La tomate face au TYLCV à la Réunion

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d o s s i e r POMME DE TERRE ET AUTRES CULTURES SPéCIALISéES Bassin maraîcher de Dos-D Ane (ph. J.M. Lett) La tomate face au TYLCV à la Réunion Dix ans après les premières épidémies dues au TYLCV, Tomato Yellow Leaf Curl Virus, à la Réunion, quel impact sur la filière tomate et les principales méthodes de lutte Loup Rimbaud*, Jean-Sébastien Cottineau**, Jean-Pierre Avril***, Vincent Sorres****, Cyril Festin*** **, Janice Minatchy*** **, Willy Suzanne*** ***, Kenny Leroux*** ***, Pierre Tilma**** ***, Ludovic Maillary**** ****, Steve Dupuis**** ****, Bruno Hostachy**** ***** et Jean-Michel Lett* Plus de 10 ans après les premières épidémies de TYLCV à la Réunion, une enquête agronomique permet de restituer et resituer le problème. Elle a été menée à partir d investigations de terrain. Par qui, auprès de qui, que peut-on en tirer? Réponses ci-après. A souligner : l intérêt des mesures prophylactiques face au virus et à son vecteur Bemisia tabaci, et le point sur la PBI (production biologique intégrée), sujets intéressants à la Réunion, mais aussi ailleurs. En médaillon ci-dessus, la zone maraîchère de Dos d Ane, à plus de 1 000 m d altitude, dans «Les Hauts». La culture de tomate s y développe, alors que «les Bas» ont des difficultés liées au TYLCV. * CIRAD, UMR PVBMT, Pôle de Protection des Plantes, ** ARMEFHOR, 1, chemin de l IRFA, Bassin Martin, *** SCA Vivéa, 6, chemin Beau-Rivage, Pierrefonds, **** SICA Terre Réunionnaise, 29, avenue Charles-Isautier Z.I. 3, *** ** FDGON, Pôle de Protection des Plantes (v. ci-dessus). *** *** FARRE, Pôle de Protection des Plantes (v. ci-dessus). *** ****Chambre d Agriculture de La Réunion, 2, chemin de l IRAT, **** **** DAAF-Salim de La Réunion, 1, chemin de l IRAT, **** *****Anses-LSV, Pôle de Protection des Plantes. Contact : Jean-Michel Lett, lett@cirad.fr; http://umr-pvbmt.cirad.fr/ (1) CIRAD : Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. (2) ARMEFLHOR : Association réunionnaise pour la modernisation de l économie fruitière, légumière et horticole. 48 Cette enquête agronomique restitue les problèmes liés au TYLCV (Tomato Yellow Leaf Curl Virus) et aux aleurodes vecteurs, à partir d investigations réalisées entre mars et septembre 2010 auprès de divers acteurs de la filière maraîchage : producteurs, techniciens de coopératives, conseillers phytosanitaires, agents du ministère en charge de l agriculture, chercheurs Les entretiens ont été menés conjointement par le Pôle de protection des plantes du CIRAD (1) de la Réunion et le centre technique d expérimentation ARMEFLHOR (2). Les rencontres ont permis de dresser un état des lieux de la filière tomate à la Réunion, de mieux cerner l impact du TYLCV depuis son arrivée dans les années 90 et la manière dont se sont opérés les transferts de la production de tomate de plein champ à la culture sous abris. Elles ont enfin permis d identifier les principales méthodes de lutte employées sur le terrain contre les aleurodes et le TYLCV et de proposer des pistes pour une stratégie de protection de la culture plus efficace et respectueuse de l environnement. Arrivée du TYLCV et transferts sous abri Années 90, arrivée du TYLCV Les premiers symptômes de la maladie du Tomato Yellow Leaf Curl Disease (TYLCD) ont été décrits à la Réunion en septembre 1997. Il s en est suivi très rapidement une grave épidémie de TYLCD en cultures de tomate (Peterschmitt et al., 1999), associée à la pullulation de l insecte vecteur, l aleurode Bemisia tabaci. En collaboration avec le LSV, le CIRAD a pu apporter la caractérisation moléculaire de l agent pathogène de la maladie : la souche Mild du TYLCV (TYLCV-Mld), un bégomovirus de la famille des géminivirus (Peterschmitt et al., 1999). L analyse moléculaire des populations de B. tabaci en pullulations sur les cultures de tomate, pullulations décrites pour la première fois à la Réunion, ont permis de démontrer l introduction récente d un biotype B invasif et très fécond (Delatte et al., 2005a). Les