FICHE 9 LES MALADIES NEUROMUSCULAIRES



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LES MALADIES NEUROMUSCULAIRES QU APPELLE-T-ON MALADIE NEUROMUSCULAIRE? Les maladies neuromusculaires se traduisent pour la plupart par une perte de force musculaire transitoire (myasthénie, paralysies périodiques) ou permanente et s aggravant progressivement (dystrophies musculaires progressives) ou stable (amyotrophies spinales). Cette perte de force s accompagne le plus souvent d une fonte musculaire (amyotrophie). Ce sont des maladies liées à une anomalie, soit : de la fibre musculaire, de la jonction de celle-ci avec son nerf moteur (motoneurone), du nerf moteur (motoneurone périphérique). Cet ensemble constitué par la fibre musculaire, la jonction neuromusculaire et le motoneurone périphérique est l unité motrice : son intégrité est indispensable à la contraction musculaire volontaire. Il y a plus de 40 maladies liées à une atteinte primitive et isolée de l unité motrice, que l on peut rassembler en plusieurs groupes : - Atteintes de la fibre musculaire : myopathie dystrophies musculaires progressives (dont Duchenne de Boulogne) ; dystrophies musculaires congénitales ; myopathies congénitales ; maladies musculaires myotoniques maladies métaboliques du muscle (myopathies métaboliques) ; dermatomyosites. Atteintes de la jonction musculaire : myasthénie. Atteintes du nerf moteur périphérique : maladie de Charcot-Marie-Tooth. Atteintes du motoneurone dans la corne antérieure de la moelle : amyotrophies spinales infantiles. QUELLES SONT LES CARACTÉRISTIQUES COMMUNES DE CHAQUE GROUPE DE MALADIES? Les myopathies LES DYSTROPHIES MUSCULAIRES PROGRESSIVES Elles sont caractérisées par une diminution de force musculaire avec atrophie des muscles (mais dans certaines formes de dystrophie, il existe aussi une hypertrophie de certains muscles) et des anomalies à la biopsie musculaire. L examen au microscope d un prélèvement de muscle dystrophique montre des fibres qui se nécrosent (qui meurent) et d autres qui régénèrent. Cette «formule nécrose-régénération» est évocatrice de dystrophie musculaire. Elle ne permet pas de faire le diagnostic du type de dystrophie musculaire dont il s agit. Les différentes formes de dystrophies musculaires se différencient par l âge d apparition du déficit musculaire, la répartition de la faiblesse et de l atrophie musculaires : atteinte de la face et des épaules débutant dans la deuxième décennie dans la dystrophie facio-scapulohumérale ou maladie de Landouzy-Déjerine ; début par la racine des membres dans la petite enfance dans la dystrophie musculaire de Duchenne et la SCARMD, dans l adolescence ou l âge adulte dans la dystrophie musculaire de Becker et les myopathies des ceintures ; atteinte

des muscles releveurs des paupières et de la déglutition débutant vers l âge de 50-60 ans dans la dystrophie oculo-pharyngée ; déficit des muscles distaux (jambes, pieds, avant-bras, mains) débutant à l âge adulte dans les myopathies distales. LES MALADIES MUSCULAIRES CONGÉNITALES Elles s expriment dès la naissance par une grande hypotonie. D autres fois, elles passent inaperçues et ne sont diagnostiquées qu à l adolescence devant des enfants longiligne, en difficulté en gymnastique et qui développent une scoliose. Les dystrophies musculaires congénitales s accompagnent d un aspect dystrophique des muscles comparable à celui des dystrophies musculaires progressives, avec un important développement de tissu fibreux au sein du muscle dystrophique. La protéine en cause dans une de ces formes a été identifiée (il s agit de la mérosine, protéine extracellulaire appartenant à l enveloppe de la cellule musculaire), ce qui permet d en faire un diagnostic précis. Les myopathies congénitales, quant à elles, sont des maladies différentes, liées à des anomalies de structures des fibres musculaires. Selon les anomalies repérées à la biopsie musculaire, on distingue les myopathies congénitales à central core, les myopathies congénitales à bâtonnets (ou myopathie némaline) dont certaines formes sont liées au chromosome 1 et sous la dépendance du gène de l alpha tropomyosine, myopathies à multiminicore, les myopathies centronucléaires et myotubulaires (les plus grave d entre elles). LES MALADIES MUSCULAIRES MYOTONIQUES Elles se traduisent par une myotonie, c est-à-dire un retard au relâchement musculaire après une contraction (difficulté pour ouvrir les doigts après avoir serré le poing ). Les dystrophies myotoniques de Steinert s accompagne d un déficit musculaire facial et distal au niveau des membres, ainsi que d anomalies d autres organes : cataracte, calvitie, troubles du rythme cardiaque, lithiase vésiculaire (atteinte multisystémique). Les myotonie congénitales, myotonie de Thomsen de transmission autosomique dominante, myotonie généralisée de Becker de transmission autosomique récessive, sont liées à des anomalies d un canal chlore musculaire et n entraîne pas de faiblesse musculaire. Les paralysies périodiques se traduisent par des accès de paralysies transitoires en rapport avec des modifications du taux de potassium dans le sang (kaliémie) et sont liées à des anomalies d un canal sodium musculaire pour les formes hyperkaliémiques (adynamie de Gamstorp et paramyotonie d Eulenburg) et d un canal calcium pour les formes hyperkaliémiques (maladie de Westphall). LES MALADIES MÉTABOLIQUES DU MUSCLE Elles touchent les processus de production de l énergie nécessaire à la contraction musculaire. Il peut s agir d anomalies de transformation des formes de stockage de carburant (sucres glycogènes graisses acides gras) en molécules simples à partir desquelles la cellule fabrique de l énergie : c est le cas des glycogénoses et des lipidoses. Dans d autres cas, c est l étape suivante de la fabrication d énergie (synthèse d ATP) dans la mitochondrie qui ne peut se réaliser (myopathies mitochondriales). Ces maladies se traduisent surtout par une intolérance à l effort, une grande fatigabilité (du fait d un épuisement métabolique musculaire rapide), s accompagnant d une atrophie musculaire plus ou moins marquée selon les cas.

