L accident de décompression Thierry KRUMMEL Pierre UBRICH et Philippe KIEFFER
L accident de décompression est un accident pouvant être grave de conséquences. Pour vous, futurs guides de palanquées, il est important : D en comprendre les causes et les mécanismes : Pour prévenir cet accident pour vous-même ; Pour prévenir cet accident pour les plongeurs que vous encadrerez. De savoir les reconnaître, afin d avoir une conduite à tenir adéquate.
Sommaire Le comportement d un gaz dans un liquide Mise en évidence de la loi d Henry Les différents états d un gaz dans un liquide Les facteurs influençant la dissolution L accident de décompression Ses causes Sa mécanique Localisation des bulles Réaction plaquettaire Shunts pulmonaire et cardiaque (FOP) Les différents ADD et leurs symptômes Comparaison ADD et surpression pulmonaire Conduite à tenir face à un ADD Plonger en minimisant les risques Conclusion
Mise en évidence de la loi d Henry La loi d Henry établit que la quantité de gaz dissoute dans un liquide est proportionnelle à la pression exercée par ce gaz au contact de l interface air- liquide. C est-à-dire que lorsque la pression d un gaz sur la surface d un liquide reste constante, une quantité de gaz de retrouve dissoute dans celui-ci. Gaz Surface Liquide Pression Tension Si en phase gazeuse, on parle de pression d un gaz, en phase dissoute dans un liquide on parle de tension de ce gaz.
Les différents états d un gaz dans un liquide Il y a un état d équilibre. La pression du gaz est égale à la tension du gaz dissout. Les échanges de molécules de gaz se poursuivent à la surface entre l air et le liquide : Le nombre de molécule qui sortent du liquide, compense exactement le nombre de molécules entrant. On parle alors d état de saturation dans le liquide Pression = Tension
Si la pression du gaz est supérieure à la tension du gaz dissout, des molécules de gaz se dissolvent dans le liquide, pour retrouver un équilibre (saturation). On parle alors d état de sous saturation dans le liquide. Pression > Tension
Si la pression du gaz est inférieure à la tension du gaz dissout, le liquide va éliminer des molécules de gaz dissoutes pour retrouver un état d équilibre (saturation). Ces molécules de gaz vont prendre une forme de micro bulles. On parle alors d état de sursaturation dans le liquide. A cet état nous entrons dans la phase dite de désaturation. Pression < Tension
Si la pression du gaz diminue fortement, cela provoque un dégazage plus ou moins contrôlé des molécules de gaz dissoutes dans le liquide. Des bulles apparaissent : leur émission est limitée par la capacité de transit de la surface d échange. On atteint alors un état de sursaturation critique dans le liquide. C est le déclencheur de l accident de décompression. v
Les facteurs influençant la dissolution La pression : plus elle augmente, plus la quantité de gaz dissout est importante ; La durée d exposition : la dissolution du gaz dans le liquide n est pas instantanée. Plus le gaz reste en contact avec le liquide, plus il se dissout ; La surface de contact : plus la surface de contact entre le gaz et le liquide est grande, plus la vitesse de dissolution est importante ; La température : plus elle est basse, plus la quantité de gaz dissout est importante ; La nature du liquide : le corps humain est constitué de plusieurs liquides, pour lesquels la vitesse de dissolution et la solubilité des gaz sont différentes, à pression constante ; L agitation : le renouvellement du liquide au contact du gaz accélère la vitesse de dissolution.
L accident de décompression Ses causes Les causes d un accident de décompression sont : Remontée trop rapide ; Palier non-effectué ou en partie ; Problème lié au matériel ; Accidents dits immérités.
Sa mécanique L air que nous respirons est composé de : 20,9 % d oxygène (O2) ; 0,03 % de dioxyde de carbone (CO2) ; 79 % d azote (N2). L O2 et le CO2 ne posent pas de problème, car ils sont respectivement consommés et produits par la respiration cellulaire. De plus, les échanges sont quasi immédiats, l O2 est fixé sur l hémoglobine et le CO2 sous forme de bicarbonate : ils n interviennent pas dans l ADD. L azote est un gaz neutre qui se dissout dans le sang et les tissus, c est lui qui est à l origine de l accident de décompression.
