Conférences publiques 2015 Domaine Sociologie, politiques sociales et travail social Faculté des Lettres www.unifr.ch/travsoc/fr & colloque 26 & 27 mars (avec inscription) Mémoire, (in-)oubli et responsabilité «une responsabilité inavouée, des droits bafoués» en collaboration avec le réseau Dialog (INRS - Montréal)
Merci à nos soutiens pour l organisation de ces conférences publiques.
Vivianne Châtel 25 février 2015 Entre oubli et abus. Devoir de mémoire et responsabilité Marie-Claire Lavabre 04 mars 2015 Paradigmes de la mémoire en sciences sociales : les impensés de l oubli Christophe Niewiadomski 11 mars 2015 Recherche biographique, enjeux de mémoire et d accompagnement Jacques Fierens 18 mars 2015 Le Burundi sans mémoire et sans paix? À propos d éléphants, d abeilles et d araignées Ivan Jablonka 25 mars 2015 Les sciences sociales et l écriture du monde Colloque (26 & 27 mars) avec le réseau Dialog (INRS- Montréal) «Une responsabilité inavouée, des droits bafoués» sur inscription Miguel Ángel Rodríguez 30 mars 2015 La responsabilité politique de l État mexicain dans la tragédie d Ayotzinapa : une descente dans les profondeurs du mal Ali Moussa Iye 01 avril 2015 La traite négrière et l esclavage : une tragédie fondatrice occultée Svetla Koleva 15 avril 2015 Retour à la mémoire : détour par les sciences sociales en Bulgarie MERCREDI 17h15 à 19h00 Miséricorde Amphi A Marie-Rose Blunschi 22 avril 2015 Tous responsables? L extrême pauvreté, miroir de nos oublis Annette Wieviorka 29 avril 2015 «L heure d exactitude», pour ne pas oublier Sabine Haupt 06 mai 2015 Les peuples nomades d Europe dans la littérature. L invention d un discours d exclusion entre fascination et mépris Catalina Sagarra 20 mai 2015 La mémoire et l oubli face au mal absolu Le masculin est utilisé dans ce document uniquement dans le but d en alléger la forme.
L histoire humaine, bien que pavée de bonnes intentions, est surtout marquée par les violences, les guerres, les crimes contre l humanité et les génocides. Le XX ème siècle s est ainsi révélé comme le siècle des camps, le siècle des horreurs, le siècle de la destruction de l homme par l homme. Le "plus jamais cela", maintes fois entendu et répété depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, n a rempli que le rôle d une promesse à venir, rappelant cette définition de l homme de Fédor M. Dostoïevski : "Un être qui s habitue à tout". Et ce d autant plus que notre société contemporaine se vit et se pense sur le modèle de la vitesse, de l accélération permanente ou encore sur le modèle de la consommation-destruction, dispensant de tout sens critique sur cette surenchère de lieux, de mémoires, d événements, de commémorations. Comment dès lors ne pas lire ces moments obligés comme autant d écrans à la pensée, comme autant de supports à l indifférence? Comment parler des camps, parler des génocides? Comment "se souvenir" pour ne pas oublier certes, mais surtout pour ne pas que la leçon de ce passé récent (ou lointain) ne se perde dans le no man s land commémorationnel ou même dans un no man s land exhibitionniste? Se souvenir, mais ne pas sanctifier. Se souvenir, mais ne pas esthétiser. Se souvenir, mais ne pas banaliser. Notre propos portera sur l ambiguïté des représentations (qu elles soient commémorations ou qu elles soient allégories) qui hésitent entre ces trois scènes, sanctification, esthétisation ou banalisation, afin d interroger ce "devoir de mémoire" qui est le nôtre, un devoir de mémoire vu et lu comme un "devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi" (Paul Ricœur), et donc comme un devoir de vigilance et un devoir de responsabilité et de solidarité avec tous ceux qui aujourd hui sont menacés dans leur existence physique et morale, dans leur liberté, dans leurs Droits, dans leur dignité? Vivianne CHÂTEL Université de Fribourg Entre oubli et abus. Devoir de mémoire et responsabilité 25 février 2015
