PCEM2. Enterobacteriaceae Campylobacters, Helicobacters. Professeur Francis Mégraud

Documents pareils
Conduite à tenir devant des troubles digestifs au retour du voyage. Laurent Beaugerie Hôpital Saint-Antoine, Paris

LES TOXI - INFECTIONS ALIMENTAIRES

ème année - 3 ème Trim. - N 176

Transfusions sanguines, greffes et transplantations

HEPATITES VIRALES 22/09/09. Infectieux. Mme Daumas

SURVEILLANCE DES SALARIES MANIPULANT DES DENREES ALIMENTAIRES

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

Voies Respiratoires Supérieures

Tuberculose bovine. Situation actuelle

L ANGINE. A Epidémiologie :

Micro-organismes et parasites des viandes : les connaître pour les maîtriser, de l éleveur au consommateur. Avant-propos

MINISTERE DE LA SANTE ET DES SOLIDARITES DIRECTION GENERALE DE LA SANTE- DDASS DE SEINE MARITIME

Apport de la biologie moléculaire au diagnostic des parasitoses

Traitement antibiotique probabiliste des urétrites et cervicites non compliquées

Item 95 Maladies sexuellement transmissibles : infections urogénitales à gonocoque et Chlamydia trachomatis (en dehors de la maladie de Nicolas-Favre)

Contexte réglementaire en hygiène alimentaire

Contact SCD Nancy 1 : memoires@scd.uhp-nancy.fr

Infections urinaires chez l enfant

Fièvre sans foyer chez l enfant de moins de 3 mois

Item 127 : Transplantation d'organes

Il est bien établi que le réseau d eau hospitalier peut

Science et technique. La température et la durée de stockage sont des facteurs déterminants. Viande bovine et micro-organisme pathogène

La maladie de Still de l adulte

Vaccinations - Rédaction Dr BOUTON

Service d ambulance. Normes. de soins aux patients. et de transport

Parasites externes du chat et du chien

Mise en place du contrôle du bon usage des carbapénèmes: expérience d une équipe pluridisciplinaire

Unité d enseignement 4 : Perception/système nerveux/revêtement cutané

DÉFICITS IMMUNITAIRE COMMUN VARIABLE

Otite Moyenne Aiguë. Origine bactérienne dans 70 % des cas. Première infection bactérienne tous âges confondus

Surveillance des toxi-infections alimentaires collectives

Streptocoque B :apports des tests en fin de grossesse, nouvelles propositions.

NOTICE: INFORMATION DE L UTILISATEUR

AUTOUR DE LA MISE BAS

Diagnostic et antibiothérapie. des infections urinaires bactériennes. communautaires de l adulte

L eau dans le corps. Fig. 6 L eau dans le corps. Cerveau 85 % Dents 10 % Cœur 77 % Poumons 80 % Foie 73 % Reins 80 % Peau 71 % Muscles 73 %

1 of 5 02/11/ :03

Infiltrats pulmonaires chez l immunodéprimé. Stanislas FAGUER DESC Réanimation médicale septembre 2009

Mise au point sur le bon usage des aminosides administrés par voie injectable : gentamicine, tobramycine, nétilmicine, amikacine

Infestation par Dipylidium caninum,

Complications de la transfusion

HELICOBACTER PYLORI DÉTAILLÉ

DIAPOSITIVE 1 Cette présentation a trait à la réglementation sur les thérapies cellulaires.

Définitions. PrioritéVie MC. Votre assurance contre le risque de maladie grave

Traitement des calculs urinaires par fragmentation (Lithotripsie par ondes de choc extracorporelle)

Protégeons-nous ensemble!

LA PERITONITE INFECTIEUSE FELINE

Le VIH et votre foie

CATALOGUE D'ESSAIS INTERLABORATOIRES AGLAE 2015 BIOLOGIE MEDICALE

INFECTIONS URINAIRES CHEZ L ENFANT

Les parasites externes du chien

Les germes pathogènes dans l industrie agroalimentaire

Compétitivité des produits laitiers locaux: vers une standardisation du «fènè», un lait spontanément fermenté au Mali

Sommaire de la séquence 8

ANTIBIOGRAMME VETERINAIRE DU COMITE DE L ANTIBIOGRAMME DE LA SOCIETE FRANCAISE DE MICROBIOLOGIE

La migraine. Foramen ovale perméable. Infarctus cérébral (surtout chez la femme)

