Rôle des banques centrales dans la promotion de l inclusion financière : référence au cas de l Algérie



Documents pareils
Remarques d Ouverture par M. Mohammed Laksaci, Gouverneur de la Banque d Algérie, Président de l Association des Banques Centrales Africaines

CHAPITRE VI : INTERMEDIATION DU SECTEUR BANCAIRE

Le FMI conclut les consultations de 2008 au titre de l article IV avec le Maroc

CHAPITRE VI : MODERNISATION DE L'INFRASTRUCTURE DES SYSTEMES DE PAIEMENT

b ) La Banque Centrale Bilan de BC banques commerciales)

Hausse du crédit bancaire aux entreprises au Canada

75 ANS D HISTOIRE EN CHIFFRES :

Allocution de Monsieur le Ministre à l occasion du 1 er meeting sur l information financière

Coup de projecteur : Transferts d'argent des migrants et produits financiers associés

TABLEAU COMPARATIF

CAMPAGNE NATIONALE DE SENSIBILISATION «Pour un meilleur partenariat Banques/Petites et moyennes entreprises au service du Développement Humain»

Université d Oran / Faculté des Sciences Commerciales Spécialité : 4 eme. Fiche N 2 : Banque et Monnaie

Les politiques Publiques de Garantie des Crédits aux PME, une étude comparative entre l Algérie et l Italie

Principes anti-blanchiment de Wolfsberg pour les banques correspondantes

L AGENCE FRANÇAISE DE DÉVELOPPEMENT AU CAMEROUN. Le secteur privé

STRATÉGIE POUR LA MODERNISATION DE L INFRASTRUCTURE DU SYSTÈME DE PAIEMENT EN RÉPUBLIQUE DE GUINÉE

DISPOSITIONS LEGISLATIVES ET REGLEMENTAIRES DANS LE SECTEUR DE LA DISTRIBUTION ET DE LA GESTION DES CENTRES COMMERCIAUX

Honorables invités, Mesdames et Messieurs,

Études. Des effets de la réglementation des produits d épargne sur le comportement de placement des ménages

Les opérations bancaires

AFD Danielle Segui. Financer les petites et très petites entreprises des pays du Sud

L histoire de l assurance en Algérie

Eco-Fiche BILAN DE L ANNEE 2012 QUELLES PERSPECTIVES POUR 2013? 1

WS32 Institutions du secteur financier

Focus sur les politiques publiques de l épargne en France

CODE DES RELATIONS BANQUES TPE/PME

Thème 2 : la monnaie et les banques : le carburant de notre économie

SYSTEME NATIONAL DE RETRAITE

PROJET DE LOI. NOR : MAEJ L/Bleue ÉTUDE D IMPACT

Réforme du crédit à la consommation. Statut des enseignants chercheurs. Point sur les États généraux de l outre-mer

PROJET DE LOI Article 1 er. I. - L article L du code du travail est ainsi modifié :

DEPARTEMENT DES INSTITUTIONS ET DES RELATIONS EXTERIEURES

OBJECTIFS. Objectif général

Stratégie de la surveillance des assurances en Suisse

JOURNAL OFFICIEL DU SENEGAL

M. Edos Ousséini YEYE Directeur Général de la PAPME I. L environnement des PME/PMI au Burkina Faso

Avec la SIPEM Madagascar Marc Berger Plateforme Européenne de la Microfinance Novembre 2008

L assurance vie luxembourgeoise pour investisseurs internationaux

Veuillez trouver ci-joint la communication de Monsieur le Gouverneur à l occasion du forum international des finances et des affaires tenu à

CONDITIONS GENERALES

Groupe de la Banque africaine de développement. ALLOCUTION D OUVERTURE DE M. OMAR KABBAJ Président du Groupe de la Banque africaine de développement

CHAPITRE VI : MARCHES DES CAPITAUX

1. Décret exécutif n du 20 Janvier 2009, modifié et complété, fixant la réglementation relative à l'exercice de la profession d'agent

LOI N portant Code des Postes

Le système de protection sociale en santé en RDC

Le FMI et son rôle en Afrique

Tendances de l insolvabilité au Canada

ORDONNANCES. 19 Joumada Ethania juillet 2005 JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE N 52 3

3e question : Qui crée la monnaie?