La question de la mémoire n est pas nouvelle, ni comme objet des sciences sociales, encore moins comme enjeu politique, même s il faut considérer à cet égard que le vocabulaire de la mémoire, appliqué aux politiques du passé ne s est imposé qu au cours des dernières décennies. De fait, les connotations aujourd hui attachées à la notion quand on la spécifie comme collective, politique ou sociale, infranationale, nationale, voire transnationale n émergent que récemment. La question de l oubli est bien évidemment associée à la montée en puissance de la notion de mémoire et circule elle aussi entre différentes sphères, scientifique, médiatique, politique. On déplore l oubli au nom des vertus de la mémoire, du "devoir de mémoire" ou des leçons de l histoire. On lui attribue une valeur positive au nom du "droit à l oubli", des nécessités de l avenir, contre l obsession mortifère du passé, etc. L oubli est un lieu commun de tout discours sur la mémoire. Pour autant, et paradoxalement, les significations de l oubli envisagé, avec la mémoire dont il serait le complément ou le revers, au niveau des collectifs ne sont guère dépliées, pas plus que ses dimensions proprement sociales ne sont interrogées. À tenter une improbable synthèse générale à partir de la littérature sur la mémoire en sciences sociales, il apparaît que cohabitent aujourd hui trois grandes problématiques, celle des "lieux de mémoire", celle du "travail de mémoire", celle des "cadres de la mémoire". L oubli, pour y être très inégalement présent, y est encore très diversement traité, référé à des phénomènes hétérogènes. Marie-Claire LAVABRE Université de Paris X-Nanterre Paradigmes de la mémoire en sciences sociales : les impensés de l oubli 04 mars 2015
La recherche biographique se définit avant tout par son projet, qui s organise autour du souci de mieux comprendre les processus de constitution de l individu et de son inscription temporelle dans l existence par l étude des formes narratives qu il donne à son expérience. En d autres termes, il s agit d interroger ici les rapports que l individu entretient avec les choses, avec lui-même et avec les autres dans le monde historique et social. La recherche biographique conçoit de ce fait l activité narrative comme la condition même d une connaissance de l être humain dans les sciences sociales en s attachant à mobiliser et à étudier les processus de réflexivité biographique. Ainsi décrit, l amplitude de ce projet pourrait faire craindre une telle dispersion d approches qu il s en trouverait alors considérablement affaibli. Nous verrons que cette question cède le pas dès lors que l on examine dans le détail l ensemble des pratiques qui peuvent se réclamer de ce champ. Cellesci, très diversifiées, tant dans leurs méthodes, leurs visées et leurs étayages théoriques, sont en effet bien codifiées et s accordent toutes à porter attention à l élaboration du récit, qu il soit oral, écrit, individuel ou collectif, en tant que celui-ci va constituer le matériel de recherche sur la base duquel vont se donner à connaître les processus permettant d accéder à une dialectique herméneutique entre vie, récits et contextes. Après avoir présenté une cartographie des approches biographiques dans les sciences humaines et sociales, nous nous proposons de préciser la distinction entre approches biographiques et recherche biographique, d indiquer les problèmes épistémologiques les plus saillants, puis de proposer des pistes de convergences avec le domaine de l analyse de l activité. Enfin, nous présenterons un exemple clinique pour tenter de mieux illustrer notre propos. Christophe NIEWIADOMSKI Université de Lille 3 Recherche biographique, enjeux de mémoire et d accompagnement 11 mars 2015
Le Burundi a été le théâtre récent de crimes contre l humanité et d actes génocidaires. Ce n est qu apparemment que, depuis quelques années, il connaît un calme relatif, que certains appellent la paix. Les éléphants, dit-on, se souviennent trente ans plus tard de ceux qu ils ont rencontrés, ne fût-ce que quelques instants. Pourquoi la mémoire des souffrances est-elle si durablement incrustée dans le cœur des Burundais alors que le monde ne se souvient de rien? Les abeilles vivent en communauté, mais, observait déjà Aristote, elles ne se donnent pas de lois et ne créent pas de tribunaux parce qu elles ne sont pas capables de parole commune sur ce qui est juste et injuste. L État voisin du Burundi a connu un génocide, a créé des tribunaux et a promulgué des lois censées réconcilier la population avec elle-même. La paix a-t-elle pour autant gagné contre l horreur? Selon la vision du monde qui prévaut en Afrique centrale, le monde et les humains constituent un jeu de forces vitales dont aucune ne peut subir de modification sans que toutes en ressentent quelqu effet, comme vibre la toile de l araignée si vous touchez un seul de ses fils. Quelles sont les forces qui ont été ébranlées au Burundi? Celles de la mort? Celles de l indignité? Où trouver celles de la paix, de la réconciliation et, qui sait, celles du pardon? Mais, au fait, qui devrait pardonner quoi à qui? Jacques FIERENS Université de Namur Le Burundi sans mémoire et sans paix? À propos d éléphants, d abeilles et d araignées 18 mars 2015