LES DERMATOPOLYMYOSITES Ce ne sont pas des maladies génétiques. Il s agit de maladies auto-immunes. Pour une (des) raison(s) non encore élucidée(s), le système de défense de l organisme (système immunitaire dont le rôle est de reconnaître et de détruire les micro-organismes (virus, bactéries ), les cellules et les corps étrangers à l organisme se retournent contre les constituants de l organisme lui-même. Dans les dermatopolymyosites, il s agit de constituants du muscle, bien que l on ne sache pas précisément lesquels. Cela entraine une forte réaction inflammatoire au niveau des muscles qui deviennent douloureux et qui vont s atrophier. Le traitement consiste à calmer la réaction inflammatoire et la réaction auto-immune par des médicaments anti-inflammatoires et immunosuppresseurs comme les corticoïdes. La myasthénie C est aussi une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire détruit un élément connu de la jonction neuromusculaire. Les neuropathies sensitivomotrices héréditaires ou maladies de Charcot-Marie-Tooth Elles sont dues à des anomalies génétiques touchant la gaine «isolante» qui entoure les fibres nerveuses dans le nerf périphérique : la myéline. Les différentes anomalies de la myéline recensées dans ces maladies de Charcot-Marie-Tooth altèrent le fonctionnement de l unité motrice : elles entrainent une faiblesse et une atrophie musculaire des extrémités des membres (mains, pieds ), plus ou moins précoce et plus ou moins grave et invalidante. Les amyotrophies spinales Elles sont dues à des dégénérescences des motoneurones périphériques, dont le corps cellulaire (par opposition à l axone, qui est le prolongement qui emprunte le trajet des nerfs périphériques) se situe dans la corne antérieure de la moelle épinière. La dégénérescence et la disparition des motoneurones périphériques entrainent celles des fibres musculaires innervées par les motoneurones, entrainant la disparition d autant d unités motrices : les muscles perdent leur force (paralysie) et leur volume (amyotrophie). Selon l âge de début de la maladie, on distingue 3 grands types d amyotrophies spinales infantiles, dont la survenue est liée à des anomalies d un même gêne localisé sur le chromosome 5 mais dont la gravité pourrait être modulée par d autres gênes adjacents. Quoiqu il en soit, la connaissance des mécanismes responsables de ces maladies neuromusculaires permet non seulement de préciser, voire de redresser le diagnostic, ce qui est particulièrement important non seulement pour la prise en charge mais aussi pour le conseil génétique (deux maladies voisines ne se transmettent pas forcément sur le même mode, il est donc important d en faire la distinction) mais aussi d avoir une approche thérapeutique rationnelle s attaquant aux causes des maladies. La prise en charge quotidienne s attachant à limiter et à compenser les effets de la maladie n en est pas moins indispensable à la réalisation d un projet de vie unique qui est le propre de chacun et la mise en œuvre de thérapeutiques innovants causales de ces maladies, lorsqu elles seront opérantes.

A LES DYSTROPHIES MUSCULAIRES DE DUCHENNE/BECKER QU EST-CE QUE LA DYSTROPHIE MUSCULAIRE DE DUCHENNE/BECKER? Cette maladie est caractérisée par la dégénérescence de la fibre musculaire striée aboutissant à une atrophie progressive de la plupart des muscles dont la conséquence est un handicap moteur variable selon la forme en cause et le stade d évolution. Cette maladie est connue depuis1868 pour sa forme à évolution rapide (Duchenne de Boulogne) et 1955 pour sa forme à évolution lente (Becker). C est une des 3500 pathologies héréditaires : elle se transmet sur le mode récessif lié à l X. La dystrophie musculaire de Duchenne touche un garçon sur 3500 à la naissance ; son incidence est de 169/million d habitants en France. QUELLE EST LA CAUSE? Depuis 1982, les découvertes s enchainent avec comme dates de référence : 1982, localisation sur le bras court du chromosome X de l anomalie (bade Xp21.2) ; 1986, identification du gène (gène DYS) ; 1987, identification de la protéine codée par ce gène DYS : la dystrophine. Son absence ou son anomalie entraine l apparition d une maladie de Duchenne ou de Becker. L étude génétique, moyen de compréhension des mécanismes responsables de la maladie, est un outil de diagnostic avant d être dans le futur un outil de traitement. COMMENT SE MANIFESTE-T-ELLE ET COMMENT ÉVOLUE-T-ELLE? Les avis donnés au sujet de l évolution seront empreintes de doute et d humilité car les incertitudes sont grandes tant l évolution a été et sera modifiée grâce au progrès thérapeutiques. Expression et évolution L âge moyen de début est de 3 ans pour la forme à évolution rapide (Duchenne) et de 13 ans pour la forme à évolution lente (Becker). Tous les stades intermédiaires peuvent être observés. Ce début se traduit par une démarche dandinante et l acquisition d une course anormale (si celle-ci a été acquise). Cette éventuelle capacité de course sera rapidement perdue. A ce stade on peut déjà observer une hypertrophie des mollets. Puis on assiste progressivement à l apparition de difficultés à la marche, dans les escaliers, de difficultés au redressement à partir de la position couchée, accroupie et assise. La démarche se fait hésitante avec risque de chute. Pour limiter celui-ci, le malade ralentit sa vitesse de marche et se cambre afin de rétablir un équilibre devenant précaire vers l âge de 9 ans pour la forme de Duchenne. En ce qui concerne la myopathie de Becker, la perte de la marche s observe dans la troisième décennie. Après la perte de la marche, la station assise est marquée, d une part par les problèmes fonctionnels liés à la statique du tronc et aux difficultés d effectuer le mouvement main/bouche pour manger et, d autre part, par l altération des fonctions vitales (respiratoires, cardiaques et digestives).

QUELS TRAITEMENTS ET PRISE EN CHARGE PEUT-ON PROPOSER? On oppose classiquement les traitements palliatifs aux traitements curatifs. Cette opposition a pour conséquence de dévaluer les uns et d attendre désespérément pour les autres. Il vaut mieux parler de traitements freinateurs et enfin des espoirs thérapeutiques dont on ne connaît pas encore les effets. Les traitements freinateurs Ce sont tous les moyens qui permettent de conserver la fonction locomotrice : ces traitements ne sont pas seulement faits pour compenser les conséquences, ils agissent aussi sur la lésion. Ainsi, un muscle qui bouge est un muscle qui perd moins de cellules musculaires. Chaque décision se doit de correspondre à un plan logique et non à un catalogue de mesures systématiques basées sur des a priori. Il faut savoir renoncer temporairement à certaines mesures pour préserver les rythmes de vie (scolarité, activité professionnelle) et la tolérance aux contraintes de malades bien souvent sollicités. Chaque décision thérapeutique se doit s être précoce afin de souligner le handicap par la prescription. Par exemple, un appareillage de membres inférieurs sera donné avant les chutes et une orthèse de nuit avant les déformations. Le caractère préventif des prescriptions est alors plus ressenti comme une mesure d hygiène de vie comme se laver les dents. Il faut donc privilégier l éducation à la rééducation. Il faut savoir que les moyens thérapeutiques voyants (ventilation) sont obligatoirement considérés par certains comme soulignant et stigmatisant le handicap. Parfois, ils sont accusés d être eux-mêmes source de handicap et obstacle à la qualité de vie. Il est donc nécessaire de dédramatiser en expliquant les étapes nécessaires habituellement vécues dans l acceptation de ces traitements. Les traitements du futur (la recherche)? Les greffes de myoblastes consistent à injecter des cellules musculaires à un stade indifférencié afin qu elles colonisent les différents muscles. Malheureusement, ce traitement pose différents problèmes techniques qui restent à résoudre. Le génie génétique semble plus prometteur : la thérapie génique consiste à injecter la partie défaillante de l ADN (du gène) permettant ainsi de fabriquer la protéine manquante afin qu elle colonise les muscles atteints. Cette technique pourra également corriger l ADN défaillant du malade. Le dépistage Les techniques de dépistage permettent dès à présent d effectuer des tests anténataux, mais aussi de dépister les «femmes conductrices» (porteuses du gène mais non malades, susceptible de le transmettre à leurs enfants mâles). Le dépistage ne se conçoit que pour les femmes à risque déjà connues comme porteuses après la naissance d un premier enfant atteint. Cependant, la maladie étant dans 30 % des cas dues à une néomutation sans anomalie familiale connue, ces cas restent inaccessibles au dépistage. Le problème numéro un du dépistage est la dispersion, voire le refus de certaines familles d accepter les prélèvements sanguins. Le concours de tous est donc nécessaire pour aider à la mobilisation des familles.