ANNONCES ET COMMUNICATIONS

ORGANISATION ET SURVEILLANCE DES SYSTÈMES DE PAIEMENT

Présenté par OUEDRAOGO Adolphe Chef de Brigade de la CIMA. DAKAR, les 3-4 et 5 novembre 2009

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. Ministère de l économie et des finances PROJET D ORDONNANCE. relatif au financement participatif. NOR: EfIXI4O6454RJRose-1

Status de la banque des états de l Afrique Centrale

Plan. I) Mise en contexte II) Diagnostic III) Les sources de financement IV) Orientation de la politique fiscale V)Conclusion

CHAPITRE VI MODERNISATION DE L'INFRASTRUCTURE DU SYSTEME BANCAIRE

LES RELATIONS ENTRE LE TRESOR PUBLIC ET LA BCEAO

Qui sommes-nous? Nos atouts

Epargne : définitions, formes et finalités.

CHAPITRE V : SYSTEME BANCAIRE, ET INTERMEDIATION

Le ministre Oliver dépose un budget équilibré et un plan axé sur des impôts bas pour favoriser l emploi, la croissance et la sécurité

NOTE DE PRESENTATION DU PROGRAMME STATISTIQUE DE L UEMOA

Guide comptable. Les inscriptions comptables

LE REFINANCEMENT PAR LE MARCHE HYPOTHECAIRE

INSTRUCTION N RELATIVE A L'ORGANISATION DU CONTRÔLE INTERNE AU SEIN DES SYSTEMES FINANCIERS DECENTRALISES

12. Le système monétaire

La surveillance prudentielle des institutions de dépôt

Interdiction des taux d intérêt fixes au Cambodge

Centrale des crédits aux entreprises

Relations avec les banques et les assurances : faciliter le quotidien des consommateurs 1

Coup d œil sur l assurance prêt hypothécaire de la SCHL

L éco-prêt à taux zéro ou éco-ptz

INTERVENTION DE MONSIEUR ABDELNACER HADJ RABIA DIRECTEUR FINANCIER D AIR ALGERIE

PRESENTATION AFD- juin 2004

Avis. Projet de loi n relative aux établissements de crédit et organismes assimilés. du Conseil Economique, Social et Environnemental

Dans le prolongement de l observatoire Finances, l APVF et LOCALNOVA ont actualisé l étude

INSTRUCTION N 002 RELATIVE AUX NORMES PRUDENTIELLES DES COOPERATIVES D EPARGNE ET DE CREDIT AINSI QUE DES INSTITUTIONS DE MICRO FINANCE

Décryptage des méthodes modernes de la création monétaire

Cadre règlementaire des Assurances de Personnes:

L UNION BANCAIRE 1. LE MÉCANISME DE SURVEILLANCE UNIQUE (MSU) 1.1. PRÉPARATION

Le budget Présentation par M. Pascal BOLO, Adjoint aux Finances. Conseil Municipal du

Principes d application sectoriels de l Autorité de contrôle prudentiel relatifs au recours à la tierce introduction pour le secteur des assurances

Date d acquisition ou d établissement de la police. Traitement fiscal

RAPPORT FINANCIER DE L EXERCICE LES CREDITS VOTES EN 2014

Plateforme électorale Ecolo Elections fédérales du 13 juin Axe Emploi et Solidarité. PME - Indépendants

n 7 F é v r i e r Note d information sur le Credit Bureau

[ les éco_fiches ] Situation en France :

Monnaie, banques, assurances

Alerte regulatory Le dispositif de gouvernance et de contrôle interne des établissements bancaires Novembre 2014

Partie 2 : Qui crée la monnaie?

Préambule Autodiagnostic 1) QRU - La Banque centrale est : 2) QRU - L encadrement du crédit était une technique :

La monnaie, les banques et les taux d intérêt

PROJET DE LOI MODIFIÉ PAR LE SÉNAT. relatif au statut de la Banque de France et à l'activité et au contrôle des établissements de crédit.

LA REFORME DU REGIME DES SÛRETES

Le tourisme, un impératif national d avenir...

LETTRE CIRCULAIRE N

Transcription:

Rôle des banques centrales dans la promotion de l inclusion financière : référence au cas de l Algérie Intervention de Mohammed Laksaci Gouverneur de la Banque d Algérie 21 e Conférence des Gouverneurs des Banques Centrales des Pays Francophones (Dakar 14-15 mai 2014) 1

