L autoguidage diminue-t-il vraiment la consommation de carburant? Lorsqu un producteur achète un système d autoguidage, on lui fait souvent valoir des économies de carburant et une plus grande précision dans ses travaux. Est-ce toujours le cas? Une étude effectuée au Saguenay Lac-Saint- Jean révèle des données intéressantes TEXTE ET PHOTOS NICOLAS ST-PIERRE Collaborateur Le prix des intrants et celui du carburant sont à la hausse, sans compter l aspect environnemental qui prend une place importante dans notre société. Or, l opérateur et son type de conduite influent sur la consommation de carburant, l utilisation des intrants, les émissions de gaz à effet de serre, etc. Dans cette perspective, Agrinova et le Collège d Alma, en collaboration avec l Université Laval, ont entrepris un projet de recherche terrain afin de comparer les résultats de la conduite manuelle avec ceux de la conduite par système d autoguidage. Plus précisément, ils ont voulu savoir si le système d autoguidage par GPS entraînait une baisse de la consommation de carburant et des émissions de gaz à effet de serre (GES). L homme contre la machine C est lors de la saison culturale 2012 que le projet de recherche a été mené à la ferme du Collège d Alma. Pour l occasion, un opérateur expérimenté a réalisé différents travaux sur plus de 25 ha. Les mêmes travaux ont ensuite été exécutés en mode de conduite assistée par système d autoguidage. Ces travaux comprenaient quatre opérations culturales, soit la préparation de sol, le 30 L UTILITERRE MARS 2013
Essai en conduite manuelle lors des opérations de semis. Sans le savoir, l opérateur chevauchait ses passages de 22 cm en moyenne. semis, l application d engrais et la pulvérisation de pesticides. Attention aux chevauchements Comme hypothèse de départ, les chercheurs s attendaient à ce que la conduite assistée entraîne une baisse de la consommation de carburant et une réduction des émissions de GES. En effet, l autoguidage est réputé diminuer le chevauchement des passages de la machinerie. Ainsi les travaux sont-ils réalisés plus efficacement le jour, mais aussi à la brunante ou la nuit; un avantage indéniable. Des résultats intéressants Les résultats obtenus reflètent bien l hypothèse de base. Au tableau 1, il est clairement démontré que les passages de la machinerie sont maximisés par l utilisation de la conduite assistée. Par exemple, le chevauchement, lors des semis, était en moyenne de 25,6 cm en conduite manuelle et de 3,6 cm en mode autoguidage. La différence de 22 cm lors de chaque passage est considérable. Pour un producteur cultivant 100 ha, cette différence peut représenter des économies de près de 550 $ (diesel et semences) et une diminution des émissions de GES de 175 kg de CO 2 (équivalent). MARS 2013 L UTILITERRE 31
Lors des essais, l espacement calibré entre les passages devait être de 24 mètres, sauf qu en bout de ligne, ils ont plutôt été de 27 mètres. La base RTK était localisée à proximité des champs, à l écart des arbres et des bâtiments agricoles. Ce positionnement maximisait l efficacité du GPS (précision de 2,5 cm). Par contre, et avec surprise, les résultats ont été pratiquement à l inverse en ce qui concerne l application d engrais et la pulvérisation de pesticides. En effet, pour ce type de travaux, la consommation de carburant et l utilisation d intrants ont été plus élevées avec la conduite assistée. Comment expliquer ce résultat? Les chercheurs ont constaté que le conducteur surestimait la largeur d épandage lorsqu il procédait à des applications spatiales (travaux où la largeur d application ne laisse pas de traces). Par exemple, pour l épandage d engrais à la volée, l opérateur ne voit pas exactement jusqu où l engrais a été appliqué. Il sait simplement, en lisant le tableau de l épandeur, qu il doit espacer ses passages d un certain nombre de mètres. Mais à l œil nu, cette distance est difficile à évaluer avec précision. Lors des essais, l espacement calibré entre les passages devait être de 24 m, sauf qu en bout de ligne, ils ont plutôt été de 27 