Le monitoring des médias



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Transcription:

Rapport Général de l Instance Nationale pour la Réforme de l Information & de la Communication 2012 Chapitre 10 Le monitoring des médias 221

Rapport Général de l Instance Nationale pour la Réforme de l Information & de la Communication 2012 222

Chapitre 10 Le monitoring des médias Le monitoring des médias vise à atteindre plusieurs objectifs dont notamment la mesure du degré d attachement des différents médias aux règles professionnelles et déontologiques. Section1 : Le monitoring dans les régimes démocratiques Dans les pays démocratiques, le monitoring des médias a pour objectif de fournir aux professionnels du secteur et aux décideurs des outils et des instruments objectifs pour identifier les orientations en matière de couverture des évènements. L opération de monitoring vise aussi à assurer les conditions propices à l exercice de la profession journalistique, dans le cadre de la transparence et de la responsabilité. L opération de monitoring doit être réalisée par des parties neutres et impartiales qui n ont pas d intérêt direct avec la fonction journalistique. L opération de monitoring est menée, généralement, tout au long de l année par des structures qui ont pour mission d évaluer le fonctionnement, le rendement et le comportement des médias et d élaborer des rapports périodiques à cet effet. Les opérations de monitoring prennent davantage d importance pendant les périodes électorales, compte tenu du rôle déterminant des médias et de leur influence sur le vote des électeurs. Les centres de monitoring jouent aussi un rôle éducatif, à travers l organisation de plusieurs activités au sein des établissements d enseignement au cours desquels ils présentent les résultats de leurs travaux. Les différentes expériences dans les pays démocratiques montrent l importance de l évaluation du rendement des médias dans la vie publique et leur rôle dans la préservation du processus démocratique. Les structures de monitoring des médias dans les pays démocratiques sont très diverses. Certaines relèvent de la société civile, d autres font partie des instances de régulation ou d instances académiques et universitaires. Il existe également des structures privées de monitoring, comme en Pologne, qui sont chargées de l observation des programmes diffusés par les médias audiovisuels, écrits ou électroniques. En plus des études et des rapports périodiques élaborés par ces centres, à l intention de l opinion publique, d autres activités à caractère commercial sont réalisées à l intention 223

des médias pour leur permettre d améliorer leur rendement et leurs méthodes de travail. Les opérations de monitoring différent d une instance à l autre. C est ainsi que certaines instances de régulation s occupent de l observation du rendement des médias pour veiller surtout au respect des cahiers de charges et des conventions qui les lient à l Etat, sur la base des réclamations formulées par le public. Pour leur part, la société civile et les observatoires de déontologie s occupent surtout de l évaluation du rendement des médias en termes de respect des règles professionnelles et déontologiques. Section 2 : L expérience de la Tunisie Après la révolution du 14 janvier 2011, la situation du secteur de l information et de la communication en Tunisie offre différentes grilles de lecture. Certains acquis incitent à l optimiste, concernant notamment l élévation du niveau de la liberté d expression, mais il existe encore des signes inquiétants en rapport avec les tentatives des nouveaux gouvernants de dominer ou de contrôler, de nouveau, le paysage médiatique. Il est donc nécessaire de faire preuve de discernement avant de formuler des jugements définitifs. Et c est là précisément que réside l importance du monitoring des médias. En Tunisie, l opération du monitoring a toujours revêtu un aspect purement conjoncturel. Durant les 20 dernières années, des ONG locales et internationales se sont occupées de l observation des violations des libertés de la presse. A partir de 2004, les opérations de monitoring ont englobé l observation du rendement des médias durant les élections législatives et présidentielles (2004-2009). L observation de la couverture des élections de l assemblée nationale constituante, qui se sont déroulées le 23 octobre 2011, ont eu lieu dans un climat de liberté sans précédent depuis l indépendance du pays, en 1956. Cette opération de monitoring a été réalisée par une coalition d organisations non gouvernementales 345. L opération de monitoring a porté sur l observation de 13 moyens d information dont des stations de télévision et de radio, publiques et privées, et des quotidiens. Le monitoring des médias, durant les élections de l assemblée nationale constituante, ne s est pas limité à la société civile. Ce rôle a été aussi assumé par l instance supérieure pour les élections (ISIE) à qui le décret-loi n 35 du 10 mai 2011 a confié la mission d observer les médias avant et après la campagne électorale et de publier des rapports à cet effet. Une cellule d observation et de monitoring a été créée au sein de l ISIE, avec le concours de l INRIC et du SNJT. L opération de monitoring a porté sur tous les quotidiens et toutes les stations de télévision, publiques et privées, ainsi que sur des chaînes d information qui s intéressent à la vie politique en Tunisie et deux chaînes tunisiennes émettant de 345 Cette coalition a groupé l association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), la ligue tunisienne pour la défense des droits de l homme (LTDH), le conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) et l observatoire pour la liberté de presse, de diffusion et de création (OLPEC) 224

