Les conséquences de la violence sexuelle
Les violences sexuelles ont de profondes répercussions à court et long termes sur la santé physique des victimes. Elles peuvent causer des blessures corporelles allant de contusions légères à une invalidité permanente, provoquer des problèmes de santé sexuelle et reproductive et être à l origine de maladies sexuellement transmissibles ou de grossesses non désirées. Les conséquences pour la santé mentale sont tout aussi graves et peuvent produire des effets négatifs durables, y compris des dépressions, des tentatives de suicide et un Etat de Stress Post-Traumatique. En outre, de tels actes influent sur le bien-être social des victimes, celles-ci étant souvent stigmatisées et parfois mises au ban de la société. Outre les conséquences pour la victime elle-même, les violences sexuelles ont des répercussions directes sur le bien-être de la famille et de la communauté. Les conséquences principales Les conséquences peuvent être nombreuses mais les principales sont les suivantes, sans que cette liste soit tout à fait exhaustive : baisse de l'estime de soi, manque d'assurance et de confiance en soi ; sentiment de saleté et de honte ; difficultés sexuelles (abstinence ou errance, désordre de la libido, rapports sexuels douloureux...) ; difficultés relationnelles (engagement amoureux impossible, agressivité, isolement social, violences conjugales avec ou sans viols conjugaux, dégoût ou haine des hommes...) ; difficultés somatiques et psychosomatiques (problèmes gynécologiques, de dos ; soins dentaires refusés ; lavements fréquents ; douleurs au ventre ou à l anus...) ; difficultés autour de la maternité (grossesses angoissées, stérilité psychogène, craintes non maîtrisées autour de la pédophilie...) ; conduites addictives et d autodestruction (anorexie, boulimie, automutilation, tentatives ou Page 2
idées suicidaires, automédication abusive...) ; diverses pathologies psychiques (dépression, psychoses, mal-être généralisé, sentiment de culpabilité dévorant, sentiment de vide et non-sens, dégoût de soi, de son corps, de son image dans le miroir...) ; les difficultés professionnelles (abandon du travail, chômage, stagnation, instabilité, périodes SDF, échec scolaire...) ; les hospitalisations répétées, spécialement en psychiatrie. L'amnésie traumatique Dans certains cas, en particulier lorsque la victime a été agressée jeune, elle peut souffrir d'amnésie traumatique : il s'agit d'une des conséquences psychiques possibles, parmi les autres. Cet oubli est une forme de refoulement qui permet en quelque sorte à la victime de survivre à l'insupportable : cependant, les conséquences des agressions restent entières et identiques (voir liste ci-dessus) à cette différence de taille que la victime ne les comprend pas tant que le souvenir n'est pas venu les éclairer rétroactivement. Tôt ou tard, les souvenirs et les images remontent, plus ou moins fragmentés et complets. Cette opération psychique se réalise systématiquement à la faveur d'un ou plusieurs événements : événement en lien avec la maternité (grossesse, accouchement, par exemple), événement familial (réunion familiale, mariage, divorce, naissance), rencontre amoureuse, relation sexuelle, film ou émission télévisée,... ou un événement apparemment sans aucun lien avec l'agression sexuelle. Une psychothérapie ou une analyse favorise la résurgence des souvenirs. Lorsque les souvenirs remontent (sous forme de flashs, d'images incontrôlées, de cauchemars,...par exemple), la victime a souvent du mal à faire la part des choses entre le réel et l'imaginaire : cette découverte ou redécouverte est la plupart du temps traumatisante et très douloureuse. Elle cherche parfois à savoir s'il est possible d'oublier pareil événement, comme un viol ou des agressions sexuelles... Dans d'autres cas, la victime n'a aucun doute sur les faits mais les souvenirs peuvent rester incomplets : pas de souvenirs de l'agresseur, des conditions Page 3
des agressions, des détails, par exemple. Les conséquences des violences Les psycho traumatismes Les personnes victimes des violences se sentent particulièrement seul(e) et : être dans une très grande souffrance psychique et physique, en proie à des flash-back, des pensées, des sensations et des images liées aux violences qui s'imposent à vous, à des cauchemars fréquents. sentir déconnecté(e), avec un sentiment de vide, de dépersonnalisation, de culpabilité, de honte, d'être étranger au monde, avoir une perte de confiance et de l'estime de vous sentir en état de danger permanent, hypervigilant(e), très anxieu(se), avec des attaques de panique, des évitements phobiques ; sentir irritable avec des colères explosives, dépressif(ve), en retrait