VIVRE AVEC C est dans les formes évolutives rapides que les problématiques sont les plus difficiles. Différentes sources d angoisse doivent être connues. L angoisse concernant le risque vital, risque qui est bien souvent connu très précocement par la famille et le garçon malade. Cette précocité est due à la promiscuité ou à l information donnée dans les structures de soins sans ménagement ni progressivité. En effet, les discours des équipes soignantes se doivent d éviter les pronostics trop définitifs et fixer dans le temps à un stade ou les problèmes ne se posent pas. Il y a eu ces dernières années un changement majeur dans l espérance de vie et, à l heure actuelle, tout pronostic est impossible du fait des progrès constants de la prise en charge. L annonce du handicap ne doit pas s accompagner de réponses à des questions qui ne se posent pas et qui ne sont pas posées par les familles. Un message d espoir, basé sur des éléments concrets, évite toute déception et tout rejet futur de la prise en charge. Entretenir la dynamique d espoir n est pas donner des dates, c est donner des objectifs. L angoisse liée au processus de normalisation : il est souvent considéré comme normal par les équipes de comparer le processus de développement de l enfant myopathe à celui de l enfant normal ou présentant d autres types de handicaps : beaucoup de frustrations peuvent en découler, alors que le but devrait être la recherche d identité propre et l optimisation des capacités observées et évaluées au cas par cas. Il est difficile bien souvent de surmonter les difficultés liées à la comparaison entre les différents développements des garçons suivis en institution. Il faut donc comparer le sujet à lui-même en repérant ses potentialités, notamment au niveau éducatif et relationnel. On voit, à l inverse, des garçons se conformer à ce que l on attend d eux. Si le milieu et l environnement sont exigeants et rassurants, les potentialités seront plus fortes. Chez l adulte, la recherche d insertion professionnelle, si elle est souhaitable, ne doit pas être une mesure imposée en cas de difficultés locomotrices. L angoisse d être à la hauteur pour les familles : le milieu soignant devra éviter les jugements de valeur sur la famille et souligner les réussites accomplies par l entourage afin d éliminer la culpabilité, source principale du repli sur soi. La prise en charge des familles ne devra jamais être occultée. La connaissance du milieu familial est le moyen le plus sûr pour créer un rapprochement entre l équipe de soins et renforcer le rôle de soutien qu ont les professionnels. Accomplir cette mission pour l équipe de soins, c est avant tout se donner les moyens d être soi-même en dehors de tout processus de culpabilisation. Le renforcement positif que peuvent exercer les soignants s exerce de deux façons : d une part en éliminant l idée d échec quand ils sont confrontés aux limites de la science et d autre part, en renforçant le contenu positif de leurs actions ou de celles des différents intervenants (principalement la famille). C est une relation d accompagnement (selon le sens utilisé dans le compagnonnage) qui permet de donner un sens plus juste à leur mission d aide.

B LA MALADIE DE CHARCOT-MARIE-TOOTH QU EST-CE QUE LA MALADIE DE CHARCOT-MARIE-TOOTH (CMT)? La maladie de Charcot Marie-Tooth (CMT) doit son nom aux trois médecins qui l ont décrite en 1886 : deux français (Charcot et Marie) et un anglais (Tooth). Elle est parfois appelée «amyotrophie neurogène». La CMT recouvre plusieurs affections proches ou «formes», dont la classification est en pleine évolution sous l impulsion des recherches génétiques. Elle atteint les nerfs périphériques (neuropathie). COMMENT SE MANIFESTE-T-ELLE? L âge d apparition des symptômes pour les types I et II est très variable : le plus souvent dans l enfance pour le type I et chez l adulte jeune dans le type II. Dans la forme de Dejerine- Sottas, le début se situe toujours dès la petite enfance. Les premiers signes concernent généralement les pieds qui se creusent, deviennent insensibles et peu stables. Peu à peu un steppage (impossibilité de relever la pointe du pied qui oblige à soulever le pied à chaque pas comme si on montait un escalier step) s installe, provoquant des chutes, des entorses, une difficulté à courir, le périmètre de marche se rétrécit. Le diagnostic est fait à l aide de l electromyogramme (EMG) et parfois d une biopsie nerveuse (prélèvement de tissu ici nerveux pour analyse) ou, depuis peu, par une prise de sang pour les formes identifiées au niveau génétique. QUELLE EN EST LA CAUSE? La CMT est une maladie héréditaire. Elle est donc due à une anomalie génétique transmise par l un des parents qui est lui-même malade, parfois sans signes cliniques (mode dominant) ou par les deux parents porteurs sains (mode récessif). Parfois il s agit d une mutation génétique lorsqu il n existe aucun cas connu dans la famille. COMMENT EVOLUE T-ELLE? Tableau clinique Bien qu il existe différentes formes de CMT, le tableau clinique est sensiblement le même dans bien des cas. Les rétractions tendineuses peuvent provoquer la mise en «griffe» des orteils, l amyotrophie donne un aspect caractéristique «en mollet de coq». L atteinte des mains n est pas systématique et apparaît généralement après plusieurs années d évolution : les mouvements fins sont difficiles à exécuter, les doigts peuvent se mettre en «griffe», l amyotrophie peut provoquer la perte de la fonction «de pince», une diminution de force. En principe toutes ces atteintes sont bilatérales, touchant en particulier les mollets, les cuisses, les avant bras et les mains. Certains sujets peuvent avoir une atteinte du nerf phrénique, provoquant une insuffisance respiratoire plus ou moins importante. Les crampes sont fréquentes surtout en période d évolution.