conséquences de l épidémie de TYLCD ont été dramatiques sur la culture de tomate. Selon les premières enquêtes, jusqu à 85 % de perte de rendement observés sur les variétés les plus sensibles, et près de la moitié des parcelles ayant dû être arrachées. Années 2000, deuxième crise liée à une souche sévère En 2004 une deuxième crise est apparue avec l arrivée de la souche sévère Israël (IL) du TYLCV (Delatte et al., 2005b). Depuis l émergence de la souche sévère, le prélèvement régulier d échantillons de tomate en plein champ a permis au CIRAD de suivre la dynamique épidémiologique virale, et de montrer que le TYLCV-Mld a été progressivement déplacé par le TYLCV-IL et persiste principalement grâce aux infections mixtes (Péréfarres et al., 2011). L étude expérimentale des traits biologiques des deux souches de TYLCV (capacité de multiplication du virus au sein de la plante, efficacité de transmission et agressivité) a permis d identifier les principaux paramètres biologiques viraux responsables de la situation épidémiologique du TYLCD à la Réunion. En réponse, le passage sous serre Le passage à la culture hors sol avait été impulsé par une autre contrainte phytosanitaire majeure qui a sévi juste avant l arrivée du TYLCV : le flétrissement bactérien causé par Ralstonia solanacearum. C est une bactérie tellurique véhiculée également par la circulation de l eau. Extrêmement virulente, elle provoque chez ses nombreuses plantes sensibles, dont la tomate, un dépérissement irréversible.

Ensuite, l introduction simultanée du biotype B (très fécond et polyphage) de l aleurode B. tabaci et du TYLCV a été à l origine de l épidémie de TYLCD, amplifiant la pression phytosanitaire sur la culture de la tomate de plein champ. Pour sauver la filière, il fallait passer en hors-sol (pour limiter les risques de flétrissement), et sous abri (pour limiter ceux liés aux aleurodes échecs de lutte chimique, pas de tolérance variétale). La couverture des cultures a commencé à un rythme très soutenu et se poursuit à raison de deux à trois hectares par an. On comptait 500 à 600 ha de tomates plein champ au début des années 90, et aujourd hui seulement 250 ha. Mise en place de la protection biologique intégrée (PBI) Le passage sous serre a permis de mettre en place de nouvelles méthodes de lutte applicables uniquement en milieu fermé, comme l utilisation de la lutte biologique avec des insectes auxiliaires de culture. Aussi la FDGDON, avec l aide du CIRAD, a lancé un programme de PBI avec des micro-guêpes parasitoïdes : Encarsia formosa (déjà reconnue efficace contre l aleurode T. vaporariorum), et Eretmocerus eremicus (efficace à la fois contre T. vaporariorum et B. tabaci). La production de ces auxiliaires a été transférée à des entreprises implantées localement. Ceci permet de répondre à la demande des producteurs sans avoir recours à l importation. La mise en place de la PBI chez les serristes s est traduite par une évolution des cahiers des charges de production, avec une gestion des bioagresseurs et des traitements chimiques. Le TYLCV à la Réunion : situation actuelle Le TYLCV aujourd hui, différencier les Hauts et les Bas La situation actuelle est contrastée : le virus n exerce pas la même pression dans les diverses zones de production de l île. Deux modes de production Avec une surface de 290 ha et une production de 12 000 t, la tomate est la première culture maraîchère de l île. La culture est pratiquée principalement en plein champ (250 ha) avec surtout des variétés de type allongé, Farmer (Known You Seed) étant la plus fréquente. La culture sous abris progresse. Actuellement, elle couvre 40 ha (13,8 % des surfaces) et produit plus de la moitié de la production totale (Figure 1). Les variétés cultivées sous abris sont la tomate ronde Synergie (Seminis) et surtout la tomate allongée Murano (Vilmorin), cœur de marché à la Réunion. La filière : trois OP Avec le dynamisme de trois organisations de producteurs (OP) : la coopérative Vivéa, la Société d intérêt collectif agricole Terre Réunionnaise (SICA TR) et la Coopérative