social, affectif, intellectuel ; en échec scolaire, professionnel ; présenter des troubles de la mémoire, de la concentration et de l'attention, et aussi des troubles du sommeil, de la sexualité. être en prise avec des comportements et des conduites qui s'imposent à elles q elle ne comprennent pas, comme des conduites à risque, des mises en danger, des conduites aggressives et/ou auto-aggressives (tentatives de suicide, automutilations), des conduites addictives (alcool, drogue, tabac, médicaments, jeux, sexualité), des troubles alimentaires (anorexie et/ou boulimie). la vie peut être un état de guerre permanente, sans espoir d'en sortir. Il s'agit de conséquences normales sur la santé ou sur la santé mentale de situations anormales (les violences), avec des troubles psychiques spécifiques comme l'état de stress posttraumatique. Les mécanismes des psychotraumatismes La mémoire traumatique Page 4
La victime peut croire d être "inadapté(e) à la vie", "particulièrement fragile" ou" né(e) comme ça", ce n'est pas le cas : tous ces symptômes et comportements s'expliquent et sont les conséquences habituelles des violences, ils sont liés à des mécanismes de sauvegarde neurobiologiques exceptionnels connus depuis peu, mis en place par le cerveau pouréchapper au risque vital que font courir les violences. Ils peuvent être traités par des professionnels de la santé spécialisés, mais sont encore rarement identifiés, dépistés, diagnostiqués, et pris en charge. Une violence à laquelle on ne peut pas échapper crée un stress extrême et une forte réponse émotionnelle qui entraîne un risque vital cardio-vasculaire et neurologique par "survoltage" (comme dans un circuit électrique). Pour arrêter ce risque fonctionnel, le circuit neuronal "disjoncte" automatiquement grâce à la sécrétion de drogues dures sécrétées dans le cerveau (endorphines à hautes doses et drogues "kétamine-like"). Cette déconnexion "éteint" la réponse émotionnelle et entraîne une anesthésie psychique et physique, un état dissociatif (conscience altérée, dépersonnalisation, être spectateur de soimême) et des troubles de la mémoire, dont une mémoire traumatique : "hypersensibilité émotionnelle" piégée, isolée par la déconnexion, qui n'a pas été intégrée "dans le disque dur du cerveau", c'est une véritable bombe à retardement, prête à "exploser" à l'occasion de toute situation rappelant les violences, en redéclenchant la même terreur, la même détresse, les mêmes sensations, de façon incompréhensible quand on ne connaît pas ce phénomène. La vie devient alors un terrain miné et pour éviter de déclencher la mémoire traumatique le patient est obligé de mettre en place des conduites d'évitement. Mais quand les conduites d'évitement ne suffissent plus, souvent seules des conduites dissociantes dont on a soi-même fait l'expérience de leur efficacité peuvent calmer l'état de détresse. Les conduites dissociantes Il s'agit de redéclencher la disjonction du circuit émotionnel en augmentant le niveau de stress (par des conduites agressives et/ou auto-agressives, des conduites à risques, dangereuses, des conduites addictives) ce qui va entraîner une anesthésie affectives et physique, une dissociation et calmer l'angoisse, mais va recharger et aggraver encore plus la mémoire traumatique et Page 5
créer une dépendance aux drogues dures sécrétées par le cerveau. Ces conduites dissociantes qui s'imposent sont paradoxales et déroutantes à la fois pour les personnes victimes de violences et pour les professionnels qui s'en occupent (quand ils n'ont pas été formés pour les reconnaître). Elles sont responsables de sentiments de culpabilité et d'une vulnérabilité accrue face aux agresseurs, lesquels par expérience connaissent bien ces phénomènes dont ils profitent pour assurer leur emprise sur des victimes et les instrumentaliser pour leur confort personnel. Les violences ont un impact catastrophique sur la santé. Une prise en charge médicale spécialisée et psychotérapeutique permet de relier les symptômes psychotraumatiques aux violences, d'en comprendre les mécanismes, de le contrôler, et d'y échapper. Les conséquences sur la santé physique En plus des lésions traumatiques directes liées aux violences physiques, les conséquences du stress peuvent-être : très souvent une fatigue intense, des douleurs chroniques, des céphalées (maux de tête), des dorsolombalgies (mal de dos). des troubles digestifs, gynécologiques et génito-urinaires, endocriniens, immunitaires, allergiques, ORL, dermatologiques. des troubles cardio-vasculaires, palpitations, hypertension artérielle, atteinte coronaire, et aussi diabéte, affections pulmonaires, voire neurologiques. Page 6
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