HISTOIRE DES BANQUES FRANCAISES



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Les sagas de la finance HISTOIRE DES BANQUES FRANCAISES La Banque de France : De l'institut d'émission à la sentinelle de la stabilité des prix Si depuis l'avènement de l'euro et l'instauration de la Banque centrale européenne, la Banque de France est privée de tout pouvoir réel sur la politique monétaire, elle restera encore plus longtemps, dans la mémoire collective, un symbole fort de l'histoire économique de notre pays. Elle a en effet, pendant deux siècles, constamment veillé à ce que la circulation monétaire et l'organisation bancaire permettent, quels que soient les évènements, de sauvegarder la valeur du franc. La Banque de France est à l'origine une banque commerciale. Très rapidement, elle reçoit le monopole de l'émission de billets. En contrepartie de cette faveur, elle doit venir en aide aux différents gouvernements pour la recherche de fonds, d'abord pour financer les guerres, puis pour faire face à des dépenses de toute nature. Ce privilège explique les relations souvent difficiles que la Banque de France a toujours entretenues avec les autorités politiques, avec pour issue l'indépendance institutionnelle qui lui est accordée en 1994. Entre-temps, les responsabilités de la Banque de France se sont considérablement accrues : elle est devenue banque des banques, chargée d'assurer, à tout moment, la liquidité du système bancaire. Elle est aussi régulatrice du stock de monnaie en circulation quand la politique monétaire est devenue un pan essentiel de la politique économique. La volonté de Bonaparte Lorsque Bonaparte arrive au pouvoir, la situation économique, financière et monétaire de la France est désastreuse. La croissance est brisée par dix ans de troubles et de guerres, les capitaux ont fui, les finances publiques sont dans un état déplorable, la thésaurisation de monnaie métallique est considérable en raison de la méfiance du public vis-à-vis des banques et des billets, le souvenir des conséquences dramatiques de la faillite de Law en 1716 et de la création en nombre démesuré d'assignats étant encore dans tous les esprits.

Il existe bien, depuis 1777, une Caisse d'escompte, qui se comporte comme une véritable banque sans en porter le nom, assure les transactions sur les métaux précieux, reçoit des dépôts et escompte les lettres de change. Émettant des billets au porteur payables à vue et qui ne sont acceptés qu'à Paris, elle jouit longtemps d'une bonne réputation grâce à la détention d'un seuil minimal d'encaisse métallique. Mais, transformée en 1787 en Banque nationale, la totalité de la monnaie qu'elle crée est réservée, de manière secrète et en contrepartie d'un privilège d'émission pour trente ans, à des prêts en faveur de l'état. Face à une expansion non maîtrisée, ses billets sont retirés de la circulation en décembre 1792 et la banque est fermée le 24 août 1793. Depuis que l'émission d'assignats est interdite, en février 1796, n'a plus cours légal, à nouveau, que la monnaie métallique, en quantité insuffisante pour faire face à l'essor des besoins de paiements. Aussi, le 29 juin 1796, des banquiers fondent-ils la Caisse des comptes courants, chargée de favoriser le commerce par la mise en circulation de billets et d'accroître les règlements par virements. Au cours des trois années suivantes, cinq établissements de même nature apparaissent. Gérés de manière prudente, ces organismes favorisent le retour de la confiance du public dans les billets. La Banque de France s'installe rue de la Vrillière, dans l'hôtel de Toulouse. Peinture d'albert Sébille C'est dans ce contexte que deux banquiers, Le Couteulx de Canteleu et Perregaux, proposent à Bonaparte de faire de l'une de ces Caisses un véritable Institut d'émission, financé par la puissance publique, mais indépendant d'elle, sur le modèle de la Banque d'angleterre. Le Premier consul signe, le 18 janvier 1800, un arrêté qui transforme la Caisse des comptes courants en Banque de France. Adoptés le 13 février 1800, les statuts de cette société privée en commandite par actions fixent son capital à 30 millions de francs. Afin de montrer sa confiance dans la nouvelle institution, Bonaparte en est, avec sa famille, le principal souscripteur. La banque ouvre ses portes le 20 février 1800.

Institut d'émission à Paris, puis sur tout le territoire La Banque de France est chargée d'émettre des billets au porteur, garantis par son encaisse en numéraire, dont le pourcentage légal ne sera suspendu que par la loi du 1er septembre 1939. C'est en avril 1803 qu'elle reçoit le privilège exclusif d'émission des billets de banque, mais seulement pour Paris et pour quinze ans. Les cinq caisses qui lui font concurrence ne peuvent plus créer de nouvelles coupures et doivent retirer celles qui sont en circulation. jusqu'en 1805, la Banque n'éprouve aucune difficulté à répondre aux demandes de conversion des billets en espèces. Mais, cette annéelà, le financement de la hausse des dépenses militaires diminue fortement son encaisse et elle doit prendre la décision de ne plus convertir qu'un seul billet par demandeur. La panique est proche, mais l'annonce des victoires d'ulm, le 20 octobre, et d'austerlitz, le 2 décembre, parvient à calmer les esprits. Tout en prorogeant le privilège d'émission de vingt-cinq ans, Napoléon en profite pour asseoir la tutelle de l'état sur la Banque. En 1808, la Banque de France s'installe définitivement dans l'hôtel de Toulouse, rue de La Vrillière. Le 16 janvier de la même année, elle est dotée de «statuts fondamentaux», appliqués jusqu'en 1936, qui l'autorisent à créer des succursales, les comptoirs d'escompte, «dans les villes de départements où les besoins du commerce en feraient sentir la nécessité». Fermés peu après en raison de l'accueil très réservé de la population locale et de la concurrence de neuf banques départementales, les succursales réapparaissent à partir de 1836. Pendant dix ans, leur activité reste limitée car leurs billets ne sont remboursables qu'au comptoir qui les a émis. Elle s'accroît considérablement quand la Banque reçoit, le 27 avril 1848, le monopole d'émission de billets sur tout le territoire et met en circulation des coupures de faible montant. En 1873, l'institution est sommée d'ouvrir une succursale dans les départements où il n'en n'existe pas. Après avoir atteint 257 en 1970, le nombre des comptoirs diminue régulièrement depuis, en raison de la nécessité de réaliser des économies d'échelle. En 1848, de manière provisoire, et en 1875, de manière définitive, l'émission de billets est limitée, seul le Parlement ayant le droit d'augmenter le plafond. En dehors de quelques périodes de crises monétaires dues à des raisons politiques, militaires ou économiques (1848-1850, 1870-1878, 1914-1928), pendant lesquelles est instauré le cours forcé pour mettre fin à la conversion en or, la Banque ne faillit pas aux demandes de remboursement de ses billets, ce qui lui forge une réputation solide. La nationalisation de 1945 entérine définitivement le privilège d'émission, sans limitation de durée «La Banque continuera à assumer seule l'émission des billets de banque sur l'ensemble du territoire.» L'avènement de l'euro ne remet pas en cause cette disposition qui, de toute façon, a désormais perdu de son importance puisque la monnaie fiduciaire ne représente plus, aujourd'hui, que 20 % des moyens de paiement en circulation en France.

Si la Banque centrale européenne bénéficie du monopole d'autorisation d'émission dans l'union européenne, la Banque de France reste seule autorisée à émettre des billets ayant cours légal en France métropolitaine, à Saint Pierre-et-Miquelon et à Mayotte. Les comptoirs de la Banque de France restent responsables de la surveillance de la qualité des billets sur l'ensemble du territoire et disposent de réserves de coupures leur permettant d'alimenter la région sous leur responsabilité. Le privilège qui est accordé à l'institut d'émission n'est pas sans conséquence: lors de chaque renouvellement du monopole, la tutelle de l'état sur la Banque s'alourdit, jusqu'à ce que l'environnement international oblige les pouvoirs publics à lui accorder son «indépendance». De l'indépendance formelle... Un agent de recettes en tournée La volonté du public de n'accepter qu'une banque qui le préserve des dérives précédentes ne dure que pendant les deux premières années de la Banque de France créée sous forme privée, elle est en effet juridiquement indépendante de l'état et de son bras financier, le Trésor, client ordinaire autorisé à escompter les effets en sa possession. Ainsi, le Premier consul déclare «qu'on devait se persuader que le gouvernement favoriserait de tout son pouvoir la Banque de France, non pour faire un usage particulier du crédit qu'il pouvait obtenir, mais pour atteindre de grands résultats d'utilité générale dans la circulation et l'intérêt de l'argent». Mais l'ambiguïté des liens entre la Banque de France et l'état apparaît dès l'origine de l'établissement car, même si les fondateurs obtiennent que les prêts au Trésor soient strictement encadrés, les autorités sont immédiatement tentées de faire de la Banque le caissier et le banquier du gouvernement. Aussi doit-elle consentir très rapidement des avances sur les obligations souscrites par les receveurs généraux en représentation de leurs engagements de verser au Trésor le produit des rentrées fiscales. Les propos tenus par Napoléon à l'occasion de sa reprise en main de l'institution en avril 1806 traduisent bien l'équivoque de la situation: «]e veux que la Banque de France soit assez dans les mains du gouvernement et n'y soit pas trop.»

L'empereur décide que l'état nomme gouverneur l'un des deux cents plus gros actionnaires, détenant au moins cent titres, pour diriger la Banque, aux côtés du Conseil des régents, composé, depuis 1803, de trois receveurs des contributions, de huit industriels et commerçants actionnaires et de sept banquiers privés dont l'influence est ainsi dite. Napoléon ajoute : «Je pourrais consentir à ce que le Comité désignât un gouverneur et soumit ce choix à mon approbation. Mais je dois être le maître dans tout ce dont je me mêle, et surtout dans ce qui regarde la Banque qui est bien plus à l'empereur qu'aux actionnaires, puisqu'elle bat monnaie...». Révocable ad nutum, le gouverneur est aux ordres de l'empereur. Il sera ensuite sous la coupe du gouvernement, davantage encore à partir de 1897, quand le poste bénéficie du statut de fonctionnaire. Après 1815, la Banque retrouve une certaine indépendance. Elle fixe librement le taux d'escompte et refuse parfois d'escompter des effets publics. Mais cette situation prend fin avec la révolution de 1848 quand une convention stipule que la Banque ne peut refuser de répondre aux demandes d'avances exceptionnelles de l'état et que le gouvernement doit donner son accord pour toute modification du taux d'escompte. Le parlement ne cesse, par la suite, d'alourdir les obligations de l'institut d'émission vis-à-vis de la puissance publique : il prévoit des avances permanentes à des conditions avantageuses, lui impose une redevance sur la circulation monétaire, l'oblige à assurer gratuitement au Trésor la gestion de certaines opérations de caisse, lui demande de mettre ses guichets à disposition pour le placement des emprunts publics, élargit l'intéressement de l'état aux bénéfices... Si la Banque répond le plus souvent aux injonctions de l'état (elle le sauve, par exemple, en 1878 de la faillite), il lui arrive, parfois, de s'y opposer. L'épisode le plus célèbre est la fin de non-recevoir adressée à Gambetta pendant la guerre de 1870. Mais le gouvernement finit toujours par l'emporter, par des menaces de nationalisation, par le renvoi du gouverneur (ce que fait Gambetta avec Denormandie), par le renforcement de ses pouvoirs lors de chaque renouvellement du monopole (les avances permanentes sont, par exemple, fortement accrues en 1897). A partir de 1911, des traités font de la Banque de France le créancier permanent du Trésor. L'Institut d'émission est ainsi amené à financer la Première Guerre mondiale et ses conséquences : il devient le bras armé de l'état pour la distribution de crédit et la stabilité monétaire.

L'activité des succursales s'accroît à partir d'avril 1848 quand la Banque reçoit le monopole d'émission de billet. Le montant des coupures est alors diminué. Ci-dessus, un guichet en 1926... à la dépendance effective Les tensions entre la Banque de France et les pouvoirs publics s'exacerbent dès le début des années 1920. La Banque s'oppose aux demandes de plus en plus pressantes d'avances des gouvernements. Fin 1925, le gouverneur empêche Caillaux d'intervenir sur le marché des changes pour soutenir le franc. La situation ne change pas avec la politique menée par Poincaré. Pour la première fois de manière publique, le gouverneur fait part de ses critiques : «II faut savoir si le gouvernement souhaite que la Banque d'émission soit un établissement privé ou une banque d'état. Dans le premier cas, il faut alors respecter son indépendance. Dans le second, il faut réformer par une loi.» Plus tard, en 1934, la Banque de France refuse d'accéder à la requête du ministre des Finances de baisser le taux pour stimuler l'économie. Les victoires sont cependant chaque fois temporaires : entre 1926 et 1935, le gouverneur est révoqué à trois reprises. Surtout, l'emprise des pouvoirs publics devient définitive avec l'étatisation de juillet 1936 qui transforme la banque de France en monopole d'état, afin que, même si elle continue à se comporter comme un établissement ordinaire, elle accorde ses crédits en fonction des besoins économiques de la nation. L'assemblée générale est ouverte à tous les actionnaires, chacun disposant d'une voix quel que soit le nombre d'actions qu'il détient. Parallèlement, les quinze régents du Conseil général sont remplacés par vingt conseillers dont seulement trois sont élus, deux par les actionnaires et un par le personnel, les dix-sept autres étant nommé par l'état. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le siège de la Banque est transféré successivement à Saumur, Bordeaux, Clermont-Ferrand, et son stock d'or est mis en lieu sûr. En 1945, l'étatisation est transformée en nationalisation «dans le but d'une plus grande subordination de la Banque de France à l'état». Toutes les actions sont transférées à la puissance publique, les anciens actionnaires étant dédommagés par des obligations.

Le Conseil général est ramené à douze membres (puis à dix en 1973) nommés par le gouvernement (sauf le représentant du personnel, élu). La Banque devient alors, officiellement, banque d'état, et non plus seulement banque de l'état. Relais essentiel de la politique économique, elle participe au financement de la reconstruction. La répartition des billets et des pièces de monnaie sur l'ensemble du territoire est assurée par la Banque. Ci-dessus, traitement des pièces en 1926...puis à l'indépendance institutionnelle Si les statuts du 3 janvier 1973 dotent la Banque d'une véritable charte de banque centrale, c'est la loi du 4 août 1993 qui, en adaptant les principes du traité de Maastricht, tranche définitivement ses relations avec l'état en lui octroyant, au moins institutionnellement, son indépendance. Sous l'autorité du gouverneur et des deux sous-gouverneurs, la définition de la politique monétaire et le cadre des opérations de la Banque sont confiés à un Conseil de la politique monétaire, transformé en février 2007 en Comité monétaire du conseil général. Désormais, il est interdit au gouvernement de donner des instructions à la Banque, d'obtenir de sa part un financement direct afin d'éviter de faire fonctionner la «planche à billets» inflationniste, de révoquer le gouverneur, sauf incapacité ou faute grave. En revanche, «le gouvernement détermine le régime de change et la parité du franc», ce qui, dans le contexte international contemporain, réduit sensiblement l'indépendance réelle de la Banque. Toutes ces dispositions sont reprises dans les textes qui régissent la Banque Centrale européenne. Le dernier rôle confié à la Banque de France est le contrôle de la quantité de monnaie en circulation. Pour remplir cette mission, la Banque de France dispose d'un instrument privilégié : le taux d'escompte, prix du réescompte. Pendant près de cinquante ans, ce taux d'intérêt demeure à un niveau quasiment fixe (entre 4 et 6 %) : le Conseil de régence de la Banque de France respecte les recommandations de Napoléon, partisan de la stabilité du taux, car il estime que les baisses favorisent la spéculation et que les hausses ralentissent l'économie. La crise de 1847 fait prendre conscience de l'efficacité des variations de ce taux.