L inclusion financière prend une importance accrue dans les pays en développement. En offrant aux personnes qui n ont pas accès aux services bancaires et financiers l opportunité d un accès minimum à ces services, elle contribue à leur intégration à l économie, à promouvoir une croissance et un développement plus inclusifs, à réduire la pauvreté et à renforcer la cohésion sociale. Dans certains pays en développement, dont l Algérie, les banques centrales accordent à l inclusion financière une attention particulière, en complément de leurs mandats traditionnels de stabilité des prix et de stabilité monétaire et financière. En particulier, l acuité de l exclusion financière dans beaucoup de pays africains justifie le rôle accru des banques centrales dans l intensification de l inclusion financière. Je voudrais ici esquisser les développements récents en Algérie en ce qui concerne le cadre de l inclusion financière, où la Banque d Algérie prend une part active depuis l année 2010, et souligner l évolution de quelques indicateurs en la matière. 1. Pour promouvoir l inclusion financière, un droit au compte a été instauré en 2010 par une disposition insérée dans la nouvelle loi bancaire. C est la possibilité offerte pour tout citoyen n ayant pas de compte bancaire d accéder à un compte courant gratuit. Ce dispositif, qui a été mis en œuvre par la Banque d Algérie en 2012, prévoit également la gratuité d un certain nombre d opérations. La disposition légale contenue dans la loi bancaire de 2010 a permis à la Banque d Algérie de rendre effective la possibilité pour tout citoyen d accéder aux services bancaires de base. Ces facilitations sont en phase avec les mesures d assouplissement prévues par le GAFI pour promouvoir l inclusion financière et prennent en considération ses recommandations en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. 2

L action de la Banque d Algérie s est étendue aussi au contenu de la convention de compte qui doit comporter obligatoirement un certain nombre de dispositions pour conférer à la relation banque-client plus de transparence. En matière d accès au crédit, la Banque d Algérie a instruit les banques, en janvier 2013, de veiller au respect des délais de traitement des demandes de crédits introduites par les clients. Ces délais ne doivent pas excéder quinze (15) jours pour les ménages et quarante cinq (45) jours pour les petites et moyennes entreprises. Il a été également demandé aux banques à grands réseaux d assurer au niveau de chaque guichet un service d information au profit de la clientèle, plus particulièrement pour la constitution de dossiers accompagnant la demande de crédits d investissement au profit de petites et moyennes entreprises (PME). Cela contribue à faciliter l accès aux crédits, tout en tenant compte des risques potentiels pour la stabilité financière. S agissant des actions de protection des consommateurs, la principale disposition légale adoptée en 2010 est l obligation faite aux banques d accorder un délai de rétractation de huit jours aux clients afin de pouvoir revenir sur leur engagement de contracter un crédit sans avoir à subir de pénalités. Plus récemment, la loi des finances pour 2014 a confié une nouvelle mission à la Banque d Algérie, celle précisément de promouvoir et de réguler l inclusion financière dans sa dimension développement du réseau bancaire à travers le territoire national. La conception de l inclusion financière retenue dans cette loi, telle qu elle ressort de l article 35 bis, est large. Elle dépasse le seul périmètre des difficultés d accès et d usage relatives au compte bancaire et aux moyens de paiement pour intégrer l épargne et le crédit. Elle vise la promotion de l inclusion financière en encourageant l intensification ordonnée du réseau des banques. 3

En outre et afin de s assurer que l accès aux services bancaires soit aussi approprié que possible, les banques doivent veiller à ce que les publicités et les documents qu elles déclinent répondent à un certain nombre de normes, l objectif étant d informer les clients le mieux possible afin de leur permettre de choisir les produits qui correspondent le mieux à leurs besoins. Dans ce cadre, une instruction de la Banque d Algérie est en préparation et vise à mettre à la charge des banques un certain nombre d obligations, parmi lesquelles : - la promotion de produits d épargne et de crédit biens conçus ; - l ouverture des guichets dans les zones rurales et les centres urbains non pourvus de guichets bancaires ; - l obligation de donner suite aux réclamations de la clientèle. La mise en place dès 2006 par la Banque d Algérie et les banques d un système de paiements moderne, fiable et sécurisé, a constitué un support déterminant pour le développement de l inclusion financière. Le développement du système des paiements se poursuit avec la mise en place par la Banque d Algérie, courant 2014, d une nouvelle plateforme de production et la mise à jour des logiciels de paiement en ce qui concerne le RTGS. Cette modernisation concerne également le système de télé-compensation électronique des paiements de masse (petits montants) qui s accompagnera par le développement par les banques des instruments de paiement électronique à usage individuel. L année 2014 connaîtra aussi la modernisation des centrales et la mise en place d un nouveau système de partage de l information sur les crédits. Tous ces développements faciliteront davantage l approfondissement de l inclusion financière. 2. Les efforts entrepris au cours des récentes années en matière d impulsion de l inclusion financière ont permis d obtenir de premiers résultats encourageants, notamment en 2013. Les banques activant en Algérie, publiques et privées, sont bien capitalisées et restent solides au regard de l évolution des indicateurs de solidité financière des quatre dernières années. Elles sont en excès de 4

