NOUVELLES TECHNOLOGIES INTERET DANS LA PRISE EN CHARGE DES PERSONNES AGEES DEPENDANTES OU A RISQUE DE PERTE D AUTONOMIE Dr V. CRESSOT Pôle de Gérontologie clinique CHU de Bordeaux 1
INTRODUCTION Augmentation de la population vieillissante en situation de handicap Augmentation non proportionnelle de l offre en aides humaines Vieillissement : altération progressive des capacités de compensation 2
Intérêt des nouvelles technologies : permettre l accompagnement en milieu de vie ordinaire Gérontechnologie : champ d utilisation des nouvelles technologies pour préserver l autonomie et la santé des plus âgés A.S. Rigaud, V. Faucouneau : Gérontechnologies : les technologies nouvelles au service des personnes âgées. Neurol psychiatr gériatr (2010) 3
DONNEES 2010 pays Espérance de vie Espérance de vie Espérance de vie SI Espérance de vie SI 4 hommes femmes hommes femmes Danemark 77,2 81,4 62,3 61,9 Finlande 76,2 83,5 58,5 57,8 France 78,2 85,3 61,9 63,5 Allemagne 78,0 83,0 57,9 58,6 Suède 79,6 83,6 71,7 71,0 Malte 79,1 83,6 70,2 71,6 Pays-bas 78,9 83,0 61,1 60,2 Espagne 79,0 85,3 64,3 63,7
SFTAG Créée en Mai 2007 à partir d un groupe de travail au sein de la SFGG S appui sur l expertise de centres d évaluation dont la mission est de recenser et évaluer, en totale neutralité, les gérontechnologies innovantes pour l autonomie 5
DEFINITION SFTAG Technologies susceptibles d être utilisées par et pour des personnes de plus de 60 ans pour soutenir leurs actions quotidiennes et améliorer leur qualité de vie affective et intellectuelle : communiquer, se divertir, alerter, être mobile, se localiser, faire de l exercice, sécuriser son environnement, voir, entendre, suivre sa santé, travailler sa mémoire, gérer les services à domicile 6
Domaine académique et professionnel interdisciplinaire Créer des environnements technologiques au service de la santé, du logement, de la mobilité de la communication, du travail et des loisirs des personnes âgées 7
ENJEUX Les techniques au service de la qualité de vie Rajouter des années de qualité à la vie Maintien des PA dans leur environnement (coût?) Connaître les limites et l incidence des nouvelles technologies sur la vie des PA 8
APPORTS Compensation et stimulation sociale (tel. portable, messagerie ) Compensation spatiale (TV, tel., informatique, téléservices) Compensation sensorimotrice et cognitive (tel. intelligents, enregistrement vocal aidemémoire ) Aide à la prise en charge thérapeutique (rééducation, WII ) Aide aux aidants familiaux et professionnels 9
MAIS Pas en remplacement des aidants familiaux ou professionnels Contraste avec l image humaine et sociale des services à la personne Difficultés de repérage de l utile et du bénéfique dans un panorama d offres très large 10
BESOINS Dépendent des modalités du vieillissement Evaluation nécessaire pour adapter l offre aux besoins et non l inverse Difficultés d évaluation du fait de l hétérogénéité de la population concernée Evaluation individualisée et personnalisée (notamment évaluation des patients les plus fragiles) 11
VIEILLISSEMENT Facteurs biologiques et environnementaux 4 profils de vieillissement : 1. Normal 2. Pathologique 3. Optimal 4. Réussi Fontaine et Pennequin 1997 ; Charlot et Guffens 2007 12
NORMAL Sénescence classique Altération de certaines fonctions Préservation d autres 13
PATHOLOGIQUE Associé à des accidents ou des maladies Accentuation ou aggravation des conséquences du vieillissement normal 14
OPTIMAL La personne âgée a des performances au moins identiques à celles des plus jeunes 15
REUSSI La personne âgée a pu s adapter psychologiquement aux changements Acceptation de la situation 16
DONC Pas de dégradation systématique des fonctions Pas forcément négatif Plusieurs types de vieillissement possible pour 1 patient Mais accumulation de pathologies invalidantes fréquente (Dufor-Kippelen 2001 ; Cambois et Robine 2003) Adapter les solutions aux modalités du vieillissement 17
VIEILLISSEMENT Risque majoré de marginalisation et diminution du tissu social (théorie du désengagement) Cumming et Henri 1961, Rosow 1974 Processus marqué par l alternance ruptures/reprises : fragilisation Quelles capacités d appropriation des outils? 18
POUR QUI? 13,7 millions de plus de 60 ans en France 6,5 millions en bonne santé apparente 6 millions malades chroniques sans dépendance 1,2 millions de dépendants (moitié à domicile, moitié en institution) 33% des hospitalisations complètes concernent des séniors 19
SUJET EN BONNE SANTE Taux d équipement technologique plus faible que dans les autres classes d âge (SFTAG) Nécessité de définir l usage (pas de technologie pour elle-même) 20
MALADES CHRONIQUES (FRAGILES) NON DEPENDANTS Abonnement à une plateforme de services Télémédecine Prévention de l aggravation de la perte d autonomie Entretien des capacités (motrices ) 21
PERSONNES DEPENDANTES Besoins supplémentaires en compensation des restrictions de participation et en aide aux aidants Plateformes de services (communication avec les soignants) Outils d aide à la prise en charge par un tiers Problème du financement (APA?) 22
Nouvelles technologies : 1. Entrent dans une dynamique de prévention primaire ou secondaire 2. Suscitent un processus de réaménagement de vie et d enrichissement de l environnement 3. Permettent de rester acteur de son vieillissement Réelles perspectives mais attention risques et limites 23