Faisons un rêve: des textes où histoire et littérature coexistent. Ce défi n a de sens que s il fait naître des formes nouvelles. L histoire et la littérature peuvent être autre chose, l une pour l autre, qu un cheval de Troie. Mon idée est la suivante : l écriture de l histoire n est pas simplement une technique (annonce de plan, citations, notes en bas de page), mais un choix. Le chercheur est placé devant une possibilité d écriture. Réciproquement, une possibilité de connaissance s offre à l écrivain : la littérature est douée d une aptitude historique, sociologique, anthropologique. Parce qu au XIX ème siècle l histoire et la sociologie se sont séparées des belles-lettres, le débat est habituellement sous-tendu par deux postulats implicites : les sciences sociales n ont pas de portée littéraire ; un écrivain ne fait pas de sciences sociales. Il faudrait choisir entre une histoire qui serait "scientifique", au détriment de l écriture, et une histoire qui serait "littéraire", au détriment de la vérité. Cette alternative est un piège. Parce qu elles produisent de la connaissance sur le réel, parce qu elles sont capables non seulement de le représenter (c est la vieille mimesis), mais de l expliquer, les sciences sociales sont déjà présentes dans la littérature carnets de voyage, mémoires, autobiographies, correspondances, témoignages, journaux intimes, récits de vie, reportages, tous ces textes où quelqu un observe, dépose, consigne, examine, transmet, raconte son enfance, évoque les absents, rend compte d une expérience, retrace l itinéraire d un individu, parcourt un pays en guerre ou une région en crise, enquête sur un fait divers, un système mafieux, un milieu professionnel. Toute cette littérature révèle une pensée historienne, sociologique et anthropologique, forte de certains outils d intelligibilité : une manière de comprendre le présent et le passé. Ivan JABLONKA Université de Paris XIII Les sciences sociales et l écriture du monde 25 mars 2015
Domaine Sociologie, politiques sociales et travail social Faculté des Lettres www.unifr.ch/travsoc/fr Colloque (26 & 27 mars) une responsabilité inavouée, des droits bafoués Avec des contributions de représentant-e-s de/du -réseau Dialog -Gitpa -docip -Conamuri -ATD Quart Monde -etc. et des conférencier-ère-s du Paraguay, du Mexique, de Suisse, de France, du Québec, etc. Renseignements et inscription: severine.moll-lauper[at]unifr.ch
Une responsabilité inavouée, des droits bafoués Le 20ème siècle : un siècle de camps et d horreur qui a consacré l idée même de l anéantissement de l Autre du seul fait qu il soit né (herero, arménien, juif, tsigane, tutsi, etc.). S il est un enseignement de ce siècle, en-dehors de la mise hors-de-l humanité de peuples entiers, c est l indicible, l impossible dire d un vécu impossible à oublier. Et cet indicible nous oblige, au nom de notre responsabilité-pour-autrui, non à ressasser encore et toujours, mais à nous interroger sur notre rapport à l Autre, sur cette condition d humanité qui nous lie à Autrui, d où qu il vienne et où qu il soit. Ce colloque reprend en quelque sorte la question de la mémoire (et des Droits) et de notre responsabilité au cœur du cycle de conférences 2015 organisé par la Chaire francophone Travail social et politiques sociales, mais avec une accentuation particulière sur les peuples indigènes / autochtones et sur l enfance volée. Nous y verrons ainsi le poids de l Histoire non partagée, parce que souvent non reconnue, comme support de souffrance toujours présente, rappelant ainsi toute la responsabilité qui est la nôtre dans la construction de notre Histoire afin de faire place, par le débat, par le souvenir à un autre que soi (Paul Ricœur). Nous reprendrons non seulement l histoire des pensionnats dans le cadre plus spécifique du Canada qui a vu les enfants des peuples premiers retirés de leur famille afin d "extirper leurs racines indiennes", que nous pourrons dans ce cadre confronter à l histoire de l enfance volée en Suisse, soit avec les enfants de familles extrêmement vulnérables, soit avec les enfants yéniches, mais aussi l histoire des peuples indigènes de l Amérique du Sud, pourchassés, discriminés et qui peinent, malgré leurs droits à l auto-détermination (reconnus au niveau international) et malgré bien souvent l inscription de ces droits dans les constitutions nationales, à les faire reconnaître et à les faire vivre devant la toute puissance financière et économique. Ce colloque vise à considérer les Droits de l homme dans leur double dimension, 1/comme un appel à mettre notre responsabilité celle qui permettait à Victor Schœlcher de lutter contre l esclavage au seul nom des droits imprescriptibles de l homme, celui d être un homme digne et libre, capable de penser et d agir par lui-même, responsable et autonome (au sens kantien du terme), au cœur de la vie sociale et individuelle, au cœur d une vie qui ne nous fasse pas oublier qu être homme, c est être parmi les autres hommes, c est être avec les autres hommes, c est être pour les autres hommes, et 2/ comme une obligation qui incombe à chacun d épargner à l autre homme, à tout homme, femme et enfant, le fait de la misère et de l errance, le fait de l esclavage et de l asservissement, le fait de la torture et de la déshumanisation. La question qui va animer ce colloque concerne donc les enjeux de mémoire et de responsabilité face à des droits bafoués. Avec comme unique objectif, mieux connaître les mécanismes, les ressentis, le vécu, de ces hommes, femmes et enfants, humiliés, martyrisés, pour mieux aider et pour éviter le regard qui se détourne de l Autre souffrant parce que différent, pour reconnaître les outrages passés et présents, pour reconnaître aussi notre responsabilité d êtres humains face aux drames insoutenables vécus par d autres êtres humains.
43. C est le nombre qui représente le mieux, aujourd hui, la dimension du mal. C est celui de l impardonnable moral et juridique, défiant le discours de l État de droit au Mexique. Notre propos se centrera non pas sur les froides narrations des supposés assassins de 43 jeunes étudiants, la majorité indigènes, mais sur la perte des liens humains les plus élémentaires que révèle cette barbarie et sur le persistant refus de l État mexicain de reconnaître l existence des disparitions forcées sur le territoire national, découplant ainsi responsabilité et imputation, action et agents responsables de ce tragique et inqualifiable massacre commandité par les autorités municipales. Nous essaierons d analyser l action des pouvoirs publics destinée à offrir une représentation "historique" quasi innocente des sanglants événements d Iguala. La position de l État mexicain, en voulant clore la procédure, est insoutenable dans une perspective de "vérité historique". Cette attitude commode, qui annule la victoire morale sur le mal, a déjà été qualifiée par une partie du Parlement européen comme une tromperie, considérant que, par action et par omission, l État mexicain "est impliqué dans l exécution des disparitions et dans sa dissimulation". La réflexion ici proposée, pour le dire avec Paul Ricœur, veut être "une descente dans les profondeurs de la faute" pour aborder les possibles raisons d une telle expérience qualifiable de "septembre noir" mexicain. Miguel Ángel RODRÍGUEZ Université autonome de Puebla La responsabilité politique de l État mexicain dans la tragédie d Ayotzinapa : une descente dans les profondeurs du mal Lundi 30 mars 2015
