.Hƒ - GENÈSE ET AFFIRMATION DES RÉGIMES TOTALITAIRES.

Documents pareils
Fiche de travail n 1 : la mise en place des régimes totalitaires (corrigé)

Les régimes totalitaires dans l entre-deux-guerres : genèse, points communs et spécificités.

CORRIGE DU LIVRET THEMATIQUE NIVEAU 3 ème

Chap. 5 : la 2 nd guerre mondiale : une guerre d anéantissement Pourquoi parle-t-on de la 2 nd guerre mondiale comme d une guerre d anéantissement

CORRECTION BREVET BLANC 2015 PREMIER PARTIE/HISTOIRE

Leçon n 10. Les régimes totalitaires dans l entredeux guerres : genèse, points communs et spécificités

II. La mise en place d un régime totalitaire, fasciste et raciste. 1. Comment Hitler met en place un État totalitaire et raciste?

1er sept Les troupes allemandes... C'est le début de la Seconde Guerre mondiale.

Histoire Leçon 15 La marche vers la guerre ( 1938 / 1939) Dates : 1936 : remilitarisation de la Rhénanie 1938 : Anschluss de l Autriche

Dossier VI. Le XX ème siècle et le monde actuel (1 ère partie) Questions appelant des réponses concises

CORRECTION BREVET PONDICHERY 2014

De l Etat français à la IVème République ( )

El Tres de Mayo, GOYA

Où et quand cette photo a-t-elle été prise? Comment le devinez-vous?

III. Comment les nazis ont-ils organisé ces deux génocides?

Thème 3 : La Seconde Guerre mondiale, une guerre d anéantissement ( )

Leçon n 4 : "Les régimes totalitaires dans les années 30"

1ère partie - Guerres mondiales et régimes totalitaires ( )

La IIe Guerre mondiale, une guerre d anéantissement et génocides Introduction : «radicalisation de la violence» une guerre d anéantissement

I) La politique nazie d extermination

L antisémitisme et les premières actions contre les juifs

De la discrimination à l extermination

LA RÉPUBLIQUE DE L ENTRE-DEUX- GUERRES : VICTORIEUSE ET FRAGILISÉE

Chapitre 4 LA SECONDE GUERRE MONDIALE

REVISIONS BREVET HISTOIRE-GEOGRAPHIE EDUCATION CIVIQUE. Histoire Géographie Education civique

27 Janvier : Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'holocauste

Les hommes, les femmes et les enfants travaillent entre 14 et 17 heures par jour.

Préparation à la visite du Mémorial de la Résistance. A l attention des enseignants

CLASSE : : : ; : : : : LA LIBERTE GUIDANT LE PEUPLE EUGENE DELACROIX

HISTOIRE : 18 points dont 10 pour le paragraphe argumenté

compl mentaire des dossiers réalisés dans le cadre du Concours national de la Résistance notamment de ceux réalis

Révision de l ombudsman du texte sur le camp d extermination nazi de Sobibor en Pologne, diffusé au Téléjournal le 30 novembre 2009.

Présentation du DVD Une petite fille privilégiée Un témoignage de Francine Christophe Une histoire dans l Histoire

Dans nos classes. La Résistance et la Déportation dans les manuels. Classe de troisième. Les leçons : Collection. Auteurs (sous la direction de)

Symphonie n 13. ou «Babi Yar» Dimitri Chostakovitch sur un poème de Evgueni Evtouchenko.

CORRIGE DU CAHIER D HISTOIRE NIVEAU 3 ème LE MONDE DE 1918 A 1989

Le génocide de classe : définition, description, comparaison

1 ère partie - Avant la libération, le contexte historique

Notions et principes à maîtriser

Sommaire. Séquence 7 Histoire. Thème 1 : La Seconde Guerre mondiale, une guerre d anéantissement,

Pour un programme anticapitaliste placé sous le signe des Etats-Unis socialistes et démocratiques d Europe

Enquête sur LES RELATIONS INTERNATIONALES APR ÈS 1945.

III) La Seconde Guerre mondiale (5)

«En avant les p tits gars» Chanté Par Fragson Mais que chantait-on en Décembre 1913, à quelques mois du déclenchement de la grande tragédie?

