Qu il semble loin le temps où l ERP était censé pouvoir tout faire dans l entreprise, sans exception. Le discours des 16 éditeurs réunis par Supply Chain Magazine lors de cette table ronde est unanime sur au moins un point : l ERP doit s adapter aux besoins d agilité des entreprises, y compris sur la Supply Chain étendue. Cela peut se traduire par des projets plus ciblés, où il ne s agit plus de remettre en cause l existant, ou par des mises en œuvre plus rapides, grâce au Cloud. Quant au phénomène Big Data, il pourrait aussi changer la manière de prévoir et de planifier. L ERP face aux besoins d agilité FOTOIMPRESSIONEN-FOTOLIA 70 N 78 SUPPLY CHAIN MAGAZINE - OCTOBRE 2013
toute l Europe, à des degrés divers», affirme Jean-Roland Brisard (Infor), même s il reconnaît que les projets sont plus ciblés, notamment sur la Supply Chain. «Vit-on une crise ou une mutation? Une crise, on en sort ; une mutation, on s y adapte, s interroge Franck Chekki (Cegid), qui penche visiblement pour la seconde option. Les projets actuels sont d autant plus pertinents pour nos solutions orientées métier car elles sont identifiées comme des outils permettant de gagner en productivité, en efficacité et en anticipation.» «20 fois sur le métier» Le métier, ça compte. «Pour gagner en rentabilité dans un domaine, les entreprises font le choix de l éditeur spécialisé, qui a une très bonne connaissance du métier et du marché, parce que c est plus facile à déployer et qu il y a un R.O.I., affirme Daniel Clément (Ordirope). Il nous est arrivé pendant cette crise de nous faire payer en fonction du R.O.I. sur la base d indicateurs, de K.P.I., et je peux vous dire que ça marche», ajoute-t-il. Dans le monde agroalimentaire, Olivier Fix (Vif) fait remarquer que les choses bougent, à la fois chez les TPE et les PME qui subissent les mêmes contraintes en termes de performance et de réglementation vis-à-vis de leurs clients, et chez les grands comptes, en plein mouvement de concentration. «Qui dit fusion/acquisition dit forcément remise en cause ou homogénéisation du système d information, en se posant le problème de l outil unique et de la recherche de performances sur Petit message d espoir à ceux qui penseraient que les éditeurs d ERP (Enterprise Resource Planning) ne se préoccupent pas assez des problématiques de Supply Chain étendue de leurs clients : ils n étaient pas moins de 16, dont les cinq plus grands acteurs mondiaux, à avoir répondu présents pour débattre de ce sujet lors d une Table Ronde organisée par Supply Chain Magazine le 20 septembre, à Paris. «Investit-on encore dans un ERP en cette période de crise?», attaque Jean-Philippe Guillaume. Selon Isabelle Saint Martin (Sage), certes les entreprises y réfléchissent à deux fois, mais il existe en revanche «beaucoup de projets de réflexion sur la reconsidération de l existant, pas forcément afin de remplacer l ERP mais pour en étendre la portée, même pour les PME, pour couvrir les fonctions critiques comme la gestion de production, du cycle produit, de la logistique, du service client, et avec un niveau de sophistication beaucoup plus important que par le passé». «Malgré la crise, le marché des ERP est actif dans Lionel Albert, Value Chain Planning Business Development Director chez Oracle Avec ses trois grandes gammes d ERP (e-business Suite, JDE et Peoplesoft), Oracle est le N 2 mondial avec 13 % de part de marché en 2012, d après le Gartner. La société a également des activités dans les logiciels de CRM et de SCM, les bases de données et le hardware. Son CA mondial est d environ 40 Md$ pour 130.000 personnes (dont près de 2.000 en France). Gilles Asfaux, Principal Business Consultant chez QAD Fondé en 1979, QAD (250 M$ de CA, 1.600 personnes) est un éditeur américain de solutions de gestion de production industrielle (MFG Pro), rebaptisé QAD Applications,mais aussi de logiciels de prévisions et de planification depuis le rachat du français Dynasys en 2012. Ses secteurs de prédilection : l automobile, les PGC, le High Tech et la santé (pharmaceutique et appareils médicaux). OCTOBRE 2013 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE N 78 71
