Etude technique et historique. Association Culturelle Pierre Abélard -2006 LE PALLET



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Le Pallet Comprendre la chapelle Sainte-Anne Etude technique et historique Association Culturelle Pierre Abélard -2006 LE PALLET

SOMMAIRE - Page 2 - La chapelle aujourd hui. Introduction Rappel historique Inspiration Poitevine? Documents concernant le classement et la restauration - Page 7 - La restauration 1957/1958 Les objets intérieurs La restauration - Page 9 - Etude des maçonnerie existantes - Page 12 - Documents annexes Le mur de la chapelle primitive Le mur de l abside et le mur côté cimetière Le mur façade avec son porche Le petit mur de soubassement en façade La porte intérieure de communication, à gauche Les contreforts obliques Détails d éléments de la chapelle Dessin de Doomer Dessin de Thiénon - Page 14 - Notes explicatives 1

La Chapelle aujourd hui Introduction Pour un visiteur un peu attentif, la chapelle Sainte-Anne surprend dès le premier regard. Le grand porche, avec sa grille, parait démesuré pour cette petite chapelle, et la dissymétrie entre les côtés droit et gauche surprend. A l extérieur, la petite fenêtre située au-dessus de la porte latérale semble être construite en sens inverse de son utilisation. Les objets disposés à l intérieur paraissent disparates ; heureusement les très belles fenêtres rassurent par leur appartenance indiscutable à l art de l époque romane. La chapelle Sainte-Anne orientée au nord nord-est se compose d une petite nef pratiquement carrée. Elle se prolonge par une abside voûtée en cul de four. La nef voûtée est en plein cintre. La façade est percée par un grand porche en plein cintre fermé par une grille. Sur le côté gauche, une ouverture avec un linteau en cintre surbaissé est fermée par une porte en bois qui en permet l accès. Cette ancienne chapelle vieille d environ mille ans a, au cours des siècles, eu plusieurs fonctions qui ont entraîné autant de transformations successives. C est pourquoi certaines parties architecturales sont insolites. C est ce que nous allons essayer de comprendre dans cette étude. Fenêtre inversée Elle semble avoir été construite pour éclairer l extérieur 2

Rappel historique On ne sait pas avec certitude la date de construction de cette chapelle, nous manquons d éléments décoratifs pour pouvoir la dater. Nous savons qu elle a été bâtie sur le côté d une chapelle primitive plus importante, aujourd hui presque totalement disparue. Toutefois la chronologie suivante du site parait vraisemblable. 1. Au 10 ème siècle, édification d une motte féodale sur la butte naturelle et construction d un donjon de bois. Au pied de ce donjon, réalisation d une douve. Une chapelle primitive en pierre est construite à l extérieur de la douve pour desservir ce premier donjon. Nous avons là le schéma très classique des mottes féodales. 2. A la fin du 10 ème siècle, construction d un grand donjon de pierre (400m 2 ) Le sommet de la butte étant trop étroit, le donjon est implanté légèrement en contrebas du sommet et à cheval sur la première douve, à proximité de la chapelle existante. 3. Au cours du 11 ème siècle, construction de la chapelle Sainte-Anne, accolée à la chapelle primitive. Cette construction peut être due à l initiative des seigneurs du Pallet très puissants dans la deuxième moitié du 11 ème siècle. Nous sommes à l époque de la naissance d Abélard. Plan schématique de la motte féodale au 10 ème siècle sur fond de cadastre de 1815 Par la suite les deux chapelles accolées vont devenir le chœur de l église Saint-Vincent (voir l étude réalisée à ce sujet en 2004) A l occasion de ces modifications, les deux chapelles vont subir des transformations. Aux alentours de la Révolution, la chapelle primitive va être détruite. Enfin en 1853, l église Saint-Vincent est démolie afin de récupérer les pierres qui vont servir à la construction de la nouvelle église. Toutefois, grâce à l intervention de Prosper Mérimée qui a sensibilisé le préfet et les responsables locaux sur l importance du site archéologique, la chapelle Sainte-Anne va être préservée. Elle est vouée au culte de sainte Anne et c est à partir de cette époque qu elle est dénommée «chapelle Sainte-Anne» 3