Ancienne gare de déportation de Bobigny. Rencontre avec les enseignants de Bobigny Connaître les ressources locales

# 6 : Lundi 6 janvier 2014 «FABRIQUER DES «HOMMES SUPERFLUS»»

La Seconde Guerre mondiale : guerre d anéantissement et génocide des Juifs et des Tziganes.

C était la guerre des tranchées

Chronologie comparée de la Shoah

Carrière des Fusillés Musée de la Résistance de Châteaubriant

Histoire Le Moyen-âge La société féodale

Guide des expositions temporaires. Service Educatif Édition 2015

Carnets d Orient POINTS FORTS. La série C

Chapitre 1 L historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale

Document Pourquoi ce discours de 1995 marque-t-il un moment important?

Leçon n 5 : «La Seconde Guerre Mondiale, une guerre d anéantissement ( )»

Le monde a besoin de paix en Palestine

Thème transversal au programme d histoire Les arts, témoins de l histoire du monde contemporain

La seconde guerre mondiale

Q : Quels sont les changements politiques engagés par le régime de Vichy?

Glossaire 3 : 3 Ressources :

Les Républicains Espagnols sous Vichy et l occupation

Brève histoire de l Holocauste aux Pays-Bas

CORRECTION BREVET BLANC 2

CHAPITRE 2 La Seconde Guerre mondiale : Guerre d anéantissement et génocide des juifs et des Tziganes.

PRÉFACE. représenter le roi ou la nation? Préface

COMPTE RENDU DU STAGE ACADEMIQUE AU MEMORIAL DE LA SHOAH A PARIS ET A CRACOVIE (I)

HISTOIRE / FRANCAIS CYCLE 3 TITRE : L UNION FAIT LA FORCE (1915), LA FRANCE ET SES ALLIÉS

Documents et pistes d utilisation sur le thème «les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale.

Hannah Arendt. Le système totalitaire

J ai droit, tu as droit, il/elle a droit

NATIONS UNIES. Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques

Tiken Jah Fakoly : Je dis non!

CLASSE DE PREMIERE GÉNÉRALE Commentaires des programmes Option Internationale franco-marocaine du Baccalauréat

Cimetière de Thiais Dimanche 30 août Chers camarades,

utilisés en faveur d un relativisme culturel, allant à l encontre de l universalité des droits de l homme,

Projet de loi n o 491

Analyse de la carte :

Déclaration universelle des droits de l'homme

LA FRANCE ET LES FRANÇAIS PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE

DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME ONU - 10 Décembre Texte intégral

ENSEIGNER LA DEPORTATION ET L EXTERMINATION

Questionnaire, visite de la prison de Montluc

COMPRENDRE CE QU EST L OTAN

Le XIX ème siècle. H8. L âge industriel

Une banque de données d ADN va aider à identifier les victimes de la dictature

Un an après les élections en Iran : l Union européenne face à la crise iranienne

HISTOIRE - GÉOGRAPHIE ÉDUCATION CIVIQUE

La liberté guidant le peuple sur les barricades

Les formes de la mobilisation politique

APRES TOUT ACTE DE MALTRAITANCE. 3. Elaboration des recommandations de pratique. 4. Diffusion au personnel des recommandations.

Dr Marcel Tenenbaum rescapé de la Shoah

RECOMMANDATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE N 13 DE L ECRI

Histoire - Géographie

QU EST- CE QU UNE CONSTITUTION

La vie de cour au château de Versailles avant la Révolution Française (1789)

DISCOURS MADAME SIMONE VEIL. Présidente de la FONDATION POUR LA MEMOIRE DE LA SHOAH

Commission de la défense nationale

, une nouvelle république

Transcription:

.Hƒ - GENÈSE ET AFFIRMATION DES RÉGIMES TOTALITAIRES. Introduction En Europe, au lendemain de la Première Guerre mondiale, apparaissent trois régimes politiques de type nouveau que les historiens et les philosophes qualifieront plus tard de «régimes totalitaires». Il s agit de l Italie sous Mussolini entre 1922 et 1945, de l URSS sous Staline entre 1924 et 1953 et de l Allemagne sous Hitler entre 1933 et 1945. Doc. 4 page 209 : «Caractéristiques communes et différences des régimes totalitaires» Consigne : À partir des caractéristiques énoncées par le philosophe français Raymond Aron, proposez une définition de ce qu on appelle un «régime totalitaire». Raymond Aron, philosophe français, propose cinq critères qui permettent de définir un «régime totalitaire». C est un régime qui se caractérise par : - un seul parti est autorisé (on parle de «parti unique») ; - l idéologie du parti unique devient l idéologie officielle de l État ; - l État détient le monopole des moyens de violence (pour assurer la répression politique) et propagande (pour diffuser son idéologie) ; - l État contrôle toutes les activités économiques et professionnelles ; - l État exerce une terreur policière et idéologique envers les résistants/opposants ; Problématique : Quels points communs et différences peut-on relever entre les trois régimes totalitaires, à la fois dans leur mise en place et leur fonctionnement? I. La mise en place des régimes totalitaires A. En Russie, l impact de la révolution d octobre et de la guerre civile Frise page 188 : «Des révolutions de 1917 à la dictature de Staline» Doc. 5 page 189 : «Staline se présente comme le successeur de Lénine» Doc. 3 page 207 : «Staline efface jusqu au souvenir de ceux qu il élimine» Consigne : Confrontez les documents afin de raconter comment un régime totalitaire a pu s installer en Russie-URSS. Vous insisterez sur le contexte historique qui a mené à la mise en place de ce régime totalitaire et sur les moyens employés par Staline. En octobre 1917, une révolution éclate en Russie lors de laquelle les bolcheviks (nom des communistes en Russie) prennent le pouvoir : Lénine est à la tête du pays et impose une dictature. La guerre civile oppose entre 1918 et 1920 les «rouges» (camp des communistes) aux «blancs» (camp des partisans de l ancien régime impérial). Elle se solde par une victoire des rouges et l instauration de la «terreur rouge» (politique de répression envers ceux que les communistes considèrent comme des ennemis). En 1924, Lénine meurt et une bataille de succession s engage entre les leaders communistes. Staline parvient à s imposer dans cette guerre de succession en deux temps. Il prend d abord la tête du PCUS (nom du parti communiste d URSS) en 1924 puis il élimine politiquement et physiquement tous ses concurrents avant de s imposer définitivement à la tête de l État soviétique en 1928. Par exemple, Trotski, le bras droit de Lénine, qui constituait le plus sérieux concurrent pour Staline, est chassé du gouvernement en 1924, du PCUS en 1927 et banni d URSS en 1929. Il se cache au Mexique mais est finalement assassiné par les services secrets soviétiques sur ordre de Staline en 1940. Bien d autres seront éliminés (Zinoviev, Kamenev, Beria et certains jusque dans les années 1950 alors qu il n y avait plus de menaces réelles pour le pouvoir de Staline). La prise du pouvoir de Staline est donc non seulement illégale (puisque Lénine déjà avant lui tenait son pouvoir d une révolution lors de laquelle il avait pris le pouvoir par la force) mais elle est, en plus, violente puisqu elle passe par l élimination politique et physique de ses concurrents au sein même du PCUS. 1