Limitées pendant dix ans, ses modifications deviennent plus fréquentes quand, de 1870 à 1914, la Banque de France est chargée d'être «la gardienne vigilante de la monnaie», aux niveaux à la fois extérieur (pour que le pays conserve son rang international) et intérieur (pour éviter que la hausse des prix ne mine la confiance du public). Quand le réescompte est définitivement abandonné, au début des années 1970, au profit de l'open-market qui permet, depuis 1938, aux autorités monétaires d'intervenir à taux variables sur le marché monétaire, l'utilisation de l'instrument «taux d'intérêt» devient encore plus prépondérante et permet à la Banque de France de maintenir la stabilité des prix. Aujourd'hui, la Banque de France n'est plus que le relais de la Banque centrale européenne, en charge de la politique monétaire de la zone euro. Mais son histoire est loin d'être terminée. Après deux cents ans au service du franc, un nouveau défi attend la «Vieille Dame de la rue de la Vrillière» : réussir à faire accepter l'euro aux français et leur éviter de regretter leur ancienne monnaie. Le crédit foncier : Du financement de l'agriculture au financement du logement Louis Napoléon Bonaparte doit en partie son arrivée au pouvoir au vote du monde rural, alors caractérisé par un endettement important et risqué, la publicité foncière étant défaillante. Devenu empereur, il ne tarde pas à remercier les agriculteurs de leur soutien en créant, sur le modèle allemand, un établissement dévolu à leur financement. Mais la demande de prêts n'est pas à la hauteur des ambitions des promoteurs du Crédit foncier. Comme, au même moment, la rénovation des grandes villes nécessite des fonds considérables, les ressources du nouvel organisme sont détournées de leur destination première et servent à financer des projets d'aménagement urbain. La forte rentabilité de ces investissements amène les dirigeants du Crédit foncier à se lancer dans des opérations de moins en moins maîtrisées, à l'origine de lourdes pertes lorsque survient la crise immobilière. L'Etat reprend alors en main l'institution et en fait son bras armé pour appliquer sa politique de développement, d'abord des collectivités locales, puis du logement social. Au cours des vingt dernières années, le Crédit foncier subit une véritable mutation institutionnelle et une transformation profonde de ses activités.

Affiche publicitaire pour l'émission de 500 000 obligations foncières et maritimes (émission ouverte du 4 au 15 novembre 1929) Monopole d'émission Le décret du 28 février 1852 autorise l'instauration, en France, de sociétés de crédit foncier soit d'emprunteurs (qui ne verront jamais le jour), soit de prêteurs. L'objectif de ces organismes est de mettre en place un système de prêts hypothécaires à long terme, ne pouvant dépasser la moitié (60% à partir de 1990) de la valeur du bien apporté en garantie, amortissables par annuités sur cinquante ans et adossés à un financement obligataire. Le texte ne fixe que les conditions générales qui doivent régir ces institutions privée à la charge de préciser, sous le contrôle des pouvoirs publics, leurs modalités pratiques de gestion. Dès le mois suivant, la Banque foncière de Paris est créée, au capital de 25 millions de francs, avec, pour une durée de vingt-cinq ans et pour la région parisienne, le monopole d'émission d'obligations foncières dont l'encours ne peut être supérieur à celui des crédits distribués. Les immeubles acceptés en gage doivent générer un revenu durable et certain, au moins égal au montant de l'annuité de prêt. Rapidement, la Banque foncière de Paris absorbe les sociétés de crédit foncier de Nevers et de Marseille qui, parmi les quarante constituées en province, sont les seules à connaître un certain succès. Le 10 décembre 1852, son privilège est étendu à tous les départements où il n'existe pas d'établissement de crédit foncier. A la même date, elle devient le Crédit foncier de France car la Banque de France refuse de réescompter les effets d'une autre «Banque». Les sociétés de crédit foncier existantes sont contraintes de fusionner avec le nouvel organisme pour unifier et rendre plus facilement négociables les obligations en circulation. En contrepartie, le Crédit foncier s'engage à accorder des crédits, sur tout le territoire, pour un montant de millions de francs. L'annuité de remboursement de chaque prêt est fixée à 5 % de sa valeur, comprenant l'intérêt (3,67 %), la commission de gestion (0,6 %, inchangée jusqu'en 1946, date à laquelle elle passe à 1%) et l'amortissement (0,73 %), pour durée de cinquante ans. En 1854, le Crédit foncier, dont le gouvernement veut faire «la banque nationale de la propriété immobilière», devient une institution semi-publique et son organisation est

calquée sur celle de la Banque de France, avec un gouverneur et deux sous-gouverneurs qui deviennent fonctionnaires en 1880, une assemblée générale composée des deux cents plus gros actionnaires (des détenteurs de plus de cent actions à partir de 1968). Grande salle des caisses du Crédit foncier Gravure de Baude (1883) A la même époque, les receveurs généraux dans les départements reprennent les activités des vingt-neuf succursales régionales pour placer les obligations de la banque à leurs guichets. Malgré leur attractivité, les premières obligations foncières ne procurent que des ressources limitées en raison de l'environnement politique et financier défavorable. Elles conduisent même à des pertes pour l'établissement qui est obligée de soutenir leur cours. Pendant une vingtaine d'années, les prêts ne sont pas accordés en numéraire, mais en lettres de gage, signées par la banque et rémunérées par un intérêt, que l'emprunteur reçoit et qu'il peut céder au cours du marché. S'il désire rembourser par anticipation, il rétrocède au Crédit foncier des lettres de gage, à leur valeur nominale. L'avantage du système est que l'établissement n'a plus à trouver les fonds nécessaires préalablement à leur affection. Mais la forte volatilité des cours des lettres de gage pendant la guerre de 1870 fait abandonner cette pratique pour revenir à la procédure traditionnelle de l'emprunt qui précède l'octroi de crédits. Opérations spéculatives et engagements hasardeux La demande de crédits dans les campagnes restant faible, le Crédit foncier est amené à modifier sa stratégie. C'est en effet l'époque des travaux urbains dans les grandes villes : les

dirigeants de l'institution, hommes d'affaires anticipant l'envolée des prix se tournent vers l'immobilier. La banque joue alors un rôle prépondérant dans le financement des opérations de ce secteur liées à l'aménagement : le centre de Marseille par les Pereire et celui de Paris par Haussmann. Une extension de ses activités permet aussi au Crédit foncier de réaliser des opérations à court terme. Ainsi, il place ses disponibilités en titres de toute nature et pratique des reports en Bourse, parfois même sur ses propres actions, ce qui entretient artificiellement leur appréciation. Il intervient aussi dans les prêts immobiliers sur des échéances rapprochées, grâce à ses liens avec le Sous-Comptoir des entrepreneurs, créé en 1848, et qui deviendra le Comptoir des entrepreneurs en 1964, dont la mission est d'escompter les effets de commerce et les billets hypothécaires des entreprises de bâtiment. Le Crédit foncier se substitue alors, en effet, au Comptoir d'escompte pour apporter la troisième signature nécessaire au réescompte des titres par la Banque de France. Cette disposition lui permet de financer les propriétaires de terrains à construire qui, ne pouvant prétendre à un revenu durable et certain, sont exclus des prêts hypothécaires puis de consolider à long terme les crédits nécessaires à la construction. Ces activités dans l'immobilier résidentiel, d'abord très lucratives puisque les profits atteignent, en 1869, le tiers du capital versé, ne résistent pas à la guerre de 1870, à la Commune et à la crise financière des années 1880. les pertes subies par le Crédit foncier sont d'autant plus importantes que certaines opérations sont menées en France avec légèreté, à des conditions particulièrement favorables pour les emprunteurs et que certains engagements hors du territoire sont parfois hasardeux, comme en Égypte. Les adversaires du Crédit foncier ne manquent pas. Leurs critiques portent tant sur l'utilisation pour des investissements immobiliers parisiens et étrangers de l'épargne provinciale que sur les opérations jugées spéculatives. L'établissement a déjà tenté de se dédouaner de ces comportements en revenant à son objectif premier. En effet, il crée en 1860 une Société de crédit agricole qui obtient en 1869 le droit de réaliser des opérations de banque classiques : réception de dépôts à vue, émission de bons agricoles à cinq ans, prêts à moins de trois ans, escompte d'effets agricoles par ses agences, des petites banques locales. Mais, mal implantée dans le monde rural l'institution fait de mauvaises affaires et finit par être liquidée en 1876, la Banque de France accélérant le mouvement en refusant de réescompter ses effets. Reprise en main par l'état En 1877, face aux oppositions qui prennent de plus en plus d'ampleur, l'encours des obligations du Crédit foncier est limitée à 2 milliards pour quatre ans et son monopole d'émission de vingt-cinq ans est supprimé.

Heureusement il est habilité à rémunérer les dépôts qu'il reçoit, ce qui favorise l'obtention de ressources. Il profite également de l'autorisation d'émettre des obligations communales, proches des obligations foncières, qui lui permettent de financer, sans hypothèques, les collectivités locales dont il va devenir, de 1880 à 1920, devant la Caisse des dépôts et des consignations, le principal pourvoyeur de fonds. En effet, repris en main par l'état, le Crédit foncier est chargé de financer le développement régional et de faire face à la crise agricole. Pour la première fois en 1886, grâce à l'action de ses succursales installées en province ses prêts fonciers en région dépassent ceux du département de la Seine. De plus, il mène une politique d'aménagement du territoire en améliorant les infrastructures de transport et en participant à la construction d'édifices publics, par exemple «les écoles Jules Ferry» à partir de 1885. En participant à la construction des «écoles Jules Ferry» à partir de 1885, le Crédit foncier mène une véritable politique d'aménagement du territoire Mais l'établissement continue à faire l'objet de mises en garde concernant sa gestion. La tutelle de l'état se renforce donc avec l'application de règles de plus grande sécurité au début des années 1890. il peut alors se permettre de reprendre ses activités traditionnelles, avec le rachat d'immeubles dont les propriétaires sont incapables d'honorer les échéances de remboursement, l'acquisition de domaines viticoles dans le Sud-Ouest, le reprise d'entreprises en difficulté, comme la Société des immeubles de Paris, plus tard Société des immeubles de France, et pour lutter contre la concurrence, la création de filiales, comme la Compagnie foncière de France, par l'intermédiaire de laquelle il peut prêter jusqu'à 75 % de la valeur du bien concerné.

Bureau du Crédit foncier rue des Capucines (1925) Des premières opérations timides dans l'habitat social Au cours de la guerre 1914-1918, la distribution de prêts au logement étant de nouveau fortement réduite, le Crédit foncier place ses disponibilités essentiellement dans les emprunts publics. Cette situation, conséquence de l'insuffisance de la demande provoquée par un environnement financier instable, des taux d'intérêt élevés et d'une forte hausse des prix, du blocage des loyers, des difficultés de trésorerie rencontrées par certains emprunteurs, perdure jusqu'à la stabilisation monétaire de Poincaré. En revanche, les titres de l'établissement sont de plus en plus appréciés et considérés comme des placements de «père de famille». Dans les années 1930, si le Crédit foncier maintient sa présence auprès des collectivités locales dans un marché de plus en plus concurrentiel, il s'intéresse aussi à une nouvelle clientèle, les acquéreurs de pavillons dans la région parisienne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Crédit foncier transfère son siège social et ses principaux services successivement à Laval, à Bordeaux, à Châtelguyon. Ses disponibilités sont alors importantes car, face aux nombreux remboursements anticipés de prêts et au placement aisé de ses obligations, la distribution de crédit est ralentie. Elles vont lui permettre de devenir, à la fin du conflit, l'auxiliaire des pouvoirs publics pour appliquer la politique de réparation des dommages de guerre, de modernisation et de reconstruction, en faveur tant des particuliers que des collectivités locales, sur des critères désormais techniques et non plus de recherche du profit. Le montant de ses prêts augmente rapidement, passant de 1 à 20 milliards de francs entre 1945 et 1949. Il lui faut donc trouver des ressources supplémentaires, alors que le marché obligataire est totalement dédié aux emprunts publics. Il s'adresse par conséquent au Fonds de développement économique et social, à la Caisse des dépôts et aux compagnies d'assurances. En effet, le Crédit foncier est désormais chargé de la distribution de prêts aidés en faveur

des classes moyennes. Cette catégorie de crédits connaît un fort développement et finit par supplanter les prêts classiques. Ainsi, en 1945, le Crédit foncier reçoit la gestion du Fonds national d'amélioration de l'habitat. Après avoir mis en place, en 1954, les systèmes d'épargne construction, d'épargne crédit, d'épargne logement, de crédit différé..., il est le promoteur des prêts immobiliers conventionnés en 1972. Il est également amené à accorder les prêts spéciaux aux particuliers bénéficiant, à partir de 1950 de l'aide à la pierre sous forme de primes à la construction et, à partir de 1963, de l'aide à la personne sous conditions de revenus, à l'origine de l'aide personnalisée au logement, qu'il administre en 1977. La réussite de toutes ces réformes, matérialisée par l'attribution de dix millions de logements entre 1950 et 1980, est rendue possible par la plus grande autonomie donnée à partir de 1970 aux délégations régionales de l'organisme. Touché de plein fouet par la concurrence des banques S'il faut attendre le milieu des années 1980 pour voir apparaître une véritable concurrence dans le domaine du crédit immobilier français avec le désencadrement du crédit, le Crédit foncier ne cesse, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de susciter un tel mouvement. Ainsi, dès 1944, il escompte les crédits à la construction à trois mois renouvelables ouverts par les banques, puis les réescompte à la Caisse des dépôts ou à la Banque de France. Dans les années 1950, il favorise la bancarisation du secteur du financement du logement en escomptant les prêts spéciaux à moyen terme accordés par le Sous-Comptoir des entrepreneurs sur la période de construction, avant de les consolider sur quinze années supplémentaires. Ce système, inflationniste, est remplacé en 1958, et pour près de trente ans, par la procédure des bonifications d'intérêts. Le Crédit foncier participe aussi en 1955 à la réforme hypothécaire qui débouche en 1966 sur la création du marché hypothécaire, rendant plus libre le financement de l'immobilier. De même, sans oublier sa présence auprès de nombreux établissements étrangers, il étend ses activités dès 1950 à la promotion immobilière en proposant de nouvelles formules de prêts. A partir des années 1970, il crée de nombreuses filiales spécialisées : par exemple, en 1972, la Compagnie foncière de gestion pour administrer les immeubles dont il est propriétaire; en 1974, la Compagnie foncière de construction pour rassembler son portefeuille de participations... Devenu «institution financière spécialisée chargée d'une mission permanente d'intérêt public» dans la loi bancaire de 1984, le Crédit foncier doit aussi revoir ses mécanismes de recherche de ressources. Il lui faut s'adapter aux nouvelles méthodes de financement sur les marchés et au taux d'intérêt plus volatils. Lancé dans quelques opérations hasardeuses de promotion immobilière, l'établissement est fortement pénalisé par la crise des années 1990.

