Projet de recherche doctoral Formalisation des règles métier et organisation des indicateurs de performance pour le développement de la méthode publique d Architecture d Entreprise Praxeme. 1 Contexte d Architecture d Entreprise : 1.1 Discipline de l Architecture d Entreprise : Il conviendra de décrire préalablement la discipline de l Architecture d Entreprise, qui constitue le contexte de ce projet de recherche doctoral. Le but principal de l Architecture d Entreprise est d aider les entreprises à piloter leurs transformations, notamment en alignant leur système d information sur leur stratégie. Notons qu en France, on utilise souvent le terme Urbanisation à la place du terme Architecture d Entreprise, d origine anglo-saxonne. Les différences entre ces deux termes seront détaillées. 1.2 Méthode publique Praxeme : La méthode Praxeme est portée par le Praxeme Institute, association sans but lucratif, reconnue d utilité publique, qui met son fonds documentaire à la disposition du public. La méthode publique Praxeme sera positionnée par rapport aux autres méthodes d Architecture d Entreprise, cadres (frameworks), processus ou démarches. Liste des principaux «concurrents» : framework de Zachman, framework TOGAF, démarche du CIGREF, processus du Club Urba-EA, cadre de la DISIC, méthode CHAMPS2. N.B.1 Le terme «concurrents» est mis entre guillemets, car tous ces méthodes, cadres, processus ou démarches sont peut-être plus complémentaires que concurrents. N.B.2 Il ne s agira pas d établir un État de l Art de l Architecture d Entreprise (hors sujet). Mais la norme ISO 15704:2000, Systèmes d'automatisation industrielle -- Prescriptions pour architectures de référence entreprise et méthodologies, et le cadre GERAM, les normes ISO 19439:2006, Entreprise intégrée -- Cadre de modélisation d'entreprise et ISO 19440:2007, Entreprise intégrée -- Constructions pour la modélisation d'entreprise et le cadre CIMOSA, seront si possible pris en considération. La méthode publique Praxeme sera utilisée comme base existante, pour modéliser le système entreprise, afin d en maîtriser la complexité, puis pour organiser sa transformation. 1.3 Topologie du Système Entreprise : L Architecture d Entreprise est une discipline très vaste, puisqu elle doit couvrir tous les aspects des entreprises. La méthode publique Praxeme propose un cadre de référence appelé «Topologie du Système Entreprise». Ce cadre identifie sept aspects, chacun faisant l objet d une approche de modélisation particulière. Chaque aspect peut être représenté par un ou plusieurs modèles, selon les besoins. Ce projet de recherche se concentrera sur les aspects amont (intentionnel, sémantique et pragmatique), regroupés communément sous le terme Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 1
d Architecture Métier. N. B. L aspect géographique, qui fait partie de l Architecture Métier, ne sera pas a priori abordé dans ce projet. Ce projet de recherche s intéressera moins aux aspects aval (logistique, physique), regroupés communément sous le terme d Architecture Technique, sauf quand il s agira de réaliser un démonstrateur, voire de valoriser automatiquement des indicateurs métier. Par contre, un sous-projet s intéressera particulièrement au septième aspect, l aspect logique, qui tient un rôle essentiel d interface entre les aspects amont et les aspects aval, c est-à-dire entre l Architecture Métier et l Architecture Technique, tout en étant garant de leur faible couplage et surtout indépendant de la technologie qui sera employée pour les aspects aval. Figure 1 : Topologie du Système Entreprise (TSE) de la méthode Praxeme Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 2
2 Domaine métier d application : Il fut envisagé dans un premier temps d étudier un «vrai» domaine métier, comme celui du Transport et de la Logistique, pour appliquer la théorie à la pratique. Mais pour faire mentir le vieil adage qui dit que Les cordonniers sont les plus mal chaussés, l idée est venue d appliquer ce projet de recherche au domaine métier de l Architecture d Entreprise luimême. Il faut comprendre ici le terme Architecture en tant que discipline et métier de l architecte. Si cette forme de récursivité peut sembler stimulante sur le plan intellectuel (car semblable au procédé artistique de mise en abyme ou plus sérieusement d une propriété de métacircularité, c est-à-dire la capacité supposée de la méthode à se décrire elle-même), c est plus une volonté de pragmatisme qui s impose ici. En effet, l Architecture d Entreprise comporte de nombreuses règles métier, rigoureuses si l on utilise la méthode Praxeme (ce qu il conviendra de démontrer), dont des règles