ANEMIE ET THROMBOPENIE CHEZ LES PATIENTS ATTEINTS D UN CANCER

GUIDE D INFORMATIONS A LA PREVENTION DE L INSUFFISANCE RENALE

Restauration collective. quelques aspects réglementaires

Laboratoire de Touraine Page 1

LE PSORIASIS ET SES CO-MORBIDITES PARTICULIEREMENT LE DIABETE

Test direct à l Antiglobuline (TDA ou Coombs direct)

Risque infectieux et protection de l organisme

Signalement et gestion des infections respiratoires aiguës (IRA) et des gastroentérites aiguës (GEA) 19 juin 2014

Faq 1 - Mener l interrogatoire et l examen clinique d un enfant fébrile

Dr E. CHEVRET UE Aperçu général sur l architecture et les fonctions cellulaires

Formations 2014 SECURITE DES ALIMENTS

Maladies transmises sexuellement (MTS)

Chapitre III Le phénotype immunitaire au cours de la vie

Le dépistage du cancer de la prostate. une décision qui VOUS appartient!

Informations sur le cancer de l intestin

Orientation diagnostique devant une éosinophilie 1

chronique La maladie rénale Un risque pour bon nombre de vos patients Document destiné aux professionnels de santé

Cas clinique infection ORL

L obésité et le diabète de type 2 en France : un défi pour la prochaine décennie. DANIEL RIGAUD CHU de Dijon

La vaccination, une bonne protection

DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE DIRECT D UNE INFECTION

SPILF Mise au point DIAGNOSTIC ET ANTIBIOTHERAPIE DES INFECTIONS URINAIRES BACTERIENNES COMMUNAUTAIRES DE L ADULTE

Prévenir la colonisation par Campylobacter chez les poulets de chair. Dr. Wael Abdelrahman Consultant technique, Probiotiques volailles

LES HEPATITES VIRALES

MALADIES INFLAMMATOIRES DE L INTESTIN :

Le parcours en greffe de cellules hématopoïétiques : greffe allogénique

Vaccination et tuberculose en Gériatrie. Unité de Prévention et de Dépistage: Centre de vaccination et centre de lutte anti tuberculeuse CH Montauban

Les Infections Associées aux Soins

Tests de détection de l interféron γ et dépistage des infections tuberculeuses chez les personnels de santé

4eme réunion régionale des référents en antibiothérapie des établissements de Haute-Normandie

Existe t il des effets pervers à l identification du portage de BMR?

Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports. Comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins

Brest (29) Lessay (50), Mars 2012

Gestion des épidémies en FAM et MAS. 2 ère réunion annuelle FAM/MAS 20 mars 2015

infections néonatales, marqueurs biologiques, CRP, PCT, IL-6 KEYWORDS Neonatal infections, biological marker, CRP, PCT, IL-6

ATTENTES DE L ÉQUIPE & MFP

Prise en charge du nouveau-né prématuré «attendu» atteint d un syndrome de Bartter

RÉFÉRENCES ET RECOMMANDATIONS MEDICALES

PRISE EN CHARGE D'UN PATIENT ATTEINT OU SUSPECT DE CLOSTRIDIUM DIFFICILE

C. difficile. Réponses aux questions les plus fréquemment posées sur le. à l Hôpital général juif HÔPITAL GÉNÉRAL JUIF SIR MORTIMER B.

Intoxication par les barbituriques

Transcription:

PCEM2 Enterobacteriaceae Campylobacters, Helicobacters Professeur Francis Mégraud

Enterobacteriaceae 7 caractères : - bacilles gram négatif - mobiles ou immobiles - poussent sur milieu ordinaire - aéro-anaérobies facultatifs - oxydase négative - fermentent le glucose - réduisent les nitrates en nitrites Habitat : Tube digestif de l homme et des animaux : 50 genres - > 70 espèces Genres les plus importants en Médecine : Escherichia Salmonella Klebsiella Proteus Yersinia Shigella Citrobacter Enterobacter Providencia Serratia Morganella

Salmonella enterica 1 seule espèce > 2000 sérogroupes Espèce divisée en Salmonella typhique et paratyphique Salmonella non typhique Salmonella enterica non typhique I. Maladies associées 1. Toxi infections alimentaires (TIA) Aliments en cause : produits carnés, lait, œufs, charcuterie, eau Début : >8h après l ingestion de l aliment Signes fonctionnels digestifs : diarrhée, douleur abdominale et signes infectieux : fièvre, asthénie, anorexie 2. Complications possibles : passage sanguin localisations secondaires variées choc endotoxinique Aux âges extrêmes de la vie ou en cas de maladie sous jacente