Sa situation s'aggrave en 1995 lorsqu'il perd son quasi-monopole sur la distribution des prêts d'accession à la propriété et subit la concurrence des banques sur les prêts à taux zéro. Après avoir vendu une partie de ses filiales, l'organisme est finalement privatisé en 1999. Il intègre alors le groupe des Caisses d'épargne, son actionnaire désormais majoritaire. En 2004, le Crédit foncier acquiert Entenial, issu du regroupement, en 2000, du Comptoir des entrepreneurs et de la banque La Hénin et qui offre tous les services bancaires aux professionnels de l'immobilier. En Juin 2007 est prévu un rapprochement entre le Crédit foncier et le promoteur immobilier Nexity. Fort de son 1,2 million de clients particuliers et de ses 20 000 clients professionnels, d'une valeur estimée à environ 2,5 milliards d'euros, le Crédit foncier pourra alors poursuivre sa mission, assurée avec énergie depuis plus d'un siècle et demi, de contribuer à l'amélioration du logement des Français. Le Crédit mobilier : l'échec d'un nouveau style de banque Le second empire correspond à une époque de forte expansion économique, caractérisée par une augmentation du nombre et, surtout, de la taille des entreprises. Celles-ci voient donc leurs besoins de fonds croître, en particulier pour financer des investissements de plus en plus onéreux. Mais comme leurs ressources propres sont insuffisantes, il leur faut trouver des fonds externes. Or les maisons de la Haute Banque ne sont pas habituées à répondre à cette nouvelle forme de demande et, de toute façon, ne disposent pas des fonds pour y faire face. De plus, il n'existe pas encore d'établissements de crédit susceptibles de rassembler la masse de disponibilités nécessaires. Pour résoudre ces difficultés et faciliter la mobilisation de l'épargne disponible, des hommes d'affaires réclament depuis plusieurs années l'émergence d'une nouvelle catégorie de banque qui permettrait l'accès au financement de ces entreprises. Aussi, entouré de saintsimoniens partisans d'un organisme de ce type et opposés aux dirigeants de la Haute Banque, pour la plupart orléanistes et adversaires de son régime, Napoléon III favorise la création du Crédit mobilier. Cependant, à cause de sa réussite initiale prometteuse, liée à des succès majeurs dans plusieurs secteurs industriels, la nouvelle banque se trouve rapidement confrontée à la coalition de ses concurrents et à l'opposition des pouvoirs publics, inquiets de sa puissance. Elle est alors obligée de se développer à l'étranger afin d'y chercher les ressources qui la fuient en France. Amenée à prendre des risques qu'elle ne peut assumer, elle connaît de grandes difficultés et finit par abandonner la mission pour laquelle elle a été créée, se transformant en banque traditionnelle.

De nouvelles pratiques de financement Prenant comme modèle la Société générale de Belgique, créée en 1822 dont chaque filiale distribue depuis 1835 des prêts à un secteur déterminé, et alors que la situation économique française commence à donner des signes encourageants de reprise, des économistes, relayés dans le monde des affaires par les frères Pereire, cherchent à instaurer de nouvelles pratiques de financement. En effet, les innovations industrielles attirent peu les maisons de la Haute Banque, fidèles aux activités de leurs clients traditionnels. De nombreuses propositions sont donc faites, depuis les années 1830, pour que les pouvoirs publics autorisent la création d'un établissement de crédit qui serait l'intermédiaire entre des épargnants disposant de fonds importants, mais oisifs, et des entreprises pour la plupart inconnues du public. Cette banque assurerait, sous une forme solidaire, les risques encourus par l'ensemble des emprunteurs grâce à l'émission d'une nouvelle forme de titre, la «valeur omnium», à la fois obligation à court terme, d'une durée équivalente à celle des effets qu'elle représente, rémunérée au taux annuel de 3,65 %, soit 0,01 % par jour, et billet au porteur circulant comme un billet de banque. Pour les initiateurs du projet, cette source unique de financement des investissements présente de nombreux avantages. En effet, elle facilite, par la centralisation des disponibilités qu'elle entraîne, l'orientation des fonds vers les entreprises les plus productives. Elle favorise aussi la tendance à une égalisation des taux d'intérêt dans l'ensemble des pays car le nouvel établissement, implanté dans toute l'europe, conduit à une sorte de marché commun des capitaux. Elle génère, en outre, un monopole efficace des opérations financières et des opérations industrielles, dont le lien est source de développement économique et de progrès social. La crise financière de 1848 remet à l'ordre du jour cette proposition. L'arrivée de Napoléon III au pouvoir permet sa concrétisation avec la création, malgré les réticences de la Banque de France, de la Société générale de Crédit mobilier, la «banque des travaux publics», le 9 septembre 1852.

Napoléon III, face à la toute-puissance de la Haute Banque, soutient la création par les frères Pereire du Crédit mobilier Benoît Fould, frère du ministre Achille Fould, en prend la direction. Les responsables les plus importants des grandes maisons financières internationales figurent dans le capital, fixé à 60 millions de francs, un montant considérable pour l'époque. Le seul absent de marque est James de Rothschild, qui essai, en vain pour le moment, de mettre l'empereur en garde contre les risques que fait courir le nouvel organisme : qualité incertaine des effets possédés, liquidités insuffisantes, irresponsabilité juridique des dirigeants en raison de la forme anonyme de l'entreprise, soumission d'un grand nombre d'entreprises à une seule banque, financement de l'état rendu plus difficile à cause de la concurrence accrue dans la captation de l'épargne... L'objectif du Crédit mobilier, qui prend soin de ne pas s'intituler banque, est, grâce à l'épargne publique abondante qu'il espère mobiliser, de «faciliter la création d'entreprises industrielles, commerciales et de travaux publics et le financement de leurs investissements en souscrivant à leurs actions et en leur accordant des crédits». Ses statuts, restrictifs pour tenter d'empêcher les dérives, prévoient que les dépôts reçus ne peuvent excéder le double du capital et que les obligations émises, à une échéance limitée à quarante-cinq jours, ne peuvent en représenter plus de vingt fois. Des débuts florissants qui inquiètent les pouvoirs publics L'accueil est enthousiaste. I,es promesses d'actions atteignent 2 100 francs, alors que le prix de l'action est fixé à 500 francs. L'émission des obligations attire la foule des épargnants et de nombreuses entreprises manifestent leur intérêt pour les crédits proposés. A la fin de la première année, les dépôts atteignent déjà la limite fixée par les statuts, ce qui nécessite de procéder à la libération complète du capital. En 1855, le bénéfice s'élève à 28 millions de francs. Cependant, le Crédit mobilier se comporte davantage comme une banque d'affaires que comme une banque commerciale. Il escompte peu, investit beaucoup, plus particulièrement dans les autres affaires de ses dirigeants, dans les domaines de l'immobilier

(rénovation de Marseille et de Paris), des chemins de fer, de l'industrie, du transport maritime, des magasins généraux, de la distribution de gaz, des assurances... Aussi, très vite, la gestion de l'établissement suscite critiques et mises en garde augmentation continue des besoins de trésorerie, fragilité des entreprises détenues, rumeurs de détournements de fonds et de bilans peu sincères, absence de convocation des petits actionnaires aux assemblées générales... II s'ensuit une forte volatilité du cours des actions. Dès mai 1853, face au risque d'hégémonie que le Crédit mobilier commence déjà à faire courir, les pouvoirs publics s'opposent à la création d'une filiale, la Caisse centrale des sociétés de crédit mutuel, dédiée aux petites et moyennes entreprises n'ayant pas accès à l'escompte. Cet organisme devait avoir pour mission de centraliser les opérations de sociétés départementales de crédit mobilier regroupant des professionnels d'un même secteur qui, en contrepartie d'une cotisation proportionnelle au financement obtenu et l'une prime d'assurance sur chaque crédit, obtiendraient solidairement des avances de la Caisse et pourraient lui escompter leurs effets. Face à ce premier revers, et ne coulant pas susciter davantage d'oppositions, Isaac Pereire, directeur de la banque, renonce de lui-même, un mois plus tard, à l'émission d'obligations à court terme. Les craintes vis-à-vis de l'établissement n'en diminuent pas pour autant: en septembre 1855, alors que le cours des obligations ferroviaires connaît une forte baisse, le gouvernement, de plus en plus inquiet de la concentration entre les mains d'un seul organisme de trop d'intérêts économiques, interdit au Crédit mobilier l'émission d'obligations à long terme. La décision n'a à ce moment-là qu'une influence minime. En revanche, sa confirmation en 1857, alors que l'activité reprend, conduisant l'établissement à s'engager dans des opérations de grande envergure comme la construction et l'aménagement de l'hôtel du Louvre ou le percement du canal du Languedoc, est à l'origine de difficultés qui vont rapidement devenir insurmontables, puisqu'elle tarit la principale source de son obtention de fonds. La nécessité de s'installer à l'étranger et la lutte contre la Haute Banque Désormais bridé dans son essor sur le sol national, le Crédit mobilier cherche, dès la fin 1855, à imposer son modèle en Europe, tout en centralisant ses activités à Paris afin de faire de la France le centre financier indispensable à la mise en oeuvre des coûteuses techniques apparues avec la révolution industrielle. A partir d'un réseau efficace de correspondants, souvent anciens soutiens des Rothschild, son objectif est de constituer un holding international détenant les grandes sociétés innovant es de chaque pays. Il réussit à fonder des établissements de Crédit mobilier en Espagne, ce qui facilite sa présence dans les secteurs des chemins de fer et des mines de ce pays et d'en retirer des bénéfices substantiels.

En revanche, il se heurte au refus de plusieurs gouvernements de l'accueillir, sous la pression des Rothschild qui ont du mal à supporter la réussite et la concurrence de leurs anciens employés, les Pereire. D'ailleurs, dès 1856, avec l'approbation tacite du gouvernement français, James de Rothschild forme, avec d'autres dirigeants de maisons de banque opposés au Crédit mobilier, la Réunion financière, syndicat de banques ayant pour objectif d'investir à l'étranger. Stimulé par la reprise de l'activité, le Crédit mobilier s'engage dans des opérations d'envergure. La construction et l'aménagement de l'hôtel du Louvre (ci-contre) en font partie A partir de 1862, le Crédit mobilier engrange quelques succès. En Autriche, où il participe à la création du Boden Creditanstalt afin de combattre le Crédit Anstalt des Rothschild; en Italie, où il reprend la Caisse de commerce et d'industrie de Turin et investit dans des entreprises d'éclairage au gaz et des compagnies de chemin de fer; aux Pays-Bas, où il s'assure des débouchés en Extrême-Orient, etc. La chute du Crédit mobilier Fondée en 1855 par les frères Pereire et le Crédit mobilier, la Compagnie générale maritime deviendra la célèbre Compagnie générale transatlantique En avril 1867, les dirigeants ne peuvent plus cacher les difficultés rencontrées par leur société, matérialisées par une perte de 8 millions sur l'exercice 1866, un cours de ses actions qui n'atteint plus que 350 francs, soit près de six fois moins qu'en 1852, une trésorerie insignifiante en raison de son immobilisation et de l'imbrication des relations financières entre toutes les sociétés du groupe. En effet, dans un environnement économique qui ne

cesse de se dégrader, plusieurs de ses filiales se trouvent en position délicate, par exemple la Compagnie générale transatlantique, plusieurs établissements de crédit du groupe qui font l'objet de retraits massifs, et, surtout, la Compagnie immobilière de Marseille, qui ne parvient pas à surmonter ses achats à des prix exorbitants de terrains dans la ville phocéenne et qui est pratiquement en faillite. Le Crédit mobilier est alors lâché par la plupart de ses correspondants qui rejoignent la Haute Banque. Il se voit refuser par les pouvoirs publics tout changement de statut et, à nouveau, l'émission d'obligations. Le cours de ses titres tombe jusqu'à 150 francs car toutes les interventions en Bourse se révèlent inopérantes. Quant à l'augmentation de capital finalement autorisée, elle intervient trop tard et pour un montant trop faible. Le sauvetage provisoire de l'établissement La seule solution pour sauver l'établissement repose sur une intervention de la Banque de France. A la demande de l'empereur, l'institut d'émission accepte d'accorder au Crédit mobilier l'avance nécessaire. Mais, savourant une revanche depuis longtemps attendue et voulant asseoir définitivement leur pouvoir, les régents décident de verser les fonds avec parcimonie et au tout dernier moment. Ils exigent, par ailleurs, la démission des Pereire, qui prend effet le 25 septembre 1867, et leur engagement personnel pour une durée de trois ans accompagné du dépôt d'une caution de 10 millions de francs. Transformé en Société de crédit mobilier français, l'organisme poursuit ses activités, de manière moins ambitieuse, jusqu'en 1900, et est alors obligé de déposer son bilan. Il est repris en 1902 par des financiers, devient le Crédit mobilier français, puis est absorbé en 1932 par la Banque de l'union parisienne. Bien qu'ayant eu une existence particulièrement courte, le Crédit mobilier constitue une expérience qui a marqué l'histoire bancaire française et n'a jamais été oubliée. En effet, sa création et son fonctionnement s'inscrivent dans un environnement dans lequel tentent de s'imposer les idées saint simoniennes, qui font de la monnaie et du crédit les moyens indispensables pour promouvoir la croissance économique et l'amélioration du bien-être social. Deux principes prônés par ce courant de pensée sont plus particulièrement mis en oeuvre par la banque. D'une part, le financement des investissements ne peut plus, en raison des montants de plus en plus élevées qu'ils nécessitent, être assuré par les entreprises ellesmêmes. Il leur faut des aides extérieures et seuls des établissements spécialisés, mettant en oeuvre des systèmes de solidarité pour supporter les risques présentés par les prêts accordés, sont capables de remplir cette tâche. En ce domaine, il est indiscutable que, se substituant à des affaires alors peu connues et très gourmandes en capitaux, le Crédit mobilier a contribué au mouvement expansionniste de

l'époque et à la diffusion des apports économiques de la révolution industrielle dans certains secteurs clés, en particulier les chemins de fer. D'autre part, pour remplir une telle mission, il faut que les établissements concernés parviennent à mobiliser l'épargne disponible, mais dormante. A ce titre également, le Crédit mobilier a répondu à l'attente de ses fondateurs puisque, pendant sa décennie et demie d'activité, il a mis en circulation environ 4 milliards d'obligations. Malheureusement, la tentative s'est révélée être un échec, non seulement parce qu'elle s'est heurtée à l'opposition de groupes conservateurs très puissants, inquiets de la concurrence exercée par la nouvelle banque, mais aussi en raison des erreurs commises par ses propres dirigeants : légèreté de la gestion, prises de risques démesurées, insuffisance de liquidités. Cependant, le souvenir des deux grands travers qui ont condamné le Crédit mobilier est resté longtemps présent dans la tête des initiateurs des nouveaux organismes financiers. En effet, ceux qui lancent des banques de dépôts cherchent à mobiliser en un lieu unique suffisamment de ressources à court terme pour financer le fonds de roulement d'un grand nombre d'entreprises, tout en réduisant le risque de liquidité. De même, ceux qui mettent en place des banques d'affaires s'assurent de détenir suffisamment de fonds propres pour financer les investissements des entreprises et pour être capable d'en supporter les aléas. La distinction entre ces deux catégories de banques est la conséquence de l'échec du Crédit mobilier et se trouve à la base de la réglementation qui va, plus tard, régir le système bancaire français. Le Crédit industriel et commercial : Banque de dépôt parisienne au développement régional La Société générale de Crédit industriel et commercial est la première banque de dépôt créée en France. Installée à Paris après de longs pourparlers avec les pouvoirs publics, elle reste fidèle à la capitale et à sa proche banlieue. Mais, pour se développer et lutter contre ses concurrents, il lui faut s'installer en province. Elle le fait, non pas en son nom mais d'une manière originale, dans notre pays : soit en s'alliant à des banques régionales qui disposent d'un réseau actif de succursales locales, soit en aidant à la création de nouveaux établissements. Cependant, cette première tentative d'accord avec des correspondants ne donne pas les résultats escomptés. Le CIC change alors de stratégie et choisit de prendre des participations importantes dans un certain nombre d'institutions auxquelles il va donner son nom et l'esprit maison. Malgré la réussite de cette politique, le CIC ne peut, comme beaucoup de ses confrères, conserver son