de dérivation, de justification et de projection (détaillées plus tard dans la thèse). La plupart de ces règles métier existent déjà sous forme littérale : il serait intéressant de les formaliser, pour vérifier qu elles sont bien appliquées, voire encore mieux, pour automatiser leur application. Ce domaine métier de l Architecture d Entreprise sera sans doute moins adapté pour y organiser des indicateurs de performance, bien que le but de l Arbre de Performance, décrit succinctement plus bas, est de rendre compte de la génération de valeur de l entreprise et de la contribution des différents acteurs. Aussi, il serait séduisant de mesurer la valeur générée par l Architecture pour l Entreprise et d inclure alors ses architectes parmi les acteurs qui y contribuent. La dimension économique rend cette idée trop ambitieuse et il faut raison garder. Signalons toutefois que le Club Urba-EA propose un indice d urbanisation pour mesurer l état d avancement de la démarche et faciliter la gouvernance du Système d Information de l entreprise, donc cette idée est bien dans le périmètre d investigation. Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 3
3 Approche par les modèles : Une approche éprouvée est l architecture pilotée par les modèles MDA Model Driven Architecture, standard de l OMG (Object Management Group), qui propose notamment trois types de modèles, dont les deux premiers sont indépendants de toute solution technologique : CIM, Computation Independent Model, un modèle de domaine métier indépendant de toute considération informatique, PIM, Platform Independent Model, un modèle de conception pour l informatique, mais indépendant de la plate-forme d exécution, PSM, Platform Specific Model, un modèle de conception pour l informatique, spécifique à la plate-forme d exécution. N. B. Le monde francophone préfère le terme Ingénierie Dirigée par les Modèles (IDM). Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 4
4 Trois sous projets distincts : Ce projet global peut se décomposer en 3 sous-projets. Chaque sous-projet a des objectifs distincts. La dépendance éventuelle d un sous-projet avec les autres sera toutefois indiquée. L ensemble de ces 3 sous-projets constitue un tout consistant, ambitieux mais surtout cohérent. Chaque sous-projet est décrit de la même façon : Les objectifs visés, la démarche envisagée pour atteindre ces objectifs, les résultats attendus s ils sont atteints, les facteurs clés de succès (les points les plus importants sur lesquels il faut se concentrer en priorité), les risques perçus (et si possible les actions d atténuation), la dépendance et le planning prévisionnel. Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 5
4.1 Formalisation des règles métier : 4.1.1 Objectifs visés : Formaliser les règles métier (Business Rules), agissant sur les objets métier et les organisations via des processus. Appliquer des règles métier formalisées dans un langage ou une notation compréhensible par les utilisateurs métier à l aide d un logiciel de type BRMS (Business Rules Management System). 4.1.2 Démarche envisagée : Descriptions succinctes et ordonnancement indicatif (selon itérations et dépendances) des différentes tâches de ce sous-projet : 1- Établir l État de l Art sur les langages et notations existantes, dans le but de formaliser les règles métier. Liste langages & notations : SBVR, OCL, RuleML, SysML, RIF, OWL, BMM, ArchiMate, DMN dont Semantics of Business Vocabulary and Business Rules (SBVR), V1.2 du 04/11/2013 2- Catégoriser ces langages & notations selon les modèles CIM, PIM, voire PSM, 3- Catégoriser les règles métier puis les projeter sur les aspects adéquats de la Topologie du Système Entreprise de la méthode Praxeme, N.B. Certaines règles devront sans doute être reformulées, afin de les projeter si possible à un seul aspect. 4- Choisir un langage ou une notation, si possible standardisé(e), pour les modèles CIM et PIM, lisible et compréhensible pour chaque public, N.B. On espère qu un unique langage ou notation permettra, pour chaque modèle, de formaliser des règles de différentes catégories, ce qui serait quand même plus simple, 5- Formaliser des règles métier avec le langage ou la notation choisi(e), 6- Sélectionner un logiciel open source de type BRMS (Business Rules Management System) largement diffusé, qui s appuiera normalement sur un modèle PSM, et qui servira à la réalisation d un démonstrateur, 7- Identifier les chainons manquants ou incomplets pour dériver les règles métiers de CIM vers PIM puis vers PSM, 8- Evaluer le développement nécessaire pour ajouter ces chainons manquants ou compléter les chainons incomplets, 9- Envisager le choix, voire le développement, d un DSL/DSML Domain Specific (Modeling) Language si nécessaire, 10- Définir et formaliser des règles de dérivation rigoureuses pour passer de CIM, vers PIM puis vers PSM. Il est probable qu il s agisse de mapping, 11- Automatiser la dérivation des règles de CIM, vers PIM puis vers PSM en maintenant si possible des liens de traçabilité permettant de remonter cette chaine complète de dérivations, N.B. Dérivation d au moins quelques règles, afin de démontrer la faisabilité. 12- Modéliser le processus complet de dérivation des règles métier. Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 6