B. En Italie, les frustrations liées à la «victoire mutilée» et aux révoltes Frise page 190 : «En Italie et en Allemagne, des totalitarismes nés de la guerre et» Doc. 3 page 187 : «Frustration nationale et crise sociale (1919)» Doc. 1 page 190 : «Mussolini obtient le pouvoir lors de la marche sur Rome» Consigne : Confrontez les documents afin de raconter comment un régime totalitaire a pu s installer en Italie. Vous insisterez sur le contexte historique qui a mené à la mise en place de ce régime totalitaire et sur les moyens employés par Mussolini. En 1919, lors de la signature du traité de Versailles, l Italie est parmi les vainqueurs. Elle, qui avait commencé la guerre aux côtés de l Allemagne et de l Autriche-Hongrie, a rejoint la France et le Royaume-Uni en 1915 parce qu ils lui avaient promis des territoires. La promesse faite par les Français et les Britanniques est partiellement tenue en 1919 : l Italie reçoit le Tyrol du Sud, le Trentin et l Istrie mais elle n obtient pas Fiume, la Dalmatie et la Valona (où vivent d importantes minorités italophones). Une partie des Italiens se sent trahie : elle dénonce une «victoire mutilée». En 1919, l Italie connaît des grèves dans les usines et dans les grandes exploitations agricoles. Pour casser ces grèves, Mussolini met à disposition des patrons la milice (groupe armé non officiel) qu il a fondée en 1919 : les «faisceaux de combat». Grâce à cela, Mussolini obtient la confiance des catégories dirigeantes et organise un coup de force : le 28 octobre 1922, il fait défiler les fascistes dans les rues de Rome : c est la «marche sur Rome». Le roi Victor Emmanuel III prend peur et nomme Mussolini Premier ministre. L arrive au pouvoir de Mussolini est donc légale : il a été investi de ses fonctions par le roi d Italie, conformément à la constitution d alors. C. En Allemagne, les traumatismes liés à la défaite et à la crise économique Frise page 190 : «En Italie et en Allemagne, des totalitarismes nés de la guerre et» Doc. 4 page 187 : «Une Allemagne amoindrie et qui se sent humiliée» Doc. 5 page 193 : «La percée du NSDAP après la crise de 1929» Consigne : Confrontez les documents afin de raconter comment un régime totalitaire a pu s installer en Allemagne. Vous insisterez sur le contexte historique qui a mené à la mise en place de ce régime totalitaire et sur les moyens employés par Hitler. Le 9 novembre 1918, l empereur Guillaume II abdique et la République est proclamée. Le 11 novembre, celle-ci signe l armistice, ce qu une partie des Allemands n accepte pas car le territoire n est pas envahi. Le 28 juin 1919, l Allemagne signe le traité de Versailles qui impose des conditions très dures : perte de 20% du territoire (qui est coupé en deux pour permettre la création de la Pologne), démantèlement de la flotte militaire, occupation française des régions minières de la Sarre et versements de 132 milliards de marks-or au titre des dommages de guerre. Une grande partie des Allemands considère que ce traité est un «diktat» (décision imposée). Le traité de Versailles plonge l Allemagne dans une sévère crise économique et sociale qui s amplifie avec la crise de 1929. Dans ce contexte, le NSDAP, qui n est encore qu un minuscule parti, tente un coup d État à Munich en 1923 (mais il échoue et Hitler est emprisonné jusqu en 1928). L inflation et le chômage augmentent pendant les années 1920 et 1930. À sa sortie de prison, Hitler réorganise le NSDAP et le lance dans le jeu électoral. Il oriente son discours vers les frustrations du traité de Versailles et les effets de la crise : en 1928, le parti ne recueillait que 2,6% des voix aux législatives ; en 1932, il est la première force politique allemande avec 43,9% des voix. Le 30 janvier 1933, le Président de la République, le maréchal Hindenburg, nomme Hitler chancelier (chef du gouvernement). L arrivée au pouvoir des nazis est donc légale et démocratique. Les régimes totalitaires naissent des conséquences de la Première Guerre mondiale : des troubles qu elle génère, des frustrations ou des traumatismes qu elle induit et qui constituent un terreau favorable à leur mise en place. 2