l étranger 346, en plus de 3 sites électroniques 347. La technique utilisée dans l opération de monitoring repose sur l aspect descriptif et l analyse quantitative du contenu des médias. L unité de mesure est la seconde pour la production audiovisuelle et le centimètre carré pour l espace rédactionnel dans la presse écrite. La période électorale a connu une controverse au sujet de la publicité politique et sur les projets de décrets-lois organisant le secteur de l information et de la communication, en particulier le décret-loi n 116 sur la liberté de la communication audiovisuelle et la création d une haute instance indépendante de la communication audiovisuelle. L INRIC a mis en garde contre le vide juridique et législatif dans lequel se déroule la campagne électorale ainsi que contre l utilisation de la publicité politique qui est interdite dans la plupart des pays démocratiques 348. L INRIC a également publié un communiqué dans lequel elle a invité les partis politiques et les organisations de la société civile à assumer leurs responsabilités dans ce domaine et à exercer les pressions nécessaires en vue de l adoption de textes législatifs conformes aux standards internationaux 349. L INRIC a essuyé une campagne d accusations et de dénigrement orchestrée par le syndicat tunisien des dirigeants des médias (STDM) dans un silence total des partis politiques. Des médias privés ont servi de supports à cette campagne, en violation flagrante des règles professionnelles et déontologiques. Les points de vue de l INRIC et de l ISIE étaient convergents concernant l interdiction de la publicité politique. Cette interdiction a été décidée par l ISIE à compter du 12 septembre 2011, soit 45 jours avant les élections. Toutes les parties se sont conformées à cette décision, à l exception du parti démocratique progressiste (PDP) et de la chaîne de télévision privée «Nessma». L opération de monitoring et d observation a abouti aux résultats suivants : - La décision d interdire la publicité politique à influé sur la qualité de la couverture des évènements politiques. - Le volume de la publicité est tombé à 9% de l espace rédactionnel, contre 40% durant la période du 1 er au 12 septembre. - La décision d interdire la publicité politique n a pas eu d effet sur les moyens audiovisuels, compte tenu du fait que les spots publicitaires ne durent que quelques secondes, contrairement à la presse écrite où les annonces occupent des espaces importants aux dépens de la matière rédactionnelle. - Tous les médias publics ont respecté la décision d interdire la publicité politique. - Les chaînes publiques et privées n ont pas été tout à fait équitables en termes de répartition du temps de parole entre les différents acteurs politiques, à l exception de la chaine «Wataniya 2». - La couverture des activités féminines était complètement défaillante - La couverture des évènements politiques dans les régions n a pas été satisfaisante. 346 «Tounsia» et «Al Mustakilla» 347 Voir rapport de l unité de monitoring de l ISIE et les rapports de la coalition associative 348 Séance de travail entre l INRIC et l ISIE, le 17 août 2011 349 Communiqué du 30 septembre 2011 225

- Il n y a pas eu de débat sur le projet de la constitution qui était, pourtant, l objectif central des élections. Durant la campagne électorale, la couverture des évènements par la presse écrite s est limitée aux informations brutes. Il n y avait ni journalisme d investigation ni presse de proximité. Les journaux, les radios et les télévisions n ont pas été équitables dans la couverture des activités des candidats, en raison du nombre très important des listes électorales. Les médias audiovisuels publics ont été plus équitables dans ce domaine. Dans le cadre de la loi électorale, ces médias ont donné des chances égales à toutes les listes électorales pour présenter leurs programmes. Les émissions consacrées à la campagne électorale, dans les médias publics, duraient plus de trois heures par jour, pendant les heures de grande écoute. Le nombre des listes électorales était de 1519. Concernant les médias électroniques, l opération de monitoring a montré que ces médias ont accordé une importance toute relative à la campagne électorale. Certains de ces médias étaient alignés sur les positions de certains candidats. De façon générale, la femme a été la grande absente de cette couverture qu il s agisse de listes relevant de partis politiques ou des listes indépendantes. A titre, d exemple, le taux de couverture des activités des femmes candidates n a pas dépassé 20% de la couverture totale des évènements politiques sur la chaine de télévision privée «Nessma» 350. Recommandations Consacrer le rôle de la HAICA dans les activités liées au monitoring des médias et mettre en place des structures indépendantes et permanentes de monitoring dont les activités ne doivent plus se limiter aux échéances électorales mais doivent obéir à des règles et à des critères scientifiques Mettre en place des programmes de formation dans le domaine des techniques de monitoring des médias. Encourager les instances de monitoring et les institutions universitaires à mieux faire connaître le rendement des médias et le degré de leur engagement au respect des règles professionnelles et déontologiques. 350 4 ème rapport de l unité de monitoring des médias relevant de l ISIE 226