L INFRASTRUCTURE INFORMATIQUE DEVIENDRAIT UNE «COMMODITÉ» : UN VOCABULAIRE MALHEUREUX QUI FAIT OUBLIER SA COMPLEXITÉ Le rôle stratégique de l infrastructure informatique Une étude de JEMM Vision
L infrastructure informatique deviendrait une commodité : un vocabilaire malheureux
RÉSUMÉ «Commodities» et «utilities» sont des vocabulaires qui sont apparus au début des années 2000 pour qualifier l infrastructure informatique. Cela a considérablement dévalorisé et minimisé sa portée stratégique et a créé une confusion chez les dirigeants non-informaticiens. Nous nous permettons ici une analogie entre le système d information et les voiliers de compétition pour resituer la complexité et l importance de l infrastructure informatique dans l entreprise. A QUI EST DESTINÉ CE DOCUMENT DSI / CIO, directeurs de productions informatique, opérationnels de la production informatique, dirigeants d entreprise, et tous professionnels impliqués dans des opérations d externalisation ou d investissement des infrastructures informatiques Page 2
TABLE DES MATIÈRES RÉSUMÉ... 2 A QUI EST DESTINÉ CE DOCUMENT... 2 LES ÉGOUTS... 1 RECONNAISSONS LA COMPLEXITÉ DES INFRASTRUCTURES... 1 UNE ANALOGIE AVEC LE TRAIN OU LES VOILIERS DE COMPÉTITION... 2 LE NUAGE REND-IL AVEUGLE?... 4 CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS... 4 A PROPOS DE JEMM VISION... 5 A PROPOS DE L AUTEUR... 5
L infrastructure informatique deviendrait une commodité : un vocabilaire malheureux LES ÉGOUTS Au cours des cinq à dix dernières années les vocables de «utilities» et «commodities» se sont répandus, et malheureusement imposés, pour désigner la gestion des infrastructures informatiques. En anglais utilities et commodities sont utilisés pour désigner des services et des équipements tels que gaz, électricité, eau, nettoyage, restauration, entretien. «Commodité» est un barbarisme issu d une traduction hâtive et maladroite : en français, dans un hôtel, les commodités désignent les toilettes! Qui a introduit ce vocabulaire? Cabinets d analystes ou prestataires de gestion d infrastructure eux-mêmes, il est difficile de s en souvenir. Mais ils ont bien entretenu ensemble cette nouvelle idée qui laisse croire que l infrastructure serait assimilable à de la plomberie ou du câblage électrique. Récemment le directeur des opérations informatiques d un groupe international m a confié que dans son pays on appelait cela par dérision «les égouts» Que veut-on dire? Que les postes de travail, les réseaux (LAN et WAN), les serveurs et les serveurs lames (blade servers), les composants de sécurité (firewalls, DMZ, etc), tout cela serait de la «commodité» facile à installer, gérer, piloter, externaliser? On a fait croire que les applications étaient la partie noble de l informatique, que l infrastructure s était banalisée et était devenue une «commodité» ou une «utilité» que l on confie à un spécialiste comme on a confié l électricité à EDF et l eau à Suez ou Veolia. Les dégâts peuvent être considérables dans l esprit des dirigeants et des utilisateurs qui ont pu transformer leur regard sur cette partie de l informatique et la considérer avec un certain dédain. Ils croient que l infrastructure et les opérations sont simples, bon marché et externalisables. Externalisables très certainement, mais pas pour ces raisons. RECONNAISSONS LA COMPLEXITÉ DES INFRASTRUCTURES Nous devrions combattre l idée que l infrastructure informatique s est simplifiée. Bien au contraire, on y a multiplié les technologies, on y a intégré une multitude de logiciels techniques, elle fait l objet en permanence d évolutions et migrations, et plus récemment sont arrivés des concepts complexes tels que la virtualisation des serveurs et du stockage. Et tout cela en retirant très peu d anciens systèmes. Ces vingt dernières années sont caractérisées par l accumulation de technologies plutôt que par des remplacements. Les campagnes de consolidation et l industrialisation du métier de la gestion d infrastructure, grâce notamment à des cadres comme ITIL, ont certes considérablement amélioré la maîtrise du système d information, mais ne l ont pas banalisé pour autant. Voici quelques exemples rencontrés dans des entreprises utilisatrices. - Croit-on encore qu une migration Windows98 vers WindowsXP ou de WindowsXP vers Windows Seven est simple? Ce que des amateurs ou des étudiants réussissent sur leur ordinateur personnel devient compliqué et risqué lorsqu il s agit de migrer 5 000 ou 20 000 postes. On a vu des SSII leader du marché peiner voire échouer sur de tels projets. - Qui peut citer un projet de mise en place d un annuaire d entreprise dans un grand groupe qui se soit déroulé facilement et dans les délais prévus? Les entreprises ont Page 1
l habitude d user plusieurs chefs de projet pour finalement doubler la durée de déploiement. - Qui peut nous démontrer qu un PRA (plan de reprise d activité) est une affaire simple? Mettre en place un système de PRA est déjà un beau problème informatique. Le maintenir aligné avec un système d information (SI) en constante transformation devient encore plus délicat. Certains prestataires font payer au prix fort l impact de la transformation du SI sur le PRA qu ils assurent, et on a vu des cas où elles ont décliné leur engagement de responsabilité lors de changements importants. - Et un cas significatif qui montre bien que ces «utilities» ne sont pas si simples à manipuler. Une entreprise voulait déménager environ 600 serveurs de trois sites vers un nouveau data center. Une moitié de ces serveurs pouvaient être désactivés, déménagés et réinstallés pendant les week-ends. Pour l autre moitié il fallait assurer la continuité de service