L édifice a, finalement, été classé à l inventaire supplémentaire des monuments historiques le 9 août 1941. Une restauration a été entreprise en 1957/1958 par la commune du Pallet et le service des monuments historiques. C est cette chapelle que nous voyons aujourd hui. Les deux chapelles accolées au 11ème siècle Eglise Saint-Vincent au 17ème siècle Inspiration poitevine? La construction de la chapelle Sainte-Anne ne peut être considérée comme un simple rajout à une chapelle existante. L architecte bâtisseur avait certainement, dans son esprit, le plan des églises à trois absides, comme on en rencontre plusieurs en Poitou. L addition de la chapelle Sainte-Anne était, pour lui, une première évolution vers ce type d église. Toutefois, la troisième abside n a, vraisemblablement, jamais été construite car nous n en n avons aucune trace. 1 - Château Larcher Eglise de Château Larcher (près de Lusignan) 12ème siècle Plan du chœur à trois absides Au 13ème siècle les Lusignan sont seigneurs de Château Larcher. En épousant Yolande de Bretagne en 1238, Hugues de Lusignan devient seigneur du Pallet. 4

2 - Saint-Nicolas-de-Brem ( Brem-sur-mer Vendée) L église de Saint-Nicolas-de-Brem présente des ressemblances évidentes avec l ancienne église du Pallet, en ce qui concerne le chœur et les chapelles latérales. Le chœur est très proche de la chapelle primitive du Pallet, les chapelles latérales rappellent la chapelle Sainte-Anne, les fenêtres de ces chapelles sont la copie conforme des fenêtres de la chapelle Sainte-Anne, les linteaux des fenêtres présentent également des faux claveaux. Comme au Pallet, il n y a pas de transept, le chœur et les chapelles sont voûtés, la charpente de la nef est en bois. Le choeur Une fenêtre Chapelle gauche Les ressemblances entre l ancienne église du Pallet et celle de Saint-Nicolas-de-Brem sont si étonnantes qu on peut penser qu il s agissait d un seul et même bâtisseur, ou que des liens étroits existaient entre la châtellenie du Pallet et Saint-Nicolas-de-Brem, probablement par Saint-Jouin-deMarne. 5

Documents concernant le classement Les services des «Bâtiments de France» n ont pas gardé d archives de la restauration de cette chapelle. Elles auraient été déposées aux Archives départementales où il n a pas été possible de les retrouver. Monsieur Choisel, architecte, qui a réalisé cette restauration, ayant cessé ses activités nous ne savons pas ce que sont devenues ces archives. De même l entreprise Demangeau qui a effectué les travaux de restauration pour la partie maçonnerie n a pas conservé ces archives. Les services archéologiques de la D.R.A.C., possèdent quelques traces. o Après le classement, monsieur Moreau a réalisé quelques photos et quelques dessins. Les photos sont de mauvaises qualités et les dessins réalisés à l échelle de 0,005 p.m. sont de peu d intérêt. o En octobre 1950, monsieur Merlet, sans doute pour préparer le dossier de restauration, a lui aussi réalisé quelques photos et dessins. Le plan réalisé à l échelle de 0,01 p.m. est assez fidèle et montre que des étaiements en bois ont été exécutés pour soutenir le mur droit de la chapelle qui menace de s écrouler dans le cimetière. Plan réalisé par monsieur Merlet en 1950 6

