«Une Delicieuse Odeur» auteur : Eloi Morterol eloimorterol@gmail.com illustratrice : Daniela Dogliani info@ddproductions.it www.ddproductions.it Tandem Jeunesse - Projet 7 Cuisines et Gourmandises http://projet7.canalblog.com/ une DeLiCiEuSe OdEuR Eloi Morterol - Daniela Dogliani
Charles avait senti immédiatement une odeur nouvelle dans la maison, une odeur inconnue. La maison de Charles avait toujours senti bon; depuis tout petit il avait appris à reconnaitre l odeur de la tarte au pomme, au poireau, du gratin de courgettes, du gâteau au chocolat, de la glace à la fraise, et de tous les autres bons plats que sa maman aimait cuisiner.
Son papa aussi préparait des petits plats de temps en temps, mais Charles devait bien reconnaitre que jamais il n avait réussi à égaler Maman dans la préparation de doux fumets. Le goût arrivait toujours après l odeur pour Charles, et il avait toujours pensé qu une bonne odeur faisait tout un plat, bien plus qu un goût.
Or, ce jour là, Charles ne réussissait pas à reconnaitre l odeur qui flottait dans la maison silencieuse. Il posa son cartable en bas de l escalier et s approcha doucement de la cuisine, dans laquelle résonnaient un bruit de casserole, et une voix chantonnant une berceuse.
Charles se dit que c était sans doute Maman qui s occupait de Léa. La toute nouvelle petite sœur sentait toujours bon, un peu comme le savon de la douche. Il s arrêta car il savait que Maman n aimait pas être dérangée lorsqu elle nourrissait Léa. Charles hésitait. D un côté il ne voulait pas embêter maman, mais de l autre il y avait cette odeur si prenante, si bonne, il en avait l eau à la bouche.
Soudain, il entendit une grosse voix. Charles, monte ton cartable, et fais tes devoirs. Papa pensait tout le temps aux devoirs, ce n était vraiment pas drôle; Charles fit demi tour, la mort dans l âme, et monta les escaliers avec désespoir.
Arrivé dans sa chambre, il s installa à son bureau et commença l exercice que le maître lui avait donné. L odeur s infiltrait dans sa chambre, il ne comprenait rien à l exercice de conjugaison. «Remplacez les trous par le verbe être ou avoir conjugué, au présent de l indicatif». Cette phrase tournait dans son esprit, et se transforma bien vite en autre chose. «Remplir les trous par deux verres, mettre l oie et voir son jus dorer, au faisan : deux vins digestifs.» Il voulut empêcher l odeur de venir dans sa chambre, il prit ses oreillers et les mit en bas de sa porte, il y avait un mince espace vide entre le sol et la porte et l odeur s y faufilait.
Mais rien n y fit, même les exercices de mathématique se transformaient en recette. A l adition «9+20», il avait répondu œuf au vin. Vraiment, cette odeur l embêtait trop.
N y tenant plus il ouvrit la porte et descendit l escalier avec des méthodes semblables à celle des sioux. En arrivant à la dernière marche il vérifia que son père n était pas dans le couloir; il l entendit bouger dans le salon. La voie était libre.
En rampant, il se dirigea vers la porte de la salle à manger, dernière pièce avant la cuisine. Le bruit de l eau en train de couler se fit soudain entendre. La vaisselle avait commencé, Maman ne devait plus s occuper de Léa et surtout, ne devait plus regarder la porte entre la cuisine et la salle à manger.
La porte passée, Charles fit une pause sous la grande table du dîner. Il reprit son souffle et repartit, en suivant l odeur avec un plaisir grandissant. La dernière porte se dressa devant lui, il s accroupit, elle était entrebâillé. Très bien.
Il regarda rapidement, Maman avait le dos tourné et Léa jouait avec sa cuillère sur sa chaise haute. L odeur était très forte, et Charles se mit à penser à ce qu il pouvait y avoir dans ce nouveau plat.
Il sentait une odeur de vanille et aussi une odeur un peu particulière, qu il avait déjà sentie dans le meuble à bouteilles de Papa. Il y avait aussi une vague odeur de lait chaud, presque brulé, un peu caramélisé. Du sucre, oui, il y avait aussi du sucre. Il regarda vite, et vit le beurrier ouvert sur la table. Il devait aussi y avoir du beurre. Uniquement des bonnes choses, se dit Charles.
Cette fois ci, il voulait absolument voir le gâteau qui pouvait avoir une aussi bonne odeur, si parfumée, si sucrée. Il se trémoussait sur place, n osant pas rentrer. Un bruit de fauteuil qui grince l aida à s infiltrer. Son père qui était dans le salon devait venir dans la cuisine lui aussi! Il rentra doucement, très doucement, en poussant à peine la porte pour ne pas se faire voir, Léa l aperçut et poussa un petit cri de joie.
Charles s arrêta, de peur que Maman ne se retourne. Non, elle continuait la vaisselle. Charles se faufila jusque sous la table de la cuisine, et regarda vers le four encore éclairé.
Juste sous ses yeux, des moules noirs et rouges avec une forme bizarre contenaient de la pate qui semblait gonfler en dehors des petites formes. Charles soupira de bonheur en sentant l odeur toute proche de lui.
La vaisselle s arrêta, et Charles se rendit compte de son erreur. Il y a un petit curieux dans la cuisine La tête souriante de Maman apparut sous la table. Charles lui lança un regard penaud. Viens, mon grand gourmand, je vais te montrer ce que j ai fait pour toi.
Charles sortit de sous la table et demanda ce qui avait une si bonne odeur. Lorsque Maman lui donna le nom des petites gourmandises, il le trouva aussi beau que leurs formes et aussi agréable que leurs odeurs. Il se le répéta deux ou trois fois. Des cannelés...
«Une delicieuse odeur» texte : Eloi Morterol 2009 illustrations : Daniela Dogliani 2009 album jeunesse 6-10 ans Projet7 : Tandem Jeunesse édition 2009