Les mémoires collectives, qui sont au cœur des identités nationales, se construisent toujours sur une lecture sélective du passé pour répondre aux besoins d auto-valorisation des peuples. Pour façonner ce récit national, il faut souvent transfigurer une réalité historique moins reluisante par une mythomanie collective qui conduit à l occultation de faits majeurs susceptibles de contredire cette aspiration à la grandeur. C est dire que la prise en compte des mémoires douloureuses ou "honteuses" dans ce récit national devient un exercice périlleux que les nations rechignent souvent à effectuer, surtout si elles doutent de la solidité de leur consensus politique et de leur cohésion sociale. Pourtant, dans les sociétés multiethniques modernes, notamment celles marquées par des crimes historiques (génocides, déportations massives, exploitation), le rapport à établir avec ce passé peu glorieux participe de la définition du nouveau "vivre ensemble" dont l on parle de plus en plus. Cette question est devenue aujourd hui d autant plus déterminante que la gestion de la mémoire collective n est plus le domaine réservé des idéologues d État et interpelle désormais toutes les disciplines des sciences sociales et humaines dont elle est devenue à la fois un objet d étude et un domaine d intervention. Dans mon intervention, je rappellerai donc la particularité de la traite négrière et de l esclavage et en quoi ils constituent une tragédie fondatrice de notre modernité. J expliquerai pourquoi et comment cette histoire a été si longtemps occultée, reniée et falsifiée. Je discuterai les enjeux éthiques, politiques, culturels et éducatifs de l intégration de cette tragédie dans la mémoire collective nationale et internationale. Enfin, j inviterai à la réflexion sur l exigence, dans les sociétés prétendant à la démocratie, de passer du "devoir de mémoire" incombant aux pouvoirs publics pour assumer leur rôle au "droit à la mémoire" et "l égalité mémorielle" exigés par les citoyens pour pouvoir se reconnaître dans le projet du "vivre ensemble". Ali MOUSSA IYE La traite négrière et l esclavage : une tragédie fondatrice occultée Unesco-Paris 01 avril 2015
La conférence se propose de cerner et d examiner la posture des sciences sociales face à la mémoire devenue au cours des dernières décennies à la fois une réalité distincte, un terrain d action, une préoccupation scientifique commune aux sciences de l homme et de la société. Comment les sciences sociales s y prennent-elles là où différents ordres de valeurs s entremêlent et s entrecroisent plus que jamais? Arrivent-elles à défendre leur ultime vocation de produire des connaissances à caractère universel et unificateur là où la vérité blesse les identités et les blessures historiques revendiquent reconnaissance, donc leur propre vérité? Peuvent-elles continuer à être axiologiquement neutres, une fois sorties de leur zone d exercice (disciplinaire) protégée par les règles de la méthode, lorsqu elles-mêmes mettent en usage social leur propre production scientifique participant à des débats, à l élaboration des lois, à l organisation d événements portant sur l histoire d une société donnée ou de l humanité? À partir de trois cas de l histoire nationale de la société bulgare (le sauvetage des juifs bulgares de l Holocauste en 1943, le massacre des Bulgares du petit village de Batak effectué par un régiment turc en 1876 et le passé communiste) et de leur existence contemporaine sous forme de mémoires collectives, nous allons essayer de révéler en quoi consiste le malaise des sciences sociales, à quoi celui-ci est dû et quelles sont ses conséquences, tant pour la pratique scientifique que pour la Cité. Svetla KOLEVA Académie bulgare des sciences Retour à la mémoire : détour par les sciences sociales en Bulgarie 15 avril 2015
L écart entre les populations qui luttent contre l extrême pauvreté et les autres citoyens continue de se creuser. La violence de la misère, l ignorance, le dénuement et le mépris isolent les personnes et les enferment dans le silence jusqu à les faire parfois douter de leur appartenance à la communauté humaine. Laissées sans compréhension de leur histoire et de leur résistance, elles sont renvoyées à une image négative et honteuse de leurs origines. La méconnaissance de leur histoire maintient les préjugés et favorise l exclusion et la discrimination, au point de leur dénier parfois tout sens de responsabilité pour soi-même et pour les autres. La banalisation de cette violence amène nos sociétés à vivre dans le mensonge en proclamant des valeurs universelles tout en sachant que la manière de les réaliser repose sur le fait de nier aux plus pauvres la capacité d en être porteurs, en se contentant d une paix qui condamne des êtres humains à vivre dans la misère. Aujourd