Bataille des Frontières Bataille de Rossignol (Belgique) 22 août 1914 Madeleine Roux 1er octobre 2014
Les alliances en 1914
Avant guerre Plans d'attaque : Allemand : plan SCHLIEFFEN modifié MOLTKTE (invasion de la Belgique) Français : plan XVI (MICHEL) puis plan XVII (JOFFRE, «combat offensif»)
Les forces en présence le 3 août 1914 Vont être massées de part et d'autre de la frontière : Cinq armées françaises (numérotées de 1à 5 de l'est à l'ouest Sept armées allemandes (numérotées de 1 à de l'ouest à l'est
ARMEES FRANCAISES 1ère armée:(dubail) 2ème armée : (CASTELNAU) 3ème armée : (RUFFEY) 4ème armée:(langle de CARY) 5ème armée : (LANREZAC)
Organigramme armée française (suite) En 1914, 173 régiments d'active, effectif réglementaire 113 officiers et 3 226 hommes de troupe. 3 bataillons par régiment comprenant chacun 4 compagnies de 250 soldats environ. Compagnie : 4 sections commandées par lieutenant ou sous-lieutenant. Exceptions : le Corps colonial a 3 divisions (DIC), régiments (RIC) et 1er RACC (artillerie)
Armée allemande Organisation : 8 armées : 1ère armée : mission attaquer Liège, Bruxelles, Mons 2ème armée : mission attaquer Liège et Charleroi 3ème armée: von HAUSEN, mission attaquer Dinant 4ème armée : von WÜRTEMBERG, mission attaquer Arlon et Neufchâteau 5ème armée : KRONPRINZ, von KNOBELSDORF, mission attaquer par Longwy, investir Verdun 6ème armée : défense entre Metz et les Vosges 7ème armée : défense des Vosges et de l'alsace 8ème armée : défendre la Prusse orientale
Armée allemande Organigramme(détail) 4ème armée (WURTEMBERG, von LÜTTWITZ) 6ème corps (11ème et 12ème ID) ( interviendra à Rossignol) 8ème corps (15ème et 16ème ID) 18ème corps (21ème et 25ème ID) 8ème corps de réserve (15ème et 16ème ID de réserve) 18ème corps de réserve (21ème et 25ème ID de réserve)
Armée allemande- Organigramme(détail,suite) 5ème armée (KRONPRINZ, von KNOBELSDORF) 5ème corps(9ème ID, 10ème ID) 13ème corps(26ème ID, 27ème ID) 16ème corps((33ème ID, 34ème ID) 5ème corps de réserve(9ème ID de réserve,,10ème ID de réserve) 6ème corps de réserve(11ème IDde réserve, 12ème ID de réserve) 4ème corps de cavalerie
Premiers engagements Selon le plan Schlieffen, la Belgique qui refuse le libre passage à l'armée allemande, est attaquée. Assauts sur Liège, qui se défend, mais tombe le 16 août, Attaque française en Alsace (Altkirch, Mulhouse) à partir de Belfort,Premier échec. Deuxième tentative. Echec Attaque française en Lorraine déclenchée le 14 août. Violente contre-attaque allemande le 20 août.
La bataille des frontières (21 août)
Le plan de Joffre Joffre, persuadé que l'armée allemande, engagée sur ses deux ailes (Belgique, Lorraine) a dû pour ce faire dégarnir son centre qui sera ainsi plus vulnérable, décide d'attaquer au centre. L'offensive est décidée le 18 août. La pièce maîtresse du dispositif est la 4ème Armée (de LANGLE de CARY) comprenant le 12ème corps, le 17ème corps, le corps colonial, le 2ème corps et renforcée par le 11ème corps venant de la 5ème Armée et le 9ème venant de la 3ème Armée. Les six corps avanceront sur une ligne d'environ 40 km, de Givet à Virton.