Salmonella enterica non typhique II. Epidémiologie Réservoir : animal. Survie possible dans l environnement Contamination de la chaine alimentaire puis multiplication en cas de faute au niveau de la chaine du froid et du chaud. Souvent TIAC (C = collective) III. Physiopathologie 1. Facteurs liés à la bactérie - capacité d invasion diarrhées invasives - capacité de résister à la phagocytose - présence d une endotoxine 2. Facteurs liés à l hôte - acidité gastrique diminuée - défaut de barrière intestinale - atteinte de l immunité cellulaire

Salmonella enterica non typhique IV. Diagnostic 1. Diagnostic direct - prélèvements : selles, sang, divers - exemple d une coproculture. examen direct : présence éventuelle de leucocytes. culture sur milieu sélectif (Hektoen) avant et après enrichissement en milieu liquide. identification sur caractères biochimiques et antigéniques basée sur les antigènes de paroi (O) et de flagelles (H). Obtention d une formule : ex O1,4,5,12,Hi. sensibilité aux antibiotiques réalisée selon les méthodes standards 2. Diagnostic indirect - non utilisé

Salmonella enterica non typhique V. Traitement 1. Traitement curatif Antibiothérapie en cas de septicémie ou d infection entérique sévère : fluoroquinolone ou C 3 G 2. Traitement prophylactique - hygiène alimentaire - contrôle vétérinaire aux abattoirs - surveillance épidémiologique: niveau national (CNR) et européen (Enternet)

Salmonella enterica Typhi (et Paratyphi) I. Maladies associées : Fièvre typhoïde et paratyphoïde. forme typique. formes frustres II. Epidémiologie. réservoir : Homme survie dans l environnement. contamination alimentaire (cycle fécal-oral) III. Physiopathologie 1. Facteurs liés à la bactérie Capacité à traverser l épithélium digestif Propriétés particulières de l endotoxine (Reilly) 2. Facteurs liés à l hôte Immunité cellulaire (et non humorale) protectrice

Salmonella enterica Typhi (et Paratyphi) IV. Diagnostic 1. Diagnostic direct - exemple d une hémoculture. prélèvement dans flacon spécial. culture à 37 C (automates avec système de détection). identification par caractères biochimiques et antigéniques. possibilité de détection de l antigène Vi dans l urine 2. Diagnostic indirect. sérodiagnostic de Widal et Félix. recherche d anticorps anti AgO et anti AgH

Salmonella enterica Typhi (et Paratyphi) V. Traitement 1. Traitement curatif. antibiothérapie dans tous les cas (fluoroquinolones ou C3G) 2. Traitement préventif. vaccination : vaccin oral avec mutant avirulent. hygiène de l eau et des aliments. surveillance épidémiologique (maladie à déclaration obligatoire)

Escherichia coli I. Maladies associées et physiopathologie 1. Infections extraintestinales. infections néonatales : septicémie ± méningite. infections urinaires (ascendantes) colonisation urinaire cystite (aigue simple, compliquée, récidivante) pyélonéphrite (aigue simple, compliquée) prostatite aigue. infections hépatobiliaires. infections opportunistes 2. Infections intestinales. E. coli entérotoxinogènes (entérotoxine). E. coli entéroinvasifs. E. coli entérohémorragiques (cytotoxine) complication : syndrome urémique hémolytique. E. coli entéropathogènes et E. coli entéroaggrégants

Différentes souches impliquées dans les diarrhées hémorragiques et le Syndrome hémolytique urémique - Souches classiques d EHEC dérivent des EPEC par acquisition du gène stx par un bactériophage (ex O157:H7 dans les 2/3 des cas) décrits en 1983 - Souches EHEC révélées en 2011 dérivent des E. coli entéroaggrégants (EAgEC) décrits en 1987

Physiopathologie Toxine Stx Gène stx permet production de toxine Stx (toxine de Shiga) qui se fixe au récepteur Gb3 présent à la surface des cellules endothéliales, intestinales, rénales et cérébrales arrêt synthèse protéique mort cellulaire Inflammation induite (TNFalpha, cytokines) 2 sous unités de Stx: - StxA N-glycosidase cible l ARNr perturbe synthèse protéique - StxB (pentamère) s attache au Gb3 (globotriaosylcéramide) ou CD77 de la membrane cellulaire