hui, des citoyens et des gouvernements commencent à reconnaître des violences infligées, dans l histoire récente, à des personnes et populations à cause de leur situation de pauvreté. Ainsi, le gouvernement suisse a présenté ses excuses aux enfants placés de force, aux personnes stérilisées sans consentement, maltraitées dans les institutions jusqu au début des années 1980. Cette reconnaissance obtenue grâce au courage et à l acharnement des personnes qui ont osé rompre le silence peut être considérée comme un premier pas vers une paix qui n oublie personne, parce qu elle se construit avec les plus pauvres. Marie-Rose BLUNSCHI ATD Quart-Monde Tous responsables? L extrême pauvreté, miroir de nos oublis 22 avril 2015
"L heure d exactitude" l expression est empruntée à Marc Bloch est celle où s impose le mot juste, un "langage" capable de dessiner avec précision les contours de faits, "sans flottements ni équivoques". Marc Bloch se demandait si elle sonnerait, un jour. Pourquoi cette nécessité d exactitude? En quoi l exactitude est-elle un devoir pour l histoire? En quoi est-elle aussi un combat? C est à la question du langage langage de l historien, langage du juriste, langage du débat public si souvent instrumental, que nous consacrerons notre conférence. D un évènement sans nom, la destruction des Juifs d Europe est devenue un évènement constamment évoqué, perdant bien souvent dans cette évocation sa consistance historique, utilisée parfois pour donner à nos contemporains une bonne conscience rétrospective. Comment et avec quels mots a cheminé jusqu à nous cette histoire? Comment les sociétés ont-elles gardé la mémoire, et la mémoire de quoi? Quels sont les usages qui ont été assignés à cette mémoire? Et comment se présente-t-elle soixante-dix ans après l ouverture des camps du complexe d Auschwitz? Annette WIEVIORKA Université de Paris I "L heure d exactitude", pour ne pas oublier 29 avril 2015
Depuis leur arrivée en Europe vers la fin du moyen-âge, les gitans (ou : "roms", "romanichels", "tziganes", "bohémiens", "manouches", "sinti", "yéniches") ont incarné, dans les divers discours culturels et littéraires, l image de "l autre", c est-à-dire un "au-delà culturel" imaginé comme fascinant par sa liberté et menaçant par son étrangeté. Tandis que les discours (pseudo-)scientifiques (linguistique, anthropologique et anthropométrique) du XIX ème siècle tentaient de distinguer une théorie historique sur un peuple nomade et ses origines de la masse réelle des migrants peuplant alors les abords des grandes cités, la littérature procéda à une sorte de romantisation du gitan engendrant, à partir de la deuxième moitié du XIX ème siècle, le modèle du "bohémien", figure de proue de l art moderne et avant-gardiste. Dans un premier temps, la conférence présentera, dans de grandes lignes, la genèse du "mythe tzigane" dans les discours scientifiques et littéraires du XIX ème siècle, pour le confronter ensuite à quelques textes contemporains d auteures d origine tzigane. Sabine HAUPT Université de Fribourg Les peuples nomades d Europe dans la littérature. L invention d un discours d exclusion entre fascination et mépris 06 mai 2015
Lorsqu un génocide a eu lieu, maintes instances s efforcent d en conserver la mémoire : commémoration, sites mémoriels, musées, récits de témoignage, etc. S impose avec le temps, un "devoir" de mémoire que les survivants contestent parfois lui préférant un "droit" à la mémoire. Si ces revendications posent effectivement un impératif, celui de se souvenir, elles mettent paradoxalement aussi en lumière le rapport ambigu que la mémoire entretient avec l oubli. Olivier Abel rappelle, par exemple, la dimension positive de "l oublié", comme condition d une liberté recouvrée, qui permettrait à l individu de ne pas être perpétuellement déterminé par ce qui a précédé. Mais toutes les offenses, tous les crimes,... peuvent-ils être oubliés? Cet oubli reviendrait-il à pardonner, par ignorance volontaire, de tels crimes? Et, de fil en aiguille, à les entériner, voire à en accepter leur réapparition, puisque "pardonnables"? La question du pardon, si souvent mise de l avant par les nations ayant connu des génocides pour tenter de reconstruire le tissu social avec la participation de tous les acteurs (génocidaires, survivants