Jean-Roland Brisard, Directeur avant-ventes EMEA chez Infor Basée à New York, Infor Global Solutions s est bâtie sur une multitude d acquisitions depuis 2002 (plus d une trentaine, dont SSA Global en 2006 et Lawson en 2011). C est l un des quatre principaux éditeurs mondiaux d ERP avec 70.000 clients dans 197 pays, 12.000 personnes (dont 500 en France) et un CA mondial de près de 3 Md$. Franck Chekki, Directeur du marché Manufacturing Trade and Services chez Cegid Cegid, qui fête ses 30 ans cette année, est le 1 er éditeur français de logiciels de gestion. Son CA 2012 est de 258,1 M pour un effectif de plus de 2.000 personnes dans une soixantaine de pays. Ses principales expertises métiers : le monde des professions comptables et libérales, le retail et l industrie. Daniel Clément, Président et Fondateur Ordirope Créé en 1989, Ordirope est éditeur et intégrateur de solutions de gestion «métier» destinées aux fournisseurs de la grande distribution et du négoce spécialisé (gammes Minos et Mykérinos). Il emploie plus de 100 personnes, pour un CA d environ 15 M. des briques applicatives précises comme la Supply Chain, le manufacturing, la gestion de l innovation, les référentiels produits, etc.» Sans oublier les impacts des nouvelles réglementations liées à la dernière crise alimentaire autour de la viande de cheval : «l exigence qualitative en termes de SI liée à toutes ces réglementations est à un niveau inimaginable. Si une PME n est pas capable de répondre en moins de trois heures à un plan de rappel produits d un grand distributeur, elle est déréférencée». Côté distribution, Laurent Toulemonde (Generix) identifie «des besoins très forts d agilité demandés principalement par des directions métier, dont la Supply Chain, qui viennent bouleverser un peu l ERP et génèrent des projets d optimisation avec des solutions souples et rapides à mettre en œuvre». Dans l automobile, alors que le marché français «est assez atone», Régis Dindeleux (Silverprod) n oublie pas l international : le Maroc, le Brésil et bientôt la Russie. «Beaucoup de sociétés françaises vivotent en France mais se développent énormément à l étranger», souligne-t-il. «Dans l aéronautique, nous avons verticalisé des solutions adaptées à la gestion à l affaire», témoigne Reinier de Quelen (Sylob). L ERP doit gagner en souplesse «Des projets en France, il y en a, c est une évidence, du moins sur notre cible PME jusqu à 500 personnes. Mais certains grands comptes vont choisir des solutions comme les nôtres, chez des éditeurs plus modestes pour des raisons de proximité, de souplesse et aussi d écoute», renchérit Vincent Laurain (Divalto). «Bonne nouvelle, quand mes commerciaux se plaindront que c est la crise, je leur répondrai que ce n est plus le cas!, intervient Damien Michallet (IFS) avec humour. C est vrai que les demandes d optimisation de nos clients sont de plus en plus abouties et que l activité sur notre base installée est en croissance très forte sur 2013», indique-t-il. Lionel Albert (Oracle) tient à distinguer les PME/TPE, pour lesquelles le marché de l ERP classique est encore assez dynamique, et les grands comptes, pour qui l ERP ou la structure informatique qui l accompagne doit être là «pour redonner de la souplesse au SI. Tout regrouper sous l ERP lors des fusions acquisitions, cela ne se voit plus. Parce que l ERP a cette particularité de les rigidifier un petit peu et de les rendre un peu trop structurés alors qu ils ont maintenant besoin d agilité, de flexibilité, va-t-il jusqu à ajouter, en évoquant une mutation 72 N 78 SUPPLY CHAIN MAGAZINE - OCTOBRE 2013