II. Des régimes qui présentent certains points communs Point méthode : Différencier un argument et d un exemple et savoir les choisir : - tout paragraphe, dans une composition, se compose d un argument et d un exemple ; - un argument est une idée générale qu on affirme et qui ne donne pas de détails ; - un exemple est un élément illustrant l argument, venant prouver que celui-ci est vrai ; - en histoire, on peut puiser des exemples dans trois rubriques : o les événements : préciser ce qui s est passé, quand, où et avec qui ; o les chiffres : préciser l unité et la période concernée ; o les personnes : préciser son nom, sa fonction et ce qu elle a fait/dit ; A. Des régimes où un seul parti et un seul chef triomphent Doc. 5 page 191 : «L instauration du totalitarisme nazi (1933)» Doc. 2 page 194 : «Hitler mène le combat pour l Allemagne» Consigne : À partir de l exemple allemand, montrez que les régimes totalitaires sont à la solde d un seul parti et d un seul chef tout puissants. Dans les régimes totalitaires, un seul parti est autorisé : la démocratie (quand elle existait) est donc mise à mort puisqu il n y a plus de pluralisme politique (possibilité de choix entre plusieurs partis). En Allemagne, tous les partis politiques sont interdits et dissouts entre février et juin 1933 : ne demeure que le NSDAP dont le symbole est la croix gammée (symbole solaire indien repris par les nazis pour en faire leur emblème). Par ailleurs, le chef a un rôle tout puissant : Hitler, qui est chancelier depuis janvier 1933, cumule cette fonction avec celle de Président à la mort d Hindenburg en août 1934. Dans la propagande officielle, il est présenté comme le «guide» (c est le sens du mot Führer) et fait l objet d un culte de la personnalité (politique de propagande mettant en valeur le chef dans un régime totalitaire) : il est présenté en chevalier sauvant l Allemagne, on vante ses immenses mérites (il est déterminé, il est fort ). Ces caractéristiques se retrouvent également en Italie et en Russie-URSS. En Italie, seul le parti national fasciste (PNF) est autorisé à partir de 1925 (au moment de l adoption des «lois fascistissimes» qui transforment la monarchie italienne en une véritable dictature). Mussolini que l on appelle le «Duce» (le guide) fait lui aussi l objet d un véritable culte de la personnalité : «Mussolini a toujours raison» peut-on lire sur les affiches de propagande. En Russie-URSS, depuis la révolution d octobre 1917, seul le parti communiste est autorisé (tous les autres ont été dissouts). De plus, Staline (mais déjà Lénine avant lui) fait l objet d un culte de la personnalité : il est surnommé le «Vodj» (guide) ou le «Petit père des peuples». B. Des régimes où la population est embrigadée et endoctrinée Doc. 5 page 203 : «Des Italiens embrigadés dès le plus jeune âge» Doc. 1 page 194 : «Appel à voter oui à un plébiscite en faveur de Mussolini (1934)» Consigne : À partir de l exemple italien, montrez que les régimes totalitaires embrigadent et endoctrinent leur population dès le plus jeune âge. Dans les régimes totalitaires, la population est embrigadée (encadrée et contrôlée par des structures collectives dirigées par le parti et l État) dès le plus jeune âge. En Italie, la jeunesse est intégrée de force dans des organisations fascistes de 4 à 21 ans (les «Fils et les Filles de la Louve» de 4 à 8 ans, les «Balilas» de 8 à 14 ans). Ces organisations ont pour but de faire intégrer l idéologie du régime aux enfants et de les entraîner à des exercices militaires : il s agit donc de «fabriquer» de futurs Italiens qui soutiendront le régime quoi qu il arrive. Mais cet encadrement de la population ne se limite pas à la jeunesse. Tout au long de la vie, la population est endoctrinée par la propagande (action consistant à diffuser l idéologie d un régime politique pour influencer l opinion publique) : sous Mussolini, d immenses affiches (le représentant au centre) appellent à voter «oui» à un plébiscite qu il organise (l affiche recouvre la façade d un immeuble). 3

Ces procédés se retrouvent également en Russie-URSS et en Allemagne. En Russie- URSS, les structures d encadrement de la jeunesse les plus célèbres s appellent les «Komsomols» et le recours à la propagande stalinienne est systématique (par des affiches notamment mais aussi par le seul journal autorisé, la Pravda). En Allemagne, les organisations d encadrement de la jeunesse les plus connues sont les «Jeunesses hitlériennes» et le recours à la propagande est permanent, via l action du ministre de l information et de la propagande, Joseph Goebbels. C. Des régimes où la police politique exerce une terreur de masse Doc. 2 page 207 : «Des accusations fabriquées par la police» Doc. 3 page 203 : «Le Goulag stalinien» Consigne : À partir de l exemple soviétique, montrez que les régimes totalitaires exercent une terreur de masse par le biais de leur police politique. Dans les régimes totalitaires, une terreur de masse est exercée. La police politique est omniprésente et a une efficacité redoutable. En Russie-URSS, cette police politique s appelle le NKVD : elle fabrique de fausses preuves, procède à des arrestations arbitraires, torture, déporte, exécute sans aucun jugement Le règne du droit disparaît et la terreur frappe de manière aveugle et arbitraire : elle peut s abattre sur n importe qui, n importe quand. L outil répressif stalinien est complété par un réseau de camps de travaux forcés, le Goulag, où sont déportés les ennemis du régime (les opposants et les suspects). Ils sont utilisés comme main-d œuvre gratuite pour de grands travaux (percement de canaux, exploitation de mines, construction de villes ) dans des conditions effroyables : ils meurent d épuisement et de mauvais traitements. Cet arsenal répressif existe aussi en Italie et en Allemagne. En Italie, la police politique (appelée OVRA) est l instrument privilégié de la terreur politique et le camp de Lipari (sur une minuscule île méditerranéenne) sert à déporter les opposants politiques. En Allemagne, la police politique (appelée Gestapo) procède aux arrestations, aux tortures et aux assassinats. Les opposants politiques (socialistes, communistes) et les Juifs sont déportés dans des camps de travaux forcés, dont le premier, situé à Dachau dans la banlieue de Munich, est ouvert en juillet 1933. Les régimes totalitaires présentent des caractéristiques communes : le monopole de l exercice du pouvoir par un parti et un chef, l embrigadement et l endoctrinement des populations et l usage de la terreur de masse. III. Des régimes qui présentent néanmoins des différences A. Des régimes aux idéologies incomparables Doc. 1 page 200 : «Le parti au service du prolétariat en URSS» Doc. 3 page 200 : «La primauté de l État selon l idéologie fasciste» Doc. 5 page 201 : «L Aryen et le Juif selon un livre nazi pour enfants» Consigne : Résumez chaque projet totalitaire en mettant en évidence la notion au cœur de chaque idéologie totalitaire puis confrontez les documents afin de montrer que ces trois idéologies sont aux antipodes les unes des autres. En URSS, l idéologie met en avant le rôle du PCUS comme moyen d exercice du pouvoir par le peuple : c est ce que les communistes appellent la «dictature du prolétariat» (régime où le pouvoir est exercé de façon violente et autoritaire par le prolétariat, c est-à-dire les ouvriers et les petits paysans exploités par la bourgeoisie). L objectif final de cette dictature est l avènement d une société sans classes (expression communiste désignant les groupes au sein d une société : prolétaires et bourgeois) par la destruction de la bourgeoisie (classe sociale à éliminer selon les communistes car elle possède les moyens de production donc d exploitation du prolétariat). Le stalinisme est donc un totalitarisme d extrême gauche centré sur la dictature du prolétariat. 4