Ordre particulier n 16 à la 4ème Armée le 21 août,7h25 Orientez dès aujourd'hui vos colonnes sur le front général indiqué sur mon ordre d'hier 20 août... Demain 22, le mouvement se poursuivra en direction sud,nord,votre droite marchant par Rulles, Léglise, Ebly, Nives... La IIIème armée marchera en échelon refusé à votre droite. L'ennemi sera attaqué partout où on le rencontrera Le général commandant en chef J.JOFFRE La dernière phrase sera reprise aveuglément du haut en bas de la hiérarchie,
Attaque prévue par le plan Joffre La 4ème Armée, centre du dispositif, est appuyée sur son L flanc droit par la 3ème Armée. Le Corps colonial devra se porter dans la région de Neufchâteau en deux colonnes : la 5ème brigade par Suxy, en traversant la forêt de Chiny, la 3ème DIC par Rossignol. On ne devrait rencontrer que quelques patrouilles de cavalerie allemande, il ne faut donc pas se laisser distraire. On doit avancer et on va cantonner à Neufchâteau.
LeCorps colonial La Coloniale blanche Infanterie coloniale et artillerie coloniale sont des troupes recrutées en métropole et composées en majorité d'engagés. L'uniforme est gris-bleu (pas de pantalon rouge), les boutons sont marqués d'une ancre et la boucle de ceinturon est carrée, les «MARSOUINS» sont des fantassins, les «BIGORS» sont des artilleurs. Beaucoup ont déjà connu l'épreuve du feu. Il est considéré comme un corps d'elite.
Le Corps colonial (organigramme) Commandé par le général LEFEVRE, trois DIVISIONS de chacune 2 brigades : 1ère DIC:( général GOULLET) : 5ème brigade (21ème et 23ème RIC) et 2ème brigade (restée dans le Midi) 2ème DIC(général Paul LEBLOIS):4ème brigade(4ème et 8ème RIC) et 6ème brigade(22ème et 24ème RIC) 3ème DIC(général RAFFENEL):1ère brigade (général MONTIGNAULT) : 1er RIC et 2ème RIC ; 2ème brigade(général RONDONY) : 3ème RIC, 7ème RIC Artillerie divisionnaire : 2ème R.A.C.C. (colonel GUICHARDMONGUERS
Uniforme Infanterie coloniale
Uniforme Infanterie coloniale
En route...vers Neufchâteau... Les éléments d'une troupe se déplacent, en 1914 Soit tirés par des chevaux (artillerie, munitions, vivres et ce ne sont pas des véhicules «tous-terrains» Soit à pied pour l'infanterie En colonne, par 4 sur les routes étroites, 50 minutes de marche, 10 minutes de repos, on repart...marches quotidiennes pouvant atteindre 40 km. Compte tenu des distances réglementaires, un régiment s'étire sur 1km500 environ, une division sur 12 à 15 km. Dans cette formation, la 3ème DIC va faire route vers Neufchâteau
ENTRE ARLON ET NEUFCHATEAU
NEUFCHATEAU ET ENVIRONS
Du 20 au 22 août La 1ère brigade coloniale est partie de Chauvency le Château, marche de nuit, arrive à Meix-devant-Virton au point du jour. Doivent en repartir à 6h du soir, après une journée de manœuvres, pas le temps de préparer des aliments ni de distribuer des vivres, Journée très chaude, puis orage et pluie. Marche vers Saint-Vincent, arrivée vers minuit (1er RIC) et Gérouville (2ème RIC et artillerie divisionnaire) Le 2ème RIC devra passer à La Soye le 22 août à 4h45 (à peine 3h de sommeil? («nous marchions en dormant, comme les chevaux»,) et atteint (il est tête du «gros») Saint Vincent vers 6h, s'engageant vers Rossignol
ROSSIGNOL ET ALENTOURS
Situation de Rossignol Village belge wallon, situé à peu près à égale distance de Givet et de la frontière luxembourgeoise et à une vingtaine de km de la frontière française. La population est francophone et était francophile en 1914 Pays vallonné, très boisé, nombreux ruisseaux A environ 3km de la Semois, affluent de la Meuse
