Explications complémentaires sur les modèles de croissance de Lucas et de Romer Les nouvelles théories de la croissance économique d inspiration néoclassique - parmi lesquelles nous pouvons citer les modèles de Lucas (1988) et de Romer (1986) - tendent à expliquer le processus de croissance économique, en mettant un accent particulier sur le rôle du capital humain dans la croissance à long terme. Tant les travaux de Lucas que ceux de Romer, se situent dans le prolongement de la théorie du capital humain (cf. Denison (1962), et appartiennent aux modèles dits de croissance endogène. 1
Dans ces modèles, on évoque une croissance endogène, car l innovation dépend du comportement des acteurs et du développement des compétences des acteurs (individus et entreprises). Pour les tenants des modèles de croissance endogène, le niveau de production d une économie dépend de l évolution du stock de capital humain. Selon Lucas «A long terme, la croissance ne peut être durable que si le capital humain peut se développer sans limites» (Temple, 2001, p. 62), tandis que Romer «laisse entrevoir la possibilité que même un accroissement ponctuel du stock de capital humain entraîne une accélération indéfinie du taux de croissance. De fait, dans de nombreux modèles de croissance endogène, le capital humain doit avoir dépassé un certain seuil pour que la moindre innovation puisse avoir lieu.» (temple, 2001, p. 62) 2
Le modèle de Lucas Le modèle de Lucas «suppose, d une part, que l accumulation du capital humain s effectue par les individus eux-mêmes. Il suppose, d autre part, que l efficacité de chaque individu dans la production du bien final est d autant plus grande que le niveau moyen de capital humain est élevé - chacun bénéficiant du savoir déjà accumulé par l ensemble de la société sans en avoir soi-même payé le prix. Cet enchaînement constitue dès lors un effet externe positif induit par l accumulation individuelle du capital humain.» (Liechti, 2007, p. 15) 3
Le modèle de Lucas (suite) Rappelons que pour Lucas, «A long terme, la croissance ne peut être durable que si le capital humain peut se développer sans limites. Il est dans ce cas difficile d interpréter la notion du capital humain selon Uzawa-Lucas par rapport aux variables traditionnellment utilisées pour mesurer le niveau de formation, telles que le nombre d années d études. La notion de «capital humain» dans leur esprit semble plus étroitement liée aux connaissances qu au savoirfaire acquis grâce à l éducation.» (Temple, 2001, p. 62) 4
Le modèle de Lucas (suite) «Pour rattacher le modèle Uzawa-Lucas aux données, on peut par exemple laisser entendre que la qualité de l éducation peut s améliorer avec le temps (Bils et Klenow, 2000). L idée en l occurrence est que les savoirs transmis aux enfants en classe en l an 2000 sont supérieurs à ceux qui l ont été en 1950 ou 1900, ce qui creusera les écarts de productivité entre chacune de ces générations dans leurs emplois futurs. Même si le niveau d études moyen est constant au fil des ans, le stock de capital humain pourrait s accroître au point d induire une progression des niveaux de production.» (Temple, 2001, p. 62). 5
Le modèle de Romer «Des modèles d un autre type accordent une plus grande place à la modélisation des incitations qui poussent les entreprises à générer de nouvelles idées. Les modèles de croissance endogène fondés sur l analyse de travaux de recherche et développement, notamment la contribution de Romer ( ), donnent pour résultat qu une croissance à taux constant dépend en partie du niveau de capital humain. L hypothèse de base est que le capital humain est un élément essentiel dans la production d idées nouvelles.» (Temple, 2001, p. 62). Romer a mis en évidence que l innovation accroît le stock de connaissances et cet accroissement aura un effet bénéfique non seulement pour l entreprise à son oirgine mais pour l ensemble des firmes (externalité positive), ce qui stimulera la croissance. 6
Le modèle de Romer (suite) Rappelons que «A la différence du modèle d Uzawa-Lucas, celui-ci laisse entrevoir la possibilité que même un accroissement ponctuel du stock de capital humain entraîne une accélération indéfinie du taux de croissance. De fait, dans de nombreux modèles de croissance endogène, le capital humain doit avoir dépassé un certain seuil pour que la moindre innovation puisse avoir lieu.» (Temple, 2001, p. 62). 7
Références bibliographiques Bils, M.et Klenow, P. J. (2000). Does schooling cause growth? American Economic Review, 90(5), 1160-1183. Denison, E. F. (1962). The sources of economic growth in the United States and the alternatives before us. Committee for Economic Development. Supplementary Paper 13. New York : Committee for Economic Development. ch. 7, pp. 77-80. Liechti, V. (2007). Du capital humain au droit à l éducation. Analyse théorique et empirique d une capacité (thèse de doctorat, Université de Fribourg, Suisse). Consulté le 5 décembre 2014 dans http:// ethesis.unifr.ch/theses/downloads.php?file=liechtiv.pdf Lucas, R.E. (1988). On the mechanics of economic development. Journal of Monetary Economics, 22, 3-42. Romer P. M. (1986). Increasing returns and long-run growth. Journal of Political Economy, 94(5), 1002-1037. Temple, J. (2001). Effets de l éducation et du capital social sur la croissance économique dans les pays de l OCDE. Revue économique 8 de l OCDE, 33(2), 59-109.