indépendance dans l'environnement contemporain de concentration bancaire. Plusieurs projets préalables La création de la Société générale de Crédit industriel et commercial (qui prend le nom de Crédit industriel et commercial en 1953 pour éviter toute confusion avec la Société générale, qui lui est pourtant postérieure) est l'aboutissement de quatre ans de discussions entre des hommes d'affaires et le gouvernement de Napoléon III, qui commence par refuser trois projets. La première proposition, en 1855, est l'œuvre de banquiers et d'hommes d'affaires britanniques, présents pour la plupart dans les compagnies ferroviaires françaises, qui souhaitent fonder en France un établissement sur le modèle des joint Stock Banks anglaises. L'institution laisserait au Crédit mobilier les opérations destinées aux grandes entreprises et se concentrerait sur les activités non spéculatives de commerce et de banque : escompte, surtout d'effets sur l'étranger, avances sur marchandises, sur fonds publics français et sur titres industriels, réception de dépôts, organisation de tous les mouvements de fonds entre Paris et Londres grâce à l'ouverture d'une agence dans la capitale anglaise. Pour inspirer confiance et attirer les capitaux nécessaires, les promoteurs souhaitent adopter le statut de société anonyme soumise à autorisation par les pouvoirs publics. Prétextant la crise financière qui sévit alors en France, ruais guidé surtout par son opposition à James de Rothschild qui souhaite également fonder une nouvelle institution, Napoléon III interdit la création de tout établissement de crédit : le Conseil d'état refuse le projet de la Banque internationale franco-anglaise. Pourtant, les besoins financiers des compagnies ferroviaires ne cessent de croître. L'augmentation du capital du Comptoir d'escompte et des Sous-Comptoirs des chemins de fer autorisée par le gouvernement ne permet pas d'y répondre. Les deux principaux initiateurs de la Banque internationale, l'anglais Gladstone et le Français Donon, banquiers et administrateurs du Paris-Orléans, reviennent donc à la charge fin 1856 avec la Société impériale du crédit commercial. En janvier 1857, le Conseil d'état s'oppose à ce nouveau projet. Face à ce second refus et avec le renfort de banquiers allemands et de saint-simoniens, en particulier François- Barthélémy Arlès-Dufour, déjà à l'origine du Crédit de Leipzig futur fondateur du Crédit lyonnais, une Société internationale de crédit commercial est créée le 27 février 1857, sans l'accord du gouvernement. Mais les conséquences de la crise financière qui frappe bientôt les États-Unis entraînent la suspension des activités d'établissement. C'est sur les bases de ces trois propositions que, sur l'insistance du comte (bientôt duc) Morny, qui réussit à convaincre Napoléon III de l'intérêt d'une telle institution, les statuts de la Société générale de Crédit industriel et commercial sont finalement acceptés par le Conseil d'état le 13 janvier 1859 et le décret signé par l'empereur le 7 mai suivant.

Étroitement contrôlée par les pouvoirs publics, l'émission de 80 000 actions de 500 francs, dont un quart libéré immédiatement, est proposée à la souscription: 1 700 personnes se partagent 75 700 titres, 4 300 étant réservés aux dix-neuf administrateurs, trois étrangers, dont Gladstone, et seize Français. L'organisation l'établissement est calquée sur celle de Banque de France : le président et le vice-président, disposant des mêmes prérogatives que le gouverneur et le sous-gouverneur de l'institut d'émission, sont nommés par l'empereur. Le premier président qui va marquer profondément l'institution est le marquis Charles d'audiffret, haut fonctionnaire du Trésor, à l'origine de la comptabilité publique en partie double, président de chambre à la Cour des comptes, sénateur et rapporteur du budget. François-Barthélémy Arlès-Dufour, l'un des fondateurs du Crédit lyonnais. Il crée en 1857 une Société internationale de crédit commercial, sans l'accord du gouvernement L'échec de la politique d'aide à la création d'établissements provinciaux Par ses statuts, le Crédit industriel et commercial ne peut être présent qu'à Paris et dans sa proche banlieue. Il réalise quelques opérations à l'étranger, mais y subit des échecs, par exemple dans les chemins de fer romains, même si cette présence en Italie lui permet de participer à la création, en avril 1863, de la Banque de crédit italien. Rapidement, comme ses confrères, il se rend compte de l'importance d'obtenir la clientèle de petites et moyennes entreprises régionales. Il décide donc de favoriser la création ailleurs que dans la capitale de banques sur son modèle. Dès 1863, il fonde la Société de dépôt et de comptes courants, afin de profiter de la nouvelle loi sur les sociétés anonymes et d'être moins bridé dans ses opérations. Il cherche aussi à travailler avec des correspondants. Mais plutôt que d'en trouver parmi les banques existantes, il préfère aider des hommes d'affaires locaux à créer dans les grandes villes des caisses de dépôt, leur assurant de placer les titres qu'ils émettent pour leurs clients grâce à l'épargne considérable de la région parisienne. C'est ainsi qu'il favorise la constitution, en 1864, de la Société marseillaise de Crédit industriel et commercial et de dépôts, en 1865 de la Société lyonnaise de dépôts, de

comptes courants et de crédit industriel (c'est d'ailleurs en prévision de cette création qu'est fondé, en 1863, le crédit lyonnais), en 1866 de la Société de crédit industriel et de dépôt du Nord, à partir du comptoir d'escompte de Lille, et qui prend en 1871 le nom du Crédit du Nord. Dans les trois cas, la moitié du capital est placée par le Crédit industriel et commercial à Paris, l'autre dans la région de l'organisme créé. Mais les relations avec la Société marseillaise et le futur Crédit du Nord ne sont que de courte durée. La guerre de 1870 stoppe temporairement le phénomène de créations. Il faut attendre 1879 pour voir apparaître un nouvel établissement, la Société stéphanoise de dépôt, de comptes courants et de crédit industriel. Le placement des titres est également effectué pour moitié à Paris et pour moitié dans la région Rhône-Alpes. Mais la faillite de l'union générale à Lyon conduit l'établissement à de graves difficultés et à la liquidation en août 1883.En 1880 est fondée la Société bordelaise de Crédit industriel et commercial et de dépôt: le CIC souscrit 6 000 actions sur 40 000 et en conserve 2000. De même, à l'occasion de la création de la Société nancéienne de Crédit industriel et de dépôt, en 1881, la banque parisienne prend un quart du capital. Tous ces établissements sont très jaloux de leur dépendance et considèrent le CIC comme un simple correspondant dans la capitale. Aussi les activités communes de ces banques sont-elles réduites. Cet échec relatif et son souhait d'être présente en province pour escompter des effets et placer des titres conduisent l'institution parisienne à changer de stratégie, en signant un accord avec un groupement de banques. Mais cette tentative échoue également. Dès 1885, le Crédit industriel et commercial se rapproche de maisons de banque et de banques locales. Il incite plusieurs de ses correspondants régionaux à constituer le Syndicat des banquiers des départements qui, tout en assurant leur autonomie de gestion, est destiné à les faire participer à des opérations de portée ou d'intérêt général, en particulier pour réaliser en commun des opérations sur titres: réception des souscriptions, encaissement des coupons, exécution des ordres de Bourse... Non seulement la concurrence d'un nombre toujours plus important de succursales de grands établissements de crédit qui s'installent en province entrave les opérations de cette association, mais des rivalités internes se font rapidement jour entre les membres du syndicat. D'une part, les petites banques locales sont défavorisées dans la répartition des titres à placer et, d'autre part, les relations entre le syndicat et le CIC sont souvent tendues : le premier s'attribue la plus grande quantité des titres à placer quand la souscription se passe bien, mais les laisse au second en cas de souscription décevante. De plus, les adhérents du syndicat se retournent vers le CIC dès qu'ils sont en difficulté, alors que celui-ci n'est pas en mesure d'apprécier véritablement leur situation. Aussi, après s'être installé à l'étranger à la fin des années 1890 en ouvrant une succursale à Londres et en contribuant à la création de plusieurs banques en Roumanie et en Espagne, le

CIC modifie sa politique il devient l'actionnaire principal d'une dizaine de banques provinciales membres du syndicat en prenant des participations dans leur capital. Un revirement stratégique avec l'apparition des prises de participation Le Crédit industriel et commercial renforce d'abord ses relations avec des banques dont il est déjà actionnaire à l'occasion de leurs augmentations de capital auxquelles il participe largement, ce qui lui permet d'entrer dans leur conseil d'administration, parfois même d'en assurer la présidence, et donc de peser sur leur gestion. Ainsi, il souscrit, en 1913, 14 293 actions sur les 15 000 émises par la Société bordelaise, en 1914 et 1920, 25 % des nouveaux titres de la Société nancéienne, en 1921, un tiers de ceux créés par la Société lyonnaise. Le CIC s'invite ensuite dans le capital d'établissements qui font appel à lui. Par exemple, quand la banque L. Dupont et Cie de Valenciennes, créée en 1819, augmente son capital au moment de sa fusion avec la banque Dupont de Paris, dont il détient 37,5 %, il double sa participation. Il prend aussi un tiers du capital de la banque Scalbert -fondée en 1838 et qu'il connaît bien puisqu'il l'a autorisée à ouvrir un bureau dans ses locaux dès 1917 pour y accueillir ses clients, la plupart réfugiés du nord de la France -lorsque celle-ci est transformée en 1920 en société anonyme. De même, il devient actionnaire majoritaire dans deux banques en Normandie à l'occasion de leur augmentation de capital : en 1924, la Société normande de banque et de dépôt de Caen, fondée en 1913, et en 1926 le Crédit havrais, constitué en 1864 pour financer les importations de coton et de café et première banque française à avoir des relations avec les États-Unis, mais qui se trouve alors en situation délicate. Au même moment, il intègre le capital de trois banques régionales de l'ouest de la France : le Crédit nantais, le Crédit de l'ouest d'angers et la Banque régionale de l'ouest de Blois. Il crée enfin des établissements dans certaines régions qu'il considère comme stratégiques. Ainsi, en novembre 1919, il fonde la Société alsacienne, futur Crédit industriel et commercial d'alsace et de Lorraine, quand il reprend en 1931 la Banque d'alsace et de Lorraine du financier Oustric, dont il est actionnaire à plus de 85 %. A l'exception du sud-est, le Crédit industriel et commercial s'installe ainsi, de 1918 à 1930, dans toute la France. Toutes les banques et leur réseau propre d'agences sous son égide réalisent des opérations en commun et se servent mutuellement de leurs guichets. Elles fondent un établissement spécialisé dans les opérations de crédit à moyen et à long terme, l'union de banques régionales pour le crédit industriel, leur société mère s'octroyant un quart du capital.

En revanche, le CIC ne dispose lui-même, en 1930, que de cinquante-cinq agences, toutes à Paris et dans la banlieue parisienne, plus le siège de Londres. De nombreuses petites banques connaissent de graves difficultés pendant la crise des années 1930, ce qui va entraîner des changements et restructurations. Ces restructurations modifient les relations entre toutes les banques de la galaxie CIC qui adoptent des procédures et des méthodes communes. C'est dans le domaine du placement de titres que le changement le plus bénéfique apparaît: un accord est signé en 1929 entre dix-sept banques affiliées et leur société mère, stipulant que chaque cocontractant garantit le placement des titres dont dispose le CIC à concurrence de son pourcentage dans le syndicat. L'esprit de groupe se manifeste pleinement pendant la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle les banques se rendent mutuellement des services. De nouveaux établissements sont acquis par le CIC, qui prend le contrôle en 1941 de la Banque transatlantique et de ses deux filiales, la Banque commerciale du Maroc et la Banque de Tunisie, puis, en 1943, de la banque Journel et Cie de Saint-Quentin. La même année, il se rapproche de la Banque régionale de l'ain avant de l'acquérir en 1953. Les regroupements se poursuivent après la guerre: en 1957, le Crédit industriel de l'ouest naît de la fusion du Crédit nantais et du Crédit de l'ouest. Une agence du Crédit industriel et commercial à Paris, à l'angle de la place des Ternes et du boulevard de Courcelles, dans les années 1960 La perte d'indépendance La libéralisation bancaire et financière et les modifications institutionnelles des trente dernières années obligent le CIC à adopter de fréquents changements de statut. Après une tentative de mainmise de la Banque de Paris et des Pays-Bas, qui prend en 1966 3 % de son capital afin de développer sa distribution de crédits à court terme à partir du réseau d'agences régionales, le CIC tombe en 1968 dans l'escarcelle de la Compagnie financière de Suez. L'institution et ses neuf banques affiliées sont nationalisées en 1982, en même temps que leur société mère. Les restructurations vont alors se multiplier. En 1983, le CIC s'assure 51% du capital de ses

filiales. L'année suivante, le groupe est divisé en deux sociétés : CIC Union européenne, international et Cie et Compagnie financière de CIC qui, en 1987, prend 100 % du capital des banques régionales. Cette participation est ensuite confiée à l'union européenne de CIC, à la fois banque et holding du groupe CIC après la fusion en 1990 de l'établissement avec la Banque de l'union européenne. Les nouvelles activités porteuses de bancassurance conduisent en 1985 la compagnie d'assurances du GAN à entrer dans le capital de la Compagnie financière de CIC et à en détenir 51 % en 1989, puis près de 93 % du capital de l'union européenne de CIC. Cette géographie de l'actionnariat est de courte durée. En effet, après sa privatisation en 1997, l'union européenne de CIC est reprise majoritairement par la Banque fédérative du crédit mutuel, qui rachète la part du GAN en 2001. Entre-temps, en 1999, l'union européenne fusionne avec le CIC de Paris et reprend son appellation originelle de Crédit industriel et commercial. Aujourd'hui, le groupe Crédit mutuel-crédit industriel et commercial propose toutes les opérations de la banque et de l'assurance dans les 1940 agences françaises de ses établissement régionaux. Ainsi, près d'un siècle et demi après sa création, le Crédit industriel et commercial conserve sa structure originale dans le paysage bancaire français avec un établissement parisien et des établissements régionaux qui lui appartiennent, mais qui sont juridiquement indépendants. Le Crédit lyonnais : Premier modèle de banque de dépôt Fondé pour assurer le financement du développement industriel de sa région d'origine, le Crédit lyonnais ne tarde pas, grâce à une politique active de création de sièges en France et à l'étranger, à devenir la première banque nationale, et même mondiale. Recevant des fonds d'un large public pour rassembler le maximum de ressources tout en diversifiant ses risques, il devient l'exemple des banques de dépôt, préférant la gestion d'un grand nombre de comptes de faible montant au choix des maisons de la Haute Banque de l'époque d'un petit nombre de clients disposant de fonds considérables. Après avoir échappé aux crises financières de la fin du XIXe siècle, le Crédit lyonnais édicte des règles strictes de gestion qui seront ensuite adoptées librement par ses principaux concurrents, avant d'être érigées en normes par les pouvoirs publics. En particulier, il privilégie les crédits à court terme afin que les échéances de ses emplois correspondent aux échéances de ses ressources. Mais la gestion effective de l'établissement n'est pas toujours à la hauteur de ces principes de sagesse: l'histoire du Crédit lyonnais est parsemée de dérapages résultant d'opérations risquées, tant sur le territoire national qu'à l'extérieur des frontières, qui le conduisent à plusieurs reprises au bord de la faillite. Mais l'état décide, à chaque fois, de le sauver.