4.1.3 Résultats attendus : Combler l écart qui existe entre les langages standards de formalisation des règles métier et les langages propriétaires outillés dans l entreprise et répondre ainsi aux besoins des utilisateurs, en proposant si possible une chaine complète de dérivation qui commence à la formalisation et qui se termine à l application automatisée. Regrouper les règles métier de l entreprise qui constituent une explicitation et une structuration de ses connaissances dont son savoir-faire. 4.1.4 Facteurs clés de succès : Établir un État de l Art le plus exhaustif possible (sans y passer trop de temps malgré tout). S appuyer sur des langages et notations standards, de préférence outillés. 4.1.5 Risques perçus : Gros écart entre CIM et PIM, difficilement surmontable sans un développement lourd. Atténuation : Prendre en compte cet écart lors du choix décisif du CIM. Les outils s appuient trop souvent sur des langages et notations propriétaires. Atténuation : Remettre en cause la démarche si la pratique s éloigne trop de la théorie. 4.1.6 Dépendance avec les autres sous projets : Pas de dépendance avec les deux autres sous-projets. C est le sous-projet primordial. 4.1.7 Planning prévisionnel : Début : État de l Art sur la formalisation des règles métier en mai 2014 ; Fin : Processus complet de la dérivation des règles métier en septembre 2014. En sus : rédaction, soumission, présentation d un article sur le langage (ou la notation) retenu. Figure 2 : Projeter les règles sur les aspects adéquats de la TSE N.B. Certaines règles particulières seront projetées sur les autres aspects Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 7
4.2 Organisation des indicateurs de performance : 4.2.1 Objectifs visés : Définir et organiser un ensemble pertinent d indicateurs métier constituant l Arbre de Performance. Intégrer l Arbre de Performance dans la méthode d Architecture d Entreprise Praxeme. Conserver son approche globale qui sied parfaitement à celle de l Architecture d Entreprise. Mesurer des indicateurs métier, vers un objectif de recherche opérationnelle. N.B.1 Par mesure de simplification, le terme «ensemble (pertinent) d indicateurs métier constituant l Arbre de Performance» est abrégé en «indicateurs de performance», même s il n y a pas forcément la notion de performance dans tous les indicateurs. N.B.2 L Arbre de Performance est un dispositif autonome déjà existant, inventé par Georges GARIBIAN, qui propose une organisation arborescente d indicateurs. Il a été versé au fonds de la méthode Praxeme sans être encore véritablement intégré dans cette méthode. 4.2.2 Démarche envisagée : Descriptions succinctes et ordonnancement indicatif (selon itérations et dépendances) des différentes tâches de ce sous-projet : 1- Établir l État de l Art sur les principales techniques d organisation d indicateurs de performance les plus courantes, Liste des techniques : Activity-Based Costing (ABC), Balanced ScoreCard (BSC), Arbre de Performance (ADP) 2- Positionner ces techniques les unes par rapport aux autres (matrice SWOT?) N. B. Le choix de l Arbre de Performance ne sera pas remis en cause. En effet, il est possible qu il soit compatible avec d autres techniques. 3- Déterminer les critères pour projeter chaque indicateur de performance dans l aspect sémantique ou dans l aspect pragmatique. N. B. L Arbre de Performance lui-même sera positionné dans l Aspect Intentionnel. 4- Compléter le méta-modèle de Praxeme avec les indicateurs de performance 5- Mesurer & calculer les indicateurs de performance «manuellement» avec un tableur 4.2.3 Résultats attendus : Enrichir la méthode Praxeme avec l Arbre de Performance, simple et efficace. 4.2.4 Facteurs clés de succès : L Arbre de Performance est un dispositif robuste et éprouvé depuis plusieurs années. Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 8
