteurs viraux recombinants non réplicatifs, souvent combinés dans des stratégies dites de «prime-boost», ont donné des résultats prometteurs dans des modèles simiens. Ils ont été évalués au cours des dix dernières années dans de larges essais internationaux de phase II avec des résultats totalement paradoxaux. En effet l essai STEP évaluant le candidat vaccin le plus prometteur quant à sa capacité d induction de cellules T tueuses basé sur un adénovirus-recombinant a été définitivement arrêté en cours d essai du fait du sur-risque d infection associé à la vaccination. Par contre un très large essai (RV-144) évaluant une stratégie de «prime-boost» utilisant un vecteur pox-virus recombinant associé à une protéine d enveloppe, jugés par certains moins prometteurs, a permis de façon historique d obtenir le premier succès dans l histoire du développement d un vaccin anti-vih, succès modeste puisque seuls 30% de la population vaccinée était protégés. Ces résultats spectaculaires ont induit un renversement complet d objectifs et de stratégies. Ainsi les succès de l essai RV-144 ont réhabilité l objectif d un vaccin prophylactique bloquant l invasion virale et du rôle OJ séance 17 octobre 2012 VF du 2012.09.28 Page 5/6

clé des anticorps, alors que les échecs de STEP ont montré qu une stratégie de «prime-boost» inductrice à la fois d anticorps et de cellules T était préférable à une stratégie d induction de cellules T seules. Depuis, les recherches se sont ré-orientées de façon massive vers les anticorps, soit neutralisants et à très large spectre, grâce à des travaux très intensifs de vaccinologie structurale menés essentiellement aux USA combinant cristallographie et immunologie de très haut niveau, soit pourvus d autres fonctions protectrices, plus menés en Europe. D autres approches visant à l induction, nécessaire, de cellules T utilisent soit des vecteurs réplicatifs très prometteurs, soit de nouveaux modes de vectorisation et cherchent à cibler les régions les plus conservées du génome viral. S il apparait aujourd hui indiscutable pour un vaccin prophylactique contre le VIH d induire des anticorps protecteurs, aucune formulation vaccinale ne s en est encore montrée capable. La quête d un vaccin préventif efficace nécessitera l apport de stratégies combinées et reste encore un objectif à long terme imposant le maintien d une recherche active dans ces domaines. 15 h 20 Discussion 15 h 40 «Rôle du pharmacien dans l'éducation du patient à la vaccination» Pr Pierre BÉGUÉ, Professeur émérite de Pédiatrie, Université Pierre et Marie Curie, Paris, membre de l'académie Nationale de Médecine En France, la vaccination est un acte médical et le vaccin est un médicament: médecin et pharmacien sont donc complémentaires. La vaccinologie et le geste vaccinal se sont transformés depuis 50 ans, le nombre de vaccins du calendrier passant de 5 à 16 vaccins et la perception de la vaccination dans la société se transformant profondément. Il en résulte une difficulté pour obtenir une couverture vaccinale suffisante pour certains vaccins, ce qui justifie une réflexion sur le renforcement et l amélioration de la pratique vaccinale quotidienne. La tâche des médecins praticiens généralistes et pédiatres s est également transformée, voire alourdie, et la désertification de certaines régions est à prendre en considération. L ensemble des professions de santé devrait donc contribuer à l accomplissement des recommandations vaccinales. Le pharmacien, par sa formation et par sa présence bien répartie sur le territoire, est au premier plan pour contribuer à cette nécessaire amélioration. Vus sous l angle du médecin le rôle du pharmacien est multiple: d une part, il doit approvisionner et bien conserver les vaccins, d autre part il a un rôle très important dans le «conseil». Ce conseil s exerce à plusieurs niveaux: rappel du calendrier vaccinal, orientation des personnes vers le médecin, information sur l intérêt d un vaccin et sur le rationnel des recommandations du calendrier vaccinal, conseils de conservation du vaccin au moment de la délivrance du produit, contribution à la surveillance des effets adverses des vaccins. Lors de campagnes vaccinales ou en situation épidémique (par ex : la grippe) la place du pharmacien est importante et à renforcer. Pour chacune de ces actions il est indispensable que la formation des pharmaciens et des médecins soit régulièrement évaluée et que l information soit parfaitement coordonnée entre eux, pour préserver la confiance du public dans le geste vaccinal. Isabelle ADENOT, Président du Conseil national de l Ordre des Pharmaciens, membre correspondant de l Académie nationale de Pharmacie Isabelle ADENOT introduira brièvement son propos en rappelant l'obligation de "contribuer à l'information et à l'éducation du public en matière sanitaire et sociale" (article R4235-2) inscrite dans le code de déontologie des pharmaciens, pour se demander ensuite de quelle manière le pharmacien peut agir dans l'éducation à la vaccination. Isabelle ADENOT évoquera tour à tour, à partir des besoins de la population, les atouts du pharmacien, son rôle consistant avant tout à informer et mobiliser - avec un petit tour d'horizon du rôle du pharmacien dans la vaccination en Europe - et enfin les moyens dont il dispose pour agir. Parmi ces moyens, Isabelle ADENOT abordera notamment les possibilités offertes par le Dossier pharmaceutique en termes de suivi vaccinal et présentera les brochures proposées par le Cespharm (Comité d éducation sanitaire et sociale de la pharmacie française). 16 h 10 Discussion 16 h 30 Conclusions et perspectives, Dr Liliane GRANGEOT-KEROS, membre de l Académie nationale de Pharmacie 16 h 45 Clôture, Pr Jean-Paul CHIRON, Président de l Académie nationale de Pharmacie OJ séance 17 octobre 2012 VF du 2012.09.28 Page 6/6