Terre Bourbon, les serristes se sont regroupés pour s engager vers des productions de qualité et respectueuses de l environnement. C est notamment la qualification agriculture raisonnée (AR) et la protection biologique intégrée (PBI). Ces progrès ont été permis par l appui de services techniques travaillant en synergie avec des instances de développement et de recherche (Figure 2). La filière tomate à la Réunion Figure 1 - Systèmes de production de la tomate à la Réunion (Source P. Tilma, responsable de la filière maraîchère à la Chambre d agriculture de la Réunion). Les flèches dans les encadrés traduisent les tendances d évolution des surfaces engagées. Cultures sous abri? (Presque 300 exploitations) la plupart entre 500 et 5 000 m2, quelques-unes de plus d'un ha Cultures de plein champ? Évaluateur du risque Anses-LSV Valide les méthodes Propose des outils de détection des bioagresseurs Appui technique phytosanitaire FDGDON Horticulture florale (20 ha) Maraîchage (55 ha) Hauts Tomate + légumes tempérés (pomme de terre, chou) Bas Tomate + cucurbitacées (pastèque, citrouille) 40 ha tomate (Murano, Synergie) 25-30 kg/m2 sur 8-10 mois 250 ha tomate (Farmer) (300-350 exploitations) 2-2,5 kg/m 2 sur 4-5 mois Figure 2 - Organisation de la filière tomate à la Réunion. Valide les méthodes Producteur d'auxiliaires Coccinelle Livraison auxiliaires Pépiniéristes agréés Développe des outils de diagnostic Fournit des plants agréés Recherche fondamentale CIRAD Centre technique ARMEFLHOR Coopératives (50 %) 12 000 t de tomates (50 %) Vivéa SICA TR SCA Terre Bourbon Conseil technique Chambre d'agriculture FARRE sources de conseil multiples Les agriculteurs bénéficient de multiples sources de conseil de la part d organismes : service technique interne aux OP, Chambre d agriculture pour les questions sur les itinéraires techniques en plein champ, ARMEFLHOR en tant que centre technique d expérimentation, FDGDON (3) pour le suivi phytosanitaire via (3) Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles. (4) Forum de l agriculture raisonnée respectueuse de l environnement. (5) Agence nationale de sécurité sanitaire, de l alimentation, de l environnement et du travail. (6) Direction de l alimentation, de l agriculture et de la forêt Livraison auxiliaires ATP Diagnostic Gestionnaire du risque DAAF-SALIM Contrôles phytosanitaires Producteurs l appui technique personnalisé (ATP, tous les 15 à 30 jours), en termes de prophylaxie, raisonnement des traitements, reconnaissance des bioagresseurs et diagnostic des agents pathogènes via la Clinique des Plantes, association FARRE (4) pour la promotion de l agriculture raisonnée, Laboratoire de la santé des végétaux (LSV) de l Anses (5) et Service de l Alimentation (SA- LIM) de la DAAF (6), respectivement gestionnaire et évaluateur du risque phytosanitaire, Unité Mixte de Recherche Peuplements végétaux et Bioagresseurs en milieu tropical (UMR PVBMT) CIRAD-Université de La Réunion, qui regroupe des équipes du Cirad à la Réunion (basées au Pôle de protection des plantes) et de l Université de la Réunion pour les activités recherche, transfert, enseignement et formation au service de l agriculture tropicale. 49

d o s s i e r POMME DE TERRE ET AUTRES CULTURES SPécialisées Figure 3 - Montée en puissance de la PBI sur tomate à la Réunion. évolution des surfaces «contractualisées» (suivies en ATP par la FDGDON) cultivées en PBI (protection biologique intégrée) et en PLR (protection raisonnée sans lutte biologique ), et du nombre de PBIstes (producteurs en PBI) à la Réunion (source : FDGDON) Surface (ha) 14 12 10 8 6 4 2 0 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 Surface PLR ha Surface PBI ha Nbre de PBIstes 50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 Nbre de producteurs Tableau 1 - Synthèse des principales préoccupations des producteurs de tomate sur l île de la Réunion*. Zones de production Sous abris (et hors sol) Types de production Plein champ Bas Haut Botrytis, mildiou Mildiou Zones non littorales Oïdium, climat dans les serres TYLCV, mildiou Zones