Du côté allemand deux divisions du 6ème Corps silésien sont en marche La 11ème division d'infanterie(xi ID)composée de la 21ème brigade (10ème Grenadier, 38ème Fusilier), de la 22ème brigade (11ème Grenadier, 51ème Fusilier, de la brigade d'artillerie (6ème AR, 42ème AR), 11ème Chasseurs à cheval La 12ème division (XII) composée de la 24ème brigade (23ème Fusilier, 62ème Fusilier) de la brigade d'artillerie (21ème AR, 57ème AR), du 3ème régiment de uhlans, Pour couvrir le flanc droit du Vème corps devant attaquer au sud, le 6ème corps dirige sa 12ème division vers la Semois, en empruntant la route Neufchâteau-Rossignol, et sa 11ème division sur Tintigny, en passant par Mellier, Marbehan, Harinsart. Le mouvement a été décidé dans la nuit du 21 au 22 et mis immédiatement à exécution,
Pont sur la Semois franchi par le gros de la 3ème DIC vers 6h3o (en jaune unités françaises, en bleu unités allemandes)
Rossignol vers Neufchâteau. Entrée de la forêt
La rencontre Pendant que les Allemands vont vers Rossignol et doivent bien s'attendre à rencontrer les Français, ceux-ci, par la même route, vont à l'inverse, vers Neufchâteau, mais avec quelques heures de retard Le peloton de cavalerie du 6ème Dragons entre en premier dans la forêt, route droite, montante sur plus d'un kilomètre : ils sont accueillis par un feu de mitrailleuses intense depuis le haut dela côte, les bas-côtés sont occupés par des tirailleurs ( fantassins du 157ème RI, avant-garde de la XIIème ID qui avaient eu le temps de préparer des positions fortifiées dans la forêt). Les dragons refluent, la tête de l'avant-garde française est déployée à droite et à gauche de la route, la cavalerie doit mettre pied à terre. Conformément aux ordres reçus, le Lieutenant-Colonel VITART engage le 2ème bataillon du 1er RIC pour forcer, sans succès, le passage, il est lui-même gravement blessé à la main, plusieurs officiers tombent,lutte très violente,fortes pertes dans les troupes exposées aux feux d'enfilade, Mouvement de recul général, arrêté par l'énergie des officiers et du Lt-Colonel VITART, malgré ses blessures. Le 2ème RIC atteint vers ce moment Rossignol. Le porteur du message informant le QG du Général RAFFENEL est tué en route
Environs de Rossignol vers 8h30
La suite après 9h30 Du côté allemand arrive le 63ème RI prussien dont les batteries prennent position, Les Allemands progressent sans cesse par les ailes, les troupes qui résistent dans le bois risquent d'être enveloppées complètement...mais le général RAFFENEL, après avoir engagé les 3 bataillons du 1er RIC, donne quand même l'ordre d'engager les 1er et 2ème bataillons du 2ème RIC(mon père, 5ème Compagnie, est dans le 2ème bataillon) : on DOIT passer puisque, selon le général, il ne s'agit que de quelques patrouilles. Vers 10h30, le pont sur la Semois à Breuvannes est détruit par l'artillerie allemande tirant depuis Marbehan (11ème ID). Une partie du 3ème RIC est bloquée au sud de la Semois. Vers 11h, des shrapnels lancés depuis Tintigny éclatent à Rossignol, La droite de la 3ème DIC n'est pas protégée : le 4ème corps de la 3ème armée (qui aurait dû couvrir le 2ème corps de la 4ème armée) est bloqué dans des combats à ETHE, et le 2ème corps de la 4ème armée qui devait couvrir la 3ème DIC est engagé à Bellefontaine dans une lutte qui durera toute la journée
Rossignol vers midi
Encerclés A midi le 3ème bataillon du 3ème RIC (le seul qui ait pu passer ava la destruction du pont de Breuvannes) arrive dans Rossignol. Mais dans le village, les troupes françaises doivent faire face : Au nord, au 2ème Uhlans, au 1/57 AR (brigade d'artillerie) à 1 bataillon du 62 IR, au 157ème IR (6ème Corps) 12ème ID A l'ouest, 21 AR (brigade d'artillerie), 63ème IR(flanc-garde de la 12ème ID) Au sud-est : 10ème Grenadiers, 11ème Grenadiers,51 IR, 6 AR (brigade d'artillerie), 38 IR, 11ème DI( von WEBERN) La 3ème DIC française est prise en tenaille entre les 11ème et 12ème ID allemandes Elle se replie dans ROSSIGNOL mis en état de défense