Henri Germain (18241905), député de l'ain, président-fondateur du Crédit lyonnais. Sa gestion stricte servira de modèle à toutes les banques de dépôt. Une banque régionale ouverte au grand public Le Crédit lyonnais est fondé le 6 juillet 1863, pour une durée de trente ans, par 353 actionnaires se répartissant les 40 000 actions de 500 francs. C'est la première banque à profiter de la nouvelle loi de mai 1863 permettant la formation, sans autorisation, de «sociétés anonymes à responsabilité limitée n si leur capital est limité à 20 millions de francs. Les entreprises industrielles et commerciales lyonnaises et genevoises sont alors en effet en pleine expansion et ont besoin de liquidités pour assurer leur développement. Or l'épargne substantielle dont bénéficie la région est surtout dirigée vers le marché boursier, ouvert depuis 1845 avec trente agents de change. Il existe bien, depuis 1835, un organisme de crédit, la Banque de Lyon, reprise en 1848 par la succursale de la Banque de France, mais, comme les 21 banques privées qui le concurrencent, il n'accueille pas les dépôts du public. Ne parvenant pas à s'accorder avec une banque parisienne, (le Crédit industriel et commercial, qui a l'intention d'installer une filiale à Lyon), quatorze hommes d'affaires lyonnais s'allient à trois financiers genevois et deux banquiers parisiens pour créer leur propre banque. A leur tête se trouvent Arlès-Dufour, un riche commissionnaire, l'un des fondateurs du CIC, mais qui veut un établissement purement régional et, surtout, Henri Germain, qui va présider jusqu'en 1905 aux destinées de l'établissement et lui imprimer sa marque. Son statut permet au Crédit lyonnais de traiter toutes les opérations bancaires. Grâce à la rémunération qu'il propose, il attire très vite de nombreux petits épargnants qui joignent les gros déposants d'origine comme il suffit de verser 50 francs pour se faire ouvrir un compte qui fonctionne sans frais, ses clients sont déjà 10 000 fin 1864 et 15 000 quand éclate la guerre de 1870. En 1865, sont ouvertes la succursale de Marseille, très vite transformée en

simple agence, et la succursale de Paris, qui, dès début des années 1870, commence à supplanter le siège social de Lyon, avant de devenir en 1882 le siège central de l'établissement. Grâce à l'ampleur de ses ressources, la banque accorde en deux ans 45 millions de francs de crédits et se constitue un portefeuille de 5 millions de titres, dont ceux de ses filiales, La Fuschine, entreprise industrielle de colorants à Lyon, et une usine à gaz à Saragosse, qui se révèlent vite des opérations déficitaires. Elle se spécialise aussi dans le placement d'emprunts, tant publics, pour la ville de Lyon par exemple, que privés, comme pour l'entreprise du Creusot de Joseph Eugène Schneider. Siège social, boulevard des Italiens, à Paris. Il ouvre au public en mars 1878. Une activité de distribution de crédits et de nombreux guichets Dès sa création, le Crédit lyonnais utilise ses fonds pour prêter à court terme à de petites entreprises en leur escomptant des effets sur lesquels elle appose ensuite sa troisième signature indispensable pour bénéficier du réescompte de la Banque de France. Mais il accorde aussi des crédits à long terme à de grandes entreprises régionales qui n'ont pas les moyens d'autofinancer leurs besoins de développement : des soyeux achetant et vendant dans des pays lointains ou des entrepreneurs de chemin de fer obligés de bâtir des infrastructures coûteuses. La guerre de 1870 marque un premier coup d'arrêt au développement du Crédit lyonnais qui doit faire face aux retraits de nombreux déposants. La banque est obligée de transférer la plupart de ses opérations d'escompte en Angleterre. Elle ouvre une agence à Londres, en 1871. En France, la situation économique défavorable d'après-guerre nécessite un changement de stratégie. L'établissement abandonne quelque peu ses prêts aux entreprises au profit de l'émission, de la détention et de la circulation de valeurs mobilières, rentes françaises et étrangères, actions et obligations de sociétés industrielles, à la fois pour son compte personnel et pour celui de ses clients. En avril 1872, le Crédit lyonnais est transformé en société anonyme, son capital passe de 20 à 50 millions et ses titres deviennent au porteur, alors même qu'ils ne sont pas entièrement

libérés. En décembre 1875, il achète l'hôtel de Boufflers, anciennement propriété du baron Mallet, à l'angle de la rue de Choiseul et du boulevard des Italiens, qui ouvre au public en mars 1878. A la recherche de ressources pour assurer les emplois requis par l'activité de son siège de Paris, il installe des agences en province, d'abord dans la région lyonnaise et le Sud-Est, puis dans des grandes villes françaises et, à partir de 1873, à Paris, où l'on compte 30 agences en 1880. Grâce à cette présence, le Crédit lyonnais devient la première banque française en 1880, les déposants étant attirés par des campagnes publicitaires. Il est également le premier établissement de crédit français à ouvrir, dès 1874, des succursales à l'étranger (Alexandrie, Constantinople, où la banqueroute turque de 1876 lui fait supporter des pertes importantes, Madrid, Genève, et même New York en 1879). La création de ce véritable réseau est l'oeuvre de Henri Germain, député de l'ain de 1869 à 1885 puis de 1889 à 1893, souvent annoncé comme ministre des Finances en raison de ses compétences reconnues dans les milieux parlementaires et financiers. Le retour d'une économie saine à la fin des années 1870 conduit le Crédit lyonnais à développer de nouveau ses interventions dans le milieu des affaires : après avoir doublé son capital, il achète deux compagnies d'assurances, le Monde et la Paternelle, se lance dans les travaux urbains avec la Société lyonnaise des eaux et de l'éclairage et dans le crédit hypothécaire avec la Société foncière lyonnaise. Mais l'essor économique se double d'une intense spéculation financière qui va s'achever en krach boursier et modifier la nature des opérations gérées par la banque. De l'influence du krach de 1882 sur la stratégie de la banque A la veille de la grande crise boursière, le Crédit lyonnais est dans une situation florissante : avec ses 109 succursales en France et à l'étranger, il gère 380 millions de francs de dépôts, en contrepartie d'un capital nominal passé au printemps 1881 à 200 millions, dont la moitié est versée, et de réserves de 80 millions. Il profite de l'engouement sur les marchés financiers et engrange des profits substantiels en participant aux nombreuses émissions de titres et en accordant des reports en Bourse à ses clients. Mais, dès octobre 1881, ses dirigeants s'inquiètent de l'évolution économique. Ils exigent une diminution des reports, des avances de caisse, du nombre de comptes débiteurs, de peur que la Banque de France ne restreigne ses opérations de réescompte. Grâce à cette anticipation, le Crédit lyonnais est moins touché que ses concurrents. Pourtant des rumeurs de pertes considérables circulent sur ses opérations à la tête d'un syndicat à la baisse sur les titres de sa rivale, l'union générale, alors que le cours des actions de cette banque augmente sans cesse. Cette société finit par faire faillite. L'étincelle va se propager à l'ensemble des marchés français. Si les informations précédentes sur le comportement du crédit lyonnais face à l'union générale ne sont pas fondées, il est vrai que le gros portefeuille de titres que détient la banque se déprécie fortement (de plus de 22 millions de francs) et qu'elle ne peut mettre fin

à sa pratique des reports au risque d'accentuer encore la crise. Il n'est donc pas surprenant que le Crédit lyonnais enregistre des retraits considérables de dépôts (80 millions sur 240), auxquels il fait face sans difficulté, ainsi qu'une baisse du cours de son action qui passe de plus de 1110 francs en janvier 1881 à 820 francs en novembre de la même année, avant de chuter à 545 francs début 1883 et même à 525 francs fin 1885. Cet épisode marque un tournant capital dans les pratiques de la banque. La gestion d'henri Germain, déjà très stricte, va encore se durcir. Elle servira longtemps de modèle pour toutes banques de dépôt françaises et sera à l'origine du principe de spécialisation des établissements, par opposition au principe d'universalisme. Deux règles sont plus particulièrement affirmées. D'une part, une banque de dépôt ne doit pas s'engager dans une entreprise industrielle qui, aussi bien gérée soit-elle, comporte des risques. En effet, la rentabilité d'une telle affaire est longue à se concrétiser et il est impossible de céder ses actifs pour rembourser les dépôts à vue. Donc, si une banque de dépôt souhaite financer des opérations commerciales courantes, elle doit fournir des crédits à court terme. D'autre part, les dividendes distribués doivent provenir des bénéfices sur les opérations ordinaires de banque alors que les profits sur les opérations exceptionnelles (participations ou placements en valeurs mobilières) doivent être mis en réserves pour être utilisés lorsque les résultats s'avèrent moins favorables. Succursale de Constantinople, en Turquie, 1910. Le Crédit lyonnais est le premier établissement de crédit à ouvrir, dès 1874, des succursales à l'étranger Une réputation ternie par des opérations risquées La crise financière de 1882 et ses conséquences économiques vont longtemps peser sur les résultats du Crédit lyonnais. Comme le prône Henri Germain, des millions de réserves sont prélevés pour que les dividendes continuent à être versés au niveau habituel. Des agences non rentables sont fermées. Les crédits sont distribués avec plus de parcimonie, La banque se tourne alors vers l'activité, très rémunératrice, d'émission et de négociation de titres : rentes, obligations du Crédit foncier et des gouvernements étrangers. Elle continue à diriger l'épargne de ses déposants vers les emprunts russes, auxquelles elle s'intéresse depuis 1873 et surtout après que les Rothschild en ont perdu le monopole en

1877. Elle ouvre une agence â Saint-Pétersbourg en janvier 1878 et se trouve bien placée pour être, en 1888, le principal souscripteur du premier grand emprunt russe-500 millions à 4 % -et se spécialiser dans les fonds russes. Mais l'effondrement de ces derniers fait perdre beaucoup d'argent à ses clients et constitue pour elle un revers d'autant plus difficile à surmonter que cette aventure fait suite des initiatives, également sources de déboires. Ainsi, les années 1890 se révèlent délicates pour la banque, qui réduit son portefeuille titres et ses participations les plus importantes, ne conservant que la Foncière lyonnaise. Sa situation s'améliore au début du Xxe siècle. Avec ses 189 agences en France et à l'étranger, elle devient le premier établissement de crédit mondial par le total du bilan. Succursale à Alexandrie, 1910 Une activité restreinte pendant l'entre-deux-guerres Les problèmes réapparaissent en 1914 : dès la déclaration de la guerre, de nombreux retraits sont enregistrés. Malgré la décision des autorités monétaires de donner cours forcé aux billets de banque, le Crédit lyonnais n'éprouve aucune difficulté à faire face aux demandes de remboursement car la Banque de France aide l'ensemble des banques en augmentant ses opérations de réescompte. Mais face à la concurrence de petites banques locales, l'établissement ne peut éviter de fermer 76 agences. En 1920, pour la première fois, le total du bilan de la Société générale est supérieur à celui du Crédit lyonnais, dont la rentabilité est grevée par les difficultés en Russie pour liquider ses agences. D'autres pays, comme la Turquie et l'espagne, constituent des pôles de pertes : les agences de Smyrne et d'istambul, de Saint-Sébastien et de Valence sont abandonnées. En revanche, des succursales apparaissent à Anvers, à Luxembourg, à Gand, à Casablanca et, en France, dans de petites villes et en zone rurale. Le Crédit Lyonnais dispose en 1932 de 1 500 sièges, dont 650 permanents, et retrouve la première place parmi les banques nationales. La crise des années 1930 constitue une nouvelle période délicate. Sans être conduite à la faillite, elle est touchée par la baisse de son activité sur les titres, consécutive à la crise boursière, et par quelques scandales, comme la chute du groupe Kreuger, dans lequel elle engagée. Elle doit de nouveau fermer :une centaine d'agences et elle est exclue de la recomposition du paysage bancaire français. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'établissement se replie à Lyon et à La Bourboule. Il

prépare sa participation au financement de la reconstruction en procédant, dès 1943, à une importante augmentation de capital (porté de 400 millions à 1 milliard de francs) tandis que ses réserves passent de 800 millions à 1 milliard. En décembre 1945, comme ses trois principaux concurrents, la Société générale, le Comptoir national d'escompte de Paris et la banque nationale pour le commerce et l'industrie, créée en 1934 pour reprendre la Banque nationale de crédit, le Crédit Lyonnais est nationalisé. La distinction, désormais inscrite dans les textes, entre banques de dépôt et banques d'affaires, constitue un hommage tardif à la doctrine jadis édictée par Henri Germain. La banque va d'autant plus bénéficier de l'essor économique des Trente Glorieuses que l'autorisation nécessairement donnée, pendant plus de vingt ans, par le Conseil national du crédit pour l'ouverture de nouvelles agences conduit à un gel des positions acquises. Les activités du Crédit lyonnais se développent alors dans les domaines des relations avec les entreprises (participations minoritaires dans les sociétés), des prêts, des moyens de paiement (la banque fait partie des fondatrices de la carte bleue) et des métiers bancaires. Quand, en 1967, l'opposition, devenue fictive, entre banques de dépôt et banques d'affaires disparaît officiellement et que l'ouverture de guichet est libéralisée, le Crédit lyonnais dispose de 1800 sièges, dont beaucoup proviennent d'installations récentes en Afrique, en Amérique latine et au Proche-Orient. La concurrence entre les banques ne va alors cesser de s'exacerber. Aussi, bien que son expansion se poursuive en nombre de guichets 2450 sièges en 1974 celle-ci est moins satisfaisante en terme de résultats. Pour la première fois, le Crédit lyonnais enregistre une perte. Les années 1990 constituent une nouvelle période mouvementée. Après sa privatisation en 1999 et sa prise de contrôle en 2003 par le Crédit agricole pour former, avec Indosuez, la banque Caylon, le Crédit lyonnais (LCL depuis août 2005), longtemps modèle de la pratique des établissements de crédit français, mais aussi exemple douloureux de certaines pratiques bancaires, peut poursuivre sa route. La Société générale : Le succès pérenne d'une banque de dépôt L'apparition, puis le rapide développement du Crédit mobilier, sous le second Empire, bouleversent le monde français du crédit. Les maisons de banque classiques, peu habituées aux nouvelles demandes des entreprises industrielles naissantes, cherchent des moyens pour s'opposer à la concurrence de ce nouvel organisme et au risque hégémonique qu'il fait rapidement courir. Une coalition de banquiers s'organise alors, conduisant, après une longue période de gestation, à la création d'un nouvel établissement de crédit, proche, par ses objectifs et ses méthodes, de l'institution qu'il veut combattre, mais en s'efforçant d'en éviter les écueils.