littorales chaudes TYLCV TYLCV, mildiou * Ce tableau rassemble les principales contraintes notées lors des investigations. Il mériterait d être complété par de nouvelles enquêtes, notamment pour le plein champ. Autour de la limite des 500 m d altitude, une zone intermédiaire existent où peuvent se rencontrer des problèmes typiques des Hauts ou des Bas. Tableau 2 - Synthèse des méthodes de lutte phytosanitaire utilisées par les agriculteurs rencontrés. Type de protection. Physique et mécanique Chimique Chimique compatible avec les auxiliaires de PBI Auxiliaires de PBI (Protection Biologique intégrée) Tolérance variétale Agronomique Hors sol sous abris Plein champ Solution Remarques Solution Remarques Filet insect proof Panneaux jaunes englués (chromoattractifs) Deltaméthrine, pyriproxyfène, acétamipride, pymétrozine, thiaméthoxame, huile essentielle d orange douce Pyriproxyfène, acétamipride, pymétrozine, thiaméthoxame, huile essentielle d orange douce Lâchers d Encarsia formosa et/ou Eretmocerus eremicus Tylka (Syngenta) Eliseo, Cardyna (Clause) AL 145 (Gautier) Plants issus de pépinières agréées par le SOC Production de melon, concombre, poivron, courgette, pastèque en été austral au lieu de la tomate Gestion des déchets de culture et du vide sanitaire entre deux cycles D une utilité limitée dans les Hauts, où B. tabaci n est pas très présent, et très pénalisant pour la circulation de l air dans les serres dans les Bas Nécessité de les renouveler régulièrement Plus spécifiques et utilisés de façon plus raisonnée qu auparavant Pour certains, date des traitements à raisonner par rapport à celles des lâchers Bons résultats dans beaucoup d exploitations, mais insuffisant dans certaines zones Variétés qui semblent présenter un niveau de résistance intéressant vis-à-vis du TYLCV et des rendements supérieurs ou égaux à la variété de référence Murano (tomate oblongue de chez Vilmorin). à noter la sensibilité au Blotchy ripening de la variété Tylka. Plants coûteux, ce qui amène parfois à l autofourniture Rompt les cycles parasitaires Prophylaxie TRES vivement recommandée car effets très significatifs Pas adaptés à la production de tomate plein champ Deltaméthrine + une ou deux autres matières actives de la liste précédente Jackal (Syngenta) Fartura (Clause) Pas adaptés au plein champ Principes agroécologiques du projet GAMOUR (Phytoma n 642, mars 2011) : prophylaxie, gestion des habitats, lutte de conservation Souvent insuffisant, surtout dans les Bas Variétés qui semblent présenter un niveau de résistance intéressant visà-vis du TYLCV mais trop éloignées de la tomate allongée standard Etablis sur mouche des légumes, à adapter aux aleurodes ; dynamique des populations à étudier. 50

à La Réunion, la tomate de plein champ se cultive désormais davantage dans les Hauts (photo 1) que dans les Bas (photo 2) où il est difficile de maîtriser B. tabaci donc le TYLCV. La culture sous serre permet de se protéger de B. tabaci donc du TYLCV et s est bien développée. Mais dans les Bas, surtout près de l Océan comme à l étang-salé (photo 3), elle oblige à fermer les serres avec des filets insectproof, donc à interrompre la production durant l été austral (climat). Les Hauts (au-dessus de 500 m d altitude) sont peu touchés car les températures y sont trop fraîches pour l aleurode Bemisia tabaci, seul capable de transmettre le TYLCV. Dans les Bas (moins de 500 m d altitude), surtout durant l été austral (décembre à mars), le risque d infection par le TYLCV oblige les maraîchers hors sol à protéger leurs productions notamment par filets insect proof (Tableau 1). La serre permet de produire, sauf en zones critiques durant l été austral Pour beaucoup, la mise en œuvre de nouvelles stratégies de lutte reposant sur la protection mécanique, le raisonnement des traitements, le suivi phytosanitaire par de multiples sources de conseil et l utilisation de plants provenant de pépiniéristes agréés (7) a considérablement diminué l impact du virus par rapport aux épidémies de 1997. En revanche, dans les zones les plus critiques comme