L évolution Elle est en général lentement progressive, mais peut se faire aussi par poussées (en particulier à l adolescence) : chaque cas est spécifique. La gravité de l atteinte est différente d un sujet à l autre, y compris dans une même famille et rien ne permet de prédire l évolution. Les déformations et l amyotrophie sont variables, mais la fatigabilité, l équilibre instable, la station debout pénible et la montée d escaliers difficile sont constants. La longévité n est pas affectée. La prise de vitamine B6 peut aggraver la maladie. Le handicap Il est variable et permet généralement une vie sensiblement «normale». Le choix du métier est essentiel afin de tenir compte de l évolution possible : il vaut mieux éviter un travail demandant une station debout prolongée ou de nombreux déplacements, ou bien demandant une grande dextérité manuelle, car il y a de fortes probabilités d être dans l obligation d arrêter ces activités. Le choix du lieu de résidence est lui aussi important : éviter les maisons avec escaliers QUELS TRAITEMENTS ET PRISE EN CHARGE PEUT-ON PROPOSER? Il n existe actuellement aucun traitement curatif, mais il est très important de prendre des mesures préventives. la kinésithérapie est essentielle pour retarder la survenue de déformations importantes et de l amyotrophie, et pour conserver un état orthopédique optimal en attendant les futurs traitements. La rééducation doit être douce, le plus souvent passive, la pratique de certaines postures est souhaitable, mais il ne faut jamais forcer, ni faire de la musculation intensive : un muscle fatigué se détériore plus vite. Il faut toujours tenir compte de la fatigabilité aussi bien pendant la rééducation qu au travail ou dans la vie quotidienne. Le port d attelles, de chaussures orthopédiques permet de retrouver une certaine stabilité et diminue le risque de chutes et prolonge la marche. La chirurgie orthopédique peut apporter un soulagement et un maintien de la marche. Diverses interventions sont possibles selon l âge du malade et son état orthopédique, il est important de consulter une équipe pluridisciplinaire qui connaît bien la maladie et son évolution. Diverses aides techniques peuvent être envisagées : petits objets adaptés pour tourner une clé, tenir un stylo, dévisser des bouchons L utilisation d un ordinateur peut permettre de retrouver plus d autonomie, notamment chez les étudiants. L usage d un fauteuil roulant manuel ou électrique de façon continuelle ou en appoint redonne une autonomie de déplacement. Recherche sur la CMT Depuis quelques années, la connaissance de la maladie progresse considérablement : plusieurs gènes ont été localisés puis identifiés ainsi que certaines protéines responsables. Les perspectives de traitement se précisent pour les années à venir, tant au plan médicamenteux, qu au plan d essais de thérapie génique. Plusieurs équipes dans le monde (certaines en France) s y emploient.

VIVRE AVEC LA CMT La compréhension de l entourage est essentielle dans «l acceptation» de la maladie, en particulier chez les enfants. Un enfant peut pratiquer un sport à condition que l éducateur soit conscient de ses limites et qu il l intègre à un poste compatible avec son handicap (gardien de but au foot, chronométreur lors d une course par exemple). Pour leur développement, les enfants ont besoin, dans la mesure du possible, de faire les mêmes activités que leurs camarades, ils admettent difficilement d être mis à part, mais accepte des compromis s is peuvent participer. Ne pas hésiter à utiliser des aides techniques, ni négliger la prise en charge kinésithérapique Rencontrer d autres personnes concernés afin de rompre l isolement, d échanger des «trucs».

C LES AMYOTROPHIES SPINALES INFANTILES QUE SONT LES AMYOTROPHIES SPINALES INFANTILES? Comme leur nom l indique, il s agit d affections en rapport avec une atteinte dégénérative des motoneurones de la corne antérieure de la moelle, survenant chez l enfant ou l adolescent. On parle souvent d ASI ou de SMA (pour Spinal Muscular Atrophy). Il s agit d une pathologie fréquente touchant un enfant sur 2500 à la naissance, de gravité variable selon le type et déterminée par une anomalie génétique commune. COMMENT SE MANIFESTENT-T-ELLES? Elles se manifestent par un tableau de paralysies progressives touchant préférentiellement les muscles des racines des membres, les intercostaux, mais respectant, au moins au début, les muscles du visage. Selon l âge d apparition des paralysies, on distingue trois types : le type I : où l atteinte se produit avant l âge de 3 mois ; le type II : où l atteinte se produit après l âge de 6 mois ; le type III : où l atteinte débute après l âge de 6 ans. Le type I et le type II recouvrent le terme de maladie de Werdnig-Hoffman, alors que le type III correspond à la maladie de Kugelberg-Welander. QUELLE EN EST LA CAUSE? Ce sont des maladies héréditaires. Les chercheurs ont pu récemment isoler plusieurs gènes impliqués dans les ASI, sans que les mécanismes exacts de la dégénérescence des motoneurones soient connus avec précision. L idée d une composante musculaire à l origine des ASI est de plus en plus probable. Il existe probablement des liens de parenté, ou des mécanismes physiopathologiques voisins, entre les Asi et les autres atteintes dégénératives du motoneurone comme la SLA (sclérose latérale amyotrophique) ou le syndrome de Kennedy. COMMENT EVOLUENT ELLES? Le pronostic dépend du type (I,II ou III), de la précocité et de la qualité de la prise en charge. Par exemple, sur le plan moteur, le type III est compatible avec une ambulation autonome, alors que le type II ne permet pas la marche. Quant au type I, le pronostic est souvent très sombre, du fait de l atteinte précoce des muscles respiratoires et des troubles végétatifs associés. Tout ceci ne doit pas faire oublier que des progrès sensibles ont été réalisés ces dernières années pour améliorer le pronostic vital de ces enfants. Beaucoup d entre eux (type II ou a fortiori type III) vivent jusqu à l âge adulte tout en menant une activité scolaire, universitaire, voire professionnelle.

QUELS TRAITEMENTS ET PRISE EN CHARGE PEUT-ON PROPOSER? La prise en charge vise à pallier les conséquences du déficit moteur. L appareillage et la kinésithérapie quotidienne permettent de prévenir la survenue de déformations orthopédiques (scoliose, rétractions tendineuses, luxation de hanche, etc...). Une prise en charge ventilatoire est réalisée par Bird au début puis par ventilation nasale ou trachéostomie si le déficit se majore. La chirurgie permet de combattre des déformations rebelles au traitement habituel et de rigidifier le rachis par une arthrodèse réalisée le plus souvent à l adolescence. Les aspects nutritionnels et digestifs ne sont pas à négliger ; ces enfants ou adolescents restent fragiles. Il n existe pas pour l instant de traitement curatif mais il est probable que les années à venir verront des essais thérapeutiques à partir des molécules issues de la connaissance des gènes et des mécanismes exacts de la maladie.