La restauration de 1957/1958 La restauration a été effectuée sous la direction de monsieur Choisel architecte des monuments historiques. Pour mieux comprendre le monument il faut d abord bien identifier les éléments de cette restauration ainsi que les objets qui ont été placés dans la chapelle et qui n en faisaient pas partie. Les objets intérieurs Les objets qui sont placés à l intérieur n appartiennent pas à cette chapelle. Ils proviennent d une autre chapelle située à environ deux cents mètres, appelée chapelle Saint-Jean. C est ainsi que l on trouve : 1. La très belle pierre gravée, représentant le seigneur des Goheaux et sa femme. Il s agit d une pierre tombale du 14 ème siècle. Elle a été décrite par Paul de Berthou dans son livre «Clisson et ses monuments» L inscription gravée en capitale gothique sur les bords de la pierre porte les dates de 1310 et 1336. 2. Trois pierres tombales de Templiers en granite. Ces pierres ont été, également, décrites par Paul de Berthou. 3. Un bénitier en granite provient également de la chapelle Saint-Jean. Ce bénitier qui avait disparu depuis de nombreuses années a été restitué en 2004 à la commune du Pallet. Egalement décrit par Paul de Berthou, il est considéré comme un ancien vase de pierre. Un vase similaire se trouve dans l église de la Chapelle-Heulin. Le bénitier Tous ces objets proviennent de la chapelle Saint-Jean. Ils ont été transférés peu de temps après la restauration. 7

La restauration De nombreux travaux ont été exécutés lors de cette restauration. 1. La grille du porche d entrée a été ajoutée à cette époque ainsi que la porte de bois située à gauche. 2. Un autel a été également installé. Une pierre de granite a été retaillée sur place à cet effet. 3. Le dallage a été refait entièrement. Il est constitué en grande partie de pierres neuves, toutefois quelques pierres du dallage proviennent de réemploi. L ancienne pierre d autel se trouve dans le dallage à l extrémité du chœur, on voit encore la découpe de la pierre pour l emplacement des reliques. Une pierre gravée a été reposée dans le sol de l entrée, à gauche, il s agit de la pierre tombale d un chapelain, avec la date de 168.. La légende inscrite sur cette pierre, usée par le frottement des pieds, n est plus lisible. Elle est mentionnée par Paul de Berthou. 4. La voûte a été consolidée et renforcée sur le dessus par une voûte en béton armé. Une charpente en bois recouverte d une toiture en tuile a été reposée sur le dessus. 5. Les maçonneries des murs ont été entièrement rejointoyées (malheureusement au ciment.) Un mur de maçonnerie qui fermait le porche d entrée a été démoli. La fenêtre du fond de l abside et celle de gauche, qui avaient été obturées ont été rouvertes. De même, la porte de gauche, qui avait été diminuée, a retrouvé sa dimension originale. A l extérieur, pour des questions de stabilité, les contreforts obliques ont été consolidés en sous-œuvre. Dans plusieurs endroits, certaines maçonneries ont été reprises et en particulier l angle extérieur avant gauche qui a été repris sur toute sa hauteur. Photo aérienne du site pendant les travaux de restauration. Les travaux de maçonnerie sont terminés, la toiture et la grille ne sont pas encore réalisées. Derrière la chapelle on remarque la végétation qui a envahi les ruines du donjon. 8

Etude des maçonneries existantes Lorsque l on a bien identifié les travaux de restauration de 1957/1958, on peut mieux percevoir les différentes parties de l édifice du Moyen Âge. Nous allons y trouver des maçonneries de sept époques différentes, plus des traces de réparations ou d aménagements. Le mur de la chapelle primitive ( A ) Plan de repérage des différentes maçonneries La chapelle Sainte-Anne, lors de sa construction, a été accolée à une chapelle primitive comme nous l avons vu plus haut. De cette chapelle primitive, disparue à la Révolution, il nous reste un pan de mur adossé à la chapelle Sainte-Anne. Sur une carte postale datant du début du 20 ème siècle, on voit très bien la fissure qui sépare la chapelle Sainte-Anne du pan de mur de la chapelle primitive. Dans ce pan de mur se situent la porte d entrée gauche (6) et la fenêtre au-dessus de la porte qui, autrefois, éclairait la chapelle primitive. La porte qui comporte un cintre surbaissé a été remaniée à une époque que nous ignorons, elle devait, à l origine, être plus étroite et en plein cintre. Les deux piliers encadrant la porte à l extérieur sont les deux piliers qui supportaient deux arcs doubleaux appartenant à la chapelle primitive qui était voûtée. Le pan de mur de la chapelle primitive dépasse encore aujourd hui le toit de la chapelle Sainte-Anne. Fissure 9