Adapter l outil technologique à la personne âgée Une technologie peu intrusive et fondue dans l environnement est mieux acceptée Une technologie simple, intuitive sera utilisée (éviter la téléalarme dans l armoire normande.) 24
CLASSIFICATION Compensation d un désavantage acquis Technologies curatives ou facilitatrices de soins Technologies palliatives Clément 2005, Brangier 2003 25
CLASSIFICATION Celles qui compensent ou pallient Celles qui stimulent ou accentuent Les visibles Les invisibles Bobillier 2009 26
RISQUES Trop visibles : stigmatisation (personne âgée techniquement assistée) Accentuation de la dépendance (dépendance à l outil) Fausser la représentation de la PA aux yeux de ses proches (focalisation sur la dépendance technologiquement compensée et oubli des conduites autonomes possibles) Réponse technologique avant la réponse humaine 27
RISQUES Risque de prise de conscience de difficultés sensorimotrices ou cognitives méconnues lors de l interaction avec l outil technologique (évaluation préalable +++) Perte de confiance en soi, anxiété, déshumanisation Technologie comme substitut à l aide humaine (risque pour l emploi? Mais à nous de montrer l intérêt de l humain) 28
ADOPTABILITE Facteurs psycho-sociaux : entourage Rialle et al. What do family caregiver of Alzheimer s disease patients desire in smart home technologies?, Methods Inf. Med. 2008 Facteurs utilitaires : comme pour tout le monde Facteurs personnels : projet de vie Expérience : facilite la compréhension 29
CHAMPS D INTERVENTION Prévention des chutes : posturographie à domicile, détection activité et mouvement, WII Stimulation cognitive : programmes informatiques Déambulation Visiophonie Domotique 30
TOUT EXISTE ou presque Téléphone aide-mémoire ou ralentisseur de débit, téléphones portables adaptés Boîte à pharmacie informatisée Sol détecteur de chutes ou de mouvement Lit ou fauteuil intelligent, monte-escalier Accéléromètre (prévention des chutes) Robots d assistance 31
Surveillance médicale et communication via la TV (télémédecine) Capteurs de soif Programmes de stimulation cognitive M. De Sant anna, J. De Rotrou. L informatisation : une nouvelle perspective de développement pour la stimulation cognitive ou l entraînement cognitif. Neurol.Psych.Gériatr. 2009 Aides à l écriture Aides sensorielles (aides auditives, lunettes d analyse visuelle) 32
Habitat intelligent (téléalarme, détection chutes..) Dispositifs de stimulation multi-sensorielle Ecran tactile, souris anti-tremblement, clavier virtuel Géo-localisation (canne intelligente, téléphonie..) Téléassistance Protections intelligente!!!!!! 33
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EXEMPLES DE PROJETS NACODEAL 2011/2014 : projet Européen visant à développer des solutions permettant d améliorer la QOL des personnes âgées souffrant de troubles de la mémoire grâce aux TIC. Utilisation de la réalité augmentée, via un outil portatif doté d interfaces intuitives. Instructions projetées au quotidien. 35
LIHT VISION : améliorer la QOL des personnes atteintes de DMLA (1,5 millions de patients en France) Lunettes à réalité augmentée équipées d une caméra Filme l environnement en face du malade, transmission à un système optique qui projette l image sur la rétine Technologie de suivi de la pupille 36
Luminance amplifiée et image agrandie Primé (ministère enseignement sup et recherche) En attente d ici 1 à 2 ans 37
TELEMEDECINE Présente officiellement en France depuis 2010 Concerne : téléconsultation, télé-expertise, téléassistance, télésurveillance, réponse médicale Définition officielle, cadre règlementaire Ex : application à la prise en charge des plaies chroniques en lien avec les EHPAD au CHU de Bordeaux 38
CANNE INTELLIGENTE (FUJITSU) GPS Connexion bluetooth et wifi Ecran sur le pommeau Capteurs biométriques (temp., FC.) Géolocalisation 39
PLATEFORME DE TELEVIGILANCE MULTIMODALE EMUTEM (Environnement Multimodal pour la télévigilance Médicale à Domicile) Télécom sud paris, ESIGETEL, unité 558 inserm toulouse Détection de situations de détresse à distance en croisant 3 modalités Plusieurs micros pour analyse de l environnement sonore dans l habitat Capteurs infrarouges pour localiser la personne Capteur embarqué à la ceinture (détection mvt, chute, mesure FC, bouton d appel) 40
Sensibilité 90% Spécificité 100% Améliorer la sécurité des personnes âgées dépendantes 41
Réflexion indispensable ETHIQUE Nécessité d encadrement des pratiques Certaines technologies permettent une moindre atteinte aux droits (plus d enfermement des «fugueurs, plus de barrières aux chuteurs..) 42
Législation à adapter CNIL Pas d argument économique prépondérant 43
CONCLUSION Nombreux progrès à faire Projets à favoriser et promouvoir Evaluation des besoins et des bénéfices pour des projets réalistes Pas de solution à tous les problèmes (sur le plan psychologique ou médical) Nécessité d une réflexion éthique Education du patient et de son entourage (Qui? Quand? Combien?) 44
CONCLUSION Respect du droit des personnes Liberté de chacun de les utiliser ou non 45
CONSEIL DE L EUROPE «Toutes les personnes dépendantes ou susceptibles de le devenir, quels que soient leur âge, leur race, leurs convictions, et la nature, l origine, et le niveau de sévérité de leur état, doivent avoir droit à l assistance et à l aide requise pour pouvoir mener une vie conforme à leurs capacités réelles et potentielles, au niveau le plus élevé possible. Par conséquent, elles doivent avoir accès à des services de bonne qualité et aux technologies les plus adaptées» 46
MERCI DE VOTRE ATTENTION 47