L ATAXIE DE FRIEDREICH QU EST-CE QUE L ATAXIE DE FRIEDREICH? L ataxie de Friedrieich est la plus fréquente et la mieux individualisée à un groupe d affections : les hérédodégénérescences spino-cérébélleuses (HDSC) : maladies héréditaires, dégénératives, touchant les neurones de la moelle et du cervelet. Elle a été décrite par le neurologue allemand Nicolas Friedreich en 1881. Sa fréquence est d environ 1/50 000 habitants. Le terme d ataxie désigne un trouble de la coordination des mouvements non dû à un déficit de la force musculaire (dû ici à la fois à l atteinte du cervelet et à celle de la sensibilité profonde). COMMENT SE MANIFESTE T-ELLE? Au début Les symptômes débutent le plus souvent au moment de la puberté, vers 13-14 ans, parfois plus tôt. La maladie se manifeste par des troubles de la marche et de l équilibre, par une incoordination des membres supérieurs (gestes lents et imprécis), et des difficultés d élocution. Un examen approfondi démontrera les autres symptômes énumérés ci-dessous. A la phase d état Les signes associent de façon progressive : un syndrome cérébelleux (atteinte du cervelet). Il se manifeste par un équilibre difficile, une marche pseudo-ébrieuse, en écartant les jambes, une parole difficile avec voix explosive et ralentie, une maladresse des mains, une incoordination des mouvements. ; une atteinte du faisceau pyramidal, révélée par une fatigabilité des membres inférieurs, puis un déficit moteur : une atteinte des cordons postérieurs de la moelle (voie de la sensibilité profonde) entrainant des troubles de la sensibilité profonde : difficulté à percevoir le corps dans l espace, troubles de l équilibre ; une atteinte des nerfs périphériques (motoneurones prenant naissance dans la corne antérieure de la moelle) : abolition de certains réflexes, déficit moteur ; des déformations non spécifiques mais fréquentes sont observées : pieds creux, scoliose ; enfin, des troubles cardiaques font partie des atteintes de l affection : il s agit d une atteinte du muscle cardiaque (myocardiopathie obstructive), dont les premiers signes sont souvent ceux d une angine de poitrine (douleurs à l effort) ; la présence d un diabète est une complication beaucoup plus rare (mais plus fréquente que dans la population générale). QUELLE EN EST LA CAUSE? L ataxie de Friedrieich est une maladie héréditaire, transmise à un mode autosomique récessif : l anomalie n apparaît pas à chaque génération. Les parents ne sont pas malades mais porteurs du gène responsable. Le gène en cause est situé sur le bras long du chromosome 9.

COMMENT EVOLUE-T-ELLE? L évolution est progressive, tout en étant plus rapide au début. Elle conduit généralement à une invalidité importante à l âge de 35-40 ans. L évolution peut être totalement différente d un sujet à l autre, y compris au sein d une même famille. La maladie peut se compliquer de déformations osseuses et plus rarement de diabète. L atteinte du cœur très fréquente (insuffisance cardiaque progressive) fait la particulière gravité de la maladie et engage le pronostic vital. Un diagnostic précoce est très important, pour dépister les différents symptômes afin de les prendre en charge le plus rapidement et le mieux possible. QUELS TRAITEMENTS ET PRISE EN CHARGE PEUT-ON PROPOSER? Il n existe actuellement aucun traitement susceptible d enrayer l évolution de la maladie. Les médicaments utilisés combattent les symptômes ou les complications (contractures, tremblement, insuffisance cardiaque). Une rééducation cohérente est indispensable pour limiter au maximum les pertes fonctionnelles et prévenir certaines complications. Elle s attache à effectuer un travail d entretien du tronc (notamment des muscles respiratoires) et des membres, de prévention des rétractions et déformations, au besoin en s aidant d orthèses, de corset (scoliose), plus rarement de la chirurgie. Les exercices sont adaptés pour tenir compte de l atteinte cardiaque. La prise en compte des troubles de l articulation et de la phonation (orthophonie), la mise en place des adaptations et aides techniques progressivement nécessaires sont indispensables pour conserver la meilleure autonomie. La vaccination contre la grippe (chaque année à l automne) fait partie de la prévention des complications en raison du risque cardiorespiratoire.

LE POLYHANDICAP HISTORIQUE DU CONCEPT POLYHANDICAP Dans les années 1950-1960 débute une prise de conscience par les pédiatres des hôpitaux du nombre d enfants dits «encéphalopathes» n ayant aucun soin particulier ni structure d accueil. Ils sont aussi désignés sous le terme «arriérés profonds». En opposition, les sujets «infirmes moteurs cérébraux» dont l intelligence est conservée sont mieux connus et soignés grâce aux travaux du Pr.Tardieu. 3 grands groupes de handicaps associés : - polyhandicap : handicap grave à expressions multiples avec restriction extrême de l autonomie et déficience mentale profonde; prévalence : 2 pour mille. - plurihandicap : association circonstancielle de deux ou plusieurs handicaps avec conservation des facultés intellectuelles; prévalence 0,5 pour mille - surhandicap : surcharge de troubles du comportement sur handicap grave préexistant; prévalence : 3 pour mille. Définition du polyhandicap : Handicap grave à expressions multiples avec déficience motrice et déficience mentale sévère ou profonde, entraînant une restriction extrême de l autonomie et des possibilités de perception, d expression et de relation. Il est évident que cette définition recouvre des situations très variées et qu il n est pas toujours simple de préciser les limites du polyhandicap, que ce soit du côté de l IMC (que définit le meilleur niveau intellectuel) ou du côté des psychoses déficitaires (où les troubles moteurs sont moins évidents), les cas frontières ne sont pas rares. LES CAUSES DU POLYHANDICAP Chez l enfant, c est l atteinte cérébrale grave précoce, touchant plusieurs domaines de l activité neurologique (intelligence, motricité, sensorialité). Elle réalise des associations cliniques très diverses. De nombreuses études ont montré que les progrès de la réanimation néonatale avaient fait baisser non seulement la mortalité, mais aussi la proportion de séquelles handicapant es chez les survivants. Les progrès actuels de la recherche portent sur les causes génétiques (car les cas familiaux ne sont pas exceptionnels), la poursuite de la prévention des embryopathies, les pathologies fœtales, qui ne sont pas toujours décelables ni accessibles au traitement. Il est probable que pour beaucoup de cas, plusieurs causes se cumulent chez le même enfant. LES PRINCIPALES DEFICIENCES ET INCAPACITES Les différentes déficiences s associent de façon diverse. Leurs effets fonctionnels varient avec le développement de l enfant et le risque du handicap initial peut s aggraver de handicaps secondaires, qui dominent le pronostic et font l objet des thérapeutiques possibles.