Le mur de l abside et le mur côté cimetière ( B ) Cette partie date, très certainement, de l époque de construction de la chapelle Sainte-Anne. Elle comprend trois fenêtres romanes ébrasées à voussures. La fenêtre qui se trouve dans l axe de l abside (2) est parfaitement symétrique de même que la fenêtre droite de la nef (4). Par contre, la fenêtre gauche de l abside est légèrement dissymétrique (1); l axe de cette fenêtre est un peu oblique par rapport au rayon de l abside. Ce dispositif permet à la lumière de pénétrer davantage vers la nef (on retrouve ce dispositif astucieux dans la chapelle des Templiers à Clisson.) Les linteaux extérieurs de ces trois fenêtres romanes portent les traces de faux claveaux, ce qui, d après les spécialistes, indiquerait une construction du 11 ème siècle. La fenêtre droite de l abside (3) a été remaniée à une époque postérieure. A l extérieur de l abside on remarque deux contreforts plats à glacis qui sont d origine. Faux claveau Le mur côté cimetière, insuffisamment fondé, s est penché sous la poussée de la voûte, tandis que le mur du fond de l abside et sa partie gauche, fondés sur le rocher, sont restés stables. L inclinaison du mur côté cimetière est d environ vingt cinq centimètres au droit du raccordement de l abside et de la nef (a). Ce désordre de construction a eu deux conséquences : la voûte s est très vraisemblablement effondrée ou tout au moins a subi d importants dégâts et une profonde lézarde s est formée à l emplacement de la fenêtre droite de l abside détruisant son appareillage (b). Une réparation a donc été nécessaire à une date que, malheureusement, nous ne connaissons pas. Elle a nécessité l exécution des travaux suivants : 1. A l extérieur exécution, dans un premier temps de trois contreforts obliques (G), pour s opposer à la chute du mur. 2. Réfection des voûtes avec réemploi des matériaux existants. 3. Reprise en maçonnerie de la lézarde (b) et réfection de la fenêtre droite de l abside (a). Cette réfection a été maladroitement exécutée en réutilisant les pierres de la fenêtre d origine. Il s agit de la fenêtre que nous voyons actuellement (3). Le mur de façade avec son porche ( C ) Lors de la construction du bas-côté de l église Saint-Vincent, il a fallu mettre en communication ce bas-côté avec la chapelle Sainte-Anne qui en formait le chœur. C est à ce moment là que la façade a été démolie et qu a été construit le porche actuel afin de réaliser la continuité entre la chapelle et le bas-côté. Les agrandissements des chapelles par adjonction d une nef en avant et percement du mur de la façade sont une pratique très courante. La chapelle Saint-Jean du Pallet a été agrandie de cette manière ainsi que la chapelle des Templiers à Clisson. Nous ne connaissons pas la date de ces travaux, mais nous savons qu ils ont été réalisés avant 1646, date du dessin de Doomer qui montre cette extension. 10