dans interruption : la procédure imposait donc pour chaque serveur de créer un clone dans le nouveau data center, basculer en quelques minutes la nuit, puis libérer et transporter l ancien serveur. Accessoirement il existait une sérieuse complexité dans le «mapping» entre les serveurs supportant les applications et les baies de stockage de données. Pour une opération de transport de «commodités» que des non-informaticiens pourraient croire simple, un cahier des charges a été envoyé à une dizaine de prestataires leaders et reconnus sur la place. Deux seulement ont accepté de répondre, en y mettant des conditions extrêmes de limite de responsabilité. Tous les autres ont préféré décliner une opération qu ils jugeaient trop risquée. Déménager, maintenir, piloter et faire évoluerlessssssormation. Appelez cela commodités si vous voulez, externalisez si vous voulez, mais soyez certains que les projets techniques sont difficiles, et que la performance de l infrastructure est très variable d une entreprise à une autre en termes de service rendu, disponibilité, sureté et coût et que cela ne se compare pas à l eau, l électricité ou le gaz. UNE ANALOGIE AVEC LE TRAIN OU LES VOILIERS DE COMPÉTITION Il est classique de représenter le système d information avec ses deux composantes : parc applicatifs et infrastructure. Le parc applicatif est présente comme hautement stratégique parce qu il reflète la stratégie et l adaptabilité de l entreprise. L infrastructure ne l est pas moins puisque sur elle repose la disponibilité et la performance des applications. Page 2
L infrastructure informatique deviendrait une commodité : un vocabilaire malheureux L infrastructure, comme l ensemble quille, coque et mat d un voilier de compétition type «Vendée Globe» ou «Aerica Cup»,doit être correctement profilée et robuste. Comme le réseau et les ouvrages d art du chemin de fer. Une infrastructure déficiente peut affecter le résultat de l entreprise : - L activité de chacun peut être ralentie ou suspendue. - Les applications en dépendent directement. Que sont les meilleures applications si elles s appuient sur une infrastructure déficiente : un mauvais service desk, des taux d arrêts élevés, un annuaire incomplet ou erroné, une sécurité faillible, des serveurs saturés? Page 3
LE NUAGE REND-IL AVEUGLE? Le cloud computing, public, privé, semi-privé : peu importe, en tout cas voilà des infrastructures particulièrement complexes, encore bien plus que le data center de l entreprise. Faire le choix de transférer tout ou partie de son infrastructure vers une solution cloud est une décision hautement stratégique devrait être une décision hautement stratégique 1. Elle permet de dire : «l infrastructure est devenue trop complexe ou trop lourde pour moi, je la confie à un spécialiste qui saura gérer son évolution, sa flexibilité, sa disponibilité, sa sécurité. Mais je dois comprendre sa solution». 2. Il subsiste l intégration de la partie «cloudisée» avec la partie qui reste dans le data center habituel de l entreprise (interne ou chez un hébergeur «classique»). C est le cas de figure le plus courant à l heure actuelle. Et voilà une belle complexité à gérer. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS Les architectes des voiliers, ou ceux des chemins de fer, repensent et améliorent les structures, tout comme il faut savoir entretenir et améliorer son infrastructure informatique. Ce travail n est pas moins noble ni moins critique que le choix et le dimensionnement des voiles ou des applications. N y a-t-il pas là un peu de stratégie? Nous ne saurions que trop recommander aux cadres et dirigeants d entreprise de prendre conscience de l incroyable niveau de complexité qu ont pu atteindre les infrastructures informatiques, et de respecter la responsabilité qui est celle du DSI et du directeur des opérations informatiques. Ces derniers devraient bannir ce vocabulaire que nous venons de dénoncer. Ils devraient reprendre celui entendu récemment chez un opérateur informatique : il propose de «masquer» cette complexité en l opérant pour ses clients. Masquer ne veut pas dire simplifier ou banaliser. Une autre recommandation importante pour les DSI et responsables des opérations : masquer ne devrait pas non plus dire cacher. Il est important que dans le cas d une externalisation, l opérateur soit transparent avec ses clients sur les options techniques qu il a prises et sa «road map technique pour le futur». Page 4
L infrastructure informatique deviendrait une commodité : un vocabilaire malheureux A PROPOS DE JEMM VISION JEMM Vision est un réseau d analystes indépendants qui aide les DSI et les opérationnels de l informatique à réussir l alignement du système d information avec les enjeux métiers de leurs entreprises. Fruit de l'interaction et la fusion de sensibilités et expériences diverses dans les domaines du green IT, du journalisme, de l'internet, des services et solutions informatiques, des fonds d'investissement et des grands comptes, la mission des analystes de JEMM Vision est d accompagner ces professionnels de l informatique dans les entreprises afin de les aider à réussir leur transformation. A PROPOS DE L AUTEUR Richard PEYNOT cumule treize années en développement et management de projets informatiques au sein des sociétés de services Silicomp et Euriware, et près de six années comme chef de service nouvelles technologies et orientations techniques à la direction des systèmes d information de PSA Peugeot Citroën. Il a ensuite été analyste chez Forrester Research de 2001 à 2007. Il crée Acseitis en 2008 et travaille en réseau avec des cabinets de conseil. Il est membre de JEMM Vision depuis 2011. Page 5