et tiers), est dès lors également inséparable de l oubli puisque, si pardonné, le crime en est amoindri et les responsabilités diluées pour le bien commun. Mais il convient également de se demander si le ressassement d une certaine mémoire ne participerait pas à son tour à la fabrication d une certaine amnésie collective qui tarauderait derechef la mémoire du groupe (les survivants) et la mémoire individuelle, tout n étant plus acceptable, dicible ou pensable? Face à ces exigences institutionnalisées, comment le survivant vit-il son vécu? Comment les traces que le crime a laissées dans le ressenti de ces personnes agissent-elles dans la construction d une identité qui entre souvent en conflit avec les impératifs d une nation en pleine reconstruction? Nous proposons ainsi une approximation des mémoires et des oublis sur lesquels il convient de réfléchir pour mieux cerner l épineuse question des responsabilités. Catalina SAGARRA Université de Trent La mémoire et l oubli face au mal absolu 20 mai 2015
Les conférences publiques font l objet d une publication dans la collection Res socialis dirigée par Marc-Henry Soulet à Academic Press Fribourg. Rappel des titres : Crise et recomposition des solidarités, 1996. Les Transformations des métiers du social, 1997. Urgence, souffrance, misère : lutte humanitaire ou politique sociale?, 1998. Le Travail, nouvelle question sociale, 1999. Agir en société. Engagement et mobilisation aujourd hui, 2004. La Solidarité : exigence morale ou obligation publique?, 2004. Quel Avenir pour l exclusion?, 2004. Chômage et solidarité : les nouvelles inégalités, 2006. Société en changement, société de changement, 2006. La Souffrance sociale : nouveau malaise dans la civilisation, 2007. La Solidarité à l ère de la globalisation, 2007. Ces Gens-là : les sciences sociales face au peuple, 2011. Changer de vie. Un problème social, 2011. Vulnérabilité. De la fragilité à l éthique de la sollicitude, 2014. Autres ouvrages publiés dans la collection Res socialis : Soulet M.H, Petit précis de grammaire indigène du travail social, 1997. Castel R. (s/s la dir. de), Les Sorties de la toxicomanie, 1998. Maxwell J.A., La Modélisation de la recherche qualitative, 1999. Châtel V., Réflexions sur la responsabilité. Essai sur la violence et les jeunes, 2002. Soulet M.H., Gérer sa consommation. Drogues dures et enjeu de conventionalité (en coll. avec M. Caiata Zufferey & K. Oeuvray), 2002. Châtel V. & Soulet M.H. (éd.), Faire face et s en sortir, volume 1, Négociation identitaire et capacité d action, 2002. Châtel V. & Soulet M.H. (éd.), Faire face et s en sortir, volume 2, Développement des compétences et action collective, 2002. Cattacin S. & alii, Retour au travail! Le workfare comme instrument de réforme, 2002. Strauss A. & Corbin J., Les Fondements de la recherche qualitative, 2004. Balsa C. (éd.), Confiance et lien social, 2005. Becker H.S., Le Travail sociologique : méthode et substance, 2006. Bassand M. & Lalive d Épinay C., Des Sociologues et la philosophie, 2006. Châtel V., L Inexistence sociale. Essais sur le déni de l Autre, 2007 (ré-éd. 2012). Bajoit G. (éd.), Le Contrat social dans un monde globalisé, 2008. Châtel V. (éd.), Les Temps des politiques sociales, 2008. Messu M., Les Assistés sociaux suivi de L Assurance d assistance, 2009. Javeau Cl., Le Petit murmure et le bruit du monde, 2010. Cesoni M.-L. & Devresse M.-S. (éd.), La Détention de stupéfiants entre criminalisation et décriminalisation, 2010. Bajoit G., Pour une sociologie de combat, 2011. Burnay N. (éd.), Transmission, mémoire et reconnaissance, 2011. Diogo F., Gonçalves R.L. & Tomás L., Les Nouvelles configurations de la mobilité sociale, 2012. Bresson M., Geronimi V. & Pottier N., La Vulnérabilité : questions de recherche en sciences sociales, 2013. Glaser G. & Strauss A., Transitions statutaires. Une théorie formelle, 2014.
RESPONSABLE, ENGAGÉ-E, COMPÉTENT-E VOTRE PROJET DEMAIN NOTRE CHALLENGE AUJOURD HUI expertise coopération humanisme responsabilité autonomie participation partenariat professionnalisme DES FORMATIONS en sociologie en travail social et politiques sociales en éthique, responsabilité et développement Renseignements: Domaine Sociologie, politiques sociales et travail social tsps@unifr.ch www.unifr.ch/travsoc/fr