Le petit mur de soubassement en façade ( D ) Lors de la construction de la nef de l église Saint-Vincent par devant la chapelle primitive, il a fallu bâtir un contre-mur devant les chapelles existantes, car la nef de l église Saint-Vincent était plus large et plus haute que cette chapelle. Le petit muret que nous voyons en façade est un reste de ce contre-mur accolé à la chapelle primitive (voir plus haut le plan de l église Saint-Vincent). Le porche intérieur de communication, à gauche ( E ) Cette partie de la chapelle pose quelques difficultés de compréhension. A première vue, la voûte de ce petit porche parait être collée contre les maçonneries de la porte extérieure. Pourtant cette porte extérieure avec son cintre surbaissé doit être plus récente. Il y a donc là une difficulté. En tout cas, le jambage gauche de ce porche a été refait à la même époque que la façade. Le jambage droit (H) présente un faux aplomb important dans le sens longitudinal du mur. Cette déformation est, techniquement, impossible. Comme il est difficile d admettre que le bâtisseur a monté le jambage en faux aplomb, la seule explication qui nous reste, c est que cette maçonnerie est antérieure à la construction de la chapelle Sainte-Anne. Elle pouvait appartenir à la chapelle primitive. On peut penser à un petit porche qui abritait la porte latérale de la chapelle primitive et sur lequel se sont appuyées les maçonneries de la chapelle Sainte-Anne. Toutefois, la voûte de ce porche a été construite à la même époque que celle de la chapelle Sainte-Anne. Les contreforts obliques ( F et G ) Cinq contreforts obliques ont été rajoutés à l extérieur pour soutenir le mur côté cimetière. Ils sont de deux époques différentes. Les contreforts ( G ) sont les plus anciens. Ils semblent avoir été réalisés avec de la pierre provenant du donjon (récupération), ce qui voudrait donc dire qu ils sont postérieurs à 1420 (date de la démolition du donjon) Les deux autres contreforts ( F ) sont plus larges et la nature de la maçonnerie qui les compose est nettement différente de celle des trois autres. Ils ont pu être réalisés plus tardivement pour contenir le mur qui devait continuer à s incliner. Ils sont antérieurs à la réfection du mur de la façade de la chapelle. Les contreforts obliques 11

Fenêtre gauche de l abside dissymétrique Fenêtre droite de la nef symétrique Inclinaison du mur près du porche (15 cm) Inclinaison du mur au droit de l abside (25 cm) 12

Dessin au lavis de L. Doomer 1646 Dessin de Thienon 1815 13

Notes explicatives Ce document est extrait d un travail de recherches sur l ancienne église Saint-Vincent et sur la chapelle Sainte Anne. Un premier document sur l église Saint-Vincent a été publié en 2004. L étude complète peut être consultée près de l association culturelle Pierre Abélard. Elle a été réalisée à partir des éléments suivants : Documents d archives : 1. Aveu de 1453 (Archives Association Culturelle Pierre Abélard) 2. Aveu de 1533 et 1554 (Archives Départementales B1838) 3. Description des églises par l archidiacre Binet en 1683 (AD G52) 4. «Etat du diocèse de Nantes»1790 (abbé Grégoire) 5. Description de l église par monsieur Verger en 1849 (Archives ACPA) 6. Description de l église par monsieur Nau architecte en 1851 (AD 2 O 1152) 7. Lettre au préfet de Loire-Inférieure par monsieur Nau en 1851 (AD 2 O 1152) 8. «Clisson et ses Monuments» par Paul de Berthou en 1910 9. Archives de la paroisse du Pallet 10. Archives de la mairie du Pallet. Plans, dessins et photos : 1. Dessin de Doomer en 1646 (Musée Dobrée) 2. Cadastre de 1815 (Mairie du Pallet) 3. Dessins de Thiénon 1815 (Musée du Vignoble) 4. Aquarelle de Fellows en 1817 (Musée du Vignoble) 5. Plan de monsieur Nau architecte 1851 (AD 2 O 1152) 6. Cartes postales du début du 20 ème siècle (Archives ACPA) Etudes techniques et archéologiques de la chapelle Sainte-Anne : 1. Travail personnel. Etudes historiques : 1. Travaux du docteur Werner Robl (en cours de publication) 14

Publication : - Association Culturelle Pierre Abélard. - Siège Social : Mairie du Pallet - Tél. : 02 40 80 97 33-02 40 80 40 24 - Site internet : pierre-abelard.com Réalisation : - G. et F. Demangeau Date : août 2006 Association Culturelle Pierre Abélard 44330 Le Pallet - 15