le littoral de l Ouest, où les excès de température et d hygrométrie sont très pénalisants pour la culture de la tomate, la nécessité d installer des filets insect proof est trop contrai- (7) La qualité phytosanitaire s est considérablement améliorée à la Réunion avec l apparition de pépinières agréées SOC (Service officiel de contrôle, qui accrédite les semences et gage de la qualité des plants). gnante car la circulation de l air dans les serres s en trouve fortement réduite. Dans certains cas l utilisation des mesures prophylactiques peut s avérer insuffisante (Tableau 2). Aussi, certains serristes du littoral ont arrêté de cultiver la tomate durant l été austral, au profit du poivron, du concombre ou du melon. Plein champ, les problèmes continuent Dans le cas des cultures de tomate de plein champ, le TYLCV continue à avoir un impact désastreux, notamment du fait de l utilisation de variétés de tomate très sensibles au TYLCV (en particulier Farmer) et des difficultés de mise en place d une protection mécanique de la culture contre B. tabaci. Ainsi, si les Bas connaissent les températures les plus douces et les meilleurs rendements durant l hiver, ce sont les Hauts qui soutiennent la production durant l été du fait de la moindre pression de B. tabaci en altitude et des températures plus propices à la nouaison. Le tableau 1 synthétise les problèmes phytosanitaires majeurs des exploitations maraîchères dans chaque situation. Actions et acteurs Des moyens variés De la lutte chimique avec des produits phytosanitaires homologués à la gestion agroécologique, les maraîchers réunionnais disposent de moyens variés pour lutter contre les aleurodes vecteurs du TYLCV. Les principales méthodes de lutte employées par les agriculteurs sont listées dans le tableau 2. Les actions Ecophyto Les pratiques évoluent notamment dans le cadre du plan Ecophyto 2018 dont l objectif est de promouvoir une réduction et un meilleur usage des produits phytosanitaires. Dans sa déclinaison régionale (Ecophyto DOM), la recherche et le développement de solutions alternatives mettent en œuvre l ensemble des acteurs locaux sur des actions fédératrices : mise en place d un réseau Dephy (Démonstration, Expérimentation et Production de références sur les systèmes économes en phytosanitaires) en maraîchage, édition d un guide des bonnes pratiques agricoles (http://www.daf974.agriculture.gouv. fr/guides-des-bonnes-pratiques). La prophylaxie : efficace en associant plusieurs mesures La stratégie actuellement la plus employée repose sur la multiplication des mesures prophylactiques afin de contrôler les populations d aleurodes et limiter leur impact direct et indirect sur la culture. Les agents de la FDGDON ont en effet remarqué que les producteurs qui traitaient les plus subissaient les attaques d aleurodes et de TYLCV les plus fulgurantes, tandis que ceux qui misaient tout sur la prophylaxie sont moins impactés. La PBI, attention, aleurodes La PBI se développe (Figure 3) mais connaît certaines limites. Parfois ses résultats sont estimés à tort décevants, du fait que l emploi d un bioagresseur est encore trop souvent assimilé à l effet curatif et ponctuel d un pesticide. Surtout, les principes de tolérance et d équilibre des populations à la base de la PBI sont difficiles à mettre en place avec les aleurodes du fait des conséquences désastreuses de la transmission des virus. Il est difficile de tolérer leurs populations, même à faible effectif. Besoins ressentis, quatre catégories Les besoins des différents acteurs rencontrés au cours de cette enquête peuvent être rassemblés en quatre grandes catégories : une efficacité accrue des stratégies PBI, avec une utilisation plus préventive dans la lutte contre B. tabaci, 51

