Les programmes d échange de seringues (PÉS) au Québec. Mai

Documents pareils
L accès au suivi et au traitement pour les personnes atteintes de l hépatite C au Québec 1

1 ère manche Questions fermées

Avis sur la pertinence des services d'injection supervisée ANALYSE CRITIQUE DE LA LITTÉRATURE INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC

les télésoins à domicile

Liste de vérification pour la planification des services d approche

L hépatite C pas compliqué! Véronique Lussier, M.D., F.R.C.P.C. Gastroentérologue Hôpital Honoré-Mercier 16 avril 2015

L injection de drogue et le VIH/sida : questions juridiques et éthiques

Hépatite C une maladie silencieuse..

Acteur majeur de la lutte contre le sida Antenne genevoise de l Aide Suisse contre le Sida Membre de la Coalition internationale PLUS

D A N S L E S PAY S F R A N C O P H O N E S

Insuffisance cardiaque

Traitement et questions connexes

Drug Misuse and Treatment in Morocco

Optimiser le dépistage et le diagnostic de l infection par le virus de l immunodéficience humaine

État de la situation: dépenses en médicaments au Québec, comparaison canadienne et internationale

Rapport sur la mise à jour des indications de dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang

VIH : Parlons-en franchement!

CRIXIVAN 400mg. Indinavir, IDV. IP inhibiteurs de la protéase

Pourquoi inclure la fourniture de services dans la proposition? Eléments à prendre en compte dans l analyse de situation

B MIS À JOUR EN MARS 2013

que dois-tu savoir sur le diabète?

Chez les étudiantes consommatrices de cannabis, 2 fois plus de recours à la pilule du lendemain et 4 fois plus d IVG

Les approches de réduction des méfaits trouvent un certain appui dans la population québécoise*

Ministère de la Santé et des Services sociaux

IST et SIDA : s'informer pour se protéger!

hôpital handicap Santé mutuelle aide médicale d urgence médecin de garde carte SIS maison médicale pharmacie planning familial

Document de synthèse : Hépatite B et hépatite C. Sommaire :

Luce Landry, DESS sc. infirmières, UQAR. Résumé

L injection de drogue et le VIH/sida au Canada : les faits

VIH et hépatites Profil des consultants 4 ème trimestre 2000

Le VIH et votre foie

Personnalisons la comparaison des avantages des honoraires fixes et du tarif horaire II

Les recommandations de recherche de l expertise INSERM sur la RdR. Patrizia Carrieri INSERM U912 - ORSPACA

Séminaire du Pôle Santé

L INTERVENTION PAR LES PAIRS : UN ENJEU MULTIPLE DE RECONNAISSANCE

Infection par le VIH/sida et travail

Risques et dispositifs médicaux. «Responsabilités encourues» Isabelle Lucas-Baloup. 12, 13 et 14 octobre 2010

LUTTER POUR UNE MEILLEURE SANTÉ : QUE PEUT-ON FAIRE DANS NOTRE QUARTIER?

Ma vie Mon plan. Cette brochure appartient à :

Le contexte de la profession en santé dentaire publique...5

Rapport d activités de. l Association Québécoise. pour les Enfants Dyspraxiques (AQED)

Les jeunes non mariés

Ce n est pas le bon remède pour le réseau de santé public, les infirmières doivent prescrire

La raison d être des systèmes d information

Vivre avec le VIH. Point de départ

Planification stratégique

document révisé le

EXEMPLE DE QUESTIONNAIRE SONDAGE

DESCRIPTION DES STRESSEURS LIÉS AUX SOINS DE FIN DE VIE CHEZ LES INFIRMIÈRES OEUVRANT EN USI

Droits des patients et indemnisation des accidents médicaux

Droits des patients et indemnisation des accidents médicaux

Énoncé de position sur les pénuries de médicaments d ordonnance au Canada

Prévention des chutes. Un guide à l intention des patients et leur famille

Chez soi avant tout : De l hôpital à la maison

notre système de consigne sur les boissons gazeuses est menacé d abolition?

Les Infections Associées aux Soins

Besoins des intervenants en santé publique concernant la prévention des TMS

d hébergement pour pour femmes violentées et et en en difficulté

Association «La vie entre les mains»

Joël Tremblay, Ph.D Nadine Blanchette-Martin, M. Serv. Soc. Pascal Garceau, étudiant en sociologie

G U I D E S O C I AU X

Le Fonds de solidarité FTQ : Partie prenante à la solution pour l industrie du capital de risque au Canada

LE DOSSIER PHARMACEUTIQUE

Le bilan comparatif des médicaments (BCM): où en sommes-nous?