De gauche à droite : Isabelle Saint-Martin, Jean-Roland Brisard et Laurent Pagola vers des besoins d orchestration. C est pourquoi chez Oracle nous recentrons nos trois ERP sur ce qu on appelle un «Core ERP» (finances, achats/ventes, stocks, etc.), accompagné ensuite de logiciels complémentaires de type best of breed». Laurent Pagola (SAP) rencontre encore «de vrais projets de transformation» chez les grands groupes : «Certains ne se sont pas équipés d ERP du marché et réalisent que cela ne tient plus pour des questions de flexibilité, d ouverture à l internationalisation». Il précise par ailleurs que l approche SAP a toujours été celle du «Core Model» complété par des outils répondant à des problématiques particulières (plus de 24 solutions verticales métier). Jean-Roland Brisard revient sur cette notion de flexibilité et d agilité : «Chez certains de nos grands clients, plutôt que de remettre en cause l ERP existant quel qu il soit, l ERP devient un hub que l on cherche à moderniser». Aider la Supply Chain «Et comment les ERP gèrent-ils les Supply Chains étendues?», relance Jean-Philippe Guillaume. «Bien, OCTOBRE 2013 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE N 78 73
Régis Dindeleux, Directeur Général Adjoint de Silverprod Avec ses 44 ans, Silverprod (50 personnes, 5 M de CA) est l un des éditeurs les plus anciens. Il est positionné à 100 % sur l industrie manufacturière. Son offre comprend un ERP développé en propre pour les petites entreprises et depuis trois ans, une version verticalisée pour l industrie (notamment automobile) de Microsoft Dynamics AX, également commercialisée à l export. Olivier Fix, Directeur du département grands comptes chez VIF Né en 1983, VIF est éditeur intégrateur de solutions spécialisées dans le monde des industries agroalimentaires. Son effectif de 170 personnes se répartit entre Paris (siège) et Nantes, avec une présence au Brésil (Sao Paulo) et en Roumanie. Son CA s élève à 17 M. Virginie-Marie Garlasain, Chef de produit ERP chez Microsoft Sur plus de 70 Md$ de CA total, l activité Dynamics de Microsoft (ERP et CRM) ne représente «que» 1,5 Md$ en licences et maintenance. La société fondée par Bill Gates pointe tout de même à la 5 e place des éditeurs ERP d après Gartner (5 % de part de marché) avec deux gammes, NAV pour les PME et AX pour les ETI et les filiales de grands groupes. merci!», répond malicieusement Gilles Asfaux (QAD), avant d ajouter plus sérieusement qu il s agit d une «nécessité, quelle que soit la spécialisation ou la verticalisation, d avoir des capacités collaboratives avec les fournisseurs et les clients, ou des possibilités de déployer facilement de nouveaux sites au travers du Cloud. Il y a une aussi une vraie prise de conscience de l importance d un vrai De gauche à droite : Damien Michallet et Etienne Leneveu processus S&OP collaboratif. C est là typiquement que le choix de racheter Dynasys a été pertinent puisque la solution n.skep, qui a 25 ans d existence, est capable non seulement d alimenter un processus de modélisation des flux et du réseau de distribution, mais aussi la partie ERP, MFG Pro ou QAD Enterprise Applications». Pour Régis Dindeleux, il est évident que les ERP se doivent d intégrer les contraintes logistiques de leurs clients, notamment dans l automobile. «Une heure d arrêt de chaîne dans l automobile, c est 150.000, une étiquette non conforme, c est 150 de pénalité. Mais notre différenciateur porte davantage sur des outils d aide à la décision, des indicateurs pour réagir très vite». Isabelle Saint Martin évoque aussi la généralisation de la dématérialisation des transactions et le recours de plus en plus fréquent à la gestion électronique de documents. Pour Laurent Pagola, la partie planification, simulation, sort un peu du périmètre de l ERP. «L approche SAP, c est d avoir des outils spécialement dédiés pour la planification, le S&OP, voire même la gestion de l entrepôt étendu». Vincent Laurain en profite pour annoncer la décision de Divalto de développer lui-même une offre WMS intégrée nativement à son ERP, Suite page 76 74 N 78 SUPPLY CHAIN MAGAZINE - OCTOBRE 2013