d o s s i e r POMME DE TERRE ET AUTRES Cultures spécialisées des variétés sélectionnées pour la résistance ou la tolérance au TYLCV et pour le contexte local (été/hiver, Hauts/Bas, microclimats ), car aujourd hui la variété Murano est utilisée quasiment partout sous abris, des nouvelles techniques de lutte (lampes attractives, lampes UV répulsives, bio-insecticides, produits de confusion sexuelle ), des besoins en connaissances biologiques sur le virus, sa diversité et ses plantes réservoirs, ses mécanismes d évolution et d adaptation à de nouvelles plantes hôtes, son vecteur et ses mécanismes de transmission afin de lutter plus efficacement. Conclusions Le TYLCV a eu un impact considérable sur la culture de la tomate de l île de La Réunion. Arrivé à la fin des années 90, il a amplifié le transfert des cultures maraîchères de plein champ vers le hors sol, que la présence de la bactérie Ralstonia solanacerum avait déjà impulsé. Vu le contexte agronomique et la répartition spatiale de l insecte vecteur sur l île, les contraintes liées au TYLCV sont vécues différemment par les agriculteurs. Les maraîchers des Bas étant les plus touchés, on assiste depuis dix ans à de plus en plus de transferts des productions de tomate vers des altitudes plus élevées. Aujourd hui, si la production de plein champ subit toujours des pertes considérables à cause du TYLCV, la culture sous serre bénéficie de mesures prophylactiques de plus en plus élaborées et d un suivi technique grandissant de la part des organismes de la filière qui se structure peu à peu. De plus, les producteurs peuvent s approvisionner, auprès de pépiniéristes agréés par le SOC, en jeunes plants garantis élevés en conditions insect-proof. De nouvelles améliorations sont attendues afin de rendre la protection plus efficace, notamment en protection biologique intégrée et par sélection de variétés répondant aux exigences agronomiques et phytosanitaires locales. Après avoir rappelé l histoire des épidémies de TYLCV en culture de tomates à l Ile de la Réunion depuis la détection en 1997 de ce virus et de son vecteur l aleurode Bemisia tabaci (biotype B), cet article rend compte d une enquête agronomique menée par le CIRAD et l ARMEFLHOR en 2010. Elle a établi ou confirmé que : du fait du TYLCV, la filière tomates a évolué vers la production sous abris (la moitié du tonnage produit) ; la culture de plein champ, compromise à moins de 500 m d altitude (dans les Bas), Résumé reste possible dans les Hauts ; sous abris, la PBI (auxiliaires + insecticides compatibles) s est développée ; toujours sous abris, les mesures prophylactiques sont indispensables ; partout, l usage de plants sains (pépiniéristes locaux agréés SOC) se développe ; les variétés résistantes ou tolérantes actuelles sont inadaptées au contexte local. Le maintien de la filière tomate à la Réunion demande d améliorer les techniques de type PBI sous abris, proposer des variétés résistantes ou tolérantes adaptées, tester de nouvelles techniques et mieux connaître le virus et son vecteur. Les organismes de la filière et les actions liées à Ecophyto peuvent y aider. La maîtrise du TYLCV et son vecteur implique des itinéraires techniques associant plusieurs méthodes. Mots-clés : cultures spécialisées, tomate, Ile de La Réunion, enquête agronomique, TYLCV (Tomato Yellow Leaf Curl Virus), vecteur, aleurode Bemisia tabaci, plein champ, serres, prophylaxie, PBI (protection biologique intégrée), tolérance variétale. BULLETIN D ABONNEMENT à renvoyer sous enveloppe non affranchie à : PHYTOMA - Service Abonnements Libre réponse n 42031-75742 Paris Cedex 15 ou par fax au : 01 45 78 33 07 Je m'abonne à Phytoma : En FRANCE : 1 an, 10 numéros au prix de 79,50 au lieu de 120 (prix de vente au numéro) soit plus de 33 % d'économie. 2 ans, 20 numéros au prix de 145 au lieu de 240 (prix de vente au numéro) soit plus de 39 % d'économie. Tarifs étranger : appelez le 01 45 78 33 01 Je vous règle par : Chèque bancaire joint à l'ordre de PHYTOMA Carte bancaire dont voici le N Date d'expiration Signature Cryptogramme (3 derniers chiffres au dos de votre carte sur la bande de signature) Virement > HSBC - 75010 PARIS Code banque Guichet N compte Clé 30056 00024 00242011084 24 Je règlerai à réception de facture Je recevrai mon abonnement à cette adresse : Nom Société E-mail Adresse Tél. M. 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