liquidité, caractéristique du marché monétaire depuis plus de dix années. Les banques publiques ont développé leurs réseaux d agences sur tout le territoire national, pendant que le réseau des banques privées se développe progressivement. La situation en Algérie en matière d inclusion financière, mesurée par les indicateurs de niveau de pénétration, de disponibilité de services bancaires et d utilisation de ces services, a évolué ces récentes années comme suit : - le niveau de pénétration, exprimé par le nombre de compte ouverts rapporté à la population totale, et qui reste l indicateur le plus pertinent, est en hausse passant de 0,7 en 2010 à 0,8 en 2013. Rapporté à la population recourant généralement aux comptes de dépôts (population de 16 ans et plus), le nombre de comptes par personne se situe à 1,15 en 2013 contre 1,06 en 2011 ; - le nombre de guichets de banque (y compris les guichets de CCP et Trésor) par population de 100000 personnes est en légère progression, soit 13,1 agences en 2013 contre 12,7 en 2010 ; - en matière d utilisation des services bancaires, le total des dépôts collectés par les banques, les CCP et le Trésor comparativement au produit intérieur brut (PIB) s est stabilisé autour de 59 % au cours des trois dernières années. Le taux de dépôts auprès des banques, hors dépôts du secteur des hydrocarbures, par rapport au PIB hors hydrocarbures reste également relativement stable, autour de 62 % pour les trois dernières années. Les crédits distribués s établissent à 44,2 % du PIB hors hydrocarbures en 2013 contre 40,6 % en 2012 et 2011, sachant que le secteur des hydrocarbures ne recourt pas aux crédits bancaires. Sa capacité d autofinancement de ses activités de production et d investissement est telle qu il est en situation de prêteur net vis-à-vis du système bancaire. En matière de distribution de micro crédits, le cas algérien est relativement différent des situations d inclusion financière, sous l angle accès des PME au crédit, connues par d autres pays du continent. Pour 5

permettre aux jeunes de créer leurs petites entreprises, et donc promouvoir la création d emploi de jeunes, une agence nationale de soutien à l emploi des jeunes (ANSEJ) a été mise en place en 1996. Le financement de la création de ce type d entreprises est couvert à hauteur de 70 % par des crédits bancaires à des conditions favorables et pour 30 % par la dotation de l ANSEJ et l apport personnel du futur entrepreneur. A fin 2013, par leur activité de soutien dans ce domaine, l ANSEJ et les banques ont permis la création de plus de 278000 petites entreprises, contribuant à une création appréciable d emplois de jeunes. Une autre agence (Agence Nationale de Gestion du micro crédit - ANGEM) a été créée en 2004 dans l objectif de contribuer à l intégration économique et sociale de populations ciblées (femmes au foyer et citoyens sans revenu ou avec revenu instable et irrégulier) et ce, en contribuant à la création de petits emplois à travers le financement des matières premières et des petits équipements. La participation des banques publiques dans le financement de jeunes entrepreneurs à travers le dispositif ANSEJ est appréciable. Sur un total de financement de plus de 825 milliards de dinars, les crédits octroyés par les banques publiques se sont établis à plus de 569 milliards de dinars à fin 2013, contribuant à la création de plus de 676000 emplois. En particulier, le niveau de distribution des micros crédits est en hausse les quatre dernières années (2010-2013). Ce niveau représente 64 % du total des micro crédits distribués par les banques depuis la création de l agence (569,4 milliards de dinars). Par contre, les banques ont peu participé à la distribution de micros crédits à travers les initiatives de l ANGEM. Ce type de financement bancaire ne couvre que 7 % du nombre de micros crédits accordés depuis 2005, année de début de l activité de l ANGEM. Au total, des efforts importants ont été consentis ces dernières années en Algérie pour promouvoir une activité économique inclusive, notamment en accélérant les efforts d inclusion financière, la Banque d Algérie jouant un rôle conséquent. 6

Malgré les progrès réalisés, beaucoup reste à faire pour approfondir l inclusion financière sur le moyen terme. Il s agit notamment : - d accélérer la bancarisation, appuyée par la poursuite de la modernisation du système de paiements de masse en 2014 et une densification ordonnée des réseaux des banques sur le territoire national ; - d encourager le développement de l activité crédits aux PME au niveau des banques. L importance accrue des fonds prêtables des banques, qui reposent de plus en plus sur les épargnes financières des ménages et entreprises privées, offre une opportunité appréciable pour une dissémination plus large de crédits sains à même d approfondir l inclusion financière. Le parachèvement de la modernisation des centrales en 2014 contribuera à une meilleure gestion des risques liés à une telle dissémination des crédits ; - développer davantage la supervision sous l angle risques afin de préserver la stabilité financière. 7