Vincent Laurain, Directeur Prospective Produits chez Divalto Basée à Strasbourg, Divalto existe depuis 30 ans et emploie 150 personnes, avec une agence au Brésil et au Québec. Sa particularité : concevoir des solutions informatiques de gestion (ERP) pour les PME/PMI distribuées au travers d un réseau d environ 300 distributeurs. Son CA est d environ 20 M. Etienne Leneveu, Responsable commercial France chez Navitrans Navitrans est un ERP conçu pour les métiers du transport et de la logistique, basé sur Microsoft Dynamics NAV, et développé par l éditeur intégrateur belge Young & Partners. L activité représente un CA de 5,2 M (pour 50 personnes) sur le Benelux et la France, et via un réseau de partenaires indirects sur une douzaine de pays européens, ainsi qu en Afrique et en Amérique du Nord. Damien Michallet, Directeur commercial chez IFS France Le suédois IFS est éditeur de la solution de gestion IFS Application, déclinée sur quatre grands process : gestion à l affaire, manufacturing, gestion d actifs et Supply Chain étendue. Son CA mondial avoisine les 300 M pour 2.800 personnes, dont 80 en France (environ 14 M de CA). Son siège hexagonal est à Pfastatt, en Alsace, avec des agences à Paris, Nantes et Lyon. Suite de la page 74 après avoir constaté que certains connecteurs ou interfaces pouvaient être à l origine «de pas mal d échecs sur le marché français». «Ajouter une couche Supply Chain à l ERP pour gérer par exemple les contraintes de la grande distribution comme les contrats date, les DLC glissantes ou l alloti, est déjà compliqué pour un éditeur très spécialisé métier comme nous. Alors quand on n est pas spécialisé dans un domaine, c est encore plus difficile d y arriver», glisse subrepticement Daniel Clément. Pour Laurent Toulemonde, la Supply Chain étendue a connu son essor avec le développement de l EDI (dont Generix est l un des leaders français). «L ERP s est ouvert ensuite avec des solutions extranet, avec des portails fournisseurs, prestataires, transporteurs, qui peuvent simuler des flux EDI. Et aujourd hui, nous travaillons sur des solutions de type tour de contrôle des flux», poursuit-il. L ERP vaut-il un Cloud? Pour Virginie-Marie Garlasain (Microsoft), le gros sujet, c est le Cloud, que ce soit chez les PME (20 à 250 personnes) ou pour les ETI et filiales de grands groupes. «Ils demandent tous cette possibilité pour l ERP, même si cela ne se transforme pas toujours en acte d achat. Les petites entreprises en croissance s y intéressent pour les accompagner sur des marchés émergents et les grands groupes pensent au 76 N 78 SUPPLY CHAIN MAGAZINE - OCTOBRE 2013
Laurent Pagola, Directeur du développement de l'activité Supply Chain et Manufacturing chez SAP France Fondé en 1976, SAP est le leader mondial des éditeurs ERP avec une part de marché estimée à 25 %. Son CA se situe aux alentours de 16 Md (800 M en France), avec un effectif de 64.000 personnes dans le monde (dont 1.500 en France, y compris dans la partie développement depuis le rachat de Business Object). Reinier de Quelen, Directeur commercial de Sylob Avec un effectif d une centaine de personnes, Sylob est éditeur et intégrateur de solutions ERP et de GPAO dont le siège est à Albi. Sa gamme de solutions ERP (notamment Sylob 5 et Sylob 9) s adresse aux PME/PMI de différentes tailles. Son CA cette année atteint 7,7 M, en progression de 10 %. Isabelle Saint Martin, Chef de marché ERP de la division midmarket chez Sage Sage est un éditeur mondial d ERP avec un CA de plus d 1,5 Md, dont 320 M pour la France (où travaillent plus de 2.100 personnes, y compris en R&D). La clientèle de prédilection de Sage est les PME et le «mid market», entre 100 et 2.000 employés. Elle compte 600.000 clients en France. Cloud privé pour équiper leurs filiales à moindre coût». Gilles Asfaux jouerait presque les blasés. «Ce n est pas récent chez QAD, nous avons commencé en 2001 à faire du