4.2.5 Risques perçus : Pas de risques perçus, mais l intégration dans la méthode Praxeme ne semble pas rapide. Atténuation : Aucune. Valorisation & calcul automatiques dépendant du troisième sous-projet. Atténuation : S appliquer dans ce deuxième sous-projet afin que la dérivation se passe bien. 4.2.6 Dépendance avec les autres sous projets : Les deux premiers sous-projets sont relativement indépendants ; on peut toutefois imaginer que, après avoir formalisé une règle métier (premier sous-projet), l on puisse aussitôt réfléchir aux indicateurs adéquats (deuxième sous-projet) qui lui seraient associés, pour mesurer l usage et le respect de cette règle par exemple. 4.2.7 Planning prévisionnel : Début : État de l Art sur l organisation des indicateurs de performance en novembre 2014 ; Fin : Intégration de l Arbre de Performance dans la méthode Praxeme en mars 2015. En sus : rédaction, soumission, présentation d un article sur l Arbre de Performance. Figure 3 : Exemple d'arbre de Performance réalisé par Georges GARIBIAN (extrait) Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 9
4.3 Dérivation automatisée des modèles : 4.3.1 Objectifs visés : Dériver, si possible de manière automatisée, les différents modèles utilisés dans la méthode Praxeme pour représenter les aspects du Système Entreprise. Vérifier la cohérence et la persistance des règles métier et des indicateurs de performance, après leur projection sur les différents aspects, puis la dérivation des modèles qui les représentent. 4.3.2 Démarche envisagée : Descriptions succinctes et ordonnancement indicatif (selon itérations et dépendances) des différentes tâches de ce sous-projet : 1- État de l Art sur la dérivation des modèles (orienté UML et langages de transformation-dérivation, sinon sujet trop vaste) 2- Projeter les règles métier et des indicateurs de performance de l aspect intentionnel vers les autres aspects (essentiellement sémantique et pragmatique, mais pas seulement), 3- Dériver les différents modèles représentant les aspects sémantique et pragmatique en un seul et unique aspect logique (dérivation UML vers UML par exemple ; la dérivation BPMN vers UML semble peu intéressante), 4- Choisir un logiciel de modélisation open source avec des possibilités de transformation-dérivation de modèles, s appuyant a priori sur le langage ATL, 5- S assurer de la cohérence et persistance des règles métier et des indicateurs de performance 6- Sélectionner un logiciel open source de type Reporting 7- Valoriser & calculer les indicateurs de performance automatiquement avec ce logiciel 4.3.3 Résultats attendus : Éprouver l utilisation de la méthode Praxeme par la dérivation de ses modèles. Démontrer que les modèles de la méthode Praxeme sont parfaitement articulés. Proposer une démarche complètement outillée (intégration d outils existants). 4.3.4 Facteurs clés de succès : La méthode Praxeme possède déjà son méta-modèle. Plusieurs logiciels de modélisation et de transformation-dérivation disponibles (mais cela peut être considéré comme un risque également). 4.3.5 Risques perçus : Le méta-modèle ne sera pas 100% compatible avec le logiciel choisi. Atténuation : mettre à jour le méta-modèle (difficile, mais cohérent avec un projet de recherche doctoral, voire long et fastidieux, ce qui est plus embêtant) Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 10
Les logiciels open source sont gratuits, mais pas toujours robustes Atténuation : sélection rigoureuse, sollicitation de personnes expérimentées, auto-formation, implication dans demandes d évolutions et les corrections (mais nouveau risque que cela soit trop long et peu valorisant). 4.3.6 Dépendance avec les autres sous projets : Le troisième sous-projet porte sur la dérivation des modèles (dans le contexte de l Architecture d Entreprise, un modèle est la représentation formelle d une partie de la réalité, en l occurrence un aspect du système entreprise). Ce principe de dérivation des modèles est universel en théorie ; pour le démontrer par la pratique, il est préférable de l appliquer sur au moins deux sujets différents, les règles métier et les indicateurs de performance donc, c est-àdire les deux premiers sous-projets, après une étape intermédiaire de projection de l aspect intentionnel vers les autres aspects, sémantique et pragmatique essentiellement. 4.3.7 Planning prévisionnel : Début : État de l Art sur la dérivation des modèles en avril 2015 ; Fin : Chaine de dérivation des modèles en décembre 2015. En sus : rédaction, soumission, présentation d un article sur la dérivation des modèles. Figure 4 : Transformation-dérivation des modèles représentant les aspects Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 11
5 Carte conceptuelle globale : Figure 5 : Carte conceptuelle globale Projet de recherche doctoral de Thierry BIARD au LGI de l ECP 12