En plongée l azote que nous respirons se dissout dans les différents tissus et organes. A la remontée, la pression partielle d azote dans les alvéoles diminue. Une partie de l azote dissout dans l organisme reprend sa forme gazeuse (sursaturation), sous forme de micro bulles. Ces micro bulles sont évacuées : Par le système sanguin vers le filtre pulmonaire ; Puis par la ventilation. Les tissus Système sanguin Filtre pulmonaire
Si la remontée est trop rapide, l écart entre la tension d azote dissout et la pression ambiante dépasse les valeurs acceptables pour une désaturation normale. Il y a alors un dégazage anarchique de l azote dans les tissus et la formation de bulles, que le filtre pulmonaire ne peut éliminer. Les tissus Système sanguin Filtre pulmonaire
La formation des bulles Les points de départ Les noyaux gazeux (gaz nucléï) Rôle du CO2 La cavitation Sang artériel (crosse de l aorte) La tribonucléation Valves cardiaques Les «poches de gaz» capillaires Les bulles sont transportées par le sang
La localisation des bulles Ces bulles peuvent être présentes en intravasculaire ou bien en extravasculaire. Les bulles intravasculaires Ce sont des bulles d azote présentes dans le système sanguin. Elles sont soumises à la loi de Mariotte, qui provoque une augmentation de leur volume à la remontée. Ces bulles se présentent sous deux formes : Les bulles circulantes : elles vont ralentir la circulation sanguine, qui a pour effet de gêner l apport en O2 et l élimination du CO2 ; Les manchons : sont des bulles circulant dont le volume a augmenté jusqu à l oblitération des vaisseaux, ce qui bloque l alimentation en O2 (anoxie des tissus et des organes).
Les bulles intravasculaires peuvent être veineuses ou artérielles. Les bulles veineuses sont à l origine : De la plupart des accidents de décompression de type médullaire. Les bulles artérielles sont à l origine : Des accidents cérébraux ; De certains accidents médullaires ; Et de certains accident de l oreille interne.
Les bulles extravasculaires Ce sont des bulles stationnaires qui se forment hors du système sanguin. Elles peuvent se situer : Proche d un vaisseau sanguin : elles provoquent la compression d un vaisseau. La circulation sanguine s en retrouve diminuée, voire bloquée au niveau des tendons, des muscles, des os et de l oreille interne ; Au niveau des terminaisons nerveuses, elles provoquent des lésions neuronales. Compression d un vaisseau sanguin
Réaction plaquettaire La présence de bulles dans le sang trompe celui-ci, lui faisant penser à des blessures, ce qui déclenche une réaction plaquettaire. Cette réaction va se produire en trois phases : 1) La phase d adhésion plaquettaire : c est l agglutination des plaques autour de la bulle.
2) La phase de libération plaquettaire : c est la transformation des plaquettes, leur permettant d entrer en contact les unes avec les autres.
3) La phase d agrégation plaquettaire : c est la phase où les plaquettes se soudent entre elles, grâce à la libération de substances (protéine insoluble) et un renforcement de filaments.
Cette perturbation biochimique a pour conséquence d augmenter la viscosité sanguine (Sludge) provoquant une hypoxie cellulaire. Ces phénomènes sont appelés maladie de décompression (MDD). Les maladies de décompression sont la persistance des symptômes, malgré la disparition des bulles mis en causes.
Shunts pulmonaire et cardiaque (FOP) L ouverture des shunts pulmonaires est due à une hyperpression thoracique, ce qui a pour conséquence d augmenter la pression alvéolaire. Les micro bulles présentes dans la circulation artérielle pulmonaire ne peuvent plus s échapper normalement par le filtre pulmonaire. Elles repartent dans la grande circulation et cela peut engendrer un ADD.