Cloud avec une plate-forme collaborative pour les fournisseurs, qui s appelle Supply Chain Portal. Ils sont plusieurs milliers de fournisseurs de nos clients à y être connectés. Quant à la partie ERP, nous avons déployé l offre on demand à partir de 2010». Pour Marine Vernier (Infologic), le Cloud est une offre supplémentaire. «Nous avons déjà une offre externalisée, et nous avons un développement Cloud en cours, mais nous ne constatons pas un afflux de demandes de la part de nos clients, convient-elle. Nous observons toutes sortes de tendances, des clients qui avaient complètement externalisé leur SI et qui réinternalisent ou se tournent vers des systèmes hybrides, en particulier pour des problématiques multi-sites, multi entreprises, voire d internationalisation», ajoute-t-elle. Pour SAP, le Cloud est une vraie tendance de fond. «Nous développons bien évidemment une approche Cloud pour les nouvelles applications, comme par exemple la solution S&OP dont la première version a été développée directement en mode on demand, souligne Laurent Pagola. Avant de nuancer quelque peu ses propos : Pour une majorité d éléments critiques de l entreprise, notamment la partie finances de l ERP, ou la partie OCTOBRE 2013 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE N 78 77
Supply Chain». Quant à Laurent Toulemonde, il tient à préciser que «depuis quatre ans, Generix est parti à fond sur les offres Saas, sur la partie Supply Chain, y compris sur la gestion d entrepôt. Nous avons beaucoup de clients qui voient bien l intérêt dans la rapidité de déploiement». Vincent Laurain revendique de son côté 3.000 TPE et 10.000 à 12.000 utilisateurs pour l offre Cloud de Divalto. Laurent Toulemonde, Directeur produits et marketing de la partie ERP chez Generix Lancé en 1990, Generix se définit comme un éditeur de logiciels collaboratifs (gestion, mutualisation et optimisation des flux) pour l'écosystème du commerce, à savoir les distributeurs, les prestataires logistiques et les industriels. Son CA s élève à environ 64 M pour 550 collaborateurs. gestion d entrepôt, dans certains métiers, les gens ne sont pas prêts à passer dans le Cloud, mais peut-être cela va-t-il changer dans 10 ans.» La croissance est au rendez-vous «Aux Etats-Unis, le Cloud a décollé plus vite qu en Europe dans les applications de CRM (Customer Relationship Management) ou de RH (Ressources Humaines), avec des économies en coûts opérationnels estimées à 25 %, relève Jean-Roland Brisard. Mais en France, certains de nos clients ERP ont peur que leurs données ne soient stockées à l étranger ou bien qu ils ne puissent plus les rapatrier chez eux s ils changent d avis. C est pourquoi Infor a beaucoup travaillé sur ces sujets et nous nous appuyons sur IBM et Amazon pour la partie infrastructure informatique.» «Nous pensons que le marché commence à être mature», avance Reinier Marine Vernier, Ingénieure commerciale chez Infologic Fondée en 1982 par André Chabert, Infologic est une société familiale basée dans la Drôme à Bourg-Lès-Valence, avec des agences à Carquefou, Toulouse et Angers (140 personnes au total). Son ERP Copilote s adresse à l industrie et au négoce, principalement dans l agroalimentaire (400 clients, pour un CA de 12 M en 2012). de Quelen, qui révèle que l offre Sylob Cloud est commercialisée à partir de ce mois d octobre. «Pour Cegid, le Cloud fait partie de notre dynamique baptisée Mobiclo, c est-à-dire Mobilité, Business Intelligence et Cloud, rebondit Franck Chekki. Et notre offre Cloud, pour laquelle nous avons scellé un accord de partenariat mondial avec IBM, connaît plus de 30 % de croissance depuis deux ans.» Pour Olivier Fix, qui préfère parler de Saas (software as a service), l offre de Vif rencontre un grand succès sur la partie TPE. «C est aussi le cas chez les grands groupes, mais cette fois sur des modules «best of breed», orientés métiers, comme sur la gestion de l innovation, car cela permet de s