Malgré des statuts stricts qui la brident pendant quelques années, la «Société générale pour favoriser le développement du commerce et de l'industrie en France» connaît un essor immédiat grâce aux relations financières nouées avec les affaires de ses principaux fondateurs. Menant une politique ambitieuse et pérenne d'ouverture d'agences en France et à l'étranger, la nouvelle banque dispose des fonds nécessaires pour assurer le financement des secteurs clés de la révolution industrielle. Elle traverse ensuite, sans grand dommage, les différentes crises bancaires, avant de réussir son adaptation aux mutations financières internationales de la fin du Xxe siècle. 1910. Premier siège social, rue de Provence, à Paris Les projets antérieurs à la fondation Au cours de ses premières années, le Crédit mobilier ne trouve sur sa route que le Comptoir d'escompte et ses sous-comptoirs. Mais le manque de liquidités empêche ces derniers de s'opposer efficacement à l'établissement des Pereire. Début 1856, alors que la conjoncture économique s'améliore et que les demandes de crédit augmentent, le gouvernement commence à redouter la puissance et les risques engendrés par la gestion du crédit mobilier. Il décide donc de mettre un frein à son développement en lui interdisant de lancer de nouvelles obligations. Parallèlement, les financiers traditionnels pratiquent peu l'escompte et s'intéressent davantage aux entreprises de négoce qu'aux nouvelles firmes industrielles qui forment la clientèle de base des Pereire. Ils sont conscients, cependant, de la nécessité de se lancer dans le financement des entreprises innovantes. Aussi Napoléon III, après avoir renoué les liens avec James de Rothschild, lui-même opposant de longue date de ses anciens collaborateurs, encourage-t-il son initiative de réunir des confrères installés sur les principales places bancaires européennes pour constituer un syndicat de banques. La Réunion financière est destinée, dans un premier temps, à contrer le Crédit mobilier dans

son expansion à l'étranger. Elle devra plus tard favoriser la formation d'un établissement de crédit dédié aux entreprises françaises à la recherche de fonds importants pour assurer leur fonctionnement, prenant moins de risque que les Pereire, c'est-à-dire en proposant essentiellement des opérations à court terme. C'est ainsi que, en décembre 1856, les membres de la Réunion financière déposent une demande de création d'un établissement de crédit, le «Comptoir Impérial des Travaux publics, du Commerce et de l'industrie». Ses objectifs sont de recevoir des fonds à vue et d'accorder des crédits à court terme sous forme d'escompte et d'avances sur titres et sur marchandises, d'apporter la troisième signature nécessaire au réescompte des effets par la Banque de France. En revanche, il exclut de prendre des participations dans des entreprises. Alors que l'accord des pouvoirs publics se fait attendre, d'autres financiers européens envisagent la fondation d'une «Société internationale de Crédit commercial», mais l'environnement financier défavorable empêche la mise en oeuvre du projet. Le conseil d'etat rejette la proposition de la Réunion financière car le gouvernement s'alarme des conséquences de l'existence d'une nouvelle banque et préfère donner au Comptoir d'escompte l'autorisation de doubler son capital. Ce revers conduit James de Rothschild à ne plus participer aux discussions qui reprennent dans l'espoir de déposer un dossier capable de faire revenir l'etat sur sa décision, ce qui va nécessiter plus de sept années. Trente-trois fondateurs En mai 1863, alors qu'il devient urgent de favoriser la distribution de prêts pour lutter contre la concurrence étrangère à laquelle conduit la nouvelle politique commerciale libérale du régime, une énième tentative pour créer un établissement de crédit est entreprise par plusieurs anciens membres de la Réunion financière. Parmi eux se trouvent des banquiers hollandais, alliés du Comptoir d'escompte, des financiers anglais et des dirigeants de l'industrie et de compagnies de chemin de fer, partenaires des Rothschild, conduits par Talabot du Paris-Lyon-Marseille (PLM) et Bartholony du Paris-Orléans, et opposés aux Pereire qui détiennent les sociétés ferroviaires de l'est, de l'ouest et du Midi. En s'inspirant de la Société générale belge qui, depuis une quarantaine d'années, finance de manière satisfaisante de nombreuses entreprises, ces hommes d'affaires proposent une institution ayant un rayon d'action plus large que celui du Crédit industriel et commercial, apparu en 1859 et cantonné à Paris à sa banlieue, et se rapprochant davantage de la Banque de crédit et de dépôt des Pays-Bas, future Banque de Paris et des Pays-Bas, fondée en avril 1863. ils obtiennent satisfaction le 4 mai 1864, quand paraît le décret autorisant la création de la «Société générale pour favoriser le développement du commerce et de l'industrie de France», appellation.

Significative de l'orientation recherchée, mais ambiguë quant à la limitation à court terme de ses opérations. Les trente-trois fondateurs, parmi lesquels figurent peu de petits porteurs et quelques rares riches particuliers souscrivent le capital, de 120 millions de francs, le plus élevé alors de tous les établissements de crédit français, dont la moitié immédiatement libérée. Le conseil d'administration nomme comme premier président, pendant deux ans, l'industriel Joseph Eugène Schneider. Seuls les détenteurs d'au moins 40 actions participent à l'assemblée générale, chacun avec une voix par tranche de 40 titres. L'institution d'abord installée dans les locaux du Comptoir d'escompte, la maison natale de Napoléon III, avant de se retrouver dans se propres murs, rue de Provence, est dirigée pendant un an de manière collégiale par un représentant des trois groupes qui se trouvent à son origine : le banquier genevois Hentsch pour la Haute Banque, le directeur du Comptoir d'escompte Pinard, et Talabot pour les entreprises industrielles. L'objet de la société générale est de «prêter son concours à la formation d'entreprises individuelles et commerciales, mobilières ou immobilières, à toutes entreprises de travaux publics, de constituer ces sociétés, de s'occuper des émissions de leur capital et du placement de leurs actions et obligations, d'ouvrir toute souscription nécessaire, d'y prendre des parts d'intérêts...», ce qui correspond aux activités des futures banques d'affaires. Mais elle est limitée par les statuts restrictifs que lui imposent les pouvoirs publics, soucieux d'éviter le retour des errements du Crédit mobilier. En effet, elle n'est habilitée à recevoir que des ressources à court terme : comptes courants d'entreprises, disponibles à vue et limités à une fois et demie le montant de ses fonds propres; comptes chèques, remboursables à deux jours de vue et rémunérés, dépôts sur reçus, à sept jours de vue et percevant des intérêts à partir d'un mois d'immobilisation. En contrepartie, les crédits qu'elle peut octroyer sont aussi à court terme : avances sur titres et escomptes d'effets. Un développement rapide grâce à l'ouverture de nombreux guichets Au début de son existence, la Société générale travaille en priorité avec les entreprises appartenant à ses fondateurs, en particulier les firmes minières se situant dans la mouvance du groupe PLM. Elle en profite pour développer ses activités de banque d'entreprise, par exemple en accordant à ces mêmes firmes des prêts à court terme. Elle signe aussi de nombreux accords avec les banques ayant participé à la Réunion financière pour prendre des participations communes dans des affaires privées étrangères, surtout en Espagne et en Italie. Ce réseau international facilite l'implantation de la banque dans de nombreux pays. Toujours à l'étranger, essentiellement en Autriche et en Hongrie, elle accorde des avances à des entreprises qui, créancières de compagnies ferroviaires très endettées, sont payées en obligations remises en garantie. Elle multiplie les crédits à des compagnies de négoce international travaillant avec l'extrême-orient et l'amérique du Sud et profite de ses liens

avec la General Credit and Finance Company of London Limited, société financière internationale créée au même moment qu'elle, pour se spécialiser dans des opérations au Moyen-Orient. Un bureau provisoire est ouvert dans la capitale anglaise dès mars 1871. Parallèlement, elle accroît son rôle de banque de dépôt en rassemblant des ressources d'épargne qu'elle fait fructifier par des opérations sur titres, source de fortes commissions. Elle propose ainsi à sa clientèle des obligations publiques, surtout étrangères, car, en dehors de celles de l'emprunt émis pour régler l'indemnisation fixée par le traité de Francfort signé après la guerre de 1870, elle a du mal à se faire une place dans les syndicats gérants les titres de l'etat français. Les gouvernements pour lesquels elle s'engage (italien, espagnol, portugais, égyptiens, turc...) étant parfois obligés de patienter longtemps pour saisir le moment le plus propice à une émission de grande envergure, elle leur propose, en attendant, des prêts à court terme, à des conditions souvent très rentables. Les épargnants sont facilement approchés car la Société générale dispose de nombreuses agences. En effet, trois mois après sa création, une agence est ouverte à Bordeaux, suivie par un bureau à Versailles, puis par quatre implantations à Paris. D'ailleurs, l'une des originalités de cette banque est de se développer à partir de la capitale d'où est géré, de manière centralisée, l'ensemble du réseau. Ainsi, fin 1866, vingt guichets fonctionnent déjà en province et dix à Paris, ce qui facilite les opérations sur les titres pour les particuliers et d'escompte pour les entreprises, alors activités bancaires à court termes principales de l'établissement. Malgré les crises financière et politique de la fin du second Empire, le nombre des agences continuent d'augmenter, passant en 1870 à 32 dans les régions et à 15 dans la région parisienne. On compte 130 guichets en 1879. L'élargissement des statuts 1906. Une agence à Montereau (Seine-et-Marne) Après moins d'un an d'existence, la Société générale entreprend des démarches auprès de l'etat pour faire accepter une modification de ses statuts dans le sens d'une plus grande

liberté. La demande porte sur un accroissement de ses prises de participation, du montant de ses dépôts (limité pour l'instant à une fois et demie le capital libéré) et de ses obligations (limité au montant du capital libéré). Les autorisations sont longues à obtenir car les pouvoirs publics sont inquiets du retard pris dans les appels de fonds aux actionnaires : le deuxième quart n'est versé qu'en décembre 1866, alors qu'il était programmé pour mai 1865. Face aux réticences des autorités, les dirigeants de la banque acceptent de renforcer leurs mesures de sécurité, en détenant par exemple, en contre-partie des avances accordées, uniquement des valeurs acceptées par la Banque de France pour le réescompte et non plus des titres cotés. Une succursale de la Société générale, rue de l'eglise, à Roscoff (Finistère) Expansion continue des activités En récompense de ces efforts, la banque est habilitée à émettre des engagements de trois mois à cinq ans à concurrence de son capital, porté à 120 millions, et à recevoir des fonds en compte courant jusqu'à une fois et demie ce capital nominal. En revanche, le gouvernement reste inflexible sur d'autres demandes. En particulier, il lui refuse d'émettre des obligations à long terme et d'accorder des avances garanties par des titres étrangers. Ce n'est qu'en 1873 que la banque bénéficie d'un assouplissement de sa gestion. Pour assurer le financement de son expansion, la Société générale est amenée à procéder à plusieurs augmentations de capital, qui atteint 500 millions en 1914 et est détenu par plus de 120 000 actionnaires. Ces ressources vont faciliter sa participation à la reprise économique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle : elle se comporte alors essentiellement en banque d'entreprise. Elle joue aussi un rôle important dans la seconde révolution industrielle française en prêtant pour de longues périodes, parfois par l'intermédiaire de renouvellement de découverts, à des entreprises dans des secteurs variés : charbonnage, chimie, construction électrique, sidérurgie, métallurgie... Ces activités lui ouvrent des opportunités pour participer à des opérations sur titres pour les sociétés auxquelles elle accorde des prêts.

Ainsi, à la veille de la guerre, elle assure 20% des placements effectués sur le territoire nationale, grâce à la fois à sa forte présence dans des syndicats bancaires, aux côtés des grands établissements de la place de Paris, et à ses implantations en France qui facilitent l'écoulement des titres auprès de sa clientèle de déposants. Le nombre de ses agences et de ses bureaux permanents passe, de 1894 à 1914, de 142 à 524 en province et de 38 à 97 dans la région parisienne. L'établissement porte par la suite son effort sur l'ouverture de bureaux temporaires qui seront 864 en 1930. Les activités de banque de dépôt deviennent alors, prédominantes. En 1912, l'agence centrale de la banque est transférée boulevard Haussmann et devient, en 1915, le siège social. Dans l'ensemble, la banque aborde la période de l'entre-deux-guerres en position de force. Elle est même devenue en 1920 la première banque française par le montant de son bilan, détrônant le Crédit lyonnais. Afin d'être davantage active dans le développement du pays, elle crée en 1928 le Calif, le Crédit à l'industrie française, qui à partir de bons à échéance fixe, accorde des prêts à l'équipement à moyen terme. Mais elle ne peut échapper aux conséquences de la crise bancaire des années 1930, dans ses métiers de banque de dépôt avec les nombreux retraits de ses clients comme dans ceux de banque d'affaires, d'abord parce qu'elle est impliquée dans moultes affaires avec des banques allemandes, les premières touchées par la chute du système bancaire autrichien, ensuite en raison du ralentissement économique général en Europe. La réduction de ses activités la contraint à fermer des agences: en 1939, il en reste 101 à Paris, 507 en province et environ 800 bureaux périodiques, soit un nombre quasi équivalent à celui de 1922. Un rôle précurseur dans les innovations financières Pendant la guerre, la banque se replie à Vichy et délocalise son service de conservation des titres à la Bourboule. Comme ses trois concurrents, le Crédit lyonnais, le Comptoir d'escompte de Paris et la Banque nationale pour le commerce et l'industrie, la Société générale est nationalisée en 1945. Elle s'adapte à la politique interventionniste de l'après guerre, caractérisée par l'encadrement du crédit, le contrôle des changes, la limitation de la création de guichets. Heureusement, ses engagements à l'étranger lui permettent de poursuivre son développement. En particulier, grâce à sa présence à New York, elle participe largement au plan Marshall. Lorsque l'ouverture d'agences en France est à nouveau autorisée en 1967, la banque reprend son rythme soutenu d'installations au plus proche de sa clientèle de particuliers, de plus en plus avides de crédits à la consommation, tout en accentuant l'internationalisation de son réseau. Première des banques à être privatisée, le 29 juillet 1987, elle parvient à faire échouer une tentative de rachat dès 1988. Elle se développe dans le domaine de la banque commerciale

en achetant des banques de détail, tant en France par exemple le Crédit du Nord à Paribas en 1999 qu'à l'étranger en Europe de l'est (Roumanie, Bulgarie, République Tchèque, Slovénie) ou dans les pays du Maghreb (Maroc, Tunisie). En revanche, elle échoue en 1999 dans sa volonté d'acquérir Paribas, perdant la bataille de l'offre publique menée contre la Banque nationale de Paris. Surtout, elle devient précurseur dans de très nombreuses innovations, aussi bien bancaires (opérations de crédit-bail) que financières (gestion collective de valeurs mobilières, gestion d'actifs, fusions-acquisitions, plus récemment l'introduction en France des trackers...), en créant des filiales dédiées à ces nouveaux métiers, ce qui lui permet, près d'un siècle et demi après sa création, de lutter à armes égales avec les plus grandes banques mondiales et d'être l'objet de rumeurs insistantes sur son avenir. La Banque de Paris et des Pays-Bas : De la banque d'affaires à la compagnie financière Regroupement de deux institutions, la Banque de Paris et des Pays-Bas est l'un des premiers établissements de crédit créés après la chute du second Empire, à un moment où les conséquences de la révolution industrielle nécessitent, de la part des entreprises, des investissements onéreux et où la libéralisation des échanges internationaux conduit à un développement économique dans la plupart des régions du monde. Ces deux caractéristiques vont être constamment à la source de la stratégie menée par les dirigeants de la banque : le financement à long terme d'entreprises nationales et étrangères assuré par des prises de participation plus ou moins importantes et une présence active dans un maximum de pays. Mettant successivement en avant l'une ou l'autre de ces priorités, l'établissement conduit constamment une politique de diversification sectorielle et géographique qui en fait rapidement l'un des groupes financiers les plus puissants du monde. Son influence ne peut qu'attirer la convoitise, alors que la recherche du gigantisme bancaire s'impose. Constitution d'un portefeuille-titres de sociétés industrielles