Ouverture du Foramen ovale perméable (FOP) En temps normal, le foramen ovale perméable est fermé. Mais, il peut s ouvrir, si la pression sanguine augmente (effort, forte toux, Valsalva trop fort, etc.) Ce qui a comme conséquence de laisser passer des bulles d azote dans la circulation, au risque de causer un ADD.
Les différents accidents de décompression et leurs symptômes On distingue deux types d accidents de décompression, classés selon leur gravité : Type II : Système nerveux, oreille interne et troubles respiratoires Type I : Les accidents cutanés et ostéo-articulaires
Types II Les accidents neurologiques et médullaires L accident neurologique est la conséquence d un arrêt d un apport d oxygène dans le tissu nerveux, soit par une bulle intravasculaire ou intratissulaire.
L accident médullaire L accident médullaire est lié à la présence de bulles au niveau de la moelle épinière.
Les symptômes sont : Fatigue importante ; Douleurs dorsolombaires en coup de poignard pour aller jusqu à entrainer une syncope ; Paresthésie (picotements et fourmillements) ; Faiblesse musculaire ; Troubles de la sensibilité ; Paraplégie (paralysie des membres inférieurs) ; Monoplégie (paralysie d un membre) ; Tétraplégie (paralysie des membres inférieurs et supérieurs) ; Impossibilité d uriner.
Les accidents cérébraux Ils sont liés à la présence de bulles dans la circulation artérielle, au niveau des carotides, empêchant la bonne oxygénation du cerveau. Accident cérébral
Les symptômes sont : Fatigue importante ; Désorientation ; Céphalée ; Convulsions ; Troubles de l élocution ; Troubles de la sensibilité ; Vomissements ; Hémiplégie (paralysie d un côté) ou monoplégie ; Coma.
L accident de l oreille interne Il s agit de l apparition de bulles dans l oreille interne au niveau de la cochlée (troubles de l audition) ou du vestibule (troubles de l équilibre).
Les symptômes sont : Nausées ; Vomissements ; Perte de l équilibre ; Perte de l audition ; Bourdonnements ou acouphènes.
Types I Les accidents cutanés Ils sont liés à l apparition de bulles au niveau des capillaires sous- cutanés (puces) ou au niveau de la peau (moutons). Leurs symptômes sont : Puces : des démangeaisons cutanées localisées, une sensation de brûlures et de picotements. Moutons : des boursouflures cutanées.
Les accidents ostéo-articulaires Ils sont liés à l apparition de bulles dans les muscles ou au niveau des articulations. Leurs symptômes sont : Douleurs localisées pouvant être insupportables ; Gènes articulaires. Accident articulaire et musculaire
L accident respiratoire Il est du à un dégazage massif obstruant la circulation pulmonaire. Le blocage de cette circulation peut entraîner une défaillance de la pompe cardiaque droite en amont, qui devient inefficace.
Les symptômes sont : Toux ; Gène respiratoire plus ou moins marquée ; Rythme respiratoire plus rapide et superficiel ; Cyanose ; Arrêt cardiorespiratoire.
Délais d apparition des symptômes Phase d'apparition des ADD Rapide 0-10 mn 50 à 55 % Moyenne 10-60 mn 20 à 30 % Lente 1h à 24 h 20 à 25 %
Accidents de désaturation 2011 2010 2009 40/51 78,4 % 88,4% 74,5% Accidents de décompression neurologiques médullaires 2010 2010 2009 13/51 25,5% 18,6 % 51,2 % Enquête nationale accidents de plongée sportive en scaphandre autonome 2011 Commission médicale FFESSM
Accidents de décompression neurologiques cérébraux 2011 2010 2009 6/51 12% 14% 12,2 % Accidents de décompression labyrinthiques 2010 2010 2009 16/51 31,3 % 39,5 % 22% Enquête nationale accidents de plongée sportive en scaphandre autonome 2011 Commission médicale FFESSM
Comparaison ADD et surpression pulmonaire Surpression pulmonaire Accident de décompression Air Gaz Azote Cause Blocage respiratoire s Remontée trop rapide Douleur Poitrine s Omoplates lombaires Symptôme Difficultés respiratoires Difficultés respiratoires s Emphysèmes Fatigue intense Toux crachats Fourmillements Syncope Paralysies Immédiats Délais d apparition Immédiats à 24 heures
Conduite à tenir face à un ADD La procédure de secours est d une urgence absolue (Protéger, Alerter et Secourir), afin que la victime soir prise en charge par les services médicaux adaptés. Protéger Il est important d éviter un sur-accident à la victime de l ADD. C est pour cela qu il faut : Sécuriser la zone en rangeant et en immobilisant les objets ; Maîtriser les vas et viens autour de l accidenté ; Abriter l accidenté des intempéries et du froid.