La déficience intellectuelle Approximativement de Q.I. inférieur à 0,50 et partie intégrante de l ensemble, elle entraîne pour le sujet : des difficultés à se situer dans l espace et le temps; une fragilité des acquisitions mnésiques (mémoire); des troubles ou impossibilité de raisonnement, de mise en relation des situations entre elles; et, le plus souvent, l absence de langage ou un langage très rudimentaire. Toutefois, sont souvent préservées les possibilités d expression des émotions, de contact avec l environnement, et des acquisitions d autonomie se font chez tous les enfants bien pris en charge lorsqu on s appuie sur les compétences et non sur les manques. Il peut arriver que les troubles du comportement prennent une place importante : stéréotypies, auto agressivité, phénomènes de repli psychotique. Ici se posent les questions des limites entre le polyhandicap et certaines psychoses déficitaires très régressives. SUR LE PLAN FONCTIONNEL Quel que soit le trouble moteur en cause, les méthodes actuelles permettent à la personne polyhandicapée d accéder à des degrés d indépendance motrice très variables, depuis la marche libérée plus ou moins solide jusqu aux grandes incapacités quadriplégiques dépendantes L usage personnel d un fauteuil roulant manuel ou électrique est limité par les possibilités intellectuelles et d orientation spatiale mais doit toujours être tenté. En tout état de cause le terme de «grabataire» ne devrait plus être pertinent puisse qu il existe des méthodes pour tenter dans le plus grand nombre de cas de verticaliser, au moins en position assise, les sujets polyhandicapés. Ceci a une importance au plan vital, car la mortalité est directement proportionnelle au degré de dépendance motrice et à l importance des déformations orthopédiques rendant impossible la station verticale. Le retentissement buccolinguofacial des troubles moteurs et les problèmes orthopédiques mandibulaires qui leur sont liés jouent un rôle considérable dans le pronostic vital par le biais des difficultés de déglutition et des fausses routes. L épilepsie Elle atteint 40 à 50 % des sujets polyhandicapés et dans un cas sur 4 ou 5 ces épilepsies sont difficiles à équilibrer. La maladie épileptique grave et invalidante à crises multiples et très polymorphes succède le plus souvent à un syndrome de West ou de Lennox de la petite enfance. Il peut s agir d absences, de crises toniques brèves, et parfois de véritables «épilepsie chutes» à crises imprévisibles qui, chez le sujet marchant entraine des traumatismes répétés, de la face surtout, avec des fractures dentaires, des déformations qui finissent par constituer un véritable handicap secondaire. Des troubles du comportement peuvent aussi succéder à la répétition des crises (somnolences coupées d accès d hyperactivité, parfois agressivité ou conduites auto-offensives). Les troubles sensoriels Ils font très souvent partie des problèmes invalidants du polyhandicapé, surtout lorsqu il avance en âge. L évaluation de l audition n est pas facile (car elle suppose la compréhension du sujet pour être bien testée). La surdité est relativement rare et pose des problèmes difficiles

d ajustement et de tolérance des appareillages. Mais les surdités liées à des troubles de l oreille moyenne d origine infectieuse, parfois malformative, se voient également. Les troubles de la vision sont très fréquents (40 % des sujets polyhandicapés). Amétropie (myopie, astigmatisme ), cataractes congénitales ou acquises, malformations oculaires ou atteinte rétinienne, dont les examens ophtalmologiques peuvent faire la preuve, mais parfois avec l obligation d une anesthésie générale pour les réaliser. Les doubles déficits sensoriels visuels et auditifs sont actuellement plus rares depuis la prévention de l embryopathie de la rubéole. Mais ils posent des problèmes particuliers de rééducation et de communication, d autant plus que peuvent s intriquer des troubles de la personnalité et du comportement. Les troubles somatiques Le sujet polyhandicapé est fragile. La mortalité est dix fois plus élevée que chez les sujets normaux à âge égal. La santé du sujet polyhandicapé dépend directement des soins de vie quotidienne qui lui sont donnés, et il est particulièrement sensible aux changements de vie et d environnement humain. On a montré que 25 % des décès survenaient dans les trois mois suivant un changement de vie. Groupements cliniques et étiologiques On peut distinguer schématiquement quatre grands groupes d enfants polyhandicapés : les infirmes moteurs d origine cérébrale, lourdement handicapés sur le plan moteur, gardant parfois un très bon contact malgré l absence de langage ; les grands épileptiques sévères avec parfois comportement pseudo-autistique ; les ensembles malformatifs, où les troubles moteurs sont moindres mais où diverses surcharges et une dysmorphie (déformations visibles, en particulier du crâne et de la face) s associent à la déficience mentale sévère ; les maladies évolutives du système nerveux central. QUELS TRAITEMENTS ET PRISE EN CHARGE PEUT-ON PROPOSER? Avec les sujets sans langage, le mode de communication est difficile à établir. Le langage parlé est toujours utilisé, car beaucoup de personnes polyhandicapées comprennent au moins une partie de ce qu il leur est dit. On prête une attention spéciale à la parole directement adressée au sujet, aux intonations, aux gestes d accompagnement, en sachant que la moindre réponse demande un long délai : l interlocuteur pressé risque toujours d avoir détourné son attention au moment où s ébauche un signe qui pourrait montrer une compréhension et continuer l échange. Quel que soit le handicap et le mode de communication proposé il faut une attention individualisée et une cohérence entre les intervenants. Les soins de la vie quotidienne À côté des tentatives centrées sur un mode de communication organisé ou «codé» il est certain que c est à travers les soins journaliers que s établit spontanément une relation entre la personne polyhandicapée et ses soignants. Ces soins ont une importance vitale.