m. Conséquemment, ces bandes non traitées ont diminué la quantité de fertilisants employée et ont nécessité moins de passages dans le champ. Qui dit moins de passages, dit réduction de la consommation de carburant et des Tableau 1 : Chevauchement lors du travail au sol en fonction du type de conduite manuelle assistée Équipement Cm % (selon la largeur de l outil) Cm % (selon la largeur de l outil) Semis 25,6 8,9 3,6 1,2 Travail du sol 21,7 8,0 4,3 1,6 Tableau 2 : Consommation de diesel en fonction d une conduite manuelle ou assistée Consommation de diesel (L/ha) Variation Opération culturale manuelle assistée L/ha % Travail secondaire du sol 4,65 4,27-0,38-8,1 Fertilisation 0,35 0,73 0,38 108,6 Semis direct 7,69 6,94-0,74-9,7 Semis conventionnel* 4,44 3,81-0,63-14,2 Application d herbicide 0,67 0,73 0,06 8,8 * La consommation en semis conventionnel ne tient pas compte du travail primaire du sol (labour) 32 L UTILITERRE MARS 2013
émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, ces réductions se traduisent par une baisse potentielle de productivité dans les zones non traitées. Théoriquement, plus l équipement couvre une grande largeur, plus il est difficile pour l opérateur de repérer exactement où il devra effectuer son prochain passage. Dans cette situation, il y aura souvent une bande non couverte ou un chevauchement exagéré. Quant à l autoguidage, il augmente la précision lors des applications d engrais et de pesticides en couvrant toute la superficie du champ. D où une consommation d intrants plus grande par rapport à la conduite manuelle qui laissait, lors des essais, des bandes non traitées. Application d herbicide en situation d autoguidage à l aide d un pulvérisateur Hardy Méga 350 muni d une rampe de 14 m. MARS 2013 L UTILITERRE 33
Kuhn Console GPS Trimble CFX-750 utilisée lors des différents essais en conduite assistée. Voici le modèle d applicateur granulaire Kuhn Axis 40.1W utilisé lors des essais de fertilisation. Tableau 3 : Consommation d intrants en fonction d une conduite manuelle ou assistée Quantité d'intrant (kg ou L/ha) Variation Opération Intrants manuelle assistée kg ou L/ha % Fertilisation Engrais 40,6 48,4 7,9 19,4 Semis Semences 167,9 162,0-5,9-3,5 Traitement pesticide Herbicide 131,6 156,9 25,3 19,2 Tableau 4 : Variation de la production de GES en fonction d une conduite manuelle ou assistée Émission de GES (kg eco 2 /ha) Variation Opération Intrants manuelle assistée kg eco 2 /ha % Travail du sol Diesel 13,02 11,87-1,15-8,8 Semis direct Diesel 21,44 19,39-2,05-9,6 Semis conventionnel Diesel 12,39 10,64-1,75-14,1 Fertilisation Traitement pesticide Diesel et engrais Diesel et herbicide 348,90 417,34 68,44 19,6 2,01 2,19 0,18 8,9 34 L UTILITERRE MARS 2013
Avantage pour l autoguidage En production de grandes cultures, les principaux postes de consommation sont l engrais, les produits phytosanitaires et, surtout, le diesel qui peut représenter 54 % des dépenses. À eux seuls, ces intrants sont responsables d une bonne majorité des émissions de GES. Les essais en conduite assistée réalisés à la ferme du Collège d Alma démontrent un meilleur usage des ressources et suggèrent un potentiel d amélioration de la rentabilité par unité de surface. Évidemment, les bénéfices augmentent avec l accroissement des superficies cultivées. Les constats obtenus lors de ces essais seront disponibles sur le site d Agrinova (www.agrinova.qc.ca). Le projet a été réalisé en vertu du programme Prime- Vert, sous-volet 8.4, et a bénéficié d une aide financière provenant du Fonds vert du gouvernement du Québec et administrée par le ministère de l Agriculture, des Pêcheries et de l Alimentation. L auteur tient à remercier Xavier Desmeules, le Centre agricole Saguenay Lac-Saint- Jean et le constructeur Kuhn. Fait à noter La configuration des zones cultivées (champs en pointe, champs en largeur, etc.) et la topographie (champs vallonnés où l opérateur perd ses points de repère) représentent une source de variabilité quant à la multiplication des croisements en conduite manuelle. MARS 2013 L UTILITERRE 35