Escherichia coli II. Diagnostic 1. Diagnostic direct. prélèvements divers. culture sur milieu ordinaire (BCP). identification sur caractères biochimiques - dans le cas des infections néonatales : agglutination K1 - dans le cas des infections intestinales : la recherche des facteurs de pathogénicité n est pas réalisée en routine 2. Diagnostic indirect. non réalisé

Escherichia coli III. Traitement. Infection néonatale C3G Aminosides. Infection urinaire - Cystites : Fosfomycine Trometanol (Monuril ) Nitrofurantoïne Fluoroquinolone - Pyélonéphrites ou Prostatites : C3G ou fluoroquinolone chez la femme enceinte : amoxicilline, cefixime, Augmentin, nitrofurantoïne. Infections digestives Pas de traitement antibiotique

Shigella sp. I. Maladies associées 1. Dysenterie bacillaire (S. dysenteriae). syndrome dysentérique + syndrome infectieux sévère 2. Infection intestinale invasive II. Epidémiologie. réservoir : Homme survie limitée dans l environnement. transmission fécale-orale. S. dysenteriae à l origine d épidémies en pays tropical en France : S. flexneri (importé), S. sonnei (autochtone) III. Physiopathologie 1. Facteurs liés à la bactérie. capacité d invasion. production de la Shiga toxine 2. Facteurs liés à l hôte. état immunitaire et nutritionnel déficient

Shigella sp. IV. Diagnostic 1. Diagnostic direct : coproculture. idem Salmonella mais sans enrichissement 2. Diagnostic indirect. dans syndrome articulaire post infectieux V. Traitement 1. Traitement curatif. toujours antibiotiques : fluoroquinolones, C3G 2. Traitement préventif. hygiène (mains)

Campylobacters Surtout C. jejuni (80%), C. coli (15%), C. fetus (4%) I. Maladies associées. infection intestinale invasive : cause la plus fréquente d infection intestinale d origine bactérienne. complications : infectieuses : rares sauf pour C. fetus post-infectieuses : arthrite, syndrome de Guillain Barré II. Epidémiologie. commensal du tube digestif des oiseaux (volaille) et autre animaux. contamination le plus souvent alimentaire : volaille importance des contaminations croisées. petites épidémies

III. Physiopathologie 1. Facteurs liés à la bactérie. caractère invasif Campylobacters 2. Facteurs liés à l hôte. immunité locale. mimétisme antigénique (Guillain Barré) IV. Diagnsotic 1. Diagnostic direct : coproculture. examen microscopique : bactéries très mobiles. culture sur milieu sélectif en atmosphère microaérobie. identification sur caractères biochimiques. sensibilité aux antibiotiques résistance aux fluoroquinolones 2. Diagnostic indirect. sérologie pour syndromes post infectieux

Campylobacter jejuni

Campylobacters V. Traitement 1. Traitement curatif. infection entérique sévère = macrolide. infection systémique = gentamicine + Augmentin 2. Traitement préventif. hygiène alimentaire

Helicobacter pylori I. Maladies associées. maladie ulcéreuse (duodénale et gastrique). cancers de l estomac (carcinome et lymphome du MALT). atrophie gastrique. implication possible dans des maladies cardiovasculaires, neurologiques II. Epidémiologie. réservoir = Homme. transmission interhumaine surtout familiale par voie oro-orale. contamination dans l nfance et infection qui perdure toute la vie III. Physiopathologie 1. Facteur liés à la bactérie. Îlot de pathogénicité (cag). cytotoxine (VacA). facteurs d adhérence 2. Facteur liés à l hôte. polymorphisme des cytokines (inflammation) des groupes sanguins (adhérence)

Helicobacter pylori

Helicobacter pylori IV. Diagnostic 1. Diagnostic direct : biopsie gastrique. culture. examen histologique. test rapide à l uréase 2. Diagnostic indirect. test respiratoire à l urée marquée. test antigénique dans les selles. sérologie V. Traitement 1. traitement curatif. association de 2 antibiotiques (amoxicilline, clarithromycin) + antisécrétoire ou Pylera (association de 2 antibiotiques + sel de Bismuth) + IPP 2. Traitement préventif pas de vaccin disponible