La défense et la lutte Deux batteries d'artillerie du 2ème RACC au nord et au sud du village Des cavaliers (6ème Dragons, 3ème Chasseurs d'afrique) qui vont combattre à pied Section de mitrailleuses au sud Infanterie répartie au nord, au sud, à l'est Postes de secours : le principal dans le parc du château et dans le château et trois autres. Le PC au sud (mais le général Raffenel s'en éloigne...et disparaît Le village a été mis en état de défense par le Génie
L' agonie...la fin On attend toujours l'aide du 2ème corps, qui n'arrivera pas. Un espoir du côté du sud : dégager une issue pour permettre un retrait. Attaque du 22ème RI (initiative du général LEBLOIS, 2ème DIC) à Termes, qui semble réussir, mais...annulée par le général LEFEVRE chef du Corps Colonial. Plus d'espoir... Les tirailleurs allemands ont investi les bois. Peu avant 17h, intense préparation d'artillerie allemande, dont l'infanterie envahit le village.ultimes combats, qui font aussi des victimes dans les rangs des fantassins allemands. Mais la lutte est trop inégale, les munitions s'épuisent. A 19h, fin de la lutte l'ennemi est maître de Rossignol (voir le récit du Commandant Moreau)
La suite... Les prisonniers sont regroupés dans une prairie au nord du village le «Camp de la Misère. Les Allemands y joignent une centaine de civils belges, accusés d'être des «francs-tireurs». Les blessés ont été entassés dans le château et le parc Les civils belges seront transportés à Arlon (wagons à bestiaux ) et fusillés le 26 août le long d'un talus de chemin de fer dans des conditions particulièrement ignobles. Les prisonniers seront le 25 août, envoyés en Allemagne (mon père sera envoyé à Lechfeld, en Bavière) Pertes : le 24 août, d'après les JMO la 1ère Brigade ne compte plus que 400 hommes et 3 ou 4 officiers., soit pour le 1er RIC 2500 tués, blessés ou disparus, et pour le 2ème RIC 2850. Deux généraux tués (Raffenel, Rondony), un général prisonnier (Montignault). La plupart des offciers sont tombés. Pour la 3ème brigade : 3ème RIC 42 officiers et 2005 hommes de troupe blessés, tués ou disparus
Le «Camp de la Misère» La prairie et la «Pieta»
Monument aux Coloniaux à Rossignol à l'entrée de la forêt
Le camp de Lechfeld
Raisons de la défaite et suites Défaite sanglante : pouvait-elle être évitée?probablement pas. Le renseignement (et espionnage) français était insuffisant : on ignorait les ressources exactes de l'armée allemande, et son recours à ses réserves. Les renseignements recueillis par les patrouilles françaises ont été mal transmis ou ignorés, de même que ceux fournis par une population pourtant francophile. Les patrouilles allemandes par contre (uhlans) actives et efficaces. La hiérarchie rigide de l'armée française entraînait une transmission lente des infos et des ordres, avec des moyens de communication parfois rudimentaires. Et...la malchance qui semble s'être acharnée sur la 3ème DIC Une succession de revers sur tout le front entraînera un repli français stoppé par la bataille de la Marne. Mais le front restera pratiquement stabilisé (tranchées) jusqu'au printemps de 1918
Quelques références pour en savoir plus E.LABAYLE, J.L.PHILIPPART. Rossignol 22 août 1914. Journal du Commandant Jean MOREAU (ANOVI, juin 2002) (précieux témoignage vécu ) J.M.STEG. Le jour le plus meurtrier de l'histoire de France 22 août 1914 (Fayard, octobre 2013) (charge Joffre) J.C.DELHEZ. La bataille des frontières. Joffre attaque au centre 22-26 août 1914 (ECONOMICA, mai 2013) (l'auteur né à Arlon connaît bien le pays. Il tente de dédouaner Joffre en chargeant ses généraux. Avantage : Solide documentation du côté allemand. J.M.O. : 1er corps colonial (26N237/1) ; 1ère brigade coloniale (26N552/1) ; 3ème brigade coloniale (26N552/7). Le combat pour Rossignol. Le Chtimiste http:www.chtimiste.com/batailles1418/combats/rossignol.htm De LANGLE de CARY Les raisons du désastre : http:www.rossignol.free.fr/delangledecary.htm Médecins de la Grande Guerre.La bataille et le massacre de Rossignol (document belge) : http://www1914-1918.be/rossignol.php 41