Dr Julie Dauphin, Ph.D. Psychologue clinicienne

Revue systématique d interventions par des pairs usagers de drogues par injection

RAPPORT FINAL. Étude sur la littératie financière chez les jeunes POR #

La présente règle coloscopie (avec. l endoscope. coloscopie en. nécessaire et DIRECTIVES. b. Assurer le. e doit :

Spectre de rue rapport annuel

L expérience patient : lorsque le rationnel rencontre l émotion Le cas du CSSS Richelieu-Yamaska

Comité Santé en français de Fredericton. Évaluation de l offre active des services de santé de première ligne. Rapport de sondage-final

MINISTERE DE LA SANTE ET DES SOLIDARITES DIRECTION GENERALE DE LA SANTE- DDASS DE SEINE MARITIME

Des déficiences présentes

LE VIH AU CANADA TENDANCES ET ENJEUX QUI AFFECTENT LA PRÉVENTION DU VIH, LES SOINS, LE TRAITEMENT ET LE SOUTIEN...

Politique de déplacement des bénéficiaires La présente politique inclut entre autres les deux documents suivants :

TRAVAUX DU GROUPE GUINEE/CONAKRY ET BISSAO

Annexe 2 Les expressions du HCAAM sur la coordination des interventions des professionnels autour du patient

Prochaine rencontre: jeudi 15 mai, 10h00/12h00 Maison des Habitants Centre-ville - 2 rue du Vieux Temple - Grenoble

Boughanmi Hajer. JAOUA Noureddine. Membre du bureau exécutif de l OTEF

Prévention des chutes

Repenser notre façon d aborder les problèmes de poids : s inspirer d un nouveau paradigme. Fannie Dagenais, Dt.P., M.Sc.

Loi 41. GUIDE D EXERCICE Les activités réservées aux pharmaciens

La cybersanté: une offre de services empreinte de promesses pour la prévention et la gestion des maladies chroniques?

«Prenez vos finances. «Comment vais-je arriver. en main.» à payer mes comptes?» Prendre soin de soi. À quoi s attendre. Que faire

Un Pass santé contraception. pour les jeunes francilien-ne-s

Parkdale Community Health Centre 2015 Client Experience Survey

L infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne (IPSPL) : Portrait des pratiques en UMF sur le territoire Abitibi-Témiscamingue

L enjeu de la reconnaissance des pharmaciens comme éducateur de santé

Voyager avec la fibrose kystique

ENQUÊTE NATIONALE SUR LA PLACE DES PARENTS À L HÔPITAL

Transcription:

Les programmes d échange de seringues (PÉS) au Québec Mai 2009 1

Saviez-vous que les PÉS au Québec ont des origines d études effectuées en milieu carcéral? En effet, des études effectuées à la Maison Tanguay par l équipe de la D re Catherine Hankins de la Direction de santé publique de Montréal en 1989 ont permis de démontrer : des taux d infection au VIH beaucoup plus élevés parmi les femmes incarcérées comparativement à celles de la population générale l utilisation de drogues par injection par plusieurs de ces femmes le partage de seringues en prison comme dans la communauté dû à un manque d accès à des seringues neuves Puisque les femmes incarcérées en établissement sous juridiction québécoise retournent dans la communauté après un court lapse de temps, il a été décidé de mettre en place les premiers PÉS dans la communauté. Ça fera donc 20 ans en juillet 2009 qu a été implanté le premier PÉS dans la communauté au Québec, CACTUS Montréal. Mai 2009 2

Que font les PÉS? Est-ce que les PÉS incitent les gens à consommer des drogues par injection? Non. Les PÉS permettent aux personnes utilisatrices de drogue par injection (UDI) de se procurer du matériel stérile d injection et ainsi d éviter les infections transmissibles sexuellement et par le sang comme le VIH et le virus de l hépatite C. Il est prouvé que la disponibilité de matériel stérile d injection n influence nullement le nombre de personnes qui consomment des drogues par injection dans la communauté. Est-ce que les personnes qui consomment des drogues ont eu le choix d éviter leur consommation abusive? Pas vraiment. Les personnes qui consomment par injection sont rarement des consommateurs récréatifs et il est largement reconnu que la réalité d une personne UDI est empreinte de violence, d isolation et de risques pour sa santé. La désapprobation sociale à l égard des personnes UDI et le désaveu de leur trajectoire de vie souvent lourd et ponctué de «non choix» nuit à leur possibilité d accès aux services de santé dont elles auraient besoin pour se rétablir. Mai 2009 3

Que font les PÉS? N y a-t-il pas des meilleures solutions que distribuer du matériel stérile d injection dans le cadre d un PÉS, comme par exemple, plus de places en thérapie? Oui, mais les PÉS aident les gens à se rendre à ces solutions à plus long terme. Les PÉS sont bien plus que la distribution du matériel stérile d injection comme tel. C est aussi un contact de base d une personne UDI avec des intervenants qui font de de la référence, de l écoute et même de l accompagnement. La prévalence d ITSS parmi les personnes UDI est un frein à leur possibilité de rétablissement. C est-à-dire, lorsqu une personne sait qu elle est infectée ça diminue sa motivation d arrêter sa consommation de drogue. Alors que le but premier des PÉS est de diminuer la transmission d infections transmissibles par le sang, ces programmes favorisent indirectement la réadaptation des personnes UDI en protégeant leur santé. Mai 2009 4