Conduite à tenir face à un ADD Alerter Emettre un message par téléphone (le 15) ou VHF (canal 16) le plus clair possible (lieu, nombre de victimes, etc.), préciser qu il s agisse d un accident de plongée, afin que le centre 15 prévienne le caisson hyperbare. Mais il faut aussi prévenir les autres palanquées pour qu elles remontent.
Conduite à tenir face à un ADD Secourir Administrer de l oxygène à 100% Débit 15 litres/minute en inhalation, si conscient ; En insufflation, si inconscient. Réhydrater, si conscient Eau douce non gazeuse 1 litre/heure par petites prises. Proposer des l aspirine 500 mg maximum pour un adulte, si pas d allergie. Il est important de remettre aux secours tous les paramètres de la plongée (cf. fiche d évacuation annexe III 19 du CdS )
Plonger en minimisant les risques d ADD Des études ont démontré que les risques d ADD sont de l ordre de 1 à 3 pour 10000. 50 % des ADD surviennent malgré le respect des procédures de décompression. Suivre les seules indications des tables ou des ordinateurs ne suffit donc pas. La prévention des risques passe aussi par un comportement adapté. Adopter une vitesse de remontée lente Il est prouvé qu une vitesse de remontée de l ordre de 10 m/mn limite le nombre de bulles silencieuses. Cette vitesse doit être d autant plus lente à l approche de la surface.
Effectuer des paliers dans de bonnes conditions Respecter la profondeur des paliers (l augmenter en cas de mer formée) ; Eviter les efforts physiques ; Avoir une bonne ventilation ; En cas de panne d air, éviter les échanges d embout ; Expirer lors de la remontée au parachute ; Montrez à vos plongeurs la bonne méthode de remontée au palier ; Dans les calculs d autonomie en air, pensez à prendre en compte la durée du palier, afin d avoir une réserve d air suffisante.
Eviter les facteurs favorisants Une mauvaise condition physique générale ; La fatigue physique ; La tension nerveuse ; Les efforts, l essoufflement ; Le froid ; Mauvaise hydratation avant la plongée ; Les médicaments ; La cigarette (augmente la viscosité sanguine ) ; L embonpoint et l âge avancée doivent inciter à la prudence.
Eviter les comportements à risques Les plongées yoyo ; Les profils inversés ; Les plongées consécutives et successives rapprochées ; Limiter le nombre de remontée lors des exercices ; Respecter un délai d au moins 3 ou 4 heures entre deux plongées.
Eviter les comportements à risque Eviter les hyperpression thoraciques, afin d éviter les shunts cardiaques (FOP) et pulmonaire, donc proscrire les manœuvres de Valsalva à la remontée ; Eviter les efforts violents après une plongée ; Eviter l apnée après une plongée ; Pas de montée en altitude ; Ne pas prendre l avion suite à une plongée ; Limiter le nombre de plongées à deux par jour.
Conclusion Il est nécessaire pour de futurs guide de palanquée de savoir minimiser les risques, pour vous et les plongeurs de la palanquée, afin d éviter l ADD. Mais malgré les moyens de prévention, un accident peut toujours arriver. Dans ce cas, l importance des premiers secours est primordiale.
Merci pour votre attention