affranchir des décisions d une DSI, ou bien avec le référentiel articles, pour lequel le mode Cloud autorise de façon extrêmement rapide des échanges d informations synchronisés sur toute la Du Cloud au Big Data C est «l expérience utilisateur», trop souvent négligée dans les argumentaires de vente, qui interpelle particulièrement Etienne Leneveu (Navitrans) en matière de Cloud. «En s appuyant sur des technologies Nav Microsoft, nous proposons une expérience équivalente, que ce soit en mode Cloud ou en mode licence sur site. Et grâce aux services web, nous sommes également capables de faire de l interconnexion avec des systèmes d informatique embarquée. Tous ces aspects permettent d envisager l utilisation du Cloud dans la gestion de la Supply Chain. Le seul point noir : la gestion des spécifiques. La problématique du Cloud, c est l industrialisation, la mutualisation des moyens, alors que le spécifique, par essence, c est le contraire», reconnaît Etienne Leneveu. «Je m inscris en faux contre cette idée qu un ERP Saas dans le Cloud ne peut pas être personnalisé selon le métier de l entreprise. Quand il est bien conçu, quand l éditeur a fait son travail, l ERP peut être mutualisé par plusieurs entreprises avec des spécificités métier différentes», s insurge Virginie- Marie Garlasain. Elle prend ensuite l initiative d ouvrir le débat sur un autre grand «buzzword» du monde des ERP : «Le Cloud peut vraiment donner la possibilité de disposer d énormes capacité de stockage. Cela rejoint le thème du Big Data qui est très important dans la Supply Chain, notamment pour la planification de la demande». Lionel Albert n attendait que cela : «Pour l instant, beaucoup d entreprises sont limitées parce qu elles font des prévisions en sortie d entrepôt central. Mais en réalisant les calculs jusqu en sortie de boutique, il y a 100 fois plus de volume de don- 78 N 78 SUPPLY CHAIN MAGAZINE - OCTOBRE 2013
nées à traiter, mais on peut gagner en rapidité, avec une précision améliorée d environ 30 %», embraye-t-il, en précisant par ailleurs que depuis le rachat de Sun, Oracle a bâti des offres packagées avec une «appliance» qui capture les données aux points de vente et des calculs centralisés en temps réel, basés sur la technologie In-Memory. Ce thème passionne également Laurent Pagola. «Chez SAP, pour le Big Data et l In-Memory, nous avons la technologie Hana, qui permet de faire évoluer certains processus, comme le Calcul de Besoins Net. Le CBN peut être considérablement accéléré et donc rendu plus fréquent et plus précis». Retour à la base Mais attention, l ERP n a pas attendu ce phénomène Big Data (exploitation en quasi temps réel de téra octets de nouvelles données issues du comportement clients ou de tags RFID, par exemple) pour faire de l analyse décisionnelle et proposer des indicateurs De gauche à droite : Régis Dindeleux et Virginie-Marie Garlasain métier (KPI). «Sans faire de Big Data, l engouement aujourd hui pour tous les produits In-Memory permet d attaquer nos bases de données relationnelles de façon beaucoup plus rapide et quasi instantanée», rappelle Olivier Fix. «Les KPI, c est important, mais cela ne va pas assez loin, considère Régis Dindeleux. Nous les associons avec des outils de workflow, car l avenir de ces outils décisionnels n est pas seulement de donner un indicateur mais de proposer des alternatives pour être proactifs dans la décision qui devra être prise». Pour Isabelle Saint Martin, «même si cela n enlève pas l intérêt de ces solutions Big Data qui exploitent en volume des données à valeur prédictive, les PME devraient tout de même se contenter de données agrégées. Les patrons de PME ont besoin d avoir en tête une dizaine d indicateurs pour leur donner la possibilité de réagir, c est quand même du bon sens». Quoi demander de plus à un ERP, sinon du bon sens? PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-LUC ROGNON OCTOBRE 2013 - SUPPLY CHAIN MAGAZINE N 78 79