Recommandations et appuis aux PÉS au Québec Les orientations du ministère de la Santé et des Services sociaux publiées en 1994 recommandaient qu un accès aux seringues soit présent non seulement dans des groupes communautaires comme CACTUS Montréal, Spectre de rue et Dopamine à Montréal ou Point de Repères à Québec, mais aussi dans les CLSC, les pharmacies et les urgences d hôpitaux. L Ordre des pharmaciens du Québec et l Ordre des infirmières et infirmiers du Québec ont donné un appui officiel à l accès aux seringues pour les personnes qui font usage de drogues par injection en 1998. Mai 2009 5

Les PÉS au Québec aujourd hui En 2008-2009, il existe au Québec 914 centres d accès au matériel d injection (CAMI) comprenant : des pharmacies (59 %) des CLSC (28 %) des organismes communautaires (7 %) des hôpitaux (5 %) et les cliniques médicales et autres services de santé (1 %) D avril 2007 à mars 2008, 1 522 999, seringues ont été distribuées gratuitement, principalement par des organismes communautaires, avec une moyenne de 13 seringues par visite. Ont aussi été distribués : 679 262 ampoules d eau stérile et 377 017 Stéricups (contenant de dissolution et de chauffage). (Noël, 2008) Mai 2009 6

Impacts des programmes d échange de seringues Les données québécoises (2003-2007) montrent que près des trois quarts des personnes UDI qui se procurent du matériel d injection dans les CAMI ne partagent pas leurs seringues pendant les derniers six mois avant l enquête (Parent et al., 2008). Les programmes de prévention sont efficaces à modifier les habitudes d injection. Malgré ces efforts, il est estimé qu à Montréal, seulement 6,6 % des injections se font avec du matériel stérile (Morissette et Leclerc, 2006). À titre de comparaison : Avec un nombre de personnes utilisatrices de drogue par injection comparable à celui du Québec, la Colombie-Britannique distribue le double du matériel d injection stérile La ville seule de Régina en Saskatchewan distribue plus de seringues que ce qui est distribué pour tout le Québec! (Noël, 2009) Mai 2009 7

La récupération on s en préoccupe! Depuis juin 2006, il existe un système intégré de récupération de seringues et d aiguilles usagées (SIRSAU) qui comprend la distribution gratuite de bacs sécuritaires pour toutes les utilisations de seringues (diabétiques, personnes UDI, etc.). 95 % des CAMI font la récupération. Mai 2009 8

Il reste du chemin à faire pour lutter contre le VIH et le VHC Vingt ans après le constat de la D re Hankins, il reste encore beaucoup de travail à faire afin de freiner la transmission d infections transmissibles par le sang lors d injections de drogues dans la communauté. Considérant que les taux de prévalence du VIH et du virus de l hépatite C sont respectivement 17 et 23 fois plus élevés en milieu carcéral québécois que parmi la population en général et que 5,2 % des personnes incarcérées (hommes et femmes) avouent s être injectée de la drogue en prison (Alary et al., 2005), l accès au matériel stérile d injection en milieu carcéral représente un enjeu sur lequel la société québécoise devra se pencher tôt ou tard. Références Alary, M., Godin, G. et G. Lambert (2005) Étude de prévalence du VIH et de l hépatite C chez les personnes incarcérées au Québec et pistes pour l intervention, Instituts de recherche en santé du Canada et Service de lutte contre les ITSS du Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 78 pages Hankins, C., et al. (1989). HIV-1 infection in a medium security prison for women Quebec, Can Dis Wkly Rep, 15:168-170 Hankins, C., et al. (1991). HIV-1 infection among incarcerated men Quebec, Can Dis Wkly Rep, 17(43):233-5 Leclerc, P., Morissette, C. et C. Tremblay (2006). Le matériel stérile d injection : combien faut-il en distribuer pour répondre aux besoins des UDI de Montréal? Secteur vigie et protection (équipe ITSS), Direction de santé publique de Montréal, 14 pages Noël, L. (2009) avec la collaboration de P.R. Allard et R.Cloutier. Liste officielle des centres d accès au matériel d injection au Québec (distribution et vente) 2008/2009, Institut national de santé publique et ministère de la Santé et des Services sociaux, 80 pages Parent, R. et al., (2008). Surveillance des maladies infectieuses chez les utilisateurs de drogue par injection - Épidémiologie du VIH de 1995 à 2007 - Épidémiologie du VHC de 2003 à 2007, Institut national de santé publique du Québec, 68 pages + annexes Mai 2009 9