En Italie, l idéologie met en avant le rôle de l État en tant qu autorité politique et morale suprême sur les individus, qui doivent se plier à cette autorité. Pour Mussolini, l État fasciste ne se conçoit donc pas comme une somme d individus ayant des droits : en cela, l État fasciste est fondamentalement antidémocratique. Derrière cette idéologie, se cache chez Mussolini la volonté de restaurer la grandeur de l Italie, comme à l époque de l Empire romain : il veut recréer une «mare nostrum» (nom latin donné à la mer Méditerranée par les Romains dans l Antiquité) en procédant à des conquêtes militaires : en 1936, par exemple, il envahit et annexe l Albanie puis la Lybie et l Éthiopie afin de prendre pieds sur les deux rives de la Méditerranée. Le fascisme est donc un totalitarisme d extrême-droite centré sur la grandeur, sur la primauté de l État. En Allemagne, l idéologie met en avant la supériorité de la race aryenne vis-à-vis des races dites «inférieures» (dont les Juifs). L Aryen est forcément fort et pur alors que le Juif est corrompu est nuisible : il met en danger la pureté de la race aryenne car il est perçu comme un parasite qui s infiltre dans le corps social. L idéologie nazie est donc fondamentalement raciste (adjectif désignant la conviction de l inégalité des races) et plus particulièrement antisémite (adjectif désignant la haine des juifs). Le nazisme est donc un totalitarisme d extrême-droite centré sur l inégalités des races. B. Des régimes où l usage de la terreur est différent Point méthode : Trouver un plan pour organiser un devoir : - votre devoir doit être structuré autour d un plan comportant des parties (I, II voire III) et des sous-parties (A, B voire C) ; - en histoire, plusieurs «plans types» reviennent fréquemment : o le plan chronologique : il consiste à «découper» des phases au sein d une période (quand le sujet est «encadré» par deux dates) ex : «L URSS sous Staline de 1924 à 1953» o le plan thématique : il consiste à présenter un phénomène sous plusieurs aspects : politique, culture, économique, social ex : «L Allemagne en 1933» o le plan dialectique : il consiste à discuter le sujet de manière nuancée (I. Oui ; II. Mais ou I. Non ; II. Mais ). Il est plus rare en histoire mais convient quand le sujet est formulé de façon interrogative : ex : «Les régimes totalitaires sont-ils comparables?» Doc. vidéoprojeté : «Les moyens et le bilan de la terreur totalitaire» Consigne : Confrontez les documents afin de montrer que l usage de la violence par les trois régimes totalitaires n est pas identique. Si certains moyens de terreur sont identiques dans les trois régimes totalitaires (police politique, camps pour les opposants ), certains différent. Il semble que l Allemagne nazie et l URSS aient été les régimes les plus «violents». Sous Staline, on a laissé mourir de faim des Ukrainiens en 1932, on a déporté des peuples entiers (pour les envoyer dans les camps du Goulag ou simplement pour les déplacer sur le territoire soviétique). Sous Hitler, les violences se sont dirigées vers les opposants politiques (surtout de gauche), qui étaient envoyés dans des camps de concentration (camps de travaux forcés réservés aux opposants politiques et, au début, aux Juifs) et les Juifs qui ont été discriminés (afin qu ils quittent l Allemagne d eux-mêmes), qui ont fait l objet de violences lors de pogroms (campagnes de violences organisées avec la complicité de l État à l encontre d une communauté) puis d une extermination systématique dans les six centres d extermination polonais à partir de la fin 1941. Sous Mussolini, la terreur «se limitait» à des arrestations, à des tortures, à des déportations (dans le camp de Lipari) ou à des exécutions sommaires d opposants politiques, comme ce fut le cas pour le député socialiste Matteotti en 1924. 5