L alimentation est au premier plan. L adaptation de la composition, de la texture, de la présentation, doit être individuellement réfléchie. L installation du sujet, son degré de participation, les diverses méthodes d aide à la fermeture de la bouche et à la déglutition, sont fondamentales. On doit faire manger le sujet assis, la tête en rectitude par rapport au tronc, en stimulant une légère flexion au moment de l arrivée de la cuillère, en favorisant l approche main bouche. Pour les liquides, utiliser un verre souple ou échancré, afin que la lèvre supérieure atteigne le liquide, aider à la fermeture de la bouche. L usage de boissons gélifiées a représenté un progrès. En effet, l hydratation pose un problème quotidien chez ces sujets non autonomes et l apport de 1 litre à 1,5 litre par jour chez le grand enfant ou l adulte est difficile à réaliser. Les problèmes d hygiène quotidienne sont très importants. Ils peuvent être l occasion de moments privilégiés mais aussi de soins plutôt pénibles. Bain, petits soins de peau, massages, prévention d escarres, soins des cheveux, autant d activités où toute la personne du soignant est engagée. L hygiène bucco-dentaire se heurte a bien des difficultés mais devrait être réalisée matin et soir (brosse douce ou simple compresse, dentifrice liquide ou eau pure) chez ces sujets qui n ont pas d auto nettoyage buccal et dont les médicaments peuvent déterminer des hypertrophies gingivales qui masquent souvent les caries. Les soins de prévention sont difficiles. Bien souvent on en vient à des soins radicaux sous anesthésie générale. L attention doit être portée aussi sur les éliminations. La constipation est très habituelle. Elle peut se masquer par une fausse diarrhée ou des éliminations fréquentes peu importantes. La survenue progressive d un fécalome (bouchon de matières, souvent visible sur les radiographies de bassin) obligerait à des lavements ou à une extraction manuelle pénibles. Pour prévenir ces problèmes, l hydratation avec un apport quotidien au minimum de 1,5 litre est essentielle. D autres palliatifs : la diététique, le son, les pruneaux, etc., ou les médicaments, enfin les massages abdominaux sont utiles. L élimination urinaire peut aussi être perturbée. On a montré la fréquence du résidu vésical, c est-à-dire d une évacuation incomplète de la vessie qui est source d infections urinaires. Ainsi une multiplicité de difficultés diverses doivent être repérées à temps et soignées par des mesures de prévention assez simples. Les thérapeutiques? Les progrès récents ont surtout concerné les handicaps secondaires et sont symptomatiques. Thérapeutiques du reflux œsophagien très fréquent, source d anémie, de douleurs, de régurgitations, et parfois silencieux si l on ne remarque pas les phénomènes douloureux, nocturnes surtout. Les pansements gastriques, les antiacides, la verticalisation améliorent franchement ces troubles et limitent leur retentissement respiratoire. Thérapeutiques des épilepsies qui bénéficient de nombreux médicaments classiques ou nouveaux. Les traitements lourds et multiples sont évités le plus possible : rien ne prouve que l association de trois médicaments soit plus active que deux et les effets secondaires se cumulent (somnolence, perturbation des rythmes biologiques). Toute la prise en charge générale du sujet et son observation fine sont essentielles pour la prévention des crises et le meilleur équilibre du sujet. Les tentatives chirurgicales (consistant à enlever une portion de tissu cérébral) qui nécessitent avant la décision des examens complexes, s adressent soit à des lésions focales bien circonscrites soit à des épilepsies «intraitables». Toutes les thérapeutiques et les mesures de prévention utiles chez l enfant comme chez l adulte (antibiothérapie, vaccinations diverses) ont contribué depuis des années à améliorer le confort et l espérance de vie.

L éducation motrice La rééducation L orthopédie Il y a deux grands axes à la prise en charge orthopédique des sujets polyhandicapés : la mobilité, les installations. Ces deux objectifs dont certains aspects peuvent être contradictoires entre eux, sont la base de la prévention fonctionnelle et orthopédique qui tente d éviter les handicaps secondaires, les déformations corporelles et la restriction progressive des possibilités motrices. La chirurgie est parfois nécessaire pour prévenir les déformations : elle porte soit sur les parties molles (ténotomie, neurotomies) soit sur l os: ostéotomies plus ou moins étendues, du fémur ou du bassin; arthrodèses au niveau des pieds; arthrodèses vertébrales lorsqu on ne peut plus tenir la scoliose par un corset. C est une chirurgie délicate et à risques qui nécessite une préparation soigneuse somatique et psychologique du sujet, une participation de la famille et des équipes éducatives, un suivi rigoureux des suites opératoires et du résultat par rapport aux indications proposées. Aucune intervention ne doit être envisagée sans une explication claire des objectifs poursuivis, des résultats espérés et des risques ainsi que des soins nécessaires dans les suites. L EDUCATION ADAPTEE Les soins et la rééducation doivent s inscrire dans un projet dont l éducation générale de l enfant est le centre et le moteur. Il s agit d abord d évaluer à quel stade de développement l on doit travailler. La référence à l enfant normal jeune est évidemment logique mais assez souvent mise en défaut par les asynchronismes de développement liés au handicap. L enfant est amené à prendre progressivement une certaine conscience de son corps, de la verticalité, du rassemblement des membres supérieurs vers l axe corporel puis à s intéresser à l objet, à sa permanence, à l adulte présent dans le jeu d échange. Si la préhension est possible, manger à la main, puis tenir une cuillère, associer deux objets, sont des étapes essentielles qui demandent souvent des mois. De même une certaine participation à l habillage, à la toilette, la prise de conscience des rythmes et des diverses situations de la journée. Tout au long de ces efforts éducatifs, un mode de communication élémentaire se met en place qu on tâche d affiner, car l acquisition de la réponse par oui ou non, de quelque manière que ce soit, ouvre l accès à un code possible. Enfin toutes les activités de groupe : musique, peinture, terre, pâtisserie, etc. et les activités d extérieur comme la piscine ou l équithérapie sont utilisées en fonction des possibilités de chacun. L essentiel est qu un projet soit établi pour chaque sujet et puisse, le cas échéant, être modifié suivant l observation et les besoins présumés, suivant les possibilités locales, familiales ou institutionnelles. LA VIE QUOTIDIENNE DES FAMILLES AVEC UNE PERSONNE POLYHANDICAPÉS Chaque parcours familial est personnel. Les difficultés de l enfant peuvent apparaître d emblée à la naissance, ou se révéler peu à peu chez un enfant n ayant pas donné d inquiétudes en période périnatale. Mais habituellement, l association de déficiences sévères se révèle tôt, dans les premières années de vie. Il n est pas exclu cependant qu un adulte jusque là normal, à la suite d un traumatisme, d une encéphalite, d une maladie dégénérative, présente progressivement un tableau de