La Banque de Paris et des Pays-Bas est créée le 27 janvier 1872 sous forme de société anonyme au capital, considérable pour l'époque, de 125 millions de francs, dont la moitié est libérée. Œuvre de plusieurs dirigeants de maison de banque conscients de l'exigence d'un renouvellement des organismes bancaires pour répondre aux nouveaux besoins financiers des entreprises et opposés à la puissance des Rothschild, elle est née de la fusion de deux établissements, la Banque de crédit et de dépôt des Pays-Bas et la Banque de Paris. La première apparaît en 1863, à Amsterdam, et provient de l'association de la maison de banque d'origine allemande Bischoffsheim-Goldschmidt, également fondatrice du Crédit lyonnais et de la Société générale, présente à Paris dès 1846 et à Londres en 1863, et de maisons de banque parisiennes, comme Demachy. La seconde, fondée par des banques et de riches particuliers français, s'installe en 1869 dans la capitale, rue d'antin, dans l'immeuble qui devient le siège de la nouvelle institution, dont le caractère international apparaît ainsi dès sa fondation et facilite le lancement de ses premières opérations. A ses débuts, la Banque de Paris et des Pays-Bas a une faible activité bancaire de court terme. Elle délaisse l'escompte et les autorisations de découverts, préférant déjà s'orienter vers la constitution d'un portefeuille-titres privé, national et international. En France, elle prend des participations -dans des branches industrielles et commerciales susceptibles d'atteindre une puissance équivalente à celle des compagnies ferroviaires, dont la marge de progression est désormais limitée : les sources d'énergie avec la Compagnie nouvelle d'électricité ou la Société du gaz de Paris, l'aviation avec les Etablissements Blériot, la métallurgie avec Fives-Lille, les grands magasins avec Le Printemps... A l'extérieur des frontières, la banque connaît, dans les premières années qui suit sa création, des difficultés. En 1872, sa succursale d'amsterdam achète une petite banque qui fait de mauvaises affaires aux États-Unis. De même, l'agence d'anvers et filiale de Londres doivent être fermées en 1876. A la fin du XIXe siècle, elle est attirée par les pays d'europe du Nord et de l'est et par l'amérique du Sud, avant de s'intéresser au début du XXe siècle, à l'asie. Partout, elle crée ou développe des entreprises, émet et place leurs actions et leurs obligations, parfois même les introduit en Bourse. Elle investit plus particulièrement dans l'industrie sélectionnant les secteurs dans lesquels ses entreprises françaises clientes peuvent trouver des débouchés : chemin de fer en Russie, en Argentine, au Japon ; électricité en Russie, dans les Balkans; sidérurgie en Russie ; chimie en Norvège avec la Norvégienne de l'azote, future Norsk Hydro ; Pétrole en Roumanie...

La célèbre Orangerie du siège de Paribas, rue d'antin, à Paris Mise en place d'un réseau international L'établissement développe aussi les activités bancaires à l'étranger en participant à la création de nombreuses institutions, ce qui permet d'être au centre de la circulation internationale des capitaux. On peut citer en Europe, la Banque espagnole de crédit Banesto ; en Russie, en collaboration avec la Société générale, la Banque du Nord, bientôt Banque russo-asiatique ; dans les Balkans, la Banque générale de Bulgarie et la Banque de Salonique ; en Afrique, la Banque d'etat du Maroc et la Banque de l'outre-mer au Congo belge ; au Moyen-Orient, le Crédit foncier égyptien ; en Amérique du Nord, le Crédit foncier franco-canadien; en Amérique du Sud, l'éphémère banque nationale du brésil (18931898), puis, toujours au Brésil, en 1910, la Banque française et italienne pour l'amérique du Sud, la Banque nationale du Mexique; en Asie, la Banque franco-japonaise... N'ayant aucun mal à mobiliser l'épargne nécessaire, grâce à ses quatre implantations à Paris, Amsterdam, Bruxelles et Genève, la Banque de Paris et des Pays-Bas détient également un important portefeuille d'obligations publiques, à la fois françaises, en particulier des emprunts de libération du territoire après la guerre de 1870, et étrangères, grâce à l'appui de ses correspondants, Baring en Angleterre, la Deutsche Bank, la Privat Banken de Copenhague, la Stockholm Enskilda Bank, la Baden Kreditanstalt et le Wiener Bankverein autrichiens, Kuhn Loeb aux États-Unis. En effet, sans s'installer elle-même dans les pays étrangers, elle participe à de nombreux syndicats d'émission, dans les pays scandinaves et d'europe centrale et orientale, au Maroc, en Amérique du Sud, puis place les titres sur les places d'europe occidentale, aidée par le réseau d'agences de ses deux partenaires, le Crédit lyonnais et la Société générale.

Elle lance même, dès 1889, directement en France, où l'épargne est abondante, des titres pour l'etat russe, ce qui lui vaudra ensuite quelques désagréments. Pour des raisons de rentabilité, elle abandonne cependant peu à peu ces emprunts publics pour des emprunts privés. Dans les émissions de titres, elle innove en mettant au point la technique, toujours en vigueur, du placement portant son nom «à la parisienne», qui consiste à répartir les titres non placés entre tous les membres du syndicat au prorata de la participation de chacun, sans tenir compte des titres qu'il a réussi à céder, et qui s'oppose à la procédure «à la lyonnaise» du Crédit lyonnais, dans lequel chaque participant ne conserve que la part qu'il n'a pas placée. Avec toutes ces activités, la Banque de Paris et des Pays-Bas est devenue, à l'aube de la Première Guerre mondiale, la première banque d'affaires française avec un portefeuille composé à plus de 50 % de titres européens. Malgré les deux crises de 1882 et de 1889, elle réalise des profits substantiels. Parallèlement, ses opérations de banque de dépôt s'accroissent car ses filiales, plus de quatre cents dans le monde entier en 1913, reçoivent des fonds importants de leurs clients en contrepartie desquels elles leur accordent des crédits à court terme. A cette date, son bilan atteint 782 millions de francs, contre 278 en 1900. La banque se développe au Maroc. Elle investit dans les services publics et les activités industrielles Ci-dessus : Construction de la ligne de chemin de fer qui reliera Tanger à Fez, dans les années 1920 Des activités de banque d'entreprise plus développées pendant l'entre-deuxguerres Au cours de la guerre de 1914-19I 8, la banque maintient son activité en participant à la mobilisation de l'épargne en faveur de l'état. Elle facilite l'obtention de crédits pour le Trésor français en provenance de pays européens comme l'espagne, les Pays-Bas, la Suède. Après le conflit, le contexte financier international change: New York évince Paris comme source mondiale de l'épargne. Les emplois de la Banque de Paris et des Pays-Bas s'en ressentent. Ses engagements à l'étranger deviennent davantage ciblés. Toujours présente en Amérique latine, elle intervient surtout dans les États d'europe de l'est, grâce à ses liens avec la

Lànderbank autrichienne transformée en Banque des pays de l'europe centrale dont elle prend le contrôle, la Banque franco-polonaise, la Banque bulgare de commerce et la Banque générale de Bulgarie qu'elle réorganise, le Crédit agricole hypothécaire de Roumanie qu'elle crée. Elle est également présente au Moyen-Orient à la faveur de ses relations avec la Banque ottomane. Surtout, elle se développe au Maroc où son holding, la Compagnie générale du Maroc, qu'elle dirige et qui gère les intérêts de plusieurs établissements de crédit français dans ce pays, lui permet d'investir dans les services publics (chemin de fer et ports) et les activités industrielles (énergie électrique). Selon un schéma identique, elle s'installe en Indochine et à Madagascar : elle fonde la Banque franco-chinoise en 1922 et la Banque de Madagascar et des Comores en 1926, tout en mettant surplace un holding, la Compagnie générale des colonies, future Compagnie de participations et d'entreprises, qui porte ses intérêts dans les entreprises qu'elle fonde ou qu'elle reprend. Son influence dans l'économie française s'accroît, par des opérations à la fois financières et bancaires courantes. Ainsi, tout en demeurant dans ses secteurs de prédilection et en s'introduisant dans de nouveaux, la banque développe son portefeuille de titres privés soit en favorisant la création de nouvelles sociétés, soit en aidant aux augmentations de capital d'entreprises existantes. Par exemple, on trouve la Banque de Paris et des Pays-Bas dans le domaine pétrolier (Compagnie française des pétroles, à la fondation de laquelle elle participe, Standard francoaméricaine, qui deviendra Esso-Standard, Steaua en Roumanie, Omnium international des pétroles), de la construction automobile (Citroën), de la chimie (elle est l'acteur principal de la fusion de la Compagnie nationale des matières colorantes et de produits chimiques avec les établissements Kuhlmann), de la construction de matériel électrique (Electrobel, Union d'électricité), de la communication (Havas, Hachette, Compagnie générale de télégraphe sans fil). Toutes ces opérations nécessitent un accroissement des ressources et le capital de l'établissement est porté de 150 millions de francs en 1919 à 300 millions en 1929. Cette politique permettra à la Banque de Paris et des Pays-Bas de traverser sans préjudice majeur la crise bancaire des années 1930. Diversification des participations après la Seconde Guerre mondiale L'activité de l'établissement est réduite pendant toute la période de la guerre. Mais l'atonie des affaires ne l'empêche pas d'augmenter par deux fois son capital, pour l'amener à 675 millions de francs en 1943, afin de préparer le financement de la reconstruction. A la Libération, choisissant le statut de banque d'affaires, la Banque de Paris et des Pays-Bas échappe à la nationalisation mais doit revoir sa stratégie, car l'environnement français et international dans lequel elle intervient change profondément. L'épargne nationale, longtemps excédentaire, ne suffit plus dorénavant pour assurer la modernisation du pays. Profitant des nouvelles dispositions réglementaires, la banque axe son développement sur les crédits aux entreprises à court terme en s'alliant avec plusieurs établissements comme le Crédit industriel et commercial, dont elle prend 3 % du capital, la

Compagnie bancaire Worms, et surtout, à moyen terme, en faveur de l'équipement et de l'exportation, l'immobilier. Par l'intermédiaire de ses filiales, elle se lance dans les innovations bancaires comme le crédit-bail et le factoring. Elle renforce ses positions dans ses secteurs de prédilection, soit en pérennisant des liens anciens, soit en prenant pied dans de nouvelles firmes : l'électricité avec Alsthom, la sidérurgie avec Usinor, le pétrole avec Total, l'industrie papetière avec La Rochette, la distribution avec la Fnac et Darty... Elle cherche aussi à s'implanter dans des entreprises qui appartiennent à des branches naissantes: l'informatique avec Bull, le conseil en informatique avec la Sema, l'électronique quand elle favorise le rapprochement Thomson-Brandt-CSF, le tourisme avec le Club Méditerranée, les compagnies d'assurances... De plus, grâce à sa participation dans le CIC, elle détient 10 % du Crédit national, ce qui lui donne accès au financement des investissements de grandes entreprises. A l'étranger aussi, sa politique passe davantage par des crédits accordés à des entreprises françaises à la recherche de nouveaux débouchés que par des prises de participation dans des entreprises locales. Ses investissements directs remplacent ses investissements en portefeuille. Elle n'en laisse pas pour autant de côté ses opérations financières. Son implication dans les syndicats d'émission d'emprunts publics et privés en fait le premier établissement de placement de valeurs mobilières. Sur les marchés internationaux, elle est en première ligne dans la distribution des crédits en eurodevises. Toutes ces activités placent la Banque de Paris et des Pays Bas au premier rang des banques d'affaires françaises de 1945 à 1968, et même européennes en 1967. la taille acquise par l'établissement et les modifications institutionnelles auxquelles il va devoir s'adapter le contraignent, à plusieurs reprises, à se réorganiser. La Banque de Paris et des Pays-Bas participe à

la fondation de la Compagnie française des pétroles. Ici, puits de pétrole à Hassi-Messaoud dans le Sahara algérien, 1957. Une intégration inscrite dans le cadre de la concentration financière Fin 1998, Paribas cherche à se rapprocher de la Société générale. Mais l'opération n'aboutit pas. En revanche le 9 mars 1999, la BNP lance contre elle une offre publique d'échange qui réussit. La fusion entre les deux établissements est officialisée le 23 mai 2000. Paribas rejoint ainsi un autre grand établissement bancaire à l'histoire tumultueuse. En effet, la BNP est issue du rapprochement, en mai 1966, du Comptoir national d'escompte de Paris et de la Banque nationale pour le commerce et l'industrie. Le premier est une banque de dépôt créée en 1848. La seconde est née en avril 1932, à la suite de la liquidation, après la perte des trois-quart de ses dépôts pendant la crise bancaire, de la Banque nationale de crédit, elle-même fondée en 1913 à partir du Comptoir d'escompte de Mulhouse et qui a repris, en 1922, la Banque française pour le commerce et l'industrie. D'ailleurs, le groupe BNP Paribas est installé au 16 du boulevard des Italiens, lieu de l'ancien siège de la Banque nationale de crédit. Ainsi, Paribas, dès l'origine banque d'affaires implantée dans toute l'europe, fait bénéficier la BNP, banque de dépôt, de sa clientèle d'entreprises et d'investisseurs, pour former l'un des groupes financiers les plus puissants du monde. La Banque de l'union parisienne : Une existence tumultueuse Lorsque les banques de dépôt et les maisons de banque s'avèrent incapables de répondre au développement des besoins de financement des grandes entreprises, de nouveaux établissements apparaissent : les banques d'affaires, qui, elles-mêmes à la recherche de fonds de plus en plus considérables, cherchent à acquérir la taille la mieux adaptée à leurs ambitions. C'est le cas de la Banque de l'union parisienne, créée grâce à l'apport de capitaux par certains dirigeants de la Haute Banque, soucieux de diversifier leurs affaires, à partir d'un établissement plus petit, déjà détenteur d'un portefeuille substantiel de. Mais lorsque la concurrence s'exacerbe, il lui faut trouver des partenaires plus puissants. La création sur les fondations d'une banque existante A l'origine de la Banque de l'union parisienne se trouve la Banque parisienne, créée en 1874, institution de crédit classique pratiquant surtout l'escompte d'effets de commerce. Engagée dans des affaires risquées, celle-ci connaît des difficultés de trésorerie avec la crise économique et financière de la fin des années 1880.