En fin de compte, la terreur totalitaire n a pas produit le même bilan humain dans les trois régimes. Le stalinisme est de loin le régime le plus meurtrier avec plus de 20 millions de victimes (toutes catégories confondues). Vient ensuite le nazisme, avec près de 7 millions de victimes (dont l immense majorité est juive) puis le fascisme Italie dont le nombre de victimes s élève à quelques milliers de personnes (il faut dire que les Juifs italiens ont été protégés par Mussolini pendant presque toute la guerre). C. Des régimes où le rapport à la guerre n est pas le même Doc. vidéoprojeté : «Le rapport des totalitarismes à la guerre» Consigne : Analysez la carte afin de montrer que les trois régimes totalitaires n entretiennent pas le même rapport à la guerre. L Italie fasciste et l Allemagne nazie sont des États agressifs. Pour Mussolini, l annexion de l Albanie, de la Libye et de l Éthiopie vise à reconstituer la «mare nostrum» antique. La dénonciation de cette politique par les États membres de la SDN le pousse à quitter l organisation et à se rapprocher de l Allemagne : en 1936, Mussolini et Hitler signent le «pacte d acier Rome-Berlin» qui scelle leur alliance diplomatique et militaire. Hitler, lui aussi, se montre agressif avec ses voisins, notamment les territoires situés à l Est de l Allemagne (dans lesquels vivent d importantes communautés germanophones) : il annexe l Autriche en 1937, les Sudètes en 1938 et la Bohême-Moravie en 1939 sans que les démocraties occidentales ne bougent vraiment (par peur de devoir déclencher une guerre dans laquelle elles n ont pas envie de se lancer). En 1939, juste avant le déclenchement la Seconde Guerre mondiale, Staline et Hitler se rapprochent : ils signent le 25 août le «pacte de non-agression germanosoviétique» qui prévoit qu aucun des États ne devra attaquer l autre (et qui prévoit en secret le démantèlement et la partage de la Pologne). Lorsque débute la Seconde Guerre mondiale, les trois régimes totalitaires sont donc dans le même camp. Mais la situation change en 1941. L Allemagne rompt le pacte de non-agression et attaque l URSS : l URSS se retourne contre l Allemagne et rejoint le camp des Alliés occidentaux (aux côtés des Etats-Unis et du Royaume-Uni). C est d ailleurs l armée soviétique qui, après la défaite de l armée allemande à Stalingrad en 1943, contribue le plus au recul des troupes allemandes et à la capitulation du Reich. Cependant, les régimes totalitaires présentent des caractéristiques incomparables : leurs idéologies n ont absolument rien à voir, ce qui justifie par conséquent un usage de la terreur et un rapport à la guerre très différents. Conclusion Bien qu ils présentent des points communs, les trois régimes totalitaires ne sont pas entièrement comparables car ils présentent également d importantes différences. Pour cette raison-là, il est préférable de parler de «régimes totalitaires» au pluriel que d utiliser le concept de «totalitarisme» au singulier qui laisserait penser que ces régimes sont similaires. Points communs - des régimes antidémocratiques où un seul parti est autorisé et où le chef est glorifié - des régimes qui embrigadent et endoctrinent leur population - des régimes qui ont recours à une terreur de masse Différences - des projets idéologiques très différents - un degré de violence inégal entre les trois régimes totalitaires - un rapport à la guerre qui est différent 6