polyhandicap grave. Les situations sont ici très différentes mais les soins nécessaires peuvent être similaires (compte tenu de l âge bien sûr). Dans la petite enfance, la période de découverte progressive des différentes déficiences est toujours un bouleversement pour la famille. C est aussi la période des bilans hospitaliers, parfois lourds et contraignants, semés de rencontres qui ne se passent pas toujours bien. Pourtant, tout doit être fait pour parvenir à un diagnostic aussi précis que possible, indispensable pour un pronostic et pour le conseil génétique, d où des examens ou parfois des hospitalisations répétées programmées. De plus, ces petits enfants sont fragiles; les troubles alimentaires, les convulsions fréquentes, le retard de croissance, les infections, les troubles du sommeil, grèvent la vie familiale et peuvent devenir intolérables. Il faut alors savoir proposer une prise en charge plus importante en collectivité spécialisée (pouponnières spécialisées), ce qui n implique pas une séparation totale d avec la famille. Il arrive souvent que les troubles moteurs soient les premiers repérés. Ils sont parfois masqués sous le terme de «retards psychomoteurs», qui peut être dangereux parce qu il fait obstacle à un vrai diagnostic et entretient l illusion d une réversibilité totale. Mais la prise en charge de ces troubles moteurs par des techniciens ouverts est un premier pas vers une meilleure connaissance de l enfant et une aide pratique à la famille. Les efforts éducatifs, la stimulation globale ne doivent pas pour autant être omis, car c est dans une dynamique de développement que l enfant doit être engagé. Presque toujours l enfant progressera. Pour la famille, la prise de conscience progressive de la limitation des possibilités de compréhension et de communication est l épreuve la plus douloureuse, jalonnée d illusions et de découragements successifs. Il faut savoir aussi qu il peut y avoir des situations ou des périodes dans la vie d une famille où le cumul des difficultés et la crainte de l avenir conduisent à un tel désespoir que les efforts éducatifs paraissent dérisoires et que seule une aide soutenue des parents pourrait éviter des catastrophes. Ces situations ne sont pas les plus fréquentes mais peuvent aussi être masquées sous des demandes disproportionnées d efforts éducatifs ou de thérapeutiques diverses. Il n est pas toujours facile de décoder les éléments d un dialogue entre les parents et le médecin ou les thérapeutes, dialogue qu il faut avant tout s efforcer de maintenir dans un accueil qui ne soit pas purement technique. Chaque étape de la vie de l enfant pose de nouveaux problèmes et réveille la blessure du handicap. Vers 3 ans, on pense à une insertion dans un groupe d enfants. Sont parfois possibles, quand ces structures existent, des accueils de groupes d enfants suivis par des SESSD (Services d éducation et de soins spécialisés à domicile), ou un accueil en halte garderie spécialisée. L école maternelle n est qu exceptionnellement possible pour l enfant polyhandicapé. Les externats sont en nombre insuffisant. Cette quête d un lieu d accueil peut durer plusieurs années et aboutir parfois à un internat, parfois au maintien en famille avec un accueil de jour. Mais dans tous les cas les difficultés matérielles ont tendance à s aggraver avec la croissance. Néanmoins, la tolérance et les ressources que la famille mobilise pour l enfant sont souvent remarquables. L adolescence est un temps difficile où le jeune handicapé devient plus lourd, où les soins deviennent malaisés et où certains handicaps s aggravent (l épilepsie parfois, les scolioses souvent). Toutefois, au cours de l adolescence et bien au-delà à l âge adulte, des progrès minimes d autonomie peuvent encore se faire jour. C est à cette période qu apparaît la nécessité d une tutelle, le changement de statut de cet adulte encore dépendant, et la recherche difficile d une orientation (foyer ou MAS).

LES STRUCTURES ET LES INSTITUTIONS L équipement, semblable sur le papier d une région à l autre, est en réalité fort disparate et toutes les familles connaissent un parcours difficile aux différents stades de la vie de l enfant et de l adulte. L enfant petit peut être suivi par des techniciens libéraux sur prescription d un médecin de famille ou du pédiatre, ou dans un Centre d Action Médico-Sociale Précoce, ou par un Service de Soins d Aide à Domicile. L important est qu un interlocuteur existe pour ce problème du handicap de l enfant, pour soutenir la famille et guider les efforts éducatifs. La CDES a pour fonction d aider à l orientation et d attribuer les aides financières (AES et compléments). Mais à côté des efforts éducatifs individuels, se pose très vite la question de la vie de ce petit enfant au milieu des autres du même âge, alors qu il ne peut accéder le plus souvent aux mêmes structures. Si la mère travaille, le mode de garde va d emblée poser problème : toutefois les crèches collectives ou familiales ont évolué vers l accueil d enfants handicapés, mais de façon prudente et souvent remise en question. L intégration est exceptionnelle en maternelle et impossible en primaire. Viendra donc la recherche d une structure de jour, très difficile encore actuellement. Dans d autres familles ou pour d autres enfants, les difficultés peuvent être telles que l enfant ne peut vivre quotidiennement à la maison : pouponnières spécialisées, placements familiaux spécialisés, internats de semaine seront alors recherchés. Mais ces établissements médicoéducatifs accueillant les polyhandicapés sont encore assez rares, malgré l incitation qu a représentée l Annexe XXIV ter pour la création de sections spécialisées dans les internats existants, ou d établissements autonomes, ou pour la reconversion partielle d établissements de rééducation fonctionnelle. Les structures publiques des intersecteurs de psychiatrie infantile, les centres médicopsychologiques et les hôpitaux de jour, ne possèdent en général pas l équipement nécessaire pour les enfants polyhandicapés, mais peuvent être d un appui important aux équipes de soins confrontées aux difficultés de comportement ou aux troubles de la personnalité. Lorsque l enfant parvient à l adolescence, les difficultés d orientation deviennent angoissantes, car l équipement actuel en structures pour adultes est insuffisant et le maintien des sujets devenant adultes dans les structures pour enfants (devenue la règle depuis les dispositions de «l amendement Creton», ne résout que partiellement le problème. Pour l adulte existent des Maisons d Accueil Spécialisées (article 46 de la Loi d Orientation et Circulaire 62 AS de juin 1978) dont le financement est apporté par la Sécurité Sociale, et les foyers à double tarification dont le statut juridique n est pas défini (financement de l hébergement par le Département et du «forfait soin» par la Sécurité Sociale). Certains trouvent place dans des foyers d adultes non médicalisés. Le degré de dépendance dans la vie pratique est ici déterminant ainsi que la présence ou l absence de difficultés de communication et de comportement. Lorsque aucun membre de la famille ne peut prendre la responsabilité de la Tutelle, il existe quelques Associations de Tutelle, encore trop rares. La question du vieillissement des personnes polyhandicapées est un souci important pour les équipes d accueil. De même il est possible que certains adultes handicapés légers, auparavant travailleurs de CAT (Centre d Aide par le Travail) et hébergés en foyer, perdent leur autonomie en vieillissant et se comportent alors comme des personnes polyhandicapées. Il n existe pas actuellement de structure spécialisée pour ces personnes.