Elle se tourne alors vers la Société générale de Belgique pour obtenir les liquidités qui lui font défaut. Son nouveau protecteur lui fait modifier sa stratégie en l'orientant vers des activités plus «porteuses». C'est en effet l'époque où les entreprises commencent à s'adresser aux marchés financiers en émettant des titres. Mais elles ont besoin d'établissements bancaires qui, d'abord, leur prêtent, dans l'attente de pouvoir faire appel au public et, ensuite, les aident à réussir le placement de leurs valeurs mobilières. La Banque parisienne se spécialise donc dans le lancement et la négociation de titres, tant français (essentiellement de sociétés de chemin de fer et de distribution d'électricité à Paris) qu'étrangers, actions d'entreprises privées, par exemple portugaises et chinoises, ou obligations publiques. Ces nouvelles opérations sont très rentables. Rapidement, la banque se trouve bridée dans son essor par un manque de capitaux. Les actionnaires en place réussissent à convaincre six maisons de banque (Heine, Hottinguer, Mallet, Mirabaud, De Neuflize et Vernes) à les rejoindre dans la fondation d'un nouvel établissement. La Banque de l'union parisienne est ainsi créée le 5 janvier 1904, au capital de 40 millions de francs, la Société générale de Belgique en détenant 15 %. La maison Demachy entre plus tard dans le capital, progressivement augmenté jusqu'à 200 millions en 1929. Dorénavant «confédération» de banques françaises et étrangères, car les actionnaires individuels et industriels sont rares, l'institution s'installe dans les locaux de sa devancière, rue Chauchat. Elle dispose de très peu de guichets. Une situation qui ne la gène pas car ses opérations de banque de dépôt classique sont limitées: elle gère peu de comptes du grand public et ne prête à court terme qu'à quelques entreprises sous firme d'escomptes et d'avances en devises. En revanche, les carnets d'adresses fournis par ses actionnaires maisons de banque lui permettent de toucher des clients fortunés et des investisseurs institutionnels à la tête d'une épargne importante. Des liens privilégiés avec de grandes affaires industrielles Les sociétés dans lesquelles investit la Banque de l'union parisienne (BUP) appartiennent à toutes les branches de l'économie. Reprenant les affaires de la Banque parisienne dans la capitale, il est logique qu'on retrouve dans les entreprises de distribution de gaz et d'électricité, de rénovation urbaine, comme l'aménagement des voiries ou des abattoirs de la Villette. Elle participe à la création et au développement de firmes comme les Messageries maritimes, les téléphones Ericsson, les automobiles de Dion-Bouton, les cars Chausson, l'entreprise sucrière Say dont elle doit supporter les difficultés en 1905-, la société d'appareils sanitaires Jacob Delafon, la firme de négoce international Maurel et Prom...

Elle se comporte d'abord avec elles en tant que banque d'affaires : elle leur prête dans l'attente d'une restructuration de capital, émet leurs titres qu'elle place dans le public ou qu'elle conserve dans l'attente soit d'un marché plus accueillant, soit de l'opportunité de plus-values. Cette activité de gestion d'un important portefeuille d'actions et d'obligations lui permet tout à la fois de recevoir des commissions, des dividendes et des intérêts, d'obtenir au moins un siège dans les conseils d'administration et de devenir le banquier principal de l'affaire. Elle agit alors avec cette dernière en tant que banque de dépôt: elle gère ses comptes et lui accorde des crédits à court terme pour ses besoins courants. Trois groupes constituent plus particulièrement le «fonds de commerce» de la Banque de l'union parisienne. D'abord Schneider, entreprise avec laquelle les liens se resserrent lorsque la banque connaît des difficultés pour s'être engagée avec elle en Russie au début du XXe siècle. Cette proximité entre les deux sociétés explique pourquoi la Banque de l'union parisienne est très présente, en France et à l'étranger, dans le secteur de l'électricité et dans les principaux domaines où interviennent les entreprises appartenant à Schneider. Elle accorde des découverts, sa caution, sa garantie de change pour des adjudications auxquelles ces firmes soumissionnent. Cependant, plusieurs sociétés de construction navale, de métallurgie et de mécanique du groupe Schneider connaissent des difficultés et obligent leur société mère à dédommager la BUP des pertes occasionnées. A partir de 1927, les relations entre les deux partenaires se détériorent et la rupture est consommée le 5 juin 1929, lorsque l'entreprise industrielle quitte son ancienne alliée pour la Banque des pays du Nord, emmenant avec elle la plupart de ses filiales. Ensuite, la Compagnie française des pétroles, dont elle détient environ 13 % du capital, derrière Paribas qui en possède 19 %. Elle commence par «porter» les actions de la société que le public hésite à souscrire, estimant le secteur pétrolier trop risqué et les investissements à réaliser trop élevés. Puis elle assure leur placement sur le marché avant de devenir l'un des banquiers les plus influents de la Compagnie. Enfin, Citroën, alors que cette entreprise est rejetée par la plupart des banques en raison de sa gestion peu orthodoxe et de sa faible rentabilité. Tout en prenant des précautions, en ne voulant pas par exemple être chef de file de l'émission de titres afin de ne pas écorner son image de marque, elle lui accorde des découverts pour financer ses stocks, à un moment où la trésorerie de la société est à un niveau inquiétant. Quand l'entreprise automobile voit sa situation s'améliorer, elle est peu reconnaissante envers la BUP puisqu'elle se tourne vers Lazard, Paribas et Michelin pour restructurer son haut de bilan. Une présence active à l'étranger...

La banque de l'union parisienne bâtit sa renommée sur ses activités à l'étranger où elle effectue, là encore, des opérations à la fois de banque d'entreprise et de banque d'affaires. D'abord, elle aide les firmes françaises avec lesquelles elle travaille à s'installer au-delà des frontières, puis à assurer leur exploitation. Il en est plus particulièrement ainsi de Schneider en Russie et au Maroc. Elle accompagne aussi d'autres firmes pour obtenir des concessions minières, pétrolières ou d'infrastructures de transport. On la retrouve ainsi en Roumanie, au Congo belge, au Cameroun, en Chine, en Indochine... Ensuite, elle signe des accords avec des gouvernements de pays d'amérique latine et, surtout des Balkans, grâce à sa proximité avec la maison Hottinguer, très présente dans cette partie de l'europe, pour fonder des institutions bancaires dans lesquelles elle prend des participations. Elle émet et place leurs titres sur le marché français où l'épargne est abondante. On peut citer les exemples de la banque d'athènes, dont elle devient la correspondante à Paris et qu'elle sauve de la débâcle en 1913, de la Banque commerciale de Roumanie, de la Banque franco-serbe... La connaissance de tous ces pays, même si elle n'y ouvre jamais de guichets, lui permet de jouer un rôle important dans les syndicats internationaux qui lancent des emprunts publics, mais la détérioration de la situation internationale va lourdement peser sur ses résultats futurs....à l'origine de difficultés ultérieures Après la guerre de 1914, la BUP doit réorienter sa politique. En particulier, il lui faut se séparer de filiales et de correspondants l'étranger. Le cas le plus douloureux est celui de la Russie où elle perd la totalité de ses actifs. De plus, la valeur de son portefeuille titres se déprécie considérablement. La banque est donc contrainte de se replier sur ses activités françaises. Elle axe dorénavant son développement sur des opérations de banque de dépôt et plus particulièrement sur la distribution de crédits. Mais, en ce domaine, la concurrence est vive. La banque tente d'y faire face en se rapprochant d'un grand nombre d'établissements province. Par exemple, avec l'appui de la Société générale de Belgique, elle crée, le 1er août 1919, la Banque générale du Nord, à partir de la banque Verley, Decroix et Cie, pour concurrencer le Crédit du Nord. Mais, en raison des problèmes industriels de cette région, l'établissement s'avère finalement une source de soucis supplémentaires pour le BUP, qui doit le sauver de la faillite. La crise des années 1930 accentue les difficultés de la Banque de l'union parisienne. Très engagée dans les Balkans, elle subit de plein fouet les répercussions économiques des pertes supportées par les banques autrichiennes dans toute l'europe centrale et orientale.

Les emprunts publics qu'elle détient ne sont plus remboursés, les faillites d'entreprises dans lesquelles elle est engagée se multiplient, des banques correspondantes doivent être refinancées... Des rumeurs circulent sur l'ampleur de son déficit, qui se serait aggravé depuis qu'elle a repris le Crédit mobilier français, l'ancien Crédit mobilier des frères Pereire, à la rentabilité très incertaine. Un sauvetage nécessaire et réussi La situation de la BUP devient alarmante : ses plus-values latentes de 400 millions en 1928 se sont transformées en moins-values potentielles de 84 millions en 1931, ses pertes totales fin 1934 atteignent 450 millions, soit une fois et demie le montant des capitaux propres, de nombreuses créances sont irrécouvrables ou consolidées en titres à long terme. Les tentatives de regroupement avec la Banque nationale pour le commerce et l'industrie, qui vient d'être créée, et avec Paribas avortent et l'accord avec une petite maison de banque, de Lubersac, prend fin avec un procès sur des manipulations sur le capital. La Banque de France souhaite sauver l'institution. Elle rassemble alors un groupe de financiers dans le but de la recapitaliser. Pendant toute la période de remise à flot, qui dure jusqu'en 1938, la banque poursuit ses activités et profite du rebond économique pour revoir une nouvelle fois sa stratégie. Elle s'efforce de liquider, avec le minimum de dommages, son portefeuille titres, restreint des interventions dans des syndicats d'émission, car elle prend conscience de la faiblesse de son réseau de guichets pour placer les titres. En revanche, elle renforce ses opérations de prêts soit à des pays en difficulté, comme la Roumanie, soit à des entreprises françaises textiles, agro-alimentaires, métallurgiques, pétrolières... grâce aux liens qu'elle a su conserver avec ses correspondants provinciaux. La Seconde Guerre mondiale constitue un coup d'arrêt au nouvel essor de la Banque de l'union parisienne, dont les services quittent la capitale pour s'installer à Saumur, Châtelguyon, Toulouse et Lyon. Surtout, elle continue à perdre des affaires en Europe centrale et orientale, évincée par des banques allemandes. Une présence éphémère dans le groupe Suez Bien que mise en cause à la Libération pour avoir effectué des opérations illicites pendant la guerre et tenue de rembourser une partie des profits réalisés, la Banque de l'union parisienne retrouve une certaine prospérité grâce à sa participation active au financement de la reconstruction. Optant en 1945 pour le statut de banque d'affaires, elle n'est pas nationalisée. Elle compense la sortie de son capital de la Société générale de Belgique par l'absorption, en 1953, de la maison de banque Mirabaud, qui lui est fidèle depuis sa création et qui lui apporte, outre de nombreuses entreprises auxquelles elle octroie des crédits, des riches

déposants attirés par ses services de gestion de fortune. De plus, la Banque de l'union parisienne diversifie ses crédits afin d'attirer de nouvelles firmes comme EDF et la SNCF et une nouvelle clientèle de ménages de la classe moyenne à la recherche de crédits à la consommation qu'elle peut facilement leur octroyer. En effet, elle est présente dans le capital du Cetelem, qu'elle contribue à créer en 1953, et dans celui de la Compagnie bancaire, fondée en 1959 par les plus grands établissements de crédit français pour y regrouper leurs activités de crédit à la consommation et à l'équipement et dont elle détient 10 % du capital. Elle reste également présente en Amérique latine, s'implante au Maroc, mais abandonne ses intérêts dans les banques d'europe centrale et orientale. Après le traumatisme de l'assassinat de son président Henri Lafond, le 6 mars 1963, la Banque de l'union parisienne est l'objet de tentatives de rachat en 1964, d'abord du baron Empain, propriétaire de la Banque de l'union européenne, puis de la famille Balkany, soutenue par la banque Vernes. Pour se défendre, elle obtient l'aide de la Compagnie financière de Suez, qui achète les titres des deux prédateurs et détient alors plus de 21 % du capital de la BUP Les membres de la Haute Banque encore présents à son conseil d'administration démissionnent et la Compagnie de Suez absorbe, à compter du 1er janvier 1967, la Banque de l'union parisienne. Grâce à l'intégration antérieure de la Compagnie algérienne qui lui permet d'accueillir les dépôts de nombreux rapatriés et à l'apport par Suez de son département bancaire, la Banque de l'union parisienne-compagnie française de crédit et de banque (BUR-CFCB) devient officiellement une banque de dépôt. Son réseau d'agences se développe : en 1973, elle dispose de 170 guichets, dont 135 permanents et 35 périodiques à son nom, et de 115 bureaux appartenant à ses banques affiliées. L'entrée dans Paribas, signe précurseur de la fin de la BUP Ses activités s'étoffent et elle participe activement à la diffusion d'innovations financières en France. En tant que banque de dépôt, elle continue surtout à gérer des comptes de clients aisés auxquels elle propose, par exemple, la première Sicav offerte ouverte en France. Comme banque d'entreprise, elle participe à la création de plusieurs firmes, monte des opérations originales d'augmentation de capital : c'est elle qui lance la première émission d'obligations convertibles pour Vallourec. Elle élargit sa gamme de prêts en s'engageant dans le moyen et long terme et en offrant des financements par crédit bail.

Elle intervient également dans l'immobilier : par l'intermédiaire de son holding, l'union financière immobilière, elle gère des sociétés de construction et de promotion, ce qui lui permet, entre autres projets, d'être à l'origine de la tour Montparnasse. En 1971, à la suite d'une lutte entre Suez et Paribas pour le contrôle du Crédit industriel et commercial, un accord est signé entre les deux groupes et la BUP, dont l'intégration dans Suez n'a jamais réellement réussi, est transférée à Paribas. Elle devient une filiale de son éternelle rivale, orientée vers les opérations d'une banque de dépôt et d'entreprise. Les tensions nées de la nouvelle fusion sont d'autant plus importantes que d'autres établissements appartenant à Paribas fournissent des services de gestion de portefeuille titres, obligeant la BUP à abandonner cette activité historique. L'établissement se spécialise alors dans les affaires monétaires liées à l'international et devient un acteur important du marché des eurodevises. Son entrée dans Paribas rend inéluctable son regroupement avec le Crédit du Nord, banque qu'elle a longuement combattue, propriété de sa nouvelle société mère. Les complémentarités entre les deux institutions sont évidentes. En juillet 1972 est créé un holding, l'union bancaire, bientôt transformée en Union financière bancaire, qui reçoit les participations de Paribas dans les deux établissements. Le 26 septembre 1973, les deux banques fusionnent dans le Crédit du Nord et l'union parisienne. En 1976, la banque de dépôt adopte le nom de Crédit du Nord (repris en 1999 par la Société générale) et le portefeuille de titres est remis à la Financière de l'union parisienne et du Nord. La Banque de l'union parisienne cesse alors officiellement, d'exister, après plus de soixantedix ans de présence auprès des plus grandes entreprises françaises et étrangères. Source : La vie financière, Hors-série, Juillet / Août 2007